Affichage des articles dont le libellé est Irrésistible déclin de l'Empire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Irrésistible déclin de l'Empire. Afficher tous les articles

dimanche 26 juin 2011

Crise du capitalisme : la dernière ?

Leonardo Boff

Crise du capitalisme : la dernière ?
Je suis convaincu que la crise actuelle du capitalisme n’est pas simplement conjoncturelle et structurelle. Il s’agit de la phase terminale. Le génie du capitalisme à s'adapter à toute circonstance est sur sa fin. Je ...



ENGLISH Capitalism's terminal crisis?  
I have been stating that the current crisis of capitalism is more than cyclical and structural. It is terminal. Has the genius of capitalism for always adapting to any circumstance come to an end? I realize that few people hold this view. Two reasons, ...

ESPAÑOL ¿Crisis terminal del capitalismo?
  Vengo sosteniendo que la crisis actual del capitalismo es más que coyuntural y estructural. Es terminal. ¿Ha llegado el final del genio del capitalismo para adaptarse siempre a cualquier circunstancia?. Soy consciente de que pocas ...

ORIGINAL PORTUGUÊS Crise terminal do capitalismo?
  Tenho sustentado que a crise atual do capitalismo é mais que conjuntural e estrutural. É terminal. Chegou ao fim o gênio do capitalismo de sempre adapatar-se a qualquer circunstância.
Estou consciente de que sã ...
Mais informação

DEUTSCH Kapitalismus : Endphase ? 
  Ich bin überzeugt, dass die derzeitige Krise des Kapitalismus nicht nur struktur-  und konjunkturbedingt ist. Wir befinden uns in dessen Endphase. Die geradezu geniale Fähigkeit des Kapitalismus, sich immer und überall anpassen ...




mardi 22 février 2011

Face à la révolution arabe, l'Élysée et le Quai d'Orsay pédalent dans le couscous

Point de vue
"On ne s’improvise pas diplomate"
Par le groupe "Marly", un collectif qui réunit des diplomates français critiques , Le Monde, 22/2/2011
Un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d'autres à la retraite, et d'obédiences politiques variées, a décidé de livrer son analyse critique de la politique extérieure de la France sous Nicolas Sarkozy. En choisissant l'anonymat, ils ont imité le groupe Surcouf émanant des milieux militaires, dénonçant lui aussi certains choix du chef de l'État. Le pseudonyme collectif qu'ils ont choisi est "Marly" – du nom du café où ils se sont réunis la première fois. Ceci est leur premier texte public.
La manœuvre ne trompe plus personne : quand les événements sont contrariants pour les mises en scène présidentielles, les corps d'État sont alors désignés comme responsables.
Or, en matière diplomatique, que de contrariétés pour les autorités politiques ! A l'encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! Dans le même temps, nos avions Rafale et notre industrie nucléaire, loin des triomphes annoncés, restent sur l'étagère. Plus grave, la voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l'égard des États-Unis déroute beaucoup de nos partenaires.
Pendant la guerre froide, nous étions dans le camp occidental, mais nous pesions sur la position des deux camps par une attitude originale. Aujourd'hui, ralliés aux États-Unis comme l'a manifesté notre retour dans l'OTAN, nous n'intéressons plus grand monde car nous avons perdu notre visibilité et notre capacité de manœuvre diplomatique. Cette perte d'influence n'est pas imputable aux diplomates mais aux options choisies par les politiques.
Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'État qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique. C'est ainsi que les diplomates sont désignés comme responsables des déconvenues de notre politique extérieure. Ils récusent le procès qui leur est fait. La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Égypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.
Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions. Or, à l'écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme.
Impulsivité ? L'Union pour la Méditerranée, lancée sans préparation malgré les mises en garde du Quai d'Orsay qui souhaitait modifier l'objectif et la méthode, est sinistrée.
Amateurisme ? En confiant au ministère de l'écologie la préparation de la conférence de Copenhague sur le changement climatique, nous avons abouti à l'impuissance de la France et de l'Europe et à un échec cuisant.
Préoccupations médiatiques ? La tension actuelle avec le Mexique résulte de l'exposition publique d'un dossier qui, par sa nature, devait être traité dans la discrétion.
Manque de cohérence ? Notre politique au Moyen-Orient est devenue illisible, s'enferre dans des impasses et renforce les cartes de la Syrie. Dans le même temps, nos priorités évidentes sont délaissées. Il en est ainsi de l'Afrique francophone, négligée politiquement et désormais sevrée de toute aide bilatérale.
Notre politique étrangère est placée sous le signe de l'improvisation et d'impulsions successives, qui s'expliquent souvent par des considérations de politique intérieure. Qu'on ne s'étonne pas de nos échecs. Nous sommes à l'heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les "plumes" conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentant des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés.
Il n'est que temps de réagir. Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l'efficacité et la discrétion.
Les diplomates français n'ont qu'un souhait : être au service d'une politique réfléchie et stable. Au-delà des grandes enceintes du G8 et du G20 où se brouillent les messages, il y a lieu de préciser nos objectifs sur des questions essentielles telles que le contenu et les frontières de l'Europe de demain, la politique à l'égard d'un monde arabe en révolte, nos objectifs en Afghanistan, notre politique africaine, notre type de partenariat avec la Russie.
Les diplomates appellent de leurs vœux une telle réflexion de fond à laquelle ils sauront apporter en toute loyauté leur expertise. Ils souhaitent aussi que notre diplomatie puisse à nouveau s'appuyer sur certaines valeurs (solidarité, démocratie, respect des cultures) bien souvent délaissées au profit d'un coup par coup sans vision.
Enfin, pour reprendre l'avertissement d'Alain Juppé et d'Hubert Védrine publié le 7 juillet 2010 dans Le Monde "l'instrument [diplomatique] est sur le point d'être cassé". Il est clair que sa sauvegarde est essentielle à l'efficacité de notre politique étrangère.


La diplomatie française peut-elle se reconstruire ?
Par Natalie Nougayrède, Le Monde, 22.02.11
 
La France joue une partie serrée face aux soulèvements populaires arabes. Comment reformuler un message en direction du Maghreb et du Moyen-Orient, après avoir "raté" la révolution tunisienne, point de départ de l'onde de choc, survenue dans un univers que l'on était censé connaître de bout en bout ? Comment rebâtir une image après des années de complaisance à l'égard des pouvoirs en place ? Après la fuite de Ben Ali, Nicolas Sarkozy a théorisé un devoir de "réserve" auquel l'ancienne puissance coloniale serait astreinte. Les Etats-Unis ont paru occuper un créneau déserté par Paris. La place Tahrir au Caire a ensuite semblé vibrer aux messages envoyés par la Maison Blanche, interlocuteur sans égal, en relais et en moyens.
La diplomatie française a du vague à l'âme, comme marginalisée. Quelle voix peut encore être audible ? La ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie ? Mise hors jeu par ses dérapages et les révélations sur ses vacances tunisiennes. L'Elysée ? Barricadé derrière des communiqués, tapis derrière l'absence de porte-parole, ce qui affranchit d'avoir à déployer une stratégie au grand jour. Nicolas Sarkozy jonglait, le 24 janvier, avec une conférence de presse où tout était calibré pour que le thème du G20 efface le reste. On a vu un ambassadeur de France à Tunis accablé de reproches et brusquement rapatrié. Puis, un nouveau, plus jeune et vibrionnant, se faire piéger, à peine nommé, par sa propre brusquerie face à l'esprit "soixante-huitard" qui imprègne la Tunisie de la parole libérée et ses journalistes branchés Facebook.
L'outil diplomatique français brisé ? Le Quai d'Orsay travaille. Les réunions se succèdent à un rythme soutenu, à renforts de chercheurs, de chargés de la "prospective", de livraisons de renseignement, pour tenter de tirer au clair ce tourbillon d'événements au sud de la Méditerranée, qui a pris tout le monde de court. Les diplomates assaillis de critiques ont le sentiment d'avoir payé les pots cassés de la politique fixée à l'Elysée : la continuité, le statu quo, au nom de l'antiterrorisme, de l'anti-islamisme, et de l'anti-immigration.
Un ambassadeur s'informe, collecte des contacts, et fait preuve de plus ou moins de courage ou de lucidité dans ses télégrammes. Mais ensuite il exécute une politique en représentant direct du chef de l'Etat. La courroie de transmission a-t-elle servi de bouc émissaire ? Les voix ne sont pas rares, dans l'appareil du "Quai", à désigner aujourd'hui des conseillers de l'Elysée comme responsables de l'opprobre qui accable toute une profession.
Pour être plus précis, c'est à un homme, Claude Guéant, le puissant secrétaire général de l'Elysée, que l'on prête le calcul d'avoir voulu canaliser la critique d'une politique... contre un corps, celui des diplomates. "Nous servons de "sitting ducks"", de canards sur lesquels on tire comme à la foire, écrit l'un d'eux dans un courriel.
Ils travaillent, donc. Cinq semaines et demie après la chute de Ben Ali, voici l'analyse qui émane du "Département" s'agissant du printemps des peuples arabes, et de la nouvelle donne qu'il induit. Un tableau d'ouest en est.
Maroc : la confiance... obligée. On pense côté français que le pouvoir va tenir. Le royaume chérifien est un vieil allié, protégé à l'ONU par la France sur la question du Sahara oriental, appuyé par Paris pour son statut spécial auprès de l'UE. Les liens sont presque incestueux : "Combien de ministres français ont séjourné gratuitement dans des palaces marocains depuis des années, au prétexte d'une visite de travail de trois jours qui commençait le vendredi, avec un entretien officiel d'une demi-heure pour tout justifier..." glisse un connaisseur, issu du Quai. "Sur le Maroc, on est gêné : ils nous "tiennent"", dit un autre, en parlant de la masse d'informations collectées à la Mamounia sur les élites françaises.
Mais il n'y aurait pas péril en la demeure. L'analyse officielle semble la suivante : le roi a une légitimité de commandant des croyants, il est jeune, pas un gérontocrate comme ailleurs dans le monde arabe, et le degré de liberté dans le pays est supérieur à celui de la Tunisie : "On peut qualifier les élections de libres." La France croise les doigts.
Algérie : un coup d'Etat de l'armée ? La "réserve" post-coloniale de M. Sarkozy s'applique là plus encore qu'ailleurs. Le diagnostic du moment : l'opposition est atomisée, et plane sur ce pays le souvenir de la guerre civile des années 1990, avec ses centaines de milliers de morts. "Il y a une désespérance, mais qui ne coalise pas pour le moment", estime une source autorisée à Paris. Qui émet une hypothèse : l'armée va chercher à "précéder" les manifestations en procédant à des réformes. "Je parie sur un coup d'Etat de l'armée et des services pour rendre le pouvoir populaire", dit notre interlocuteur. Les militaires auraient "pris conscience qu'il faut devancer les choses".
Tunisie et Egypte : la réussite. La révolution tunisienne a réussi, "une vraie révolution", impulsée par le peuple et soutenue par l'armée : "Surtout pas par les islamistes, qui peinent à courir derrière les émotions des Tunisiens." Vérification faite, le rôle prêté aux Américains était illusoire.
En Egypte, l'armée a refusé la répression et pris les commandes, avec le renversement de Moubarak. Mais veut-elle garder le pouvoir ? Non, estime-t-on en haut lieu à Paris. "Dans une semaine on aura une nouvelle Constitution, dans un mois, un référendum et ensuite une présidentielle et des législatives."
Libye : la rupture. La rupture est consommée avec Mouammar Kadhafi, un peu plus de trois ans après sa spectaculaire visite à Paris. Le déferlement de violences contre les manifestants a scellé son sort. Son temps est compté, estime-t-on à Paris. M. Sarkozy a dénoncé, lundi 21 février, dans un communiqué, "l'usage inacceptable de la force". Un diplomate de haut rang : "On espère que c'est la fin du système Kadhafi." Dans l'Est, "l'armée s'est solidarisée avec la population, il ne reste plus au pouvoir que des mercenaires tchadiens. Kadhafi joue le tout pour le tout".
Dans le Golfe : un créneau pour la France ? Sur cette région, comme à propos de l'Egypte, le commentaire le plus appuyé émanant des responsables de la diplomatie française porte sur l'attitude de l'administration Obama. Elle est critiquée. On lui prête des erreurs. D'avoir cherché de manière trop "impérieuse" à précipiter la chute de Moubarak. De s'être trop mise en avant, de "s'octroyer beaucoup de mérites". Comme par exemple, de laisser croire qu'un coup de fil a mis fin à la répression à Bahreïn. "Avec les Américains, les Britanniques, en particulier David Cameron, ont été les plus radicaux. En demandant le départ "maintenant" de Moubarak", dit une source.
Cela offre-t-il un créneau à la France, celui d'une retenue tout en modestie ? Le mot-clé aujourd'hui est l'"accompagnement", l'aide économique, pour consolider les chances de vraie démocratie un peu partout, évolution dont Israël aussi pourrait bénéficier. "Les démocraties ne se font pas la guerre", a déclaré M. Sarkozy devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 9 février.
En tout cas, la fureur saoudienne et la stupeur des Emiratis face au "lâchage" du raïs égyptien par Washington ne sont pas passées inaperçues. L'abandon "en trois jours" d'un allié de trente ans a écorné la crédibilité américaine dans la région. La France n'est pas la seule à voir ses choix mis en doute. Une consolation ? 

Lire aussi

samedi 13 février 2010

Johnny got his gun, but he forgot his pants!

Johnny a eu le temps d'attraper son flingue, mais pas d'enfiler son froc !

Cette photo, prise en Afghanistan au début du XXIème siècle, montre trois courageux défenseurs de la Démocratie en pleine action de lutte contre le terrorisme. Comment savoir qu'il s'agit de défenseurs de la Démocratie? C'est simple, ils sont les seuls à porter des caleçons aussi horribles. David Guttenfelder de l'Associated Press a obtenu pour cette photo le 2ème prix du World Press Photo of the Year Award

jeudi 11 février 2010

Dialogue afghan


- Nous sommes prêts à parler avec les BONS Américains

- Vous voulez parler avec des Américains MORTS ?

Source : Al Quds Al Arabi, 11/2/2010

mercredi 10 février 2010

Cuba, matière à réflexion

par Santiago Alba Rico, Carlos Fernández Liria, Belén  Gopegui, Pascual Serrano, 30/1/2010. Traduit par  Armando García, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Les temps sont propices à la réflexion en matière économique. Après quelques décennies de prédominance néolibérale parrainée par l'École de Chicago, l'économie mondiale se trouve face à une crise aux conséquences imprévisibles, mais en tout cas très graves. Le moins que l'on puisse demander à l'esprit scientifique est de changer les paradigmes, renverser les preuves, réagir, en somme, devant cette faillite intellectuelle qui a empêché de diagnostiquer et de prévoir la catastrophe qui s'approchait. Est-ce que c’est ce qu’on est en train de faire ?
Nous avons connu différentes versions plus ou moins destructives du capitalisme -comme du socialisme. Mais il y a quelque chose, en ce qui concerne la logique interne qui distingue l'une de l'autre, qui devrait aujourd'hui nous intéresser vivement. Le socialisme peut cesser de croître, le capitalisme non. Le socialisme peut ralentir sa marche, le capitalisme non.
Prenons l'exemple de Cuba. Avec l'effondrement de l'URSS, Cuba a soudain perdu 85% de son commerce extérieur. Son produit intérieur brut a diminué rien moins que de 33% en chiffres absolus. On peut se faire une idée de la catastrophe si on pense qu'en Europe nous nous mettons à trembler à la perspective de perdre un point de la croissance prévue. Et à cela s'est joint un durcissement du blocus usaméricain. Pourtant à Cuba les gens ne sont pas morts de faim, ne sont pas devenus misérables, n'ont perdu ni leur éducation, ni leur sécurité sociale, ni non plus leur dignité. Ils ont certes galéré, mais ils n'ont pas été confrontés à la fin du monde comme cela serait produit avec de semblables indicateurs dans les pays capitalistes.

