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mercredi 6 avril 2016

Cartooning for War? Plantu, cette fois-ci, tu t'es planté

Cher Plantu,

Je viens de perdre d'un seul coup tout respect et toute estime

pour toi, après avoir découvert l'immondice que tu as produit le 30 mars, pour commenter le lancement par Dolce Gabbana d'une ligne de vêtements féminins destinés aux Musulmanes. Tu n'as pas honte ?

Alors maintenant, de deux choses l'une : ou bien tu présentes tes excuses publiques aux femmes musulmanes que tu as tout simplement diffamées, ou bien tu quittes le journal Le Monde, pour rejoindre Charlie et y sévir sur cette lancée.

Quant à l'association que tu présides, soit tes associés sont d'accord avec toi et dans ce cas, vous devriez vous renommer Cartooning for War, soit ils désapprouvent ton infamie et il ne te reste qu'à démissionner de ton poste de président. A vous de voir.

Signé: FG, un citoyen du monde que les laïco-fascistes du genre Madame Badinter qualifieront sans aucun doute d'islamo-gauchiste...



http://tlaxcala-int.org/upload/gal_13157.jpg

mercredi 23 mars 2016

Après le Mardi noir de Bruxelles

par Milena Rampoldi 
Original: Nach dem Schwarzen Dienstag in Brüssel
Le Mardi noir de Bruxelles a naturellement suscité une grande émotion dans toute l'Europe. Mais nous devons essayer de maîtriser les émotions, pour pouvoir continuer à penser. Voici une contribution à la réflexion, d'une musulmane.
Terreur au cœur de l'Europe. Aux infos on ne parle que de contrôle, de la nécessité de prévenir e terrorisme, de l'échange de données entre les services de renseignement européens et de la manière d'empêcher la mise en œuvre des plans d'un réseau terroriste, qu'il faut dépister, coûte que coûte. Il faut plus de contrôle, créer plus de sécurité à partir du néant. Mais il est impossible de tout protéger, conclut-on  à la fin de cette discussion absurde.

Quand on ne sait pas comment poursuivre, on montre les réfugiés d'Idomeni avec leurs bouts de papiers où ils ont écrit "Sorry". Les réfugiés s'excusent pour les attentats, des attentats qu'ils n'ont pas commis et avec lesquels ils n'ont rien à voir, car  ils sont les victimes des guerres et des attaques occidentales. Dans le même temps tous les musulmans, et donc tous les réfugiés sont soupçonnés. Et les médias jouent ce jeu indirectement, quand des quartiers entiers, les soi-disant "quartiers à la dérive", sont criminalisés, soumis à des razzias indiscriminées. Des gens sont arrêtés et relâchés, seulement parce qu'ils sont de Bruxelles et musulmans.
Lire la suite
 

lundi 15 février 2016

«Il n’y a plus de liberté d’expression» : un professeur de français en Seine-Saint-Denis suspendu à cause de son blog

https://francais.rt.com/france/15747-liberte-france-professeur-suspension 

Salah Lamrani, professeur de français dans un collège de Seine-Saint-Denis, suspendu d'après lui pour ses activités de blogging, a confié à RT les circonstances de cette décision, en les jugeant inqualifiables.
Dès son embauche au collège Romain-Rolland de Tremblay-en-France en septembre 2015, le jeune professeur a fait face à des pressions, comme il l’a souligné dans son interview. «J’ai rapidement été confronté à des problèmes avec ma direction qui ne tolérait pas mon activisme syndical au sein de l’établissement et j’ai été franchement soumis à un harcèlement moral qui m’a amené à me faire prescrire cinq semaines d’arrêt maladie», a-t-il expliqué.
Durant son absence, la direction a, selon Salah Lamrani, instrumentalisé son activité de blogueur  qui tourne autour du Moyen-Orient. Durant son temps libre il traduit en effet des discours de différents hommes politiques, tels qu’un général du Hezbollah, Bachar el-Assad ou encore Vladimir Poutine, des personnalités qui se trouvent «en première ligne dans la lutte contre Daesh». Son expérience avec la Mission laïque française en Egypte, contre laquelle il est actuellement en procès, n’a pas non plus plu ni à la direction, ni à certains parents.
«Ainsi, tout ce que je publie sur Internet a été instrumentalisé contre moi, on a voulu me faire passer pour un danger pour les élèves, pour un terroriste qui endoctrinait les élèves. Ces accusations ont été portées contre moi par la direction de l’établissement en présence de parents d’élèves», a-t-il noté ajoutant que c’est de cette façon que tout le collège a pris connaissance de ses activités.
Il est ensuite revenu au collège où une atmosphère insidieuse régnait et à force d’explications, aurait réussi à renverser la situation en sa faveur. Cependant, Salah Lamrani a rapidement reçu un arrêté lui signifiant la suspension de son poste pour une durée de quatre mois sans aucune explication.
En dénonçant cette action qui instrumentalise son activité de blogueur qui n’a aucune incidence sur son activité d’enseignant, il a condamné l’état d’urgence, dans le cadre duquel selon lui, «tout musulman, activiste syndical, toute personne est suspectée, réprimée et bafouée». «Nous n’avons plus de liberté d’expression», a-t-il conclu.

Pour en savoir plus, lire

►Un « terroriste » islamiste dans l’Ecole de la République : Jour 1
►Un « terroriste » islamiste dans l’Ecole de la République : Jour 2

►Un « terroriste » islamiste dans l’Ecole de la République : Jour 3

vendredi 21 septembre 2012

Les USA et les musulmans : ce que cache l'argument de la "liberté d'expression"

par Esam Al-Amin عصام الامين . Traduit par  Tafsut Aït Baamrane تفسوت أيت باعمران, Tlaxcala

Des milliers de musulmans en colère ont manifesté devant les ambassades et les consulats US en Égypte et en Libye contre un film sorti récemment [une manière de dire : le film a été mis en ligne en juillet dernier, NdT] qui insulte délibérément et falsifie de manière caricaturale la vie du prophète de l'islam. Les protestations se sont rapidement étendues au Yémen, en Tunisie, au Soudan, au Maroc, dans les Territoires palestiniens, en Irak, au Bangladesh, au Pakistan, en Iran et ailleurs. Profitant du chaos devant le consulat US à Benghazi, il semble que des affiliés d'Al Qaïda aient infiltré les manifestants, puis aient attaqué à coups de bombes incendiaires le bâtiment du consulat. Il est clair qu'il n'y avait pas la moindre justification pour de tels actes répréhensibles.
Malheureusement, plusieurs responsables US innocents, dont l'ambassadeur en Libye, sont morts dans les violences insensées qui ont suivi. Les experts estiment que cette violente attaque répondait à l'appel direct du chef d'Al Qaïda, Ayman Al Zawahiri, à venger le meurtre de son adjoint Abou Yahya Al Libi, tué par une attaque de drone US en juin dernier.
Pourtant, au fil des années le monde est fatigué d'assister aux mêmes scènes enflammées, jouées encore et encore. Des Versets sataniques de Salman Rushdie en 1989 et des caricatures danoises en 2005, au Coran brûlé par un pasteur zinzin en Floride en 2010 et à la sortie de ce film très choquant il ya quelques jours.
Selon les rapports les plus crédibles, ce film répugnant a été écrit, produit et réalisé par Nakoula Basseley Nakoula, un extrémiste antimusulman usaméricano-égyptien copte de 55 ans. Nakoula est un criminel condamné en Californie pour fraude bancaire à 21 mois d'emprisonnement avec sursis et à une amende  de 790 000 $. Selon la presse, ce film à petit budget a été tourné l'année dernière avec 60 acteurs qui ont récemment publié une déclaration affirmant qu'on ne leur avait jamais dit que le film était sur le prophète Mahomet. Ils ont également soutenu que la plupart des dialogues offensants ont été ajoutés à leur insu après le tournage. Projeté en  juin dernier dans un cinéma de Hollywood, le film a fait un bide, passant totalement inaperçu. Le producteur a alors contacté un autre copte extrémiste usaméricano-égyptien, Morris Sadek, 70 ans, qui pendant des décennies a mené une campagne antimusulmane aux USA. Nakoula a demandé pour son aide pour la promotion et la distribution du film.
Selon l'Associated Press Sadek a alors contacté son ami, en, pasteur de Floride Terry Jones, tristement célèbre pour ses appels à brûler publiquement le Coran. Même si Jones a fait la promotion du film sur son site et a annoncé qu'il allait le projeter pour l'anniversaire du 11 septembre, et procéder à un simulacre de procès contre le prophète Mahomet, ses annonces ont attiré très peu  d'attention de la part du public ou des médias. Début septembre moins de 50 personnes avaient effectivement vu le trailer  de 14 minutes du film sur YouTube.
Sadek, qui a une longue liste d'adresses électroniques, dont celles de nombreux médias et journalistes égyptiens, a ensuite commencé à promouvoir la version arabe du trailer sur ses nombreux sites extrémistes et sa page Facebook. Ses efforts suscité l'intérêt de quelques journalistes égyptiens qui, dont donc couvert l'affaire en détail dans les médias locaux égyptiens. Quelques jours plus tard, le la chaîne de télévision satellitaire Al-Naas, pro-salafiste conservatrice,  a appelé à une manifestation devant l'ambassade US au Caire pour le 11 septembre. Apprenant cela, des groupes similaires en Libye ont également appelé à une manifestation de masse le même jour à Benghazi. Pendant ce temps, Al Azhar, haut lieu de l'autorité religieuse dans le monde sunnite, a condamné le film, mais a appelé à une réponse calme et mesurée.
Fait intéressant, le plus grand mouvement islamique dans les deux pays, les Frères musulmans, était absent de la scène en Égypte ainsi qu'en Libye. Mais le lendemain, le groupe a publié une déclaration de condamnation et a appelé à une marche pacifique d'un million de personnes pour le 14 septembre. Ce sur quoi des théologiens et des groupes religieux dans le monde musulman ont fait des déclarations fortes de condamnation et a appelé à de nouvelles manifestations pacifiques. L'Église copte au Caire ainsi que les dirigeants et les organisations coptes en Égypte et aux USA ont fermement condamné le film et a exprimé de graves préoccupations au sujet de ses effets sur les relations islamo-chrétiennes.
Dans l'espoir de verser plus d'huile sur le feu, Nakoula, le producteur du film infâme, a dupé leWashington Post et le Wall Street Journal dans deux entretiens séparés, concoctant une fable selon laquelle il était un USaméricano-israélien juif ayant collecté de l'"argent juif" [sic, NdT] pour produire le film. Mais son objectif d'offenser les sensibilités musulmanes avaient déjà été atteint. Faute de connaissance et de compréhension de ce contexte, les groupes musulmans, les théologiens et leurs disciples ont été facilement entraînés dans cette controverse. Ils ont accusé le gouvernement US de cautionner les attaques brutales contre leurs symboles religieux, notamment en raison de l'ampleur de l'islamophobie dans le pays et des mesures antimusulmanes,  sanctionnées par le gouvernement, qui ont été promues ces dix dernières années.

"Liberté de parole...sous conditions"
Toutefois, les fonctionnaires, chefs religieux et leaders d'opinion musulmans ont besoin de comprendre la nature et les limites des sociétés occidentales laïques et de leurs traditions démocratiques. Mais l'absence de tout dialogue significatif entre la politique et les leaders d'opinion US, d'une part, et les clercs et militants musulmans de l'autre, ainsi que le bagage historique de la politique antimusulmane usaméricaine dans la dernière décennie et la méfiance qui a suivi, rendent extrêmement difficile d'expliquer aux musulmans du monde entier que le gouvernement US non seulement n'a rien à voir avec la production et la promotion de ce film, mais aussi que de tels incidents sont contraires à ses principes et à ses intérêts.
Il y a essentiellement deux raisons principales au manque de confiance et de compréhension entre les deux parties. Tout d'abord, les USA n'impliquent pas sérieusement la communauté musulmane usaméricaine ou les mouvements islamiques dans le monde sur le plan politique ou culturel. Au contraire, ils traitent avec eux, en particulier au niveau national, à partir du prisme étroit de problèmes de sécurité. Ainsi, dans de nombreux cas, la communauté musulmane usaméricaine a été traitée comme quantité négligeable par les hommes politiques ou des institutions de la société civile.
Deuxièmement, de nombreux islamophobes ont pris un tel contrôle de l'espace public et des médias que les nominations ou l'inclusion de toute personnalité musulmane dans les institutions publiques gouvernementales ou autres sont devenus un combat, parfois avec des conséquences coûteuses. Le Parti républicain est devenu le parti associé en principe aux ratonneurs, tandis que pour le Parti démocrate l'inclusion [des musulmans, NdT] n'est restée qu'un vœu pieux vu qu'il a toujours peur d'être attaqué par la droite comme étant favorable à des «terroristes». Pendant ce temps, la communauté musulmane usaméricaine est aliéné et le stéréotype grossier de l'Amérique ennemie de l'islam est cimenté dans les cœurs et les esprits des musulmans à travers le monde.

"Musulmans pour la liberté de parole": T-shirt en vente aux USA
Les musulmans usaméricains sont donc un atout gâché. Probablement plus que la plupart, ils comprennent et apprécient la valeur de la liberté d'expression et du premier amendement [à la Constitution US, NdT] et pourraient jouer un rôle crucial en agissant comme un pont entre l'USAmérique et le reste du monde islamique, à condition qu'ils se sentent véritablement inclus dans le discours politique et d'être traités avec respect.
Après chaque incident de nombreux fonctionnaires et experts US affirment que la réaction  "irrationnelle" de milliers de musulmans à travers le monde "révèle" l'intolérance de leur religion à la liberté de parole et d'expression. Leur argument central a toujours été que l'islam est incompatible avec les valeurs démocratiques,  la liberté de croyance, de parole et d'expression étant au centre de ces valeurs. Leur objectif, bien sûr, est de donner de la crédibilité à la thèse du  «choc des civilisations»  et de maintenir l'islam et les musulmans sur une trajectoire de collision continue avec l'Occident.
Depuis la fin de la guerre froide, cette campagne pour remplacer le communisme par l'islam, et les Soviétiques par les musulmans a été incessante, même si au départ elle n'a pas très bien marché. Malheureusement, les attentats du 11 Septembre, ont fourni la justification, le contexte, et l'impulsion pour les tenants de la théorie du choc, qui ont depuis exercé une influence considérable sur de nombreuses agences gouvernementales et des hauts fonctionnaires quand ils ont adopté des mesures politiques, des stratégies et des tactiques diffusant  cette vision du monde. Une des conséquences de cette politique a été le ciblage de toutes les organisations et militants musulmans (même dans de nombreux cas, de simples individus ordinaires), aux USA et à l'étranger, et de les traiter comme des menaces potentielles, des suspects et ennemis de l'État jusqu'à preuve du contraire.
Sans aucun doute, les musulmans aux quatre coins du monde sont extrêmement sensibles aux représentations délibérément insultantes et offensantes  du prophète et livre saint de l'Islam. Pourtant, depuis des siècles des centaines de livres, d'articles, de discours et d'autres documents ont été produits, qui ont sévèrement critiqué et attaqué la religion, son fondateur, et les textes sacrés sans provoquer de colère, de peur ou de violence. À première vue, ces expressions outrageantes ne sont pas ce que les musulmans trouvent si répréhensible. La plupart des clercs musulmans sont disposés à engager un dialogue ou un débat civilisé sur la validité des grandes croyances, des dogmes, des interprétations islamiques ou des faits historiques.
Mais ce qui a rendu les incidents des deux dernières décennies différents est la nature de ces attaques. Il s'agissait de tentatives délibérées de fabriquer de toutes pièces la vie et l'histoire de la figure majeure de l'islam en caricaturant sa vie et en le dépeignant sous les traits les plus offensants : comme irrationnel, menteur, lâche, fou, sale, tueur, voleur, marchand d'esclaves, coureur de jupons, pédophile, déviant sexuel, tandis que ses femmes étaient dépeintes comme des ignorantes, des prostituées ou des esclaves sexuelles. Difficile de trouver un quelconque aspect positif dans ces productions. Mais ne vous y trompez pas, ces incidents n'ont pas l'intention d'en avoir. Leur seul but était d'aiguillonner et d'inciter à une riposte des musulmans, sachant qu'un nombre important d'entre eux vont se mettre en colère et réagir avec véhémence, parfois même violemment.
Mais pourquoi semble-t-il que la plupart des musulmans se mettent facilement en colère contre ces attaques scandaleuses contre leurs symboles religieux?
Les sociétés laïques occidentales affirment que la plus grande valeur dans leur culture est la préservation et la sécurité de la vie humaine. Elles font valoir que cette doctrine a préséance sur tous les autres aspects de la vie. Alors que dans la culture islamique, la préservation de la vie humaine est certes sacrée, mais est cependant précédée par la sauvegarde de son système de croyance, à commencer par l'honneur de son prophète et de son texte sacré. En d'autres termes, la plupart des musulmans croient que la violence délibérée et la calomnie de leur prophète ou de leur livre saint est la forme suprême de violation de leurs droits humains. Néanmoins, les plus authentiques autorités religieuses islamiques ne cautionnent ni ne justifient aucune forme de violence dans l'expression d'une telle colère ou indignation légitime. Il est clair que dans un monde multiculturel, le maintien de la paix et de l'harmonie entre les communautés et les cultures exige que les gens comprennent et respectent, sans nécessairement l'accepter, le système de valeurs d'autres cultures, tant que celles-ci ne sont pas directement en contradiction avec leurs propres valeurs et principes les plus fondamentaux.
Alors, quand quelqu'un est pleinement conscient du système de valeurs de l'autre et sait quelles questions brûlantes sont susceptibles de générer une vague d'indignation, de tels actes délibérés devraient être désignés comme ce qu'ils sont réellement: la plus haute forme d'incitation à la haine.
Mais comment les USA peuvent-ils concilier la liberté de parole et des expressions artistiques qui incitent à détruire les relations humaines, sans violer leur principe le plus cher?
Une des limites à  la loi constitutionnelle US sur la liberté d'expression telle que protégée par le premier amendement est la doctrine des "appels à la violence" ou "propos incendiaires" ("fighting words"). Dans une affaire célèbre jugée en 1942, la Cour suprême a estimé à l'unanimité que "les propos injurieux ou incendiaires sont ceux qui, par leur énoncé même, infligent des blessures ou tendent à inciter une rupture immédiate de la paix". L'application d'un tel principe peut facilement conduire à l'équilibre nécessaire entre l'inviolabilité du principe de la liberté d'expression et l'exception restreinte où de tels discours provoquent une blessure massive susceptible de briser l'harmonie et la paix au sein de communautés, de cultures et de pays.
Mais qu'en est-il de la pratique de la liberté d'expression en Occident?
Les gouvernements occidentaux et les institutions de la société civile affirment que la liberté de parole, d'expression et d'association est la pierre angulaire du maintien de leur caractère démocratique. Chaque fois que quelqu'un cherche délibérément à enflammer la susceptibilité des musulmans à l'égard de leur prophète ou de leur livre saint, la liberté d'expression est invoquée pour défendre la cause du tumulte et rejeter ses effets comme une réaction irrationnelle. Ceci dit, la violence ne peut en aucun cas être une réponse acceptable à une attaque, si malveillante et épouvantable soit-elle.
Mais sur un plan plus fondamental, l'Occident croit-il vraiment en la liberté d'expression ou ne pratique-t-il pas le deux poids deux mesures quand il s'agit de sensibilités musulmanes? Vérifions.
Dans le secteur privé, lorsqu'il a été demandé à Google a demandé de retirer la vidéo YouTube hautement  inflammatoire, l'entreprise  a immédiatement et de manière correcte rappelé sa politique établie de longue date de soutien à la liberté d'expression, y compris de tout discours méprisé (même si elle a accepté à contrecœur de suspendre sa diffusion en Égypte et en Libye.) Mais comme la Jewish Press  l'a rapporté le 1er août, Google n'a eu aucun problème à supprimer 1 710 vidéos et à fermer les comptes affiliés parce que  "Un nombre important de ces vidéos concernaient la négation de l'Holocauste et la défense de négateurs de l'Holocauste".  Selon le journal, Google "a fermé la compte de l'utilisateur dans les 24 heures" suivant la réception de la plainte déposée par un groupe qui surveille l'antisémitisme en Australie.
En juillet 2011, Facebook a été contraint par les autorités israéliennes à  fermer les comptes de nombreux militants pour la Palestine. Israël s'est plaint que ces militants étaient en train de coordonner leurs plans de voyage en Israël pour y causer des perturbations. En réalité, les militants essayaient de diffuser une déclaration politique forte en ligne. Inutile de dire que le gouvernement israélien aurait pu facilement annuler les visas qu'il aurait délivré à ces militants ou les empêcher d'entrer dans le pays s'ils avaient effectivement entrepris le voyage. Il n'y avait pas d'appel à la violence de la part des militants pour justifier la fermeture de leurs comptes.
Les gens aux USA ne sont peut-être pas au courant de ces incidents où des discours de haine ou mal vus ont été censurés. Mais beaucoup de gens dans le monde musulman sont au courant de ces interventions qui vont à l'encontre des principes énoncés. Is sont en droit de se demander comment, si les étrangers comme le procureur général d'Israël ou un groupe de surveillance australien peuvent obtenir de Google ou Facebook de supprimer des vidéos ou des comptes, on peut affirmer que le président  ou le secrétaire d'État US ne peut pas faire des demandes similaires? Ils rappellent également qu'en 2009, la Secrétaire Clinton est intervenue de tout son poids pour peser sur les dirigeants de Facebook et Twitter au nom des militants du "mouvement vert" en Iran. Ce n'est pas un argument pour préconiser la fermeture de comptes ou le retrait de vidéos, mais simplement pour illustrer l'hypocrisie et le deux poids deux mesures pratiqué par des fonctionnaires et des conglomérats d'entreprises lorsqu'il s'agit de préoccupations de musulmans.
En outre, de nombreux pays européens ont promulgué des lois dans les trois dernières décennies qui criminalisent tout discours ou écrit remettant en cause la version officielle de l'Holocauste. En 1995, le philosophe français Roger Garaudy a publié son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne. Il a alors été accusé de négation de l'Holocauste et, par conséquent, le gouvernement français l'a fait inculper, et peu de temps après, les tribunaux ont interdit toute nouvelle publication de l'ouvrage. En 1998, Garaudy a été reconnu coupable, condamné à une peine de prison avec sursis de plusieurs années et à une amende de 240 000 francs.
En 2005, l'écrivain anglais David Irving a été arrêté en Autriche sur un mandat d'arrêt émis en 1989 pour négation de l'Holocauste. Il a été reconnu coupable de "banaliser, grossièrement minimiser et nier l'Holocauste", et condamné à trois ans d'emprisonnement.
Par ailleurs, le Britannique musulman Ahmed Faraz a été condamné en décembre 2011 à trois ans de prison à Londres après avoir été reconnu coupable de "diffusion d'un certain nombre de livres considérés comme publications terroristes." La publication que Faraz a été reconnu coupable de vendre dans sa librairie était le livre de 1964  Milestones [Ma'alim fi tarîq (Jalons sur la route), NdT], écrit par le défunt auteur égyptien Sayyid Qutb.
Mais le bilan récent du gouvernement US est beaucoup plus alarmant. En fait, depuis le 11 Septembre, des sentences draconiennes ont été prononcées sur des activités traditionnellement considérée comme relevant du premier amendement.
En 2004, deux opérateurs de télévision par satellite, Javed Iqbal (un résident de New York de plus de 25 ans) et Saleh Elahwal, ont été accusés par les procureurs fédéraux de "fournir un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère" pour la diffusion à des clients US de la chaîne satellitaire du Hezbollah, Al Manar. Le FBI a également perquisitionné l' entreprise et la maison d' Iqbal "sur des soupçons de détention d' antennes paraboliques". En 2008, Iqbal a été reconnu coupable et condamné à 69 mois de prison.
Dans de nombreuses poursuites pénales après le 11 Septembre,  des musulmans ont été reconnus coupables et condamnés à des peines allant jusqu'à la détention perpétuelle pour avoir exprimé leurs opinions politiques, émis des fatwas (avis religieux), nourri des enfants, fourni du matériel éducatif, traduit des documents, téléchargé des vidéos sur des sites ouèbe ou chanté dans un groupe musical.
Dans un cas impliquant Tarek Mehanna, né aux USA, le professeur de Yale Andrew F. Mars a écrit dans le New York Times :"En tant que politologue spécialiste du droit et de la guerre islamique [sic, NdT], j'ai souvent lu, stocké, partager et traduit des textes et des vidéos de groupes djihadistes . En tant que philosophe politique, je débats sur le problème éthique de la mort donnée. En tant que citoyen, je tiens à exprimer vis-à-vis d' autres citoyens des vues, pensées et émotions sur le fait de tuer. En tant qu'être humain, il m'arrive de ressentir de la joie (j'ai honte de l'admettre) face à la souffrance de certains humains et de la colère face à la souffrance d'autres". Il poursuivait : "Au procès de M. Mehanna, j'ai vu comment ces mêmes actions peuvent constituer crimes fédéraux, parce que la condamnation de M. Mehanna a été basée en grande partie sur ce qu'il a dit, écrit et traduit".
Le Premier Amendement à la Constitution des USA fait partie des dix amendements ratifiés en 1791 et connus collectivement comme la Déclaration des Droits (Bill of Rights). Il stipule : « Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d'une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d'expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles) »[Note de Tlaxcala]
Ce que ces exemples et bien d'autres illustrent, c'est que la protection des libertés constitutionnelles de parole, d'expression et d'association est pratiquée de façon sélective aux USA sur la base de jugements politiques. Les responsables US, des intellectuels médiatiques et les faiseurs d'opinion se délectent en invoquant le premier amendement comme un principe inviolable quand  l'Islam ou ses symboles sacrés sont attaqués, pour ensuite trouver des rationalisations et des échappatoires juridiques lorsque des musulmans usaméricains pratiquent la liberté d'expression  de manière jugée répréhensible. Cependant, ce deux poids deux mesures n'échappe pas à la majorité des gens dans le monde musulman et à travers le globe.
Les critères pour juger si une société valorise et respecte la liberté d'expression, c'est quand ses membres les plus vulnérables, ceux qui pourraient être la cible de la majorité, se sentent en sécurité et libres de dire ce qu'ils pensent quand ils veulent sur n'importe quel sujet sans crainte, sans être intimidés et sans subir des répercussions négatives. En d'autres termes, pour savoir si aujourd'hui l'USAmérique honore la liberté d'expression, il faut poser la question à cent activistes musulmans usaméricains pris au hasard pour obtenir la bonne réponse.
En un mot, l'USAmérique n'aura de crédibilité en tant que champion et gardien de la liberté de parole et d'expression que quand les pensées, les discours, les écrits, les fatwas, les traductions, la poésie, et la navigation sur le ouèbe des Mehanna et de leurs semblables ne seront pas criminalisés. Seulement alors, quand ils seront remis en liberté, elle pourra regagner ce titre de gloire.

