Dans le clip ci-dessus je réfléchis sur l’attitude d’Ali Abunimah vis-à-vis de l’histoire et de la culture.
Alliance zapatiste de libération sociale, fondée à Paris le 12 mars 1995 Liberté, justice, démocratie, partout et pour tous! التحالف الزباتي من أجل التحرر الاجتماعي تأسس بباريس في 12 مـــارس 1995. حرية، عدالة، ديمقراطية في كل مكان وللجميــــــع yekfibasta[at]gmail.com :للاتصال
mercredi 11 avril 2012
L’histoire et la culture selon Ali Abunimah, par Gilad Atzmon
Dans le clip ci-dessus je réfléchis sur l’attitude d’Ali Abunimah vis-à-vis de l’histoire et de la culture.
dimanche 18 mars 2012
Granting No Quarter? Gilad Atzmon's Response To Ali Abunimah & Co.“Pas de quartier” ? La réponse de Gilad Atzmon à Ali Abunimah & Co. ¿Sin cuartel? La respuesta de Gilad Atzmon a Ali Abunimah y Cía.
vendredi 13 novembre 2009
Du fleuve à la mer
jeudi 8 octobre 2009
Qui est juif ? Réflexions autour des soi-disant « origines »juives » d’Ahmadinejad
Original : Who Is a Jew? Reflections around Ahmadinejad's alleged 'Jewish past'
La question de savoir qui est juif (et qui ne l’est pas) est débattue en Israël depuis le jour même de la création de cet État. Dans l’Etat juif, les autorités gouvernementales, les rabbins et les médias piochent sans la moindre honte dans les lignées génétiques de tout un chacun. Pour les Israéliens et les juifs orthodoxes, la judaïté est manifestement un concept relatif au sang. Toutefois, la judaïté et les préoccupations liées au sang sont en train de devenir le sujet d’un débat croissant… au Royaume-Uni. Ces jours derniers, les quotidiens The Daily Telegraph et The Guardian s’efforçaient de trancher : le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad est-il simplement un « juif haineux de lui-même » ou bien n’est-il qu’un simple antisémite ordinaire ? Comme les rabbins israéliens, ces journaux fouillent dans les ascendants génétiques de M. Mahmoud. Ainsi, samedi dernier, le Daily Telegraph révélait qu’Ahmadinejad aurait eu un « passé juif ».
D’après l’article, une photographie du président iranien exhibant son passeport durant des élections, en mars 2008, suggère « de manière très claire » que sa famille avait des racines juives. The Telegraph a même trouvé des « experts » qui ont suggéré l’idée que « le lourd passif de M. Ahmadinejad en matière d’attaques haineuses contre les juifs pourrait être une surcompensation visant à dissimuler son passé ». Inutile de préciser qu’Ahmadinejad n’a jamais proféré la moindre attaque « haineuse » contre des juifs, comme le suggère ce quotidien. Il est, à n’en pas douter, un détracteur déterminé de l’Etat juif et de sa raison d’être [en français dans le texte, NdT]. Il est également très critique à propos de la mobilisation manipulatoire de l’holocauste au détriment du peuple palestinien.
La "preuve révélée" par le Telegraph
L’on est fondé à se demander comment il se fait qu’un média occidental s’engage ainsi, sélectivement, dans des questions relatives à l’origine raciale ou ethnique (appelez-la comme vous voudrez) du président iranien. A la fin des fins, la fouille dans le passé ethnique et dans la lignée familiale des gens n’est pas le genre de pratique banale à laquelle l’on s’attendrait de la part de la presse occidentale... ; c’est là quelque chose que l’on aurait tendance à laisser aux racistes, aux nazis et aux rabbins… Mais pour une raison que j’ignore, personne, dans le milieu de la soi-disant presse libre, ne s’est donné la peine de se pencher sur les liens étroits entre l’escroc multimilliardaire Bernie Madoff et sa tribu. La presse (dite) libre s’est dispensée, aussi, de creuser l’ethnicité de Wolfowitz, en dépit du fait que la guerre sioniste qu’il nous a imposée a coûté un million et demi de morts (pour l’instant, tout au moins). Si vous vous demandez comment il se fait qu’un média occidental « libre » fasse appel à la « pathologie » au sujet d’un président iranien, la réponse est simple, pour ne pas dire triviale :
L’ainsi dénommé « occident libéral » en est encore à tenter de trouver des réponses au Président Ahmadinejad dans le royaume de la raison. Il est dépourvu de la capacité argumentative qui lui permettrait de répondre à Ahmadinejad. En lieu et place, il insiste à inventer de toutes pièces des arguties racialement connotées qui ne tiennent absolument pas la route. « En faisant des déclarations anti-israéliennes », nous dit doctement le Daily Telegraph, « il [Mahmoud Ahmadinejad] est en train de chercher à repousser tout soupçon à propos de ses origines juives ». La réalité saute aux yeux : Ahmadinejad a d’ores et déjà réussi à rediriger un faisceau lumineux de raisonnement et de scepticisme précisément sur le recoin le plus obscur de notre hypocrisie, afin de le mettre en évidence aux yeux de tous. D’une certaine manière, Ahmadinejad réussit à nous rappeler, à nous tous, la signification du verbe ‘penser’.
Il est tout à fait impossible de nier le fait que l’approche qu’Ahmadinejad a de l’holocauste et d’Israël est cohérente, logique et valide. Par son discours, il semble viser trois questions principales :
1 – Près de soixante millions de personnes ont été tuées du fait de la Seconde guerre mondiale, en grande majorité des civils innocents. Comment se fait-il, demande Ahmadinejad, que nous insistions ainsi à nous concentrer sur la particularité des souffrances d’un groupe « très » particulier de personnes, à savoir les juifs ?
2 – Le Président iranien affirme à juste titre que ce chapitre de l’Histoire doit être examiné du point de vue de l’historien. Cela signifie aussi que tout événement passé doit être soumis à examen, à élaboration et à révision. « Si nous nous autorisons à remettre en question Dieu et les Prophètes, alors nous devons aussi nous autoriser à mettre en question l’holocauste » ;
3 – Sans égard pour la véridicité de l’holocauste, le fait que la souffrance des juifs, en Europe, n’avait strictement rien à voir avec le peuple palestinien est une vérité banale. Par conséquent, il n’y a aucune raison pour que le peuple palestinien ait à payer pour des crimes perpétrés par d’autres. Si certains dirigeants occidentaux se sentent coupables de crimes commis par leurs propres ancêtres à l’encontre des juifs (ce qu’ils semblent affirmer), ils feraient mieux d’allouer des terres aux juifs à l’intérieur de leurs territoires respectifs, plutôt que d’attendre des Palestiniens qu’ils continuent à porter le meurtrier fardeau sioniste.
Tout autant il est évidemment clair que les points ci-dessus, soulevés par Ahmadinejad, sont totalement valides, il est douloureusement transparent que l’Occident est dépourvu des moyens d’affronter ces questions. En lieu et place, nous semblons enclins à recourir à la suprématie et à un discours pseudo-scientifique faisant appel au sang, à la pathologie et à une psychanalyse de comptoir.
Aussi embarrassant que cela paraisse, en deux coups de cuiller à pot, Ahmadinejad réussit à mettre à nu le mode de discussion occidental actuel, qui se caractérise par la tromperie. De fait, il met le doigt sur l’holocauste, qu’il identifie comme étant le coeur de notre position hypocrite, une tendance qui a fini par faire voler en éclats notre jugement moral. L’holocauste n’avait pour seule raison d’être que de détourner l’attention des crimes colossaux perpétrés par les Alliés. Hiroshima, Nagasaki et Dresde ne sont que quelques-uns des exemples de génocide institutionnalisé perpétré par l’empire anglophone. L’holocauste a réussi à mûrir au point de devenir une nouvelle religion. Pourtant, il est dépourvu de théologie. Il n’autorise aucune forme de critique ou d’aggiornamento. C’est, de fait, une religion antioccidentale inspirée par la haine et par la vengeance. Cette religion est obscurantiste, elle est aveugle et elle est totalement dépourvue de tout sens de la miséricorde et de la compassion. C’est un credo qui déclare la guerre à toute forme de doute. C’est un système de croyance frustre et brutal, qui s’oppose aux notions de liberté et de bonté. Et (comme si cela ne suffisait pas) ceux qui adhèrent à cette religion sont complices d’une agression en cours contre la grâce et la paix.
En l’état actuel des choses, les médias britanniques doivent encore décider si Ahmadinejad est un « juif rebelle » ou simplement un « Meshugena Goy* ». Ainsi, le Guardian a été particulièrement prompt à publier sa propre approche du sujet, qui réfute la version dont nous a gratifié le Telegraph. Toutefois, une chose est claire : ni le Guardian ni le Telegraph, ni un quelconque autre media soi-disant « libre » ne le sont suffisamment (libres) pour répondre aux questions qu’Ahmadinejad soulève : 1 – Pourquoi seulement les juifs ? 2 – Pourquoi dites-vous NON à tout examen du passé ? 3 – Pourquoi les Palestiniens doivent-ils payer les pots cassés ?
