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mercredi 3 juin 2015

Nation Dalit! : l'art peut-il démanteler le système séculaire des castes ?

par Sanjena Sathian संजना सथिान, 14/4/2015. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Dalit Nation! Can Art Dismantle a Centuries-Old System?

On a retrouvé  la tante nue et morte. Les hommes avaient déposé le haut de son salwar kameez* dans une rivière, où il dérivait, doucement. Juste avant, ils avaient violé et tué aussi la mère. Et avant cela, une bande de voisins et de camarades de classe avait attaqué l'adolescente sur le chemin de l'école. Elle avait 15 ans. C'était tout simplement parce qu'elles étaient des femmes et qu'elles passaient par là. L'exposition à l'agression semblait inscrite dans la lignée de la famille.
Il y a trop d'histoires de femmes de ce genre en Inde, comme toute personne suivant  les infos le sait bien. Mais ce qui est moins discuté que l'épidémie de viols c'est histoire sous-jacente - celle des basses castes en Inde. C'est le discours de base de l'artiviste Thenmozhi ("Thayn-MO-ri") Soundararajan, qui a entendu toute sa vie des milliers d'histoires horribles comme celle-là. "La caste", dit-elle, "est appliquée à travers nos corps". L'artiste multimédia prend des photos, écrit, produit et réalise des documentaires, est curatrice d'expositions d'art publiques et organise des actions de guérilla de protestation (pour ne nommer que quelques activités) ... comme une sorte de performances artistiques. Toutes sont basées sur des expériences de femmes indiennes des basses castes.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10408.jpg

lundi 31 décembre 2012

Inde : le viol, la loi et la classe moyenne

par Walter Fernandes SJ. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: India:  India: Rape, the Law and the Middle Class
Español   India: violaciones, leyes y clase media

Le viol traumatique de la jeune femme de Delhi s'est terminé par sa mort. L'atrocité a suscité la colère de la classe moyenne dans tout le pays. L'émotion était grande autour de cet acte atroce de quelques hommes ivres et les manifestants a exprimé des exigences telles que la peine de mort et la castration publique pour les violeurs. Cette explosion est compréhensible étant donné la cruauté des auteurs du crime.

Cependant, on peut se demander si cela ne restera qu'un exemple de plus de réaction à un cas unique, sans prise de conscience du malaise qui conduit à de tels crimes. L'affaire a été très médiatisée parce que c'est arrivé à Delhi. Cela ne réduit pas l'atrocité du crime. Mais pour qu'un changement se produise en faveur des femmes,  il faut aller au-delà de ce simple cas et faire face aux problèmes en jeu. Il faut se rappeler que ce qui est arrivé à Delhi n'est pas une exception. Cela a reçu une publicité parce que c'est arrivé dans la capitale, mais de nombreux autres cas sont régulièrement passés sous silence ou ne sont pas rapportés dans les médias. Selon les chiffres de la police, l'Inde a connu en 2011  228 650 crimes contre des femmes,  dont 24 206 viols et 35 565 enlèvements.
Il s'agit des cas signalés. Probablement un nombre beaucoup plus important ne sont pas signalés en raison de la stigmatisation qui y est attachée. Deuxièmement, d'après les données de la police, environ 90 pour cent des viols sont commis par des personnes connues de la victime, pour la plupart des membres de sa famille. Troisièmement, un grand nombre de victimes appartiennent à des communautés sans voix. Par exemple, dans un article paru dans Countercurrents, Cynthia Stephen cite une jeune fille dalit* d'un village du Tamil Nadu qui dit : "Il n'y a pas de fille dans notre rue qui n'ait pas été forcée ou violée par les hommes de la caste dominante quand elle va aux champs pour chercher de l'eau ou pour travailler." Les hommes des castes dominantes menacent les dalits de conséquences terribles si elles osent se plaindre à la police. Ces cas ne sont donc pas signalés.

Captures d'écran de télévisions régionales informant sur des viols de jeunes femmes dalits

Enfin, la police ajoute souvent au traumatisme. Par exemple, une jeune fille de 18 ans du village de Badhshapur dans le district de Patiala (Punjab) s'est suicidée le 26 décembre, six semaines après avoir été violée par trois hommes. Sa mère rapporte que quand elle est allée se plaindre à la police, les policiers l'ont humiliée avec des questions obscènes comme "Comment ont-ils touché votre poitrine? Ont-ils ouvert d'abord leurs jeans ou leurs vestes ?" Les criminels n'ont été arrêtés qu'après son suicide. Ou prenons le cas de l'officier de police dans l'Haryana, qui a été élevé au rang le plus élevé bien qu'une star du tennis en herbe l'eût accusé de l'avoir violée. Elle aussi s'est suicidée parce qu'elle était incapable de supporter le harcèlement. Le policier a été condamné à une peine de six mois de prison quelques années après sa retraite.
Ces cas et d'autres sont symboliques de l'attitude de notre société. La classe moyenne manifeste pour des cas très médiatisés et ignore le reste. Les médias dits nationaux font de même. Par exemple, lorsque le 23 décembre 2005 quelques étudiantes montèrent dans un compartiment de train à Kokrajhar, ignorant que c'était un wagon militaire. Toutes ont été violées par des hommes payés pour protéger les citoyens. Mais ça n'est pas devenu une info nationale. Même dans l'Assam c'est resté une affaires de femmes Bodo**, pas de toutes les femmes.

Bodo women, victims of ethnic violence, at a relief camp in a village in Kokrajhar district, Assam, July 25, 2012.

Femmes Bodo, victimes de violence ethniciste, dans un camp de secours d'un village du district de Kokrajhar, en Assam, 25 juillet 2012. 
Anupam Nath/Associated Press


En d'autres termes, les crimes contre les femmes sont le résultat des fortes valeurs patriarcales de notre société, mais sont aussi conditionnées par les attitudes ethniques et de caste et dans de nombreux cas par un faux sentiment de patriotisme. Par exemple, lorsque les forces de sécurité violent des femmes on dit aux gens de protéger leur honneur et ne pas signaler ces cas. Les victimes n'ont pas d'importance. Même les lois comme la Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées*** protègent ces criminels en uniforme.



"L'armée indienne nous viole" : Des femmes nues protestent le 15 juillet 2004 à Imphal, capitale de l'Etat du Manipur, dans le Nord-est, devant une caserne des paramilitaires du régiment des Assam Rifles contre le viol, la torture et l'assassinat de Thangjam Manorama Devi, une jeune femme de 32 ans
Compte tenu de ces attitudes, on peut se demander si de nouvelles lois, et même la peine de mort, peuvent prévenir ces crimes. On ne peut pas nier que des réformes de la police et des lois fortes sont nécessaires. Mais elles ne peuvent à elles seules résoudre les problèmes qui sont profondément enracinés dans notre culture comme les centaines de milliers de fœtus féminins avortés chaque année parce que les femmes sont considérées comme un fardeau. Si tous les violeurs devaient être pendus, les victimes auraient à perdre certains membres de la famille qui sont les auteurs de ces crimes.

En outre, l'acceptation de la valeur de la supériorité masculine par la plupart des femmes assure que les abus sont souvent gardés secrets sous le prétexte de protéger l'honneur de la jeune fille ou de la famille. Ou prenons le cas des lois coutumières tribales dans le Nord-Est qui donnent tout le pouvoir social aux seuls hommes. Les dirigeants refusent de changer les lois. Par exemple, le Nagaland n'a pas été en mesure d'organiser des élections municipales en raison de l'opposition des chefs tribaux au quota de 33% des sièges pour les femmes. Ils affirment que leur droit coutumier ne permet pas aux femmes d'avoir du pouvoir politique.
Il est donc clair que des lois ne peuvent pas changer ce système. La dot, le travail des enfants, la discrimination de caste sont interdits par la loi. Mais ces lois ne peuvent pas être appliquées sans modifier les attitudes qui donnent naissance à ces abus. C'est aussi vrai pour le statut des femmes que pour la corruption ou les attitudes de caste et ethniques. Aucune loi ne peut entrer en vigueur sans une infrastructure sociale pour la soutenir. Mais la tentation de la classe moyenne qui mène les manifestations contre le viol, la corruption et d'autres abus est de prendre un événement isolé et d'ignorer les attitudes et les systèmes sociaux qui en sont la cause. Par exemple, cette classe a pris à juste titre la corruption politique comme une cause de lutte, mais très peu d'entre eux s'est demandé si les mains de ceux qui protestaient étaient propres. De même, cette classe a également protesté contre l'arrestation arbitraire et l'emprisonnement du Dr. Binayak Sen****, ce qui était nécessaire. Mais ils n'ont pas remis en cause la Loi sur la sédition***** ou les besoins de la classe moyenne au nom desquels les tribus sont déplacées. Leur paupérisation est à l'origine de la rébellion maoïste en Inde centrale.
Il faut également veiller à ce que la question du viol ne se termine pas avec un cas. Les attitudes de genre, de classe et de caste qui causent de tels abus doivent être abordées. On ne peut pas s'en tenir à une condamnation des politiciens et des services de police. Cette étape est nécessaire, mais de nouvelles lois ne peuvent que donner bonne conscience et ne peuvent pas résoudre le problème. Il faut faire une introspection et examiner les valeurs sociales et culturelles qui sont derrière ces crimes. Si l'affaire de Delhi conduit à un tel auto-examen, la jeune femme de 23 ans n'aura pas donné sa vie en vain.
NdT
*Dalit : litt. "opprimé", hors-caste ("intouchable")
**Bodo : plus importante communauté tribale de l'Assam appartenant au groupe tibéto-birman, faisant partie des "scheduled tribes" protégées par la Constitution et censées bénéficier de mesures de discrimination positive. En août 2012, des violences exercées par des Musulmans ont provoqué la mort de 78 Bodos et la fuite de 400 000 d'entre eux.
*** La loi AFSPA (Armed Forces Special Powers Act) a été adoptée en 1958 pour donner des pouvoirs spéciaux à l'armée dans les Etats d'Arunachal Pradesh, Assam, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Nagaland et Tripura. Elle a été étendue au Jammu et Cachemire en 1990. Elle étend de façon considérable les pouvoirs des forces de sécurité pour lutter contre des mouvements sécessionnistes. L'AFSPA a couvert de nombreux actes de violence militaires, causant la mort de dizaines de milliers de personnes.
****Pédiatre et vice-président de l'Union populaire pour les libertés civiles, condamné au nom de la loi contre la sédition à la prison à vie pour aide aux Naxalites (guérilléros maoïstes), libéré sous caution. Adopté comme prisonnier de conscience par Amnesty International.
*****Article du Code pénal datant de 1860 et donc hérité des anciens maîtres britanniques, utilisé contre les militants dérangeant le pouvoir.

"Stop...au viol" : panneau détourné à Delhi
 



samedi 29 décembre 2012

Ce que disent les femmes d'Inde

"Quoi que nous portions
Où que nous allions
OUI c'est OUI
NON c'est NON"

"Ne dites pas à votre fille de ne pas sortir
Dites à votre fils de se comporter correctement"

vendredi 28 décembre 2012

Quand l'Inde se soulève...

...c'est pour dire :

"Ne me dites pas pas comment je dois m'habiller !
Dites-leur de ne pas violer !"


et voici la réponse de l’État
""











Images des mobilisations du 27 décembre à travers le pays

KOLKATA (CALCUTTA)
 

DELHI



CHANDIGARH

Source 
AIPWA (एपवा)

mercredi 26 décembre 2012

La colère de l'Inde

Une semaine après le viol collectif d'une jeune femme qui a choqué l'Inde, les rues de New Delhi, où un viol a lieu toutes les dix-huit heures, ont vu défiler dimanche des manifestants indignés réclamant plus de sécurité pour les femmes. Malgré l'interdiction de manifester décrétée par le gouvernement, qui tente de contenir la colère, des milliers de personnes, principalement des étudiants et des femmes au foyer, se sont à nouveau rassemblées dimanche au pied de la porte de l'Inde, monument emblématique de New Delhi. L'étudiante de 23 ans qui a été passée à tabac, violée pendant près d'une heure et jetée d'un bus en marche la semaine dernière se trouve actuellement dans un état critique, sous assistance respiratoire.