mercredi 27 janvier 2010

Burqatastrophe : Pas de quoi fouetter une chatte

par Ayman El Kayman, Coups de dent n°125, 26/1/2010
Je vous annonçais à la fin de l’année dernière que l’année 2010 serait un annus horribilissimus. Mes prévisions se confirment, en particulier pour la France. Depuis des semaines, le monde politique et médiatique est agité par deux thèmes qui  s’entrecroisent et se mélangent : l’identité nationale et le port de la burqa. Il semblerait que la France s’enfonce joyeusement ( ?) dans la burqatastrophe.  Que faut-il penser de tout ça et que faire ? J’avoue ma profonde perplexité, que vous êtes sans doute nombreux-ses à partager. Voici en tout cas ce dont je suis sûr :

1° - Aucune identité, ni individuelle ni collective, n’est fixée une fois pour toutes. L’identité, quelle qu’elle soit, n’est pas une statue de bronze, mais plutôt un torrent de montagne, une nuée ardente*.

2° - La « réislamisation » des jeunes générations nées en France de parents, de grands-parents ou d’arrière-grands-parents venus du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne, est l’indice le plus sûr de leur « intégration » dans la société française. À partir de 1975, les « immigrés » de culture musulmane ont  compris qu’ils n’étaient plus de passage, en voyage, en exil mais qu’ils étaient destinés à vivre et mourir en France et leur progéniture avec eux. Donc, la France changeait de statut, passant de celui de territoire du « Dar El Harb » (maison de la guerre) à celui de territoire de« Dar El Islam », dans lequel on est tenu de respecter les obligations religieuses.

3°- Les premières jeunes filles –elles étaient marocaines - à porter le hijab en France, en 1989, étaient nées ou arrivées dans le pays autour de 1975, dans la vague de regroupement familial qui suivit la fermeture des frontières. Leur décision était motivée par leur souhait de poursuivre leurs études au-delà de la scolarité obligatoire, qui se heurtait à l’opposition de leurs grands-mères restées au Maroc, qui essayaient de convaincre les parents des jeunes filles de les marier vite fait bien  fait pour leur éviter la perdition sur des bancs universitaires. En arborant le hidjab, les jeunes filles envoyaient le message suivant à leurs grands-mères : « Je peux faire des études sans devenir pour autant une dévergondée ».



Burqa républicaine

4°- La « réislamisation », comme tout phénomène de conversion, est une construction imaginaire, un bricolage syncrétique, dans lequel  les intéressé-es se fournissent en arguments, attributs et signes extérieurs pris à des sources très diverses : lectures, contacts personnels, imams, oulémas et prêcheurs plus ou moins savants, plus moins cultivés, plus ou moins sérieux, et…la télé ! De nombreux jeunes Musulman-es de France finissent par  donner d’eux-elles l’image, généralement caricaturale, renvoyée par le petit écran. À qui la faute ?
5° - Une chose est sûre : le hijab ou même la burqa augmentent la valeur des jeunes filles qui les portent sur le marché matrimonial musulman, et donc le prestige de leurs familles. Ils ne sont rien d’autre que l’affichage d’une virginité, réelle ou prétendue.


Burka Chic, Huile et acrylique, 122X96 cm, de la série "Burka chic", de l'artiste britannique musulmane Sarah Maple

6°- La burqa, qui n’est évidemment pas une obligation musulmane mais plus simplement une tradition pachtoune d’Afghanistan, concentre toutes les passions de ce nouveau siècle. D’autres générations ont adopté la casquette Mao, le béret Guevara, ont brûlé leurs soutien-gorges, adopté la mini-jupe ou se sont laissé pousser la barbe. Et dans les pays arabes, la police depuis belle lurette fait la chasse aux jeunes barbus : dans les années 70, ils étaient soupçonnés d’être des communistes, aujourd’hui, d’être des islamistes. Et pour les filles, la chasse aux minijupes a été remplacée par la chasse aux voiles divers.


Burqa érotique

7° - Tout ceci dit, le port de la burqa en France est un phénomène microscopique, qui touche tout au plus 300 personnes. Donc pas de quoi fouetter une chatte. Mais  il est insupportable à ceux qui ressentent une énorme frustration à ne pas pouvoir dévisager des femmes, c’est-à-dire à prendre symboliquement possession de leur corps. Ces nouveaux Tartuffe qui s’avancent masqués en anti-Tartufe pourraient dire : « Ne cachez pas ce visage que je me dois de voir ». Si une femme ne veut pas que je voie son visage, quelles que soient ses raisons, c’est son droit et je ne vois pas au nom de quoi je devrais lui imposer mon droit à le voir à tout prix. Cela peut me déranger, mais je ne vois pas en quoi cela pourrait me nuire. Or, selon la bonne vieille Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, "La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui". Et pour citer le bon vieux Jean-Sol Partre, "Ma liberté s'arrête où commence celle d'autrui." (Sujet classique de dissertation de philosophie sur lequel les honorables membres  de la mission d'information parlementaire sur le port du voile intégral auraient du plancher).
La liberté des regardeurs s’arrête où commence celle des regardées.


Ayman El Kayman, le petit philosophe des lumières du marigot


* Nuée ardente : 
Grand volume de gaz brûlants à très forte pression transportant, suite à à une violente explosion, des masses considérables de débris de lave ( des cendres aux blocs en passant par les scories) et se déplaçant à grande vitesse (100 km/h et plus).[définition selon futura-sciences.com]

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à la semaine prochaine !
Dessin de DILEM, Algérie

mercredi 20 janvier 2010

La justice espagnole enquête sur un juge qui a expulsé une avocate musulmane d’une audience à cause de son hijab


par Hussein  MAJDOUBI حسين مجدوبي
19/1/2010
Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Source :
 القضاء الاسباني يحقق مع قاض طرد محامية مسلمة من الجلسات بسبب ارتدائها الحجاب 

Madrid, Al Quds Al Arabi – Les autorités judiciaires espagnoles ont décidé d’ouvrir une enquête sur un juge éminent pour avoir expulsé une avocate espagnole d’origine marocaine au prétexte qu’elle portait un hijab dans une salle d’audience, et on s’attend  à ce que l’avocate en question gagne son procès, en l’absence de loi interdisant à le port du voile à des avocates.

   Le juge Gómez Bermúdez  avait expulsé le 29 octobre dernier Zoubeyda Barik Hedidi de la salle d’audience où elle remplaçait un collègue, sous prétexte que son hijab violait les lois réglementant les professions judiciaires.

Le juge lui avait demandé d’ôter son foulard si elle voulait continuer à participer à l’audience qu’il présidait, lui disant : « Cette salle est sous mon autorité. »

L’avocate a porté plainte contre le juge Bermúdez, qui est connu pour avoir présidé des procès liés au terrorisme, comme celui pour les attentats du 11 mars 2004 et celui contre ce qui a été appelé la « cellule d’Al Qaïda en Espagne », dont les membres avaient été arrêtés en novembre 2001.
De son côté, l’avocate estime que la justice espagnole n’interdit pas de porter le voile lors d’une audience, d’autant plus qu’exerçant à Madrid depuis un certain temps, elle n’a jamais été exposée à un semblable incident.

Dans la plainte qu’elle a déposée, Barik dit que la décision de l’expulser est une discrimination fondée sur l’appartenance religieuse et une violation de ses droits garantis par la loi et par la Constitution.

L’avocate avait d’abord saisi l’Audiencia nacional, qui n’a pas examiné sa plainte dans les 20 jours requis ; elle a donc été contrainte de recourir à la Cour suprême qui a accepté d’examiner  sa requête. Les experts des affaires judiciaires pensent que Zouebyda peut gagner son procès en l’absence d’une loi interdisant le port du foulard par des professionnelles de la justice en Espagne, qui est donc autorisé comme ailleurs en Europe – en Grande-Bretagne, une loi l’autorise explicitement.

Les forces politiques espagnoles évitent de se prononcer sur le thème du voile pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore du débat sur l’intégration des immigrés, préférant laisser le soin à la justice de régler ce problème.

Mais cela n’a pas empêché de nombreux Espagnols d’exprimer leur opinion dans les journaux et sur Internet, et comme d’habitude, la plupart des commentaires sont agressifs et islamophobes, tandis que des voix raisonnables appellent à prendre en compte les « autres » cultures et religions.

samedi 26 décembre 2009

Après l'étoile jaune, faudra-t-il un jour porter une étoile verte ?

par Jean-François Bouthors…
LEMONDE.FR | 22.12.09 |


Ce qui se passe en France depuis l'ouverture du débat sur l'identité nationale est insupportable.

Ce qui se dessine, c'est la montée de l'ostracisme à l'encontre de toute population dont la religion, la couleur de peau, le langage ou la tenue vestimentaire, voire l'âge, sont susceptibles d'inquiéter les Français ou du moins une partie d'entre eux qui s'arrogent le monopole de l'identité nationale.

Depuis plusieurs années, même quand ils sont citoyens français, ces "étrangers", ces "aliens" sont – à l'exception de ceux qui appartiennent aux couches économiques supérieures, mais pour combien de temps encore ? – tenus aux marges de la société. Un grand nombre d'entre eux sont assignés à des conditions de vie pénibles, sinon humiliantes. C'est une des raisons – certes pas la seule, mais elle n'est pas négligeable – qui expliquent que certains versent dans la marginalité ou la délinquance. Les statistiques témoignent d'une surreprésentation de ces populations dans les lieux de détention. Plutôt que de se contenter de chercher dans de tels chiffres des raisons de justifier nos peurs, nos lâchetés et nos démissions, nous devrions y voir une source d'interrogation sur la violence des injustices qui ravagent notre société et mettent l'identité nationale en lambeaux.

Depuis quelques mois, c'est sur les musulmans que se focalise l'attention. Cela s'est tout d'abord manifesté avec la création de la commission parlementaire sur le port de la burqa, alors même que cette pratique est ultraminoritaire. Depuis le lancement du débat sur l'identité nationale, ce phénomène s'est accéléré, et ceux qui s'en réjouissent ont vu dans le référendum suisse interdisant les minarets une sorte d'autorisation à se lâcher… Ce que l'on a entendu depuis dépasse ce que l'on aurait imaginé six mois plus tôt. Or si l'on remplaçait dans les discours le mot islam par celui de judaïsme, ou celui de musulman par le mot juif, l'indignation serait à juste titre générale.

Lentement mais inexorablement, les musulmans revêtent le costume du bouc émissaire de toutes les carences, de tous les défauts et péchés de notre société, alors que la crise économique multiplie les inquiétudes et les tensions sociales. C'est inacceptable. L'aveuglement est tel qu'on en oublie souvent que nombre de musulmans qui vivent dans notre pays sont des citoyens français, qui partagent les mêmes droits et devoirs, la même dignité que tout autre Français. On en oublie aussi pour les nouveaux venus la tradition d'hospitalité dont s'est longtemps enorgueillie la France.

De la question de l'intégration des différences dans le kaléidoscope national, on est maintenant passé, dans la bouche du ministre de l'identité nationale et de l'immigration, à l'injonction de l'assimilation à un modèle d'identité dont on se demande qui en possède tous les traits, et qui est fondé à les définir. Le président de la République lui-même n'a pas craint de recommander aux musulmans la discrétion. Ceux-ci sont priés de ne pas relever la tête, de ne pas se faire trop entendre. Faudra-t-il demain qu'ils rasent les murs comme les juifs du temps de l'affaire Dreyfus ? Faut-il croire que dans la France laïque, il y aurait place pour une sorte de dhimmitude à l'encontre des musulmans ? Puis sans doute, ensuite, à l'encontre des autres religions qui n'appartiendraient pas à l'identité républicaine française !

Il est effrayant de voir ainsi l'identité nationale rabattue sur l'appartenance religieuse ou ethnique. Il est scandaleux qu'au même moment, on renvoie dans leur pays, où ils ont fui la guerre, des Afghans sans papiers, musulmans, qui plus est en enfreignant les règles du droit international. C'est un peu comme si on avait renvoyé outre-Pyrénées, en 1936, les Espagnols qui fuyaient la guerre civile ! Il est consternant d'apprendre que sur 178 auditions devant les parlementaires de la commission sur le port de la burqa, 150 étaient contre le port du voile, comme l'a déclaré Eric Raoult. Un tel score est digne d'un débat contradictoire tel qu'on l'aurait organisé en Union soviétique. Fort heureusement, les deux tiers des personnes entendues ne sont pas favorables à une loi sur le sujet : il reste un peu de raison dans ce pays…

Nous, qui ne sommes ni des inconditionnels du Coran ni ignorants des dangers extrémistes ou communautaristes qui existent dans notre société, condamnons cette dérive du débat sur l'identité nationale. Nous considérons comme désastreux et particulièrement dangereux pour l'avenir du pays le sort fait à ceux qui sont perçus comme des étrangers, pour quelque raison que ce soit. En raison même de l'idée que nous nous faisons de la dignité humaine, en raison du fait que la liberté religieuse et la liberté de conscience sont des droits humains fondamentaux, nous demandons que soit mis un terme à tout ce qui peut nourrir ou sembler justifier les dérives actuelles, à commencer par ce "diabolique" débat sur l'identité nationale qui ne sème que la division. Après l'étoile jaune, faudra-t-il un jour porter une étoile verte ?

Premiers signataires :

Marie-Pierre Archambeaud, Guy Aurenche, Esther Benbassa, Jacqueline Berger, Jean-François Bouthors, Frédéric Boyer, Marie-Françoise Brihaye, Anne et Hervé Chabert, Philippe Chevallier, Dominique Chivot, Jean Daviot, Bill et Florentine Deraime, Jean Delumeau, Marie-Jo Deniau, François Euvé, Olivier Favereau, Mgr Georges Gilson, Etienne Grieu, Laurent Grzybowski, Monique Hébrard, Marie Holzman, Helena Lasida, André et Geneviève Le Gall, Marc Leboucher, Pierre Lembeye, Beatrice Litzellmann, Isabelle Marin, Michela Marzano, Véronique Nahum-Grappe, Anne Nerdrum, Anne Nivat, Bernard Perret, Gérard Pirlot, Claude Plettner, Marie-Christine Ray, Alain Renaut, Jean-Pierre Rosa, Alain Salomon, Caroline Sers, Régina Sneifer, Bernard Stephan, Hubert Stoecklin, Irène Terrel, Gérard Testard, Christoph Theobald, Beatrice Toulon, François Vaillant, Catherine Van den Steen, Dominique Vidal, Alain Woodrow

jeudi 16 juillet 2009

Hommage à Marwa


Rassemblement Samedi 18 juillet 2009 à 15h AU TROCADERO en hommage à Marwa.

Marwa Sherbini, 32 ans, maman d’un petit garçon de 3 ans, mariée à un chercheur en génétique à l’Institut Max Planck, résidait en Allemagne où elle préparait une thèse en pharmacie.

Marwa, de confession musulmane a été victime d’un assassinat islamophobe le 1er juillet dernier à Dresde en Allemagne parce qu’elle portait le voile.
Elle était enceinte de 3 mois et a été poignardée à 18 reprises sous les yeux de son fils de 3 ans et de son mari également blessé (par les policiers qui l’ont pris pour l’agresseur et lui ont tiré dessus). Marwa, témoignait, devant le tribunal où elle a été tuée par celui qui, quelques mois plutôt l’avait diffamée et insultée en raison de son appartenance à la religion musulmane.
N’attendons pas qu’il y ait une Marwa en France pour réagir ! Nos craintes sont fondées sur le constat alarmant de la montée inquiétante de l’islamophobie dans ses formes les plus sombres comme l’agression violente faite à une femme en pleine rue d’Argenteuil (Val d’Oise) par des hommes armés de cutters et qui lui ont tailladé le bras. Ajoutons à cela, les nombreux témoignages de femmes qui font part d’injures, crachats et menaces dont elles sont victimes.
Resserrons les liens de solidarité pour que cesse la haine islamophobe qui gangrène la France et l’Europe !

Signataires : Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Collectif des Musulmans de France (CMF), Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP).

lundi 13 juillet 2009

La martyre du foulard: l'assassinat de Marwa El Sherbini dans un tribunal allemand déclenche la fureur en Égypte

par Kate Connolly, à Berlin et Jack Shenker au Caire, The Guardian, 7/7/2009
Traduit par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : The headscarf martyr: murder in German court sparks Egyptian fury
Deutsch: Die Kopftuch-Märtyrerin: Mord in deutschem Gericht verursacht Empörung in Ägypten

• Une femme a été assassinée de 18 coups de couteau en plein tribunal à Dresde
• L’indignation devant la faible couverture médiatique en Allemagne alimente les protestations


L’Égyptienne Marwa El Sherbini et son mari Ali Elvi Okaz. Photograph: EPA Photo: EPA

C’était alors que Marwa El Sherbini témoignait à la barre, rappelant comment le prévenu l’avait insultée parce qu’elle portait le hijab, après qu'elle lui avait demandé de laisser son fils s’asseoir sur une balançoire, l'été dernier, que l’ homme a traversé la salle du tribunal de Dresde et lui a asséné 18 coups de couteau.

Marwa s’est écroulée à terre sous les yeux terrifiés de son fils de 3 ans Mustafa.

Même son mari, Ali Elvi Okaz n’a rien pu faire lorsque le contrôleur de stocks russe de 28 ans poursuivi pour insultes et abus a pris la vie de sa femme enceinte. Alors qu’Okaz se précipitait pour lui porter secours, il a été abattu par un agent de police qui l’avait pris pour l’agresseur. Il est actuellement en soins intensifs dans un hôpital de Dresde.

Alors que l’horrible incident qui a eu lieu le 1er juillet, a reçu peu de publicité en Europe, et qu’en Allemagne on a mis davantage l'accent sur les questions touchant à la sécurité dans les tribunaux que sur les motivations racistes de l'attaque, à 3200 km de là, dans son pays natal, l'Egypte, la pharmacienne de 32 ans a été nommée la «martyre du foulard".


Elle est devenue un symbole national de la persécution pour un nombre croissant de manifestants, qui sont descendus dans la rue pour protester contre ce qu’ils perçoivent comme une croissance de l'islamophobie en Occident. Les funérailles de Sherbini ont eu lieu dans sa ville natale, Alexandrie, le lundi 6 juillet, en présence de milliers de personnes endeuillées et de personnages du gouvernement. Il est prévu de donner son nom à une rue.


Sherbini, une ancienne championne nationale de handball, et Okaz, un ingénieur en génie génétique sur le point de présenter sa thèse de doctorat, vivaient en Allemagne depuis 2003, et d’après ce que l’on sait, ils prévoyaient de retourner en Égypte à la fin de l'année. Ils attendaient un deuxième enfant pour janvier prochain.

Alex W., un chômeur originaire de Perm en Russie, avait été reconnu en novembre dernier coupable d'outrage et d’abus contre Sherbini, pour lui avoir crié «terroriste» et «pute islamiste ", lors de la rencontre dans un parc de Dresde. Il avait été condamné à une amende de 780 € mais avait fait appel du verdict, raison pour laquelle il s’est de nouveau trouvé face à Sherbini au tribunal.

Alors qu’il Alors qu’il avait exprimé clairement ses sentiments anti-musulmans, la sécurité n’a pas été renforcée et des questions demeurent quant aux raisons pour lesquelles il a été autorisé à porter un couteau dans la salle d'audience.



Les personnes en colère qui ont suivi les funérailles de Marwa à Alexandrie ont accusé l’Allemagne de racisme, criant des slogans comme «les Allemands sont les ennemis de Dieu" et le Grand Mufti d’Égypte Mohamed Sayyid Tantaoui a demandé à la justice allemande de punir sévèrement Alex W.


"La colère est forte", a déclaré Joseph Mayton, rédacteur du site web d'informations de langue anglaise Bikya Masr. "Jamais depuis que l'Égypte avait remporté la Coupe d’Afrique [de football], les Égyptiens ne s’étaient retrouvés unis sous une bannière commune".

En Allemagne, le gouvernement d'Angela Merkel a été vivement critiqué pour la mollesse de sa réaction au premier assassinat islamophobe dans l’histoire du pays. Les secrétaires généraux du Conseil central des Juifs d’Allemagne et le Conseil central des musulmans, Stephen Kramer et Aiman Mazyek, qui se sont rendus ensemble lundi au chevet du mari de Sherbini qui a fait lundi une visite conjointe à l'Sherbini chevet de son mari, ont parlé des réactions «inexplicablement rares" de la part des médias et des politiciens .

Ils ont dit que même si le caractère raciste du meurtre est hors de question, le débat en Allemagne s’est concentré davantage sur la question de l'absence de sécurité dans la salle d'audience. "Je pense que les faits parlent d'eux-mêmes», a déclaré Kramer.

Le porte-parole adjoint du gouvernement Thomas Steg rejeté la critique, disant qu’on n’en savait pas encore assez sur les détails de l'incident.

"Dans ce cas concret, nous nous sommes retenus de faire une déclaration parce que les circonstances ne sont pas suffisamment claires pour permettre une réponse politique large ", a-t-il dit, ajoutant: «S’ils ‘avérait qu’il s’agissait bien d’un acte xénophobe et raciste, [le gouvernement] le condamnerait dans les termes les plus vigoureux possibles ".

Alors que des centaines d'Arabes et de Musulmans manifestaient en Allemagne, et que des observateurs faisaient des comparaisons avec l’affaire des caricatures danoises, des représentants du gouvernement égyptien à Berlin ont déclaré qu'il était important de garder l'incident en perspective.

«C’était un incident criminel, mais cela ne signifie pas qu’on assiste à une persécution populaire des musulmans est en place», a dit Magdi El Sayed, le porte-parole de l'ambassade d'Égypte à Berlin.

Mais comme il s'est produit quelques jours seulement après que Nicolas Sarkozy avait prononcé un important discours de politique générale dénonçant la burqa, de nombreux Égyptiens pensent que la mort de Sherbini s’inscrit dans une tendance plus générale à l'intolérance envers les musulmans en Europe.

L'ambassade d'Allemagne au Caire a cherché à calmer le jeu, en organisant une visite de condoléances de l'ambassadeur à la famille de la victime en publiant une déclaration insistant sur le fait que l'attentat ne reflète pas le sentiment général des Allemands envers les Égyptiens.

Des protestataires ont lancé des appels répétés à manifester devant l'ambassade d'Allemagne au Caire. Le Syndicat des pharmaciens égyptiens a dit qu'il envisage une semaine de boycott des médicaments allemands.

Le frère de la victime, Tarek El Sherbini, hôte d’un talk show populaire, a qualifié l’Allemagne de pays "froid". Des pontes médiatiques, comme Abdel Azeem Hamad, rédacteur en chef du quotidien AshShorouk, ont attribué le désintérêt des médias occidentaux pour cette affaire au racisme, faisant valoir que si Sherbini avait été juive, elle aurait reçu beaucoup plus d'attention.

Les hommes politiques en Egypte cherchent à chevaucher la vague de fond des sentiments populaires. Mais certains commentateurs ont critiqué la réaction à l'assassinat comme une diversion pour le régime impopulaire du président Hosni Mubarak, qui fait face en ce moment actuellement à une vague de grèves et sit-ins.

"La tragédie de Marwa El Sherbini est réelle, comme l’est le racisme anti-arabe, en Europe et ailleurs, mais ... sa mort a été utilisée pour canaliser le ressentiment contre l’Occident, dans le style des caricatures danoises", écrit le célèbre blogueur The Arabist.




vendredi 10 juillet 2009

Marwa, assassinée parce qu’elle portait un voile

En hommage à Marwa El Sherbini, jeune maman de 32 ans de confession musulmane victime d’un assassinat islamophobe le 1er juillet dernier à Dresde en Allemagne parce qu’elle portait un voile, nous vous appelons à un rassemblement devant l’ambassade d’Allemagne à Paris le vendredi 10 juillet à 18H30 au 13/15 Avenue Franklin Roosevelt Paris 8è (Métro : Franklin D. Roosevelt ligne 1 et 9).
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Une nouvelle étape a été franchie avec cet acte odieux que très peu de medias ont relayé. Resserrons les liens pour que cesse la haine islamophobe qui gangrène notre continent et qui semble aveugler certains hommes politiques et intellectuels qui désormais nient l’humanité des femmes qui portent le voile après les avoir stigmatisées, vilipendées et ostracisées. Comment ne pas penser que le meurtrier était ivre de ces discours de haine puisqu’il a crié avant de commettre son acte « ces gens-là ne peuvent être diffamés puisqu’ils ne sont pas de véritables êtres humains »
Une délégation sera reçue par l’ambassade d’Allemagne.