Au lieu de s’attacher à traiter ces questions élémentaires et néanmoins cruciales, les journaux à grande diffusion britanniques succombent à une fouille de lignées ethniques non exempt de racisme.
Au lieu de s’abandonner à l’interrogation sioniste banale : « Qui est juif ? », je suggère que nous fassions quelque peu avancer le débat en posant cette question très simple : « Que signifie la judaïté ? »
* Meshugena Goy : Gentil fou (du yiddish meshuggener, fou) [NdE]
mercredi 2 septembre 2009
Le rêve de l’otage ou : comment s’aimer soi-même aux dépens d’autrui
L’interprétation que la militante faisait de son horrible cauchemar était très élégante, cohérente et valide. Elle avait pigé qu’aux yeux de ses preneurs d’otage imaginaires, elle était personnellement tenue redevable de l’interminable liste de crimes perpétrés par l’ « homme blanc ». A ses yeux, elle était châtiée non sans quelque raison. Jusqu’à un certain point, son raisonnement est similaire à l’interprétation que fait Robert Fisk de sa propre expérience, au Pakistan, en 2001."
vendredi 17 juillet 2009
En finir avec le prêt-à-penser laïcard : la gauche et l’islam
Original : Thinking out of the Secular Box: The Left and Islam
«La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. »
Karl Marx (1843)
Avant d'aborder le traitement illusoire par les progressistes et les gens de gauche des religions, et en particulier de l’Islam et de la Palestine, j’aimerais vous faire partager une sale blague raciste. Attention : féministes s’abstenir…
Une militante usaméricaine, qui avait visité Afghanistan à la fin des années 1990 avait été anéantie de constater que les femmes y marchaient derrière leur mari, quatre mètres de distance. Elle ne tarda pas à apprendre de son interprète local que cela était dû à certaines règles religieux qui stipulaient que c’était là la manière de faire preuve de respect envers le « chef de famille ».
Une fois rentrée en Usamérique, cette militante révoltée lança campagne sur campagne en défense des droits des femmes afghanes. Or, il se trouve que cette même militante dévouée a de nouveau visité Kaboul le mois dernier. Cette fois-ci, elle a eu la surprise de constater que la réalité avait entièrement changé. Désormais, les femmes marchaient devant leur mari, à huit mètres de distance ! Notre militante fit immédiatement un rapport à son QG, en Usamérique : « La révolution pour les droits des femmes bat son plein ici, en Afghanistan! Alors qu’avant, c’était les hommes qui marchaient devant, aujourd’hui, ce sont les femmes qui ouvrent la marche ! » Son interprète afghan, ayant eu vent de son rapport, prit la militante à part en aparté et il lui fit comprendre qu’elle se plantait complètement : « Les femmes marchent devant...», lui expliqua-t-il, « … à cause des mines… »
Aussi tragique cela puisse paraître à certains, nous ne sommes pas aussi libres que nous pouvons le penser. Nous ne sommes pas exactement les auteurs de la plupart de nos pensées et de nos prises de conscience. Nos conditions humaines nous sont imposées ; nous sommes le produit de notre culture, de notre langue, de notre endoctrinement idéologique et, dans bien des cas, nous sommes les victimes de notre paresse intellectuelle. Comme la militante usaméricaine semi-fictionnelle évoquée plus haut, nous sommes, dans la plupart des cas, prisonniers de nos idées préconçues, et cela nous empêche de voir les choses pour ce qu’elles sont réellement. Partant, nous avons tendance à interpréter (et en général à dénaturer) des cultures éloignées de la nôtre en employant notre propre système de valeurs et notre propre code éthique.
Cette tendance a de graves conséquences. Pour quelque raison, « nous » (les Occidentaux), nous avons tendance à croire que « notre » supériorité technologique, alliée à nos « Lumières » chéries nous équipent d’un « système éthique absolutiste, rationnel, laïcard et anthropocentrique », dont la position morale serait insurpassable.
La gauche progressiste
En Occident, nous pouvons détecter deux composantes idéologiques qui se font concurrence pour conquérir nos cœurs et nos esprits ; toutes deux affirment savoir ce qui est « faux » et ce qui est « vrai », ce qui est « bien » et ce qui est « mal ». Le libéral aura tendance à insister sur le dithyrambe de la liberté individuelle et de l’égalité civique ; l’homme de gauche aura tendance, quant à lui, à être persuadé qu’il détient un outil « social scientifique » qui lui permet d’identifier qui est « progressiste » et qui est « réactionnaire ».
Les choses étant ce qu’elles sont, ce sont ces deux préceptes modernistes laïcards qui jouent pour nous le rôle de gardiens de la vertu politico-morale occidentale. Mais en réalité, ce qu’ils ont réussi à faire, c’est exactement le contraire. Chaque idéologie, à sa manière particulière, nous a entraînés dans un état d’aveuglement moral. De ces deux discours soi-disant « humanistes » le premier (celui des libéraux) a préparé consciencieusement le terrain à des criminelles guerres interventionnistes et coloniales et le second (celui de la gauche) a été incapable de s’y opposer, du fait qu’il recourait à des idéologies erronées et à des arguments aberrants.
Tant les libéraux que les gens de gauche, sous leurs formes occidentales apparemment banales, suggèrent que le laïcisme est la réponse souveraine aux malheurs du monde. Sans aucun doute, le laïcisme occidental peut effectivement être un remède pour un certain malaise social occidental. Toutefois, les idéologies occidentales, libérale et de gauche, dans la plupart des cas, sont incapables de comprendre que le laïcisme est, en lui-même, un avatar naturel de la culture chrétienne, c’est-à-dire un produit direct de la tradition chrétienne, qui se caractérise par son ouverture vis-à-vis d’une existence indépendante en tant que citoyen. En Occident, la sphère spirituelle et la sphère sociale et citoyenne sont très largement distinctes [1]. C’est cette division même qui a permis l’ascension du laïcisme et du discours rationnel. C’est cette distinction même qui a conduit, aussi, à la naissance d’un système laïque de valeurs éthiques, dans l’esprit des Lumières et du modernisme.
Mais c’est cette séparation elle-même qui a conduit au développement de certaines formes frustes de laïcisme fondamentaliste, qui ont mûri pour se transformer en grossières visions du monde antireligieuses qui ont conduit l’Occident à ignorer totalement un milliard d’êtres humains au simple motif qu’ils portent le mauvais foulard ou qu’ils se trouvent croire en quelque chose que nous ne pouvons pas comprendre.
Progressiste contre régressif
À la différence du christianisme, l’Islam et le judaïsme sont des systèmes de croyance à orientation tribale. Plus qu’à un « individualisme éclairé », c’est à la survie de la famille étendue que ces deux systèmes de croyance sont essentiellement intéressés. Les Talibans, considérés par la plupart des Occidentaux comme le nec plus ultra de l’obscurantisme politique, ne se sentent tout simplement pas concernés par les questions ayant trait aux libertés individuelles ou aux droits de la personne. C’est la sécurité de la tribu, alliée au maintien des valeurs familiales, à la lumière du Coran qui en constitue le noyau. Le judaïsme rabbinique n’est en cela pas différent. Sa mission fondamentale est de protéger la tribu juive en perpétuant le judaïsme en tant que « mode de vie ».
Tant en Islam que dans le judaïsme, il n’y a pratiquement aucune séparation entre le spirituel et le civil. Les deux religions sont des systèmes qui apportent des réponses exhaustives en termes de problématiques spirituelles, civiles, culturelles et quotidiennes. Les Lumières juives (Hakalah) furent dans une grande mesure un processus d’assimilation juive au travers de la sécularisation et de l’émancipation, ainsi que de la diffusion de formes modernes très variées d’identités juives, au nombre desquelles figure le sionisme. Pourtant, les valeurs d’universalisme, propres aux Lumières, n’ont jamais été intégrées au corpus de l’orthodoxie juive. Comme dans le cas du judaïsme rabbinique, qui est totalement étranger à l’esprit des Lumières, l’Islam est très largement étranger à ces valeurs eurocentriques que sont le modernisme et la rationalité. Ne serait-ce qu’en raison de l’interprétation qu’ils font des Écritures (l’herméneutique), tant l’Islam que le judaïsme sont, de fait, beaucoup plus proches de l’état d’esprit postmoderne [2].
Ni l’idéologie de gauche, ni le libéralisme ne pratiquent le moindre dialogue intellectuel ou politique avec ces deux religions. C’est là une réalité désastreuse, car la plus grave menace qui pèse aujourd’hui sur la paix mondiale est celle du conflit israélo-arabe, un conflit qui est en train de devenir à grande vitesse une guerre entre un État juif expansionniste et une résistance islamique. Néanmoins, tant l’idéologie libérale que l’idéologie de gauche sont dépourvues des moyens théoriques indispensables qui leur permettraient de comprendre les subtilités inhérentes à l’Islam et au judaïsme.
