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dimanche 17 novembre 2013

Une autre vision des bonnets rouges: des révoltés bretons mettent les points sur les i face aux délires médiatico-partidaires parisianistes

Nous publions avec plaisir cette mise au point salutaire, signée  Des révoltés bretons :

Le tea-party à la française, des identitaires, nazis, fascistes, des chiens du patronat, des esclaves qui défendent leurs maîtres, et ci et ça. Que de haine face au peuple qui était dans la rue samedi à Quimper, des personnalité-e-s politiques jusqu’aux citoyens de gauche, le risible n’a pas manqué de côtoyer le pitoyable.
Les médias aussi n’étaient pas en reste dans cette course à l’absurde, pendant et après la manifestation ils ne parlaient que des « casseurs ». Là-dessus il faut dire qu’on commence à avoir l’habitude, mais notons au passage que les « casseurs » n’ont rien cassé, pas de pillage, pas de mobilier urbain détruit si ce n’est quelques morceaux de trottoirs qui ont servi à faire des projectiles pour attaquer la préfecture. Par contre, le plus inquiétant est le traitement du mouvement des bonnets rouges avant la manifestation. Une sainte alliance s’est formée de Rue89 et l’Huma en passant par Le Monde jusqu’au Figaro, pour critiquer un mouvement qu’ils disent de droite et/ou d’extrême droite, à la solde du patronat, etc. Étrange comme alliance non ?
Sur la manifestation 
Rue89 a ainsi publié un article qui compare les bonnets rouges à la manif pour tous. Avec quelques camardes nous sommes allés à Quimper samedi et nous n’avons pas vraiment la même vision des choses, en même temps ce témoin se dit PS et nous anar. Mais au delà de ça, il raconte être arrivé sur le lieu de rassemblement en longeant des rangées de 4×4. Nous, nous sommes arrivés sur la place de la résistance avec un cortège de salarié de Lampaul qui se battent pour leurs emplois, sous des drapeaux Force Ouvrière et qui scandaient « Breton, français, un patron reste un patron ».
Ensuite une fois sur place nous avons noté quelques points de détails qui peuvent tout de même avoir leur importance. Comme d’habitude en manif, une sono envoyait de la musique avant les prises de paroles. Qu’est ce qu’on écoute donc dans les manifestations « du patronat et de l’extrême droite » ? Keny Arkana, Gilles Servat1, Manu Chao, les Ramoneurs de Menhirs qui reprennent la bellaciao avec le chant de l’Armée Révolutionnaire Bretonne. Très fasciste tout ça en effet… A noter aussi que pendant la manifestation on a entendu chanter bien fort « la jeunesse emmerde le front national ».
Autre détail, les couleurs affichées : en plus des nombreux drapeaux breton il y avait donc FO, Lutte Ouvrière, CGT, Front de Gauche, UDB, Breizhistance, SLB (trois organisations de la gauche bretonne), NPA, Les Alternatifs. Le plus à droite que nous avons vu était le Parti Breton. Pas de drapeaux français, sauf un qui a été déchiré devant la préfecture, pas de l’UMP, pas de FN. Pas de signe non plus des groupuscules fachos d’Adsav et Jeunes Bretagne, s’ils étaient là ils devaient être bien cachés. En même temps vu les antifascistes présents c’était peut être pas plus mal pour eux. La grande, et très ridicule, banderole « Hollande démission » était apparemment celle de fascistes, on le saura pour la prochaine fois. Des témoignages racontent aussi que les discours de gauche étaient hués pendant les prises de paroles. Aucune idée, nous pendant ce temps on essayait de forcer le passage vers la préfecture. D’ailleurs pour l’anecdote on a même vu un vieux au lance-pierre qui nous disait que ça lui rappelait Mai 68. Par contre quand le représentant du collectif pour l’emploi a fait un discours en fin de manifestation, pour réclamer plus de liberté d’entreprendre et pour cracher sur l’écologie et la décroissance, il se faisait huer aussi.
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Sur le mouvement des bonnets rouges
Alors oui, c’est un mouvement complexe, mais non ce n’est pas qu’un mouvement de droite, tout comme il n’est pas malheureusement que de gauche. Le seul trait idéologique commun est sûrement l’hostilité face à l’Etat jacobin centralisateur et la demande d’un pouvoir plus local, donc plus proche du peuple. Vous semblez nombreux à craindre ou à croire que ce mouvement soit de droite, mais pourquoi donc n’avez vous pas espoir qu’il devienne de gauche ? Mes camarades et moi qui étions à Quimper sommes de ceux qui ont cet espoir. Cinq heures d’affrontements pour attaquer une préfecture, symbole du centralisme et de la répression d’État, c’est quand même pas tous les jours dans une manif. Sans compter que ce n’était pas « une dizaine de casseurs » mais des jeunes, des vieux, des ouvriers, des pêcheurs, des paysans, des étudiants, etc. Le risque si cet espoir se perd, et c’est déjà le cas avec la contre manifestation de Carhaix, est de voir une prophétie-autoréalisatrice qui en effet servira le patronat. C’est à dire que les forces de gauche en disant que ce mouvement est de droite déserte la mobilisation, laissant la place aux forces de droite pour qu’il devienne de droite.
Sur les raisons de notre engagement
A ceux qui disent que tous les bonnets rouges défendent l’agroalimentaire, le patronat et les paysans accrocs à la monoculture et gavés de subventions, NON. Avec mes camarades nous étions de ces manifestants hostiles à ces façons de produire, mais nous avons vu qu’il faut faire une différence entre le court et le long terme. Nous étions mobilisés samedi car il y a des milliers de travailleurs qui vont perdre leurs emplois en Bretagne, des familles entières qui vont plonger dans la misère. Il y a une véritable urgence sociale, l’écotaxe n’en est pas la responsable mais elle ne va faire qu’accentuer ce phénomène. A long terme nous sommes nombreux à réclamer une autonomie politique et économique locale pour tourner la page de ce système capitaliste destructeur en vie humaines et en richesses naturelles. C’est évidement à long terme pour cela que nous nous battons, hier à Quimper et demain de nouveaux aux côtés des zadistes de Notre Dame des Landes, comme de nombreux bretons de gauche. Mais à court terme nous refusons de voir des milliers de travailleurs, qui triment au quotidien, être condamnés à la misère, c’est avec ces gens là que nous sommes allés manifester samedi, pas aux cotés du patronat.
Sur notre colère
Nous nous demandons donc : depuis quand le peuple de gauche se drape-t-il dans une pureté idéologique -aussi exécrable que la pureté ethnique- qui l’empêche de se battre aux cotés des classes laborieuses sous prétexte qu’elles s’opposent à une mesure dite écologique ( ce qui n’est pas le cas). Nous, et je pense que nous pouvons parler au nom de tous ces bonnets rouges de gauche, nous en avons assez de ces réflexions de petits bourgeois qui pensent avoir les plus belles idées sur la meilleur des sociétés à mettre en place et qui ne voient pas la misère à leurs pieds. Descendez donc de vos tours d’ivoires et détruisez les à coup de masse ! Oui à l’idéalisme mais n’oubliez pas les réalités du peuple au nom duquel la gauche porte un idéal.
Cette révolte des bonnets rouges est peut être le moyen de créer un vaste mouvement contre les politiques d’austérités. Peut être même cela va-t-il aboutir, comme la révolte de 1675, sur la contestation des privilèges de la noblesse, non plus de sang mais économique. Nous l’avons dit ce mouvement est complexe, rien n’y est joué, tout y est donc possible. Peut être ne fait il que commencer, c’est alors à nous peuple de gauche de s’en saisir au lieu de le critiquer en relayant les idées nauséabondes des chiens de garde médiatiques. Si vous voulez vous abstenir d’y prendre part, abstenez-vous donc par la même de nous traiter de capitalistes et de fachos, car pour les bonnets rouges qui sont comme nous bien à gauche et antifascistes c’est difficile à entendre.
Nous savons bien que tous les bonnets rouges n’ont pas nos idées, ainsi en va de la diversité populaire, mais nos idées ont leur place dans ce mouvement. Le fait est tout de même que les bretons sont aujourd’hui en révolte et nous souhaitons ardemment que ce feu dans la lande ne devienne pas feu de paille, mais au contraire un vaste incendie qui brûlera le patronat et l’État centralisateur. Nous souhaitons continuer le combat et nous vous invitons à le rejoindre pour y faire grandir ses forces de gauche. Vive les bonnets qui sont profondément rouges et que vive l’insurrection !
 Des révoltés bretons

