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mercredi 5 novembre 2014

Blaise Compaoré chassé par son peuple ! Il ne doit pas échapper à la justice

Le 2 novembre 2014, à Ouagadougou, Abidjan, Berlin, Dublin, Dakar, Londres, Paris, Rennes, Montpellier, New York, Washington, Bamako, Lomé, Nairobi, Madrid, Bruxelles, Turin, Ajaccio, Toulouse, Liège, Munich, Kinshasa
Traductions disponibles : Español  Deutsch  English  Italiano  

L’insurrection populaire au Burkina Faso a balayé le régime décadent de Blaise Compaoré. Ces jours du 30 et 31 octobre 2014 sont entrés dans l’histoire d’un peuple brave, un peuple mûr, un peuple digne, et au-delà de ça dans l’histoire de l’Afrique et du monde entier. 27 ans de règne de ce mégalomane sanguinaire, ça suffit !
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Photo Mikaël Doulson Alberca
Le peuple a retrouvé sa dignité bafouée, il reprend son destin en main avec force, intelligence et conviction. Quels moments de joie, quels moments d’émotion !
Dans ces moments décisifs, toutes les forces vives de Burkina Faso se sont unies, pour mettre fin à ce régime corrompu qui a trop longtemps bénéficié du soutien de la communauté internationale, alors qu’il maintenait son peuple dans la misère.
Jusqu’au dernier moment alors que Blaise Compaoré a conduit son pays dans le chaos, certains de ces soutiens ont suggéré que ce soit lui qui gère la transition.

Après cette première victoire, il convient sans tarder que les militaires, les organisations de la société civile et les partis politiques de l’ancienne opposition se concertent rapidement, pour une transition apaisée. Le peuple ayant assuré la victoire, il convient de mettre en place rapidement une politique qui s’attaque en priorité à la misère et réponde pleinement aux aspirations populaires.
Le réseau international « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique » s’incline devant le merveilleux peuple burkinabè, particulièrement la jeunesse, qui a marché au-devant des forces de sécurité les mains nues. Plusieurs dizaines de personnes ont sacrifié leur vie ! Qu’ils reposent en paix et qu’ils restent dans notre mémoire comme des héros !

Il les remercie d’avoir mis fin à cette hypocrisie de la communauté internationale qui consacrait Blaise Compaoré comme un « homme de paix », lui qui était impliqué dans toutes les guerres qui ont embrasé la région, entrainant des centaines de milliers de victimes. Toutes les forces progressistes en Afrique et dans le monde entier doivent aujourd’hui soutenir concrètement la révolution du Burkina Faso et organiser la solidarité concrète.
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Photo Mikaël Doulson Alberca
Blaise Compaoré a pris la fuite. Il doit être arrêté et jugé pour ses crimes. Nous réclamons une enquête internationale indépendante sur l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses camarades le 15 octobre 1987. Aux membres du Congrès américain nous demandons d’exiger que soient ouvertes les archives de l’époque et qu’une investigation soit menée sur une éventuelle implication de la CIA. Aux parlementaires français, nous demandons d’accepter la demande d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara, déjà déposée deux fois à l’Assemblée nationale de la République française, le 20 juin 2011 et le 5 octobre 2012. Nous appelons les peuples du Togo et de la Côte d’Ivoire à exiger que la lumière soit faite sur l’implication de leurs pays dans cet assassinat.
Il ne peut y avoir de démocratie dans l’impunité. La campagne « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique », forte des 14.000 signatures déjà obtenues (http://www.thomassankara.net/spip.php?article866) et du soutien des dizaines d’associations et de partis politiques de par le monde, doit s’amplifier car Blaise Compaoré bénéficie de soutiens puissants que nous dénoncerons sans relâche. Nous devons plus que jamais exiger que justice soit rendue. L’heure de la vérité et de la justice approche. Hâtons-la tous ensemble !
Gloire au peuple burkinabè ! Justice pour Thomas Sankara et ses camarades assassinés le 15 octobre 1987, justice pour toutes les victimes des assassinats et crimes économiques !
Le réseau international « Justice pour Sankara Justice pour l’Afrique »
 Contact  : contactjusticepoursankara at gmail.com
tel 00 33 6 85 03 88 6500 33 6 85 03 88 65 

jeudi 30 octobre 2014

Burkina Faso : la France doit officiellement lâcher son vieil allié Blaise Compaoré

par Survie, 29/10/2014
Au Burkina Faso, Blaise Compaoré renoue avec la tradition de modifier la Constitution afin de rester au pouvoir. Les manifestations contre ce projet se multiplient, la tension monte et une répression est à craindre. La France, qui a soutenu le pouvoir du « beau Blaise » 27 ans durant, doit condamner publiquement ce coup d’état constitutionnel et cesser toute coopération policière et militaire avec le régime.
Arrivé au pouvoir par l’assassinat de Thomas Sankara en 1987, le très françafricain Blaise

Compaoré n’entend pas quitter son fauteuil de président-dictateur du Burkina Faso. Après des mois de faux suspens, il a levé le voile le 21 octobre dernier sur sa volonté de réviser la Constitution de 1991, pour que soit supprimée la limitation à deux mandats présidentiels. Il faut dire que le régime est expert en tripatouillage constitutionnel : la limitation du nombre de mandats avait ainsi été supprimée en 1997, pour être réintroduite en 2000, en même temps que l’abandon du septennat au profit du quinquennat, entré en vigueur en 2005. Compaoré trouve ainsi toujours une argutie juridique pour se présenter : en 1991 comme président du Front populaire du Burkina Faso ; en 1998 pour son second septennat ; en 2005 et en 2010 pour son premier puis son second quinquennat, qui arrivera à terme en 2015. D’où la nécessité pour lui, de faire voter ce 30 octobre par les 2/3 des députés burkinabè une loi de révision constitutionnelle puis, en cas d’échec, d’organiser un référendum tout aussi bidon que sa dernière élection présidentielle [1].

La première décennie de son pouvoir est marquée par une série d’assassinats politiques (dont le plus emblématique, celui du journaliste Norbert Zongo en 1998, dont les responsables n’ont toujours pas été inquiétés), et ses 27 ans de règne sont émaillés d’opérations de déstabilisation dans la région. Son clan a notamment soutenu activement les milices de Charles Taylor au Liberia et en Sierra Leone, participé à des trafics de diamants au profit du mouvement rebelle angolais UNITA, abrité plus récemment les « rebelles ivoiriens » emmenés par Guillaume Soro avant qu’ils ne déclenchent la guerre dans leur pays, et joué un rôle trouble vis à vis de certains groupes armés qui ont occupé le nord du Mali à partir de début 2012.
Mais, en pilier régional de la Françafrique, Blaise Compaoré a su redorer son image à l’international, y compris grâce à des alliées au sein du Parti socialiste telles que Ségolène Royal et Elisabeth Guigou [2]. Une relative liberté d’expression et un multipartisme de façade l’ont rendu prétendument fréquentable, tandis que ses soutiens au sein de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), à laquelle il appartient, l’Association d’amitié France-Burkina de Guy Penne, ou son hagiographe, Jean Guion, ont redoublé d’efforts pour forger en France et à l’international l’image d’un homme de paix. Il a ainsi été choisi pour être le médiateur de crises politiques au Togo, en Guinée, et même en Côte d’Ivoire et au Mali où il a pourtant soutenu des belligérants. Et, sur fond de crise malienne, il a été reçu à l’Elysée dès le 18 septembre 2012 par un François Hollande déjà soucieux d’enterrer le changement.
Mais au Burkina Faso, les mouvements sociaux n’ont eu de cesse de se structurer et de se renforcer, pour s’opposer au pouvoir à vie auquel prétend Blaise Compaoré. En particulier, après les manifestations contre la vie chère en 2008, une explosion de colère populaire avait menacé le régime en 2011, amenant même Alain Juppé, alors ministre français des Affaires étrangères, à déclarer, en référence à la révolution tunisienne, que le régime burkinabè devrait « [tenir] compte de ce qui se passe ailleurs car les mêmes causes produisent les mêmes effets » [3].
Pure langue de bois, pendant que, à l’instar de ce que Michèle Alliot-Marie avait proposé pour sauver le pouvoir de Ben Ali en Tunisie, les autorités françaises ont poursuivi leur coopération pour le « maintien de l’ordre » avec Ouagadougou. On apprenait ainsi qu’en 2011, la France disposait toujours sur place de « 9 militaires de l’Armée de Terre, la plupart détachés auprès des Forces Armées Nationales », et octroyait une aide directe sur le volet militaire (dépenses d’équipement et d’infrastructure, formation des cadres) d’environ 1,2 million € par an, sous la houlette de la Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense [4]. Une aide fournie sous l’habillage d’un maintien de l’ordre nécessaire au processus démocratique, mais en réalité indispensable au régime pour mater d’éventuels mouvements populaires. L’année dernière, l’hebdomadaire Jeune Afrique expliquait ainsi comment, du fait de tensions croissantes liées au projet de révision constitutionnelle, le gouvernement burkinabè, aidé par la France et les Etats-Unis, avait investi 15,2 millions d’euros « pour réorganiser et équiper la police » et qu’ « une unité de force spéciale [était] en cours de création avec le soutien du Raid français » [5].
Le régime avait vu juste : depuis le début de l’année, plusieurs manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, jusqu’au mois de septembre. Depuis cette semaine, et l’officialisation de ce projet de tripatouillage constitutionnel, la contestation se cristallise, avec une première manifestation rassemblant le 28 octobre des centaines de milliers de burkinabè déterminés à s’y opposer, et la promesses d’actions de blocage et de désobéissance civile dans les prochains jours. La colère est sur le point d’exploser, et une répression violente est à craindre. Après avoir soutenu Blaise Compaoré dans son putsch de 1987 et durant ses 27 ans de règne, les autorités françaises, qui ont fait du Burkina Faso un des maillons de leur « lutte contre le terrorisme » au Sahel, en installant à Ouagadougou la principale base des forces spéciales et en intégrant le pays dans la zone d’intervention de l’opération « Barkhane », ont donc une responsabilité particulière dans ce qui va se passer dans les prochaines semaines.
L’association Survie exhorte donc le gouvernement français à dénoncer publiquement ce projet de révision constitutionnelle, sans équivoque [6], et à cesser toute coopération policière et militaire avec le régime, et appelle à rejoindre la manifestation unitaire organisée devant l’ambassade du Burkina Faso à Paris ce jeudi 30 octobre de 16h30 à 19h

Contact presse : Ophélie Latil 01 44 61 03 25 ophelie.latil[at]survie.org
Notes

[1] Les chiffres officiels faisaient état d’un score de 80 % des suffrages exprimés... mais avec seulement 1,5 millions de voix dans un pays qui compte 16 millions d’habitants.
[3] Audition d’Alain Juppé devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, à Paris le 4 mai 2011. Texte disponoble sur http://discours.vie-publique.fr/not...
[4] Voir le site de l’ambassade de France au Burkina Faso (http://www.ambafrance-bf.org/Panora... ). Le site du ministère de la Défense indique qu’en 2009, cette coopération s’était «  appuyée sur 12 coopérants militaires et un budget de 3 M€  » (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/do... )
[6] Les déclarations alambiquées du porte-parole du Quai d’Orsay se référençant à la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance de l’Union Africaine, ne sauraient être considérées comme une condamnation (http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/v... ).

mardi 5 janvier 2010

Justice pour Thomas Sankara Justice pour l’Afrique

Español : Justicia para Thomas Sankara Justicia para África

De nombreux témoignages, souvent en provenance d’anciens compagnons de Charles Taylor, mettent en cause Blaise Compaoré dans l’assassinat de Thomas Sankara, avec la complicité d’Houphouët Boigny, mais aussi de la France, de la CIA et d’autres personnalités africaines.
En avril 2006, le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, saisi par le Collectif Juridique de la Campagne internationale Justice pour Thomas Sankara (CIJS) au nom de la famille, donnait raison aux plaignants et, demandait à l’Etat burkinabé d’élucider l’assassinat de Thomas Sankara, de fournir à la famille les moyens d’une justice impartiale, de rectifier son certificat de décès, de prouver le lieu de son enterrement, de compenser la famille pour le traumatisme subi, et de divulguer publiquement la décision du comité.
Le 21 avril 2008, le comité des droits de l’homme de l’ONU, en contradiction totale avec la décision précédente a clos le dossier sans qu’une enquête n’ait été diligentée. Cette décision ne fait pas honneur à cette institution.
Au sein de la communauté internationale certains font mine de voir en Blaise Compaoré un homme de paix, lui qui pourtant est notoirement impliqué dans les conflits au Libéria, en Sierra Léone et dans des trafics d’armes et de diamants pour l’UNITA de Jonas Sawimbi alors sous embargo onusien, et plus récemment dans le conflit qui a déchiré la Côte d’Ivoire.
Cette même communauté internationale nous propose de nous apitoyer sur ce Continent pourtant si riche qu’est l’Afrique, tout en travaillant à perpétuer son assistance et sa soumission. En réalité, les vraies raisons des difficultés du continent sont à chercher dans les réseaux internationaux qui fomentent les guerres et les assassinats pour conserver leur mainmise sur les richesses du continent avec la complicité des pays occidentaux et de certains dirigeants africains.
Plus de 22 ans après son assassinat, Sankara, personnage historique, leader africain de premier plan, représente de plus en plus une référence, comme leader intègre, déterminé, créatif et courageux, précurseur de la lutte pour la défense de l’environnement et la révolution burkinabé est devenu un modèle de développement. Sankara a été assassiné parce qu’il dénonçait la dette odieuse et le diktat des puissances occidentales, mais aussi parce qu’il engageait une politique décidée dans son pays, orientée vers les besoins de son pays, pour la satisfaction des populations de son pays, tout en œuvrant pour le panafricanisme.
C’est pourquoi nous soutenons et appelons à soutenir les initiatives du collectif juridique du la CIJS qui inlassablement, depuis plus de 12 ans, intente, des actions juridiques aux côtés de la famille Sankara.
Nous demandons l’ouverture des archives des pays que les témoignages désignent comme impliqués à savoir principalement la France, les USA, mais aussi la Côte d’Ivoire, le Togo et la Libye.
Nous demandons que s’engage sans tarder, une enquête indépendante sur l’assassinat de Thomas Sankara. Ceci est un devoir pour la communauté internationale, un droit pour la famille Sankara, une exigence pour la jeunesse d’Afrique, une nécessité pour l’avenir de ce continent qui ne saurait se construire avec une histoire amputée de la vérité sur un des épisodes majeurs de la fin du 20eme.
Nous appelons la jeunesse, les partis démocratiques, le mouvement social en Afrique et au-delà dans les pays du monde à continuer à se mobiliser pour que cette enquête fasse toute la lumière sur cet assassinat et pour que justice soit faite, ce qui serait un grand pas pour mettre fin à l’impunité en Afrique.
Solidaires/ CADTM Pointe-Noire, Congo Brazaville, jlemvo@yahoo.fr et solasso@yahoo.fr
Comité Sankara, España, alozano956@hotmail.com
Collectif Sankara Ile de France, France, collectifthomsank@gmail.com
Comité Sankara de Montpellier,France, comitesankara@yahoo.fr
Comitato Italiano SankaraXX, Italie, sankara.italia@gmail.com
Sankara Tribute (Washington), USA, Sankaratribute@yahoo.com
Groupe Thomas Sankara de Liège, Belgique, pauline@cadtm.org
GRILA, Groupe de recherche et d’initiatives pour la libération de l’Afrique, Canada, admin@grila.org
ATTAC Togo, Togo, attactogo@yahoo.fr
Arbeitskreis Panafrikanismus München (AKPM), Allemagne, sekretariat@panafrikanismusforum.net
RAID ATTAC Tunisie, Tunisie, fatcham@yahoo.fr
FNDP (forum national sur la dette et la pauvreté), Côte d’Ivoire, fndp11@yahoo.fr
RNDD ( Réseau National Dette et Développement), Niger, rnddniger@gmail.com
Club Sankara du Sud-Ouest, Burkina, sanksudouest@yahoo.fr
CADTM Lumumbashi, RDC,
Les premiers soutiens :
Associations : CADTM, SURVIE, ATTAC Afrique, CEDETIM, AFASPA, l’Etrange Rencontre, Mouvement des africains à Rome, Collectif Afrique de Lille, Casa della sinistra Thomas Sankara, Forum Sinistra Europea Genova, Associazione Culturale Punto Rosso Genova, Circolo ARCI Thomas Sankara
Partis : Burkina : UNIR/PS, FFS, PAI France : NPA, Les Verts, RND (Sénégal), Parti communiste du Québec,
Syndicats : SUD (France), Syndicat National des Agents des Douanes du Niger SNAD (Niger )
Personnalités : Eric Toussaint , Jean Zieger, Silvestro Montanaro (réalisateur), Fidel Toe, Nkodo Maurice, Abdoulaye Diallo, Padre Alex Zanotelli, Moussa Demba Dembele, Luca Guadagnino, Cristiano Bortone, Carlo Bata, Claudio Botosso, Sabina Guzzanti, Davide Ferrario, Roberto Silvestri, Camille de Vitry (documentariste), Antonio Lozano, Jacques Jouet

vendredi 12 décembre 2008

Norbert Zongo et les mercenaires à la Bob Denard

10ème anniversaire de l'assassinat du journaliste burkinabè
par Vincent OUATTARA
Le 13 décembre 2008, cela fera dix ans que le journaliste et écrivain Norbert Zongo a été assassiné sur la route de Sapouy. Après dix ans d’enquête, le seul inculpé a d’obtenu, le 16 août 2008, un non-lieu du Tribunal de grande instance de Ouagadougou.

« Combien de mercenaires, surtout français, envahissent chaque jour l’Afrique dite francophone ? Combien de Bob Denard nouveaux envahissent nos pays pour faire main basse sur tout ce qui brille ? Combien d’illustres mercenaires débarquent chez nous et dictent leurs lois à nos responsables qu’ils peuvent changer comme s’il s’agissait d’une roue de véhicule ? Combien sont-ils les mercenaires, les Bob Denard nouveaux qui débarquent chez nous en jets et qui nous font applaudir pendant qu’ils nous délestent de tous nos biens ? » écrivait Norbert Zongo sous son nom de plume Henri Sebgo.

Il sera assassiné avec ses trois compagnons, le 13 décembre 1998, parce qu’il suivait la voie de ces hommes qui luttent pour des valeurs de justice et de liberté. Il est parti il y a dix ans, mais sa plume n’est pas morte. On lui reconnaît les débuts des grands déballages sur les dossiers noirs du régime du président Blaise Compaoré : Dabo Boukari, Oumarou Clément Ouadraogo, Guillaume Sessouma, David Ouédraogo, et bien d’autres, vies de larmes qui n’auront de paix tant que justice ne leur sera pas rendue.

Norbert parle aussi des tragiques événements du 15 octobre 1987 qui ont porté les « rectificateurs » au pouvoir : « L’environnement de terreur a happé tout autour de lui : le président Thomas Sankara et ses compagnons pulvérisés au bazooka, Henri Zongo et Boukary Lingali exécutés sommairement par des bourreaux qui ont brûlé vivants leurs compagnons d’armes à Koudougou… » (L’indépendant n° 166, 15 octobre 1996).

Ainsi le Burkina Faso rentrera dans le rang de la Françafrique. Lors du sommet France-Afrique de Ouagadougou en 1998 qu’il appelait « France Colonies », il écrivait : « On a évacué les mendiants de la ville de Ouagadougou. On a nettoyé Ouagadougou, balayé. Nous avons honte de notre pauvreté, de notre misère » (L’indépendant n°228, 5 janvier 1998).

Il apparaît, sous sa plume, un type de citoyen qui n’est pas de la francophonie, qui ne le mérite pas : « ces pauvres, parias de la société, vivant une prison à ciel ouvert dans leur pays ». C’est donc à juste titre que Norbert Zongo écrivait : « Esclave, nous avons été, esclaves nous sommes. Des sommets France Colonies comme celui de Ouagadougou nous le prouvent… » (L’indépendant n°173, 3 décembre 1996). Mais le scribe interpellait ses concitoyens, alors que le pays plongeait dans la misère, avec son cortège de corruption, de népotisme et d’assassinats politiques. Et très proche de Paris, son principal bailleur de fonds, Blaise Compaoré sévit aussi chez ses voisins en soutenant le criminel de guerre Charles Taylor dans le dépeçage du Libéria.

Des crimes que ne pouvait laisser passer Zongo : « Calmons la tempête sous notre crâne, conseillait-il, en insistant : « Vivre auprès du sans-avenir, c’est ne plus avoir un avenir, (L’indépendant, 2 juin 1994). Le don de soi devient aussi une raison de vivre pour lui, auteur de deux œuvres importantes, « Parachutage » et « Rougbenga » où sa quête de liberté sonne comme un hymne de la vie. Il le savait et le disait avec certitude : « Je dénonce donc je suis ».

Il ne dénonçait pas seulement les crimes de sang de son pays, il s’attaquait à la politique française et à ses multinationales qui dépossèdent l’Afrique de ses biens, de ses fils et lui imposent la servilité. La privatisation de Air Afrique l’indigne, et il écrit : « Quand un Billecar s’approprie Air Afrique, affiche les tarifs les plus élevés au monde pour annihiler le tourisme africain, où s’engage la compagnie dans des rachats d’Airbus français pour la déclarer, quelques temps après, en faillite, il fait pire que Bob Denard : c’est un mercenaire des temps modernes. » (L’Indépendant n°114, 10 octobre 1995).

Le fait n’est pas seulement ce pillage des ressources mais l’arrogance qui l’accompagne que le journaliste essaie de mettre en évidence : « Quand un simple directeur de brasserie au Burkina (représentant des français au Burkina) viole, avec l’arrogance la plus insultante, les lois de notre pays, foule aux pieds les décisions judiciaires, c’est pire que du Bob Denard. Quand les Bouygues, les Saga, les Bolloré déferlent en Côte d’Ivoire, au Burkina, au Bénin (…), rachètent nos entreprises dites privatisées pour des bouchées de pain, après avoir arrosé nos responsables politiques tout en leur garantissant le soutien militaire de Paris, c’est pire qu’un mercenaire à la Bob Denard » (Ibid). Norbert Zongo appelle à la prise de conscience en avertissant que : « ces nouveaux mercenaires sont dangereux, plus dévastateurs (…) Si Bob Denard avait envahi notre pays, nous l’aurions combattu par tous les moyens. Mais voilà que nous restons impuissants devant Sitarail (groupe Bolloré), la pire des invasions coloniales et mercenaires que nous ayons subies. Le hold-up sur notre Cimat, c’est du Bob Denard supérieur ».

La France ne change pas…

« La France a beau nier les révélations de sa presse faisant état de la présence des troupes françaises au zaïre et de mercenaires issus de la garde présidentielle française, il n’y a pas d’illusions à se faire, Paris est en Afrique ce qu’il fut toujours : un maître incontesté qui déteste la contestation et la punit sévèrement. La France ne change pas et elle ne changera pas de sitôt sa politique africaine », écrivait Norbert Zongo. Et de se demander : « Sommes-nous capables de changer afin que Paris n’envoie plus ses troupes piétiner les récoltes comme au Tchad, envahir nos territoires comme pendant l’opération Turquoise au Rwanda, nous imposer des chefs d’Etat comme Mobutu, nous dicter notre comportement économique ? Il ne suffit pas de crier, de vitupérer l’impérialisme et le colonialisme français. Que cherchent les troupes françaises à Abidjan, Dakar, Ndjamena… ? Que cherchent les nombreux conseillers militaires français présents à Ouagadougou, Niamey, Lomé, Cotonou… ? »

La réponse à ces nombreuses questions, Norbert Zongo les aperçoit dans le changement qui naîtra grâce à une prise de conscience de la nécessité de bâtir des nations libres et démocratiques avec des institutions républicaines fortes. Pour y arriver, « chacun de nous doit se poser la question : suis-je un allié de cette France envahisseur, assassine des libertés de nos peuples ? » (L’Indépendant n°179, 14 janvier 1997).


Norbert condamnait la présence militaire française dans son pré carré et l’immixtion de la France dans les affaires intérieures des Etats africains favorisant les présidences à vies, les détournements, le pillage des ressources du continent etc. Il distinguait deux types de France : l’une des peuples libres et l’autre prédatrice des libertés. « Le pire est ailleurs, dit-il : la France coloniale et néocoloniale a distillé dans les veines des pouvoirs politiques africains et de la plupart de leurs hommes cet orgueil béat, cette suffisance idiote qui les empêchent de reconnaître leurs fautes… » (L’Indépendant n°107, 22 août 1995). Les Etats africains ne doivent plus être « une poubelle au sens propre et au sens figuré du monde entier dans cet enfer du protectionnisme le plus célèbre et le plus hypocrite, dans ce monde de racisme économique… ».

La voix de l’intellectuel est importante dans ce combat pour la liberté. C’est pourquoi, Norbert Zongo accusait « ces élites d’aujourd’hui qui se prélassent dans l’inconscience, l’insouciance et la paresse ». Une façon de dire que l’heure est à la lutte pour être pour ne pas succomber, à jamais.

Parmi les inculpés de l’assassinat de Norbert Zongo : Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousseini Yaro, tous membres de la garde présidentielle du président Blaise Compaoré. Au final, le seul inculpé retenu dans ce dossier sera Marcel Kanfado, qui vient d’obtenir, le 16 août 2008, un non-lieu du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, après dix ans d’enquête du juge Wenceslas Ilboudo. Le dossier Norbert est-il classé sans suite ? Non, affirme les juges, seules des charges nouvelles peuvent permettre de le rouvrir.

Le silence des hommes et des femmes réconforte les bourreaux dans leur rôle, leur donne le droit de continuer de tuer des citoyens honnêtes et de classer leurs dossiers sans suite, parce qu’ils ont le soutien des hommes politiques européens qui n’ont pas honte de dire qu’ils sont des amis de l’Afrique.

La fuite est terminée …
« Mon fils, je suis venue te dire une chose : de nombreuses personnes sont venues me dire que tu écris encore des choses sur le président. Elles m’ont dit que ta vie est en danger parce que le président qui est au pouvoir ne se contentera pas de t’emprisonner comme l’autre avant, mais celui-là va te tuer. Si ce qu’on dit est vrai, je viens te supplier de ne plus écrire. Si tu meurs… ». C’est par ces propos prémonitoires que débute la lettre de la mère de Norbert Zongo à son fils quelques jours avant l’assassinat.




Norbert Zongo



Source : http://billetsdafrique.survie.org/Norbert-Zongo-et-les-nouveaux, décembre 2008


Vincent Outtara est né le 25 août 1960 à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.Il a fait ses études successivement au Burkina et en Côte-d'Ivoire, est titulaire d'un baccalauréat Lettres et Philosophie et a poursuivi ses études supérieures à l'université d'État de Saint-Pétersbourg en Russie où il a obtenu un Master of Arts en Sciences de l'information et de la Communication en 1991.En 1994, il rentre à l'Académie de la Culture de Saint-Pétersbourg et est titulaire d'un PHD en Sciences de la Culture.
Vincent Ouattara est romancier et essayiste, auteur de 6 ouvrages :
Aurore des accusés et des accusateurs (1994-Ed L'Harmattan)
Idéologie et Tradition en Afrique Noire, pour une nouvelle pensée africaine (2001-Ed L'Harmattan)
Procès des Puschistes à Ouagadougou (2004-Imprimerie du progrès)
L'Ere Compaoré : Crimes, politique, et gestion du pouvoir ( 2006-Ed Klamba)
Halidou Ouedraogo : une vie de lutte (2008-Sankofa et Gurli Editions),
La vie en rouge (2008-Soulieurs Editeur).
Actuellement, Vincent Ouattara enseigne les sciences de la communication et l'anthropologie sociale à l'Université de Koudougou, au Burkina Faso.

samedi 15 novembre 2008

Quand petit Nicolas accueille le Beau Blaise...

...cela mérite une petite manif!


Appel à Rassemblement contre
la visite officielle en France du dictateur burkinabé Blaise Compaoré
A Paris, lundi 17 novembre à 18 hParvis des Droits de l'Homme au TrocadéroM° Trocadéro (ligne 6 ou 9)
NON À LA CAUTION POLITIQUE
DU RÉGIME DICTATORIAL DE BLAISE COMPAORE PAR L'ÉTAT FRANCAIS


A la tête de l'État burkinabé depuis plus de vingt ans, à la suite d'une usurpation sanglante du pouvoir qui s'est soldée par l'assassinat du Président Thomas Sankara, le capitaine Blaise Compaoré est annoncé en France où il sera reçu le 18 Novembre à l'Élysée par Nicolas Sarkozy.
Le chef de l'État français s'apprête ainsi, une fois encore, à renier la promesse faite au soir de son élection en mai 2007, d'être un intrépide défenseur de la cause des droits de l'homme et de la démocratie dans le monde, et en particulier en Afrique.
En effet, son invité du 18 novembre prochain a bâti son pouvoir et une fortune colossale, qui se chiffre en milliards, à travers une longue série de crimes économiques et de sang, dont la plupart sont consignés dans des rapports de l'ONU et restés à ce jour impunis :
A la suite du crime fondateur de son régime du 15 octobre 1987, de dizaines d'assassinats d'opposants, d'anciens collaborateurs civils et militaires, d'étudiants et de journalistes jalonnent son règne.
Déclaré « bon élève » par le FMI et la Banque mondiale, le régime de Blaise Compaoré a en réalité conduit le Burkina Faso en l'espace de ses deux décennies de gestion dans une grave situation sociale et politique inédite : licenciements sauvages suite aux privatisations d'entreprises publiques au profit des copains du régime, développement à une grande échelle de la corruption, du banditisme dans les villes et les campagnes, famines et pandémies chroniques, fraudes massives du camp présidentiel lors des consultations électorales, etc. Faisant fi de ce bilan désastreux, le Secrétaire d'État Alain Joyandet a déclaré le 24 octobre dernier à Ouagadougou à l'issue d'une audience avec le président Burkinabé que les « relations sont au beau fixe » entre la France et le Burkina Faso.C'est pourquoi nos organisations :- dénoncent la caution politique qu'apporte Nicolas Sarkozy au régime de Blaise Compaoré qui doit aujourd'hui répondre devant le Tribunal Pénal International, aux côtés de l'ancien seigneur de guerre libérien Charles Taylor, de ses nombreux crimes économiques et de sang, - soutiennent le combat des démocrates burkinabé qui exigent la vérité et la justice pour Thomas Sankara (président du Burkina Faso assassiné en 1987), Norbert Zongo (journaliste assassiné en 1998), Dabo Boukari (membre de l’Association nationale des étudiants burkinabé – ANEB – torturé à mort en 1990) et toutes les autres victimes du régime Compaoré,- appellent leurs militants et tous les amis du peuple burkinabé à dénoncer l'accueil réservé par la France à Monsieur Blaise Compaoré, et à venir participer au rassemblement
Arrêtons le soutien aux dictateurs !
Soutenons les peuples africains !
Organisations signataires : AFASPA (Association française d'amitié et de solidarité avec les peuples d'Afrique), AFASPA Comed (Comité Méditerranée), Agir ensemble pour les droits de l’Homme, commission internationale d'Alternative Libertaire, ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), association Baraka, Bulletin Afriques en lutte, CADTM-France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), CEDETIM, CNT (Confédération Nationale du Travail), Collectif CAAC-Comores, Collectif de France Affaire Norbert Zongo (COFANZO), Cridev (Centre rennais d'information pour le développement et la solidarité entre les peuples / Ritimo), Droits devant !, FCD (Fédération des Congolais de la diaspora), association Ishtar, LCR, Les Verts, Mouvement des Indigènes de la République, Organisation de Femmes Égalité, Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF), Respaix Génération Conscience, Section France du Mouvement Burkinabé des Droits de l'Homme et des Peuples, Survie, Union Syndicale Solidaire.

lundi 27 octobre 2008

Prince Johnson : C'est Compaore qui a fait tuer Sankara, avec l'aval d'Houphouët-Boigny

par RFI, 27/10/2008

C'est une exclusivité RFI. Pour la première fois depuis son passage spectaculaire devant la commission Vérité et réconciliation le 29 août, Prince Johnson, l'ancien chef rebelle libérien, a donné des détails ce week-end sur son rôle dans la mort du président burkinabè, tué en octobre 1987. Cette fois-ci c'est au micro de RFI qu'il s'est confié. A l'époque, Prince Johnson s'entraînait au Burkina Faso. Selon lui la mort de Sankara aurait été décidée par son bras droit et successeur, l'actuel numéro un burkinabè Blaise Compaoré, avec l'aval du président ivoirien de l'époque, Félix Houphouët-Boigny. Blaise Compaore a toujours démenti avoir joué le moindre rôle dans la mort de Thomas Sankara.

Prince Johnson a d’abord rendu hommage à l’ancien président burkinabè, qui pour lui était un homme exceptionnel, aimé par son peuple et par le monde extérieur. Mais il fallait se débarrasser de lui : « La seule option pour notre formation, rester au Burkina puis aller en Libye, était de répondre positivement à la requête de Blaise, c’est-à-dire se débarrasser de Thomas Sankara qui était contre notre présence au Burkina ».
A la question de savoir s’il a été facile de se débarrasser de Thomas Sankara, Prince Johnson répond que le vrai maître des lieux à cette époque-là était plutôt l’actuel président : « Franchement, Sankara n’était qu’un chef cérémonial, c’est Blaise Compaore qui contrôlait tout, les casernes et la garde présidentielle donc il était très facile de s’infiltrer ».
Prince Johnson est allé plus loin en citant le nom de l’ancien président ivoirien, Félix Houphouët Boigny : « Il voulait la chute de Sankara pour que nous puissions suivre notre formation et retourner au Liberia pour tuer Doe (Samuel K. Doe, président du Liberia à cette époque, NDLR) parce que Doe a tué son beau-fils, William Tolbert junior... »

Source : http://rfi.fr/actufr/articles/106/article_73998.asp


Me battre à mort pour Thomas Sankara
Message de Myriam Sankara, veuve du Président Thomas Sankara à l'occasion du 21ème anniversaire de son assassinat .

Mes Chers Camarades,
A l'occasion de la commémoration du 21ème anniversaire de
l'assassinat le 15 octobre 1987du Président Thomas Sankara et de 12
de ses compagnons, je suis heureuse de constater que vous êtes
toujours là aussi nombreux que d'habitude, pour ce rendez annuel de
la mémoire et du recueillement.
Il est important pour mes enfants et moi-même ainsi que pour toute
la famille Sankara et tous ceux qui sont attachés à l'idée même de
justice et de dignité humaine, de sentir que malgré toutes ces
longues années passées, des hommes, des femmes, des jeunes, au
Burkina Faso et un peu partout dans le monde continuent à se
mobiliser pour que l'œuvre et les idéaux de justice, d'intégrité et
de dignité défendus par le Président Thomas Sankara ne soient jamais
oubliés, malgré tous les efforts déployés par le régime pour effacer
ses traces.

Il est important pour le triomphe de ces idéaux, que des hommes et
des femmes continuent à redoubler de détermination au Burkina Faso
et partout dans le monde pour que les auteurs de cet ignoble
assassinat soient punis, malgré les entraves judiciaires et
politiques dressées délibérément depuis des années par le pouvoir
burkinabé contre notre combat.
Aussi, je réitère avec force et fermeté que malgré le déni de
justice dont mes enfants et moi-même sommes victimes, malgré le
refus des juridictions burkinabé d'instruire cette affaire
conformément aux recommandations pertinentes de l'Onu concernant la
saisine du Tribunal Militaire sur ordre du Ministre de la Défense
que nous n'avons cessé de réclamer, malgré les diversions, les
mensonges, les obstacles dressés sur notre chemin par le pouvoir
burkinabé, nous ne baisserons jamais les bras et continuerons à
lutter.

Tant que la lumière ne sera pas faite sur l'assassinat du Président
Thomas Sankara, nous continuerons à nous battre par tous les moyens
de droit pour que justice soit faite. Nous continuerons à le faire
parce que la mémoire de mon époux l'exige. Nous continuerons à le
faire parce que les Burkinabé et les Africains veulent connaître la
vérité. Nous continuerons à mener ce combat parce que nous ne nous
satisferons jamais de cette culture d'impunité et de violence
politique qui sévit au Burkina Faso et dans de nombreux pays
africains malgré des démocraties de pure façade.
Notre détermination est d'autant plus grande aujourd'hui que les
récentes révélations devant le Tribunal spécial pour le Liberia, des
anciens compagnons de Charles Taylor comme John Tarnue, ancien
commandant des forces du Liberia ou celles de l'ancien chef de
guerre Prince Johnson devant la Commission Vérité et Réconciliation
au Liberia, relayées par la presse nationale et internationale, ont
mis clairement et directement en cause Monsieur Blaise Compaore lui-
même dans le renversement et l'assassinat du Président Thomas
Sankara et de 12 de ses compagnons le 15 octobre 1987.

Nous ferons tout ce qui est possible auprès des instances les plus
indiquées sur le plan national et international pour lesquelles les
mots Justice, Etat de droit, Dignité humaine ne sont pas de mots
vains et creux pour que notre cause soit entendue; nous continuerons
à interpeller les autorités Burkinabé devant ces instances pour que
les auteurs de cet horrible massacre soient jugés comme le sont à
juste droit dans le monde les auteurs des crimes graves, comme l'est
d'ailleurs aujourd'hui Monsieur Charles Taylor avec lequel - selon
les deux criminels cités plus haut - Monsieur Blaise Compaore a
signé le pacte de sang qui a conduit à l'assassinat de mon époux et
de 12 de ses compagnons.
Je sais que vous continuerez à soutenir ce combat qu'aucune
indemnité financière ne pourra compenser tant que les assassins du
Président Thomas Sankara seront vivants et continueront à bénéficier
d'une totale impunité et à parader ici et là dans le monde. Je sais
que vous continuerez à soutenir ce combat étroitement lié à celui de
l'avènement d'une vraie démocratie et d'un vrai développement au
Burkina Faso et dans bon nombre de pays africains largement viciés
par cette impunité.

Qu'il me soit permis à cet effet de remercier tous les avocats du
Comité International Justice pour Thomas SANKARA, pour le précieux
appui qu'ils m'apportent gracieusement depuis des années dans ce
combat ainsi que tous ceux qui, au Burkina Faso, en Afrique et dans
le monde, continuent, depuis 21 ans à œuvrer pour que triomphent les
idéaux du Président Thomas Sankara, tous ceux qui se dressent contre
l'injustice, l'oppression, la misère, au moment où la déroute
actuelle du libéralisme un peu partout démontre à quel point, les
idéaux que défendait Thomas Sankara restent d'actualité, et que se
pose aujourd'hui plus que jamais, la nécessité d'un ordre
international plus juste.

Merci à tous les Sankaristes de continuer courageusement cette lutte
sur le plan politique et social depuis des années. Je ne peux que
les encourager à travailler pour la mise en place d'un projet de
société qui prendra assise sur les idées de celui qui a incarné et
continuera à incarner l'espoir de tous ceux qui, au Burkina Faso, en
Afrique et dans le monde, s'élèvent quotidiennement contre les
injustices sociales et se battent pour leur dignité, leur
autodétermination, ceux qui refusent l'état de survie, la
corruption, le népotisme, la destruction de la nature,
l'exploitation de l'homme par l'homme.

Merci encore au peuple burkinabé et à sa jeunesse pour sa formidable
mobilisation autour du 20ème anniversaire l'année dernière.
Merci de m'avoir reçu si chaleureusement lors de ces inoubliables
moments à jamais inscrits dans la page de notre histoire et qui nous
donnent aujourd'hui la force de continuer ensemble à nous battre
avec plus de détermination qu'avant, pour faire en sorte que chaque
centimètre carré de nos vies devienne, comme le voulait le Président
Thomas Sankara, "un centimètre carré de liberté et de dignité " pour
que,
Vive le Burkina Faso !
Vive l'Afrique!
Je vous remercie pour votre indéfectible soutien.
Montpellier le 15 octobre 2008