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vendredi 12 août 2011

Tunisie : Seriati s'en sort...pour le moment

l'ex-chef de sécurité de Ben Ali est acquitté, prison pour ses proches

LEMONDE.FR avec AFP, Reuters | 12.08.11

Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, le 13 décembre 2010.
Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, le 13 décembre 2010.AFP
La justice tunisienne a acquitté vendredi le général Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, jugé pour complicité dans la fuite en Arabie Saoudite de Zine El Abidine Ben Ali et de sa proche famille le 14 janvier, en plein soulèvement populaire. Le tribunal de première instance de Tunis a en revanche prononcé des peines de prison allant de quatre mois à six ans contre 25 membres de la famille Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi, dont 22 étaient présents à ce procès, pour tentative de fuite et possession illégale de devises.
Homme fort de la sécurité sous l'ancien régime, le général Seriati n'en a pas fini avec la justice car il fait l'objet d'autres poursuites pour des chefs d'inculpation beaucoup plus graves, tels que complot contre la sécurité intérieure de l'Etat, incitation à commettre des crimes et provocation au désordre. L'un de ses avocats, Me Abada Kefi, s'est félicité d'un jugement "historique". "C'est un jour de gloire pour la justice tunisienne qui a fait montre de liberté vis-à-vis de l'exécutif et de la pression de la rue", a-t-il dit à l'AFP. "J'ai craint l'influence de la pression populaire", a affirmé Youssef, frère du général Seriati, se disant "soulagé par un verdict juste".

Le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa femme Leïla.
Le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa femme Leïla.AFP/FETHI BELAID
Parmi les proches de Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi jugés dans le même procès, Moez, neveu de l'ex-première dame, a été condamné par contumace à la peine maximum de six ans de prison. Deux de ses sœurs, Jalila et Samira, ont été condamnées respectivement à dix-huit et quatre mois d'emprisonnement ferme. Imed, le neveu préféré de Leïla, aussi haï qu'elle des Tunisiens et déjà condamné à quatre ans de prison pour détention de drogue, a écopé de deux ans. Sa mère Najia Jridi a été condamnée à huit mois de prison. Un des frères de Leila, Moncef, a lui été condamné à dix-huit mois de détention.
BEN ALI,  PLUS DE 66 ANS DE PRISON DANS DES PROCÈS PAR CONTUMACE
Outre le général Seriati, six inculpés ont été acquittés, dont la veuve de Moncef Ben Ali, frère aîné de l'ex-président condamné en France en 1992 pour trafic de drogue dans l'affaire dite "Couscous connection", trafic international de stupéfiants et de blanchiment d'argent qui se déroula pendant les années 1980.
Sur les 32 accusés, 23 se trouvaient en détention provisoire : outre le général Seriati, 22 membres du clan Ben Ali-Trabelsi arrêtés le 14 janvier à l'aéroport de Tunis-Carthage en possession de sommes importantes en devises et de bijoux, alors qu'ils s'apprêtaient à prendre l'avion. Six personnes, parmi lesquelles la veuve de Moncef Ben Ali, comparaissaient libres. Trois ont été jugées par contumace : outre Moez, il s'agit de Leïla Trabelsi elle-même et de Sakhr El-Materi, gendre du couple présidentiel en fuite, qui ont été condamnés par défaut respectivement à six et quatre ans de prison pour complicité et possession illégale de devises.
Leïla avait donné l'ordre à ses proches de se rassembler à l'aéroport pour embarquer sur un vol à destination de la France. Ce plan avait été déjoué par la brigade antiterroriste, selon la police, et le refus d'un pilote de les avoir à bord.
Le tribunal a aussi prononcé des peines d'amendes pour un montant global de 200 millions de dinars (plus de 100 millions d'euros). Ce procès, qui s'était ouvert le 26 juillet, concernait le plus grand nombre d'accusés dans une série d'affaires en justice contre le président tunisien déchu et ses proches. Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite et dont la Tunisie n'a pu obtenir l'extradition, cumule déjà plus de soixante-six ans de prison dans des procès par contumace.

lundi 2 novembre 2009

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°13)-Une drôle d'audience

Citation pour divulgation d'informations contenant l'identité d'un mineur
XVIIe chambre correctionnelle de Paris, 27/10/2009
Compte-rendu d’audience par Alexei C. Adamski pour Basta !

Affaire opposant Jordan Benhammou, mineur au moment de l'agression et non présent au procès, à Mme Ginette Hess Skandrani, M. Mohammed Latrèche, et le directeur du site web alterinfo.
M. Mike Sfez, qui avait porté plainte au nom de M. Benahamou, était bien présent car il pensait alléger sa peine suite à cette plainte.

Rappel des faits par le juge Bonnal : Il est reproché à Mme Skandrani d'avoir fait publier une ordonnance contenant le nom de ses agresseurs du 25/10/2006 à son domicile (Mike Sfez, Jordan Benhamou entre autres) et à M. Latrèche d'être l'éditeur sur le site du PMF (http://www.pmf.org/) de ladite ordonnance.

Le tribunal saisi par le procureur de la république invoque la violation des articles 14 et 14-1 de l'ordonnance relative à l'enfance délinquante du 2 février 1945 et de l'article 38 du Code de la presse.
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Article 14
Modifié par Loi n°2002-1138 du 9 septembre 2002 - art. 30 JORF 10 septembre 2002
Chaque affaire sera jugée séparément en l'absence de tous autres prévenus.
Seuls seront admis à assister aux débats la victime, qu'elle soit ou non constituée partie civile, les témoins de l'affaire, les proches parents, le tuteur ou le représentant légal du mineur, les membres du barreau, les représentants des sociétés de patronage et des services ou institutions s'occupant des enfants, les délégués à la liberté surveillée.
Le président pourra, à tout moment, ordonner que le mineur se retire pendant tout ou partie de la suite des débats. Il pourra de même ordonner aux témoins de se retirer après leur audition.
La publication du compte rendu des débats des tribunaux pour enfants dans le livre, la presse, la radiophonie, le cinématographe ou de quelque manière que ce soit est interdite. La publication, par les mêmes procédés, de tout texte ou de toute illustration concernant l'identité et la personnalité des mineurs délinquants est également interdite. Les infractions à ces dispositions seront punies d'une amende de [*taux*] 6000 euros ; en cas de récidive, un emprisonnement de deux ans pourra être prononcé.
Le jugement sera rendu en audience publique, en la présence du mineur. Il pourra être publié, mais sans que le nom du mineur puisse être indiqué, même par une initiale, à peine d'une amende de 3750 euros

Article 14-1
Créé par Loi 65-511 1965-07-01 article unique JORF 2 juillet 1965
Modifié par Loi n°92-1336 du 16 décembre 1992 - art. 332 (V) JORF 23 décembre 1992 en vigueur le 1er mars 1994
Quand les infractions aux dispositions des alinéas 4 et 5 de l'article précédent seront commises par la voie de la presse, les directeurs des publications ou éditeurs seront, pour le fait seul de la publication, passibles comme auteurs principaux des peines prévues à ces alinéas.
A leur défaut, l'auteur et, à défaut de l'auteur, les imprimeurs, distributeurs et afficheurs seront poursuivis comme auteurs principaux.
Lorsque l'auteur n'est pas poursuivi comme auteur principal, il sera poursuivi comme complice.
Pourront être poursuivies comme complices, et dans tous les cas, toutes personnes auxquelles les articles 121-6 et 121-7 du code pénal pourraient s'appliquer.

ARTICLE 38 :
Sont punis comme complices d'une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par discours, cris ou menaces proférés dans les
lieux ou réunions publics, soit par des écrits, des imprimés vendus, distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou
réunions publics, soit par des placards ou affiches exposés aux regards du public, soit par les différents moyens d’information
audiovisuelle et électronique, auront directement provoqué le ou les auteurs à commettre ladite action si la provocation a été
suivie d'effet.
Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n'aura été suivie que d'une tentative de crime.
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Délibérés

Mme Skandrani à qui l'on a donné la parole en premier s'est adressée à la cour rappelant à quel point elle avait été meurtrie par l'agression violente avec des casques, commise par les quatre jeunes nervis à son domicile le 25 octobre 2006. Le juge lui demande alors pour quelle raison particulière, elle a décidé de publier leurs noms. Mme Skandrani évoque la peur légitime et le traumatisme provoqué par l'attaque qu'elle a subie. Elle a évoqué qu'elle avait besoin de protection car elle n'a pas arrêté de subir des menaces.

Il est important de rappeler; et d'ailleurs elle le mentionne elle-même, qu'après sa confrontation avec Benhamou, Sfez et compagnie, Mme Skandrani a été suivie par d'autres sbires du Betar.

M. Mohammed Latrèche rappelant les grandes qualités militantes de Mme Skandrani (notamment qu'elle faisait partie des porteurs de valises pendant la guerre d'Algérie) évoque son émotion et celle de ses proches lorsqu'ils ont appris son agression et explique qu'il avait donc accepté de publier l'ordonnance en toute confiance. Il est rappelé à la cour que c'est d'ailleurs en toute innocence que s'est produit cet acte, M. Latrèche ignorant à l'époque l'âge des terroristes. Tout a donc été fait en toute bonne foi.

L'avocate d'Alter Info précise quant à elle que son client avait volontairement occulté les noms des accusés.

M. Missamou, l'avocat de la défense, a par une plaidoirie tonique et logiquement implacable, démontré que l'écart de jugement de Mme Skandrani n'avait été provoqué que par la terreur qu'avait produite sur elle l'attaque qu'elle avait subie, que M. Latrèche était de toute bonne foi en publiant et qu'après avoir appris la minorité du délinquant, il avait décidé de procéder à des rectifications légales dans la publication. La relaxe a donc été demandée.

L'accusation a été assez peu convaincante, essayant de faire passer Mme Skandrani pour une antisémite liée à Dieudonné. M. Latrèche n'a pas manqué de rappeler d'ailleurs à l'avocat de l'accusé pour violence en réunion (dans ce procès accusateur), que le terme BETAR qu'il réfutait, avait été utilisé à l'époque non seulement par la défense mais aussi par les parents de l'un des accusés lors de son procès. Il avait été reproché à la défense d'évoquer l'appartenance de Benhammou à cet organisme. L'avocat de Benhammou a dû reconnaître qu'il n'était pas présent ce jour-là, et qu'il manquait donc d'éléments.

M. Latrèche a par ailleurs répondu à l'accusation de ce jour, qu'en matière d'importation du conflit israélo-palestinien, l'accusation était très loin d'être innocente.

Fait intéressant, le juge a indiqué au triste sire à l'origine du procès, qu'il devait payer les dommages-intérêts qu'on lui avait imposés à titre de réparation. Nous rappelons ici qu'ils étaient fixés à dix mille euros (toujours impayés à ce jour) et que Benhammou a aujourd'hui l'outrecuidance d'exiger huit mille euros en compensation de ses petites frayeurs de petite frappe (Ce pleutre pachydermique semble avoir fortement été ébranlé par moult menaces téléphoniques-dont il n'apporte pas la preuve).

Le jugement est mis en délibéré et sera rendu le 1er décembre 2009.

Fait intéressant, la procureure de la république semble vouloir rappeler le vieil adage « nul n'est censé ignorer la loi ».

Je lui renvoie ce sibyllin palindrome : ENGAGE LE JEU QUE JE LE GAGNE.

jeudi 12 mars 2009

Gwadloup : Nous sommes tous « racisés »… Et par qui ?


Monsieur,
Je déclare solennellement, avec sagesse et avec recul : Swa yo ka apliké akor la , swa yo ka kité La gwadloup ; nou péké lésé on bann béké rétabli lèsklavaj.
Je vous demande donc « jantiman » de bien vouloir me mettre en examen directement, pas la peine de perdre votre temps avec une information judiciaire : j’avoue, oui nous sommes « racisés ».
Si dans la logique de votre cerveau-lent, il n’y a que cette conclusion que vous tirez de ces propos : la fréquentation des alizés n’arrive pas toujours à faire atteindre de hauts sommets, alors « frappez, frappez [
1] » Monsieur le procureur.
Monsieur, puisque vous avez choisi la voie de la bouffonnerie et qu’Edouard Boulogne semble être votre muse (celui-là vrai « humaniste » atavique d’extrême-droite, émule de Charles Maurras déguisé en chrétien tendance Père Labat, expert en racisme… des autres), restons-y ! Et dans ce cas, je vous demande de mettre aussi en examen :
Jacques Chirac à propos du « bruit et des odeurs des immigrés » et aussi pour « l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie »
Nicolas Sarkozy, qui dans son discours de Dakar (26 juillet 2007) expliquait que « le drame est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », et qui aussi s’était écrié : « la France on l’aime ou on la quitte ».
Christophe Barbier, l’éditorialiste du journal L’Express pour qu’il s’explique sur son concept « antiraciste » de « travailler à l’antillaise ».
Fréderic Lefebvre, porte-parole de l’UMP, détecteur automatique de « tontons macoutes » (tous les nègres se ressemblent n’est-ce pas ?)
Henri Guaino, conseiller spécial de Sarkozy quand il avoue (sûrement sous la pression de « tontons macoutes ») : « Dans ces territoires d’outre-mer, le partage des richesses n’est pas équitable, on est en face d’une économie de rente parfaitement organisée (...). Ce qui fait qu’une partie importante de la population subit une situation d’injustice qui n’est pas tolérable au sein de la République", allant même à évoquer "des formes d’exploitation et d’injustice qui ne sont pas acceptables au XXIe siècle.[…] Quand vous subissez l’injustice, vous avez plus de chances de réveiller le problème identitaire que si tout le monde se sent dans une République de citoyens égaux en droits, en dignité et en devoirs ». Ces propos ne sont-ils pas de nature à inciter à la haine contre ceux qui « organisent » cette « économie de rente » ?
Yves Jego pour avoir susurré à l’oreille du porte-parole du LKP : « Monsieur Domota, j’ai vu l’ensemble des chefs de service. J’ai vu qui décide et qui exécute. Il faut changer cela ! ». Et encore aux patrons « il faut cesser ces pratiques ancestrales » N’est-ce pas livrer à la vindicte populaire certains chefs de service ? Et le même Jego parti en guerre contre les « monopoles » et la « profitasyon » ? Que dites-vous : incitation à la haine des monopolistes, des « profitationistes » (néologisme employé par Jego !) et des « pratiqueurs ancestraux » ?
Edouard Boulogne (si vous n’êtes pas encore tombé sous son charme « capiteux » de pucelle joséphinienne - il va vous expliquer la métaphore !) : « Ce sont les africains qui nourrirent toutes les traites d’esclaves de par le monde, y compris la traite atlantique, qui concerne plus particulièrement les Antilles et l’Amérique. La colonisation, à partir de la deuxième moitié du 19è siècle porta un rude coup à cette honteuse et ancienne coutume qui.... réapparut avec la décolonisation dans les années 1960 » (9 mars 2007). Il va certainement s’empresser de supprimer ces propos sur son blog comme il a supprimé l’article très « chrétien antiraciste » : « Esclavage : éléments pour une mise à plat du phénomène [
2] ». N’êtes-vous pas aussi gardien de la Loi Taubira ?
Et enfin, Jean-Michel Prêtre (vous le connaissez ?) pour avoir dit sur Canal 10, il y près de 5 mois : « quand je vais à Jarry et que je regarde en haut je ne vois que du blanc, quand je regarde dans les ateliers, je ne vois que du sombre ». Pourrez-vous, monsieur le procureur vous autosaisir contre vous-même pour incitation à la haine raciale des gens d’en « haut ».
Monsieur, puisque visiblement vous vous ennuyez, moi qui ne suis ni « chef de service », ni organisateur « d’économie de rente », en un mot moi, qui n’ai pas les moyens, je vous implore de lancer un avis de recherche à l’encontre :
Des criminels racistes (politiques, exécuteurs,..) qui ont massacré des dizaines de guadeloupéens en mai 1967 dans les rues de Pointe-à-Pitre et qui nous empêchent d’accéder aux archives portant sur ces événements.
De Sophie Vannier qui en février 1979 a arboré au lycée de Baimbridge un t-shirt avec le slogan : « je suis raciste, je n’aime pas les noirs ». Pour elle et pour ses amis, pas une seule minute d’information judiciaire. Un d’entre eux s’est même fait applaudir par des milliers de noirs guadeloupéens lors d’une récente course de voile.
De l’adjudant de gendarmerie Michel Maas [
3] , responsable de la mort du jeune lycéen Charles Henri Salin le 18 novembre 1985, qui pour ce haut fait d’armes a eu pour « terrible sanction » de... monter en grade. Vous comprendrez aisément que cette aide historique nous sera très profitable car elle nous permettra d’entrevoir enfin une « entrée dans l’histoire » faisant ainsi honneur à votre président Sarkozy.
N’oubliez pas aussi, Monsieur le « prokirè » (Je suis obligé de vous donner des idées car je sens chez vous comme une tentation à « travailler à l’antillaise » !) de mettre en examen Messieurs Jego, Desforges, Fillon, Sarkozy pour parjure (accord du 8 février non respecté) et pour escroquerie intellectuelle (Jego dénonce le préambule de l’accord Bino signé pourtant en présence du préfet et des médiateurs).
S’il vous reste un peu de temps entre deux émissions de Canal 10, et si vous souhaitez vraiment entrer vous aussi dans l’histoire malgré la « torpeur tropicale », mettez Aimé Césaire en examen à titre posthume pour « incitation à la haine raciale » car c’est lui qui a prédit le « génocide par substitution ». Nous pourrons même vous donner un coup de main pour cette affaire-là, suivant la logique de Fréderic Lefebvre nous pratiquons aussi le Vaudou, alors soumettre un mort à la question, ce sera pour nous un jeu d’enfant, voire de « grands enfants ».
Pour finir, Monsieur je vous demande de bien vouloir respecter nos traditions car Vaval ne se promène jamais comme cela en plein carême (ayez la décence d’attendre au moins le jeudi-mi-carême !) et d’exiger de votre ministre de tutelle qu’il commence à construire des centaines de prisons pour accueillir tous ces « racistes » : vous ferez d’une pierre deux coups, vous vous débarrassez d’affreux « racistes » tout en permettant à de nombreux surveillants de prisons guadeloupéens exerçant en France d’obtenir leurs mutations.
Les Abymes, le 10 mars 2009
Ronald SELBONNE (wonal)
32 rue de la clinique
Les Abymes Guadeloupe