1) Avec le morceau très connu ici La blanche hermine, que des fafs ont essayé de récupérer dans le passé, d’où la réponse de l’auteur dans Touche pas à la blanche hermine, chant révolutionnaire et antifasciste.
Source: Actualutte, 4/11/2013

vendredi 1 novembre 2013

"Torreben !" : Révolte des Bonnets Rouges-Acte I: contre le papier timbré (1675);Acte II : contre l'écotaxe (2013)

"Leur misère est si grande que l’on doit beaucoup appréhender les suites de leur rage et de leur brutalité. La misère les a provoqué à s’armer autant que les exactions de leurs seigneurs et les mauvais traitements qu’ils en avaient reçu, tant par l’argent qu’ils en avaient tiré que par le travail qu’ils leurs avaient fait faire continuellement."

 

Les 900 bonnets rouges offerts par Armor Lux

Une génération spontanée de bonnets rouges, référence à la fronde de 1675 contre l'impôt sur le papier timbré (lire en dernière page), est apparue sur la tête des manifestants, samedi, aux abords du portique de Pont-de-Buis. Génération spontanée ? Pas tout à fait. Ces bonnets rouges ont été livrés par Armor Lux. « La FDSEA nous a passé commande de 900 exemplaires, mercredi, par téléphone, expliquait, hier, Jean-Guy Le Floc'h, P-dg d'Armor Lux. Nous avions du stock en bleu marine, en rayé et en rouge. Nous avons donc réussi à livrer Thierry Merret, vendredi, veille de la manifestation. » Jean-Guy Le Floc'h ne fait pas mystère de sa solidarité avec les manifestants. « Nous n'avons pas à nous en cacher. La FDSEA a eu l'idée de remettre au goût du jour les bonnets rouges. C'est un beau symbole. »

« Nous avons vidé nos stocks »

Il martèle : « Les Bretons, chefs d'entreprise, comme leurs salariés, sont solidaires contre l'écotaxe. C'est à ce titre que les bonnets ont été offerts gracieusement à la FDSEA. Nous avons vidé nos stocks mais nous allons vite les reconstituer. Va savoir si une commande ne va pas arriver en cours de semaine... ».

Les Bonnets rouges de la révolte du papier timbré (1675)

Source : http://www.revolte-papier-timbre.com 



Dans un contexte de crise économique, la population, excédée par la pression fiscale de Louis XIV, refuse de nouveaux impôts sur le papier timbré et l'étain.

La révolte du papier timbré, démarrée dans les villes de France, gagne et s'amplifie dans les campagnes bretonnes.

Les paysans, en signe de ralliement et de révolte portent un bonnet.

Le balp en bonnet rouge avec le code paysan
Les Bonnets rouges de sébastien Le Balp Le bonnet rouge est le signe de ralliement des insurgés du centre ouest de la Bretagne (Poher)Sébastien Le Balp lève une armée bretonne de 6000 hommes. 30 000 autres volontaires bretons le suivent également sans armes.

Les insurgés du Pays Bigouden (sud-ouest de l'actuel Finistère) portaient un bonnet bleu. On parlait dans ces paroisses de révolte des Bonnets bleus.


100% de la Bretagne n'est pas en révolte, mais une grande partie ouest.(Cliquer sur la carte pour l'agrandir)
carte de bretagne des Bonnets rouges
Question à 1 milliard d'Euros : les colbertistes au pouvoir suivront-ils la voie tracée par leur grand ancêtre en envoyant les dragons mater ces salauds de Bretons ? Et les Bretons iront-isl jusqu'au bout de leur révolte, suivant la voie de leurs ancêtres ?

Bonnets Rouges
Proclamation du Code Paysan
(Dessin de Patrice Auffret)


Code paysan 1675 

Révolte des Bonnets Rouges

Source : http://www.contreculture.org/TB_Code_Paysan_1675.html


Ce code a été proclamé par les Bonnets Rouges, les paysans bretons révoltés en 1675.
En septembre 1675, Sebastian Ar Balp, rassemblera jusqu'à 30 000 hommes. Le duc de Chaulnes sera chargé de la répression au nom de Louis XIV. Celle-ci sera effroyable : massacres de femmes et d'enfants, tortures, viols, incendies. Des centaines de rebelles seront pendus et et des centaines d'autres envoyés aux galères.

Entre parenthèses : explication, ou alternative pour un mot difficilement lisible.
Entre crochets et en italiques : reconstitution d’un mot illisible sur le document original.


Copie du règlement fait par les nobles habitants des quatorze paroisses unies du pays Armorique situé depuis Douarnenez jusqu'à Concarneau, pour être observé inviolablement entre eux jusqu'à la Saint-Michel prochaine sous peine de torrepen.
(Torrepen, torreben ; en breton moderne = Torr e benn ; en français = casses-lui la tête)

 
1. Que lesdites quatorze paroisses, unies ensemble pour la liberté de la province, députeront six des plus notables de leurs paroisses aux États prochains pour déduire les raisons de leur soulèvement, lesquels seront défrayés aux dépens de leurs communautés, qui leur fourniront à chacun un bonnet et camisole rouge, un haut-de-chausse bleuf, avec la veste et l'équipage convenable à leurs qualités.
(Organisation d'un système de représentation)
 
2. Qu'ils (les habitants des quatorze paroisses unies) mettront les armes bas et cesseront tout acte d'autorité jusques audit temps (de la Saint-Michel 1675), par une grâce spéciale qu'ils font aux gentilshommes, qu'ils feront sommer de retourner dans leurs maisons de campagne au plus tôt ; faute de quoi ils seront déchus de ladite grâce.
 
3. Que défense soit faite de sonner le tocsin et de faire assemblée d'hommes armés sans le consentement universel de ladite union, à peine aux délinquants d'être pendus aux clochers, aussi de leur assemblée, et (ou) d'être passés par les armes.
 
4. Que les droits de champart et corvée, prétendus par lesdits gentilshommes, seront abolis, comme une [violation] de la liberté armorique.
(Revendication de suppression de droits de propriété sur les domaines congéables au nom d'un idéal, la liberté armorique)
 
5. Que pour affirmer (confirmer) la paix et la concorde entre les gentilshommes et nobles habitants desdites paroisses, il se fera des mariages entre eux, à condition, que les [filles] nobles choisiront leurs maris de condition commune, qu'elles anobliront et leur postérité, qui partagera également entre eux (sic) les biens de leurs successions.
(Revendication d'abolition des ordres féodaux par mariages mixtes et dispersion des héritages)
 
6. II est défendu, à peine d'être passé par la fourche, de donner retraite à la gabelle et à ses enfants, et de leur fournir ni à manger ni aucune commodité ; mais, au contraire, il est enjoint de tirer sur elle comme sur un chien enragé.
(Revendication de l'abolition de l'impôt sur le sel, ici présenté comme une personne)

7. Qu'il ne se lèvera, pour tout droit, que cent sols par barrique de vin horet, et un écu pour celui du crû de la province, à condition que les hôtes et cabaretiers ne pourront vendre l'un que cinq sols, et l'autre trois sols la pinte.
(Le seul impôt royal accepté est l'impôt sur le vin. La revendication est de le limiter)
 
8. Que l'argent des fouages anciens sera employé pour acheter du tabac, qui sera distribué avec le pain bénit, aux messes paroissiales, pour la satisfaction des paroissiens.
(Revendication de l'utilisation d'un impôt pour un service public qui est de l'ordre du plaisir ; c'est très moderne, et même futuriste !)
 
9. Que les recteurs, curés et prêtres, seront gagés pour le service de leurs paroissiens, sans qu'ils puissent prétendre aucun droit de dîme, novale, ni aucun autre salaire pour toutes leurs fonctions curiales.
(Revendication de suppression des impôts cléricaux et octroi d'un salaire fixe aux clercs)
 
10. Que la justice sera exercée par gens capables choisis par les nobles habitants, qui seront gagés avec leurs greffiers, sans qu'ils puissent prétendre rien des parties pour leurs vacations, sur peine de punition ; — et que le papier timbré sera en exécration à eux et à leur postérité, pour ce que tous les actes qui ont été passés (sur papier timbré) seront écrits en autre papier et seront par après brûlés, pour en effacer entièrement la mémoire.
(Revendication de suppression du papier timbré, le timbre étant une taxe sur les actes légaux)
 
11. Que la chasse sera défendue à qui que ce soit depuis le premier jour de mars jusqu'a la mi-septembre, et que fuies et colombiers seront rasés, et permis de tirer sur les pigeons en campagne.
(Revendication du droit de chasse et curieusement, une revendication "écologique" de limitation de la saison de chasse)
 
12. Qu'il sera loisible d'aller aux moulins que l’on voudra, et que les meuniers seront contraints de rendre la farine au poids du blé.
(Revendication de liberté et de loyauté dans les relations avec les services seigneuriaux -le moulin-, les services publics de l'époque)
 
13. Que la ville de Quimper et autres adjacentes seront contraintes par la force des armes d'approuver et ratifier le présent règlement, à peine d'être déclarées ennemies de la liberté armorique et les habitants punis ou ils seront rencontrés ; défense de leur porter aucune denrée ni marchandise jusqu'à ce qu'ils aient satisfait, sous peine de torreben.
(Assez curieusement, les paysans se méfient plus des bourgeois des villes que des nobles des campagnes)
 
14. Que le présent règlement sera lu et publie aux prônes des grandes messes et par tous les carrefours et aux paroisses, et affixé (affiché) aux croix qui seront posées.
 
Signé TORREBEN et les habitants.
 
Source : E.S.B., A. de La Borderie, Boris Porchnev, Les Bonnets Rouges, Ed. UGE 10/18, 1975