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mardi 28 décembre 2010
lundi 1 mars 2010
La nouvelle utopie: Une journée sans Mexicains & Un monde merveilleux
par Alfredo Antonio FERNÁNDEZ, El Otro Lunes, janvier 2010 Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Il est rare que deux films produits à peu de distance l’un de l’autre et réalisés sous des latitudes différentes, aient un impact par leur contenu sur la réalité des Mexicains à l'intérieur et l'extérieur du Mexique.
Mais c'est le cas des films Un día sin mexicanos /A Day Without a Mexican [Une journée sans Mexicains] (2004), de Sergio Arau, et de A wonderful world [Un monde merveilleux] (2006), de Luis Estrada.
Outre le fait que les deux films ont été réalisés par des cinéastes mexicains, qu’ont-ils comme autres aspects intéressants en commun ?
Mais c'est le cas des films Un día sin mexicanos /A Day Without a Mexican [Une journée sans Mexicains] (2004), de Sergio Arau, et de A wonderful world [Un monde merveilleux] (2006), de Luis Estrada.
Outre le fait que les deux films ont été réalisés par des cinéastes mexicains, qu’ont-ils comme autres aspects intéressants en commun ?
Dans tous deux est présente l'idée de projeter au-delà de l’actualité (utopie) les conflits qui affectent les Mexicains et les Usaméricains d'origine mexicaine du XXIème siècle.
Et cela est important, surtout maintenant, dix ans après que l'Accord de libre-échange (ALENA) entre les USA et le Mexique a créé la base pour que des millions de Mexicains, des deux côtés de la frontière, se regroupent économiquement dans le nouveau projet néolibéral et plus seulement dans celui, traditionnel, de la famille.
Et il est intéressant de noter que les deux films recourent à des déplacements dans le temps (2015 dans Un monde merveilleux) et dans l’espace (le brouillard rose dans lequel disparaissent les Usaméricains d'origine mexicaine dans Une journée sans Mexicains) comme moyens d'attirer le public dans les salles.
Une journée sans Mexicains, de Sergio Arau (100 minutes) a été projeté dans les circuits commerciaux US de manière limitée: à partir du 14 Mai 2004 dans les États du Sud-Ouest et la Californie, et à partir du 17 Septembre 2004 à Chicago, au Texas , en Floride et à New York.
Avant meme sa diffusion, le film a commencé à soulever des controverses et des protestations lorsque les gens dans l'État de Californie (anglos & hispaniques) ont commencé à voir des panneaux publicitaires annonçant: le 14 mai, il n'y aura plus de Mexicains en Californie.
L'événement a déclenché la réaction des gens d'origine hispanique (Mexicains et d'Amérique centrale) qui ont interprété l’annonce comme une menace inhabituelle et violentes contre la communauté latina installée en Californie.
Quel est le pitch d’ Une journée sans Mexicains ?
Il s'agit d'une fantaisie dans laquelle, tout à coup et sans explication valable, les Mexicains en Californie disparaissent.
Et avec la disparition de Mexicains sont interrompues les communications téléphoniques et Internet. Résultat : les fils invisibles reliant les deux pays (Mexique et USA) et que l'Accord de libre-échange (ALENA), avait noués en 1994, deviennent inutilisables du jour au lendemain.
Et le chaos créé par cette disparition soudaine n’est pas bénin: il ne s'agit pas de centaines ou de milliers de personnes, mais de quatorze millions de Mexicains perdus dans le brouillard rose, y compris les agents des services frontaliers d'immigration d’origine mexicaine !
L'idée de la disparition soudaine et inexpliquée d'une communauté n'est pas nouvelle dans le cinéma mondial.
Déjà aux origines du cinéma expressionniste européen, en réaction aux nombreux pogroms subies par les Juifs, le cinéaste autrichien Hans Karl Breslauer, avait réalisé La ville sans juifs (1924), allégorie cinématographique basée sur le roman de Hugo Bettauer dans lequel Vienne, capitale de l'Empire austro-hongrois, est affectée lorsque sa population juive disparaît.
Le film touchait une corde sensible dans l'atmosphère antisémite de ces années: peu après la première du film, le romancier Hugo Bettauer était assassiné par un membre du parti nazi.
Pour revenir à l’Amérique, l'idée de présenter la problematique mexicano-américaine par le mystère de la disparition massive des immigrés, a valu au le film de remporter le Prix du Meilleur Scénario au Festival de Cinéma de Cartagena (Colombie).
Le propriétaire d’un restaurant arrive dans son établissement et ne voit personne: ni menu du jour, ni nourriture, ni personne pour laver la vaisselle, ni même clients.
Le sénateur Abercrombie, arrivant au Capitole, annonce qu'il payer acinq fois plus que ce qui est généralement payé aux Latinos pour trouver des gens prêts à cueillir des tomates dans les champs.
Personne n’avait jamais soupçonné combien de problèmes de plomberie, de fuites de gouttières, de jardins envahis par les herbes, de maisons écroulées, d’ordures accumulées dans les poubelles municipales, d'enseignants manquant dans les écoles et d’ infirmières dans les hôpitaux une journée sans Mexicains pourrait provoquer en Californie!
Et la seule chose pour laquelle les Anglos remerciaient Dieu après la disparition des Mexicains, c’était le fait qu’ avaient également disparu des millions de voitures et de camions, ce qui rendait la circulation plus supportable.
Paradoxes de la vie: le réalisateur et les producteurs misaient sur le circuit des cinémas commerciaux usaméricain comme le meilleur réceptacle pour le film.
Mais il n’en fut pas ainsi en réalité.
Le film a été projeté dans l'Est et l'Ouest et le centre du pays dans les sites abritant les plus fortes concentrations de population d’origine mexicaine et n’a eu que 4, 1 millions d’entrées. Toutefois, à Mexico et dans d'autres villes mexicaines il fut premier au box-office dans la première semaine de sortie.
Alors que la dissolution des Mexicains dans le brouillard rose et les conséquences qu’elle produit sont parmi les moments les plus réussis du film, il n’en va pas de même avec les effets de cette situation sur la vie quotidienne des personnages.
Trop de personnages, trop de petites histoires ne contribuent pas à l'enrichissement de l'histoire centrale du film, mais à sa dispersion et à des moments banals.
Les scènes dans lesquels sont impliqués tante Gigi, le présentateur de talk show à la télé et la jeune Sánchez ne sont pas très convaincantes et en fin de compte, parmi les personnages éventuellement récupérables, il y aurait celui de la reporter Lila, interprété par Yareli Arizmendi, co-scénariste du film.
Les critiques de cinéma usaméricains ont privilégié dans leurs critiques les défauts d'interprétation au point de renverser jusqu’aux bases du film.
“This Day not only lacks Mexicans but also good acting, sharp storytelling and humor” (“Cette journée manque non seulement de Mexicains, mais aussi de bonns acteurs, d’histoires racontées de manière percutante et d’humour") au détriment de son principal mérite : celui d’attirer l’attention sur la présence de Mexicains dans les rues des USA et sur la dépendance croissante des Anglos à leur égard pour les services communautaires, les récoltes de produits agricoles, le commerce de détail et le transport routier d’une bonne part de la production industrielle et agricole du pays.
Une journée n’a pas la pretention d’être un cinéma de contenu social élevé comme ce fut le cas pour certains réalisateurs d'Hollywood qui allèrent au Mexique: Fred Zinnemann avec Réseaux (1934) et Elia Kazan avec Viva Zapata! (1952).
Dans Une journée il n'y a ni grèves ni drogue ni violence, au contraire, le film reste dans la zone que l’écrivain soviétique Ilya Ehrenbourg a appelé “la fabrique de rêves de Hollywood”.
Sans violer le schéma du “cinéma de divertissement” (conflit sentimental & happy end), le réalisateur Sergio Arau fait usage de nouvelles structures narratives cinématographiques et télévisuelles comme cele consistant à présenter des faits fictifs dans un format documentaire que le jargon technique des studios de cinéma et télévision appele le mock documentary et/ou le mockumentary.
Une journée peut être rangé dans la catégorie des produits de l'industrie du divertissement cinématographique, mais dans la structure des "loisirs productifs" , il aspire, - et à notre avis, il réussit - à réfléchir avec humour sur un sujet brûlant des minorités aux USA : que se passerait-il si un jour non seulement les Mexicains de Californie, mais tout le groupe hispanique, qui constitue la plus importante minorité du pays - plus de quarante millions - décidait de prendre des vacances ou se retrouvait pris au piège, comme dans le film, dans un nuage rose géant ?
C'est cela le super-objectif du film: un avertissement aux USA que sous leur ciel, en ce début de face au XXIème siècle, il ya une mosaïque de nationalités d'origine hispanique de grand pouvoir économique et démographique, avec un indéniable potentiel politique.
Et c'est certainement là son principal mérite, au-delà des défauts dans la dramaturgie, dans la structuration du tempo cinématographique ou dans le choix des personnages principaux.
D’une durée de presque deux heures et trois ans après la sortie d’ Une journée est sorti Un monde merveilleux de Luis Estrada.
On estimait que le nouveau film aurait autant d'impact sur la politique nationale et au box-office que son prédécesseur La ley de Herodes /Herod's Law [La loi d’Hérode] (1999).
Coïncidence ou préméditation ?
Les critiques se demandaient si l’équipe de tournage d’ Un monde merveilleux n’était pas en train de miser sur la “chronique d'une censure annoncée”, vu que la date de sortie était le 17 Mars 2006, trois mois et demi avant les élections du 6 juillet qui allaient opposer les candidats du Parti d'action nationale (PAN) et du Parti de la Révolution Démocratique (PRD).
Et pour accroître “l’altercation à l'avance” le réalisateur ne pariait pas seulement sur les dates mais il réemployait son acteur préféré Damián Alcázar (inoubliable John Vargas dans La ley de Herodes) dans le rôle principal.
Sept ans auparavant (décembre 1999), Luis Estrada avaient été pris dans les filets de la censure lorsque la première de son film La ley de Herodes avait coïncidé avec l’affrontement à l'élection présidentielle des candidats du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et du Parti d'Action Nationale (PAN)1.
Mais cette fois, le nouveau film a commence sa carrière publique sans heurts avec la censure alors qu’il contenait autant d'allusions, ou plus grossières, à la vie sociale et politique au Mexique que dans le tant vanté La ley de Herodes.
La première partie de l'histoire rappelle sur le ton de la parodie le livre de l'écrivain anglais Aldous Huxley “Le meilleur des mondes”, (1932) dédoublé en Un monde merveilleux d’utopie en dystopie.
La première partie de l'histoire rappelle sur le ton de la parodie le livre de l'écrivain anglais Aldous Huxley “Le meilleur des mondes”, (1932) dédoublé en Un monde merveilleux d’utopie en dystopie.
Utopie, pourquoi?Cette fiction débute par une reunion mondiale sur la pauvreté où l’on affirme qu'il n'y a pas de pauvres au Mexique.
Dystopie, pourquoi?
Un vagabond nommé Juan Pérez - sans aucun doute un Pérez quelconque - traîne sa pauvre humanité dans le centre de la ville de Mexico. Il cherche un endroit où passer la nuit. Il “se faufile” dans le Centre financier mondial .World Financial Center. Il est découvert par un garde, juché sur une corniche à des centaines de mètres de hauteur. Les journalistes qui le voient au sommet de l’édifice assurent qu’il ya grimpé pour se suicider en protestation contre la politique néolibérale du gouvernement. Utopie, pourquoi?
En apparaissant dans les journaux, Juan Pérez, de “Pérez quelconque”, devient héros national. Traqué par la presse, le ministre des Finances n'a pas d'autre choix que de donner à Pérez une maison, une voiture et un travail confirmer le le slogan qu'au Mexique, il n’y a pas de pauvres. Pérez est envoyé à un hôpital pour un check-in: les infirmières le traitent “comme un roi.”
Pourquoi dystopie ?
Les sans-abri (El Tamal, El Azteca et El compadre Filemón) amis de Pérez, orsuq’ils apprennent las avantages obenus par leur collègue grace à son prétendu suicide, décident, à leur tour, de “se suicider” en sautant des principaux bâtiments de Mexico pour voir s’ils obtiennent des avantages similaires du gouvernement.
Pourquoi utopie ?
Le ministre des Finances, devant la vague de suicides chez les sans-abri et les chômeurs qui menace la ville, fait volte-face du jour au lendemain et au lieu de continuer avec le slogan qu'il n'ya pas de pauvreté au Mexique, declare que la pauvreté est un crime contre et donne l’ ordre d’ arrêter les sans-abri.
Pourquoi dystopie ?
Comme la pauvreté au Mexique est désormais considérée comme un crime Juan Pérez doit aller en prison.
Pourquoi utopie ?
Après trois ans de prison Juan Pérez est libéré et retourne à la rue. Non plus comme pauvre in extremis mais comme pauvre standard. Le ministre des Finances, pour avoir rectifié à temps la consigne qu’ au Mexique il n’y a pas de pauvreté et l’avoir remplacée par celle que la pauvreté est un crime reçoit le prix Nobel d’ économie.
Nous pourrions continuer longtemps à accumuler des dichotomies de cette confrontation singulière entre dystopie et utopie dans A wonderful world. Mais au lieu de cela, nous préférons donner une évaluation d’ensemble de la nouvelle production de Bandidos Film réalisée par Luis Estrada.
Techniquement, le film oscille dans sa facture entre expressionnisme et BD.
Il a de bons moment où l’on rit franchement : par des caricatures et des parodies du discours et du mode de pensée des membres de la classe politique mexicaine, l’approche de la réalité est plus efficace que celle des médias.
Les journaux du gouvernement et de l'opposition apparaissent engagés exclusivement à montrer les points forts et les faiblesses des partis rivaux.
Et à tous échappe la possibilité, bien exploitée par le réalisateur, de (re) considérer la réalité sociale et politique du Mexique dans les termes narratifs d'un conte de fées qui commence bien et finit mal.
Malheureusement, la seconde partie du film n'est pas à la hauteur de la première.
Un coup de ciseaux du réalisateur qui aurait réduit la durée du film de presque deux heures à une heure et demie aurait été bénéfique à l'équilibre du film.
Une dramaturgie plus élaborée et une connaissance de la manière d'orienter judicieusement les conflits ouverts dans l’intrigue vers une fin dramatique propre à convaincre tout le monde, - critiques comme spectateurs - aurait contribué à la meilleure qualité d'un film qui en soi est bon.
Malheureusement, au fur et à mesure qu’on approche de la fin, le film perd son rythme et deviant lent, répétitif et stéréotypé dans l'accumulation de situations qui ne contribuent à peu près en rien à l'avancement général de l'intrigue.
La satire féroce du système néolibéral et de ses formulations futuristes et utopiques pour mettre fin à la pauvreté qui dans les premiers moments tapait dans le mille, commence à tomber dans les clichés.
Le caractère mélodramatique de l'intrigue s’accentue également, au détriment du traitement et néo-réaliste et satirique qui provoquait tant de rires au début du film.
Enfin, un Juan Pérez qui semble avoir retenu la leçon d’un système qui l’a élevé mais aussi incarcéré,
se contente de vivre avec sa petite amie Rosita (l’actrice Cecilia Suárez) dans une petite maison de banlieue qu’il a reçu comme récompense des politiciens néolibéraux.
Si nous comparons la fin de A wonderful world (2006) avec celle de Une journée sans Mexicains (2004), nous voyons que Juan obtient du côté mexicain une petite maison (American way of life fictif) comme une chose extraordinaire que ses compatriotes mexicains, du côté usaméricain (American way of life réel) ont, depuis le début du film Une journée sans Mexicains, comme monnaie courante et depuis belle lurette. Et en plus de la maison: voiture, commerces, citoyenneté etc.
Autrement dit, les Mexicains en Californie rappellent aux Anglos US ce qu'ils ne peuvent ignorer : qu’ils faut les prendre en compte car ils ont du pouvoir.
Alors que Juan et sa maisonnette sont un exemple pour les millions de pauvres au Mexique qu’ un jour pas trop lointain (2015 dans le film) ils pourront eux aussi être heureux grâce au modèle néolibéral et avoir une maisonnette sans avoir besoin de franchir légalement ou illégalement la frontière envahie par le brouillard rose.
A wonderful world jette un regard critique et acide sur la réalité d’un pays cense être riche partiellement submergé par la pauvreté.
Et peu importe que de nouveau, comme dans La ley de Herodes - la maîtrise technique du réalisateur dans l'utilisation de la palette de couleurs lui permette de passer des tons sombres des ruelles de la ville de Mexico où les vagabonds se déplacent aux teintes vives des maisons des riches dans les quartiers d'El Pedregal ou Las Lomas.
Ou que la bande sonore utilise à plusieurs reprises, en harmonie avec le titre du film, l'interprétation nostalgique par Louis Armstrog de “That's a Wonderful World” , comme un rappel voltairien que dans le le Mexique futuriste de 2015, tout le monde, riches et pauvres, vivront “dans le meilleur des mondes possible”.
Non, la musique et les couleurs ne sont pas utilisés comme un palliatif aux dures réalités de la pauvreté, mais comme des armes dans un arsenal qui vise à atteindre un degré optimal de valeur esthétique à travers un contenu de dénonciation sociale.
Dans un entretien avec Luis Estrada lors de la sortie de A wonderful world, il confirmait son propos :
“La ley de Herodes était une critique frontale contre un parti politique (le PRI). Un monde merveilleux critique un système, un modèle économique qui a paupérisé ce pays et qui prend seulement en compte les chiffres macro-économiques ...”
N'oublions pas qu'une partie du discours officiel répète qu’il n’y a pas de pauvres et que d’autre part le film nous rappelle que, selon des organismes internationaux, il ya soixante millions de pauvres au Mexique.
Sur le plan de la population actuelle du pays - un peu plus de cent millions -, ce chiffre représenterait un peu plus de la moitié de la population en état de pauvreté.
Le film prend le parti des détracteurs des bienfaits supposés de l'orthodoxie économique néo-libérale appliquée avec rigueur à la société mexicaine à travers les “hauts et les bas” de la vie d’un Pérez quelconque qui peut aussi bien grimper au sommet du Centre financier mondial que roder dans les égouts.
A Wonderful World est une tragi-comédie au ton aussi sombre dans sa critique du gouvernement du Parti d'Action Nationale (PAN) que l’était La ley de Herodes dans celle du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI).
Sans que pour autant manquent les commentaires critiques sur le Parti de la Révolution Démocratique (PRD), qui n'a jamais pu accede au pouvoir.
Pourrait-on donc définir le profil du réalisateur Luis Estrada comme celui d’un artiste iconoclaste ?
Oui, peut-être ... Peut-être sommes-nous en présence d'un anarchiste ou d’un franc-tireur artistique.
Mais on pourrait aussi attendre la sortie de son prochain film - 40 degrés - qui concluera la trilogie ouverte par La ley de Herodes et poursuivie avec A wonderful world , avant d’émettre un jugement plus concluant.
Note
1 .- Voir Alfredo Antonio Fernández “La ley de Herodes: ¿retórica del poder o dialéctica cinematográfica?” in OtroLunes NO. 10, Oct-Nov, 2009
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vendredi 1 janvier 2010
Une insolite banque anticapitaliste dans la Jungle Lacandone
Un projet de l’autonomie zapatiste
En ce 1er janvier 2010, 16ème anniversaire de l’insurrection zapatiste, Basta! salue ses frères et soeurs qui continuent leur combat exemplaire pour construire des alternatives au Chiapas.
La Realidad, Chiapas. Les villages zapatistes affrontent chaque jour de nouveaux défis pour rendre réelle l’autonomie de leurs territoires. C’est une histoire de succès et d’obstacles, de création, d’invention et de mise en pratique d’idées nouvelles. Il s’agit pour eux de perdre la peur de se tromper sur un chemin emprunté en 1994, qu’ils ont balisé avec la création des gouvernements autonomes en 2005 et qu’ils continuent à tracer tous les jours. Et tout cela sous la pression du harcèlement des militaires et des paramilitaires, de l’acharnement policier et des projets du gouvernement qui visent à diviser les communautés ; à quoi vient s’ajouter la pénurie à grande échelle que subissent les plus de 40 communes autonomes en résistance. L’autonomie se construit presque à partir de rien. Et c’est à partir de rien qu’est née, il y a plus d’un an, l’insolite Banque Populaire Autonome Zapatiste (Banpaz), dans la région de la jungle frontalière (1).
Il semble impossible d’atteindre l’autosuffisance dans des conditions de précarité extrême, mais ça ne l’est pas pour les zapatistes qui, assure Roel, du Conseil de Bon Gouvernement Vers l’espérance, « démontrent que l’on peut faire les choses différemment… imaginez, une banque anticapitaliste, sans ces messieurs les banquiers et dont les bénéfices sont pour le peuple ! »
Le siège du gouvernement autonome de la jungle frontalière est l’escargot (2) « Mère des escargots de la mer de nos rêves ». Il y a dans cette région quatre communes autonomes et c’est la première région à avoir mis en marche la banque populaire, une initiative qui s’appuie fortement, comme tous les projets autonomes, sur les décisions des assemblées communautaires. La conception de cette banque, les débats pour la définir, la prise de décision et sa mise en application sont le reflet de la pratique collective et démocratique qui prédomine dans les communautés indigènes zapatistes.
Le processus d’autonomie des bases d’appui de l’EZLN comprend des systèmes de santé, d’éducation, des projets de production, des moyens de communication et de nouvelles formes de commercialisation des produits, le tout dans des conditions précaires mais avec l’objectif majeur de mettre en pratique l’un des principes fondamentaux du zapatisme : celui de commander en obéissant, qui se traduit dans des formes de gouvernement dont les décisions s’appuient sur les consensus des villages. Mais rien n’est idéal ni sans problèmes. Il y en a « et beaucoup… ce qui se passe c’est qu’ici nous cherchons la solution à ces problèmes tous ensemble. Si quelque chose ne marche pas, nous n’en restons pas là. Nous cherchons à en sortir. Nous prenons la question au sérieux et nous finissons par aboutir. Tout le monde peut se tromper mais quand l’erreur est collective il n’y a pas de coupable… », explique Roel, responsable de l’organisation autonome qui achève son mandat à la tête du Conseil de bon gouvernement.
Et précisément l’un de ces problèmes c’est que bien qu’il y ait un système de santé autonome, celui-ci s’avère insuffisant pour la prise en charge de maladies graves et dans ce cas les patients doivent quitter leur village pour aller chercher une aide spécialisée et ils ont besoin d’argent pour payer le transport et les services médicaux. L’argent ils ne l’ont pas et ils cherchent quelqu’un à qui l’emprunter.
Il y a quelques années on a vu se profiler, dans les vallées de la jungle lacandone, le spectre de l’émigration. Des centaines d’indigènes, zapatistes ou non, ont quitté la zone à la recherche de travail. La baisse des prix de leurs produits agricoles et le recours aux intermédiaires pour leur commercialisation ont provoqué ce flux d’hommes, en majorité jeunes, vers les villes touristiques du sud du pays (Cancún et Ciudad del Carmen) et, bien sûr, vers les USA. Les devises ont commencé à arriver dans les communautés et quelques familles ont amassé un petit pécule avec lequel elles ont entrepris le commerce de l’usure ou « coyotage », comme on l’appelle dans la région.
La nécessité urgente d’argent pour affronter un grave problème de santé, d’un côté, l’augmentation du coyotage, de l’autre, ont donné de plus en plus de champ à l’abus des prêteurs, qui demandent un intérêt mensuel compris entre 15 et 20 %. Pris à la gorge, sans autre opportunité, les indigènes, quelle que soit leur affiliation politique, recourent à ces prêts. Mais les zapatistes ont commencé à rejeter cet état de fait et à « chercher comment sortir de cette situation ».
« Les membres des communautés se sont mis à débattre de la manière de résoudre le problème des emprunts. Ils ont commencé les assemblées en 2008 et village par village nous avons débattu de l’idée de créer une petite banque pour répondre aux besoins de santé urgents, aux cas graves que ne peuvent pas prendre en charge les services de santé autonomes », explique Roel.
Dans les cas d’urgence, ajoute-t-il, « il faut déplacer le malade pour qu’il puisse recevoir des soins spécialisés et comme on n’avait pas d’argent il fallait recourir aux coyotes. Ainsi naquit l’idée de créer plutôt une banque de prêt et le débat fut ouvert sur la façon de la construire. Les communautés décidèrent qu’il fallait percevoir des intérêts, mais qu’ils devaient être très faibles. Avec ces intérêts on augmenterait le fonds de la banque pour lui permettre de réaliser d’autres prêts. A la fin des débats on décida que l’intérêt serait de 2 % par mois.
Une fois décidé le taux d’intérêt pour des prêts liés à des motifs de santé, les assemblées discutèrent des prêts pour les projets collectifs, les coopératives et les sociétés. Et elles décidèrent un taux d’intérêt de 5 %. Au début on pensa aussi à des prêts pour des projets individuels, mais, explique le représentant du Conseil de Bon Gouvernement, « nous nous sommes aperçus que ces prêts étaient destinés purement et simplement à monter des affaires et nous les avons suspendus, ne restant en vigueur que les prêts pour des problèmes de santé et, dans un deuxième temps, les prêts pour des projets collectifs. L’important ici est qu’aucune décision n’est individuelle et que ce sont les villages qui analysent chaque stade et décident ce qui leur convient. »
C’est l’autorité de la communauté à laquelle appartient chaque demandeur qui décide et les villageois sont témoins. De cette façon, tout le village est informé que l’un de ses membres a sollicité de l’argent à la banque et qu’il doit le rembourser. Ceux qui demandent un prêt se fixent eux-mêmes le délai pour le rembourser, en fonction de leurs charges. Ce peut être six mois, un an ou plus, selon les possibilités de chacun. Les villages des autres communes autonomes sont également informés de chaque prêt ; il s’agit en effet, disent les autorités de la région, « que nous soyons tous engagés ».
Pour rendre possible la banque populaire, on a créé le fonds initial avec un apport de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) ; avec une partie des gains du transport collectif, qui est administré par le Conseil ; et avec un don venu de l’extérieur pour un enfant malade, « qui n’avait pas besoin de tout l’argent reçu et avec la famille et l’assemblée on a décidé que le solde serait versé au fonds collectif ». Ils ont également décidé que l’impôt que les villages encaissent sur les sociétés qui construisent les chemins qui passent par leurs communautés serait ajouté au fonds de la banque.
Dans ce projet, avertit Roel, « il ne s’agit pas de faire des affaires. Il s’agit seulement de répondre à un besoin des villages et jusqu’à présent tout le monde est satisfait parce qu’on voit que ça marche et que l’on résout les problèmes de façon collective. »
Pour les villages en rébellion, la Banque Populaire Autonome Zapatiste (Banpaz) « est, assurément, une partie de notre autonomie, dans laquelle nous pouvons créer nous-mêmes nos propres ressources économiques, nos aliments, nos services de santé et d’éducation, nos moyens de communication et nos systèmes de commercialisation. Nous le faisons avec chaque jour moins de dépendance vis-à-vis de l’extérieur, parce qu’au début (il y a déjà six ans), nous avons commencé avec davantage d’appuis extérieurs. Maintenant, nous sommes toujours plus indépendants et, par conséquent, toujours plus autonomes. »
De fait, ce projet est l’un des premiers projets de l’autonomie zapatiste dans lequel n’intervient aucun facteur ou aucune aide de la société civile nationale ou internationale. « Tout a été interne. Ce qu’il y a c’est que nous essayons jusqu’à ce que ça marche. Et si ça ne marche pas nous n’en restons pas là et nous cherchons à faire d’une autre manière », affirme Roel, avec la conviction et la fierté de quelqu’un qui a grandi pendant vingt-cinq ans avec la lutte zapatiste.
« La collectivité », affirme-t-il, « est la base et elle est ce qui nous rend le plus solides en tant que zapatistes ». Et dans ce processus, le Conseil de Bon Gouvernement de la jungle frontalière considère la participation des femmes aux travaux de l’autonomie comme l’une de ses plus grandes réussites. Avec leur prise en compte, dit-il, « la vie des villages a changé. Peu à peu nous le comprenons. Et ici tout a changé. »
Pour les garçons et les filles qui ont grandi dans l’autonomie, « la question de la participation des femmes ne se pose plus ». A une autre époque, admettent les membres du Conseil, « il aurait été impensable que les bénéficiaires des prêts du Banpaz soient des femmes et on en aurait uniquement fait bénéficier les hommes, mais maintenant on les leur attribue aussi à elles et elles en assument la responsabilité. »
Ici, affirment-ils, « tout est maintenant très différent ».
NdT
1) La jungle lacandone est située au nord-est du Chiapas, près du fleuve Usumacinta, qui marque la frontière avec le Guatemala.
2) « L’escargot » (caracol) est, pour chacune des cinq régions du territoire autonome zapatiste, le centre administratif, siège du Conseil de Bon Gouvernement.
Photo: Elpida Niku
Article original publié en octobre 2009
Sur l’auteure
Philippe Cazal est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9655&lg=fr
Sur l’auteure
Philippe Cazal est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.
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mardi 13 janvier 2009
Nous sommes tous GAZA : On récolte ce qu'on sème
De siembras y cosechas/Of sowing and harvests/Di semine e raccolti
Peut-être que ce que je vais dire est hors sujet par rapport au thème de notre discussion, ou peut-être pas.
Avant-hier, le jour même où nous discutions de la violence, l’ineffable Condoleezza Rice, fonctionnaire du gouvernement US, déclarait que ce qui se déroulait à Gaza était de la faute des Palestiniens, à cause de leur nature violente.
Les fleuves souterrains qui s’entrecroisent partout dans le monde peuvent changer d’emplacement, ils entonnent le même chant.
Et celui que nous entendons en ce moment parle de guerre et de souffrance.
Pas très loin d’ici, dans un endroit appelé Gaza, en Palestine, au Moyen-Orient, tout près d’ici, une armée surarmée et surentraînée, celle du gouvernement israélien continue sa marche de mort et de destruction.
Les étapes qu’elle a suivies sont celles de la guerre de conquête classique : tout d’abord, un bombardement intense et massif visant à détruire les emplacements militaires « stratégiques » (comme le disent les manuels militaires) et à « ramollir » les bastions de la résistance ; ensuite, un contrôle acharné de l’information en sélectionnant selon des critères militaires tout ce qui est entendu et vu « dans le monde extérieur », c’est-à-dire hors du théâtre des opérations ; après cela, un intense tir d’artillerie contre l’infanterie de l’ennemi pour protéger l’avancée de ses propres troupes vers de nouvelles positions ; puis, ce sera le moment de l’encerclement et du siège pour affaiblir la garnison ennemie ; suivi de l’assaut qui conquerra la position et annihilera l’ennemi, et enfin le « nettoyage » des éventuels « nids de résistance ».
Les forces militaires d’invasion suivent étapes par étapes les instructions du manuel militaire de la guerre moderne avec quelques variations et additions .
Nous ne connaissons pas grand-chose de la situation, et il existe certainement des spécialistes du soi-disant « conflit au Moyen-Orient », mais depuis notre coin de terre nous avons ceci à dire :
Selon les photos des agences de presse, les emplacements « stratégiques » détruits par l’aviation du gouvernement israélien sont visiblement des maisons, des abris de fortune et des bâtiments civils. Nous n’avons pas vu le moindre bunker, ni non plus de casernes, d’aéroport militaire ou de batteries de canons parmi les ruines. Nous pensons donc – et veuillez pardonner notre ignorance – que soit les mitrailleuses de l’aviation visent mal, soit il n’existe pas d’emplacement militaire « stratégique » à Gaza.
Nous n’avons jamais eu l’honneur de visiter la Palestine, mais nous supposons que ceux qui vivaient dans ces maisons, ces abris de fortune et ces bâtiments, étaient des civils, des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées – et non des soldats.
Nous n’avons pas vu non plus de bastions de la résistance, juste des ruines.
En revanche nous avons vu comment des efforts futiles avaient été déployés pour imposer un siège sur l’information, nous avons vu les gouvernements du reste du monde hésiter entre ignorer ou applaudir l’invasion, et vu l’Organisation des Nations Unies, déjà inutile depuis un bon moment, publier des tièdes communiqués de presse.
Mais attendez une minute. Cela vient de nous venir. Il se pourrait que pour le gouvernement israélien, ces hommes, ces femmes, ces enfants et ces personnes âgées soient des soldats ennemis, et qu’en tant que tels, les abris de fortune, les maisons et les bâtiments qu’ils habitaient étaient des casernes qu’il fallait détruire.
Donc, à l’évidence, le feu d’artillerie qui est s’est abattu sur Gaza ce matin servait à protéger l’avancée de l’infanterie israélienne de ces hommes, femmes, enfants, et personnes âgées.
Et la garnison ennemie qu’ils veulent affaiblir avec l’encerclement et le siège de la bande de Gaza en cours n’est autre que l’ensemble de la population palestinienne qui y vit. Et l’assaut a pour but d’annihiler cette population. Et tout homme, toute femme, tout enfant et toute personne âgée qui parviendrait à échapper ou à éviter l’assaut sanguinaire qui est en vue, sera « pourchassé » plus tard pour que le nettoyage soit complet et que les commandants en charge de l’opération puissent rapporter à leurs supérieurs qu’ils ont « accompli leur mission ».
Une nouvelle fois, pardonnez notre ignorance, peut-être que ce que nous disons n’a rien à voir avec l’affaire. Et qu’au lieu de condamner le crime qui est en train d’être commis en fonction de notre point de vue d’indigènes et de combattants, nous devrions discuter de savoir si c’est une affaire de « sionisme » ou « d’antisémitisme », ou si ce sont les bombes du Hamas qui ont tout déclenché.
Peut-être que notre façon de penser est très simple, et que les nuances et les annotations si nécessaires pour les analyses nous échappent, mais à nos yeux de zapatistes, cela a tout l’air d’une armée professionnelle qui assassine une population sans défense.
Qui donc, parmi les gens d’en bas et de la gauche, peut rester silencieux ?
Mais est-il utile de dire quelque chose ? Nos cris vont-ils arrêter une seule bombe ? Notre parole va-t-elle sauver la vie d’un seul enfant palestinien ?
Oui, nous pensons que cela est utile. Peut-être que nous n’arrêterons pas de bombe, et que nos paroles ne se transformeront pas en bouclier armé qui évitera à la poitrine d’une jeune enfant ou d’un garçon d’être frappée par une balle de calibre 5,56 ou 9 mm gravée des lettres « IMI » pour « Industrie Militaire Israélienne », mais peut-être que nos paroles parviendront à s’unir à d’autres au Mexique et dans le monde, et peut-être que ce qui n’est qu’un murmure, prendra du volume et sera entendu comme un cri à Gaza.
Nous ne savons pas pour vous, mais nous, zapatistes de l’EZLN, nous savons à quel point il est important, au milieu de la destruction et de la mort, d’entendre quelques paroles d’encouragement.
Je ne sais comment l’expliquer, mais il s’avère en effet que, si des mots venus de loin ne sont pas en mesure d’arrêter une bombe, ils peuvent créer comme une brèche dans la chambre noire de la mort, où passera un mince rayon de soleil.
Pour ce qui est du reste, tout ce qui arrivera arrivera. Le gouvernement israélien déclarera qu’il a frappé un grand coup contre le terrorisme, il cachera l’étendue du massacre à son peuple, les gros fabricants d’armes auront eu une aide économique pour faire face à la crise, et l’ « opinion publique mondiale », cette entité malléable à merci, regardera ailleurs.
Mais ce n’est pas tout. Ce qui va se passer, c’est que le peuple palestinien va résister, continuer à à lutter et à avoir la sympathie des gens d’en bas pour sa cause.
Et peut-être qu’un garçon ou qu’une fille de Gaza survivront aussi. Peut-être qu’ils grandiront et avec eux leur courage, leur indignation et leur rage. Peut-être qu’ils deviendront des soldats ou des miliciens d’un des groupes qui combat en Palestine. Peut-être qu’on les retrouvera en train de combattre contre Israël. Peut-être qu’ils le feront en tirant avec un fusil. Peut-être qu’ils le feront en s’immolant avec une ceinture de dynamite à la taille.
Et là, là-haut, ils écriront que les Palestiniens sont violents par nature et ils feront des déclarations condamnant cette violence et on recommencera à discuter pour savoir s’il est question ici de sionisme ou d’antisémitisme.
Et personne ne demandera qui a semé ce qui est en train d’être récolté.
Au nom des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées de l’Armée de Libération Nationale Zapatiste,
Le sous-commandant Marcos insurgé, Mexico, 4 janvier 2009.
Traduit par Sacha Sher et Fausto Giudice, Tlaxcala
Avant-hier, le jour même où nous discutions de la violence, l’ineffable Condoleezza Rice, fonctionnaire du gouvernement US, déclarait que ce qui se déroulait à Gaza était de la faute des Palestiniens, à cause de leur nature violente.
Les fleuves souterrains qui s’entrecroisent partout dans le monde peuvent changer d’emplacement, ils entonnent le même chant.
Et celui que nous entendons en ce moment parle de guerre et de souffrance.
Pas très loin d’ici, dans un endroit appelé Gaza, en Palestine, au Moyen-Orient, tout près d’ici, une armée surarmée et surentraînée, celle du gouvernement israélien continue sa marche de mort et de destruction.
Les étapes qu’elle a suivies sont celles de la guerre de conquête classique : tout d’abord, un bombardement intense et massif visant à détruire les emplacements militaires « stratégiques » (comme le disent les manuels militaires) et à « ramollir » les bastions de la résistance ; ensuite, un contrôle acharné de l’information en sélectionnant selon des critères militaires tout ce qui est entendu et vu « dans le monde extérieur », c’est-à-dire hors du théâtre des opérations ; après cela, un intense tir d’artillerie contre l’infanterie de l’ennemi pour protéger l’avancée de ses propres troupes vers de nouvelles positions ; puis, ce sera le moment de l’encerclement et du siège pour affaiblir la garnison ennemie ; suivi de l’assaut qui conquerra la position et annihilera l’ennemi, et enfin le « nettoyage » des éventuels « nids de résistance ».
Les forces militaires d’invasion suivent étapes par étapes les instructions du manuel militaire de la guerre moderne avec quelques variations et additions .
Nous ne connaissons pas grand-chose de la situation, et il existe certainement des spécialistes du soi-disant « conflit au Moyen-Orient », mais depuis notre coin de terre nous avons ceci à dire :
Selon les photos des agences de presse, les emplacements « stratégiques » détruits par l’aviation du gouvernement israélien sont visiblement des maisons, des abris de fortune et des bâtiments civils. Nous n’avons pas vu le moindre bunker, ni non plus de casernes, d’aéroport militaire ou de batteries de canons parmi les ruines. Nous pensons donc – et veuillez pardonner notre ignorance – que soit les mitrailleuses de l’aviation visent mal, soit il n’existe pas d’emplacement militaire « stratégique » à Gaza.
Nous n’avons jamais eu l’honneur de visiter la Palestine, mais nous supposons que ceux qui vivaient dans ces maisons, ces abris de fortune et ces bâtiments, étaient des civils, des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées – et non des soldats.
Nous n’avons pas vu non plus de bastions de la résistance, juste des ruines.
En revanche nous avons vu comment des efforts futiles avaient été déployés pour imposer un siège sur l’information, nous avons vu les gouvernements du reste du monde hésiter entre ignorer ou applaudir l’invasion, et vu l’Organisation des Nations Unies, déjà inutile depuis un bon moment, publier des tièdes communiqués de presse.
Mais attendez une minute. Cela vient de nous venir. Il se pourrait que pour le gouvernement israélien, ces hommes, ces femmes, ces enfants et ces personnes âgées soient des soldats ennemis, et qu’en tant que tels, les abris de fortune, les maisons et les bâtiments qu’ils habitaient étaient des casernes qu’il fallait détruire.
Donc, à l’évidence, le feu d’artillerie qui est s’est abattu sur Gaza ce matin servait à protéger l’avancée de l’infanterie israélienne de ces hommes, femmes, enfants, et personnes âgées.
Et la garnison ennemie qu’ils veulent affaiblir avec l’encerclement et le siège de la bande de Gaza en cours n’est autre que l’ensemble de la population palestinienne qui y vit. Et l’assaut a pour but d’annihiler cette population. Et tout homme, toute femme, tout enfant et toute personne âgée qui parviendrait à échapper ou à éviter l’assaut sanguinaire qui est en vue, sera « pourchassé » plus tard pour que le nettoyage soit complet et que les commandants en charge de l’opération puissent rapporter à leurs supérieurs qu’ils ont « accompli leur mission ».
Une nouvelle fois, pardonnez notre ignorance, peut-être que ce que nous disons n’a rien à voir avec l’affaire. Et qu’au lieu de condamner le crime qui est en train d’être commis en fonction de notre point de vue d’indigènes et de combattants, nous devrions discuter de savoir si c’est une affaire de « sionisme » ou « d’antisémitisme », ou si ce sont les bombes du Hamas qui ont tout déclenché.
Peut-être que notre façon de penser est très simple, et que les nuances et les annotations si nécessaires pour les analyses nous échappent, mais à nos yeux de zapatistes, cela a tout l’air d’une armée professionnelle qui assassine une population sans défense.
Qui donc, parmi les gens d’en bas et de la gauche, peut rester silencieux ?
Mais est-il utile de dire quelque chose ? Nos cris vont-ils arrêter une seule bombe ? Notre parole va-t-elle sauver la vie d’un seul enfant palestinien ?
Oui, nous pensons que cela est utile. Peut-être que nous n’arrêterons pas de bombe, et que nos paroles ne se transformeront pas en bouclier armé qui évitera à la poitrine d’une jeune enfant ou d’un garçon d’être frappée par une balle de calibre 5,56 ou 9 mm gravée des lettres « IMI » pour « Industrie Militaire Israélienne », mais peut-être que nos paroles parviendront à s’unir à d’autres au Mexique et dans le monde, et peut-être que ce qui n’est qu’un murmure, prendra du volume et sera entendu comme un cri à Gaza.
Nous ne savons pas pour vous, mais nous, zapatistes de l’EZLN, nous savons à quel point il est important, au milieu de la destruction et de la mort, d’entendre quelques paroles d’encouragement.
Je ne sais comment l’expliquer, mais il s’avère en effet que, si des mots venus de loin ne sont pas en mesure d’arrêter une bombe, ils peuvent créer comme une brèche dans la chambre noire de la mort, où passera un mince rayon de soleil.
Pour ce qui est du reste, tout ce qui arrivera arrivera. Le gouvernement israélien déclarera qu’il a frappé un grand coup contre le terrorisme, il cachera l’étendue du massacre à son peuple, les gros fabricants d’armes auront eu une aide économique pour faire face à la crise, et l’ « opinion publique mondiale », cette entité malléable à merci, regardera ailleurs.
Mais ce n’est pas tout. Ce qui va se passer, c’est que le peuple palestinien va résister, continuer à à lutter et à avoir la sympathie des gens d’en bas pour sa cause.
Et peut-être qu’un garçon ou qu’une fille de Gaza survivront aussi. Peut-être qu’ils grandiront et avec eux leur courage, leur indignation et leur rage. Peut-être qu’ils deviendront des soldats ou des miliciens d’un des groupes qui combat en Palestine. Peut-être qu’on les retrouvera en train de combattre contre Israël. Peut-être qu’ils le feront en tirant avec un fusil. Peut-être qu’ils le feront en s’immolant avec une ceinture de dynamite à la taille.
Et là, là-haut, ils écriront que les Palestiniens sont violents par nature et ils feront des déclarations condamnant cette violence et on recommencera à discuter pour savoir s’il est question ici de sionisme ou d’antisémitisme.
Et personne ne demandera qui a semé ce qui est en train d’être récolté.
Au nom des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées de l’Armée de Libération Nationale Zapatiste,
Le sous-commandant Marcos insurgé, Mexico, 4 janvier 2009.
Traduit par Sacha Sher et Fausto Giudice, Tlaxcala
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