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mercredi 11 avril 2012

L’histoire et la culture selon Ali Abunimah, par Gilad Atzmon




Dans le clip ci-dessus je réfléchis sur l’attitude d’Ali Abunimah vis-à-vis de l’histoire et de la culture.
Je soutiens que si Israël se définit comme l’État des juifs et ses chars d’assaut sont décorés avec des symboles juifs, nous sommes en droit de nous demander qui sont les Juifs et que sont le judaïsme et la judéité. Dans mes écrits j’essaie de comprendre le rôle et l’impact de la culture juive dans la politique israélienne et la politique juive, car je le crois nécessaire pour atteindre la paix dans la région et au-delà.
Cependant Ali Abunimah n’est pas d’accord. En réponse à un exposé que j’ai fait en Décembre 2010 pendant la Conférence de Stuttgart pour un seul État, il a suggéré que l’histoire et la politique sont étrangères à la culture, laquelle est une position inhabituelle qui contredit tous les principes intellectuels et philosophiques de l’humanité, de l’histoire, de la politique et de la culture.
Abunimah dit : « Parler de la culture juive est une erreur, parce que ces mêmes arguments pourraient utilisés contre n’importe qui. Nous pourrions donner la faute à la culture allemande pour l’histoire de l’Allemagne... ».
Quelqu’un devrait dire à Abunimah que c’est exactement ce que font les intellectuels, les historiens et les politologues : ils enquêtent sur l’origine des pensées politiques dans la culture, l’idéologie, la religion et le patrimoine. Par exemple, ceux qui étudient l’époque nazie essaient de comprendre ce qu’elle devait à l’influence de Wagner, des symphonies allemandes, de la culture protestante, de la philosophie allemande, du traité Des Juifs et leurs mensonges de Martin Luther, d’Hegel et de l’esprit allemand, du pré romantisme allemand, de la Lebensphilosophie, de Heine, d’Athènes contre Jérusalem et ainsi de suite.
Pour moi il est évident qu’Abunimah n’a pas bien réfléchi sur ce qu’il a dit. Mais il n’est jamais trop tard pour admettre une erreur et la rectifier.

Collection Résistances, Editions Demi Lune
Traduit de l'anglais par Marcel CHARBONNIER
Traduction française de l’ouvrage de Gilad ATZMON The Wondering Who? également disponible dans la boutique en ligne du Réseau Voltaire.



dimanche 18 mars 2012

Granting No Quarter? Gilad Atzmon's Response To Ali Abunimah & Co.“Pas de quartier” ? La réponse de Gilad Atzmon à Ali Abunimah & Co. ¿Sin cuartel? La respuesta de Gilad Atzmon a Ali Abunimah y Cía.

Back in 2005, seven years ago, our friend Gilad Atzmon was indirectly linked to the birth of Tlaxcala. At that time one of the founding members of this group had interviewed him and the many translations that we made of that interview were the germ of what is today the international network of translators for linguistic diversity. This month Gilad has been the subject of a senseless attack in the U.S. – where he is on tour to present his book “The Wandering Who?” – through a petition of signatures entitled “Granting No Quarter.” Such a pamphlet is headed by the signature of Ali Abunimah, a Palestinian-born US-American citizen who lives in Chicago, from where he runs the website Electronic Intifada. It seems reasonable to wonder what are the objectives of such a a lynching and who is behind the writing of that letter, apart from Abunimah & Co. Below, readers will find both the declaration of war and the response by Gilad Atzmon.- Tlaxcala
Notre ami Gilad Atzmon, qui est indirectement à l’origine de la création de Tlaxcala en 2005 – c’est à l’occasion de traductions en diverses langues d’une interview de lui que le noyau fondateur de ce réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique s’était connu -, vient de faire l’objet d’une attaque insensée aux USA, où il se trouve en tournée pour présenter son livre The Wandering Who ? Cette attaque a la forme d’une pétition intitulée « sans quartier ». Cet appel calomnieux semble avoir été rédigé et lancé par Ali Abunimah, un citoyen usaméricain d ‘origine palestinienne résidant à Chicago qui dirige le site Electronic Intifada, dont est en droit de se demander quels buts il poursuit avec cet appel au lynchage et s’il est le seul auteur de ce texte. Nous publions la réponse de Gilad Atzmon, ainsi que l’appel de ceux qui lui déclarent la guerre.-Tlaxcala
Hace siete años, en 2005, nuestro amigo Gilad Atzmon participó de manera indirecta en el nacimiento de Tlaxcala. Por aquel entonces uno de los fundadores de este colectivo lo había entrevistado y las múltiples traducciones que hicimos de aquel encuentro fueron el germen de lo que hoy es la red internacional de traductores por la diversidad lingüística. Ahora, Gilad acaba de ser objeto de un ataque sin sentido en USA –donde se encuentra de gira para presentar su libro “The Wandering Who?– bajo la forma de una petición de firmas titulada “Sin cuartel”. Este libelo está encabezado por la firma de Ali Abunimah, un ciudadano usamericano de origen palestino que vive en Chicago, desde donde dirige el sitio web Electronic Intifada. Es lícito preguntarse qué objetivos persigue un linchamiento como éste y quién está detrás de la escritura de la carta, aparte de Abunimah y Cía. A continuación, los lectores encontrarán la declaración de guerra y la respuesta de Gilad Atzmon.- Tlaxcala

jeudi 28 mai 2009

Le monstre à trois pattes

par Gilad ATZMON, 23/5/2009. Traduit par Marcel Charbonnier et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : The Three-Legged Monster
Español : El monstruo de tres patas