Notes
[
1] NDLR : A une autre époque ( ?!), à l’entrée de l’ancien aéroport du Raizet, Wonal, jeune étudiant en sciences militant à l’UNEEG (Union Nationale des Elèves et Etudiants de Guadeloupe) et animateur de radyo tanbou, avait été sauvagement roué de coups de matraques et de coups de pieds par des blan-manblo-manj-nèg. Son crime ? Avoir été l’un des tous premiers à se rendre sur place pour protester contre la venue de Jean Marie LE PEN en Guadeloupe...
[
2] NDLR : L’article supprimé du blog est tiré du livre édité par Guadeloupe 2000 : Esclavage : éléments pour une mise à plat du phénomène (Broché). A la page 10 on peut y lire ceci : "Qu’un maître ait pu fouetter son esclave au sang, pimenter les plaies, lui chauffer le dos, et lui faire faire crever les pustules par un chat, cela est possible [...]. On a vu pire dans les camps nazis et les goulags communistes. Mais que les maîtres aient ainsi agi quotidiennement, cela relève du délire."
[
3] 18 novembre 2005-18 novembre 1985 : Il y a 20 ans, charles henri salin, jeune lycéen de baimbridge était assasiné par le gendarme michel maas, alors qu’il revenait d’une séance de cinéma. ce dernier a même gagné du galon après son départ précipité de guadeloupe...
Je me souviens des mensonges d’état : le procureur dupuy qui dès le lendemain décréta que le meurtre avait eu lieu à boissard alors que salin a été abattu à chauvel, histoire de salir l’image du jeune lycéen..
Je me souviens de la mobilisation des élèves et des lycéens dès le lendemain à l’appel de l’UNEEG ( union nationale des élèves et étudiants de la guadeloupe) et de la manifestation géante du jeudi 21 dans les rues de pointe-à-pitre( plus de 15 000 personnes !)...
Je me souviens aussi de la cabale judiciaire jusqu’à l’acquittement final de l’assassin, alors que le rapport balistique du professeur Ceccaldi précisait que Salin avait étté tué à moins d’1 mètre par une rafale dans le dos...
Que reste-t-il ? : amnésie, fast-food, blog porno et coca...et une génération, celle de Fouillole de l’époque surtout, qui a cru un moment en l’histoire... amnésie, fast-food, blog porno et coca... et une larme pour Salin ???
Wonal Selbonne, "Le Mot Phrasé", Novembre 2005

mardi 3 mars 2009

La condamnation d’Alfredo Astiz par la justice italienne est confirmée en cassation : prison à vie pour le tortionnaire argentin

Vols de la mort et disparus
par Gennaro CAROTENUTO, 27/2/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Cela semble être une réponse des juges à la frivolité de Silvio Berlusconi, qui, quelques jours auparavant, avait blagué sur les vols de la mort sous la dictature argentine* . Hier jeudi 26 février, la Cour de Cassation de Rome a confirmé la condamnation définitive à la réclusion à perpétuité pour Alfredo Astiz, assassin de trois citoyens italiens, Angela Maria Ajeta, Giovanni et Susanna Pecoraro, torturés et assassinés par le même Astiz. Celui-ce était à l’époque lieutenant de marine, connu sous le surnom d’ « Ange de la Mort », à l’ESMA, l’École de mécanique de la marine militaire argentine convertie en camp de concentration et d’extermination et aujourd’hui Musée de la mémoire.


L'ESMA


Astiz a déjà été condamné à la prison à vie en France pour l’assassinat de deux religieuses, Alice Dumont et Léonie Duquet, lorsque l’Ange blond s’était infiltré dans le premier groupe des Mères de la Place de Mai, qui se réunissait à l’Église de Santa Cruz à Buenos Aires, se faisant passer pour le frère d’une disparue, séquestrant, torturant et assassinant douze personnes. Il est actuellement enfermé en Argentine dans l’attente de son procès**.

Il était en outre l’un des collaborateurs les plus proches de l’amiral Massera, dans le système des vols de la mort, où les prisonniers politiques, après avoir été torturés, étaient jetés vivants dans l’Océan Atlantique.
Dans son réquisitoire final, le substitut du Procureur général de la Cour de Cassation, Luigi Ciampoli, a requis et obtenu la confirmation de la condamnation à la perpétuité pour Astiz, déjà condamné le 24 avril dernier par la Cour d’Assises de Rome pour « la férocité inhumaine documentée par des faits et des témoignages », en même temps que Jorge Eduardo Acosta, Antonio Vanek et Jorge Raul Vildoza, qui n’ont pas fait appel de leur condamnation.

Angela Maria Ajeta était la mère d’un dirigeant de la Jeunesse Péroniste Dante Gullo, d’origine calabraise et tant la Région Calabre que la Province de Cosenza et et l’État italien s’étaient constitués partie civile dans le procès. Elle avait été capturée, torturée et assassinée pour exercer un chantage sur son fils.
Giovanni Pecoraro n’était pas non plus un guérillero mais un simple entrepreneur du bâtiment. Sa faute avait été de vouloir rencontrer sa fille Susanna, elle aussi militante de la Jeunesse Péroniste, une organisation non armée, tout comme 95% des 30 000 disparus, qui n’appartenaient pas à organisations de guérilla. Susanna, enceinte, fut exécutée après avoir donné naissance à une fille, dont la trace n’a été retrouvée qu’en 2007 par les Grands-mères de Mai, l’organisation qui s ‘occupe de retrouver les enfants de disparus que les militaires ont fait disparaître à leur tour en les faisant adopter.

Pour la défense d’Astiz, aucune de ces personnes n’est morte mais elles ont simplement fait disparaître leurs propres traces.

On attend maintenant une confirmation de la demande d’extradition d’Astiz par la justice italienne. Courageux pour ce qui était de trahir les mères, torturer des hommes entravés et des femmes enceintes et les jeter ensuite dans l’Océan avec les vols de la mort – ceux sur lesquels plaisante Silvio Berlusconi (membre de la loge P2 tout comme l’amiral Massera) -, Astiz s’est aussi rendu célèbre pour avoir été le premier officier argentin à se rendre à l’armée britannique durant la guerre des Malouines (Falklands) en 1983. Pendant que des centaines de jeunes appelés se faisaient massacrer ou mouraient de froid, lui ne tira pas un seul coup de feu.


NdT :
*Au Palais des Sports de Cagliari, Berlusconi, répondant à ceux qui l’accusaient d’être un dictateur, a fait une blague sur la dictature argentine, disant des prisonniers politiques jetés dans le Rio de la Plata depuis des avions par leurs tortionnaires : “Ils les emmenaient en avion avec un ballon…Ils ouvraient la porte et, s’il faisait beau, ils les envoyaient jouer dehors. »
** À notre connaissance, Astiz a été remis en liberté en décembre 2008.

Alfredo Astiz
Alfredo Astiz naît le 17 novembre 1950. Lieutenant de frégate affecté à l’École Mécanique de la Marine (ESMA), il est chargé d’un groupe d’infiltration. Très vite, il tentera de noyauter le groupe des Mères de la Pace de Mai sous le nom de Gustavo Niño, prétextant un frère disparu.
En décembre 1977, Astiz est impliqué dans la disparition de deux sœurs françaises, Sœur Alice Domon et Sœur Léonie Duquet, dont les corps ne seront jamais retrouvés.
En 1978, il est en France sous le nom d’Alberto Escudero, où il est chargé d’infiltrer les milieux réfugiés argentins.
En juin 1979, il est nommé attaché naval adjoint en Afrique du Sud.
Lors de la Guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre, il est responsable de l’île principale de Géorgie, et signera l’acte de reddition le 10 juin 1982. Il sera fait prisonnier par les Anglais.
Le 22 décembre 1987, Alfredo Astiz est promu capitaine de corvette.
En janvier 1998, le Président Carlos Menem signe le décret destituant l’officier en raison d’une attitude irresponsable ayant entraîné une très grave situation affectant le prestige de la marine, ainsi que d’autres institutions.
En 1985, la France lance un mandat d’arrêt international contre l’« Angle blond », dans l’affaire concernant Soeur Alice Domon et Soeur Léonie Duquet, enlevées les 8 et 10 décembre 1977. En l'absence de convention d'extradition entre la France et l’Argentine, Astiz reste toutefois en Argentine.
En 1987, en Argentine, s’ouvre finalement au Tribunal Fédéral de Buenos Aires le procès concernant les deux religieuses. La plainte concerne 21 officiers et sous-officiers de la Marine, dont Alfredo Astiz. Seize témoins comparaissent mais tous sont d’anciens militants Montoneros, une organisation appartenant à la guérilla sous la dictature. Ils seront qualifiés de “partisans” et leurs témoignages ne seront pas pris en compte. L’Ange blond ressort libre du procès, acquitté pour faute de preuves.
Le 20 octobre 1989, la France annonce le procès par contumace d’Alfredo Astiz, pour son implication dans les disparitions des deux religieuses. La Chambre d’accusation de Paris renvoie Astiz, accusé de complicité d’arrestations illégales et de séquestration de personnes avec tortures corporelles, devant la Cour d’Assises. Le 16 mars 1990, le procès s’ouvre devant la Cour d’Assises de Paris. Astiz est condamné à la prison à perpétuité. Par cette condamnation, la France “emprisonne” Astiz en Argentine, car tout pays engagé par une convention d’extradition avec la France peut désormais l’arrêter.
En juillet 2001, puis en novembre de la même année, sont lancés deux mandats d'arrêt internationaux contre Alfredo Astiz. Le premier dans une affaire italienne (l’enlèvement de Angela Maria Aieta, Juan Pecoraro et sa fille Susanna), et le second par la justice suédoise (l’enlèvement et le meurtre de Dagmar Hagelin). Les deux demandes seront rejetées quelques mois plus tard.
En juillet 2003, encore une fois, Astiz est arrêté chez lui, à Mar del Plata. Le même jour est abrogé le décret argentin interdisant l’extradition. La France demande le surlendemain son extradition. Début septembre, Astiz est remis en liberté, pour être réarrêté le 16. L’Argentine refuse l’extradition vers la France le 23 septembre 2003. Astiz ressort, encore une fois, libre.
Source : Trial Watch

Lire Tristan Mendès France, Gueule d’ange , sur l’ex-tortionnaire argentin Alfredo Astiz, éditions Favre, 2003

Source : VOLI DELLA MORTE E DESAPARECIDOS : A ROMA ERGASTOLO PER L’ANGELO DELLA MORTE


mardi 18 novembre 2008

« Ils veulent nous déraciner ! »

La lutte contre le mur d’apartheid
par Jamal Juma
Jamal Juma est le coordinateur de la campagne palestinienne contre le mur d'apartheid (
Stop the Wall - Grassroots Palestinian Anti-Apartheid Wall Campaign).

« Ce mur nous vole et la terre et l’eau ; il porte atteinte au statut historique et démographique de la région. Il déracine nos arbres et détruit notre cadre naturel. Il est contraire à tout ce qui est humain et civilisé. »
Déclaration commune des villages de la région de Qalqilyia en 2002.

Tout récemment encore Ni’lin [1], une petite ville de 5000 habitants située au nord-ouest de Ramallah a fait la une dans les médias du monde entier. Depuis trois mois sa population manifeste presque chaque jour dans ses rues et ses champs contre le mur de l’apartheid. Celui-ci menace de détruire leur sol et d’encastrer leur ville entre barbelés, colonies juives et leurs routes et ainsi d’anéantir les fondements mêmes de leur existence.
Le village a souffert de l’occupation israélienne dans toute sa brutalité : des soldats occupants ont tiré à moins de deux mètres de distance une balle dans le pied d’Ashraf Abou Rahma, 27 ans, arrêté pendant une manifestation, menotté et les yeux bandés. Moins de trois semaines après, Ahmad Mousa, 12 ans, se reposait sous un arbre après une manifestation en compagnie de trois amis, lorsqu’une jeep de l’armée israélienne se dirigea vers les enfants. Deux soldats en descendirent et épaulèrent leur fusil ; Ahmad Mousa fut froidement assassiné d’une balle dans le front.
Le lendemain, au cours de la marche de protestation après l’enterrement d’Ahmad, l’armée d’occupation tira, à une distance de quelques mètres, deux balles en caoutchouc sur Yousef Amira, 17 ans. On avait visé à la tête. En état de mort cérébrale, le jeune homme décéda quelques jours après.

Des manifestations qui perdurent

L’armée d’occupation avait mis en garde la population de Ni’lin : si les habitants ne cessaient pas de protester contre l’édification du mur sur leurs terres, ils s’exposeraient à de lourdes représailles. C’était aussi ce que disaient les tracts distribués par l’armée. Et c’est ce qui s’est passé : on terrorise méthodiquement la population et on y ajoute des crimes de guerre. Nil’in est la seule localité à manifester régulièrement contre la construction du mur. Actuellement quatre régions organisent des manifestations tous les vendredis et les jours de mobilisation nationale les habitants manifestent dans des dizaines de localités entre Jénine et Hébron. Presque tous les villages affectés par le mur ont un comité populaire qui organise la résistance à son encontre. Même s’il ne fait pas les gros titres, le mouvement contre l’édification du mur de l’apartheid est désormais une pierre angulaire de la lutte de libération en Palestine.

Le Mur de Palestine : un projet pharaonique
La construction du mur a débuté au printemps 2002 au Nord de Jénine. La « réoccupation par Israël de la Cisjordanie», qui a mis la région à feu et à sang, venait de s’achever. Les habitants de Jénine abritaient leurs morts dans le camp de réfugiés, la ville elle-même ayant été durant le massacre rasée par les bombardements. C’est alors que des douzaines de bulldozers se sont mis à déferler sur les champs au nord de Jénine pour les détruire. Bientôt ils arrivèrent aussi dans la région de Tulkarem et de Qalqiliya. Personne ne savait au juste ce qui motivait un tel ravage des terres - une seule chose était claire : il s’agissait à coup sûr d’un projet pharaonique.
Aujourd’hui des cartes montrent le tracé exact du mur. Nous savons qu’il dévore sur près de 700 km les champs et zones d’habitation palestiniennes et, joint aux colonies et à leurs infrastructures ainsi qu’aux zones militaires interdites, isole la moitié de la Cisjordanie de ses habitants palestiniens. Dès le début, les paysans se sont organisés spontanément pour défendre leurs champs contre les bulldozers ; on n’avait encore qu’une vague idée de ce que devait être le mur. Ce n’est qu’un an plus tard que les forces d’occupation ont publié les premières cartes du tracé complet du mur. Pour soutenir la résistance des villageois, leur permettre de coordonner leurs actions et de parler d’une seule voix ainsi que pour collecter et évaluer les informations nécessaires, et enfin d’éveiller l’attention et la contestation à l’échelle planétaire, la campagne contre le « mur de l’apartheid » a été lancée au début d’octobre 2002.
Au cours des six années qui ont suivi la résistance s’est de plus en plus politisée, mais sa base reste toutefois les communautés villageoises qui se défendent jour après jour contre la spoliation de leurs terres et l’isolement de leurs villages ; Jayyous [2]
, un village d’environ 4000 habitants situé au Nord de Qalqiliya a été l’un des premiers à se défendre contre le Mur. Dès juillet 2002 les communautés affectées par la construction du mur ont fait une déclaration commune où elles dépeignent le mur comme « l’occupation sous sa forme la plus hideuse » : « Ce mur nous vole et la terre et l’eau ; il porte atteinte au statut historique et démographique de la région. Il déracine nos arbres et détruit notre cadre naturel. Il est contraire à tout ce qui est humain et civilisé. »


Jayyous, Octobre 2002. Photo PENGON/Anti-Apartheid Wall Campaign



Au mois d’octobre 2002 ont eu lieu les premières manifestations régulières. Les protestations contre le Mur élevées par la population ont été brutalement réprimées mais n’ont pas cessé pour autant. Ce qui n’a pas empêché, tout juste un an pus tard, la construction du Mur d’être assez avancée dans le nord de la Cisjordanie pour que les occupants y installent des portails et instaurent un système de laissez-passer. Ce nouveau système permet à la puissance occupante de décider à sa convenance qui a ou non le droit de se rendre dans ses champs. Un parfait outil de punition collective. Les paysans de Jayyous décidèrent alors de s’opposer à cette mesure en campant dans leurs champs de façon permanente. Jénine et Tulkarem leur emboîtèrent rapidement le pas contre le système des laissez-passer. Nombre d’entre eux se refusèrent à demander un laissez-passer aux autorités d’occupation. Cinq ans après, la plupart de ceux qui en avaient demandé n’en ont plus. Seuls 40% des familles propriétaires à Jayyous en détiennent, et ceux qui n’ont pu produire de titres de propriété ont perdu leur travail. Les laissez-passer, comme il fallait s’y attendre, ont fonctionné comme un mécanisme permettant de priver progressivement les paysans de l’accès à leurs champs et parallèlement de faire pression sur eux pour leur interdire toute activité politique.
La maison d’Hani Amer à Mas’ha et sa capacité de résistance constituent un modèle de résistance au Mur. Mas’ha se situe dans la région de Salfi entre Qalqiliya et Ramallah. La colonie d’Elkana s’est étendue en territoire palestinien jusqu’à cinq mètres de la maison d’Hani Amer. Comme il n’y avait pas suffisamment de place entre les deux pour y faire passer le Mur, la maison devait être détruite. Des protestations ininterrompues jointe aux informations données par les médias internationaux au sujet de Hani Amer et des projets des occupants ont poussé l’armée à changer de tactique. Munies de grosses sommes et de la proposition de rendre à Hani Amer un terrain équivalent à ce qui était de toute façon sa propriété légale, mais avait été confisqué, les autorités d’occupation ont tenté d’acheter Hani Amer en échange de sa maison et de sa terre.
Mais Hani Hamer ne voulait pas d’argent. Il était prêt, en revanche, à un autre «deal» : « Laissez-moi revenir à Kafr Qassem, d’où vous m’avez chassé en 1956, et je vous laisse la maison. » L’idée de permettre à un réfugié palestinien le retour dans son village d’origine a fait fuir pour longtemps les négociateurs de la puissance occupante. Aujourd’hui, Hani Hamer vit entre des barbelés, du côté de la colonie, et un mur en ciment haut de huit mètres qui les sépare, lui et sa famille, de Mas’ha et du reste de la Cisjordanie. Cette étrange prison n’a pas plus de cinq mètres de large. Presque tous les jours, des colons jettent des pierres ou des ordures par-dessus la palissade, surtout quand les enfants jouent devant la maison. Un portail de fer permet à Hani Hamer d’accéder au monde extérieur. Il s’est battu longtemps pour en avoir la clé. Durant des mois Hani et sa famille n’ont pu quitter leur maison que si un soldat occupant leur ouvrait la porte.




Jayyous, Juillet 2003. Photos PENGON/Anti-Apartheid Wall Campaign

Début 2004 le mur avait déjà atteint la région de Ramallah. Les villages touchés à l’ouest de Ramallah sont entrés en résistance contre les bulldozers qui désormais détruisaient leurs champs à eux. Pendant que la Cour de Justice internationale de La Haye commençait à enquêter sur la légalité du Mur, l’armée commençait à tirer sur les militants palestiniens qui continuaient à manifester contre sa construction. À Biddou [3] cinq personnes trouvèrent la mort. Au cours d’une seule manifestation, en février, quatre hommes furent abattus - un autre devait mourir à l’hôpital quelques jours après - et 70 blessés. Finalement l’armée ordonna d’arrêter les travaux jusqu’à nouvel ordre.
La destruction des champs de Biddou ne reprit que plusieurs mois après. Quand les travaux recommencèrent dans la région de Ramallah, la résistance s’étendit. À Deir Qaddis, Qattana, Ni’lin, Mediya, Zawiya, Rafat, Qattana et Deir Ballout on se mit à manifester de façon régulière. À Khirbatha Bani Hareth 40 hommes de l’armée d’occupation furent blessés. Un an après cette armée n’eut pas d’autre recours que les assassinats ciblés contre les manifestations de masse qui avaient lieu à Beit Liqyia pour empêcher la destruction des champs par les bulldozers et défaire le travail de construction du Mur entrepris. C’est à Beit Liqyia que l’armée testa les assassinats d’enfants et d’adolescents pour briser la résistance.


Jayyous, Décembre 2004. Photo PENGON/Anti-Apartheid Wall Campaign

Le 8 juillet 2005, presque un an jour pour jour après la décision de la Cour Internationale de Justice qui attestait l’illégalité du Mur et exigeait la démolition de toutes les structures déjà édifiées, l’armée d’occupation assassina Mahmoud Assi, 15 ans, qui vendangeait. Il travaillait dans le champ familial, voisin du Mur. Les soldats lui tirèrent une balle dans la poitrine et une dans l’épaule. Le lendemain, au cours de l’enterrement, ils tirèrent une balle en caoutchouc dans la tête de Zahi Ragib, 13 ans, et unique témoin du meurtre de Mahmoud. Zahi survécut. Deux mois plus tôt, le 14 mai 2005, l’armée avait déjà tiré à quelques mètres de distance sur Jamal Jaber (15 ans) et Uday Mofeed (14 ans), tous deux originaires de Beit Eliya. Abou Iyad, un parent des défunts, fit ce commentaire : « Voilà ce qu’est l’armée israélienne, voilà ce que nous avons à attendre d’elle. Mais ils peuvent faire ce qu’ils veulent ...voler nos terres, tuer nos enfants... nous n’abandonnerons pas notre pays. Ils veulent nous déraciner, mais l’avenir est à nous, et c’est nous qui déracinerons nos occupants. »
Dans ce contexte l’assassinat des deux jeunes de Ni’lin en juillet dernier n’étonne plus personne - il n’en est pas moins cruel et tragique. À Ni’lin, de plus, une semaine de bouclage total est venue s’ajouter au meurtre. Là comme en bien d’autres endroits on a testé toute une panoplie d’armes toutes nouvelles ainsi que des « crowd control tools » (instrument de contrôle des foules). Dernière trouvaille : les ballons puants. On jette sur les manifestants des ballons emplis d’un liquide écœurant rappelant les eaux usées, ce qui provoque des vomissements.
Les manifestations et protestations contre le mur de l’apartheid ont été d’emblée un élément déterminant de la deuxième Intifada et prolongent la résistance de la population. Des étudiants et des groupes de femmes organisent des actions et des protestations et appellent à résister au lieu de s’adapter. Dans nombre d’universités de Cisjordanie des étudiants ont relancé le boycott des produits israéliens décidé pendant la première Intifada avec le mot d’ordre « Break their Siege, Boycott their Products. » (Brisons leur siège, boycottons leurs produits) Aujourd’hui comme alors ce boycott n’est pas seulement un moyen de soutenir les paysans et l’économie palestiniens, mais aussi une culture de résistance.
Ne reposant pas sur une base politique partisane, mais sur les militants et notables locaux, la résistance au Mur est une alternative claire aux luttes intestines qui paralysent largement les élites politiques palestiniennes. Après plus d’un an de luttes de pouvoir entre le Fatah et le Hamas, les protestations contre le Mur ont mobilisé en 2007 la totalité de la Cisjordanie, du Nord au Sud, pour célébrer le Jour de la Terre (30 mars) Tout le long du mur de l’apartheid et dans les villes les gens sont descendus dans la rue, pour rappeler au monde entier en commençant par leurs propres dirigeants les principes et buts fondamentaux de leur lutte. Le peuple palestinien se bat depuis 60 ans pour sa terre, le droit au retour des réfugiés et le droit à l’autodétermination, pas pour un poste dans un gouvernement qui n’a d’ailleurs rien à gouverner, puisque les occupants détiennent tout le pouvoir.


Le "Gate Nr. 943", un des deuux seuls passages dans le mur à Jayyous

Le mur que personne ne veut voir
La résistance au Mur d’apartheid n’est pas une simple question de barbelés et de blocs de ciment, loin de là. Le Mur n’est pas un projet isolé, mais partie intégrante d’une politique beaucoup plus vaste de déportation et de ghettoïsation die peuple palestinien, elle-même condition indispensable à la colonisation de notre terre (...) La résistance s’attaque en conséquence au système dont fait partie le Mur ; morcellement de la Cisjordanie par les colonies et les infrastructures qui s’y rattachent et finalement au Mur ainsi qu’à la normalisation et à la pérennisation économique de la structure de ghetto qu’il engendre. La résistance se dresse aussi contre l’oubli de la catastrophe que constitue le Mur pour la population palestinienne, et contre la passivité avec laquelle la contemplent - ou plutôt en détournent les yeux - ceux qui portent la responsabilité de n’avoir pas empêché sa construction. Et contre le silence qui l’entoure.
Ce sont les comités populaires qui, à l’été 2003, ont manifesté devant le palais présidentiel, la Mouqata, ont soumis au Premier Ministre d’alors, Mahmoud Abbas, les cartes et informations relatives à la construction du Mur et l’ont poussé à en parler au monde entier. Au cours de la visite qu’il a effectuée ensuite à Washington la Maison Blanche a laissé échapper une allusion au « mur qui serpente à travers la Cisjordanie ». Non que la politique des USA ait changé de ce seul fait, mais le Mur figurait désormais à l’agenda international. Les Nations Unies ont demandé l’approbation de la Cour Internationale de Justice, puis réclamé l’établissement d’un registre des dégâts donnant droit à des indemnisations [4].
Depuis, le Mur semble toutefois être devenu un sujet aussi périlleux à aborder que les droits des réfugiés palestiniens. Le jour même de la Conférence d’Annapolis, une vaste coalition emmenée par la Campagne contre le Mur de l’Apartheid et les Comités populaires et regroupant tous les partis politiques ainsi que la majorité des ONG palestiniens a organisé à Ramallah une énorme manifestation. Elle appelait l’Autorité palestinienne et l’OLP à réclamer à Annapolis le respect des droits fondamentaux du peuple palestinien. Mais le Mur n’apparaît nulle part dans les négociations menées ni dans le document signé à Annapolis.
Les Nations Unies ont exhorté à respecter les exigences de la Cour Internationale de Justice qui prévoient la démolition du Mur et rappelé à tous les signataires de la Convention de Genève qu’ils sont responsables en cas de non-respect de cette Convention - la construction du Mur en est un exemple. Pourtant le Secrétaire général alors en fonction, Kofi Annan a refusé lors de sa visite à Ramallah de simplement voir de ses yeux le mur qui isole Ramallah de Jérusalem. Des milliers de militants des Comités populaires contre le Mur ont toutefois fait entendre par le biais d’une manifestation devant la Mouqata la voix de ceux dont il menace la terre et la vie. Il n’est donc pas étonnant que les Nations Unies n’aient rien produit d’autre qu’une amorce de registre des dégâts pour faire appliquer concrètement la décision de la Cour. L’OLP s’est toujours refusée à reporter l’affaire devant le Conseil de sécurité ou l’Assemblée générale de l’ONU. Tandis que le mur de l’apartheid court le risque constant de disparaître en tant que tel de l’agenda des négociations internationales, il n’est question que de discussions pour trouver des moyens de garantir le statu quo incluant le Mur. De vastes projets économiques et des infrastructures d’un coût de plusieurs milliards de dollars US doivent permettre de poursuivre l’exploitation d’une main-d’œuvre palestinienne à bas coût enfermée derrière le Mur.
Envers et contre tout, la démolition du Mur et le dédommagement des populations lésées ainsi que le refus d’envisager l’avenir de la Palestine sous un régime d’apartheid sont et resteront les exigences fondamentales de tous ceux qui ont à souffrir du Mur. Leur résistance à son encontre est aussi une lutte pour qu’on prenne (à nouveau) en compte la voix des premiers concernés dans le processus politique palestinien.

Notes

[1] Nil’in : e, 197*487, 40000 dunum (= 0,01 ha) sur les 58000 que possédait cette localité se sont trouvés « du mauvais côté » de la ligne de cessez-le-feu et ont été confisqués par Israël . Les colonies illégales de Kiryat Sefer, Mettet-yaho et Makkabem ont été édifiées sur les terrains conservés par Ni’lin. Les routes qui desservent les colonies de Nili et Na’le lui ont encore enlevé du terrain. L’ensemble colonies plus routes représente 8000 dunum. Le mur de l’apartheid à l’Ouest et la base militaire au Sud en occupent 2500 de plus. La construction d’un tunnel passant sous la route, accessible aux seuls colons, lui en a volé encore 200. Nil’in n’a donc en définitive gardé que 2300 dunum, en grande partie construits, et un seul accès, qui passe par un tunnel contrôlé par les forces d’occupation.
[2] Jayyous se trouve au Nord de Qalqiliya. Ses 4200 habitants disposaient avant la construction du Mur de 12500 dunum de terre. Déjà une grande partie avait été confisquée par Israël en 1948. La ville israélienne de Ra’anana s’élève aujourd’hui sur le territoire de Jayyous. En 1986 1362 dunum ont été confisqués pour y construire la colonie de Tsoufim ; en 1990 d’autres champs ont été volés pour y construire un décharge pour la colonie ; ses effluents dans la nappe phréatique menacent l’environnement et la santé des habitants de Jayyous. 85% des villageois travaillaient dans l’agriculture avant la construction du Mur ; la plupart sont aujourd’hui au chômage. Le Mur a fait subir à Jayyous les pertes suivantes (entre autres)
- Terre : 9800 dunum, soit environ 78% des terrains du village, en sont désormais coupés par le mur ; de nouveaux projets veulent ramener cette surface à 5580 dunum, mais en échange fermer définitivement l’accès au reste.
- Arbres : 2000 oliviers et 1500 fruitiers ont été arrachés, 4000 oliviers gravement endommagés et plusieurs champs de légumes détruits ; d’autres dommages s’y ajouteraient, si le tracé du Mur est effectivement modifié.
- Eau : 6 des 7 puits sont maintenant de l’autre côté du mur.
[3] Le « mur de l’apartheid » encercle Biddou et huit autres petits villages et les isole du reste de la Cisjordanie. 500 dunum de terre de Biddou se trouvent sous le mur, qui en coupe 3500 autres de leurs propriétaires, et 25000 arbres seront arrachés. Voici le nom des manifestants tués à Biddou par l’armée d’occupation:
- Diya’ Abd el Kareem Eid, 24 ans, de Biddou, abattu le 18 avril 2004 ;
- Zakariya Salem, 30 ans, de Beit Iyza, abattu le 27 février 2004 ;
- Mohammed Rayan, 27 ans, de Beit Duqu, abattu le 27 février 2004 ;
- Mohammed Badwan, 21 ans, de Biddou, une balle dans la tête le 27 février, succombe à ses blessures quelques jours après :
- Abed Araman Abed, 70 ans, succombe le 27 février 2004 à un infarctus provoqué par du gaz lacrymogène.
[4] La Cour Internationale de Justice, le 9 Juillet 2004 :
« A. L'édification du mur qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé sont contraires au droit international;
B. Israël est dans l'obligation de mettre un terme aux violations du droit international dont il est l'auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d'édification du mur qu'il est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l'ouvrage situé dans ce territoire et d'abroger immédiatement ou de priver immédiatement d'effet l'ensemble des actes législatifs et réglementaires qui s'y rapportent ;
C. Israël est dans I'obligation de réparer tous les dommages causés par la construction du mur dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est ;
D. Tous les États sont dans I'obligation de ne pas reconnaître la situation illicite découlant de la construction du mur et de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de la situation créée par cette construction; tous les Etats parties à la quatrième convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949, ont en outre I'obligation, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international, de faire respecter par Israël le droit international humanitaire incorporé dans cette convention;
E. L'Organisation des Nations Unies, et spécialement l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité doivent, en tenant dûment compte du présent avis consultatif, examiner quelles nouvelles mesures doivent être prises afin de mettre un terme à la situation illicite découlant de la construction du mur et du régime qui lui est associé.



"Ceci est un crime": Manifestation à Jayyous

Source : «Sie wollen uns entwurzeln!», International, III/2008 & Zeit-Fragen Nr.46

Article original publié en Octobre 2008

Traduit par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala