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lundi 5 octobre 2009

Maintenant il s’agit de négocier avec l’Iran –honnêtement et sur la base du droit!

Menacer d’une guerre et avoir recours aux services secrets, c’est du terrorisme, et c’est insupportable
par Karl MÜLLER, Zeit-Fragen, 21/9/2009. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : Jetzt ehrlich und auf der Grundlage des Rechts mit Iran verhandeln!

Le 1er octobre commencent des négociations entre les cinq puissances nucléaires siégeant au Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran. Le monde attend que ces négociations soient menées sur la base des traités internationaux et avec la volonté résolue de parvenir à une solution pacifique.


En politique, la morale consiste en premier lieu à respecter le droit et à l’appliquer; à créer et garantir des conditions conformes au droit. Parmi les nations surarmées deux Etats, les USA et Israël, et leurs gouvernements, ainsi que leurs alliés, se sont distingués au cours des dernières années et décennies par leur non-respect du droit international, faisant ainsi preuve d’une totale imprévisibilité et plongeant le monde dans un état permanent de tension et de choc.

Ils ont contrevenu consciemment et de manière éclatante à la Charte des Nations Unies dont l’article 2, paragraphe 4, énonce que «les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.»

Les violations graves et répétées du droit imputables au gouvernement israélien ont été attestées plusieurs fois par des commissions d’enquêtes et institutions internationales, en dernier lieu par la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les actes commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza fin 2008/début 2009.

La menace d’utiliser la force contre l’Iran, en violation du droit international, et les actions illégales et violentes des services secrets en cours sur le territoire iranien durent depuis des années déjà et depuis des années des indices et témoignages à prendre très au sérieux font état de préparatifs de guerre de la part des gouvernements israélien et US.

C’est pourquoi il est plus que justifié que de nouveaux indices d’un danger de guerre imminent, par exemple ceux que nous citons dans l’appel ci-après, pris parmi d’autres uniquement à titre d’exemple, aient poussé des personnalités pacifistes à élever leur voix pour une mise en garde.

Personne de l’extérieur ne sait avec certitude ce qui est en projet ou déjà décidé dans les officines de Washington et Tel Aviv. Mais l’éternel retour de possibles scénarios de guerre devient déjà en soi insupportable, dès lors qu’il ne sont pas assortis de contre-projets et de modalités de règlement pacifique. Les «discussions» se déroulent alors par-delà le droit et l’aspect humain, et de pareils «projets», même s’ils ne sont encore que des idées, terrorisent les peuples du monde.

Et ceci d’autant plus qu’on menace ouvertement d’une guerre atomique. Dès mars 2006 Stephen M. Osborn qui, dans les années 50 du siècle dernier, était présent lors de la mise à feu de bombes atomiques dans le Pacifique, faisant des populations autochtones de simples cobayes, avait exposé dans ces pages ce que signifie pour l’humanité l’emploi de «bunker busters» (bombes anti-bunkers à charge pénétrante) atomiques ­contre des installations nucléaires iraniennes. Il écrivait, il y a trois ans et demi: «Si l’on tire des ‹bunker busters› en Iran, des centaines de milliers de tonnes de terre, d’eau et de rochers seront vaporisés, et cette ‹soupe radioactive›, dispersée par les vents, tuera ou rendra malades des peuples entiers [...] Les cas de cancers et maladies diverses augmenteront de façon prononcée dans le monde entier.»

Tout ceci et bien d’autres choses encore doivent mettre tous les gouvernements dans l’obligation de déclarer haut et fort que l’option guerrière est définitivement exclue et d’exiger le retour sur le terrain du droit.

Le 1er octobre, toutes les puissances nucléaires, l’Allemagne et l’Iran engageront des négociations directes au Conseil de sécurité. Ces derniers jours se sont fait entendre dans les médias des signaux qui pourraient servir de point de départ à un règlement pacifique du conflit au Proche-Orient.

• Le 16 septembre, le magazine US Newsweek («Intelligence Agencies Say No New Nukes in Iran») écrivait que les services secrets du Président des USA avaient confirmé en novembre 2007 que l’Iran avait abandonné son programme nucléaire militaire depuis 2003.
• Le 17 septembre, plusieurs agences de presse occidentales (Reuters, AFP) annonçaient que le ministre de la Défense israélien, Ehoud Barak, avait «changé de langage relativement à l’Iran» dans une interview accordée au quotidien «Yediot Aharonot». Selon Barak, l’Iran ne représenterait pas une menace sérieuse pour l’Etat juif: «Israël est fort, je ne vois personne qui puisse être une menace pour son existence.»
• Le même jour, la chaîne allemande Phoenix publiait un communiqué de presse où elle attirait l’attention sur une interview (retransmise le 20 septembre) du Président du Service fédéral de renseignement (BND), Ernst Uhrlau. Dans cette interview, le chef des services secrets allemands démentait une annonce, faite précédemment, selon laquelle ses services auraient prétendu que l’Iran était sur le point de fabriquer une bombe à uranium: «Cette citation ne correspond pas aux déclarations du BND, car l’Iran n’est pas en mesure de se nucléariser dans les six mois qui viennent.»
• Le Président des USA a fondé son renoncement au stationnement de systèmes antimissile en Pologne et Tchéquie entre autres sur le fait que l’Iran rencontrait plus de difficultés que prévu à mettre au point des lance-missiles à longue portée.
• Last but not least: L’Iran lui-même a déclaré par la voix de son ambassadeur en Autriche, dans une interview accordée à la «Wiener Zeitung» du 18 septembre, qu’il ne menaçait pas Israël et ne représentait pas un danger pour ce pays: «L’Iran n’a jamais dit qu’il attaquerait militairement Israël. Quand des représentants de mon pays ont dit qu’Israël ne devait pas exister sous cette forme, ils entendaient par là qu’ils rejetaient le système sioniste et la tyrannie, non qu’ils désiraient éradiquer Israël au moyen d’une attaque militaire.»

On est encore loin de déposer les armes, mais ce sont là des signaux indiquant qu’il existe une autre voie que celle de l’escalade. Et cette autre voie, il faut l’emprunter. Au sein des think tanks qui ont de l’influence sur les gouvernements US et israéliens il doit bien y avoir assez de matière grise pour mesurer les effets catastrophiques d’une nouvelle guerre, vraisemblablement nucléaire de surcroît, et pour rechercher une voie diplomatique et la trouver.

Et assez, aussi, de jugeote pour rejeter des voix comme celle de l’atlantiste allemand Josef Joffe. Il avait, dans la livraison de septembre/octobre 2009 de la revue allemande Internationale Politik et dans la revue US Foreign Affairs qui paraît en parallèle, déliré au sujet des USA, puissance hégémonique mondiale, et de leur «culture de guerre». Il faut aussi rejeter clairement des points de vue tels que celui, paru dans le journal londonien «Times» le 18 septembre, selon lequel les «intentions agressives» de l’Iran seraient une «menace pour l’Occident». De telles affirmations constituent une perversion de la réalité.

«War is obsolete» [la guerre est caduque], déclarait il y a deux ans dans ces colonnes Doug Rokke, vétéran US de la guerre du Golfe et expert en armes à l’uranium. Et de fait, c’est un droit fondamental pour le genre humain que d’avoir des gouvernements qui respectent le droit, renoncent à la violence et résolvent les conflits par le biais de négocia­tions pacifiques. C’est la seule voie acceptable dans un monde civilisé.

samedi 30 mai 2009

L’administration US veut faire du Pakistan un État défaillant

par Rachid ZUBAIR, 25/5/2009

Lorsqu’il y a plus d’un an le gouvernement Musharaff est tombé, beaucoup de Pakistanais espéraient voir s’ouvrir une nouvelle ère politique - un espoir amèrement déçu.
L’une des principales raisons de l’impopularité du gouvernement Musharaff était son proaméricanisme et la destitution du juge suprême du Pakistan, Iftikhar Chaudhry. Mais le gouvernement actuel n’a pas davantage respecté le mandat populaire, il a même pulvérisé tous les records de docilité envers les Américains. Le gouvernement du PPP (Pakistan Peoples Party, Parti du peuple pakistanais) est allé jusqu’à envoyer des blindés et des avions contre son propre peuple dans le Nord du Pakistan, ce que même Musharaff n’avait pas osé faire quand il était au pouvoir. Le feu vert aux attaques de drones qui ont coûté la vie à des centaines de Pakistanais est à mettre au compte du PPP. Selon les déclarations officielles et celles des Américains, des combattants d’Al Qaïda auraient été tués, mais cela n’a pas été prouvé. Et même si c’est exact, c’étaient des gens tellement insignifiants qu’ils ne figuraient pas sur les listes du FBI.
Selon des informations d’origine usaméricaine, les drones sont partis du territoire pakistanais, ce que le Ministère pakistanais de la Défense confirme, alors que celui des Affaires étrangères le conteste. Ces contradictions ont ébranlé la confiance de la population dans le gouvernement du PPP. Avant même l’escalade de la violence au mois de mai, environ 12 000 Pakistanais, tous des civils, ont perdu la vie dans des attaques pakistanaises ou usaméricaines.
Et, toujours avant cette escalade, on comptait 800 000 réfugiés de l’intérieur, pour la plupart insuffisamment pris en charge. L’extension du conflit a fait du drame des réfugiés une véritable catastrophe.
Le Président Zardari a obtenu tous les pouvoirs spéciaux, entre autres le droit de dissoudre le Parlement quand bon lui semblera.
D’une part des millions de Pakistanais sont victimes de l’augmentation du prix de l’énergie et des prix en général, d’autre part le Pakistan ne compte pas moins de 60 ministres. On essaie de satisfaire tous les partenaires de coalition et camarades de parti aux frais du peuple.
La situation dans la vallée de Swat

vendredi 15 mai 2009

"L’Iran est trop indépendant et désobéissant"


Entretien avec Noam Chomsky
par Kourosh ZIABARI. Traduit par Sacha Sher,
Tlaxcala



Ce n’est pas la peine d’introduire Noam Chomsky par une note. Il est sans conteste l’analyste et le conférencier en sociologie politique le plus important de la période contemporaine. Comme l’écrit le Guardian, « il fait partie des dix sources les plus citées dans le domaine des lettres aux côtés de Marx, de Shakespeare et de la Bible, et il est le seul parmi ces auteurs à être encore vivant ».

Aux Nations Unies, le président vénézuélien Hugo Chavez a évoqué Hegemony or Survival de Chomsky en ces termes : « J’aimerais inviter très respectueusement ceux d’entre vous qui n’ont pas lu ce livre de le faire ».

En 2006, en réponse à une question posée par un correspondant du New Statesman, Andrew Stephen, sur ce qu’il aurait fait s’il avait été président des Etats-Unis, Chomsky a proposé ceci : « Je mettrais sur pied un Tribunal contre les crimes de guerre à propos de mes propres crimes, parce que si je m’engage dans cette position [il me faudrait] m’occuper de la structure et de la culture institutionnelles, de la culture intellectuelle. La culture doit être guérie ».

Au cours de cet entretien avec le professeur Chomsky, nous avons parlé de l’Iran, de la question nucléaire, des relations entre Washington et Téhéran et de l’impact global des lobbys sionistes. Un extrait de cette conversation a d’abord été publiée dans le Tehran Times, le principal journal iranien en anglais.

Q: Professeur Chomsky, vous avez réitéré à plusieurs reprises que la majorité des pays dans le monde soutenaient le dossier nucléaire iranien, y compris des membres du Mouvement des Non Alignés. Pourtant, les néo-cons américains claironnent toujours leurs slogans bellicistes. Pourquoi ?


R: Il n’y a pas que le mouvement non aligné. La majorité des Américains croient aussi que l’Iran a le droit de développer l’énergie nucléaire. Mais presque personne n’en est conscient aux Etats-Unis, y compris ceux qui sont sondés, et qui pensent sans doute être les seuls à avoir cette opinion. On ne publie jamais rien là-dessus. Ce qui apparaît, constamment, dans les médias, c’est que « la communauté internationale » demande à l’Iran d’arrêter d’enrichir de l’uranium. On ne souligne quasiment jamais que l’expression « communauté internationale » est classiquement utilisée pour désigner Washington et tous ceux qui en viennent à s’aligner avec elle, pas seulement sur cette question, mais d’une manière assez générale.

Q: La plupart des analyses en affaires internationales ne parviennent toujours pas à digérer le deux poids deux mesures du gouvernement US sur le nucléaire. Tout en soutenant l’arsenal nucléaire d’Israël, les Etats-Unis font continuellement pression sur l’Iran pour mettre un terme à ses programmes nucléaires civils. Quelles en sont les raisons ? Est-ce que l’AIEA a autorité pour enquêter sur les cas d’armement atomique d’Israël ?


R: A la base, il y a ce point expliqué de manière candide par Henry Kissinger lorsque le Washington Post lui demanda pourquoi il prétendait désormais que l’Iran n’avait pas besoin d’énergie nucléaire et devait donc être en train d’élaborer une bombe, alors que dans les années soixante-dix il insistait vigoureusement pour dire que l’Iran avait besoin d’énergie nucléaire et que les Etats-Unis devaient donner au Shah les moyens de la développer. Sa réponse était du pur Kissinger : « C’était un pays allié » donc ils avaient besoin d’énergie nucléaire. Maintenant que ce n’est plus un allié, ils n’ont donc plus besoin d’énergie nucléaire. Quant à Israël, c’est un allié, et plus précisément un état client. Donc ils héritent du maître le droit de Es posible que tu navegador no permita visualizar esta imagen.faire comme bon leur semble.

L’AIEA a l’autorité qu’il faut, mais les Etats-Unis ne permettraient jamais qu’elle l’exerce. La nouvelle administration US n’a pas montré de signes qu’il en serait en quoi que ce soit autrement.

Q: Il y a quatre Etats souverains qui n’ont pas encore ratifié le TNP [traité de non-prolifération nucléaire] et qui aspirent librement à détenir des armes nucléaires. Est-ce que l’Iran échapperait aux pressions fréquentes s’il revenait sur cette ratification et se retirait du traité ?


R : Non, cela ne ferait qu’accentuer les pressions. A part la Corée du Nord, tous ces pays ont droit à un soutien considérable de la part des Etats-Unis. L’administration Reagan faisait semblant de ne pas savoir que son allié, le Pakistan, développait des armes nucléaires, afin que la dictature puisse recevoir une aide massive de la part des Etats-Unis. Ceux-ci ont donné leur accord pour aider l’Inde à développer ses installations nucléaires, et Israël est un cas spécial.

Q: Quels sont les facteurs qui peuvent empêcher que se tiennent des discussions directes entre l’Iran et les Etats-Unis ? Est-ce que l’influence du lobby israélien sur le régime capitaliste des Etats-Unis est un facteur essentiel ?


R : Le lobby israélien a une certaine influence, mais elle est limitée. Cela a été à nouveau démontré dans le cas de l’Iran l’été dernier, durant la campagne présidentielle, un moment où l’influence des lobbys en est à son paroxysme. Le Lobby israélien voulait que le Congrès vote une législation aboutissant pratiquement à un blocus de l’Iran, un acte de guerre. La mesure reçut énormément de soutiens avant de disparaître soudainement, probablement parce que la Maison Blanche avait clairement fait comprendre, simplement, qu’elle était contre.

Quant aux vrais facteurs, nous n’avons pas encore les archives internes qu’il faut, alors il nous faut spéculer. On sait bien qu’une proportion largement majoritaire d’Américains veut avoir des relations normales avec l’Iran, mais l’opinion publique influence rarement la politique. Les principales grandes compagnies US, dont les puissantes compagnies énergétiques, aimeraient être en mesure d’exploiter les ressources pétrolières de l’Iran. Mais l’Etat insiste pour qu’il en soit autrement. Je suppose que la principale raison en est que l’Iran est simplement trop indépendant et désobéissant. Les grandes puissances ne le tolèrent pas dans ce qu’elles jugent être leurs domaines [NdT : réservés], et les régions qui produisent beaucoup d’énergie pour le monde ont longtemps été considérées comme étant le domaine de l’alliance Anglo-américaine, avec une Grande Bretagne désormais réduite au niveau de partenaire subalterne.

Q : Est-ce qu’on verra, durant le mandat d’Obama, une transformation tactique ou systématique de l’approche des médias américains institués envers l’Iran ? Devra-t-on s’attendre à une interruption de l’immense propagande noire anti-iranienne ?


R : En général, les médias adhèrent de près à la structure générale de la politique de l’Etat, bien que ces politiques soient parfois critiquées au niveau tactique. Par conséquent, cela dépend beaucoup de la position que l’administration Obama va prendre.

Q: Et enfin, pensez-vous que le président US devrait suivre la proposition iranienne et demander pardon pour ses crimes passés contre l’Iran ?


R: Je pense que les puissants devraient toujours avouer leurs crimes et demander pardon aux victimes, et en fait aller beaucoup plus loin en attribuant des réparations. Malheureusement, le monde est avant tout gouverné par la maxime de Thucydide : les forts font comme ils l’entendent, et les faibles souffrent comme il se doit. Lentement, au fil du temps, et d’un point de vue général, le monde devient plus civilisé. Mais il reste encore beaucoup de chemin à faire.

samedi 1 novembre 2008

Crise financière ou guerre secrète ?

par Mohammad Djamal ARAFAH محمد جمال عرفة

Le 14 octobre 2008, le gestionnaire de fonds et analyste financier Mostafa Belkhayate* a accordé une interview au site Capital.fr, qu’on retrouve également sur son site personnel.
Curieusement l’une des questions et l’analyse de
Mostafa Belkhayate sur des possibles causes profondes de cette crise, a complètement disparu sur le site de Capital ! Cependant, Capital a pris le soin de laisser un lien vers le site de Belkhayate (indiqué plus haut) où l’on peut lire ce qui suit :

Capital.fr : Qu’est ce qui vous fait penser que la chute n’est pas terminée ?

Mostafa Belkhayate : Lorsqu’il y a un crime, cherchons le coupable du côté de celui qui en profite. Washington a résolu en moins d’une semaine le grave problème des créances américaines : en faisant croire que Freddie Mac et Fannie Mae, deux organismes américains de financement, risquaient la faillite, les financiers yankee ont coupé l’herbe sous les pieds des Chinois, qui possèdent près de 400 milliards de dollars d’obligations émises par ces institutions. Ces dernières, aujourd’hui loin de leur valeur initiale, ne peuvent plus être revendues. Tous ceux qui pourraient en acheter en ont déjà ; les Japonais, les Européens, les Russes, les Arabes,… Voilà comment on peut dissoudre des milliers de milliards de dollars de dette. Pour moi, c’est la seule explication du sacrifice de Lehman Brothers. C’est ingénieux, d’autant plus que Washington a manipulé le prix du pétrole à la hausse à partir d’avril 2008 pour "offrir" sur un plateau venimeux un maximum d’obligations aux Arabes, qui leur ont toujours fait une confiance aveugle. Une fois le plein fait, on lâche le pétrole et les obligations. Le mécanisme a parfaitement marché puisque aujourd’hui les créanciers amis de l’Amérique n’ont que du papier sans valeur entre les mains. Voilà la vraie guerre ! Sauf qu’il me semble qu’on ait sous-estimé la réaction de "ces amis". Leur réaction sera violente, foudroyante…car ils ne vont pas se laisser faire. La crise boursière ne fait que commencer. On va assister à une attaque en règle sur le billet vert…

Qu’est-ce qui se passe vraiment ? Ce spectacle auquel on assiste, est-ce simplement une machinerie trop complexe devenue folle et qu’on ne contrôle plus ? Un gros machin qui échappe à la compréhension des contribuables heureux que nous sommes, et qui risque d’exploser et de faire beaucoup de dégâts ? Ou est-ce qu’il y a des malins qui appuient sur les boutons et appuient sur les manettes et tirent les ficelles, qui se croient trop rusés pour tout contrôler et qui se fichent de savoir si cela peut faire tomber le ciel sur nos têtes ?

Assistons-nous seulement à une crise financière, ou bien, comme certains commencent à le dire, à une guerre économique secrète, comme le montre l’article suivant ? – IA

* Trader et gestionnaire du Fonds islamique d’investissement dans l’or Mansa Moussa Gold Fund (1,2 milliard de dollars d'actifs en gestion), qui affiche une performance moyenne - étonnante par sa constance - de 3% par mois depuis sa création en avril 2005, Mostafa Belkhayate a eu le nez creux en affirmant que l'or allait rallier la barre psychologique des 1.000 dollars et que le CAC 40 (PX1) allait glisser sous les 4.000 points avant l'automne. Le gérant, qui compte désormais associer les investisseurs à son engagement dans l'humanitaire, nous donne ses prévisions sur le dollar, les matières premières et le CAC 40 (PX1).Voir son interview ici.

***

L’Arabie Saoudite : « La crise financière est une guerre secrète »

par Mohammad Djamal Arafah محمد جمال عرفة

Le souverain saoudien, le roi Abdullah Ben Abdelaziz a indiqué que la crise financière que subissent les marchés financiers internationaux aurait pu être planifiée afin de faire saigner les pays du Golfe, en la décrivant comme une « guerre secrète ».

Dans son discours lors d’une réception par le Ministre de la culture et de l’information, Iyad Ben Amîn Madani, d’un certain nombre de responsables ministériels du secteur de la presse, et des rédacteurs en chef des journaux et des magazines saoudiens, ce samedi 25 octobre 2008, le roi Abdullah a déclaré : « Je crois que le monde subit maintenant une guerre secrète, une guerre économique. Vous devez prendre cela en considération, ainsi que l’intérêt de la religion et de la patrie et non pas l’intérêt de quelques individus, car l’économie est la base de toute chose ».

Le souverain saoudien a aussi insisté, en recevant les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des États du Conseil de Coopération du Golfe, sur le fait que le Golfe poursuivait sa marche en avant mais qu’il était visé.

Il a expliqué dans un discours transmis par l’agence officielle saoudienne : « Vos pays sont une cible visée pour ébranler ce bienfait (la richesse et la stabilité, NdT), que nous devons apprécier et respecter, nous devons entretenir, et nous devons protéger sans précipitation, sans faux nationalisme et sans ostentation inutile. Nous voulons que chacun ait ses yeux la crainte du Seigneur, la reconnaissance qui lui est due, et l’intérêt de la nation. C’est ce que nous voulons ».

Le souverain saoudien a dévoilé qu’il allait bientôt se rendre aux USA, mais il n’a pas précisé s’il allait aborder la crise financière pendant cette visite. Il a déclaré : « Je me rends aux USA pour y participer au dialogue interreligieux en cours actuellement ».

Crise ou complot ?

Les experts économiques sont d’accord que la cause principale qui a déclenché l’actuelle crise financière est le fait que plusieurs banques US ont vendu des produits d’emprunt obligataire garantis par les hypothèques des crédits immobiliers et des polices d’assurance, pour des centaines de millions de dollars, à différentes banques partout dans le monde, avant qu’on se rende compte que ces produits étaient sans valeur, ce qui a provoqué la crise des crédits hypothécaires.

Mais quelques hommes politiques arabes pensent qu’il se pourrait que la crise vise les investissements de quelques États, ce qu’on appelle les fonds souverains, dans les institutions financières US qui viennent de s’effondrer.

Ce groupe croit que la crise financière aux USA, et qui a entrainé la chute des bourses internationales, serait organisée dans le cadre d’un plan occidental pour frapper les fortunes arabes pétrolières, et pour mettre la main sur les profits réalisés par les Arabes aux dépens de l’Occident sous forme des recettes pétrolières, suite à la hausse importante des cours du pétrole récemment.

Les partisans de cet avis avancent pour preuve deux rapports stratégiques US publiés en juin 2008, soit avant la crise, qui mettent en garde contre l’influence des fonds souverains arabes, contrôlés principalement par l’argent du Golfe, le fruit du pétrole, sur l’économie US et occidentale.

Ces deux rapports mettent aussi en garde contre une future réorientation du cap de la politique internationale sous l’effet de cette influence économique au service des intérêts arabes, si ces États pétroliers le voulaient.

Le premier des deux rapports est celui de Richard Haass, l’ex directeur de la planification au Département d’État US, et qui a été publié dans le numéro de mai/juin du magazine Foreign Affairs The Age of Nonpolarity », NdT). Dans cet article, il parle de l’importance croissante de ces fonds et de leurs possessions, ce qui leur permet de contrôler le système financier US et de devenir des moyens de pression politique.

L’autre rapport signé Daniel Drezner, professeur assistant des politique internationale à l’école Fletcher de l’Université Tufts aux USA, a été publié dans le numéro de mai/juin du magazine The American sous le titre The Sovereigns Are Coming. Il y souligne que le temps de la domination de ces fonds souverains s’approche (un tableau fourni dans l’article donne un total de 1425 milliards de dollars rien que les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et le Koweït. D’autres avancent un chiffre entre 3000 et 4000 milliards de dollars pour les pays arabes du Moyen Orient, (voir Le nouvel âge d’or des fonds souverains au Moyen Orient, NdT).

Un article publié le 15 septembre 2008 par le journal International Herald Tribune (The rising danger of high oil prices, NdT), met en garde contre l’accumulation des milliards de pétrodollars dans le Golfe et contre les fonds souverains de ses pays, et il appelle à développer une « nouvelle stratégie » pour affronter ces fonds arabes fruits du pétrole.

L’article est signé Henri Kissinger, l’ex-secrétaire d’État US, et Martin Feldstein, professeur d’économie à l’université de Harvard et ex-conseiller économique en chef du président Ronald Reagan (voir à propos de leur article l’intéressante analyse : Henri Kissinger, l’ « israélisation » de la raison, les Fonds souverains, le Fond de Zakat et l’épouvantail « islamiste », NdT).

Mise en faillite « volontaire »

Après le déclenchement de la crise, différents rapports circulaient sur les sites web arabes à propos de l’existence d’un plan US bien organisé dont l’objectif est de mettre en « faillite volontaire » quelques banques et entreprises US, notamment celles avec beaucoup d’investissements d’argent arabe et asiatique, afin d’avaler ces fortunes.

Les partisans de cette thèse affirment que ce plan a été organisé pour mettre la main sur les fonds souverains arabes que les gouvernements investissent dans les banques, les institutions et autres entreprises industrielles US.

Ces rapports ajoutent que ces effondrements « provoquées » de quelques banques et entreprises, visent non seulement plus d’un trillion (mille milliards, NdT) de dollars – selon des estimations non officielles – des fonds souverains arabes, mais aussi environ deux trillions et demi supplémentaires des fonds souverains asiatique ou d’Amérique latine, pour des États comme la Chine, le Japon, la Singapour, la Corée du Sud et le Brésil.

Ces fonds sont investis dans les institutions financières US et représentent des dettes sur l’économie US. Les États investisseurs comptaient sur le retour de ces fonds et de leurs bénéfices astronomiques, mais les décideurs US ne le voyaient pas ainsi selon ces rapports.

Ces rapports expliquent le recours par les USA à ce plan en affirmant que « l’économie US ne pourrait pas supporter les risques du retrait de ces fonds, et ne pourrait pas payer les profits gigantesques pour l’étranger. Il y aurait aussi d’autres objectifs politiques visant à sauver l’empire capitaliste US de la faillite et de l’implosion économique et politique ».

Ces analystes soutiennent leur thèse en affirmant que les investisseurs étrangers ne pourront pas obtenir le moindre dédommagement des institutions US en faillite, en vertu du chapitre 11 de la loi sur les faillites aux USA. Ce chapitre protège les institutions en faillite contre leurs investisseurs, et n’accorde à ces investisseurs aucun droit sur ceux qui achètent ces institutions en faillite.

Il n’y a pas de rapports fiables sur les pertes des fonds souverains du Golfe dans cette crise financière US, mais on les estime à plusieurs milliards de dollars.

Traduit par IA, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala