Affichage des articles dont le libellé est Lampedusa. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lampedusa. Afficher tous les articles

vendredi 24 avril 2015

Dénonçons le crime contre l’humanité commis contre les migrants

par Claude Calame, Le Monde, 8/4/2015
English  Exposing the crimes against humanity committed against migrants 
Plus de 3 400 migrants morts en Méditerranée en 2014, 300 dans la seule deuxième semaine de février 2015, tel est le dramatique bilan de la politique de fermeture des frontières menée par l’Union européenne (UE), de Ceuta et Melilla en face de Gibraltar, au fleuve Evros, en Grèce du Nord. La France n’échappe pas à cette politique d’érection de murs opposés à migrantes et migrants. Non pas en Méditerranée, mais à Calais.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10041.jpg
Khalid Albaih, Soudan
Un récent rapport d’Human Rights Watch (HRW) vient de dénoncer les conditions de survie imposées aux quelque 3 000 migrants qui, à Calais et dans le Calaisis, attendent soit une opportunité de passer clandestinement en Angleterre, soit l’incertain résultat d’une demande d’asile déposée en France : au dénuement total dans une situation d’extrême précarité s’ajoutent répression et exactions policières, entre passages à tabac et attaques au gaz lacrymogène.

mardi 15 octobre 2013

Superstiti e bare : il tradimento dell'Europa/Des survivants et des cercueils : la trahison de l'Europe

Enrico Montalbano, 14/10/2013
Cronaca di una giornata di sbarchi a Porto Empedocle: 13/10/2013
L'arrivo di due navi militari, durante l'arco di tutta la giornata, che hanno trasportato vivi e morti: i superstiti e le prime 100 bare del naufragio di Lampedusa del 3 ottobre 2013.
Nessuna parola può restituire certi drammi. Le immagini di questo video sono il resoconto di un film già visto in passato, le cui scene hanno come protagonisti sempre gli stessi attori. Il tempo è scandito dal ritmo delle stesse operazioni di routine, che sono ormai il simbolo di una sconfitta storica di quella che qualcuno definisce, ancora una volta, civiltà.

Chronique d'une journée de débarquements à Porto Empedocle*, 13 octobre 2013
L'arrivée de deux bateaux militaires, dans la journée du 13 octobre, qui ont transporté des vivants et des morts : les survivants et les cent premiers cercueils de victimes du naufrage de Lampedusa du 3 octobre 2013. Certains drames ne peuvent être restitués par des mots. Les images de cette vidéo sont le concentré d'un film déjà vu dans le passé, dont les scènes ont toujours les mêmes protagonistes. Le temps est rythmé par les mêmes opérations de routine, devenues désormais le symbole d'une défaite historique de ce que certains continuent à appeler une civilisation;

*Port d'Agrigente, au centre-ouest de la Sicile

mercredi 1 février 2012

Les parents des disparus tunisiens : “Italiens, aidez-nous à retrouver nos enfants”

par Enrico Montalbano et Laura Verduci, il manifesto, 31/1/2012. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : I genitori degli scompars tunisini: "Italia, aiutaci a trovare i nostri figli"
 
Une délégation de parents de plus de deux cents jeunes Tunisiens partis vers l’Italie et ensuite disparus se trouve en Italie depuis samedi : “On veut comprendre”.
Une délégation de six personnes est arrivée de Tunisie en Italie le samedi 28 janvier. Ce sont les parents de quelques-uns de 200 jeunes Tunisiens partis en mars dernier sur quatre embarcations – le 1er mars, le 14 et deux autres le 29 – dont on a perdu toute trace. Certains d’entre eux ont téléphoné, disant être à peine arrivés ou réussir à voir la côte et les navires italiens. Puis, plus aucune nouvelle. Durant ces jours-là, il n’y a eu aucun avis de naufrage. Leurs parents manifestent depuis des mois en Tunisie pour demander qu’on leur donne des nouvelles plus sûres sur le sort de ces garçons. Le gouvernement tunisien a demandé au gouvernement italien de lui transmettre les empreintes digitales de toutes les personne identifiées comme tunisiennes et arrivées à cette période en Italie. Ces dernières semaines, d’importantes tractations sont en cours. Entretemps la délégation est venue en Italie avec l’intention de visiter certains centres de détention pour migrants, espérant retrouver des traces de leurs fils et frères.
La campagne "D'une rive à l'autre : des vies qui comptent-Où sont nos enfants ? " soutient l'appel des familles des Tunisiens perdus en mer dans les mois qui ont suivi la révolution.

Lisez l’ Appel pour les migrants tunisiens portés disparus

samedi 1 octobre 2011

Scusa Lampedusa

"Excuse-nous, Lampedusa". Images de la répression du mercredi 21 septembre contre les migrants enfermés à Lampedusa, qui a provoqué leur révolte et leur déportation, d'abord à bord de ferries puis de centres de rétention éparpillés sur le territoire italien, et vers la Tunisie pour les Tunisiens.

Incendie du squat de Pantin : témoignage d'Adel, 23 ans , de Ben Guerdane

par Aziz Zemouri, Le Point, 29/9/2011

Adel, Tunisien de 23 ans, a survécu à l'incendie qui a fait six victimes mercredi. Insalubre, l'immeuble était occupé par des Tunisiens et des Égyptiens.

Incendie du squat de Pantin : un survivant témoigne
L'incendie d'un squat à Pantin a fait six morts. © Johanna Leguerre / AFP
Click here to find out more!
Six personnes, des ressortissants tunisiens et égyptiens, sont mortes mercredi matin dans l'incendie d'un immeuble qu'elles squattaient à Pantin, à la limite du 19e arrondissement Paris. "Les victimes sont décédées par asphyxie ou carbonisées, quatre personnes ont été très légèrement blessées en sautant par la fenêtre du premier étage", avait indiqué la procureur de la République de Bobigny, Sylvie Moisson.
Adel, 23 ans, résidait dans le bâtiment qui a pris feu. Il était arrivé de Tunisie en avril dernier via Lampedusa, avec un titre de séjour délivré par l'Italie qui lui permettait de circuler six mois au sein de l'espace Schengen. Le jeune homme a échoué dans ce squat de Pantin après que les structures d'hébergement ont été fermées aux réfugiés tunisiens à la fin de l'été.
"Vous êtes les bienvenus"
L'incendie s'est déclaré vers 5 heures du matin : "J'avais quitté l'immeuble vers 22 heures. Je fais la queue devant la préfecture de Bobigny pour des immigrés, je leur cède ma place contre 20, 30 ou 40 euros, c'est comme ça que je gagne de l'argent. C'est mon boulot." C'est grâce à cette activité que le jeune homme a échappé aux flammes.
"Nous n'avions ni eau ni électricité. On se déplaçait avec des bougies. Le squat était délabré, il manquait des marches pour accéder aux étages, témoigne Adel. Selon le jeune homme, jusqu'à trente personnes s'entassaient dans l'immeuble : "Celui qui a ouvert le squat est mort dans l'incendie. Il nous disait Tant qu'il y a de la place pour s'allonger, vous êtes les bienvenus ! Ces derniers temps, ajoute-t-il, il y avait pas mal de conflits entre squatteurs, mais, le jour du drame, c'était calme."
La police et la mairie étaient au courant
Le bâtiment abritait des Tunisiens et deux Égyptiens, décédés dans l'incendie. "Il n'y avait pas de Libyens, explique Adel. Certains d'entre nous disaient à la police qu'on était de Libye, cela permettait d'obtenir une autorisation provisoire de séjour de sept mois. À croire qu'il n'y a que les Tunisiens à être maltraités par la France", s'indigne-t-il. Adel est originaire de Ben Guerdane, situé à 30 kilomètres de la frontière libyenne.
Selon lui, tout le monde connaissait la situation : "Le propriétaire nous prévenait avant l'arrivée de la police. Elle est venue au moins trois fois avant la tragédie, et la mairie également."
Plainte contre X
Samia Maktouf, avocate au barreau de Paris, a d'ailleurs décidé de déposer une plainte contre X pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Elle vise toutes les personnes au courant de la situation de danger que vivaient les squatteurs et qui n'ont rien fait pour les protéger. Selon elle, le ministre de l'Intérieur fuit ses responsabilités : "Les réfugiés tunisiens ne sont pas arrivés en France par des filières clandestines, contrairement aux propos qui ont été tenus sur les lieux du drame. Le discours de Claude Guéant est à but électoraliste sans rapport avec la réalité", déclare-t-elle au Point.fr. "La Tunisie a ouvert ses bras à près de 200 000 réfugiés libyens quand à peine 20 000 Tunisiens sont arrivés en France. Ils ont été traités sans ménagement, chassés et dispersés par la volonté du ministère de l'Intérieur pour que personne ne leur vienne en aide. Malgré les efforts de la mairie de Paris, ils se retrouvent dans des squats insalubres", explique-t-elle.
Les corps des six personnes n'ont pas encore tous été identifiés. Une enquête a été ouverte par le parquet de Bobigny.

vendredi 30 septembre 2011

Le 23 septembre 2011, les galères sont réapparues en Méditerranée...

Photo Gabriele del Grande
...et cela dans les ports de Palerme puis Porto Empedocle en Sicile et Cagliari en Sardaigne. La police italienne a réquisitionné trois ferries pour y détenir illégalement 900 migrants évacués de Lampedusa par avions gros porteurs militaires C 130, du même type que ceux que l'Italie est en train de vendre à la Tunisie, qui ne fera ainsi que creuser sa dette. Les ferries répondant aux noms de MOBY FANTASY, MOBY VINCENT et..AUDACIA sont ainsi les premières galères au sens propre du XXIème siècle : des prisons flottantes. De là, les nouveaux galériens sont déportés vers la Tunisie, d'où ils viennent. Au nom de "l'urgence migration", de la lutte contre le "tsunami humain", l'Italie de Berlusconi, avec l'approbation tacite de l'Union européenne, bafoue toutes les lois internationales et nationales en vigueur. La séquestration de personnes à bord de navires dans les eaux internationales est un crime - elle relève de la piraterie - puni par le code pénal italien par une peine de 10 à 20 ans de prison. Le même crime, commis dans les eaux terrotiriales nationales, relève "seulement" de l'enlèvement ou kidnapping ("sequestro di persone") et est puni par le même code par une peine de 1 à 10 ans de priison, s'il est commis abbusivement par des fonctionnaires. On ne va pas laisser faire.
FG

mercredi 28 septembre 2011

Après l'Italie et ses blessés, la France ramasse les morts parmi des migrants tunisiens de Lampedusa ! Qui s'en soucie ?

Personne !
par Mongi Hazgui, mercredi 28 septembre 2011
Le 21 septembre 2011 quelques 300 immigrés tunisiens ont manifesté  à Lampedusa contre leurs conditions d'accueil. Des heurts ont éclaté avec les forces de l'ordre. Colère également des habitants de l'île. Certains d'entre eux ont attaqué à coups de pierres les manifestants. On comptait déjà une douzaine de blessés. La police anti-émeute est intervenue à coups de matraques, et des immigrés tunisiens ont sauté d'une hauteur de 3 à 4 mètres, pour échapper aux coups. Des habitants en colère s’en sont aussi pris aux journalistes couvrant l’émeute, leur demandant de quitter l’île. Et les violences ont fait plusieurs blessés…Qu’a fait notre gouvernement (provisoire) ? Rien et rien.
Hier, un scénario plus dramatique, au moins six personnes ont péri dans l'incendie maîtrisé d'un squat de migrants tunisiens.  Le bâtiment abritait  aussi des migrants libyens et égyptiens, et devait être démoli, Environ une trentaine de personnes y vivaient.
Quand est-ce que notre gouvernement (encore provisoire) s’occupera-t-il sérieusement de nos compatriotes ?
J’appelle tous les Tunisiens vivant  en France et en Italie à se rassembler pour exiger la résolution par notre gouvernement de ce problème épineux dans lequel se sont retrouvés nos compatriotes. Toutes les initiatives dans ce sens seront la bienvenue. Bougez pour eux, SVP !

samedi 18 juin 2011

Tunisie-France: micmac au 36 Botzaris

Micmac à l’ancien siège du parti de Ben Ali à Paris
Par BAPTISTE LE MAUX, WILLY LE DEVIN, Libération, 17/6/2011

Expulsions . Des migrants ont été délogés, hier, de l’immeuble abritant des archives convoitées de l’ex-président tunisien.

C’est un étrange ballet qui se déroule au 36 de la rue Botzaris, dans le XIXe arrondissement parisien, au siège de l’ancien Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du despote tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali. Hier encore, des migrants ont été délogés «du 36» 
Racket.
Mais l’imbroglio dure depuis déjà plusieurs semaines. Verrouillé et placé sous étroite surveillance après la révolution, le bâtiment est investi une première fois le 31 mai par une quarantaine de migrants arrivés de l’île italienne de Lampedusa, dont beaucoup vivent dans une extrême précarité. Problème, le bâtiment recèle de nombreuses archives du régime Ben Ali. D’après une source diplomatique, les documents entreposés concerneraient «les tout premiers cercles du RCD, tel Imed Trabelsi, neveu de Leïla Ben Ali, seconde épouse du président». S’y trouveraient également, selon la même source, des talons de chèques, des références de comptes bancaires dont les ressources émaneraient d’un racket organisé sur les salaires des fonctionnaires tunisiens, ainsi que des preuves de la complaisance des services français à l’égard de l’ancienne dictature.
Dans la nuit du 6 au 7 juin, une escouade d’une trentaine d’hommes prend possession des caves de Botzaris. Plusieurs sources militantes, associatives (notamment la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives), et policières identifient ces Tunisiens comme des proches de l’ancien pouvoir. Des rixes éclatent avec les migrants, du matériel est dégradé, et des documents sont dérobés. Dès le lendemain, la police française, déjà sur ordre de l’ambassade de Tunisie, charge et emmène tous les occupants de l’immeuble au commissariat de la rue Riquet. Relâchés, les migrants retournent «au 36» etentament des pourparlers avec l’ambassadeur pour transformer le lieu en centre d’accueil, placé sous l’égide d’associations communautaires.
Activiste.
Mais le ballet reprend de plus belle : on vient s’emparer, troquer ou monnayer des documents. Le dernier coup de théâtre - qui semble avoir motivé l’intervention policière d’hier - se déroule mercredi vers 18 heures 30. Une avocate parisienne anti Ben Ali, Soumaya Taboubi, ainsi qu’un dissident, Ali Gargouri, se présentent «au 36» au volant d’un monospace et emportent plusieurs milliers d’archives. Leur objectif ? Créer un comité de préservation des archives de la Tunisie qui rassemblera des avocats et des intellectuels. Contactée par Libération, Soumaya Taboubi est demeurée injoignable. Elle a toutefois confié à nos confrères d’Owni, «avoir placé les archives en lieu sûr afin de les remettre dès que possible aux justices française et tunisienne.»
 

Trente Tunisiens sur le carreau après leur expulsion de l'ancien siège du parti de Ben Ali

Par MATHIAS DESTAL, Libération, 17/6/2011

En attendant de voir leur situation se débloquer, ils ont pris leurs quartiers parisiens aux Buttes-Chaumont.

Les migrants tunisiens délogés de l'ancien local du RDC espèrent voir leur situation
Les migrants tunisiens délogés de l'ancien local du RDC espèrent voir leur situation régularisée. (Mathias Destal)
Il pleut. La trentaine de ressortissants tunisiens abrités sous les arbres du parc des Buttes-Chaumont attendent que des «amis» leur apportent des bâches pour se protéger des gouttes. Les regards sont fermés, les traits tirés.
Mercredi encore, ces migrants occupaient le 36 de la rue Botzaris, l'ancien siège parisien du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de Ben Ali. Jusqu'à ce que les policiers les évacuent manu militari, jeudi à six heures du matin.
«C'est à nous ici, ça appartient aux Tunisiens», s'énerve Karim, 29 ans, arrivé en France il y a un mois. Adossé à un arbre, l'ancien peintre en bâtiment est tendu. «On n'a pas dormi depuis deux jours. La police ne nous laisse pas tranquille. Ils nous ont sorti du bâtiment à six heures du matin, mercredi. On s'est installé dans le parc. Ils sont revenus à 23 heures en passant pas la grille et nous ont gazé avec leurs lacrymogènes». Trois d'entre eux ont été amenés à l'hôpital. Dont deux mineurs.

«Secrets bien gardés»

Le 31 mai, le bâtiment avait été investi par une quarantaine de migrants  arrivés en France après la révolution qui a secoué leur pays en janvier. Mais le lieu était étroitement surveillé par la police qui les a délogés à plusieurs reprises. Le bâtiment recelait de nombreuses archives du régime de Ben Ali dont certaines pourraient révéler des secrets bien gardés.

La facade du 36 rue Botzaris. (M.D.)
Afin de trouver une solution pour les locataires du «36», une entrevue a eu lieu ce vendredi matin entre des représentants des Tunisiens et Elyes Ghariani, le chargé d'affaire de l'ambassade de Tunisie en France. L'objectif: trouver une solution pour la trentaine de clandestins qui n'ont toujours pas trouvé où dormir légalement. Les plus chanceux ont déjà été dirigés vers des gymnases aménagés pour accueillir les réfugiés tunisiens.
«Nous avons essayé de trouver une solution pour qu'ils ne dorment pas dans la rue ce soir» explique Amira Yahyaoui, la fille de Moktar Yahyaoui (un opposant à Ben Ali en Tunisie), présente à la réunion au côté d'Ali Garghouri «L'ambassadeur a appelé la mairie de Paris qui nous a renvoyé vers France Terre d'asile.» Vendredi à 18 heures, l'association n'était pas en mesure de nous dire si une solution avait été trouvée pour les Tunisiens du «36».

«Centre de rétention»

L'autre point de la négociation a porté sur l'«aide au retour volontaire», qui est normalement de 2000 euros. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) ne propose pourtant aux réfugiés qu'une aide de 300 euros. Elle correspond à «l'aide humanitaire».

Photo: Zouaoui, arrivé en France il y a cinq mois. (M.D.)
«Certains sont prêts à repartir au bled s'ils peuvent avoir les 2000 euros, mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse de 300 euros?» s'indigne Zouaoui, lui aussi assis à la table des négociations vendredi matin. Le voyage jusqu'ici leur a déjà coûté enre 1200 et 1500 euros.
Et retourner au pays pour 2000 euros? Même ça, Zouaoui n'en veut pas. L'homme à la voix grave d'un fumeur de gitane est arrivé en France il y a cinq mois. Malgré un séjour de «dix jours au centre de rétention de Bobigny», il garde l'espoir de régulariser sa situation en France. «On est 23000 Tunisiens à être venu en France. C'est pas facile de trouver un logement et du travail dans ces conditions mais ça va venir. Je galérais là-bas. Je peux bien galérer un peu ici.» En Tunisie, le salaire ne dépasse pas, dit-il, 300 dinars tunisiens par mois, soit 152 euros. «Une misère.» Alors, en attendant que leur situation s'éclaircisse, les Tunisiens des Buttes-Chaumont restent «perdus, comme ils disent, dans le vent et les nuages». 

Des citoyens français campent avec les migrants à #Botzaris36

Ce billet est une contribution d’un collectif d’activistes suite à une initiative lancé par Paul Da Silva (http://www.paulds.fr/).
Je relaie ce billet par solidarité avec le mouvement qui s’active en France pour une cause d’une importance majeure pour les Tunisiens.
#Botzaris36
Nous avons besoin de votre aide dans le parc des Buttes Chaumont, il nous faut :
  • Des draps, duvets, sacs de couchages et couver
  • A manger et à boire (pas d’alcool)- Des vêtements
  • Des cigarettes
  • Du nécessaire d’hygiène
  • Des bâches ou même des sacs poubelle grande contenance
  • De quoi produire de l’électricité
  • Des citoyens qui trouvent que ce qui se passe n’est pas normal!
  • Des journalistes !!
  • … Nous n’avons rien et avons besoin de tout, la mairie elle ne fait rien!
L’histoire que je vais vous raconter ici met en place une trentaine de jeunes Tunisiens ayant fait le périple depuis leur pays jusqu’à Paris, deux citoyens français et toute une myriade de politiques qui ont clables à nous autres humains désirables sur le sol français, et de subir (presque)  les  mêmes conditions qu’eux. Tout ce que nous vivons nous le publions en  direct sur Twitter, au fur et à mesure de la journée et en marquant  de  brèves pauses pour aller recharger les batteries. Du matin au soir,  et  même pendant la nuit où nous allons (et avons déjà commencé) camper  avec  ces gens (par ailleurs formidables) dans le parc qui est  actuellement  leur seul refuge.
La  problématique est la suivante :
Hier près d’une centaine de Tunisiens  qui occupaient illégalement un local affilié au RCD (l’ancien parti du «  président » déchu Ben Ali) faute d’avoir ailleurs où aller ont été  expulsés et ce sans qu’aucune solution de logement ou d’aide de quelque  ordre que ce soit ne leur soit proposée. Cette expulsion a pour raison  la présence de documents compromettants (pour les politiques tunisiens  comme français) dans le local en question et la peur de les en voir  sortir et révélés à la presse ou utilisés en justice…
La  question qui se pose est alors : qu’est ce que l’on fait lorsque l’on  est simple citoyen et que l’on voit ainsi les droits de l’Homme (qui  s’appliquent à tous les humains et pas uniquement aux franco-français  jusqu’à preuve du contraire) foulés au pied pour protéger quelques  politiciens ayant de toutes façons ouvertement pratiqué la complaisance  depuis plus de vingt ans avec un régime qui lui-même, déjà, opprimait sa  population. Comment se battre pour que des humains, composés de chair,  d’os, et de pas mal d’autres choses soient reconnus en tant que tels et  pas juste en tant qu’indésirables ou que potentiels dangers pour des  bouts de papiers et des disques durs (dont certains ont de toutes façons  déjà été extraits) ?
La  seule solution que nous avons trouvé est la suivante :
Puisque la  chair, l’os, et tout le reste ne suffisent pas, nous allons y rajouter  ce que les Hommes politiques aiment plus que cela : des cartes  d’électeurs, des citoyens français…
Je   vais essayer de publier un papier comme celui-ci tous les jours, en   espérant que la fatigue ne m’emporte pas trop, lors de courtes pauses   dédiées à cela dans notre rythme de réfugiés.
Comprenez   bien que nous préférerions chacun dormir chez nous et que les  Tunisiens  avec qui nous avons sympathisé soient traités correctement,  mais après  avoir contacté l’ambassade, la mairie de Paris, la mairie  de  l’arrondissement et la région Île de France sans qu’aucune solution  ne  soit proposée pour mieux loger les Tunisiens nous avons décidé   d’inverser la balance et de nous nous mettre au niveau de vie qu’on  leur  impose.
La journée d’hier fut riche en rebondissement, laissez moi vous la raconter.Alors   que j’avais prévu de passer la journée sur un salon (Pas Sage en Seine), je suivais en simultané sur mon téléphones les nouvelles de   Botzaris (#Botzaris36) et lorsque j’ai vu qu’une plaque avait été posée sur le bâtiment maintenant vide de ses occupants
Ambassade de Tunisie « annexe »
#Botzaris36 - Ambassade de La Tunisie, Annexe
J’ai   eu peur que la situation ne dégénère et ai donc quitté le salon pour   retourner sur place. Arrivé vers 15 heures, tout le monde me salue et   m’accueille poliment. Nous discutons un peu avec tout le monde et   découvrons qu’une journaliste a enfin fait le déplacement et qu’elle  est  aussi intéressée par le sort des migrants et non uniquement par  celui  des documents. Nous discutons donc un certain temps, et résumons   notamment les épisodes de la nuit.
Aux alentours d’une heure du matin, alors que les Tunisiens étaient   endormis dans le parc, et que la mairie était au courant de cela, une   patrouille de police est arrivée les réveiller, lampe torche au poing.   Ceci a eu pour effet d’en agacer certains et la mayonnaise est   rapidement montée jusqu’à se transformer en gaz lacrymogène. Bilan : 3   mineurs à l’hôpital pour la nuit…
On   a aussi une information selon laquelle deux autres Tunisiens sont en garde à vue, ce qui est illégal pour un immigré en France depuis peu et   ne peut donc signifier que centre de rétention…  Dure nouvelle…
Nous nous retirons dans un café pour recharger les téléphones et parler plus calmement avec la journaliste. La discussion se passe bien, nous  lui  donnons tout ce que nous pouvons lui donner et la remercions très   chaleureusement d’être venue. Comprenez que seule la médiatisation de   l’affaire peut permettre de la débloquer autrement que dans un   affrontement contre-productif…
Tout   ce temps la pluie bat et nous trouvons abri sous les arbres du parc ou   sous une bâche que la sureté de Paris va nous demander d’enlever pour  ne  pas gâcher le paysage…
On passera sur les évènements de la vie quotidienne suivants, la galère à   s’organiser pour répartir les maigres ressources alimentaires, la  quête  pour décrocher un ballon pris dans la charpente d’une tonnelle  qui nous  sert aussi d’abri, …
Arrivent deux équipes de télévision : France 2 et France 3. Les   deux nous consultent directement, nous leur expliquons en détail ce  qui  se passe et l’équipe de France 3 essaye de rentrer (sous la caméra  de  France 2) et se fait bien entendu refouler. Partant de là et  sachant  qu’il n’y aura aucun document à diffuser à l’antenne, ils  partent…
A  l’opposé la journaliste de France 3 va effectuer un travail   considérable pendant au moins deux heures, discuter en arabe avec les Tunisiens sur place, filmer les tentatives de tractation des uns avec   les autres, jusqu’à ce que les vigiles décident de sortir et de donner   l’assaut sur les quelques jeunes présents ici, allant jusqu’à en  prendre  un à la gorge. La police ayant été vraisemblablement appelée  (elle  commence à bien connaître l’adresse je pense) elle arrive très  vite et  calme les vigiles. Dans le même temps nous expliquons aux  policiers la  situation. Ils sont très compréhensifs et nous demandent  juste d’arrêter  d’essayer de discuter avec les gardiens qui n’en ont  visiblement pas  envie.
Peu après et alors que la police est partie et que les vigiles sont   rentrés, ce sont deux voitures de la sécurité de la mairie de Paris que nous repérons stationnées en contrebas dans le parc. En courant on y   arrive vite, pour constater que les véhicules sont vides et que leurs   occupants ne sont visibles nul part. Nous remontons voir ce qui se  trame  en haut avant de redescendre à nouveau en courant en voyant le  nombre  des voitures doubler et leurs occupants bien présents pour le  coup.
Il s’avère en fait qu’ils ne souhaitaient que faire respecter le  règlement  et ainsi demander à ce que l’on ne consomme pas d’alcool dans  le parc  et que l’on range le drapeau tunisien. Ces consignes seront  respectées  et tout se fera dans la bonne entente des deux côtés…
Un des tunisiens avec lequel j’ai le plus discuté vient alors me voir et   me dit plein de gêne qu’il a faim et qu’ils n’ont presque plus rien à   manger. Je lance un appel sur Twitter qui restera malheureusement sans   réponse jusqu’à ce qu’un des soutiens que l’on connait bien revienne  les  bras chargés de pain et de nourriture à mettre dedans pour faire  des  sandwichs…
A nouveau nous voyons deux journalistes (c’est la première fois que nous   en voyons autant en si peu de temps) dans un café et en profitons pour   recharger les batteries des téléphones en discutant à la fois des   tunisiens, des documents et de notre démarche. L’un des journalistes va   rester avec nous une bonne partie de la soirée et partir très tard.
C’est   pendant que ce journaliste fait une prise d’image de l’autre côté de  la  grille du parc que les vigiles en profitent pour faire sortir une   camionnette de la cour du bâtiment. Personne n’a pu voir si elle était   chargée et/ou si elle transportait des gens. Elle n’est pas revenue à   l’heure où j’écris…
La Sureté de Paris viendra plus tard, vers 22h, nous demander de quitter   le parc pour la fermeture. Nous leur expliquons que cela est  impossible,  que personne ne posera de souci et que l’on souhaite être  enfermés dans  le parc. Ils finiront, à force de négociation, par  accepter.
Vers 23h/minuit nous décidons de rester avec Elisabeth et de passer la   nuit dans le parc. Elle sera agitée et si nous avons grappillé 10 minutes de sommeil chacun c’est un grand maximum. Dormir à même le sol   est très inconfortable, nous ne l’avions pas prévu (elle était en robe   et moi en veste de costume – que je peux d’ailleurs mettre à la   poubelle), il pleut par intermittence et les arbres ne nous protègent   que partiellement, il fait froid, …
J’essaye de dormir assis contre un   arbre, un de nos amis tunisien va insister pendant près de 20mn pour  que  je prenne sa place allongé : « vous êtes notre invité ! » –  j’aimerai  pouvoir lui répondre qu’eux sont les invités de la France !
A   4h20, pris par le froid nous allons marcher un peu et en passant aux   abords du 36 les chiens commencent à hurler. Dix minutes plus tard une   voiture de police est sur place… Une personne viendra finalement nous   parler, son visage nous est familier, ses questions sont orientées et  il  a l’air horriblement frais pour l’heure avancée de la nuit… De là  à  dire qu’il s’agirait d’un policier en civil comme il en circule nuit  et  jour à Botzaris…
A   6 heures et après avoir visité le parc presque vide et encore fermé   pendant le lever de soleil, nous allons recharger à nouveau les   batteries de nos téléphones – les nôtres sont bien à plat…
Les images sont reprises de fhimt.com
Source : nawaat

Pétition au Conseil Européen pour l’application de la protection temporaire aux migrants tunisiens

Suite à l’insurrection populaire qui a abouti à la fuite du président Ben Ali et à l’initiation d’un processus démocratique et constituant en Tunisie, près de 25 000 Tunisiens se sont embarqués vers l’Europe durant quelques semaines. La grande majorité était constituée de jeunes hommes originaires des régions sud-est de la Tunisie, ils sont aujourd'hui répartis en Europe, essentiellement en France et en Italie, où ils vivent dans des conditions déplorables et humiliantes.
Au regard des données démographiques européennes, des besoins de main d'œuvre étrangère déclarés et des volumes annuels constatés et attendus d’entrée d’étrangers dans le territoire de l’UE, l’arrivée de vingt cinq mille personnes en Europe peut être considérée comme dérisoire, mais pour le pays de provenance (10 millions d'habitant), cela constitue un déplacement massif de population.
Les régions dont ces migrants proviennent sont sujettes à une forte instabilité due à la désorganisation de l’administration et de la police, elles sont sinistrées économiquement en raison de l’arrêt des principales activités rémunératrices (commerce transfrontalier avec la Libye, tourisme) et fragilisées par l’arrivée d’un nombre important de réfugiés de Libye.
Le départ de ces milliers de migrants est donc la conséquence directe d’une véritable nécessité impérieuse qui a coïncidé avec un ensemble de conditions opportunes (désorganisation du contrôle des frontières, météo favorable…). Leur retour forcé dans le contexte actuel porterait incontestablement de graves préjudices à des milliers de familles ; il serait une menace sérieuse à la stabilité et à la sûreté de régions entières et un surcroît important de difficultés pour le processus fragile de démocratisation tunisien.
L'Europe a été, jusqu'aux derniers jours le principal soutien de la dictature du Général Zine-El-Abidine Ben Ali, aujourd'hui tous les gouvernements européens déclarent être solidaires du processus démocratique. Il faudrait plus que des déclarations pour que le peuple tunisien y accorde un quelconque crédit. L’arrivée de ces milliers de Tunisiens en quelques semaines en Europe correspond aux conditions d’applicabilité de la directive européenne 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées.
Nous demandons au Conseil Européen d'activer cette directive pour permettre à ces migrants de vivre dignement en Europe en attendant que la situation s'améliore en Tunisie.

vendredi 17 juin 2011

Une brebis clandestine à Lampedusa

par Annamaria Rivera, 16/6/2011. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
Il y avait aussi une brebis, avec les dix-neuf Tunisiens, dont six femmes et un enfant, débarqués à l’aube  à Lampedusa il y a quelques jours. On ignore si le doux animal avait été embarqué pour nourrir le petit pendant la traversée ou seulement comme souvenir du pays, comme l’auraient déclaré les Tunisiens. Il y a une troisième hypothèse que personne n’a avancée : que la brebis ait été destinée à être sacrifiée pour l’Aïd, la fête du sacrifice, justement.
 
Quoiqu’il en soit, il y a quelque chose d’évangélique dans cette image d’une petite communauté voguant sur les eaux de la Méditerranée avec un enfant et une brebis. C’est une parabole vivante qui met à nu l’absurdité des règlements qui prétendent enfermer les êtres humains à l’intérieur de clôtures nationales.  Alors que ce sont des raisons existentielles premières  qui poussent les gens vers un ailleurs pour se mettre à l’abri ou pour trouver un destin meilleur, ou « simplement » pour conquérir la liberté, dont celle de mouvement, conquise par une révolution.
 
 
Une fois arrivés à Lampedusa, les douze Tunisiens, les six Tunisiennes et l’enfant sont tous devenus nuda vita (vie nue*), comme la brebis, se retrouvant exposés à l’arbitraire de pouvoirs qui ont décidé de manière préventive qu’ils n’ont pas le droit d’avoir des droits.

Nous savons quel sort attend les Tunisiens humains : ils sont arrivés après le 5 avril, ils sont donc clandestins, passibles d’expulsion, précédée d’une période variable d’emprisonnement, d’arbitraire et de vexations. Après un séjour dans l’île, dans ce foutoir qu’on ose appeler centre d’accueil, ils seront déportés dans quelques camps défendus par des grilles et des barbelés en attendant d’être rapatriés. Peut-être tenteront-ils de s’enfuir, peut-être protesteront-ils contre les mauvais traitements, peut-être goûteront-ils aux matraques et lacrymos des forces de l’ordre.
 
La brebis extracommunautaire**, en revanche, a été immédiatement abattue, sans aucune hésitation. Les protestations des amis des bêtes ont été vaines. Les gazettes rapportent que « le protocole prévoit dans de tels cas l’abattage de l’animal après les analyses d’usage et la désinfection ». Notez ce langage : il n’est pas différent de celui qui est utilisé pour les humains, tout aussi clandestins que la brebis : »Les extracommunautaires de nationalité tunisienne…dans l’attente des décisions des autorités…après les vérifications d’usage… »
 
 Je ne sais pas si notre gentille brebis, amenée à émigrer clandestinement, avait un nom. Maintenant qu’elle a rejoint cette autre dimension dans laquelle plus personne, ni animal ni humain, ne peut être sacrifié, donnons-lui un nom pour l’honorer. Appelons-la Karima, Généreuse en arabe. Ce nom lui convient, qu’elle ait vraiment sauvé, grâce à son lait, la vie d’un bambin, qu’elle se soit prêtée à faire office de souvenir vivant du pays, ou, à son corps défendant, de bouc émissaire au sens propre (c’est ainsi que s’appelle aussi un personnage de mon roman Spelix. Storia di gatti, di stranieri e di un delitto[Spelix, Histoire de chats, d’étrangers et d’un délit], qui n’est pas une brebis, mais est également tunisienne : une coiffeuse tout aussi douce et généreuse).
 
Karima est emblématique de la hiérarchie de la domination : nous sommes tous sacrifiables à partir du moment où l’on a décidé que les animaux sont sacrifiables ; nous sommes tous marchandisables à partir du moment où l’on a décidé que les non-humains le sont. Dans la hiérarchie de la domination, elle occupait le dernier degré. La petite communauté tunisienne arrivée par la mer, qui avait exercé son pouvoir sur la brebis, s’est trouvée à son tour exposée à l’arbitraire du pouvoir.
 
Karima est non seulement l’emblème de la générosité et de la douceur, mais aussi du vivant sans défense et sacrifiable, que le sacrifice s’accomplisse sous forme de mise à mort ou d’expulsion, c’est-à-dire d’anéantissement d’un projet de délivrance.
 
Nous devrions faire quelque chose pour qu’il soit consenti à cet enfant et aux siens, arrivés sur les rives de l’espoir de manière aventureuse, de chercher un avenir meilleur sur ces rives.
 
NdT
* Vita nuda : concept de Walter Benjamin dans sa Critique de la violence, repris par Giorgio Agamben dans Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue. Les deux philosophes s’interrogent sur la sacralisation de la vie humaine dans les sociétés modernes, suspectée de servir de substitut à la croyance perdue en Dieu. Le caractère sacré de la vie - présenté aujourd'hui comme un droit universel - n'est qu'un assujettissement radical de l'humain à un souverain pouvoir de mort. Cette origine s'est actualisée avec une brutalité et une clarté inouïe dans la politique nazie. Selon Agamben, la vie nue est "l'objet d'une violence qui excède autant la sphère du droit que celle du sacrifice". Ainsi, le sacré est ramené dans la sphère biopolitique (néologisme créé en 1974 par Michel Foucault pour identifier une forme d'exercice du pouvoir qui porte, non plus sur les territoires mais sur la vie des gens, sur des populations, le biopouvoir).

** Traduction littérale du curieux terme italien désignant les ressortissants de pays n’appartenant pas à la « communauté », autrement dit l’Union européenne.

lundi 4 avril 2011

Comment Berlusconi entend-il "convaincre, voire contraindre" la Tunisie ? En la padanisant ? En la transformant en terrain de golf ?

Silvio Berlusconi se rend aujourd'hui 4 avril à Tunis pour "examiner avec le gouvernement provisoire le dossier de l'émigration clandestine". Son ministre  de l'Intérieur, membre de la Ligue du nord, Roberto Maroni a déclaré  que Rome attendait deux choses de Tunis: ''Les rapatriements et le blocage des départs'' depuis les côtes tunisiennes. ''Nous irons à Tunis pour convaincre, voire contraindre la Tunisie à maintenir les engagements pris'' notamment pour dissuader les candidats à l'émigration de partir, a ajouté Maroni. Comment Berlusconi va-t-il "convaincre, voire contraindre" le gouvernement tunisien de prendre des mesures policières pour bloquer les départs ? Va-t-il menacer de bombardements ? Ou bien va-t-il se rallier à la proposition surréaliste faite par François Fillon de proposer " l'association à l'Union européenne en échange d'un certain nombre d'engagements, dont celui de reprendre sur son territoire ses clandestins''? À notre connaissance, la Tunisie est déjà associée à l'UE depuis 1995. Peut-être Fillon l'ignore-t-il ? Pour revenir à Berlusconi, il est allé faire le pitre à Lampedusa il y a quelques jours et s'y est livré à une des clowneries dont il est le spécialiste : il a promis de faire dégager en quelques jours tous les migrants arrivés par bateaux ces derniers jours, il a annoncé qu'il allait faire construire un...golf sur l'île, où, a-t-il révélé, il vient d'acheter une villa et, last but not least, il a promis de "proposer la candidature de Lampedusa au...Prix Nobel de la Paix" !!! Bref, du grand n'importe quoi. Lisez l'article de la chercheuse et militante italienne Annamaria Rivera sur l'Italie padanisée.

Serguéï Tunin, Russie
Lampedusa: les barbelés de notre médiocrité 
par Annamaria Rivera, Liberazione, 3/4/2011. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Lampedusa: I fili spinati della nostra mediocrità

Face à l’exode, tout à fait prévisible, de quelques milliers de migrants et de réfugiés, on ne pourrait imaginer de farce plus indigne que celle qui se joue dans le malheureux pays dans lequel il nous est échu de vivre, désormais padanisé* du Nord au Sud, à quelques exceptions près.
Et le contraste est strident entre la noblesse du printemps arabe et la misère des réponses italouillardes** à l’issue escomptée et secondaire de cet extraordinaire tournant historique : rien que chaos, déshumanisation, alarmisme social, compétition entre égoïsmes institutionnels, camps de concentration, barbelés, menaces de rapatriements collectifs, patrouilles “spontanées” et chasse aux fugitifs jusque dans les hospitalières Pouilles.
La jeune taupe a bien creusé : le mélange monstrueux de liguisme nazi, de cynisme individualiste de propriétaires, de provincialisme pingre et inconscient dessine aujourd’hui le portrait le plus fidèle de la nation italienne.
Nous sommes le pays qui est incapable – ou refuse – de contraindre à la démission son médiocre despote, camarade de goûter et de bunga-bunga***des tyrans renversés par les révoltes : un homme qui, après l’apocalypse japonaise, a eu le culot de qualifier l’arrivée de réfugiés de “tsunami humain”. Et il est donc cohérent que nous en exprimions au niveau institutionnel et social les attitudes, les tics, les sautes d’humeur indécentes.

Chappatte, Le Temps (Genève), 31/3/2011
À l’opposé - et ce n’est pas un hasard – l’héroïsme et la générosité collectifs qui ont guidé le soulèvement tunisien se sont reflétés dans la solidarité, l’altruisme, le naturel serein avec lesquels les populations très pauvres des villages frontaliers – et les autorités tunsiennes elles-mêmes – ont accueilli presque 150 000 réfugiés arrivés de Libye : cela, dans un pays d’à peine 10 millions et demi d’habitants, se trouvant dans une phase très difficile de transition politique, sociale et économique.
Chez nous – un pays de plus de 60 millions d’habitants – il a suffi de 20 000 arrivées pour entraîner le cycle pervers et crapuleux dont nous avons parlé, qui va de l’impéritie et du chaos à leur instrumentalisation alarmiste, du malaise et du rejet populaires aux renvois de balles entre institutions. Il faut ajouter que c’est seulement en apparence que la France est à peine moins dégoûtante, qui, à Vintimille, renvoie les Tunisiens vers l’Italie : pour retrouver leur honneur perdu - si l’on ose dire – Sarkozy & Co., eux aussi anciens camarades de goûter de Kadhafi et grands protecteurs de Ben Ali, préfèrent les bombardements “humanitaires” à l’accueil et à la solidarité.
Et pourtant il n’y a dans toute cette situation aucun lien objectif, mais plutôt des volontés perverses et des inaptitudes subjectives. Pour ne parler que du niveau institutionnel, il suffirait, pour garantir aux migrants un traitement digne d’un pays civilisé, de réaliser un plan d’accueil diffus, organisé en petits groupes, et surtout édicter un décret sur la protection temporaire, parfaitement possible selon les lois et règlements actuels. Cela permettrait entre autres aux migrants de transiter dans les pays européens et de rejoindre la France et l’Allemagne, c’est-à-dire leurs objectifs réels, contournant ainsi le “bouchon” de Vintimille. C’est ce que demande la myriade d’associations de défense des droits des migrants, à commencer par l’ARCI.
Le Parti démocratique évoque lui aussi la protection temporaire, mais de manière passablement plus ambiguë, car il ne résiste pas à la tentation de demander dans le même souffle un “accord avec la Tunisie pour gérer l’arrêt des arrivées et la programmation des rapatriements”. Peut-être les « démocrates » ignorent-ils qu’ainsi ils trahissent la volonté et l’esprit du printemps arabe, dont la déclaration récente du Forum économique et social tunisien est un exemple. Le Forum demande à son propre gouvernement l’exact contraire : de refuser “la demande des autorités italiennes concernant un rapatriement de masse obligatoire des émigrés” et ”l’interruption de l’application des accords sur les questions migratoires, passés avec l’ex-dictature”.
Mais les nôtres sont durs de la feuille. Ils n’ont pas encore compris que la liberté pour laquelle les jeunes Tunisiens et Égyptiens, peut-être aussi Libyens, ont lutté et luttent, c’est aussi la liberté de mouvement. Les jeunes révoltés qui ont expérimenté virtuellement le droit à la mobilité – avec les blogs, Facebook et autres réseaux sociaux – et qui donc se sentent déjà partie prenante d’une communauté globale sans frontières, n’acceptent plus (en admettant qu’ils l’aient jamais accepté) d’être confinés à l’intérieur des enceintes nationales. Par leurs révolutions ils ont déclarés faire partie d’au moins une région euro-méditerranéenne.
Certes les raisons qui les poussent à risquer leur vie en embarquant sur les habituelles charrettes de la mer sont aussi multiples que leurs biographies individuelles. Pour beaucoup de jeunes prolétaires tunisiens, la transition, avec l’effondrement du secteur touristique et de tout le secteur informel induit, signifie perte de travail et de revenu, impossibilité de continuer à faire vivre leur famille. Pour d’autres, cette transition, avec le relâchement de la surveillance policière, représente l’occasion de réaliser enfin un projet de migration qu’ils avaient dans le tiroir. Pour beaucoup d’entre eux, partir, aller voir ce qu’il y a sur l’autre rive, est simplement le corollaire de la liberté conquise par le soulèvement.
Penser qu’on peut contraindre de telles aspirations entre les barbelés de notre médiocrité fainéante et devenue méchante, de notre égoïsme incapable et provincial, est pure sottise car cela va dans la direction opposée à celle des désirs collectifs des autres et du mouvement historique.
Dès maintenant, des brèches et des voies de fuite s’ouvrent dans les clôtures de barbelés. Et à propos : pourquoi est-ce que nous, les vrais “hommes et femmes de bonne volonté”, ne nous armons pas de cisailles - des vraies, pas des symboliques - pour encourager le cours de l’histoire ?
 Ndt
*Padanisé : néologisme formé à partir du mot Padania, la chimérique république virtuelle de la région du Pô inventée par la Ligue du Nord. Une version post-moderne de l'esprit de clocher et du “maître chez soi”.
**Italouillardes : néologisme du traducteur, formé à partir de franchouillard et de trouillard, pour rendre l’italien italiche.
*** Bunga-bunga : Terme inspiré à Berlusconi par Kadhafi pour désigner ses orgies.