Le libéral rejettera l’Islam comme sinistre, en particulier en raison de son approche des droits de l’homme et des droits des femmes. La gauche tombera dans le piège consistant à dénoncer la religion, de manière générale, comme « réactionnaire ». Sans doute sans en avoir conscience, tant les libéraux que les gens de gauche succombent ainsi à un argument manifestement suprématiste. L’Islam et le judaïsme étant plus que simplement deux religions, et étant donné qu’ils véhiculent un « mode de vie » et qu’ils jouent le rôle de réponse totalement exhaustive à des questions relatives à l’être-au-monde, les libéraux et la gauche occidentaux encourent le danger d’ignorer totalement un large secteur de l’humanité [3].
Récemment, j’ai été amené à accuser un homme authentiquement de gauche, qui est également un bon militant, d’islamophobie, parce qu’il avait accusé le Hamas d’être « réactionnaire ».
Ce militant, qui est manifestement un authentique sympathisant de la résistance palestinienne, se défendit prestement en affirmant que ce n’était pas seulement l’ « islamisme » qu’il n’aimait pas, mais qu’en réalité, il haïssait tout autant le christianisme et le judaïsme. Pour quelque raison, il était certain que le fait de haïr également toutes les religions était le bon moyen de gagner son certificat d’humanisme. Par conséquent, le fait qu’un islamophobe soit aussi un judéophobe et un christianophobe n’est pas nécessairement une preuve d’engagement humaniste. J’ai continué à défier cet excellent homme ; il a alors argué du fait que c’était en réalité l’islamisme (comprendre : l’Islam politique) qu’il désapprouvait. Je l’ai à nouveau défié, attirant son attention sur le fait que dans l’Islam, il n’existe pas de réelle séparation entre le spirituel et le politique.
D’ailleurs, la notion d’Islam politique (islamisme) pourrait fort bien être une lecture occidentale délibérément trompeuse de l’Islam. J’ai fait observer que l’Islam politique, et même la mise en pratique, rare, du « jihad armé », ne sont rien d’autre que l’Islam agissant. Malheureusement, ce fut, plus ou moins, ce qui mit un terme à notre discussion.
Ce militant pro-palestinien a sans doute trouvé trop difficile d’admettre l’unité du corps et de l’âme, propre à l’Islam. La gauche, de manière générale, est condamnée à échouer, en cela, tant qu’elle ne progressera pas, en écoutant, dans sa compréhension du lien organique, propre à l’Islam, entre le monde « matériel » et le fameux « opium du peuple ». Or, le fait de franchir ce pas représente, pour un homme de gauche, rien de moins qu’un saut intellectuel majeur. Un tel saut intellectuel a été suggéré, il y a peu, par le marxiste jordanien indépendant Hisham Bustani, lequel a déclaré :
« La gauche européenne doit procéder à une évaluation critique très sérieuse de son attitude « nous en savons plus que les autres », ainsi que de la manière dont elle a tendance à considérer comme idéologiquement et politiquement inférieures les forces populaires des pays du Sud ».
La Palestine
La solidarité avec la Palestine est une excellente occasion d’examiner la gravité de la situation. On constate qu’en dépit du traitement meurtrier que les Israéliens infligent aux Palestiniens, la solidarité avec les Palestiniens n’a toujours pas acquis l’ampleur d’un mouvement de masse. Elle risque fort de ne jamais réussir à acquérir cette ampleur. Étant donné l’échec de l’Occident à soutenir les droits des opprimés, les Palestiniens semblent avoir retenu la leçon : ils ont démocratiquement élu un parti islamique qui leur avait promis de résister. Fait significatif, il y eut extrêmement peu de gens de gauche pour soutenir le peuple palestinien dans son choix démocratique.
Dans les dispositions actuelles, qui sont celles d’une solidarité politiquement conditionnée, nous sommes en train de perdre des militants à chaque tournant de cette route cahoteuse. En voici les raisons :
1) Le mouvement palestinien de libération est fondamentalement un mouvement de libération nationale : cette prise de conscience nous fait perdre tous les gens de gauche tenants du cosmopolitisme, c’est-à-dire tous ceux qui rejettent le nationalisme;
2) En raison de l’ascension politique du Hamas, la Résistance palestinienne est désormais perçue comme une résistance islamique : là, nous perdons les laïcistes et les athées rabiques, qui vomissent la religion, ce qui les envoie valdinguer dans la catégorie des PEP (Progressistes, Excepté en ce qui concerne la Palestine) [4] ;
De fait, les PEP se divisent en deux groupes :
Les PEP-1: ce sont ceux qui, tout en étant contre le Hamas au motif qu’il serait « réactionnaire », l’approuvent néanmoins, en raison de ses succès opérationnels, comme mouvement de Résistance. Fondamentalement, ces militants attendent des Palestiniens qu’ils changent d’opinion et qu’ils redeviennent des adeptes d’une société laïque. Mais ils sont prêts à soutenir les Palestiniens, en tant que peuple opprimé, à certaines conditions.
Les PEP-2 : ce sont ceux qui sont contre le Hamas au motif qu’il s’agirait d’un mouvement « réactionnaire », et qui, de surcroît, rejettent même ses succès opérationnels. Ceux-là attendent la révolution mondiale. Ils préfèrent laisser les Palestiniens cuire dans leur jus, pour le moment, comme si Gaza était une station balnéaire.
Avec l’évaporation rapide de ces forces de la solidarité, nous nous retrouvons avec un mouvement miniature de solidarité avec les Palestiniens, doté d’un pouvoir intellectuel (occidental) pitoyablement limité, et encore moins capable d’une quelconque efficacité au niveau de la base. Cette situation tragique a été dénoncée, récemment, par Nadine Rosa-Rosso, une marxiste indépendante vivant à Bruxelles. Elle écrit : « L’immense majorité de la gauche, communistes compris, est d’accord pour soutenir la population de Gaza contre l’agression israélienne, mais refuse d’en soutenir les expressions politiques, notamment le Hamas, en Palestine, et le Hezbollah, au Liban. » (sic, NdT)
Cela amène Nadine Rosa-Rosso à se demander « pourquoi la gauche et l’extrême-gauche mobilisent-elles aussi peu de gens ? Et, disons-le carrément, soyons clairs : la gauche et l’extrême-gauche sont-elles encore capables de mobiliser, sur ces questions ? »
Quel sera le prochain épisode ?
« Si le soutien qu’apporte la gauche aux droits de l’homme en Palestine est conditionné et dépendant de la dénonciation, par les Palestiniens, de leur religion et de leurs croyances idéologiques, de leur héritage culturel et de leurs traditions sociales, et de l’adoption, par les mêmes Palestiniens, d’une nouvelle gamme de croyances, de valeurs allogènes et de comportements sociaux convenant à ce que la culture de ladite gauche considère acceptable, cela signifie que le monde est en train de dénier aux Palestiniens un des droits humains les plus fondamentaux, à savoir le droit de penser et de vivre à l’intérieur du code éthique de leur choix. »
Nahida Izzat
Le discours actuel de solidarité avec les Palestiniens de la gauche est futile : il abandonne lui-même son sujet, il ne réalise rien du tout et semble n’aller nulle part. Si nous voulons aider les Palestiniens, les Irakiens et les autres millions de victimes de l’impérialisme occidental, nous devons vraiment nous arrêter une seconde, prendre une profonde respiration et tout recommencer de zéro.
Nous devons apprendre à écouter : au lieu d’imposer nos convictions aux autres, nous devons apprendre à écouter ce en quoi les autres croient.
Serons-nous capables de suivre les conseils de Bustani et de Rosa-Rosso, et réviser totalement notre notion de l’Islam, de ses racines spirituelles, de sa non-séparation de la sphère civile et de la sphère spirituelle, de sa vision de lui-même en tant que « façon de vivre » ? La question de savoir si nous en sommes capables, ou non, est une très bonne question.
Une autre option consisterait à reconsidérer notre aveuglement et à aborder les questions humanistes dans une perspective humaniste (en opposition à politique). Plutôt que de nous aimer nous-mêmes par le biais de la souffrance d’autrui, ce qui est la forme ultime de l’égoïsme, nous ferions mieux, pour la première fois, de mettre en pratique la notion de réelle empathie, en nous mettant à la place de l’autre, tout en reconnaissant que ne nous serons sans doute jamais à même de comprendre totalement cet autre-là.
Au lieu de nous aimer nous-mêmes à travers les Palestiniens, et à leurs dépens, nous devons accepter les Palestiniens pour qui ils sont, et les soutenir pour qui ils sont, sans égard pour nos propres opinions ou nos propres machins. C’est là la seule forme réelle de solidarité possible : elle vise à une conformité éthique plutôt qu’idéologique. Elle remet l’humanité en son centre. Elle réfléchit à la profonde compréhension qu’avait Marx de la religion en tant que « soupir poussé par les opprimés ». Si nous prétendons avoir de la compassion pour les gens, nous devons apprendre à les aimer pour ce ils sont, plutôt que pour ce que nous attendons qu’ils soient.
Notes
[1] Cela a à voir avec un héritage du Bas-Empire romain et des premiers développements du christianisme en tant que concept expansionniste visant à s’étendre lui-même à des cultures et à des civilisations lointaines.
[2] On peut argumenter que le programme essentiel des tentatives postmodernes est celui de déstabiliser les fondements de la connaissance et de l’éthique modernes en remettant en cause la possibilité qu’elles soient applicables universellement aujourd’hui. Comme l’a exprimé éloquemment Muqtedar Khan, le postmoderniste cherche à privilégier l’ « ici et maintenant » par rapport au global. Tant la philosophie postmoderne que la théologie, dit Khan, « rejettent l’affirmation moderniste de l’infaillibilité de la raison ». Comme les postmodernistes, l’Islam et le judaïsme sont sceptiques à l’égard de la souveraineté de la raison et du discours rationaliste.
[3] La suggestion marxiste bizarre et très commune selon laquelle « un tas de gens, hors de chez nous » sont, de fait, « réactionnaires » du fait qu’ils sont religieux implique la présupposition nécessaire que le marxiste lui-même est confortablement installé dans une supériorité morale absolue. Ce postulat est tout à fait erroné, pour deux raisons évidentes :
- Prétendre en savoir plus que les autres, sur la base d’une affiliation idéologique ou politique n’est rien d’autre que du suprématisme en action ;
- La prétention de posséder la supériorité morale de niveau X ne saurait être scientifiquement vérifiée, sauf à avoir été validée par une autre supériorité morale, encore plus élevée, de niveau X’. Pour pouvoir affirmer que sa position est « d’un niveau moral supérieur », un marxiste devrait poursuivre sa logique et affirmer détenir la position morale encore supérieure X’. Pour vérifier X’, il devra passer à un X’ supérieur, et ainsi de suite… Nous somme confrontés, ici, à la recherche sans fin de la validation d’une signification éthique. Un tel modèle de pensée devrait nous aider à comprendre la raison pour laquelle le marxisme occidental a réussi à se détacher totalement de la réalité éthique et de la pensée éthique, et a beaucoup de mal à aborder les questions relatives à l’égalité authentique.
Le problème – évident – que pose la mise en pratique par le marxisme de la dichotomie « progressistes contre réactionnaires » tient au fait que les marxistes affirment commodément se situer dans le camp des progressistes, et qu’ils affirment, tout aussi commodément, que l’ «adversaire » se trouve parmi les réactionnaires. C’est à l’évidence légèrement suspect, voire douteux, c’est le moins qu’on puisse dire.
[4] C’est Phil Weiss, sur son inestimable blog MondoWeiss, qui a récemment inventé cette définition politiquement utile : PEP = Progressiste, Excepté en ce qui concerne la Palestine.
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Commentaire
Je voudrais faire ce commentaire, avec tout le respect que je dois à Gilad Atzmon pour son engagement contre le sionisme.
En fait, je trouve « trop rapide » et « fausse » son analyse quand il dit :
"À la différence du christianisme, l’Islam et le judaïsme sont des systèmes de croyance à orientation tribale. Plus qu’à un « individualisme éclairé », c’est à la survie de la famille étendue que ces deux systèmes de croyance sont essentiellement intéressés. Les Talibans, considérés par la plupart des Occidentaux comme le nec plus ultra de l’obscurantisme politique, ne se sentent tout simplement pas concernés par les questions ayant trait aux libertés individuelles ou aux droits de la personne. C’est la sécurité de la tribu, alliée au maintien des valeurs familiales, à la lumière du Coran qui en constitue le noyau. Le judaïsme rabbinique n’est en cela pas différent. Sa mission fondamentale est de protéger la tribu juive en perpétuant le judaïsme en tant que « mode de vie »."
Depuis le premier jour l’islam a cassé l’allégeance « aveugle » à la tribu. Il a d’abord placé l’être humain devant sa responsabilité individuelle et son devoir personnel de mener son combat pour « s’élever » et pour atteindre les « lumières » (le djihâd contre soi). Il a rendu l’être humain responsable individuellement comme le lieutenant du Dieu/Allah « khalifah » sur la terre, et a placé cette responsabilité au centre de la foi et de la « mission divine » confiée à l’être humain.
L’islam a développé ensuite la notion de la « Oummah » qui dépasse toute appartenance tribale, mais où il ne s’agit nullement d’y faire allégeance comme si c’était une tribu, mais bien au contraire, de veiller, au prix de sa propre vie, à ce que cette Oummah soit toujours respectueuses du droit et de la justice.
C’est cette paire « Individu, Oummah » qui va ensemble et jamais l’un sans l’autre. D’ailleurs le Coran a aussi développé un concept d’un « individu-oummah » dans l’exemple d’Ibrâhim (paix sur lui), où toute une « Oummah » pourrait être égarée et c’est un seul individu qui jouera le rôle de toute une oummah par sa rectitude.
Je ne vais pas citer ici les versets ou les paroles du Prophète. Mais je trouve dommage que l’exemple cité par Gilad Atzmon pour apporter des arguments à sa thèse soit celui des Talibans, comme s’ils étaient les représentants officiels de l’islam.
C’est d’autant plus regrettable que beaucoup de gens respectent M. Atzmon et acceptent ce qu’il dit sans y apporter nécessairement un regard critique.
IAY
lundi 15 juin 2009
Valse avec Bibi
Original : Palestine Think Tank-Waltz With Bibi
Une vieille blague israélienne :
Colon de droite : L'été prochain, on va expulser tous les Palos qui traînent encore dans notre pays.
Israélien de gauche : D'accord, mais assurez-vous bien que vous utiliserez des bus à air conditionné.
Le discours de Netanyahou aujourd'hui nous a montré une fois de plus que la polarité politique juive est un mythe, il n'existe rien de tel .

Discours de Netanyhaou, par Emad Hajjaj
Une fois que la soupe politique sioniste est prête à être servie, il n'y a aucune différence entre Benyamin Netanyahou et la soi-disant "gauche israéliénne".
Ils disent tous OUI à un État palestinien et NON au droit du retour, car tous ce qu'ils veulent, en réalité, c'est "l'État -pour-les-seuls-Juifs".
Il y a quelques mois nous npus demandions où était la "gauche" israélienne, si jamais rien de tel a existé. Maintenant, il faut bien nous demander où est la "droite".
De fait, tout ce que vous avez en Israël, ce sont des racistes enragés de droite. Des gens qui croient dans le bizarre droit des juifs de célébrer leurs apsirations nationales au détriment d'autrui.
Ils croient tous en l'isolement et en la ségrégation des juifs. Tout ce qu'ils veulent, c'est un ghetto juif blindé planté dans la Palestine historique. Ils veulent être entourés par de hauts murs de séparation. Ils se fichent éperdument de savoir s'il y a un État palestinien de l'autre côté de ces murs, pourvu qu'ils n'aient pas à le voir, à le sentir ou à l'entendre. Peu leur chaut d'un État palestinien pourvu qu'il nait pas la propriété de son ciel et qu'ils puissent continuer à lui pomper toute son eau.
Fait intéressant, dans cette histoire ils oublient tout simplementq u'ils ne sont pas seuls, qu'il y a aussi les Palestiniens.
Quelque part ils oublient que c'est en fait aux Palestiniens de dire s'ils accep^ent l'existence d'un État juif sur leur terre, sur leurs villes, villages, champs et vergers, le long de leurs rivières et de leurs côtes.
Franchement, je ne crois pas que cela arrivera jamais.
Il ya déjà un bon moment que l'État juif a atteint la zone de non-retour, sa désintégration est imminente. Et même Barack Obama ne sera pas en mesure de le sauver.
jeudi 28 mai 2009
Le monstre à trois pattes
Original : The Three-Legged Monster
Español : El monstruo de tres patas
Contrairement à ses frères et sœurs cosmopolites, qui diffusent le sionisme et le racisme tribal en se revêtant d’oripeaux libéraux et progressistes, Melanie Philips est, quant à elle, très directe. L’autre jour, elle a défini ce qu’est le sionisme, à ses yeux, d’une manière particulièrement limpide :
« Le sionisme », écrit-elle, « c’est simple : c’est le mouvement d’autodétermination du peuple juif. Et ce mouvement a plus de sens que n’importe quel autre mouvement de libération nationale, parce que le judaïsme repose sur trois pieds : le peuple, la religion et la terre. Qu’un seul de ces trois pieds vienne à être amputé, parce que sa légitimité aura été niée, et c’est l’ensemble qui s’écroule. C’est la raison pour laquelle l’antisionisme est bien davantage qu’une prise de position politique agaçante : c’est une attaque frontale, contre le judaïsme lui-même. »
Melanie Philips ne laisse que très peu d’espace à la spéculation intellectuelle. Pour elle, non seulement le sionisme est un mouvement national légitime, mais ce mouvement « a plus de sens que n’importe quel autre », parce qu’il « repose sur « trois pieds ».
À y réfléchir ne serait-ce qu’une seconde, c’est en effet, vraiment important, pour quelque chose, de reposer sur trois pieds. Personnellement, je ne repose que sur deux jambes (et des poussières…). D’ailleurs, à l’occasion, quand je me tiens debout, à poil, devant un miroir, j’aimerais vachement être le sionisme…
Comme l’affirme mordicus Melanie Philips, le sionisme est en effet un amalgame de trois ingrédients juifs : le peuple, la terre et la religion. C’est cette mixture même qui fait du sionisme un narratif épique triomphant. C’est cette mixture qui a fait du sionisme, de manière de plus en plus accentuée au cours du vingtième siècle, l’identifiant collectif symbolique du peuple juif. C’est le sionisme qui est parvenu à réinventer le peuple juif en tant que nation dotée d’une aspiration lucide idéologique, spirituelle et géographique. Pourtant, autant le sionisme est quelque chose de parfaitement logique pour de très nombreux juifs de par le monde, il a de moins en moins de sens pour ceux qui n’ont pas l’heur d’être « élus », c’est-à-dire pour tout le reste de l’humanité. La raison est simple : les juifs sont certes libres de célébrer collectivement leurs symptômes, mais ils ne sont pas exactement fondés à le faire, dès lors que c’est au détriment d’autrui.
Le sionisme s’est arrangé pour interpréter le judaïsme comme un permis brutal de piller et de massacrer. Il a transformé un texte spirituel en plan cadastral. Il a essentiellement inventé la nation juive. Il a alors assigné à la nation nouvelle-née sa mission d’aspiration géographique immorale, non sans certaines conséquences coloniales et raciste calamiteuses.
L’on est fondé à se demander comment le sionisme a réussi à avoir un tel succès, comment il a pu s’en tirer à aussi bon compte avec ses crimes, et comment il a réussi à agir de la sorte aussi longtemps. En fin de compte, la mixture empoisonnée composée de « terre », de « religion » et de « peuple » se situe aux antipodes de la narration culturelle et politique occidentale de l’après-deuxième guerre mondiale (faite de cosmopolitisme / multi-culturalité / multi-confessionnalisme / frontières ouvertes)
J’ai tendance à penser que l’équation établie par Melanie Philips : « sionisme = judaïsme » est la plus efficace de toutes les tactiques sionistes. Elle conduit à une paralysie sévère de l’opposition la plus humaniste au sionisme. La raison est évidente : des êtres moraux ordinaires ne savent pas de quelle manière dés-emberlificoter les nœuds générés par cette formule explosive qui les conduit à la critique d’un système religieux.
De fait, une des façons possibles consiste à contester l’équation de Melanie Philips. Non, le sionisme n’est pas l’équivalent du judaïsme : le sionisme n’en est qu’une interprétation bornée et radicale. Il s’empare de la notion morale judaïque de l’élection, et il en fait un vulgaire programme politique de suprématie. Loin d’être le judaïsme, le sionisme est, en réalité, le visage authentique de l’idéologie juive. Le sionisme est raciste, le sionisme est chauvin, le sionisme est avide de puissance ; mais il est différent du judaïsme, car celui-ci est centré autour de la crainte de Dieu, alors que le sionisme n’a absolument peur de rien. Par conséquent, il est correct d’avancer que le fait de s’opposer au sionisme revient à s’opposer à l’idéologie juive ou à ce que j’appelle, pour ma part, la « judéité » [jewishness, par opposition à judaism, NdE].
Il faut rappeler que le sionisme se considère lui-même comme un mouvement rationnel et éclairé. Jusqu’à un certain point, en tant qu’idéologie et que praxis, il tente de se comprendre lui-même, et il recherche des explications ou, à tout lr moins, des justifications en des termes rationnels et historiques (plutôt qu’en termes éthiques). Melanie Philips, il faut le dire, propose une argumentation cohérente. Elle dit : « voilà ce que nous sommes », en suggérant que « leur » enlever ce droit serait leur dénier « leur » droit à l’existence
Je pense que le cadre de raisonnement de Melanie Philips est correct : c’est sa terminologie qui, en revanche, est légèrement trompeuse. Le sionisme n’est pas égal à la religion, mais, bien plutôt, le sionisme et la judéité sont intrinsèquement connectés. Si nous voulons réellement nous opposer au sionisme, nous allons entrer inévitablement en conflit avec l’idéologie juive. S’opposer au sionisme, c’est reconnaître que nous avons un problème avec les « trucs juifs ». Toutefois, il convient de noter que si des sionistes tels que Melanie Philips sont fondés à suggérer une identité entre le sionisme et le judaïsme, l’opposant au sionisme ne devrait pas hésiter à faire de même, et donc à étendre la critique du sionisme à l’idéologie juive et à ce qu’il y a éventuellement, au-delà.
Je l’ai déjà indiqué, de nombreuses fois, par le passé : comme de juste, ce sont, de fait, des dissidents sionistes et des dissidents israéliens qui semblent promouvoir le discours antisioniste et, cela, pour une raison toute simple : les dissidents israéliens sont loin d’être réticents à dénoncer leur passé collectif, ou à réfléchir sur lui. Contrairement aux activistes de gauche de la diaspora juive, qui sont prompts à rejeter toute complicité dans les crimes israéliens en criant : « pas en mon nom ! », certaines voix israéliennes dissidentes tendent à assumer leur responsabilité directe. Ceux-là comprennent la notion de culpabilité, et ils la transforment en responsabilité. Il y a, de cela, un mois, le quotidien israélien Haaretz a publié un article d’Uri Avnery, dans son édition spéciale du « Jour de l’Indépendance d’Israël ». Cet article, intitulé « Vivre avec la contradiction » [Living With The Contradiction’], était la tentative d’un humaniste israélien de se colleter avec son propre péché originel, dans le cadre d’une perspective historique.
Avnery est un écrivain absolument étonnant. Bien que j’aie tendance à ne pas être d’accord avec lui sur diverses questions, l’homme est, sans nul doute, porteur d’un message rationnel, dans cet État maudit. Contrairement à Melanie Philips, qui soutient le sionisme de loin, Avnery a combattu dans les commandos en 1948. Il fut lui-même impliqué dans la création d’Israël. « Nous savions que si nous remportions la guerre, il allait y avoir un État, et que si nous étions vaincus, il n’y en aurait pas – et que nous ne serions plus là non plus, d’ailleurs ».
À la différence de Melanie Philips, qui ne fait que parler d’ « une terre », Avnery fut l’un de ceux qui envahirent la terre (de Palestine) et en chassèrent les habitants.
« Nous n’avons laissé aucun Arabe derrière notre ligne de front, et les Arabes firent de même ». Et pourtant, Avnery, contrairement à Melanie Philips, là encore, comprend que l’amalgame opéré par les sionistes entre peuple, terre et religion ne peut conduire qu’à la catastrophe.
Le péché originel d’Israël n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une recette de paix.
« Comment, dès lors », demande Avnery, « pourrions-nous résoudre la contradiction entre nos intentions et nos sentiments de l’époque où nous avons établi l’État et où nous l’avons payé de notre sang, purement et simplement, et l’injustice historique que nous avons infligée à l’autre côté ? »
Avnery poursuit : « La résolution de cette contradiction est nécessaire à notre santé mentale, en tant que nation et en tant qu’êtres humains, et elle est le premier pas vers une réconciliation future. Nous devons avouer et reconnaître les conséquences de nos actes, et réparer ce qui peut l’être, sans en désavouer pour autant notre passé et notre innocence juvénile. » Avnery s’échine à expliquer, plutôt qu’à justifier le péché de 1948, et néanmoins, il est en quête de réconciliation… Il comprend que l’État sioniste ne pourra qu’être voué à la destruction, à moins qu’il ait le courage d’affronter son passé.
J’aimerais que ceux qui apportent leur contribution au discours de la solidarité avec les Palestiniens aient le courage dont font montre Melanie Philips et Avnery.
J’aimerais qu’à l’instar de Melanie Philips, nous ayons le courage de mettre le signe d’égalité entre le sionisme et le judaïsme - mais afin de l’utiliser comme un levier critique.
J’aimerais que nous soyons capables de considérer la Nakba, à l’instar d’Avnery, avec peur et tremblement – mais pour en tirer la conclusion nécessaire, c’est-à-dire en exigeant le droit au retour chez eux des réfugiés palestiniens !
jeudi 21 mai 2009
Sept enfants juifs
De victimes à agresseurs : l'identité juive à la lumière de la pièce de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchillpar Gilad Atzmon, 4/5/2009. Traduit par Esteban García, édité par Fauto Giudice, Tlaxcala
Original: From Victimhood to Aggression: Jewish Identity in the light of Caryl Churchill’s Seven Jewish Children
Español: De víctimas a agresores: la identidad judía a la luz de la obra de teatro Siete niños judíos, de Caryl Churchill
L'identité est un concept vraiment vicieux. Elle peut signifier plusieurs choses opposées à la fois, mais elle peut aussi ne rien signifier du tout. On peut commencer à se poser des questions sur l'identité elle-même dès qu’il y a danger de la perdre. Le cas de l'identité juive en est un bon exemple. D'après ce que disent les livres de littérature et d’histoire, les juifs ont commencé à explorer la notion de leur identité après avoir été émancipés, assimilés et après l'effondrement de l'autorité des rabbins. Bref, les juifs ont commencé à se demander ce qu’ils étaient une fois dissoute la notion qu'ils avaient d’eux-mêmes en tant que collectif. Tout indique que la notion d'identité juive est née pour remplacer la notion orientée racialement, tribale et rabbinique du juif par un discours « libéral » acceptable et tolérant qui aspirerait à une conscience universelle.
À l'ère post-moderne, l'identité est considérée comme un moyen d'imposer une sorte de légitimité à la séparation en tant que conscience collective civile et politique décente. De manière générale, l'identité est un concept social qui permet à la figure considérée comme marginale de célébrer son symptôme d’unicité tout en se considérant comme un membre parfaitement qualifié d’une plus vaste société ouverte. La politique identitaire, en conséquence, est un concept qui intègre les diverses marginalités dans une image idéale fantasmée de la société multiculturelle et multiethnique.
Alors que la politique identitaire est centrée sur une célébration imaginaire des différences dans un monde lui-même considéré comme un village cosmopolite et global, l'identité juive (quelle que soit sa position politique, de gauche, du centre ou de droite) est un scénario unique qui est là pour jouir de tout sans rien offrir en échange. La politique identitaire juive cherche la légitimité avec l’exigence que l’on accepte et respecte les juifs pour ce qu’ils sont : leur histoire, leur souffrance, leurs croyances religieuses et leur culture, mais tandis qu'ils exigent la reconnaissance ils oublient étonnamment d'assimiler toute notion de tolérance envers les autres. Toutes les tendances de la politique identitaire juive maintiennent un code d’appartenance élémentaire et fondamentalement tribale. Qu'il s'agisse de sionistes de droite - qui tiennent à l'identité juive aux dépens du peuple palestinien -, ou des Juifs pour la Justice gauchos qui, pour quelque raison, célébrent leurs aspirations à la paix dans un club exclusif pour juifs -, il apparaît que le spectre entier de l'identité politique juive est une indivisible pratique tribale et reflète l’absence d'une authentique conscience de ce que le fait de vivre parmi les autres exige l'acceptation d'attitudes universelles.
Un examen rétrospectif de l'histoire permet de découvrir ce modèle de comportement. En tenant compte que le discours identitaire a commencé en réaction à la désastreuse réalité nationaliste du XXème siècle, il a permis de donner un sens d’appartenance à une réalité civique tolérante de formation récente. Mais la politique identitaire juive a pris un cours différent. Dans le concept d'identité juive, la souffrance et l’état de victime sont établis comme des symptômes exclusivement juifs. Pour un juif, avoir son identité signifie garder la douleur juive, visiter et revisiter l'agonie. Être juif c’est croire religieusement à l’holocauste. Être juif signifie être persécuté. Être juif c’est être capable de trouver des antisémites sous chaque pierre et à chaque coin. Être juif c’est faire la chasse à des nazis séniles jusque dans leurs tombes. Le pardon ne semble pas faire partie de la vision des tenants en chef de la politique identitaire juive.
Avec cette notion et en tenant compte du projet expansionniste du sionisme, il n’est pas surprenant que l'idéologie collective juive se soit transformée en un balancement schizophrène et bipolaire entre victimitude et agression.
Vidéo de Sept enfants juifs (sous-titrée en français)
De vrais mensonges
L'œuvre de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchill, écrite et représentée pendant la campagne militaire dévastatrice israélienne à Gaza, éclaire sur la confusion qui existe dans l'identité juive. Il s'agit d'un voyage historique de la victimitude à l'agression. En neuf petites minutes seulement, nous assistons à une trajectoire qui débute pendant l’horreur de l’holocauste,
Ne lui dis pas qu'ils vont la tuer
Dis-lui que c’est important qu'elle ne fasse pas de bruit
[…]
Dis-lui qu’elle se blottisse dans le lit
pour finir, à un moment donné, avec les Israéliens dans le rôle des nazis :
dis-lui qu’ils sont des animaux qui vivent maintenant parmi les décombres, dis-lui que peu m'importerait si nous les exterminions, […] dis-lui que lorsque je vois une de leurs fillettes couvertes de sang je suis heureux car cette fillette couverte de sang, ce n'est pas elle…
Même si la lecture que Churchill fait de l'histoire juive récente, la transformation qui part de l'innocence et qui va jusqu'à la barbarie la plus impitoyable n'est pas nouvelle, le message est exprimé d'une manière intensément profonde et sensible.
Mais il y a un autre aspect beaucoup plus caché dans l'œuvre de Churchill, qui, en général, est rarement discuté ou commenté. Churchill, tout comme d'autres auteurs impliqués dans l'analyse de l'identité juive, a très bien détecté les qualités élastiques inhérentes à l'identité, l'histoire et la réalité juives. Les juifs peuvent être tout ce qu’ils veulent pourvu que cela serve à une cause ou à une autre. Il en résulte que leur discours n’est ni cohérent ni constant
Dis-lui que c’est un jeu (comme si nous autres, les juifs, étions au-dessus de tout)
Dis-lui que c’est grave (comme si maintenant nous étions en train de couler)
Mais ne l’effraie pas (comme si de nouveau nous étions au-dessus de tout)
Ne lui dis pas qu'ils vont la tuer (comme si tout était sur le point de s’achever dans les secondes à venir)
L'historien israélien Shlomo Sand a analysé les qualités fantasmatiques du discours historique juif dans son livre récent Comment le peuple juif fut inventé. Sand parvient à démontrer sans aucun doute raisonnable que le peuple juif n'a jamais existé comme une « race-nation » et n’a partagé aucune origine commune. Au contraire, ils sont un mélange bariolé de groupes qui à diverses époques de l'histoire se sont convertis à la religion juive. De même, à un moment donné ils se sont inventé une identité nationale. La triste réalité est que les qualités fantasmatiques inhérentes à la politique identitaire juive n'empêchent pas que les juifs célèbrent leurs aspirations aux dépens du peuple palestinien. La raison est très simple, Sand le démontre sur le plan académique et Churchill la transmet sur le plan théâtral : l'identité juive est domaine extrêmement flottant.
Dis-lui que ses oncles sont morts
Ne lui dis pas qu'ils les ont tués
Dis-lui qu'ils les ont tués
Ne l'effraie pas.
Le discours juif est l'art de raconter une histoire complètement étrangère aux faits ou à la vérité. En ce sens, il faut s’assurer de ne pas dire à la fillette « qu'ils les ont tués» pour qu'elle puisse garder le rêve cosmopolite. Ou peut-être est-il préférable que « dis-lui qu'ils les ont tués » pour qu'elle retourne au ghetto avec nous. Une autre possibilité c’est qu'elle puisse apprendre la leçon nécessaire et qu’elle s’inscrive dans l'armée pour tuer les ennemis d'Israël. Dans chacun des deux cas, il faut s'assurer de « Ne pas l’effrayer», comme si elle n'était pas déjà suffisamment effrayée.
L'identité juive est une forme de détachement tactique. Il s'agit d'une stratégie méthodologique qui crée un ordre symbolique imaginaire avec un programme clairement pragmatique,
Dis-lui qu'ils ont des kilomètres et des kilomètres de terres qui sont à eux, mais en dehors d'ici
avec cela on fait croire à la petite fille que les Palestiniens et les Arabes sont littéralement la même chose.
Dis-lui encore une fois que cette terre promise est la nôtre
comme si les juifs étaient collectivement un peuple, comme si leur origine était à Sion, comme si la promesse biblique avait une validité notariale, comme s'ils croyaient vraiment en la Torah.
dis-lui que peu m’importe si le monde nous hait,
dis-lui que nous autres haïssons mieux,
dis-lui que nous sommes le peuple élu,
Tout comme Sand, Churchill expose de manière éloquente le niveau zéro d'intégrité dans le noyau, dans le discours et dans le narratif de la cause nationale juive. Le projet historique juif n’est pas de dire la vérité. Au contraire, ce qu’il cherche c’est à créer une « vérité » qui s’adapte à ses besoins tribaux d’aujourd’hui. Il y a une vieille blague qui se moque des idéologues marxistes. Elle raconte que si les faits ne cadrent pas avec le déterminisme marxiste des livres de texte, ce que l’on doit faire c’est changer les faits. Le discours de l'identité juive utilise exactement la même stratégie. Des faits et des mensonges sont fabriqués au fur et à mesure. En quelques mots, ce que tu dois faire c’est « lui dire » que quelquefois nous avons besoin d'être des victimes innocentes et d'autres fois de piller, tuer ou pilonner avec des armes de destruction massive. Tout dépendra de ce qui conviendra le mieux à un moment donné à nos intérêts tribaux.
Caryl Churchill
Victimitude : naissance d'une collectivité
Churchill semble être extrêmement perspicace quand elle décrit les effets destructeurs de la politique identitaireité juive qui transforme l'État juif en une machine à tuer de sang-froid :
dis-lui que peu m'importe si le monde nous hait
dis-lui que nous-autres haïssons mieux (comme si elle ne le savait pas déjà après la destruction de Gaza)
dis-lui que nous sommes le peuple élu (comme si elle ne s’en était pas encore déjà rendu compte)
Mais il convient de s’interroger sur l'identité de cette fillette innocente à laquelle se réfère Caryl Churchill. Qui est la protagoniste qui reçoit tous les messages du texte, quelle est l'identité occulte qui suit chaque ligne de cette fascinante œuvre de théâtre ?
L'image de victime d'une jeune innocente est un des piliers de l'identité juive et de l'image de victime du juif postérieur à l’holocauste. Anne Frank est probablement le personnage le plus célèbre dans ce genre littéraire. Mais en même temps qu’elle est victime innocente, Frank est extraordinairement efficace comme objet culpabilisateur des gentils.
Représentation de Sept enfants juifs à Londres
Comme tout le monde sait, Anne Frank est morte tragiquement à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Elle n'a pas pu jouir du nouveau-né « État pour les seuls juifs ». Toutefois, dans le contexte de la politique identitaire juive, Anna Frank a été adoptée comme icone culturelle juive par un processus de transmission collective. En pratique, elle est parfaitement intégrée dans le cœur de tout individu qui s’identifie comme juif. Ceux qui succombent à la notion d'identité juive insistent à se considérer comme innocents et sans défaut. À partir de la perspective politique identitaire juive, la nation juive est une tribu peuplée de millions d’innocentes Anne Frank.
Je me permets de suggérer que la fillette de Churchill est la métaphore du « peuple d'Israël ». La récente nation juive est un concept très jeune noyé dans la rectitude et l'innocence. La fillette réceptrice de l'action de l'œuvre est là pour donner une image d'innocence sans défaut. Mais cette innocence métaphorique de la fillette est aussi ce qui transforme les crimes d'Israël en quelque chose de si sinistre. À la lumière de la propagande israélienne, qui présente l'État juif comme une entité intègre, innocente et vulnérable, la réalité horrible de la barbarie qu’elle met en pratique conduit à une dissonance cognitive inévitable.
La réalité du nettoyage ethnique raciste de l’« État pour les seuls juifs », avec les images de la machine de guerre israélienne qui largue des tonnes de phosphore blanc sur les Gazaouis ne laisse guère de place au doute. Israël n'a rien à voir avec l'auto-image fantasmatique « d'une fillette innocente », qui met en très mauvaise situation le projet publicitaire de la hasbara (propagande) israélienne, car il s'agit d'une fillette horriblement inquiète qui est passée de l’état de victime à celui de bourreau en donnant peu après des preuves d’une férocité, d'un sadisme et d’une monstruosité sans égal.
Dis-lui qu’aujourd’hui c’est nous qui avons la main de fer, dis-lui que c’est la brume de la guerre, dis-lui que nous n’arrêterons pas de les tuer tant que nous ne nous sentirons pas en sécurité, dis-lui que j’ai ri quand j'ai vu les policiers morts, dis-lui qu’ils sont des animaux qui vivent maintenant parmi les décombres, dis-lui que peu m'importerait si nous les exterminions,
Tout laisse supposer que nous sommes face à une nation immature et gravement perturbée, devant une fillette narcissique qui s’adore elle-même et vit terrorisée face à sa propre cruauté. Elle est comme la jeune sadique terrorisée par ses démons intérieurs. Quand les Israéliens s’aiment autant, et qu’ils croient encore plus en leur innocence fantasmatique, ils craignent d’autant plus que les non -uifs soient aussi sadiques qu’eux-mêmes au moment où ils ont donné les preuves qu’ils l’étaient. Ce mode de comportement est ce que la psychiatrie appelle projection.
Dis-lui que nous l’aimons.
Ne l’effraie pas.
Ainsi se termine l’œuvre de Caryl Churchill. Tout laisse supposer que les juifs ont une bonne raison d’être effrayés : leur État national est une entité génocidaire et raciste.
Après la Shoah, les juifs ont eu l'occasion de changer leur destin, de tourner la page. Ils pouvaient aussi explorer collectivement la notion de pardon et de miséricorde. Quelques-uns de leurs intellectuels ont insisté sur le fait qu'ils devraient se situer à l'avant-garde de la lutte contre le racisme et l’oppression. Mais il fallu seulement six décennies pour que l'État national juif s'établisse comme l'État national raciste par excellence, qui fait usage des tactiques sadiques impitoyables et oppressives. « Ne l’effraie pas », dit Churchill. Franchement, la fillette a toute la raisons du monde d’être effrayée. Si elle avait une fois le courage de se regarder dans le miroir, le résultat serait sérieusement dévastateur.
Télécharger le texte de la pièce en français
Sept grosses ficelles de hasbara
par Gilad ATZMON, 18/5/2009 . Traduit par Marcel Charbonnier. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Español: Siete trucos sionistas
Je suis allé voir la pièce « Seven Other Children » (Sept autres enfants), une production malhabile censée contrer la pièce hautement appréciée de Caryl Churchill ‘Seven Jewish Children’.D’après la presse juive, cette pièce d’une durée de sept minutes a été écrite par un “Goy” du nom de Richard Stirling, qui avait été bouleversé par la représentation des faits donnée par la pièce de Caryl Churchill, qu’il avait jugée « injuste » et « déséquilibrée ». En réalité, Stirling a créé une « contre-production », une pièce de sept minutes unilatérale et pro-sioniste qui tente désespérément de jeter un jour défavorable sur les Palestiniens. Reste que, contrairement au texte phénoménal et stimulant pour la réflexion de Mme Churchill, Stirling manque de talent, son texte est dépourvu d’esprit et de profondeur. Contrairement à Mme Churchill, qui a réussi à bâtir sa pièce d’une manière profonde et quasi magique sur certaines strates très profondément enfouies du discours identitaire juif, Stirling s’empêtre dans une adaptation banale de la transition opérée par Mme Churchill entre un binôme victimitude / agression et une réalité théâtrale palestinienne.
Pâle imitation du canevas innovateur de Mme Churchill, la pièce Sept Autres Enfants (Seven Other Children) de Stirling est constituée d’une brève succession de scènes : la pièce commence avec la Nakba de 1948, l’épuration de la Palestine , par les Israéliens, de sa population indigène et de ses terres, pour finir par la réalité palestinienne actuelle, que Sterling, de manière ahurissante, portraiture en « endoctrinement à la haine ». Imitant le canevas choisi par Mme Churchill, le message est délivré en de courtes phrases prononcées par des adultes s’adressant à des enfants palestiniens imaginaires. En pratique, le dialogue, chez Mme Churchill, composé de courts segments commençant par « Dites-lui… Ne lui dites pas que… », est remplacé, par Stirling, par : « Demandez-lui… Ne lui demandez pas si… »
Il n’y a pas grand-chose à dire, au sujet de cette pièce ; en effet, le mauvais art ne mérite pas qu’on s’y arrête. Apparemment, même la presse sioniste a été découragée par sa médiocrité, et elle n’a pas écrit grand-chose à son sujet. Toutefois, nous pouvons voir dans cette pièce une occasion de jeter un coup d’œil plus profondément dans l’idéologie et la praxis tribales. Nous avons des choses à apprendre des préceptes qui ont fait de cette production intellectuelle un flop théâtral inéluctable.
Comme je l’ai exposé dans un précédent article, c’est Mme Churchill qui est à l’origine du format théâtral particulier en plaçant une jeune femme juive en interlocutrice de la métamorphose de la victimitude israélienne en brutalité collective. Sterling, quant à lui, a choisi de placer un enfant mâle, du côté du protagoniste absent de sa pièce. La différence saute aux yeux. Alors que la représentation, par Mme Churchill, de la « narration juive » à l’intérieur d’un cadre efféminé est quelque chose qui est susceptible de renvoyer à une équation analogue établie par le philosophe misogyne Otto Weininger, il y a de cela un siècle, pour Stirling, l’identité palestinienne est représentée par une jeune voix masculine.
Autant le juif, chez Mme Churchill, est submergé par une imagerie phantasmatique de victimitude, le garçon palestinien de la pièce de Stirling est un personnage auto-affirmé. Il est à la veille de devenir un combattant. Puis-je suggérer l’idée, à ce stade, qu’étant donnés les échecs de l’armée israélienne dans toutes ses campagnes militaires, ces dernières années, et en ayant à l’esprit les images diffusées par les services de la hasbara* israélienne, de juifs traumatisés et sanglotant à Sderot, le choix de portraiturer les juifs sous les traits d’une fillette ne manque pas d’à-propos. Pourtant, nous devons nous rappeler aussi que la réalité, sur le terrain, ne laisse que peu d’espace au doute. Ce sont bien les Israéliens qui sèment la mort en masse tout autour d’eux. Ce sont bien les Israéliens qui balancent des armes de destruction massive sur des civils. Ce sont les Israéliens qui mettent en application une philosophie nationale raciste criminelle.
Et c’est les Palestiniens qui voient, de fait, leurs villes et leurs villages être transformés en camps de concentration par l’État juif. Incorporer les visions de Churchill et de Stirling dans une réalité unique nous donnerait une claire image d’une fille bestialement névrosée ayant enfermé un garçon naïf et confus dans une cave dont elle aurait jeté la clé. Le simple fait d’y réfléchir une seconde supplémentaire révèle la vérité, et la vérité est dévastatrice. Il ne s’agit pas simplement d’une réalité théâtrale lointaine, c’est bel et bien la réalité vraie de l’État juif et de sa brutalité. Toutefois, en réalité, le garçon grandit et sort, lentement mais surement, de sa naïveté. Le voici désormais déterminé à se libérer, en dépit de tous les obstacles. Et c’est ce qu’il fera !
Il est également important de mentionner que la tentative déployée par Stirling de présenter le narratif palestinien comme une transition de la victimitude à l’agression est non seulement totalement dépourvue d’imagination, mais totalement erronée : elle est trompeuse et elle n’est probablement que le résultat d’une banale projection siono-centrique.
Contrairement aux juifs, qui ne cessent de défendre leur souffrance historique par les moyens institutionnels et juridiques, les Palestiniens ne pensent même pas à se présenter en tant que victimes. De même, l’agression dont fait preuve l’État juif au nom du peuple juif et avec l’approbation de ses partisans institutionnalisés, ne saurait être translittérée dans la réalité palestinienne ou dans le discours identitaire palestinien. Les Palestiniens se battent en vue de leur libération, ils combattent légitimement pour recouvrer la liberté. En aucune manière votre combat pour la liberté ne saurait prendre la forme de l’agression, à moins que vous soyez sioniste, un Gentil crypto-sioniste de service (un Goy du shabbat), ou alors les deux à la fois.
Voilà qui suffit à établir le fait que la prémisse de la pièce était extrêmement fragile. Toutefois, il convient de soulever certaines problématiques concernant tant la pièce elle-même que ce qui a pu en motiver l’écriture. Les lobbys et les blogs juifs qui font la promotion de la pièce de Stirling insistent sur le fait que Mme Churchill n’aurait pas su représenter le conflit de manière équitable. C’est là un argument lamentable, proche de verser dans le pathétique. Depuis quand les artistes sont-ils tenus à être impartiaux ? Depuis quand un artiste est-il tenu de faire une présentation équilibrée des choses ? Les artistes sont voués à la beauté. Ils sont manifestement capables de faire passer un message à travers la beauté. Imposons-nous une exigence d’impartialité à Shakespeare ou à Picasso ? Mais nous pouvons aller encore plus loin : les militants juifs qui sont tellement dévastés par la pièce de Mme Churchill ont-ils protesté contre Spielberg en raison de sa présentation « unilatérale » des conditions politiques et sociales de l’époque des faits, dans son film « La Liste de Schindler » !
Pourtant, manifestement, ce film a échoué à faire entendre ce que les nazis avaient à dire. A l’évidence, aucun être raisonnable ne formulerait une telle exigence. Et pourtant, comme dans le cas de la lutte contre le racisme, l’activisme ethnique juif tombe dans le même genre de piège. Le militant antiraciste juif n’est pas contre le racisme en général. Non : il est seulement opposé au racisme antijuif. De la même manière, les militants juifs tribaux ne sont nullement en train de s’efforcer, ici, de promouvoir un nouveau schème de « d’exposition équilibrée des faits en matière artistique ». Non : en réalité, ils insistent simplement sur le fait que les juifs devraient apparaître davantage à leur avantage, dans une pièce de théâtre donnée.
Apparemment, les lobbys sionistes du Royaume-Uni mettent actuellement une pression énorme sur tout théâtre procédant au montage de la pièce de Mme Churchill, exigeant que la pièce « gentille » qui a leur prédilection soit présentée en parallèle, sans aucun égard quand à la question de savoir si elle a les qualités requises ou si elle en est totalement dépourvue, ce qui est d’ailleurs le cas. Je suppose qu’étant donné que je joue moi-même tous les soirs et que chacun de mes shows est un meeting pour la Palestine , il ne faudra pas longtemps aux mêmes lobbys tribaux pour sponsoriser des manifestations jazzistiques supposées contrer les miennes. Ils pourraient même (pourquoi pas) apprendre à l’heureux saxophoniste de leurs rêves à jouer ma musique à l’envers !?
Quand on y réfléchit, une chose est parfaitement évidente. Naguère, les principales scènes londoniennes étaient réservées à des projets de la hasbara sioniste. La cause palestinienne ne pouvait être célébrée que dans quelque théâtre alternatif, dans quelque centre communautaire ou dans quelque église. Mais ça, ça a officiellement changé. La pièce de Mme Churchill a été jouée au Royal Court Theatre, et elle a favorablement retenu l’attention de l’ensemble des médias britanniques. Le pastiche sioniste commis par Stirling est cantonné, de manière humiliante pour son auteur, dans un minuscule théâtricule du quartier d’Hampstead. Elle est jouée quasi-exclusivement devant un public juif. On pourrait, à raison, affirmer que le discours palestinien revendique avec succès, aujourd’hui, la grande scène, tandis que le discours sioniste semble tirer la langue, loin derrière.
Dans sa pièce, Stirling ne cesse de demander au garçon palestinien :
« … Pourquoi n’avons-nous pas d’amis ?... » « Demande-lui de citer ne serait-ce qu’un seul de nos amis ! »
Mais, à la scène finale, celle qui est une réflexion sur Gaza lors de la guerre de 2009, Stirling lui-même prend soudain conscience du fait que les Palestiniens ont tellement d’amis qu’ils pourraient en revendre !
« Demande-lui s’il sait, à propos de nos amis,
Demande-lui s’il sait que ces amis n’ont pas d’amis,
Demande-lui s’il sait, à propos de nos amis, en Europe »
Manifestement, Caryl Churchill et le Royal Court Theatre ne sont que deux parmi de très nombreux amis des Palestiniens !
Mais Stirling n’est pas seul, lui non plus : il a désormais au minimum sept bloggers sionistes, qui prétendent être ses amis. L’activiste notoire de la diffamation israélienne David Hirsh fait en effet sa promo, le site emblématique siono-néocon Harry’s Place lui donne un espace, un autre blog juif, appelé OyVaGoy menace d’exploser de libido. Avec de bons amis tels ceux-là, Stirling ne va pas tarder à se rendre compte que dès lors que ses associés cacher auront fini d’agresser jusqu’au dernier théâtre de ce pays, il n’aura plus qu’une chose à faire, et très vite : envisager de changer de carrière. A en juger à sa pièce, et au vu de ce dont Stirling est capable, ça ne sera pas une grande perte pour le théâtre britannique !
Il faudrait toutefois qu’une âme charitable rappelle à Stirling qu’un examen historique courageux de la réalité du sionisme au 20ème siècle ne pourra que révéler le fait dévastateur que le projet sioniste n’a jamais eu un seul ami véritable. Non : en lieu et place d’amitié, ce qu’il a eu, c’est le pouvoir – nuance ! Le sionisme est influent, il détient toujours énormément de pouvoir. Mais le pouvoir et l’amitié sont des catégories très éloignées l’une de l’autre…
Dans la pièce de Stirling, les derniers mots que l’on adresse à l’enfant (palestinien) ont pour fonction de laisser l’auditoire juif dans un total désarroi :
« Demande-lui si Hitler s’est trompé »
Comme si les Palestiniens étaient mus par la haine raciale envers les juifs, comme s’ils l’avaient été à un quelconque moment !? Quelqu’un devrait avoir la charité d’expliquer à M. Richard Stirling qu’en réalité, c’est de fait l’État juif qui applique des lois raciales envers les Palestiniens, et pas seulement eux. C’est l’État juif qui enferme des millions de personnes derrière des fils de fer barbelés. C’est l’État juif qui écrabouille des quartiers entiers sur leurs habitants. C’est l’État juif qui observe, systématiquement, la doctrine hitlérienne. Les Israéliens, par conséquent, d’une façon ou d’une autre, sont certainement sincèrement convaincus que le petit moustachu pensait juste, quant à lui.
Note :
* hasbara : mot hébreu signifiant « explication », désignant la propagande, le bourrage de crâne (sionistes).