Contrairement à ses frères et sœurs cosmopolites, qui diffusent le sionisme et le racisme tribal en se revêtant d’oripeaux libéraux et progressistes, Melanie Philips est, quant à elle, très directe. L’autre jour, elle a défini ce qu’est le sionisme, à ses yeux, d’une manière particulièrement limpide :

« Le sionisme », écrit-elle, « c’est simple : c’est le mouvement d’autodétermination du peuple juif. Et ce mouvement a plus de sens que n’importe quel autre mouvement de libération nationale, parce que le judaïsme repose sur trois pieds : le peuple, la religion et la terre. Qu’un seul de ces trois pieds vienne à être amputé, parce que sa légitimité aura été niée, et c’est l’ensemble qui s’écroule. C’est la raison pour laquelle l’antisionisme est bien davantage qu’une prise de position politique agaçante : c’est une attaque frontale, contre le judaïsme lui-même. »

Melanie Philips ne laisse que très peu d’espace à la spéculation intellectuelle. Pour elle, non seulement le sionisme est un mouvement national légitime, mais ce mouvement « a plus de sens que n’importe quel autre », parce qu’il « repose sur « trois pieds ».

À y réfléchir ne serait-ce qu’une seconde, c’est en effet, vraiment important, pour quelque chose, de reposer sur trois pieds. Personnellement, je ne repose que sur deux jambes (et des poussières…). D’ailleurs, à l’occasion, quand je me tiens debout, à poil, devant un miroir, j’aimerais vachement être le sionisme…

Comme l’affirme mordicus Melanie Philips, le sionisme est en effet un amalgame de trois ingrédients juifs : le peuple, la terre et la religion. C’est cette mixture même qui fait du sionisme un narratif épique triomphant. C’est cette mixture qui a fait du sionisme, de manière de plus en plus accentuée au cours du vingtième siècle, l’identifiant collectif symbolique du peuple juif. C’est le sionisme qui est parvenu à réinventer le peuple juif en tant que nation dotée d’une aspiration lucide idéologique, spirituelle et géographique. Pourtant, autant le sionisme est quelque chose de parfaitement logique pour de très nombreux juifs de par le monde, il a de moins en moins de sens pour ceux qui n’ont pas l’heur d’être « élus », c’est-à-dire pour tout le reste de l’humanité. La raison est simple : les juifs sont certes libres de célébrer collectivement leurs symptômes, mais ils ne sont pas exactement fondés à le faire, dès lors que c’est au détriment d’autrui.

Le sionisme s’est arrangé pour interpréter le judaïsme comme un permis brutal de piller et de massacrer. Il a transformé un texte spirituel en plan cadastral. Il a essentiellement inventé la nation juive. Il a alors assigné à la nation nouvelle-née sa mission d’aspiration géographique immorale, non sans certaines conséquences coloniales et raciste calamiteuses.

L’on est fondé à se demander comment le sionisme a réussi à avoir un tel succès, comment il a pu s’en tirer à aussi bon compte avec ses crimes, et comment il a réussi à agir de la sorte aussi longtemps. En fin de compte, la mixture empoisonnée composée de « terre », de « religion » et de « peuple » se situe aux antipodes de la narration culturelle et politique occidentale de l’après-deuxième guerre mondiale (faite de cosmopolitisme / multi-culturalité / multi-confessionnalisme / frontières ouvertes)

J’ai tendance à penser que l’équation établie par Melanie Philips : « sionisme = judaïsme » est la plus efficace de toutes les tactiques sionistes. Elle conduit à une paralysie sévère de l’opposition la plus humaniste au sionisme. La raison est évidente : des êtres moraux ordinaires ne savent pas de quelle manière dés-emberlificoter les nœuds générés par cette formule explosive qui les conduit à la critique d’un système religieux.

De fait, une des façons possibles consiste à contester l’équation de Melanie Philips. Non, le sionisme n’est pas l’équivalent du judaïsme : le sionisme n’en est qu’une interprétation bornée et radicale. Il s’empare de la notion morale judaïque de l’élection, et il en fait un vulgaire programme politique de suprématie. Loin d’être le judaïsme, le sionisme est, en réalité, le visage authentique de l’idéologie juive. Le sionisme est raciste, le sionisme est chauvin, le sionisme est avide de puissance ; mais il est différent du judaïsme, car celui-ci est centré autour de la crainte de Dieu, alors que le sionisme n’a absolument peur de rien. Par conséquent, il est correct d’avancer que le fait de s’opposer au sionisme revient à s’opposer à l’idéologie juive ou à ce que j’appelle, pour ma part, la « judéité » [jewishness, par opposition à judaism, NdE].

Il faut rappeler que le sionisme se considère lui-même comme un mouvement rationnel et éclairé. Jusqu’à un certain point, en tant qu’idéologie et que praxis, il tente de se comprendre lui-même, et il recherche des explications ou, à tout lr moins, des justifications en des termes rationnels et historiques (plutôt qu’en termes éthiques). Melanie Philips, il faut le dire, propose une argumentation cohérente. Elle dit : « voilà ce que nous sommes », en suggérant que « leur » enlever ce droit serait leur dénier « leur » droit à l’existence

Je pense que le cadre de raisonnement de Melanie Philips est correct : c’est sa terminologie qui, en revanche, est légèrement trompeuse. Le sionisme n’est pas égal à la religion, mais, bien plutôt, le sionisme et la judéité sont intrinsèquement connectés. Si nous voulons réellement nous opposer au sionisme, nous allons entrer inévitablement en conflit avec l’idéologie juive. S’opposer au sionisme, c’est reconnaître que nous avons un problème avec les « trucs juifs ». Toutefois, il convient de noter que si des sionistes tels que Melanie Philips sont fondés à suggérer une identité entre le sionisme et le judaïsme, l’opposant au sionisme ne devrait pas hésiter à faire de même, et donc à étendre la critique du sionisme à l’idéologie juive et à ce qu’il y a éventuellement, au-delà.

Je l’ai déjà indiqué, de nombreuses fois, par le passé : comme de juste, ce sont, de fait, des dissidents sionistes et des dissidents israéliens qui semblent promouvoir le discours antisioniste et, cela, pour une raison toute simple : les dissidents israéliens sont loin d’être réticents à dénoncer leur passé collectif, ou à réfléchir sur lui. Contrairement aux activistes de gauche de la diaspora juive, qui sont prompts à rejeter toute complicité dans les crimes israéliens en criant : « pas en mon nom ! », certaines voix israéliennes dissidentes tendent à assumer leur responsabilité directe. Ceux-là comprennent la notion de culpabilité, et ils la transforment en responsabilité. Il y a, de cela, un mois, le quotidien israélien Haaretz a publié un article d’Uri Avnery, dans son édition spéciale du « Jour de l’Indépendance d’Israël ». Cet article, intitulé « Vivre avec la contradiction » [Living With The Contradiction’], était la tentative d’un humaniste israélien de se colleter avec son propre péché originel, dans le cadre d’une perspective historique.

Avnery est un écrivain absolument étonnant. Bien que j’aie tendance à ne pas être d’accord avec lui sur diverses questions, l’homme est, sans nul doute, porteur d’un message rationnel, dans cet État maudit. Contrairement à Melanie Philips, qui soutient le sionisme de loin, Avnery a combattu dans les commandos en 1948. Il fut lui-même impliqué dans la création d’Israël. « Nous savions que si nous remportions la guerre, il allait y avoir un État, et que si nous étions vaincus, il n’y en aurait pas – et que nous ne serions plus là non plus, d’ailleurs ».

À la différence de Melanie Philips, qui ne fait que parler d’ « une terre », Avnery fut l’un de ceux qui envahirent la terre (de Palestine) et en chassèrent les habitants.

« Nous n’avons laissé aucun Arabe derrière notre ligne de front, et les Arabes firent de même ». Et pourtant, Avnery, contrairement à Melanie Philips, là encore, comprend que l’amalgame opéré par les sionistes entre peuple, terre et religion ne peut conduire qu’à la catastrophe.

Le péché originel d’Israël n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une recette de paix.

« Comment, dès lors », demande Avnery, « pourrions-nous résoudre la contradiction entre nos intentions et nos sentiments de l’époque où nous avons établi l’État et où nous l’avons payé de notre sang, purement et simplement, et l’injustice historique que nous avons infligée à l’autre côté ? »

Avnery poursuit : « La résolution de cette contradiction est nécessaire à notre santé mentale, en tant que nation et en tant qu’êtres humains, et elle est le premier pas vers une réconciliation future. Nous devons avouer et reconnaître les conséquences de nos actes, et réparer ce qui peut l’être, sans en désavouer pour autant notre passé et notre innocence juvénile. » Avnery s’échine à expliquer, plutôt qu’à justifier le péché de 1948, et néanmoins, il est en quête de réconciliation… Il comprend que l’État sioniste ne pourra qu’être voué à la destruction, à moins qu’il ait le courage d’affronter son passé.

J’aimerais que ceux qui apportent leur contribution au discours de la solidarité avec les Palestiniens aient le courage dont font montre Melanie Philips et Avnery.

J’aimerais qu’à l’instar de Melanie Philips, nous ayons le courage de mettre le signe d’égalité entre le sionisme et le judaïsme - mais afin de l’utiliser comme un levier critique.

J’aimerais que nous soyons capables de considérer la Nakba, à l’instar d’Avnery, avec peur et tremblement – mais pour en tirer la conclusion nécessaire, c’est-à-dire en exigeant le droit au retour chez eux des réfugiés palestiniens !