mardi 25 décembre 2012

Le discours qui explique l'indignation de l'Inde après un viol en bande et comment les femmes sont traitées au jour le jour

Des milliers de personnes ont manifesté toute la journée à New Delhi, comme cela a été le cas toute la semaine après le viol en bande d'une femme à bord d'un bus privé. Des dizaines de militants et de policiers ont été blessés dans les affrontements d'aujourd'hui, et les responsables appellent au calme. Les politiciens promettent de tenir leurs promesses cette fois-ci. Le ministre de l'Intérieur Sushil Kumar Shinde a tenu une conférence de presse et a promis que le gouvernement va "augmenter le nombre de bus de nuit, suivre ces bus avec des GPS, s'assurer que les conducteurs portent les badges d'identité et augmenter le nombre de policiers sur les routes très fréquentées."

Il y a eu des manifestations tous les jours dans la capitale de l'Inde après qu'une jeune femme a été violée par six hommes dans un bus. Photo AP
 
Il faudra plus que ça pour que les femmes de l'Inde se sentent en sécurité. L'attaque, qui a eu lieu le 16 décembre, a été si violente et horrible qu'il a fallu procéder à l'ablation d'une partie des intestins de la victime de 23 ans. Mais c'est l'injustice au jour le jour qui amène les gens à reprendre leurs rues. Comment le gouvernement va-t-l s'y prendre pour faire cesser tout ces attouchements déplacés qui se produisent sur ses autobus tous les jours? Ou ces mains baladeuses qui pénètrent par les côtés des pousse-pousse ? Ou tous ces sifflements et huées? Ces sont les questions que les gens auraient aimé poser quand ils ont vu Shinde à la télévision. En effet, que peut vraiment faire le gouvernement à propos de tout ça ?
Dans un discours dont la traduction a fait un tabac sur le ouèbe, Kavita Krishnan capte le pouls de l'indignation de l'Inde en ce moment. Elle est la secrétaire de l'Association progressistes des femmes de l'Inde (All India Progressive Women’s Association ). Le viol collectif a été brutal, certes, mais le langage codé utilisé pour discuter de la façon d'assurer la sécurité des femmes l'est tout aussi.
"... le mot "sécurité" par rapport aux femmes a été beaucoup trop utilisé – nous savons toutes à quoi cette "sécurité" fait référence, nous avons entendu nos parents l'utiliser, nous avons entendu nos communautés, nos directeurs, nos gardiens l'utiliser. Les femmes savent à quoi "sécurité" se réfère. Cela signifie : tenez-vous bien ; restez chez vous ; ne vous habillez pas d'une manière particulière; n'exercez pas votre liberté, ainsi vous serez en sécurité.  Toute une gamme de lois et d'institutions patriarcales nous disent quoi faire sous couvert de nous garder "en sécurité". Nous rejetons entièrement cette notion. Nous n'en voulons pas."
Dans un article cette semaine pour Quartz, l'auteure de Delhi Veena Venugopal a indiqué que les viols sont en hausse parce que les femmes sont de plus en plus nombreuses à porter plainte pour ce crime en l'appelant par son nom, et non pas "harcèlement sexuel", ni "taquinage d'Eve" ni "les hommes sont comme ça".  Or, comme l'a dit Krishnan dans son discours galvanisant fait en hindi, le taux de condamnations pour viol a connu une baisse, passant de 46% en 1971 à 26% en 2012.

Ces statistiques et leurs trajectoires opposées sont révélatrices de la façon dont les femmes indiennes se voient et s'affirment et de la façon dont la société et ses institutions restent coincées, et même régressive. Il n'y a pas de meilleure façon de diminuer les avancées des femmes sur les lieux de travail (et sur le front intérieur) ces dernières années. Comme le dit Krishnan:
"Si elle veut simplement sortir le soir, si elle veut sortir et acheter une cigarette ou aller faire un tour dans la rue - est-ce un crime pour les femmes? ... Nous croyons que peu importe si elle est à l'intérieur ou à l'extérieur, que ce soit le jour ou la nuit, quelle que soit la raison, elle peut être habillée comme elle veut - les femmes ont droit à la liberté. Et c'est cette liberté sans peur que nous devons protéger, sauvegarder et respecter."
Il est ridicule que le même gouvernement qui ne pouvait pas assurer la sécurité des gens lors d'une manifestation aujourd'hui croie pouvoir faire mieux puissent faire mieux pour les femmes. Augmenter les transports de nuit et la sécurité est un début. Installer un téléviseur et un lecteur de DVD et diffuser à la demande le discours de Krishnan, ou même le diffuser en boucle pourrait être plus efficace.

"La liberté sans peur est ce que nous devons protéger, sauvegarder et respecter"
Suite à l'attaque sexuelle bestiale contre une étudiante paramédicale de 23 ans à Delhi, la capitale, ainsi que d'autres villes à travers le pays, a connu de nombreuses protestations réclamant justice non seulement pour la survivante, mais aussi de meilleures lois et des mesures sévères contre les délinquants sexuels. Lorsque le mercredi 19 décembre les étudiants et les protestataires ont marché vers la maison de la Première ministre de Delhi Sheila Dikshit, la police a tenté de les repousser avec des canons à eau. Kavita Krishnan, secrétaire de l' Association progressistes des femmes de l'Inde [All India Progressive Women’s Association (AIPWA)], a dit pourquoi Sheila Dikshit et l'establishment politique sont responsables de la situation sociale déplorable des femmes en Inde.-Rédaction Tehelka
Aujourd'hui, nous avons manifesté devant la résidence de (la Première ministre) Sheila Dikshit. Pourquoi exigeons-nous sa démission? Il faut que les gens comprennent pourquoi - il est vrai que Mme Dikshit a fait une déclaration disant que l'incident (le viol en bande) s'est produit à bord d'un bus privé, et non pas un bus de la DTC (Delhi Tourism Corporation), alors comment cela  pourrait-il relever de sa responsabilité. C'est ce que nous sommes venus lui dire - si un bus transportant des barres de fer et des violeurs sillonne ouvertement la ville sans règles ni règlements, s'il peut prendre des passagers à tout moment, n'importe où - alors madame, vous êtes responsable de ça, ce n'est de la responsabilité de personne d'autre, c'est la vôtre. Si cette jeune fille se bat actuellement pour sa vie, vous êtes responsable. Pourquoi est-ce que cette barre de fer se trouvait dans ce bus ce jour-là - c'est une chose à laquelle vous seule pouvez répondre, personne d'autre ne le peut. Vous ne pouvez rejeter la faute sur personne d'autre pour cela.
Mais il ya une question plus pressante encore - une chose dont nous avons parlé, dont nous sommes ici pour parler aujourd'hui - quand cette journaliste Soumya (Vishwanathan) a été assassinée, Sheila Dikshit a publié une autre déclaration disant: "Si elle (Soumya ) était dehors à 3 heures du matin, elle a été trop aventureuse", - nous sommes ici pour lui dire que les femmes ont tout le droit d'être aventureuses. Nous voulons être aventureuses. Nous voulons être téméraires. Nous voulons être imprudentes. Nous ne ferons rien pour notre sécurité. Ne vous avisez pas de nous dire comment nous habiller, quand sortir le soir, dans la journée, ou comment marcher ou de combien de gardes du corps nous avons besoin !
Lorsque Neeraj Kumar a été récemment nommé chef de la police, il a tenu une conférence de presse où il a dit : regardez, comment la police peut-elle faire quelque chose contre les incidents de viol? La statistique qu'il a présentée montraient que la plupart des viols sont commis par des personnes connues de la femme. C'est une statistique authentique - mais cela ne devrait-il pas rendre plus facile l'interpellation du violeur ? Notre question à la police n'est pas : "pourquoi n'avez-vous pas empêché cela ?". Mais le taux de condamnations est passéede 46% en 1971 à 26% en 2012 - qui est responsable de cela? Le fait est qu'il y a un écart énorme dans l'enquête de la police, il y a une incohérence - ils n'ont pas de procédure en place pour savoir comment s'y prendre avec une victime de viol. Toutes les femmes ici savent que la police de Delhi n'a qu'une seule façon de faire face à une telle situation - si vous entrez dans un poste de police aujourd'hui pour vous plaindre d'avoir été victime de violences sexuelles, la première chose qu'ils vont vous dire, c'est de ne pas déposer de plainte. Des gens étranges, sortis de nulle part, vont commencer à se rassembler au poste pour vous "expliquer" : " Petite, ne porte pas plainte". Rien ne se passera, sauf si vous parlez au commissaire en lui disant que vous appartenez à une organisation d'étudiants ou de femmes. Je pense que c'est assez courant - Je doute qu'il y ait une seule femme à Delhi qui soit allée à la police de Delhi et ait fait une autre expérience. Je ne sais pas d'où ils ont sorti la règle de fonctionnement de cette procédure, mais elle existe.
Une autre déclaration que Neeraj Kumar a faite lors d'une conférence de presse était que les femmes ne doivent pas se promener seules, elles doivent avoir des escortes - et que si vous vous promenez dans la rue à deux heures du matin, alors comment pouvez-vous vous attendre à ce qu'on vienne vous sauver ?

Ce dernier incident est bien sûr en contradiction flagrante avec ces discours - il n'a pas eu lieu tard dans la nuit, la jeune fille était, en fait, avec un ami - mais ce n'est pas mon argument. Je crois que même si les femmes marchent seules dans la rue, même si c'est tard dans la nuit, pourquoi des justifications doivent-elles être fournies, du genre "elle devait travailler à des heures tardives" ou "elle rentrait d'un boulot chez un sous-traitant dans les médias" ? Si elle veut simplement sortir le soir, si elle veut sortir acheter une cigarette ou aller faire un tour dans la rue - est-ce un crime pour les femmes ? Nous ne voulons pas entendre cet argument défensif que les femmes ne quittent leurs maisons que pour le travail, les pauvres, que peuvent-elles faire, elles sont obligées de sortir. Nous croyons que peu importe si elle est à l'intérieur ou à l'extérieur, que ce soit le jour ou la nuit, quelle que soit la raison, elle peut être habillée comme elle veut - les femmes ont droit à la liberté. Et c'est cette liberté sans peur que nous devons protéger, sauvegarder et respecter. Et c'est cette liberté sans peur que nous devons protéger, sauvegarder et respecter.
Je dis cela parce que je pense que le mot "sécurité" par rapport aux femmes a été beaucoup trop utilisé – nous savons toutes à quoi cette "sécurité" fait référence, nous avons entendu nos parents l'utiliser, nous avons entendu nos communautés, nos directeurs, nos gardiens l'utiliser. Les femmes savent à quoi "sécurité" se réfère. Cela signifie : tenez-vous bien ; restez chez vous ; ne vous habillez pas d'une manière particulière; n'exercez pas votre liberté, ainsi vous serez en sécurité.  Toute une gamme de lois et d'institutions patriarcales nous disent quoi faire sous couvert de nous garder "en sécurité". Nous rejetons entièrement cette notion. Nous n'en voulons pas.
(Source :Tehelka)

lundi 24 décembre 2012

A New Delhi, le viol de trop

Une manifestation pour prendre des mesures de sécurité contre le viol, à New Delhi le 23 octobre.
Une manifestation pour prendre des mesures de sécurité contre le viol, à New Delhi le 23 octobre. | AFP/Andrew Caballero-Reynolds
New Delhi gronde d'émotion et de colère. Les foules sont sorties dans la rue, bougie au poing, honorer la victime ou, pour les plus virulents, appeler à la pendaison des agresseurs, brandissant des photos d'une corde. La police a même dû jouer du canon à eau pour les éloigner des bâtiments officiels. Les étudiants étaient à l'avant-garde. De mémoire d'habitant de la capitale indienne, jamais viol n'avait jeté ainsi les gens sur le pavé.
Est-ce le viol de trop ? Depuis plusieur jours, l'actualité en Inde n'a tourné qu'autour de ce drame de Mahipalpur, le quartier de New Delhi où l'on a retrouvé un couple nu, jeté sur un trottoir poussiéreux comme un paquet encombrant. La jeune fille a été violée et battue si sauvagement qu'elle lutte aujourd'hui contre la mort à l'hôpital. Le jeune homme, l'ami qui a tenté de la défendre, est couvert d'hématomes.
A New Delhi, ville de 22 millions d'habitants, un viol est commis toutes les dix-huit heures, en tout cas selon les statistiques officielles (qui laissent dans l'ombre nombre de cas). Alors, pourquoi cette affaire-là précisément ? Pourquoi cette flambée de rage aussitôt la nouvelle de Mahipalpur connue ? Probablement parce que la coupe était pleine et que, dans ces cas-là, la première occasion est la bonne.
Autre explication : le jeune couple est emblématique de la classe moyenne de New Delhi, et la jeunesse des campus et des studios de télévision peut aisément s'y reconnaître. Elle, 23 ans, est étudiante en médecine. Lui, 28 ans, est ingénieur informatique. Ils sortaient d'un cinéma de Saket, quartier aux complexes commerciaux rutilants de modernité. Ils sont montés dans un bus privé. Une bande attendait sur les banquettes. Le chauffeur était complice. Le viol collectif s'est déchaîné derrière les vitres teintées alors que le bus traversait impunément la ville.
Par les temps qui courent, la classe moyenne est d'humeur rebelle en Inde. Corruption, chaos urbain, incompétence de la police, impéritie des dirigeants politiques... : les griefs ne manquent pas. En 2011, un grand mouvement de protestation contre la corruption, cristallisé autour d'une vertueuse figure gandhienne, Anna Hazare, avait mobilisé cette partie de la population dans les grandes villes.
Toutes proportions gardées, l'agitation de ces derniers jours prolonge l'élan. Elle illustre la fracture entre une classe moyenne émergente et un système qui lui semble indifférent au sort des gens. Un chiffre est souvent revenu dans les commentaires à la suite de l'affaire : 30 % de la police de New Delhi est enrôlée dans la protection des "VIP". Que fait donc la police ? Elle protège les puissants. Et cette élite politique, rappelle-t-on à l'envi, est elle-même partiellement criminalisée. Car il y a cet autre chiffre, très connu en Inde : 28 % des parlementaires ont maille à partir avec la justice. Cherchez l'erreur.
Durant deux jours, les télévisons commerciales ont donc sonné le clairon de la révolte. La chaîne Times Now a lancé une campagne sur le thème : "Where is my India ?" ("Où est mon Inde ?"). Sa concurrente CNN-IBN a répliqué avec le mot d'ordre : "Stop this shame !" ("Arrêtez cette honte ! "). Des panels d'invités ont débattu pendant des heures des causes du drame et des leçons à en tirer. Il fut question, en vrac, de durcir la législation, de pendre ou de castrer les violeurs, d'enlever les vitres teintées des bus, de réformer les transports publics, de remettre la police dans la rue.
Le plus intéressant résidait assurément dans les témoignages de femmes qui racontaient le harcèlement sexuel au quotidien dans les lieux publics. En Inde, on use d'un étrange euphémisme pour évoquer ce phénomène : "Eve teasing" (littéralement "taquiner Eve"). L'ordre social est en général assez goguenard sur le sujet. D'où la difficulté pour les femmes d'aller porter plainte. En avril, l'hebdomadaire Tehelka, enquêtant sur l'attitude de la police à l'égard des victimes de viol, avait recueilli (en caméra cachée) ces propos d'un inspecteur de police près de New Delhi : "Elle est habillée d'une telle manière que cela force les hommes à être attirés par elle." Sur trente officiers de police interrogés par Tehelka, la moitié tenait ce type de langage.
Au fil des débats, l'Inde fut donc invitée à se regarder crûment en face, à se livrer à une douloureuse introspection. Dans une tribune du quotidien The Hindu, la juriste Ratna Kapur notait ainsi "une crise de la masculinité indienne". "Alors que les femmes entrent sur le marché du travail, soulignait-elle, leur audace et leur confiance en elles semblent déclencher un sentiment d'insécurité au sein d'une société où les hommes étaient jusque-là aux commandes."
Elle ajoutait : "Davantage de lois ou l'appel à la peine capitale ne sont pas des réponses à ce qui est un problème sociétal enraciné." Cette "racine" du "problème sociétal", c'est la glorification du garçon, dont les foeticides de fille sont la conséquence. Il est donc temps, exhortait Ratna Kapur dans The Hindu, que la société cesse d'"élever les garçons d'une manière qui leur inculquera le sens de la supériorité et du privilège".
Sain débat. Dans le même journal, un éditorial trahissait pourtant un certain scepticisme. Evoquant la victime du viol de Mahipalpur, l'article avertissait : "Dans six mois ou moins, elle sera oubliée." L'éditorialiste ne croyait pas si bien dire. Après deux jours de furie télévisée, les médias sont passés au sujet suivant, l'élection dans l'Etat du Gujarat (Ouest). Les bandeaux "Où est mon Inde ?" et "Arrêtez cette honte !" ont subitement disparu des écrans.

lundi 26 novembre 2012

Le Manifeste des 313 : "Je déclare avoir été violée"


"Je déclare avoir été violée" : "l'Obs" lance le manifeste des 313

 



Créé le 19-11-2012 à 11h09 - Mis à jour le 24-11-2012 à 19h44

En 1971, 343 femmes ont reconnu dans "le Nouvel Observateur" avoir avorté. Elles sont aujourd'hui 313 à déclarer avoir été violées. Un acte politique, lui aussi.

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"Le Nouvel Observateur" du 22 novembre 2012 (Le Nouvel Observateur)
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SUR LE MÊME SUJET
Chaque année en France, plus de 75.000 femmes, et presque autant d'enfants sont victimes de viol. Soit un viol toutes les huit minutes. Des drames banals, noyés dans la honte, que subit ou subira pourtant 1 femme sur 10 au cours de sa vie. Il faut se rendre à l'évidence : loin du fait divers, c'est un fait de société sourd, qui frappe tous les milieux sociaux. Et recèle son lot de vérités inavouables.
Sait-on que 80% des viols restent aujourd'hui commis par un proche, conjoint, amant, père, grand-père, ami de la famille ou patron ? Nous voilà loin du cliché où le violeur est un psychopathe armé et violent, qui traîne sa victime en minijupe dans une rue sombre.
Comme il le fit en avril 1971 en faveur de l'avortement, "le Nouvel Observateur" publie aujourd'hui un manifeste pour que notre société ouvre enfin les yeux sur la vérité du viol en France, un scandale massif qui appelle une mobilisation urgente. Pour la première fois, des centaines de femmes déclarent ensemble avoir été violées. Elles signent aujourd'hui le "manifeste des 313".
De la joueuse de tennis Isabelle Demongeot à l'ancienne épouse de l'ex-Premier ministre Marie-Laure de Villepin en passant par l'auteur et scénariste Frédérique Hébrard, elles ont entre 18 et 87 ans. Dans les semaines qui viennent, elles seront des centaines, mues par le courage, à s'engager pour que la honte change de camp. A l'origine du texte et première signataire, Clémentine Autains'affiche (voir son interview en vidéo). "Après l'affaire DSK, des femmes ont osé parler, le voile s'est un peu levé, je ne voulais pas qu'il retombe, explique-t-elle. Il faut en finir avec l'hypocrisie des images d'Epinal, le viol est un fait social qu'il faut maintenant prendre à bras-le-corps." Et il y a du travail.
Elsa Vigoureux - Le Nouvel Observateur