Au milieu de la secousse actuelle, alors que le capitalisme sème des cadavres en Afrique et détruit des postes de travail en Espagne, qu'il érode irrémédiablement les conditions d'habitabilité du foyer humain, que pour cela il doit en même temps recourir au lubrifiant des maffias, à la stimulation des intégrismes religieux, à la restriction des droits du travail et à la réduction des libertés, en ce moment tous les regards sont en effet dirigés vers Cuba… mais pour la condamner et la harceler. Pourquoi ? Que s'y passe-t-il ? Le record de morts par jour ? Au Mexique. Celui des assassinats de syndicalistes et de journalistes ? En Colombie. Celui des pogroms racistes contre des immigrants ? En Italie. Homophobie ? En Pologne. Xénophobie institutionnalisée et lois raciales ? En Israël. Fanatisme religieux et machisme criminel ? En Arabie Saoudite. Contrôle des communications, suspension de l'habeas corpus[1], torture, kidnappings, meurtres de civils ? Aux USA. Mauvais traitement des prisonniers, journalistes et intellectuels inculpés, journaux censurés, corruption galopante, immigrants en centres d'internement ? En Espagne.
Bon, admettons que, dans ce tableau dantesque, Cuba est à peine un « moindre mal ». Celui qui prête autant d'attention, depuis l'Europe et l'Espagne, au pays avec le moins de problèmes de la planète - comme l'a fait le député Luis Yáñez (Publico, 9-1-10) - démontre largement qu'en tout cas  ce n'est pas ce qui est mauvais à Cuba qui est censuré, mais plutôt ce qui, à Cuba, s'oppose à cette logique dantesque et ses effets -c'est-à-dire, ce qu'il y a précisément de bon.
Les économistes Jacques Bidet et Gérard Duménil rappellent que ce qui a sauvé le capitalisme dans les premières décennies du siècle passé, ce fut l'organisation ; c'est-à-dire, la même planification que les libéraux identifient, horrifiés, au socialisme. Des gouvernements et des institutions ont planifié sans arrêt, comme ils continuent à le faire maintenant -bien qu'ils l'aient fait pour conserver et augmenter les bénéfices, et non pour préserver la vie et augmenter le bien-être humain. Mais la planification est déjà, comme voulait Marx, un fait. Il suffit seulement de la changer de signe. Durant les 60 dernières années, la minorité organisée qui gère le capitalisme mondial s'est vue soutenue, à une échelle sans précédent, par toute une série d'institutions internationales (le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC, le G-8, le G-20 etc.) qui ont conçu en toute liberté et appliqué, malgré  tous les obstacles, des politiques de libéralisation et de privatisation de l'économie mondiale. Le résultat saute aux yeux.

Et si nous planifiions à l'inverse ? Et si nous prêtions un peu d'attention positive à Cuba ? Cela, nous ne l'avons pas encore essayé, mais ce que nous devinons actuellement est plutôt porteur d’espérance : à partir d'un passé similaire de colonialisme et de sous-développement, le socialisme a fait beaucoup plus pour Cuba que le capitalisme pour Haïti ou le Congo. Que se passerait-il si l'ONU décidait d'appliquer sa charte des Droits de l'Homme et des Droits Sociaux ? Si la FAO était dirigée par un socialiste cubain ? Si le modèle d'échange commercial était l'ALBA[2] et non l'OMC ? Si la Banque du Sud était aussi puissante que le FMI ? Si toutes les institutions internationales imposaient aux capitalistes rebelles des programmes d'ajustement structurel orientés vers l’augmentation des dépenses publiques, la nationalisation des ressources de base et la protection des droits sociaux et du travail ? Si six banques centrales d'États puissants intervenaient massivement pour garantir les avantages du socialisme menacés par un cyclone ?

Nous pouvons dire que la minorité organisée qui gère le capitalisme ne le permettra pas, mais nous ne pouvons pas dire que cela ne fonctionnerait pas. Selon une récente enquête de GlobeSpan, la majorité qui en souffre (jusqu'à 74%) mise déjà sur autre chose.

Dans son article, le député Yáñez disait aimer Cuba. C'est pourquoi il lui souhaitait le meilleur : s'intégrer au capitalisme, juste quand celui-ci a démontré son échec et son incompatibilité, à la fois avec le bien-être humain, la démocratie, la dignité matérielle et le droit. Nous, nous n'aimons  pas Cuba : nous respectons ses hommes et ses femmes pour ce qu'ils ont fait et continuent à faire. Peut-être que cela rassure-t-il Yáñez de penser à la Colombie ou à l'Arabie Saoudite. Nous, cela nous rassure de penser à Cuba, cette île où même les limites, les problèmes et les erreurs de la Révolution soulignent de manière inflexible, depuis 51 années, la possibilité historique d'un dépassement du capitalisme et d'une alternative à la barbarie.


[1]    L’ordonnance, bref ou mandat d'habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement. En vertu de cette loi, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle doit être libérée sous caution, puis amenée dans les trois jours qui suivent devant un juge. (Wikipedia)
[2]               L'Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (ALBA - TCP) (« Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América - Tratado de Comercio de los Pueblos » en espagnol) est une organisation politique, sociale et économique pour promouvoir la coopération dans ces domaines entre les pays socialistes d'Amérique latine et des Caraïbes : Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Equateur, Dominique, Saint Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda. Le Honduras, qui en faisait partie, en est sortie en janvier 2010 suite au coup d'Etat militaire. (Wikipedia)

Illustration de Mikel Casal

samedi 17 octobre 2009

La double morale des libéraux : les cas du Honduras et de la Colombie

par Vicenç Navarro, 28/9/2009
Original : La doble moral de los liberales: los casos de Honduras y Colombia

La pensée libérale a toujours recouru à un discours qui met l’accent, en théorie, sur la défense des droits individuels comme raison de sa propre existence. Dans sa version économique, cette philosophie politique utilise ce cadre idéologique pour promouvoir la suprématie du marché, dans lequel l’individu consommateur est supposé définir les priorités de la société à travers sa consommation. De là découle –selon le credo libéral - la suprématie du marché sur l’Etat. Il n’est donc pas surprenant que ce soit le monde patronal qui ait fait la promotion la plus intense du libéralisme, présenté lui-même comme le grand défenseur des libertés individuelles.

L’expérience historique, néanmoins, montre que cette tradition libérale a rarement respecté ses postulats idéologiques de respect et de défense des libertés individuelles. Il est bien connu qu’une des principales sources de référence du libéralisme, l’économiste Milton Friedman, appuya la dictature du général Pinochet(voir Navarro, “La prensa liberal y Milton Friedman”, danswww.vnavarro.org, section économie politique). En Espagne nous connaissons bien cette incohérence libérale. Ce fut précisément un porte-parole très visible du libéralisme espagnol, le banquier Juan March qui, quand il vit que ses intérêts patronaux étaient affectés par les politiques publiques du gouvernement républicain démocratiquement élu, appuya le coup militaire de 1936 qui instaura une des dictatures les plus cruelles et sanglantes qu’a connu l’Europe au XXe siècle. Selon le professeur Edward Malefakis de l’Université Columbia à New York, pour chaque assassinat politique commis par Mussolini, le dictateur Franco en commit 30.000. En réalité, la Banque (qui était le pouvoir de fait promoteur du libéralisme en Espagne, fait qui continue aujourd’hui), fut le groupe de fait, dirigé par la Banque March, qui finança ledit coup d’Etat militaire. Il en alla de même en Catalogne avec un grand patron libéral de l’industrie catalane, Francesc Cambó, lequel appuya aussi fortement le coup militaire quand il vit que ses intérêts de classe étaient affectés par les politiques publiques du gouvernement républicain démocratiquement élu.
Une situation similaire est à l’origine du récent coup d’État militaire au Honduras qui a renversé un gouvernement démocratiquement élu. Les médias libéraux espagnols ont expliqué le putsch militaire en utilisant le même argument que celui des putschistes au Honduras pour le justifier, à savoir la nécessité d’empêcher que le président Zelaya modifie la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Une voix proéminente de ce chœur libéral a été celle de Mario Vargas Llosa qui comme prévu, dans un article dans El Pais (El golpe de la burlas, 12.07.09), tout en étant critique quant aux formes, a défendu la destitution du président Zelaya, avec les mêmes arguments. Selon lui, il n’était pas permis que Zelaya se perpétue au pouvoir. Mario Vargas Llosa, tout comme la majorité des médias libéraux, ajouta que la destitution du mandataire était aussi une conséquence logique du manque d’appui au président Zelaya et de son impopularité élevée, citant des enquêtes dont j’ai montré dans un autre article qu’elles étaient clairement manipulées (Las falsedades sobre Honduras, Publico, 23.07.09).
Le putsch militaire au Honduras a entraîné une énorme répression contre les forces politiques qui appuyaient le président Zelaya, répression qui a impliqué la diminution substantielle des droits politiques et civils de la population hondurienne, avec la fermeture des médias opposés au nouveau gouvernement putschiste et la persécution de journalistes critiques du nouveau régime. Parmi les autres mesures répressives citons l’interruption de la fourniture d’électricité à des médias non favorables au nouveau gouvernement putschiste, la violente suppression de manifestations en faveur du président Zelaya, des assassinats et arrestations de leaders hostiles au gouvernement putschiste, des restrictions de mouvements de la population et de nombreuses autres mesures répressives qui sont à peine évoquées dans ces médias libéraux. Aucun d’ eux (je répète, pas un seul) n’a dénoncé cette répression. Et Mario Vargas Llosa, qui se présente comme un grand défenseur des droits individuels, s’est cantonné dans un silence assourdissant.



mercredi 24 juin 2009

Êtes-vous prêts à la guerre avec un Iran diabolisé ?

Pourquoi les USA veulent délégitimer les élections iraniennes
par Paul Craig ROBERTS, 16/6/2009. Traduit par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Are You Ready for War with a Demonized Iran?
Quelle attention les médias usaméricains accordent-ils aux élections japonaises, indiennes, argentines ou à celle de tout autre pays ? Combien d’Usaméricains, ou de journalistes usaméricains savent-ils qui exerce des fonctions politiques dans un pays étranger, si l’on excepte l’Angleterre, la France et l’Allemagne ? Qui connaît les noms du chef de gouvernement suisse, néerlandais, brésilien, japonais, voire chinois ?
Mais beaucoup connaissent Ahmadinedjad, le Président iranien. Pour une raison évidente : les médias US le diabolisent chaque jour.
La diabolisation d’Ahmadinedjad par les médias US suffit à illustrer le degré d’ignorance des Usaméricains. Le Président iranien n’est pas un souverain. Il n’est pas commandant en chef des armées. Il ne peut décider d’aucune ligne politique en-dehors des limites fixées par les souverains iraniens : les ayatollahs, qui refusent de voir l’argent usaméricain précipiter la révolution iranienne dans une des « révolutions colorées».
Les Iraniens ont fait d’amères expériences avec l’administration US. Leur premier gouvernement démocratique, après avoir débarrassé le pays de son statut d’occupé et de colonisé a été renversé par les USA dans les années 50. Ces derniers ont remplacé le candidat élu par un dictateur qui torturait et assassinait tous ceux qui, à sa différence, pensaient que l’Iran devait être indépendant et non gouverné par une marionnette dont les USA tiraient les fils.

vendredi 5 juin 2009

"Salamalecs"


"Salamalecs"? C'est le titre du plus long film publicitaire (35 minutes) de la firme COLGATE, diffusé sur toute la planète le jeudi 4 juin 2009. Un seul acteur dans ce film : Barack Hussein Obama, qui a expliqué benoitement aux Palestiniens qu'ils devaient prendre exemple sur les Noirs américains et se battre de manière pacifique, comme l'ont fait, d'après lui, les Noirs américains. Désolé, mais Obama n'a pas lu les bons livres d'histoire!
Si les Noirs américains ont obtenu le peu qu'ils ont par des moyens pacifiques, alors je suis papiste!
En outre, l'analogie semble pour le moins foireuse: ce n'est pas avec les Noirs américains que les Palestiniens peuvent se comparer, mais avec ceux qu'on appelle les Indiens. Et ce n'est pas demain ni après-demain qu'on verra un Lakota ou un Crow président des Étazunis...Faut rêver, mais pas trop, quand même!
Comme il ne fallait pas rêver en imaginant que Barack Hussein Obama allait répondre à l'invitation officielle transmise par le gouvernement de Gaza à venir visiter le Ground Zero de la Palestine.
Bref, après avoir écouté ce discours, nous proposons à Barack Hussein d'inverser le slogan publicitaire de Colgate It doesn't save lives, but it helps...(ça ne sauve pas des vies, mais ça aide) et d'arborer comme devise: I can help, but I cannot save lives (Je peux aider, mais pas sauver des vies)...

vendredi 15 mai 2009

"L’Iran est trop indépendant et désobéissant"


Entretien avec Noam Chomsky
par Kourosh ZIABARI. Traduit par Sacha Sher,
Tlaxcala



Ce n’est pas la peine d’introduire Noam Chomsky par une note. Il est sans conteste l’analyste et le conférencier en sociologie politique le plus important de la période contemporaine. Comme l’écrit le Guardian, « il fait partie des dix sources les plus citées dans le domaine des lettres aux côtés de Marx, de Shakespeare et de la Bible, et il est le seul parmi ces auteurs à être encore vivant ».

Aux Nations Unies, le président vénézuélien Hugo Chavez a évoqué Hegemony or Survival de Chomsky en ces termes : « J’aimerais inviter très respectueusement ceux d’entre vous qui n’ont pas lu ce livre de le faire ».

En 2006, en réponse à une question posée par un correspondant du New Statesman, Andrew Stephen, sur ce qu’il aurait fait s’il avait été président des Etats-Unis, Chomsky a proposé ceci : « Je mettrais sur pied un Tribunal contre les crimes de guerre à propos de mes propres crimes, parce que si je m’engage dans cette position [il me faudrait] m’occuper de la structure et de la culture institutionnelles, de la culture intellectuelle. La culture doit être guérie ».

Au cours de cet entretien avec le professeur Chomsky, nous avons parlé de l’Iran, de la question nucléaire, des relations entre Washington et Téhéran et de l’impact global des lobbys sionistes. Un extrait de cette conversation a d’abord été publiée dans le Tehran Times, le principal journal iranien en anglais.

Q: Professeur Chomsky, vous avez réitéré à plusieurs reprises que la majorité des pays dans le monde soutenaient le dossier nucléaire iranien, y compris des membres du Mouvement des Non Alignés. Pourtant, les néo-cons américains claironnent toujours leurs slogans bellicistes. Pourquoi ?


R: Il n’y a pas que le mouvement non aligné. La majorité des Américains croient aussi que l’Iran a le droit de développer l’énergie nucléaire. Mais presque personne n’en est conscient aux Etats-Unis, y compris ceux qui sont sondés, et qui pensent sans doute être les seuls à avoir cette opinion. On ne publie jamais rien là-dessus. Ce qui apparaît, constamment, dans les médias, c’est que « la communauté internationale » demande à l’Iran d’arrêter d’enrichir de l’uranium. On ne souligne quasiment jamais que l’expression « communauté internationale » est classiquement utilisée pour désigner Washington et tous ceux qui en viennent à s’aligner avec elle, pas seulement sur cette question, mais d’une manière assez générale.

Q: La plupart des analyses en affaires internationales ne parviennent toujours pas à digérer le deux poids deux mesures du gouvernement US sur le nucléaire. Tout en soutenant l’arsenal nucléaire d’Israël, les Etats-Unis font continuellement pression sur l’Iran pour mettre un terme à ses programmes nucléaires civils. Quelles en sont les raisons ? Est-ce que l’AIEA a autorité pour enquêter sur les cas d’armement atomique d’Israël ?


R: A la base, il y a ce point expliqué de manière candide par Henry Kissinger lorsque le Washington Post lui demanda pourquoi il prétendait désormais que l’Iran n’avait pas besoin d’énergie nucléaire et devait donc être en train d’élaborer une bombe, alors que dans les années soixante-dix il insistait vigoureusement pour dire que l’Iran avait besoin d’énergie nucléaire et que les Etats-Unis devaient donner au Shah les moyens de la développer. Sa réponse était du pur Kissinger : « C’était un pays allié » donc ils avaient besoin d’énergie nucléaire. Maintenant que ce n’est plus un allié, ils n’ont donc plus besoin d’énergie nucléaire. Quant à Israël, c’est un allié, et plus précisément un état client. Donc ils héritent du maître le droit de Es posible que tu navegador no permita visualizar esta imagen.faire comme bon leur semble.

L’AIEA a l’autorité qu’il faut, mais les Etats-Unis ne permettraient jamais qu’elle l’exerce. La nouvelle administration US n’a pas montré de signes qu’il en serait en quoi que ce soit autrement.

Q: Il y a quatre Etats souverains qui n’ont pas encore ratifié le TNP [traité de non-prolifération nucléaire] et qui aspirent librement à détenir des armes nucléaires. Est-ce que l’Iran échapperait aux pressions fréquentes s’il revenait sur cette ratification et se retirait du traité ?


R : Non, cela ne ferait qu’accentuer les pressions. A part la Corée du Nord, tous ces pays ont droit à un soutien considérable de la part des Etats-Unis. L’administration Reagan faisait semblant de ne pas savoir que son allié, le Pakistan, développait des armes nucléaires, afin que la dictature puisse recevoir une aide massive de la part des Etats-Unis. Ceux-ci ont donné leur accord pour aider l’Inde à développer ses installations nucléaires, et Israël est un cas spécial.

Q: Quels sont les facteurs qui peuvent empêcher que se tiennent des discussions directes entre l’Iran et les Etats-Unis ? Est-ce que l’influence du lobby israélien sur le régime capitaliste des Etats-Unis est un facteur essentiel ?


R : Le lobby israélien a une certaine influence, mais elle est limitée. Cela a été à nouveau démontré dans le cas de l’Iran l’été dernier, durant la campagne présidentielle, un moment où l’influence des lobbys en est à son paroxysme. Le Lobby israélien voulait que le Congrès vote une législation aboutissant pratiquement à un blocus de l’Iran, un acte de guerre. La mesure reçut énormément de soutiens avant de disparaître soudainement, probablement parce que la Maison Blanche avait clairement fait comprendre, simplement, qu’elle était contre.

Quant aux vrais facteurs, nous n’avons pas encore les archives internes qu’il faut, alors il nous faut spéculer. On sait bien qu’une proportion largement majoritaire d’Américains veut avoir des relations normales avec l’Iran, mais l’opinion publique influence rarement la politique. Les principales grandes compagnies US, dont les puissantes compagnies énergétiques, aimeraient être en mesure d’exploiter les ressources pétrolières de l’Iran. Mais l’Etat insiste pour qu’il en soit autrement. Je suppose que la principale raison en est que l’Iran est simplement trop indépendant et désobéissant. Les grandes puissances ne le tolèrent pas dans ce qu’elles jugent être leurs domaines [NdT : réservés], et les régions qui produisent beaucoup d’énergie pour le monde ont longtemps été considérées comme étant le domaine de l’alliance Anglo-américaine, avec une Grande Bretagne désormais réduite au niveau de partenaire subalterne.

Q : Est-ce qu’on verra, durant le mandat d’Obama, une transformation tactique ou systématique de l’approche des médias américains institués envers l’Iran ? Devra-t-on s’attendre à une interruption de l’immense propagande noire anti-iranienne ?


R : En général, les médias adhèrent de près à la structure générale de la politique de l’Etat, bien que ces politiques soient parfois critiquées au niveau tactique. Par conséquent, cela dépend beaucoup de la position que l’administration Obama va prendre.

Q: Et enfin, pensez-vous que le président US devrait suivre la proposition iranienne et demander pardon pour ses crimes passés contre l’Iran ?


R: Je pense que les puissants devraient toujours avouer leurs crimes et demander pardon aux victimes, et en fait aller beaucoup plus loin en attribuant des réparations. Malheureusement, le monde est avant tout gouverné par la maxime de Thucydide : les forts font comme ils l’entendent, et les faibles souffrent comme il se doit. Lentement, au fil du temps, et d’un point de vue général, le monde devient plus civilisé. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire.

samedi 31 janvier 2009

La photo du jour

"Vous êtes la crise" : manifestation contre le Forum éconmique mondial, Davos, Suisse, 31/1/2009. Photo Michel Euler, AP

lundi 5 janvier 2009

Petit QCM sur les termes utilisés par les médias

Star Spangled Brainwashing Machine, Copyright © 2006 James Halvorsen Calvin



o Comment appelle-t-on quelqu'un qui fait exploser une bombe et tue d'innocentes personnes ? Un terroriste.

o Comment appelle-t-on quelqu'un qui lâche une bombe d'un avion et tue d'innocentes personnes ? Un brave pilote américain.

o Comment appelle-t-on le fait pour une personne de donner de l'argent à un fonctionnaire du gouvernement ? De la corruption.

o Comment appelle-t-on le fait pour une grande société de donner de l'argent à un fonctionnaire du gouvernement ? Une contribution à la campagne électorale.

o Comment appelle-t-on une forme de gouvernement où une petite élite exploite et intimide les citoyens ? Une dictature.

o Comment appelle-t-on une forme de gouvernement où une petite élite exploite et intimide les citoyens, et où les citoyens peuvent choisir de temps en temps la fraction de l'élite qui occupera les immeubles gouvernementaux ? Une démocratie.

o Comment appelle-t-on le fait pour un groupe de prendre la loi à son compte et de tuer des gens sans procès équitable ? Un lynchage.

o Comment appelle-t-on le fait pour les USA de prendre la loi à leur compte et de tuer des gens sans procès équitable ? L'opération Liberté durable.

o Comment appelle-t-on celui qui vole aux riches et donne aux pauvres ? Robin des Bois.

o Comment appelle-t-on celui qui vole aux pauvres et donne aux riches ? Le gouvernement américain.

o Comment appelle-t-on l'arme qui tue des centaines de milliers de gens ? Une arme de destruction massive.

o Comment appelle-t-on l'arme qui a tué un million et demi d'Irakiens (dont 500.000 enfants) ? Des sanctions.

o Comment appelle-t-on la mort de plus de 3.000 personnes dans les attentats du 11 septembre ? Une atrocité.

o Comment appelle-t-on la mort de près de 5 millions de personnes au Viêt-Nam ? Une erreur.

o Comment appelle-t-on l'exploitation de gens pauvres par des gens riches ? Rapacité et égoïsme.

o Comment appelle-t-on l'exploitation de pays pauvres par des pays riches ? La globalisation.

o Comment appelle-t-on l'extermination d'un peuple ? Un génocide.

o Comment appelle-t-on l'extermination des autochtones en Amérique du Nord ? Un glorieux épisode de l'histoire américaine.

o Comment appelle-t-on quelqu'un qui raconte des histoires à un public ? Un animateur ou un amuseur.

o Comment appelle-t-on quelqu'un qui raconte des histoires à la nation ? George W. Bush.

o Comment appelle-t-on une chaîne de TV qui ne diffuse que les vues gouvernementales ? Une station de propagande.

o Comment appelle-t-on la BBC qui ne diffuse que les nouvelles du Pentagone ? Une station indépendante et objective.

o Comment appelle-t-on une élection présidentielle au Zimbabwe où il y a eu de sérieuses irrégularités ? Un scrutin faussé.

o Comment appelle-t-on une élection présidentielle aux USA où il y a eu de sérieuses irrégularités ? Une victoire de la démocratie.

mercredi 5 novembre 2008

Obamania : basta !

Versione italianaLa Une de "Libé" de ce matin


« Historique », « révolution », « changement », « espoir » : la vague de superlatifs enthousiastes qui accueillent depuis quelques heures la victoire de Barack Obama s’apparente à un tsunami charriant toute objection sur son passage, où se mélangent naïveté et cynisme, propagande et approximations, incohérences et stéréotypes.

Bon, d’accord, Obama est noir, il est jeune, il est beau, il est intelligent, il a une voix de crooner et il a promis le changement. Et alors ?

Désolé de nager contre ce tsunami, mais je voudrais simplement poser dix questions :

1 – Obama va-t-il retirer les troupes qui occupent l’Irak ?

2 – Obama va-t-il retirer les troupes qui occupent l’Afghanistan et attaquent le Pakistan ?

3- Obama va-t-il ratifier le protocole de Kyoto ?

4 – Obama va-t-il ratifier le traité instituant la Cour pénale internationale ?

5 – Obama va-t-il lever le blocus imposé à Cuba ?

6 – Obama va-t-il normaliser les relations avec le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur ?

7 – Obama va-t-il cesser de soutenir politiquement, militairement, policièrement, financièrement et diplomatiquement le président félon colombien Uribe ?

6 – Obama va-t-il fermer une seule des 1000 bases militaires US installées en dehors du territoire US ?

7 – Obama va-t-il annuler le scandaleux « plan de sauvetage » à 700 milliards des requins de la finance ?

8 – Obama va-t-il diminuer les impôts ?

9 –Obama va-t-il instaurer un système d’assurance-maladie accessible à tous les citoyens US ?

10 – Obama va-t-il mettre un terme au soutien inconditionnel apporté à Israël ?

Excusez-moi d’avoir refroidi votre enthousiasme et bonne journée.

PS : la palme du meilleur cocktail de poncifs et de platitudes revient, comme il se doit à Laurent Joffrin, le directeur social-libéral du quotidien rotschildien Libération. Je ne résiste pas à l’envie de reproduire son éditorial. Un véritable concentré de « pensée » unique en 3184 signes.

Fausto Giudice

Un rêve d'Amérique

Enfin l’espoir ! De grâce, pour une heure, pour un jour, ne jouons pas les blasés, les prudents, les sceptiques.

Après ce 4 novembre déjà historique, avouons que nous sommes pris, presque tous, d’un sentiment de bonheur. Pour une heure ou pour un jour, laissons parler l’enthousiasme, celui qui déferle sur la planète. Depuis quelques heures, les Américains espèrent ; depuis quelques heures, le monde entier se sent mieux. Le bonheur ? Une idée neuve en Amérique. Il suffit d’imaginer un instant le résultat inverse : un sénateur raide et conservateur flanqué d’une mystique béotienne reconduisant pour quatre ans la politique brutale de George W. Bush. Un cauchemar moral, un film d’horreur politique. Au contraire, les symboles se bousculent dans l’imaginaire de ce jour d’exception. L’idéal d’Abraham Lincoln, le rêve de Martin Luther King, la Nouvelle Frontière de John et Robert Kennedy : quatre espoirs interrompus, quatre prophètes du réel immolés, qui revivent, l’espace d’un moment, par la grâce de ce scrutin. Ce sont les symboles d’une Amérique qui aime l’avenir. Les symboles de l’Amérique qu’on aime.

Il sera temps, demain, de mesurer les difficultés de la tâche, de dissiper les illusions, de disséquer les faiblesses du nouvel élu. On le pressent, il porte plus de promesses qu’il ne peut en satisfaire. Il prendra en charge les intérêts d’un Etat autant que les rêves de ses électeurs. Il devra composer avec les froides réalités de la géopolitique. Il n’est peut-être pas le héros du progressisme que fantasme la gauche française. Il est sans doute plus enclin au compromis et à la manœuvre que ne le pensent la plupart de ses partisans. Mais sa victoire montre que le monde peut changer et, pour une fois, changer en mieux.

Obama peut interrompre le cours de cette révolution conservatrice qui domine le monde depuis l’élection de Ronald Reagan. Enfin, les valeurs de solidarité, d’attention aux faibles, de justice seront représentées à la Maison Blanche. Enfin, on ne va pas essayer de nous faire croire que l’intérêt des milliardaires se confond avec celui du peuple. Enfin, les Américains peuvent espérer une meilleure protection sociale, un contrôle sur Wall Street, des crédits pour la santé, pour l’éducation, pour l’environnement. En un mot, ils peuvent espérer une société plus humaine, qui montre aux autres nations que la justice concrète n’est pas toujours un objectif utopique.

Ensuite parce le vainqueur du 4 novembre est un homme du siècle nouveau. Métis, ancien travailleur social, petit-fils d’une Africaine, Barack Hussein Obama a choisi d’être américain. Son histoire montre que l’identité n’est pas forcément un fait de nature qui enferme les hommes dans leur naissance mais aussi l’adhésion lucide à des principes démocratiques. Avec Obama, c’est un peu du Sud et de sa souffrance qui entre dans la capitale du Nord. Avec Obama, c’est beaucoup de notre monde mélangé qui accède à la plus haute fonction. Tout cela semble candide, virtuel, hypothétique ? Peut-être. Mais pour une heure, pour un jour, il faut essayer d’y croire. Essayer de croire que, pour la première fois, depuis longtemps, le Nouveau Monde peut mériter son nom.

Laurent Joffrin

mardi 4 novembre 2008

Tsahal à la Maison Blanche

par Orly Azoulay, ynetnews, 2/11/2008. Traduit par Djazaïri

Le député du Congrès usaméricain Rahm Emanuel , ex-conseiller de Clinton après avoir servi comme volontaire dans l’armée israélienne pendant la première guerre du Golfe, pourrait être désigné chef de cabinet si le candidat Démocrate remporte les élections.

Israël pourrait avoir une plus forte représentation à la Maison Blanche que ce qu’il envisageait au cas où Barack Obama, le candidat Démocrate à la présidentielle, sortirait victorieux du scrutin du 4 novembre.

Le député Rahm Emanuel, qui a servi dans l’armée israélienne et parle même un peu l’hébreu, pourrait être désigné comme le prochain chef de cabinet à la Maison Blanche.
Né à Chicago, Emanuel, 49 ans, représente actuellement l’État de l’Illinois à la Chambre des Représentants. Il est aussi un des plus proches conseillers d’Obama et le candidat à la présidentielle l’a qualifié aussi bien d’ami que de partenaire politique.

Benjamin, le père d’Emmanuel, est un médecin né en Israël. Sa mère, Martha, est une juive usaméricaine qui travaille pour une association de Chicago pour les droits civiques. Enfant, Emmanuel a reçu une éducation religieuse dans une école conservatrice et parlait hébreu avec son père à la maison.

Quand Bill Clinton entama sa campagne présidentielle, il désigna Rahm Emanuel pour diriger le comité des finances de sa campagne. Mais Emanuel en démissionna pour se porter volontaire dans l’armée israélienne quant la guerre du Golfe éclata. Il servit dans une des bases du nord d’Israël jusqu’à la fin de la guerre et, à son retour aux USA, il devint conseiller de Clinton à la Maison Blanche pendant près de huit années.

En 2003, Emanuel décida de se lancer dans sa propre carrière politique et fut élu député de l’État de l’Illinois. En 2006, il fut élu président du Comité Démocrate de campagne du Congrès et aida le parti à obtenir la majorité à la Chambre des Représentants.
Emanuel à rejoint la campagne d’Obama dès le début, après avoir décliné une offre de Bill Clinton pour s’associer à la campagne de son épouse Hillary en vue de l’investiture démocrate pour la présidentielle.

Amy, l’épouse du député, s’est convertie au judaïsme peu de temps avant leur mariage. Ils ont deux enfants, tous deux scolarisés dans une école juive à Chicago. Obama a déjà annoncé que s’il devenait le prochain président US, il emmènerait Emanuel avec lui à la Maison Blanche, peut-être en qualité de chef de cabinet.

Source :
Obama's Israeli adviser: Next White House chief of staff?
Traduit par Djazaïri, rédacteur du blog Mounadil al Djazaïri et ami de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6242&lg=fr

mercredi 29 octobre 2008

Pourquoi je voterai(s) mardi prochain pour l’Oncle Jack et pas pour Beaufils Baracké Idéal

par Ayman EL KAYMAN
Imaginons 5 minutes que je sois un humain, vivant quelque part entre l’Atlantique et le Pacfique, disposant de tous mes papiers en règle et citoyen de la plus belle démocratie du monde. Le 4 Novembre, dès l’aube, à l’heure où blanchit l’autoroute et rougeoie encore l’enseigne du McDo alors que celle du KFC clignote, je me rendrai donc à mon bureau de vote. Et je déposerai mon bulletin dans l’urne. Et ce sera celui de mon seul héros vivant, j’ai nommé Johnny McCain, Héros Rescapé de la Grande Guerre Patriotique contre le Bolchevisme Asiatique et de sa ravissante cocandidate, la Reine de l’Alaska, Sarah-la-Pâlichonne-qui-tire-plus-vite-que-son-ombre. Pourquoi donc vas-tu voter pour cet horrible républicain quasi-facho et cette pétasse paléolithique ? Me demanderez-vous, avec un hoquet d’indignation. Je vous répondrai brièvement : seul l’Oncle Jack est capable d’achever le boulot si bien engagé par Jojo l’Ahuri

Lire la suite

dimanche 19 octobre 2008

Les procès de Nuremberg et l’actuelle crise financière globale

par Jorge Aldao

Entre 1945 et 1949, à Nuremberg, ville allemande, une série de procès judiciaires s’étaient déroulés contre les leaders du nazisme et leurs subordonnés, responsables de toutes sortes de crimes durant la seconde guerre mondiale.

Lors de ces procès, les juges nommés par les puissances victorieuses avaient condamné à mort un grand nombre de ces hiérarques nazis et certains autres à de longues peines de prison dont quelques-unes à perpétuité.

Le plus remarquable, c’est que ces procès ont été faits en violation du principe de base du droit pénal, exprimé dans la locution latine « nullum crimen nulla poena sine praevia lege »[1], ce qui signifie que, quel que soit l’acte, s‘il n’a pas été auparavant défini comme crime ou délit par la loi, il ne peut être considéré comme tel et ne mérite pas de sanction.

Et, si personne ne discute de la justesse de ce principe du droit, les circonstances et l’énormité des sauvageries commises par le nazisme ont légitimé la violation de ce critère juridique raisonnable, connu également comme le « principe de non rétroactivité des règles pénales ».

Il est certain qu’ à l’époque des procès de Nuremberg, il existait un vide légal qui empêchait de juger les gouvernements des pays souverains qui, sans aucune justification, déclaraient une guerre au monde. C’est pour cela que théoriquement, les nazis auraient du être jugés seulement par des tribunaux allemands et uniquement pour des crimes et délits antérieurement reconnus comme tels légalement.

Mais il est tout aussi certain que le nazisme avaient exercé un contrôle absolu sur les législateurs et les juges allemands, ce qui rendait chimérique la moindre intention de poursuite pénale pour les crimes nazis, si l’on voulait respecter les principes traditionnels du droit.

Le comportement des autorités des organismes internationaux doit être considéré identiquement à celui des nazis, de même que celui des propriétaires, des dirigeants et des directions des entités bancaires et financières dont la soif de profit a fabriqué cette bulle spéculative qui aujourd’hui vient d’éclater à l’échelle mondiale.

À l’heure actuelle, ce séisme économique porte préjudice aux habitants des pays développés, bien qu’il ait provoqué, auparavant, des hausses insupportables des prix alimentaires, en condamnant à mort par asphyxie ou par maladies liées à la malnutrition, des millions d’habitants des pays les plus pauvres du monde et en provoquant des guerres dans tous les coins de la planète afin de s’approprier de leurs ressources naturelles.

On pourra dire, évidemment, que les comportements de ces capitaines de la finance mondiale ne sont sanctionnés par aucune norme pénale, qu’il pourrait tout au plus s’agir de non respect des règles bancaires ou, dans d’autre cas, de non respect des devoirs des fonctionnaires publics.

Cependant, le néolibéralisme et la finance en général, ont minutieusement organisé le dérèglement de la structure productive de la planète, en imposant à tout le monde – par l’intermédiaire du FMI, de la BM et de l’OMC
[2] – des lois pour promouvoir la spéculation financière incontrôlée. Ils ont ainsi détruit, légalement, la sécurité alimentaire des peuples.
Ceci a été réalisé d’une manière très semblable à celle du nazisme qui a organisé, y compris juridiquement, la dévastation de l’Europe.
C’est pour cette raison que, les morts et les graves maladies avec leurs conséquences irréversibles pour les pauvres de la planète, ajoutés à l’appauvrissement croissant dans les pays développés et la violence grandissante liée à ce phénomène, doivent être considérés comme un génocide au sens le plus strict du terme.

Bien qu’ils aient été anti-juridiques, le jugement et la condamnation des responsables des crimes nazis, furent légitimes.

Alors, il serait tout aussi légitime, bien que non légal, de juger et de condamner ceux qui se sont extraordinairement enrichis avec les politiques économiques néolibérales qui ont appauvri et affaibli des dizaines de millions d’êtres humains qu’elles sont en train de conduire à la mort.

Et comme dans le cas du nazisme, ces banquiers et ces financiers criminels contrôlent le pouvoir politique de la majorité des pays et avaient prudemment veillé, au travers de la dérégulation, à ce que leurs conduites criminelles ne soient pas reconnues comme des crimes.

Ils savaient mieux que quiconque que les lois « ex post facto » sont anti-juridiques.

C’est pour cette raison que comme dans les procès de Nuremeberg, le principe de « nullum crimen nulla poena sine praevia lege » ne doit pas s’appliquer aux responsables de cette crise financière globale.

Les auteurs intellectuels d’une règlementation qui a permis de livrer légalement la planète au saccage ainsi que ceux qui se sont enrichis sans vergogne avec ce pillage, doivent être jugés et condamnés.

[1] « nullum crimen nulla poena sine praevia lege » : « sans loi préexistante il n'y a ni crime, ni sanction ».

[2] FMI : Fond Monétaire International
BM : Banque Mondiale
OMC : Organisation Mondiale du Commerce




Source : Los juicios de Núremberg y la actual crisis financiera global

Article original publié le 16/10/2008

Sur l’auteur

Traduit par Esteban G. et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala

samedi 18 octobre 2008

Notes sur la crise aux USA

Petit cours d'alphabétisation économique
par Augusto SENCIÓN

1. Les épisodes antérieurs

1. Lorsqu’en 2000, Georges Bush est arrivé à la présidence des usa, l’économie de ce pays était en crise de surproduction : la production nationale était supérieure au pouvoir d’achat des Usaméricains. Beaucoup d’entreprises ne pouvant écouler leurs produits ont souffert de pertes sévères. Cette perte s’était élevée en moyenne à 4% pour l’année 2000 et à 6% pour 2001.

2. En raison de la baisse des ventes et des pertes subies, beaucoup d’entreprises avaient réduit leur production et licencié du personnel. 70% des capacités productives des industries étaient utilisées provoquant la perte d’un million d’emplois. Le commerce et les autres secteurs de l’économie ont agi de même. Entre l’année 2000 et septembre 2001, ce sont sept millions de personnes qui ont perdu leur emploi.

3. Pour faire face à la crise de surproduction et à la chute des ventes des entreprises, le gouvernement US a entrepris 2 actions :

* L’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, autrement dit la guerre. La vérité est que l’idée fondamentale de cette invasion était de contrôler le gaz et le pétrole que les USA ne possèdent pas et qu’ils consomment en grande quantité. Cependant, c’était également un moyen pour surmonter la crise économique intérieure ; et donc avec la guerre, le gouvernement augmenta ses dépenses en achetant les stocks accumulés dans les entrepôts des entreprises. Pour le besoin de ses troupes, le gouvernement activa la demande d’alimentation, de médicaments, d’uniformes militaires, d’artillerie, de munitions, etc. Cette demande de l’État, a été la solution pour les entreprises, de vendre leur production, augmenter leurs bénéficse et investir de nouveau. Les industrie alimentaires, textile et militaire étaient réactivées. En 2001 c’est l’invasion de l’Afghanistan, en 2002 le bénéfice des entreprises augmente en moyenne de 15,5% ; En 2003 c’est l’invasion de l’Irak, le bénéfice atteindra 24%. Si bien que ces deux crises ont tiré les entreprises de leur crise, puisque l’État a créé la demande nécessaire aux entreprises pour les sortir de leur crise en achetant leur production.

* Le taux d’intérêts des crédits descendit jusqu’à 1%. Ce faible taux d’intérêt incita des millions de familles à s’endetter en achetant des logements, des voitures, des téléviseurs et d’autres sortes de biens. La vente des produits des entreprises augmenta grâce à la possibilité d’accès aux crédits dont le volume contracté s’amplifia.

2. La crise à nouveau

1. La fête durera très peu de temps. Fin 2005, de nouveaux problèmes économiques surgiront.

2. Comme l’augmentation des crédits contractés avait généré une importante circulation d’argent, les prix ont commencé à monter, et l’inflation à s’élever. Pour contenir cette inflation, le gouvernement décidera de freiner le crédit des banques afin de réduire cette quantité d’argent en circulation.

3. À partir de 2005, les taux d’intérêts commencent à augmenter (jusqu’à 6,5%) et les familles ont des difficultés pour payer. La moyenne des paiements mensuels pour le logement était passée de 1200 à 2400 dollars, autrement dit elle a doublé. Le remboursement de la maison achetée à crédit absorbe 75% du remboursement du crédit, les 25% restant sont pour les voitures, les téléviseurs et les autres biens de consommation achetés à crédit. Des millions de familles ne pourront pas rembourser leurs dettes contractées auprès des banques.

4. Les banques commenceront, alors, à saisir les maisons des familles qui ne payent pas. 7000 familles perdront ainsi chaque jour leur logement hypothéqué. Un million de familles ont déjà perdu leur maison et huit millions ont des problèmes pour rembourser.

5. Mais une banque ne fonctionne pas avec des maisons, mais avec de l’argent. Le problème de récupération des crédits ne se résout pas par l’expropriation des maisons. C’est pour cette raison que beaucoup de banques ont fait faillite.

6. Pour sauver les banques, le gouvernement a utilisé l’argent de la Réserve Fédérale (sorte de Banque Centrale), autrement dit il leur a donné de l’argent pour les sauver de la faillite. En 2007, ce sont 300 milliards de dollars qui leur ont été donnés. Mais cette mesure ne permettra pas de contenir la crise, car le montant des prêts non récupérés étaient bien supérieur.

7. Le gouvernement a aussi réduit le taux d’intérêts à 5%, et à 2% pour cette année (2008). Mais cette mesure ne pouvait sauver la situation puisque des centaines de milliers de personnes avaient déjà perdu leur maison ou leur emploi et ne pouvaient rembourser leurs crédits.

8. L’autre mesure appliquée par le gouvernement avait consisté à dégager la somme de 150 milliards de dollars pour rembourser les entreprises et beaucoup de familles pour les impôts qu’elles avaient payés. L’ampleur de la crise était telle qu’une telle mesure ne put non plus résoudre la situation.

9. Du fait que les gens ne pouvaient pas rembourser leurs maisons, les entreprises arrêtèrent leurs projets et leurs travaux de construction, en laissant 5 millions d’habitations inachevées. Depuis 2005, la vente de logements a diminué de 65% et la production dans le secteur de la construction est tombée de 50%.

10. Le problème de récupération des crédits que les familles sont dans l’incapacité de rembourser, a affecté les banques des autres pays qui ont racheté les dettes aux banques usaméricaines. Et ainsi, la crise touche les banques anglaises, espagnoles, japonaises et d’autres pays encore. Pour éviter qu’à leur tour, celles-ci ne sombrent dans la faillite, les gouvernements respectifs ont injecté de l’argent dans leurs banques.

11. La faillite des banques, celle des entreprises de construction et la baisse d’activité de toute l’économie, ont fait grimper le taux de chômage de 4% à 6% pour la première période 2008.

12. La situation, depuis, s’est aggravée, la faillite des banques entraînant la baisse des crédits à d’autres secteurs de l’économie comme celui de l’industrie, du commerce, etc. Ne pouvant accéder aux crédits, ces secteurs d’activité ont ralenti leur activité et licencié du personnel. Pour le mois d’août 2008, la production industrielle a baissé de 1,1%, surtout à cause des 12% de chute des ventes de l’industrie automobile.

13. Le profit des entreprises avait commencé à diminuer depuis 2006. Depuis le premier trimestre 2007 qui avait enregistré une perte de 0,3%, la situation empire et la crise s’aggrave chaque jour. Ces derniers mois, pas moins de six banques ont fait faillite aux USA, et notamment la quatrième plus grande du pays, la Lehman Brothers, qui employait 25 000 personnes. AIG [American International Group], la plus importante société d’assurance s’est également déclarée en faillite, et l’Etat usaméricain a du injecter 85 milliards de dollars pour la sauver, devenant ainsi propriétaire à 80%.

14. En tout, depuis le début de la crise en 2006, le gouvernement US a utilisé 800 milliards de $ de la Réserve fédérale pour essayer de sauver des dizaines de banques. Et la crise continue.

15. Du fait de la faillite des entreprises et que d’autres centaines de milliers ont des problèmes de production, ont entrainé une chute des achats d’actions en bourse. Le risque d’acheter des actions d’entreprises, dans les moments de crise économique, est trop important. C’est pour cela que les indices des bourses des USA et d’autres pays ont baissé. Une telle baisse n’est pas la cause de la crise mais plutôt un reflet de celle-ci.

3. Jusqu’où ira la crise?

1. C’est difficile de prévoir une maîtrise du problème et aucune solution n’est en vue à court terme. Les affaires continueront à s’effondrer et le chômage d’augmenter.

2. Une grande partie des entreprises qui ferment seront absorbées par d’autres plus importantes. Une minorité concentrera de nouveau la richesse entre ses mains car c’est toujours ainsi durant les crises. Une bonne partie de la population finira dans la pauvreté et un petit groupe de multimillionnaires sera encore plus riche. Aux USA, 10% de la population contrôle 50% des revenus. À la sortie de cette crise, ce petit groupe contrôlera la plus grosse partie du gâteau. La pauvreté aura augmenté, alors qu’à la date d’aujourd’hui, elle frappe déjà 37 millions de personnes (12% de la population), un chiffre qui représente quasiment la totalité de la population de toute l’Amérique centrale. Si des luttes sont menées, il y aura plus de gens qui seront emprisonnées. Il ne faut pas oublier que les USA détiennent 25% de la population carcérale du monde.

3. Cependant, comme aux USA il n’y a pas de forces révolutionnaires capables de faire une révolution, la crise passera pour revenir trois ou quatre ans après.

4. Les USA reculent

1. Le pire pour l’économie US, ce n’est pas la crise actuelle, qui aura une fin, mais qu’elle en sortira avec moins de pouvoir mondial. Les USA perdent du terrain face à l’Europe, au Japon, à la Chine et à l’Amérique du Sud.

2. Il y a quatre ans les USA assuraient 28% de la production mondiale, à la sortie de la crise, ils ne pèseront plus que 20% peut-être, devancés par l’Union Européenne qui produit 33%, et treize pays d’Asie unis dans un bloc, avec à leur tête le Japon et la Chine, qui produisent un peu plus de 20%.

3. Les USA ne sont plus le pays plus grand exportateur au monde. L’Allemagne et la Chine les devancent. Les USA sont fondamentalement un pays importateur. Ils achètent plus qu’ils ne vendent à l’Europe, à l’Asie, à l’Océanie, à l’Amérique du Sud, au Mexique et au Canada. Leur commerce n’est excédentaire qu’ avec l’Afrique, l’Amérique centrale et les Caraïbes.

4. Pour acheter autant, le double de ce qu’ils vendent, dans le monde, le gouvernement et les entreprises des USA doivent lourdement s’endetter, à tel point, qu’aujourd’hui leur dette extérieure accumulée s’élève à 20% de la dette extérieure mondiale. Le gouvernement émet également des dollars qui ne reposent sur aucune production, qui leur servent aux achats extérieurs.

5. Ces dollars sont tombés entre les mains de leurs concurrents : la Chine, le Japon, le Brésil, l’Inde et d’autres pays qui détiennent maintenant plus de 4000 billions de dollars de réserves, ce chiffre équivaut à 30% de la production annuelle des USA. Lorsque la Chine, la Russie, le Brésil ou bien une autre grande économie n’acceptera plus les dollars US, ce sera la banqueroute de l’empire qui ne pourra plus rien acheter avec son argent émis sans couverture. Les USA se verront dans l’obligation de réduire leurs importations de pétrole, de machines et de produits de consommation. Des milliers d’entreprises importatrices et de banques feront faillite, la production s’effondrera et le chômage explosera. C’est cela la grande menace qui pèse à moyen terme sur les USA.

6. Le Brésil et l’Argentine ont décidé de ne plus commercer en dollars. On parle déjà d’une monnaie commune en Amérique du Sud. Beaucoup de pays adoptent l’Euro comme monnaie pour leurs échanges commerciaux. Le dollar est en baisse et avec lui toute l’économie des USA.

7. Le gouvernement US essaiera d’empêcher ce scénario. Il emploiera les armes ou tentera de déstabiliser les gouvernements latino-américains qui lui ont échappé. Il essaie d’implanter des missiles en Pologne afin d’intimider la Fédération de Russie, il menace l’Iran et il manœuvre en Bolivie pour renverser Evo Morales. Il fait de même au Venezuela et dans d’autres pays. Il est toujours embourbé dans un conflit et les choses tournent mal pour lui, mais il insistera.

8. Les USA se sont également endettés dans les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Ils s’endetteront encore plus avec la crise dont souffre leur économie.

9. Les USA seront supplantés à la place de première puissance mondiale : c’est la tendance pour les années qui viennent. Dans le monde, Il y aura des conflits et ce pays impérialiste fera tout ce qui est en son pouvoir pour reconstituer l’échiquier, mais il pourra connaître une défaite.


"Accrochez-vous, Bush est en route!" - Housing Crisis (crise du logement), par Mike Lane, Cagle Cartoons, avril 2008

Source : Notas sobre la crisis en Estados Unidos

Article original publié le 12/10/2008

Sur l’auteur

Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala