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jeudi 19 février 2015

American Sniper : Tuer des Bougnoules pour Jésus

par Chris Hedges, Truthdig, 25/1/2015
Traduit par Nicolas Casaux, Le Partage, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

chris_hedges Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur US. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation US, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il publie une chronique chaque lundi pour le site Truthdig.com. 
American Sniper célèbre le plus répugnant des aspects de la société US - la culture du flingue, l'adoration aveugle de l'armée, la croyance que l'on a un droit inné en tant que nation "chrétienne" à exterminer les "races inférieures" de la Terre, une hypermasculinité grotesque qui bannit toute compassion et pitié, un déni des faits qui dérangent et des vérités historiques, et un dénigrement de la pensée critique et de l'expression artistique. Beaucoup d'Américains, surtout les blancs prisonniers d'une économie au point mort et d'un système politique dysfonctionnel, sont galvanisés par le supposé renouveau moral et le contrôle militarisé rigide que ce film célèbre. Ces passions, si elles se réalisent, feront disparaitre le peu qu'il reste de notre société ouverte désormais anémique.
Le film s'ouvre sur un père et son fils chassant le daim. Le garçon tire sur l'animal, lâche son fusil et court vers sa proie.
"Reviens ici", hurle son père. "On ne laisse jamais son fusil par terre".

"C'était un sacré tir, fils", dit le père. "Tu as un don. Tu feras un excellent chasseur un jour."

La caméra montre ensuite l'intérieur d'une église où une congrégation de chrétiens blancs — les noirs apparaissent aussi peu dans ce film que dans ceux de Woody Allen — écoutent un sermon à propos du plan de Dieu pour les chrétiens d'Amérique. Le personnage correspondant au titre du film, basé sur Chris Kyle, qui deviendra le sniper le plus meurtrier de l'histoire de l'armée US, va, c'est ce que laisse entendre le sermon, être appelé par Dieu à utiliser son "don" afin de tuer les méchants. La scène suivante nous montre la famille Kyle dans la salle à manger alors que le père entonne avec l'accent texan: "Il y a trois types de gens dans ce monde: les moutons, les loups, et les chiens de berger. Certains préfèrent penser que le mal n'existe pas dans le monde. Et si un jour ils étaient directement menacés, ils ne sauraient pas comment se protéger. Ce sont les moutons. Et puis tu as les prédateurs".
"Ce n'est pas de la propagande quand c'est l'Amérique qui le fait". A gauche, un film de propagande nazie, "La fierté de la nation", utilisé par Quentin Tarantino dans "Inglorious Bastards"
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mercredi 3 février 2010

Quelle attitude adopter face au menteur criminel Tony Blair ?

par علي محمد فخرو Ali Mohamed FAKHROU, 2/2/2010. Traduit parTafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original : كيف سنتعامل مع الكذّاب المجرم؟
Lorsque la commission d’enquête a fini son audition de six heures de Tony Blair, des familles de soldats britanniques tués en Irak lui ont crié publiquement : « Menteur criminel ! »
Menteur, car il a nié avoir fabriqué des faits imaginaires pour convaincre l’opinion britannique, le Parlement et la Chambre des Lords à accepter la déclaration de guerre à l’Irak et son occupation, sans aucune base légale, nationale ou internationale.

Criminel, parce qu’il s’est révélé être sans scrupules, quand il a refusé d’exprimer ses regrets pour ce qu’il a fait au peuple irakien : un million de morts, des millions de blessés et de déplacés, des orphelins, des mères qui ont perdu leurs enfants, des expulsés. Au contraire, il a même dit que s’il se trouvait de nouveau face au président irakien, il referait ce qu’il a fait.

En réalité, Blair n’a pas seulement menti, il a ajouté le silence sur mille erreurs commises à l’égard du pays et du peuple d’Irak et les paroles d’Adrian Reichen s’appliquent à lui : « Le mensonge se pratique par les paroles comme par le  silence ».

Ceux qui ont entendu ce menteur débiter ses mensonges se rappellent ces paroles du philosophe Nietzsche : « Le mensonge le plus répandu est celui qu’on se fait à soi-même ». Blair savait sûrement qu’il se mentait à lui-même et sa peur que les gens découvrent ses mensonges se reflétait dans son incapacité à regarder les visages de ceux qui l’interrogeaient. Ses yeux sont restés fixés à terre, avec l’abattement d’un couard arrogant.

Ant, 2006

Et ni ses jeux de mots ridicules ni sa gestuelle de bouffon ne pouvaient cacher l’accablement du menteur qu’il est et son sentiment d’humiliation. Tout ce qu’il a bâti au long de sa vie est emporté par le vent et on ne comprend pas pourquoi aucun membre de la commission d ‘enquête n’a proposé l’usage de la fameuse machine à détecter le mensonge face au pire des menteurs.

Les dernières années ont montré que la grande majorité des gouvernements des « vieilles démocraties » occidentales pratiquent le mensonge et son camouflage. C’est ainsi qu’est tombé l’un des piliers de la démocratie, celui de la transparence. Thomas Hardy dit : « Le fondement de la morale c’est le bannissement du mensonge et sa disparition définitive. » Nous nous retrouvons face à des gouvernements occidentaux à la moralité incomplète.

Notre long héritage islamique nous enseigne que «sur l’homme qui ne cesse de mentir, le mot « menteur » est imprimé devant Dieu ».

Blair est sans aucun doute entré dans la liste des menteurs, mais l’enquête sur lui a montré la deuxième caractéristique de ce personnage criminel, que les familles de victimes ont révélé : l’absence de conscience morale et de sensibilité humaine envers la souffrance d’autrui, entraînant une incapacité à éprouver des regrets. C’est pourquoi Blair est dans l’impossibilité de voir qu’il a les mains tachées de sang, que toute l’eau des océans ne pourra pas laver.

Blair dort tranquillement, sans rêves ni cauchemars, car celui n’a pas de conscience ne rêve pas.

Et comme dit le proverbe, « Le voleur est convaincu que tout le monde vole », et ainsi il en va des gens sans foi ni loi. C’est pourquoi Blair a pensé que tous ceux qui l’ont aidé à camoufler le crime contre l’Irak seront aussi dénués de scrupules que lui. Mais il eu la surprise de voir qu’une grande majorité d’entre eux ont eu un sursaut de conscience et des remords, le dénonçant, lui et son gouvernement, devant la commission d’enquête.

Il semble que l’ancien Premier ministre n’a pas eu connaissance du proverbe malawien : « Le  crime laisse sa trace comme les coléoptères et les escargots ».

La question est maintenant adressée aux gouvernements arabes, et aux honorables médias arabes et internationaux : accepteriez-vous, à partir de ce jour, ce menteur criminel, pour qu’il pratique encore son mensonge ou allez-vous le rejeter comme personnalité souillée ? Et toi, Autorité palestinienne de Ramallah, comptes-tu continuer à traiter avec un tel personnage ?


vendredi 4 septembre 2009

Adieu à une grand-mère irakienne

Bibi s'en est allée, loin de Bagdad
par سجى SAJA , 4/9/2009. Traduit par Isabelle Rousselot,
Tlaxcala
Español: Muerte de una abuela iraquí
مرگ یک مادر بزرگ عراقی فارسی
En me réveillant hier matin, j'ai découvert un message électronique de mon père, qui est en voyage d'affaires en Europe en ce moment, m'informant que ma grand-mère avait eu une attaque dimanche et était décédée.

Au contraire de mes cousins qui ont grandi à ses côtés, je n'ai jamais connu ma grand-mère. Elle a toujours vécu en Irak et j'ai toujours vécu en dehors d'Irak à l'exception de ma première année de vie; elle s'est alors occupée de moi quand ma mère travaillait. Mais après cette année, Bibi (qui signifie « grand-mère » en arabe irakien) et moi avons toujours été séparées à cause des guerres en Irak et des occupations, à part quelques brèves visites dans des pays qui ont été assez généreux pour accorder des visas à des citoyens d'un pays considéré internationalement comme un État criminel.

La mort d'un être aimé ne devrait jamais être décrite dans des termes politiques. Tout comme le chagrin de quelqu'un ne devrait pas être diffusé au delà de son propre cœur. Mais la mort d'un Irakien porte habituellement tellement plus de bagages politiques qu'une personne qui serait originaire de Suisse ou d'un pays qui ne connaît pas la guerre. Le deuil de ma famille pour notre grand-mère n'est qu'une fraction du grand soupir que relâche l'Irak chaque jour sous le lourd talon de l'impérialisme.

Quand le Pentagone a déclaré lors de son introduction à la guerre en Irak qu'il n'y aurait plus un endroit en sécurité à Bagdad, j'ai envoyé un message électronique avec une photographie de Bibi entourée de mes cousins, à toutes les personnes que je connaissais, pour leur montrer que les prévisions de Rumsfeld ne pouvaient pas être menaçantes.

J'ai appelé Bibi la nuit du 19 mars 2003 après avoir écouté le discours de Bush annonçant le début de l'invasion de l'Irak. Je lui ai demandé de rester éloignée des abris anti- bombes car une douzaine d'années plus tôt, les USA avaient bombardé l’abri d' Al Amriyah. Sa seule réponse fut « prie pour nous ».

J'ai vu Bibi quand j'avais 14 ans. J'eus la chance de la voir à nouveau en avril dernier pendant quelques jours au Moyen-Orient. Elle était en route entre l'Irak et l'Afrique du Nord où son âme a quitté cette terre. À la frontière entre l'Irak et la Jordanie, les policiers jordaniens exigèrent qu'elle sorte de la voiture et soit fouillée au corps, ce qui fut pour elle, une épreuve physique. Je me demande bien quelle menace pour la sécurité d'un pays peut représenter une vieille femme irakienne de 90 ans. J'ai vu des grand-mères palestiniennes recevoir le même genre de traitement irrespectueux à la frontière sioniste- jordanienne, l'été 2005.

Lorsque je l'ai vue il y a quelques mois, je voulais interviewer Bibi pendant des heures et des heures. En parfaite possession de ses esprits malgré son âge et des souvenirs bien vivants depuis que les premiers colons britanniques avaient foulé le sol irakien, elle était un trésor de connaissance sur l'histoire de l'Irak du 20ème siècle. Mais sa mauvaise santé, due en partie à l'uranium appauvri et aux autres armes que les USA ont utilisé sur l'Irak, j'en suis persuadée, nécessitait qu'elle passe beaucoup de temps à recevoir des soins.

Les grand-mères irakiennes passent les dernières années de leurs vies à se battre pour réclamer les bases d'une vie digne. Une femme qui a élevé 9 enfants et des douzaines de petits-enfants mérite d'être entourée par ses proches sur son lit de mort. Mais les enfants et les petits-enfants de Bibi sont tous éparpillés dans une diaspora entre quatre continents. Elle sera enterrée sur le sol africain, où mon père et toute la famille auront sûrement le plus grand mal du monde à se rendre. Sa tombe, bien sûr, sera encore moins accessible que si elle avait été enterrée à côté de mon grand-père à Bagdad comme elle le souhaitait. Elle ne méritait pas de passer les derniers jours de sa vie sous les sanctions et l'occupation étrangère. Je parie que jamais au cours de sa longue vie, elle n'aurait pu prédire qu'elle serait déracinée de la seule ville dans laquelle elle a toujours vécu.

La dernière fois que j'ai entendu la voix de Bibi a été le 8 août, jour de mon mariage. Elle a appelé pour nous féliciter alors que je sortais d'un salon de beauté. J'ai alors compris ce que signifiait avoir des « sentiments mitigés » : sentiment heureux d'entendre sa grand-mère le jour de son mariage tout en maudissant la distance et le déplacement créés par l'agitation de votre pays d'origine. J'ai retenu mes larmes pour éviter de ruiner le maquillage de mariée qu'on venait de me faire.

Nous sommes cependant plus chanceux que beaucoup d'Irakiens. Seul Dieu connaît le nombre de grand-mères irakiennes (et palestiniennes et libanaises et afghanes) qui ont été déchiquetées par les bombardements US et sionistes. Devant les portes des hôpitaux d’Amman où Bibi était soignée, se trouvaient des grand-mères irakiennes, filles du plus riche pays pétrolier du monde, qui vendaient des cigarettes et des chewing-gums sur le trottoir, proches de tomber dans la mendicité.

J'espère un jour voir la maison de Bibi à Bagdad où elle a élevé deux générations d'Irakiens. Jusqu'à ce jour, la meilleure façon de lui rendre hommage est de continuer à s'opposer à l'occupation injuste qui a détruit sa famille.

mardi 19 mai 2009

L’amélioration de la situation sécuritaire en Irak : un faux-semblant

De retour d'Irak : ce que pensent les Irakiens de la fragile situation intérieure
par Pedro ROJO, 13/5/2009. Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : IraqSolidaridad - La falsa mejora de la seguridad en Iraq

« Selon plusieurs personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenus en Irak, les divergences dans le Parlement irakien se répercutent de façon mortelle dans la rue. Autant les six voitures piégées qui ont secoué Bagdad le 6 avril dernier, que les attentats de ces 10 derniers jours posent de nombreuses questions. Dans le premier cas, et vu le nombre de contrôles qu’il y a dans la ville de Bagdad, cela semble très difficile, sinon impossible, de perpétrer autant d'attentats le même jour dans une ville sans liberté de mouvement étant donné les nombreux contrôles militaires, des mouvements qui sont autorisés aux seuls membres des milices chiites pro-iraniennes et aux louches Landcruisers Toyota blancs aux vitres fumées qui ne sont pas arrêtées aux barrages contrôles et dont personne ne sait qui les occupe. »


« Cela semble très difficile, sinon impossible, de perpétrer autant d'attentats le même jour dans une ville sans liberté de mouvement étant donné les nombreux contrôles militaires. » Attentat à Medina As Sadr ("Sadr-City") le 29 avril dernier.


L’irréelle « amélioration de la sécurité » en Irak, sur laquelle les occupants en ont fait leur propagande durant ces derniers mois, se révèle inconsistante, car basée sur des facteurs conjoncturels et exposée aux différents politiques entre les groupes implantés par l'occupation pour conduire le pays. Dans le meilleur des cas, il s'agit d'une amélioration relative de la situation, relative si on la compare avec la période où les milices des partis du gouvernement, principalement les Brigades Badr du Conseil Suprême Islamique d'Irak et l'Armée du Mahdi, liées au courant Sadr, qui agissaient à leur guise dans plusieurs vastes zones de la ville pour accomplir leursobjectif d'expulser les sunnites des zones mixtes et exterminer toutes les composantes civiles du camp anti-occupation [1]. La sécurité est relative si on choisit l'enfer de ces dernières années comme paramètre de comparaison, mais les médias occidentaux ne la comparent pas avec la situation antérieure à l'occupation, comme le font quotidiennement les Irakiens.

Ce qui n'a pas été relevé, pas même au cours des deux pires années de massacres sectaires (2005-2007), c’est l’affrontement au sein de la population elle-même. Dans l'immense majorité des cas il s'agit d'attaques dirigées par des groupes armés, qui ne sortaient pas des zones qu'ils contrôlaient, c'était le simple citoyen irakien qui courait le danger d'être kidnappé s’il circulait à pied dans un autre quartier d’une autre confession, et son cadavre réapparaissait le jour suivant jeté dans un caniveau. L'objectif de diviser physiquement sunnites et chiites dans la capitale irakienne a été atteint dans de nombreux quartiers, bien qu'ils ne soient pas parvenus à diviser la société irakienne, ce qui est évident car dans les entrevues que nous avons réalisé la semaine passée à Bagdad [fin avril], aucune personne interrogée n’a assumé le discours sectaire des responsables politiques collaborateurs.

La sensation que l’on a en circulant dans Bagdad est celle d'être dans une ville en guerre. Les contrôles de police, établis tous les 500 mètres, laissent passer les véhicules sans même regarder à l’intérieur, et rarement ils font ouvrir le coffre. Les soldats se justifient par l'utilisation d'un appareil, en forme d'antenne radio, identique à celui des sourciers lorsqu’ils recherchent l'eau, et qu'ils passent sur le côté de la voiture pour détecter des produits chimiques explosifs. Non seulement ils sont la risée des Bagdadiens - qui assurent que la seule chose qu'ils détectent sont les parfums des passagers - mais un officier de la Garde Nationale [armée irakienne] a reconnu devant nous qu'ils savent qu'ils ne fonctionnent pas et que, de fait, bien que se soient les Usaméricains qui les leur aient fournis, eux-mêmes ne les utilisent pas.

L'armée et la police se répartissent les postes de contrôle. Depuis un peu plus d'un an, les Bagdadiens peuvent aller et venir dans les différents quartiers sans crainte que ces mêmes postes de police ne soient leur tombe, comme cela se produisait entre 2005 et 2007. Les milices se sont retirées de la vie publique. Certaines comme les Brigades Badr, car elles contrôlent la police et agissent sous sa couverture lorsqu’elles en ont besoin ; d'autres, comme l'Armée du Mahdi, parce qu’elle a été « gelée » par son leader, Muqtada as-Sadr, suite aux durs affrontements, en avril 2008, à Bassorah et à Sadr-Ville contre les forces d’occupation et l'armée irakienne, au cours desquels elle a perdu le contrôle de toutes ses zones d'hégémonie - y compris ce quartier de Bagdad- et une bonne partie de son influence politique.

Al Qaïda et la résistance

Le contrôle des zones sunnites à Bagdad et de la province occidentale d’al-Anbar par les Conseils Al Sahoua (Majlis Al Sahoua, Conseils de l’Éveil), crées avec l’argent et l’armement fourni par les USA en septembre 2006, a fait disparaître les cellules d'Al Qaïda des quartiers qu'elles dominaient, mais il a aussi freiné les actions de la résistance depuis ses secteurs par accord tacite de non- agression entre les deux. Les différents interlocuteurs de la résistance politique (baathistes, islamistes modérés, nationalistes, etc.) avec lesquels la CEOSI s’est entretenue ces derniers mois, sont d'accord pour faire remarquer que les forces de la résistance irakienne ont décidé de ne pas tomber dans le piège de la lutte sectaire, tendu aussi bien par les occupants que par l'Iran.

C'est pourquoi, lorsqu’en Irak on parlait quotidiennement du risque de guerre civile, les groupes de la résistance se sont tenus à l’écart des batailles qui ne visaient pas strictement l'occupant, leurs objectifs restant toujours les seules troupes d'occupation. Leurs affrontements avec l'armée irakienne, la police ou les Conseils Al Sahoua sont limités seulement à la légitime défense dans les opérations que ces corps entreprennent à leur encontre. Ils assurent qu’en aucun cas ils n’ont commis d’assassinats sectaires ni de civils. Les différentes factions de la résistance convergent dans leur analyse: combattre contre les Irakiens eux-mêmes signifierait une rupture définitive de la société irakienne. Cette vision d'État, cette stratégie claire à long terme, rend une dignité au projet de la résistance irakienne et contribue à amplifier sa base populaire, qu'elle a perdue en partie, suite à la campagne médiatique massive qui tentait d’inventer des liens entre la résistance et les actions terroristes et la lutte sectaire.

Les groupes liés à Al Qaïda n'ont pas adopté cette même position, ou bien est-ce comme le disent beaucoup d'Irakiens, parce qu’ils sont infiltrés par l'Iran et les USA, ou cela vient-il de leur propre myopie idéologique ou alors parce que dans leur stratégie particulière l'objectif n'est pas la libération de l’Irak mais un combat plus diffus et incohérent contre ‘le Mal’. C’est ainsi que ces groupes se sont transformés en la parfaite contrepartie dont les milices chiites avaient tant besoin pour poursuivre leur sanglant nettoyage interne, soutenant de cette manière le projet de division sectaire du pays enclenché depuis le premier jour de l'occupation.

Cependant, la campagne de purification de l'Irak menée par Al Qaïda ne s’est pas limitée à l'anathématisation des chiites, puisqu'ensuite ils ont aussi considéré comme hérétique (kafir) tout sunnite qui ne se fondrait pas dans leur État Islamique d'Irak. Cette stratégie de combattre exclusivement contre les troupes d’occupation a peut-être amené la résistance à tolérer une présence excessive d'Al Qaïda dans certaines zones et à ne pas la combattre directement même aux moments les plus difficiles, y compris lorsqu’ils en sont venus à assassiner des membres de la résistance. Mais à cette époque, de même qu’aujourd’hui, la résistance accusait l'occupant de provoquer un affrontement inter-irakien pour détourner la pression que la résistance exerçait contre son projet.

Cette permissivité avec les extrémistes a favorisé la création des Conseils Al Sahoua, formés en partie par des membres et des dirigeants des tribus et par des ex-résistants de l'Armée Islamique en Irak ou des Brigades de la Révolution de 1920 (ce qui a provoqué des scissions en leur sein dans plusieurs provinces), qui ont considéré plus urgent de combattre Al Qaïda et sécuriser les zones où ils vivaient que de combattre les occupants.

Une fois que les zones où se trouvaient les cellules d'Al Qaïda furent dégagées, les membres des Conseils Al Sahoua ont empêché les forces de la résistance d'agir depuis leurs secteurs, ce qui de fait, a signifié la perte de vastes zones en Irak contrôlées auparavant par la résistance. Le projet des Conseils Al Sahoua a échoué seulement dans la province de Diyala et dans la région de Mossoul, qui sont devenus aujourd’hui les fiefs les plus sûrs de la résistance.

Un pays de factions

Le nouveau projet d'Al Maliki, qui tourne autour de son idée particulière de réconciliation nationale, est soutenu maintenant avec force par les USA, alors qu’il y a un peu plus d'un an ils jouaient avec la possibilité de le remplacer. Le changement du discours sectaire d'Al Maliki par celui d'intégration nationale a permis, qu'au moins, les apparences soient sauvées dans la police, qui continue d’être contrôlée par les milices chiites du Conseil Suprême Islamique d'Irak (CSII), partenaires dans le gouvernement Al Maliki mais rivaux politiques par la faveur de l'Iran et de Washington, ainsi que par la lutte pour le pouvoir issu du processus politique protégé par les occupants. La réalité est que le Premier ministre irakien ne contrôle ni le pays ni même les structures de l'État collaborateur, scindé en factions de pouvoir.

Il y a des événements qui dépeignent de manière claire le manque de capacité d'action du Premier ministre irakien :

- La prétendue purification des forces de sécurité irakiennes par la suppression d'éléments corrompus et sectaires, loin d'être tout simplement appliquée, s’est traduite en une activité sectaire plus réduite des dits corps. Toutefois, sur des bâtiments militaires à Bagdad on peut toujours voir de grandes banderoles avec les chefs chiites y compris des fresques murales à l’ effigie de Mohamed Baqir al Hakim ou du grand ayatollah Ali Sistani. Selon une information du 7 avril dernier du quotidien Al-Quds Al-Arabi [2], les 62.000 policiers accusés de corruption dont l’éviction avait été annoncée par le ministre de l'Intérieur sont toujours à leurs postes. (L’Irak est le troisième pays le plus corrompu dans le monde.)

- Les crimes de la police et de l'armée irakienne contre leurs propres concitoyens sont constants : viols, tortures, détentions illégales ou extorsions sont à l'ordre du jour [3].

- Le 29 avril dernier, les forces de sécurité du ministère du Commerce ont repoussé avec des tirs un détachement de l'armée irakienne qui venait arrêter un haut responsable dudit ministère, comme l’a informé le lendemain l'agence Asuat al Iraq [4]. Actuellement, tous les hauts responsables du ministère sont à l'étranger.

- Un autre exemple du règne des factions, est ce qui s’est passé à l'Université Al Mustansiriya à Bagdad, qui porte le nom de celle qui est considérée comme l'université la plus ancienne du monde. En mars 2009 le gouvernement irakien a ordonné l’arrestation d'Ahmed Al Kanduri, recteur de cette université, accusé d’une telle corruption que la clameur populaire a obligé le ministre d'Éducation Supérieure à le destituer de ses fonctions. Mais cette université fait partie de la quote-part sectaire du courant d’As Sadr, qui s’est refusé à accepter cette destitution, c’est pourquoi le recteur est toujours à son poste à ce jour.

- Ce n'est pas seulement la population irakienne qui n’a pas confiance dans les nouvelles forces de sécurité. Les délégations diplomatiques étrangères ne disposent pas de protection officielle c’est la raison pour laquelle elles sont accompagnées en Irak par leur propre personnel et ont engagé des mercenaires pour leur sécurité. Elles ne communiquent même pas leurs mouvements, lors de leurs rares déplacements en ville, aux forces de sécurité irakiennes, elles ont avec elles leurs propres escortes.

C’est dans ce cadre précaire qu’il faut situer ce qui est nommé l’amélioration de la sécurité. Une amélioration assise sur des fondations vaseuses. On ne peut parler en aucun cas d'une force de sécurité basée sur des principes nationaux et professionnels, respectée et efficace aux yeux du peuple irakien. Au lieu de cela, l'actuelle amélioration dépend des mêmes acteurs responsables de l'enfer irakien de 2006, 2007 et une partie de 2008, qui continuent d’exercer impunément dans leurs fonctions, et des exécutants des crimes qui occupent encore les mêmes lieux qui ont fonctionné pendant ces années comme des centres de séquestrations et de tortures.

La guerre d'Al Maliki contre les Conseils Al Sahoua

Une fois les objectifs à court terme atteints par les Conseils Al Sahoua, le gouvernement Al Maliki les considère essentiellement comme des adversaires politiques qui peuvent lui ôter le pouvoir, spécialement après les succès de certains leaders des tribus qui composent ces Conseils aux élections régionales du 31 janvier 2009.

L'amélioration de la sécurité et, par conséquent, sa proposition publicitaire de « réconciliation nationale » ont été les atouts principaux qui ont crédité le Premier ministre Al Maliki de résultats électoraux acceptables. Pour les deux stratégies il a eu besoin de la collaboration des Conseils Al Sahoua, qui dépendent du gouvernement irakien depuis qu'ils ont été transférés en octobre 2009 par les Usaméricains. Mais une fois les élections passées, la politique du gouvernement a changé envers ces groupes, en essayant de réduire leur présence armée : 20.000 seulement des 100.000 membres des Conseils Al Sahoua seront maintenus dans leur activité armée pour le contrôle de la sécurité. Alors qu’ils étaient supposé le faire dans les rangs de la police, cette incorporation promise ne s'est pas réalisée.

Il y a deux explications possibles pour ce changement : l’officielle, exprimée par Kamal Al Saadi, membre de l'Alliance chiite au Parlement, le 5 avril dernier sur la chaîne de télévision Al Jazeera :

« Il n'y a pas un rejet de cette incorporation, c’est un problème technique, pas une position politique ou une décision préméditée. C'est une affaire qui demande beaucoup de temps parce que nous avons cent mille dossiers. C’est aussi lié à une question budgétaire. »

Ces déclarations sont contradictoires avec la course contre la montre que le ministère de l'Intérieur est en train de disputer pour recruter un plus grand nombre de policiers afin de faire face à la nouvelle échéance du retrait annoncé par Barack Obama. L'intention politique du gouvernement de se défaire d'une grande partie des Conseils Al Sahoua est claire puisque « dans les budgets de l'État, il n'y a pas de chapitre qui couvre tous les frais dérivés du plan pour les Sahoua. Cela a été proposé devant le Parlement mais jusqu'à aujourd'hui, seulement 50% des salaires des membres du Sahoua ont été payés », a assuré Abu Azzam Al Tamimi, conseiller général des Conseils, sur la chaîne Al Arabiya le 4 avril dernier. Une partie des dirigeants des Conseils Al Sahoua approuvent cette version. Cependant, Mustafa Kamal Al Shabib, leader des Conseils Al Sahoua dans le quartier de Dora dans la capitale, nous a assuré à Bagdad que « ces problèmes sont en train d’être résolus. La collaboration avec le gouvernement est bonne ». Il y en a qui vont plus loin encore et s’aventurent à envisager une alliance politique entre Al Maliki et les Conseils Al Sahoua en vue des prochaines élections générales de décembre prochain. Abou Risha, considéré comme le dirigeant des Conseils Al Sahoua en Irak, a assuré : « Nous sommes disposés à nous allier avec Al Maliki avant les prochaines élections parlementaires […] nous avons des idées et des points de vue très proches des propositions du Premier ministre » [5], Ce à quoi les quatre autres chefs d'Al Sahoua ont répondu dans un communiqué qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette position [6]. C’est précisément là où semble être la faillite du projet des Conseils Al Sahoua, entre ceux qui défendent leur indépendance et leur rôle stabilisateur dans les zones qu'ils contrôlent et ceux qui veulent continuer à gravir l’échelle dans la carrière politique.

L’arrestation d'Adel Mashhadani, dirigeant du Conseil d'Al Sahoua du quartier Al Fadel à Bagdad, le 28 mars dernier, après une bataille de rue contre des forces de la sécurité irakienne soutenues par des hélicoptères et des effectifs US, répond à sa volonté de se rendre indépendant du gouvernement irakien, qui a cessé de payer leurs salaires depuis des mois, ce pourquoi ses membres s’étaient mis à exiger de l’argent aux commerçants de la zone en échange d’une offre de protection. Accusé officiellement d’avoir extorqué plus de 160.000 dollars aux citoyens du quartier et d'avoir eu des liens à une époque avec Al Quaïda et avec les baathistes, différentes personnes à Bagdad nous ont montré sur leurs portable la vidéo du discours anti-occupation et d’opposition à l'ingérence iranienne que Mashhadani avait prononcé quelques jours avant son arrestation en pleine rue [7]. Bien que les Usaméricains comme le gouvernement irakien assurent qu'il s'agit d'un incident isolé, la liste des incidents est beaucoup plus longue et la sensation de persécution est claire pour ceux qui ne sont pas politiquement utilisables: Mohamed Al Kartani, le plus haut représentant des Conseils Al Sahoua de Bagdad a dénoncé le fait qu'ils ont été trahis par le gouvernement et les forces d'occupation [8]. « Nous sommes persécutés par le gouvernement », a déclaré Ihab Zubai, porte-parole d'Al Sahoua du quartier d'Amiriya [9]. Le 31 mars le leader du Sahoua de Hur au sud de Bagdad, Maher Sarhan, a été arrêté ; le 4 avril, Hasam Al Azaoui, alias Abou Irak, connu comme le dirigeant des forces des Conseils Al Sahoua dans la province de Diyala, a été arrêté. Juste avant, Hasam Aluan, chef d'Al Sahoua à Al Mahdadiya, avait été arrêté. Un ordre d’arrestation pèse également contre Saad Aribi, alias Abou Al Abd, leader d'Al Sahoua d'Amriya.

Le dernier épisode d'arrestations de leaders d'Al Sahoua a été celui réalisé par la police irakienne de Tikrit le 2 mai dernier par l’arrestation de Mula Nadem Al Yaburi, plus haut représentant d'Al Sahoua à Duluguiya (ville située à 70 kilomètres au nord de Bagdad), accusé de terrorisme. Ceci s’est produit après qu'un kamikaze – marque distinctive des actions d'Al Qaïda- avait tenté de l’assassiner dans une mosquée de Duluguiya le 12 avril dernier. Comme le prisonnier l’a confirmé, il s'agit d'un règlement de comptes qui remonte à plus de deux ans en arrière quand un hélicoptère usaméricain est tombé à Duluguiya. Comme l’avait déclaré Al Yaburi deux jours après son arrestation, avant de quitter les rangs de la résistance pour adhérer aux Conseils Al Sahoua : « Nous avons signé un accord de cessez-le-feu avec les forces usaméricaines. Nous avons également signé un accord grâce auquel on nous assurait que nous n'allions pas souffrir de persécution judiciaire pour avoir combattu l'armée usaméricaine » [10].

Au moment où le dossier des Conseils Al Sahoua a été remis au gouvernement irakien, différents groupes de la résistance, autant politiques qu’armés, ont lancé des appels pour que l’on « revienne sur le chemin de la raison » [11]. Bien que, comme l’avait assuré en avril 2009, Harez Cheikh Al Dari, secrétaire général de l'Association des Oulémas Musulmans d'Irak lors d’une interview avec la CEOSI [12], ces appels aient eu un faible retentissement, ils ont entraîné une plus grande facilité de mouvement pour les groupes de la résistance dans les zones contrôlées par ces forces. Pour des analystes comme Adel Al Bayati [13], ces groupes « pourraient commencer à se convertir en organisations armées affrontant tant le gouvernement que les forces américaines ».

Actuellement, des informations commencent à parvenir au sujet de cette conversion ainsi que celles sur l’arrestation de trois membres des Conseils Al Sahoua, à la fin avril 2009 au nord de Babylone, alors qu’ils posaient un engin explosif de fabrication artisanale [14], de même que les déclarations d'Abou Omar, leader d'Al Sahoua au nord de Bagdad au quotidien Times le 3 mai dernier dans lesquelles il assure que plus de 50 de leurs 175 combattants ont abandonné leur milice. Selon des sources de la résistance citées par ce même quotidien, « il y a des Sahoua qui ont perdu jusqu'à la moitié de leurs combattants parce qu’ils ont rejoint la résistance » [15]. Un membre des forces d'Al Sahoua à Addamiya nous a parlé ouvertement de la situation : « Plus de la moitié de nos camarades n'ont pas reçu leur salaire, donc ils doivent trouver de quoi vivre, chercher un autre travail. Évidemment, ils n'ont pas rendu leurs armes ».

La situation actuelle des membres des Conseils Al Sahoua est résumée, dans le même article du Times, par Jalaf Ibrahim, qui a récemment démissionné de la tête du Conseil d'Al Sahoua à Huwaiya, près de Kirkouk : « Nos membres se sont convertis en même temps en objectifs d'Al Qaïda et des forces de sécurité du gouvernement ». Selon des données officielles US, 125 membres d'Al Sahoua visés par des attaques sont morts ces six derniers mois [16], en plus des 200 morts durant les 18 premiers mois d'activité [17].

Al Maliki et sa réconciliation avec les baathistes

Dans un louable exercice d’acrobatie politique, aAl Maliki est parvenu à sortir renforcé de la rhétorique du retour des baathstes en Irak, un fait inacceptable pour les Iraniens et, par conséquent, pour leurs acteurs sur la scène irakienne, parmi lesquels Al Maliki lui-même tient rôle important. Aux moments les plus difficiles, il y a un peu plus d'un an, il avait reçu de fortes pressions de la part des USA pour incorporer d'anciens membres du régime baathistes dans les forces de sécurité et dans la vie politique en vue de donner de la crédibilité au nouveau discours sur la réconciliation nationale que Washington essayait de vendre et dont le principal artisan devait être Al Maliki lui-même.

Le 13 janvier 2008, le Parlement irakien a approuvé la loi qui annulait partiellement ladite loi de débaathification imposée par le proconsul Paul Bremer et selon laquelle l'État ne pouvait pas engager d’adhérent du Parti Baath. Dans la pratique, cette mesure a signifié de laisser cinq millions de personnes sans emploi, car dans un Irak détruit, aux frontières ouvertes et sans tarifs douaniers pour les importations, il n'y a pas de possibilité de travail autre que dans l'administration et, plus concrètement, dans les forces de sécurité. Presqu'un an et demi plus tard, dans la plus optimiste des analyses, l'application réelle de la loi est très faible. En réalité elle est restée circonscrite à la galerie des actes symboliques qui n'ont pas d’application dans la pratique.

Jour après jour l'administration irakienne, dominée par les partis pro-iraniens qui mettent une ligne rouge à tout retour des baathistes, a veillé à ce que sa mise en application reste minime. Il était supposé que cette loi faciliterait l'entrée dans l'administration publique à une partie des 80% des membres des Conseils Al Sahoua qui, une fois démobilisés, devaient avoir un poste de fonctionnaire. Ça n'a pas encore été le cas. En contrepartie de cette loi, les partis pro-iraniens sont parvenus à faire approuver une loi d'amnistie qui leur a permis de faire libérer un grand nombre de membres de leurs milices emprisonnés pour des crimes divers.

Les tentatives précédentes de rapprochement d'Al Maliki avec des secteurs baathistes plus ou moins représentatifs se sont soldées par une réponse fermement négative. Autant la branche majoritaire du Baath, dirigée à l'intérieur par Izzat Ibrahim Al Duri, que la branche sécessionniste dirigée depuis Damas par Mohamed Younes Al Ahmed, ont rejeté la proposition d'Al Maliki, la considérant comme une simple manœuvre de diversion. Ce qui est certain, c’est que l'intention des USA de trouver d'autres compagnons de route pour le parti d’Al Maliki (principalement des éléments des Conseils Al Sahoua et des anciens baathistes) pour ne pas devoir dépendre du CSII, plus proche de l'Iran, afin de former le prochain gouvernement, rencontre un vide général excepté le cas d'Abou Risha, parmi les Conseils Al Sahoua, et l'ancien membre du Baath syrien et opposant au régime de Saddam Hussein, Mohamed Rashad Al Cheikh Radi, celui qui la semaine passée a quitté quelques jours son exil de Londres pour rencontrer en Irak le Premier ministre Al Maliki, le ministre pour le Dialogue National et le vice-président de la République, Adel Abdelmehdi, rencontres après lesquelles il a assuré : « Nous avons pris la décision officielle de retourner à la vie politique » [18].

L'idée d'attirer d’autres baathistes qui avaient davantage de poids dans le peuple irakien, pour ôter ainsi l’appui au Bath dirigé par Al Duri et son bras armé, a complètement échoué. La dernière tentative a eu lieu le 18 avril dernier à Amman avec la réunion de fonctionnaires officiels britanniques et US appartenant à la Cellule des Forces Stratégiques d'Action avec le général Raad Mayid Al Hamdani, responsable de la défense de Bagdad en 2003. Al Hamdani a rejeté la proposition de retourner en Irak pour rejoindre le processus politique actuel et a assuré que le Premier ministre n'est pas intéressé par la réconciliation [19]. La résistance irakienne a également dénoncé le projet de réconciliation d'Al Maliki dans divers communiqués et déclarations [20].

Voitures piégées et affrontements politiques

C’est avec de furieuses déclarations que le leader du CSII, Abdelaziz al-Hakim, a réagi contre le retour de toute organisation qui porte le nom du Baath, en assurant qu’il ne le tolèrera pas. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la tension croissante entre les deux principaux partis de l'Alliance chiite dans le gouvernement (une fois le courant As Sadr anéanti par les armes en avril 2008), Al Dawa de Maliki et le CSII d'Al Hakim, elle est la conséquence du poids plus important qu’a pris le Premier ministre irakien, dont ils disaient qu'il avait été nommé à ce poste en 2005 parce qu’il n'avait pas de poids dans une cour de personnages politiques avec beaucoup d'aspirations et que, par conséquent, il ne représentait une menace pour aucun d’entre eux.

Mais Al Maliki a su nager entre deux eaux en satisfaisant autant les Iraniens - qui contrôlent son parti – que les Usaméricains – qui avaient menacé de le destituer-. Les récentes élections régionales ont donné de meilleurs résultats au parti d’Al Maliki qu'à celui d'Al Hakim, principalement grâce à deux facteurs, selon quelques analystes : d'abord à cause de l'utilisation par Al Hakim de l'appareil de l'État et de ses fonds en sa propre faveur et, deuxièmement, par son discours renouvelé anti-sectaire et opposé au fédéralisme prôné par Al Hakim.

Selon plusieurs personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenus en Irak, les divergences dans le Parlement irakien se répercutent de façon mortelle dans la rue. Autant les six voitures piégées qui ont secoué Bagdad le 6 avril dernier, que les attentats de ces 10 derniers jours posent de nombreuses questions. Dans le premier cas, et vu le nombre de contrôles qu’il y a dans la ville de Bagdad, cela semble très difficile, sinon impossible, de perpétrer autant d'attentats le même jour dans une ville sans liberté de mouvement étant donné les nombreux contrôles militaires, des mouvements qui sont autorisés aux seuls membres des milices chiites pro-iraniennes et aux louches Landcruisers Toyota blancs aux vitres fumées qui ne sont pas arrêtées aux barrages contrôles et dont personne ne sait qui les occupe. Concrètement, en ce qui concerne l'attentat de Kaddamiya le vendredi 25 avril dernier, nous sommes face à une situation semblable, puisque les deux kamikazes se sont immolés sur une place dont les accès sont contrôlés par les forces de sécurité qui non seulement contrôlent les sacs mais fouillent aussi les personnes, comme ils étaient en train de le faire avec nous au moment de l’attentat [21]. Par conséquent, on suppose que personne ne pouvait pénétrer à l'intérieur du périmètre avec des sacs remplis d'explosifs.

Les analyses que l’on pouvait entendre à Bagdad sur ces attentats ont un dénominateur commun : il s'agit d'une mise en garde des membres du parti d'Al Hakim au Premier ministre Al Maliki pour lui rappeler qui maîtrise la sécurité dans le pays, et que malgré son euphorie électorale, il dépend toujours des milices Badr pour maintenir l'amélioration précaire de la sécurité et qu’ils peuvent réactiver à tout moment les meurtres sectaires. Les Usaméricains en sortent également renforcés, car ils peuvent ainsi justifier le retard mis au retrait – de toute façon limité- de leurs troupes à cause de l'incapacité des forces irakiennes à maintenir l'ordre et, de cette façon, prolonger leur présence en Irak au-delà des dates prévues.

Notes de l'auteur et d'IraqSolidaridad :

1. Voir sur IraqSolidaridad : Carlos Varea - Mort et exode : l'occupation et la violence sectaire en Irak.

2. Adel al-Bayati, « les secrets du coup d'État d'al-Maliki contre Al Sahoua », Al Quds al Arabi, 7 avril 2009.

3. « Affrontements entre l'armée et la sécurité du Ministère du Commerce dans une tentative d’arrestation d'un haut responsable », Asuat al-Irak, 30 avril 2009.

4. James Hider, « Rape, beatings and bribery : Iraqi police out of control », Times on line, 24 avril 2009. Disponible en Anglais sur : http://www.timesonline.co.uk/.

5. Malaf Press, 9 avril 2009.

6. Les quatre leaders sont : Abdelkarim Youssouf Al Asal, frère du général Tareq Youssouf Al Asal, chef de la police d’Al Anbar ; Hakmat Souleiman, membre du Conseil provincial d’Al Anbar ; Awad Ali Hussein et Abdou Mohamed Zaouni.

7. Discours disponible en vidéo en anglais sur YouTube: http://www.youtube.com/.

8. Yaqen News Agency, 4 avril 2005.

9. Sudarsan Raghavan et Anthony Shadid, « In Iraq, 2 Key U.S. Allies Fase Off », The Washington Post, 30 mars 2009.

10. AFP, « un leader du Sahoua arrêté assure avoir signé un document qui l’empêchait d’être arrêté », Elaf, 04 mai 2009. Traduit de l’arabe dans le Bulletin de Presse Arabe, www.boletin.org. Disponible en arabe : http://www.elaph.com/

11. Paroles dans le communiqué du Front du Jihad et le changement sur ce sujet : « Appel pour revenir sur le chemin de la raison », disponible en arabe : http://www.jhadfront.com/. Voir aussi la lettre ouverte de l'Association des Oulémas Musulmans traduite en espagnol sur Los Consejos al-Sahua, otra herramienta de los ocupantes de Iraq
12. Voir l’interview avec Harez Al Dari : « La sécurité en Iraq est temporaire et fausse, imposée par le feu et le dollar »

13. Adel Al Bayati, « les secrets du coup d'État d'al-Maliki contre Al Sahoua », Al Quds al Arabi, 7 avril 2009. Traduit de l’arabe sur Bulletin de Presse Arabe, http://www.boletin.org

14. Dahr Jamail, « And so it goes », Truthout, 4 mai 2009.

15. Ali Rifat, Hala Jaber et Sarah Baxter, « Iraq bloodshed rises as US allies defect », Times on line, 3 mai 2009.

16. « Selon une enquête officielle, 125 membres d'Al Sahoua ont été assassinés en six mois », Az Zaman, 04.05.09, Traduit l’arabe sur le Bulletin de Presse Arabe, http://www.boletin.org.

17. « Deux cent morts des Conseils de l'Al Sahoua d'Al Anbar en 18 mois », Az Zaman, 24 mars 2008, traduit de l’arabe sur le Bulletin de Presse Arabe, http://www.boletin.org.

18. « Un responsable du Baath en Irak : « nous avons pris la décision de façon officielle de reprendre la vie politique », Al Quds al Arabi, 30.04.09, Traduit de l’ arabe sur le Bulletin de Presse Arabe, http://www.boletin.org.

19. Sam Dagher, « Iraq Resists Pleas by US to Placate Baath Party », New York Times, 25 avril 2009.

20. « La résistance irakienne rejette la réconciliation proposée par le gouvernement Al Maliki » Al Arab, 09.03.09, Traduit de l’arabe sur le Bulletin de Presse Arabe, http://www.boletin.org. Disponible en arabe : http://www.alarab.co.uk/.

21. Tous les attentats massifs des dernières semaines à Bagdad n’ont pas été faits par des bombes humaines. Ernesto Londoño et Aziz Alwan, « Two Car Bombings Kill at Least 12 in Bagdad », The Washington Post, 7 mai 2009.

vendredi 12 décembre 2008

Message à Obama : l'Afghanistan n'est pas l'Irak

par Abdelbari ATWAN عبد الباري عطوان , Al Quds Al Arabi, 10/12/2008
Traduit par Tafsut Aït Baamrane,
Tlaxcala
Original :
لى اوباما: افغانستان ليست العراق


Le nouveau président Barack Obama prévoit de retirer les forces US d'Irak et d'envoyer 20 000 hommes de plus en Afghanistan. Il croit que la situation peut y être réglée militairement en toute facilité.Mais les talibans viennent de brûler plus de 100 véhicules destinés au ravitaillement des 60 000 soldats de l'OTAN éparpillés dans le pays.Cet incendie révèle la difficulté de la tâche du nouveau président face aux priorités à choisir.


Le mouvement des talibans, soutenu par la tribu des Pachtounes, considérée, avec ses 40 millions de ressortissants entre Afghanistan et Pakistan, comme la plus grande tribu au monde dépourvue d'État, contrôle 70% du territoire afghan et s'apprête à frapper aux portes de la capitale au printemps prochain. Il est en train de concentrer ses troupes en prévision de la grande offensive.

La force de ce mouvement vient essentiellement des facteurs suivants :

1° - Sa direction en Afghanistan, symbolisée par le Mollah Mohamed Omar, l'homme fort au-dessus de toutes les contingences – il refuse d'être photographié ou filmé -, qui vit comme un ermite. Il a déclaré dans son discours prononcé pour l'Aïd qu'il refuse toute médiation et toute réconciliation, tant que le pays sera occupé et qu'il s'en tiendra à la résistance comme choix unique pour en finir avec l'occupation.

2° - Ce mouvement a ouvert un nouveau front au Pakistan sous le nom de "Talibans du Pakistan", sous la direction du Beyaa' (chef désigné par la choura) Allah Massoud. Ce mouvement a quatre millions de supporters dont 80 000 armés, prêts au martyre contre les Usaméricains.

3°- Ce mouvement a tiré profit de l'expérience en matière militaire et de communication acquise par Al Qaïda en Irak. Cela se reflète bien dans le grand nombre de soldats de l'OTAN tués (800) soit par des attentats-suicide soit par des bombes télécommandées explosant au passage de troupes de l'OTAN.

4°- Les bombardements aériens US sur les cibles talibans et d'Al Qaïda en territoire pakistanais dans les provinces tribales font souvent des morts parmi les civils innocents, ce qui accroît la colère de la population, facilite la circulation des talibans et leur apporte de nouvelles recrues.

5° - Dans l'instabilité interne et face à la corruption de leurs dirigeants, la majorité des Pakistanais soutiennent Al Qaïda et les talibans. Le président pakistanais a passé plus de 13 ans en prison pour corruption.

6° - Les services de renseignement pakistanais soutiennent en secret les talibans. Il est vrai que les dirigeants de ces services sont liés aux dirigeants politiques du pays et soutiennent la guerre US contre le terrorisme mais il est aussi vrai que la plupart des officiers et des sous-officiers sympathisent avec les talibans.

7° - La faiblesse du gouvernement central de Kaboul, pourri jusqu'à la moelle. Des journaux US ont évoqué le frère du président Karzaï, mouillé dans le trafic de drogue.Les seigneurs de guerre qui avaient été écartés par les talibans se sont tous recyclés au parlement ou à de hauts postes au gouvernement. Ils sont connus pour leur passé de bandits de grands chemins, de gangsters et de narcotrafiquants.
On dit que la tactique du général Petraeus – qui vient d'être nommé chef du CENTCOM, le commandement militaire US pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale - en Irak, consistant à créer la "Sahwa" (brigades de supplétifs de l'armée US chargées de la lutte contre Al Qaïda, NdT) a entraîné une baisse des actes de résistance et a éliminé Al Qaïda de l'Irak (l'auteur sous-entend que Petraeus pourrait appliquer la même tactique en Afghanistan).




Guerriers pachtounes, XIXe siècle


La comparaison entre l'Afghanistan et l'Irak ne tient pas la route, pour plusieurs raisons, qui ont à voir avec la démographie, la géographie et l'histoire, que nous résumerons ainsi :

1° - Les terres montagneuses et le climat afghans sont rudes, les hivers glaciaux, tout le contraire de l'Irak.

2° - L'Afghanistan est comme le nombril de l'Asie, entouré de sept Etats, dont la plupart ne sont pas en conflit entre eux, et on peut donc circuler entre ses frontières, faire passer armes et combattants en toute facilité, tout le contraire de l'Irak, entouré de pays opposés à sa résistance et à Al Qaïda, pro-US pour la plupart (Arabie saoudite, Koweït, Jordanie, Iran, Turquie). La seule exception était la Syrie, mais les Usaméricains sont arrivés à fermer ses frontières aux volontaires pour la résistance et la Syrie a rouvert son ambassade à Bagdad.

3° - Les talibans sont dans leur espace naturel. La grande majorité des Afghans sont des islamistes extrémistes qui suivent la doctrine sunnite hanéfite et sont proches de la vision wahhabite rigoureuse, alors que la résistance islamique et Al Qaïda en particulier ont trouvé en Irak un pays régi par des règles laïques depuis plus de cent ans, où l'islamisme n'a jamais été toléré et à même été combattu par les moyens les plus féroces.



Défilé de harkis des brigades de la "Sahwa" portant le portrait de leur Chef Suprême, le Cheikh Ahmed Abou Richa, que l'on peut voir ci-dessous avec son Protecteur Suprême, W.

4° - Il est pratiquement impossible de créer des brigades "Sahwa" en Afghanistan; le peuple afghan n'en veut pas. Il refuse de coopérer avec les occupants et il reste attaché aux hautes valeurs de l'Islam. Il n'est jamais arrivé qu'un seul combattant arabe ou taliban ait été livré aux occupants. Les Pachtounes ont un code d'honneur, le pachtounwali1, qui interdit de livrer un Musulman venu demander asile chez eux. C'est pourquoi il a été impossible à ce jour de tuer ou d'arrêter les deux cheikhs, Oussama et Mollah Omar, et que toutes les tentatives pour tuer le troisième, le Dr. Ayman Zawahiri, ont échoué. Il faut rappeler que le Mollah Omar a préféré perdre le pouvoir que livrer son hôte, le dirigeant d'Al Qaïda, alors que les "zaïms" (présidents) du "nouvel" Irak, qu'ils soient sunnites, chiites ou kurdes, se sont comportés comme des chiens face à l'occupant pour avoir des postes dans le nouveau gouvernement.

Obama va au-devant de jours difficiles en Afghanistan. Les forces d'occupation y ont subi de graves pertes et une déroute amère. Ce qui est arrivé aux Britanniques deux fois et aux Soviétiques une fois attend aussi les Usaméricains. Hamid Karzaï mendie une réconciliation aux talibans. Il est pour cela même prêt à quitter le pouvoir qu'il n'a pas.Il se prépare même à retourner dans son exil occidental, après avoir été l'enfant gâté de l'Occident et de l'Usamérique. Le seul point commun entre l'Afghanistan et l'Irak, à part l'occupation US, c'est que les pouvoirs mis en place par l'Usamérique n'y resteront pas un seul jour en place une fois que celle-ci sera partie. Quiconque visite Londres ces jours-ci peut s'y rendre compte que les dirigeants irakiens sont en train d'arranger leurs affaires familiales, financières et immobilières.


1 - Le pachtounwali est l'ancestrale loi orale des Pachtounes, qui régit leurs actions et les rapports au sein de la tribu. Il repose sur 3 principes : l'hospitalité due à tout visiteur; la protection pour tout individu qui la demande; la réciprocité pour tout acte (y compris, en cas d'offense subie, l'application de la loi du talion. « Œil pour œil, dent pour dent ») [NdT]

mercredi 10 décembre 2008

Le Prix Nobel de la Paix 2008 à Martti Ahtisaari , l'homme qui a appuyé l'invasion de l'Irak

par Cristina CASTELLO, 10 décembre 2008

On l’appelle «Papa Moumine», d’après le personnage corpulent de la famille des Moumines, de la dessinatrice finlandaise Tove Jansson. Martti Ahtisaari recevra son prix constitué d'un diplôme et d'un chèque équivalent à 1,2 million d'euros aujourd’hui 10 décembre et demain, il aura droit à une fête qui réunira la Jet Set, en son honneur.

Ne serait-il pas temps de remettre en cause ce trophée, le Prix Nobel de la Paix ? Les motifs abondent : Georges W Bush a été nominé, par exemple. Oui. Celui-là même qu'une grande partie des Américains veulent juger pour crimes contre l'humanité… justement lui, le champion de la paix.

Et qu’en est-il d’Alfred Nobel lui-même, le père du prix ? D'abord il a inventé la dynamite et d'autres explosifs qui servaient à des fins militaires. Il a peuplé l'humanité de munitions, et avec les revenus de ses inventions il a comblé sa vie : il en a fait une fortune colossale. Mais avant de mourir il a voulu laver sa faute, et a créé ce prix et d'autres encore, qui portent son nom : que ce soit littérature, médecine, physique et chimie. « Là l'artisan du mépris va, en implorant l'amour du méprisé » (Pablo Neruda).

Toutefois, le monde accepte la curieuse expiation d'Alfred Nobel, et applaudit à ses prix.

«Papa Moumine» avait dit qu’il lui aurait été plus facile de gagner à la loterie qu’obtenir cette reconnaissance. Serait-ce que le Nobel de la Paix serait joué aux dés selon les convenances du Pouvoir ? Quoiqu’on en dise, ce récompensé a des mérites, bien que… Nous verrons.

Martti a été président de la Finlande entre 1994 et 2000 et il cumule trois décennies consacrées à la médiation et à la résolution de conflits sur la planète. Comme mandataire et envoyé spécial de l'ONU, sa plus grande réussite a été d’avoir supervisé l'indépendance de la Namibie en 1990, une cause pour laquelle il a lutté durant treize années. En outre, il thésaurise en guise de succès sa tâche comme médiateur dans la guerre entre l'OTAN et la Serbie - où il n’est pas du tout aimé - et, notamment, la supervision de l'accord de paix dans le conflit prolongé dans la région indonésienne d'Aceh. Grâce à ses fonctions, les parties belligérantes l’ont signé le 15 août 2005 à Helsinki avec Martti comme témoin.


Manifestation de Serbes contre le plan Ahtisaari pour le Kosovo, le 27/02/2007, devant l'ambassade US à Belgrade. Photo AFP/
Getty Images

Ses yeux célestes sont nés à Viipuri, aujourd'hui Viborg, ville de l'ex-Union soviétique; s'il naissait maintenant il serait russe. Fils d'un sous-officier de l'armée, il a souffert depuis ses deux ans - en 1939 il était presque un bébé - des conséquences de la guerre entre l'URSS d’antan et la Finlande, qui a fini en 1944. Il a ensuite voulu être enseignant, il s’est diplômé à l'Université d'Oulu et il est parti faire son service militaire obligatoire. Mais il ne pouvait pas être un de plus. Il est alors sorti de là, non comme tous, mais avec le grade de capitaine. Toujours attentif aux affaires de commerce et d'industrie des pays dits « en voie de développement », il a fait partie du Comité de conseillers du gouvernement finlandais.

«Papa Moumine» - à l’attitude toujours sévère - est un personnage de moeurs simples. Quand il a été élu président par la social-démocratie de son pays, tout ce qui ressemblait à une cérémonie l’embêtait, et c’est pourquoi sans le vouloir, il semblait si drôle, comme son personnage de bande dessinée. Il a été la risée de la presse lorsqu’ il est tombé deux fois par terre durant des réceptions officielles et élégantes. Emprunté, il ne supportait pas le frac et les souliers vernis lui étaient trop serrés; ses chutes étaient si prévisibles que les blessures occasionnées au nez le firent moins souffrir que le ridicule.

« L’hippopotame », comme on le nomme aussi, sourit sérieux et heureux, fidèle à son style, malgré tout. Il a de l’humour, et il est toujours amoureux. Il s'est marié avec l'historienne Eeva Irmeli Hyvärinen en 1968. Quarante années d'amour, qui les font se trouver ensemble pour recevoir la nouvelle de la loterie, du jeu de dés, ou le prix Nobel de la paix, comme vous voudrez.

Leur fils, Marko, est né en 1969. Plus haut cadre supérieur dans une entreprise multinationale de téléphonie mobile, il est également un musicien reconnu: son père l'avait inscrit à l'Université de la Colombie, aux USA.

Un curieux carnaval: « Papa Moumine» ou le visage de l'indignité

Alors qu’il défend la cause de la Palestine et du Liban, la position d’Ahtisaari concernant l'Irak a été, en revanche, franchement indigne. En 2003, il a dirigé une équipe qui a évalué les conditions de sécurité pour le personnel de l'ONU en Irak après l’occupation anglo-nord-américaine. À ce moment-là, il a été favorable à l'invasion. Il n’a pas acheté l’argument mensonger des armes supposées de destruction massive qui ont donné l’excuse à Bush pour attaquer ; mais il a justifié sa défense par les crimes et les violations des droits de l’homme commis par Saddam Hussein.

En un mot: le prix Nobel flambant neuf de la paix a invoqué la défense de la vie pour appuyer la mort : de crimes de lèse-humanité commis par l'Empire et son allié britannique.

En Janvier 2007, l’actuel lauréat avait présenté son plan de paix, y compris une proposition de « souveraineté limitée » pour le Kosovo ; et il s’enorgueillit de cette indépendance qu’il a aidé à obtenir, malgré les réticences de pays comme l'Espagne et la Grèce ; et du rejet par la Serbie, la Russie et Cuba.

L’ambassadeur de Russie devant l’OTAN, Dimitri Rogozine s’est montré ouvertement embarrassé par la proposition de prix Nobel pour Ahtisaari, et, comme beaucoup d’autres, a interprété que son plan pour le Kosovo n’avait pas fait plus que nuire à la Serbie

Quoi qu'il en soit, M. Ahtisaari semble être au-delà des critiques. À 71 ans, il se réjouit parce que son visage sera immortalisé sur un timbre-poste d'environ un dollar en monnaie finlandaise, dans l’attente des grandes festivités en l'honneur de son prix.

À Oslo, la capitale norvégienne, les gens riches et célèbres - mais par-dessus tout les puissants - lui rendront hommage durant une célébration qui débutera avec un concert où ne manquera pas même le majordome de Batman. Précisément, le présentateur sera Michael Caine, qui a joué ce rôle dans le film récent Le chevalier noir, avec l'actrice américaine Scarlett Johansson, et parmi d'autres stars, défileront sur la scène Diana Ross, la Mexicaine Julieta Venegas, la chanteuse canadienne Leslie Feist et le chanteur de country Dierks Bentley.

Il est évident, que la veille, Martti Ahtisaari aura empoché l’argent du prix, et qu’ainsi qu’il l’a dit, il servira à renforcer la CMI, son ONG ; il s’agit de « l'Initiative pour la Gestion des Conflits », créée durant l'année 2000 pour soutenir les efforts de la communauté internationale afin de prévoir et résoudre des crises de sécurité dans divers secteurs du monde. Cela, c’est la déclaration de principes; mais selon le quotidien russe « RBC Daily » cette entreprise est un véritable business qui rapporte de grands bénéfices... Qui sait ?

Depuis 1901, la date de la remise des premiers prix du repenti créateur d'explosifs de mort, Alfred Nobel, la liste des gagnants est – pour le moins–, discutable. Il est vrai qu'entre les lauréats, plusieurs ont fait honneur à ces mots d'Erich Fromm selon lesquels le cœur de l’homme ne cesse jamais d'être humain. Albert Schweitzer, Linus Carl Pauling, Martin Luther King, la Mère Teresa de Calcutta, ou les Latino-américains Rigoberta Menchú et Adolfo Pérez Esquivel.

Mais aussi, comme une sorte de carnaval pervers, des hommes chargés d’ombre et de mort ont aussi reçu la récompense. Parmi eux, Theodore Roosevelt (ne pas confondre avec Franklin Delano Roosevelt), Henry Kissinger, Shimon Peres et Menachem Begin. Selon Gabriel García Marquez, Begin – qu’il a, avec raison et justesse, comparé à Adolf Hitler - devrait avoir mérité le «Prix Nobel de la Mort ».

Martti Ahtisaari, incarnation vivante de «Papa Moumine», remporte le prix à un moment où la planète souffre plus que jamais de la mondialisation de la misère, de la violence et de l'abandon. Le jour de sa fête, tandis que Le chevalier noir apparaîtra sur tous les écrans du monde, il portera avec Michel Caine, le maître d'hôtel de Batman, un toast à son Nobel de la Paix. Et puisque la crise de la Terre entière est de plus en plus forte chaque jour, palpiteront aussi avec plus de puissance les mots de Martin Luther King en 1963: « J’ai un rêve ». La liberté, la justice, la paix.

Source : El Premio Nobel de la Paz que apoyó la invasión a Iraq

jeudi 9 octobre 2008

John Harper & Stephen Howard ou la grande misère des mercenaires intellectuels

En mars 2003, Stephen Harper avait plagié un discours de John Howard pour justifier l’agression de l’Irak : démission du responsable du plagiat, un « brillant intellectuel »


Owen Lippert, l'auteur du plagiat, est un spécialiste des questions de propriété intellectuelle (!!!). Il a fait de la recherche et publié des articles sur le sujet. M Lippert détient un doctorat en histoire moderne européenne de l'Université Notre Dame, en Indiana, aux États-Unis. Il a déjà travaillé au bureau de Kim Campbell, comme secrétaire de presse. Il a aussi enseigné aux universités Carleton et de la Colombie-Brtitannique. M. Lipper a également été analyste politique à l'Institut Fraser. Il travaille aujourd'hui comme conseiller en politiques à l'Agence canadienne de développement international. C'est du propre !