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lundi 24 janvier 2011

Ben Ali et la liste des 65 flatteurs

Par Catherine Gouëset, L'Express, 20/01/2011 

Petite histoire de l'appel, en août 2010, de personnalités en faveur d'un sixième mandat du président tunisien.

Au mois d'août 2010, le quotidien arabophone Echourouq publie un appel de 65 personnalités tunisiennes (médecins, avocats, personnalités de la culture, etc.) de divers horizons, au président Ben Ali, l'exhortant à se représenter pour un nouveau mandat présidentiel (le sixième) de 2014 à 2019. Quelque temps plus tard, le nombre des signataires passe à 100 puis à 1000. Cette prose atteint un rare niveau de flagornerie. 
Pour leur défense, les signataires (ou leurs proches) expliquent qu'ils n'ont "jamais lu le texte pour lequel ils auraient soit disant pétitionné. Quand ils l'ont été, ils ont été contactés par la présidence avec pour seule question: - On veut que M. le Président se représente en 2014, êtes-vous avec ou contre le président?", rapporte un internaute de LEXPRESS.fr. Si cette réserve vaut pour les listes de 100 et de 1000 qui ont suivi la première mouture, nombre d'observateurs mettent en doute le fait que les 65 premiers signataires aient totalement ignoré leur présence sur cette liste. 
Extraits:
"La Tunisie a choisi, sous votre conduite, la voie de la réforme et de la modernisation et le défi aujourd'hui est de poursuivre sur cette voie, après que vous ayez enrichi, d'un capital sans équivalent, notre expérience nationale en matière de changement social et de construction civilisationnelle, un capital qui vous a valu la confiance de votre peuple, et dont témoignent la prospérité de notre peuple et son bien-être, ainsi que le progrès du pays et son développement qui lui a valu d'occuper les meilleurs positions dans son environnement régional et international".  
Le texte et la liste sont consultables sur le portail tunisien Kapitalis: "Les signataires, dont de nombreux anciens ministres, médecins, universitaires, hommes d'affaires et artistes, concluent leur appel en disant: 'Toutes les mutations importantes autour de nous et celles à venir soulignent la nécessité pour la Tunisie d'un commandement de la valeur de celui du président Zine El Abidine Ben Ali, avec tout son poids et toute sa sagesse'.  
De rares réactions
Au moment de la parution de la pétition, Yahyaoui Mokhtar s'étranglait sur le site d'opposition TunisiaWatch: "En lisant le texte de l'appel, on dirait que le président Ben Ali est réticent à 'poursuivre la direction de la Tunisie'. Or, ce n'est pas le cas, tout le monde sait à l'intérieur comme à l'étranger que le président Ben Ali ne lâchera jamais le pouvoir de son propre gré."  
"J'aimerais sincèrement croire que ces personnes eussent été manipulées, voire forcées à signer cette ignoble missive, mais mon petit doigt me dit (excusez la petitesse de ma source) que cette "élite" qui a toujours brillé par son silence durant 22 ans de dictature, a simplement confondu son besoin à ELLE de Ben Ali avec celui de l'ensemble de la Tunisie", se moque un auteur sur le blog collectif Nawaat.  
Ben Ali et la liste des 65 flatteurs
  
Rebondissements
Si l'affaire a fait peu de bruit à l'époque, censure oblige, elle rebondit aujourd'hui sur la toile, alors que plusieurs des signataires ont été pris en flagrant délit de retournement de veste.  
Ainsi, le cinéaste et producteur tunisien Tarek Ben Ammar, qui explique sur Europe 1 que le peuple tunisien a courageusement tourné cette page et combien cette "révolution" est salutaire. Notre confrère Renaud Revel a rappellé sur son blog qu'il est signataire de la fameuse liste.  
Une autre personnalité célèbre du "renouveau tunisien" fait partie de cette liste, il s'agit de la ministre de la Culture Moufida Tlatli, comme nous l'indiquions le 18 janvier.  
Par ailleurs, cette fameuse liste semble mettre dans l'embarras ceux qui l'avaient mise en ligne. Ainsi, le blogueur Sami Ben Abdallah révélait, ce 19 janvier au matin que le site Leaders dirigé par l'homme d'affaires Taoufik Habaieb venait de retirer la liste de son site, et rappellait que ce dernier "avait exprimé son souhait publiquement de rejoindre" les pétitionnaires. La liste était à nouveau accessible sur Leaders quelques heures plus tard.
 
 NDLR Basta! La journaliste de L'Express semble ignorer que ce sont en tout plus de 8 000 Tunisiens qui ont signé l'appel infâme suppliant  Ben Ali à se représenter en 2014...

samedi 8 janvier 2011

Chroniques de la vie quotidienne au Zabastan (1): La bande-son de l'arrestation de Hamadi Kaloutcha

par  Astrubal, 7/1/2011

Ceci est un court document sonore qui retrace quelques moments lorsque la police est venue “cueillir” Sofiène Bel Haj M’Hamed alias Hamadi Kaloutcha. Ce document révèle, en partie, ce qui s’est passé juste après que les agents ont sorti Sofiène de son domicile. Ce que le document montre c’est que l’arrestation —ou plutôt le kidnapping, puisque comme d’habitude aucun titre légal n’est excipé en pareilles circonstances— s’est plutôt déroulée dans le calme. Ce document ne révèle pas de brutalités physiques ou verbales particulières. Était-ce parce qu’il y avait un invité chez les Bel Haj M’Hamed, un témoin gênant en somme, et dont le statut qui se rattache à sa citoyenneté française lui confère suffisamment de garanties pour que ses droits de citoyens soient respectés ? J’ai plutôt tendance à le croire, notamment après avoir lu la teneur scandaleuse des récits des arrestations de certains blogueurs tunisiens. C’est à croire parfois que le salaire de certains, indignes de cette noble profession qu’est la police, soit proportionnel à la géométrie de leur vocabulaire immonde.
De toute façon, quand Sofiène (alias Hamadi) sortira, j’espère qu’il nous apprendra comment il a été traité une fois à l’abri du regard desdits témoins gênants. Par ailleurs, ce document nous apprend que la police est également venue saisir le matériel informatique du blogueur. Et si aucun mandat judiciaire n’avait été délivré pour effectuer cette saisie —ce que je pense également— alors c’est terrible de constater à quel point nos données personnelles sont à la merci de ceux qui parlent au nom de la police. Je dis au nom de la police, car dans tout pays civilisé, la mission de celle-ci n’est pas de violer les données personnelles des citoyens, mais bel et bien de les protéger contre toute intrusion non ordonnée par une autorité judiciaire compétente. Et pour une fois, même Ben Ali serait d’accord avec moi. Et je parie, ancien policier qu’il fut, il est même capable de rajouter “agir sous l’autorité de la loi et sous le contrôle du pouvoir judiciaire, c’est en cela que réside l’honneur de la police“.
Astrubal, le samedi 7 janvier 2011
Co-admin Nawaat.org
Mon compte sur Twitter @astrubaal
Nawaat sur Twitter @nawaat
M-A-J : Je joins le mot par lequel l’épouse de Sofiène Bel Haj M’Hamed dénonce ce qui arrive à son mari.
JE DENONCE ! [A DIFFUSER]
Mon mari Bel Haj M’Hamed Sofiène a été arrêté le mercredi 6 janvier 2011 à 6 heures du matin. Des policiers en civils lui ont “demandé” de les suivre, sans présenter aucun mandat ou autre papier prouvant …leur qualité de policiers. Ils n’avaient pas non plus de commission rogatoire leur permettant de saisir une unité centrale ainsi qu’un ordinateur. Ils m’ont assuré que ce n’était “rien de grave” et que mon mari serait de retour” dans quelques heures”.
Cela fait maintenant 36h que je suis sans nouvelles de mon mari. Je ne connais ni le motif de son “arrestation” ni le lieu de sa détention. Ce n’est pas normal!
Je me suis rendue hier après-midi au centre de Bouchoucha pour demander s’il était là, et on m’a expliqué que la seule chose à faire était “de patienter”, et que toute tentative de savoir où il était serait vaine.
Aujourd’hui je me suis rendue au Consulat du Royaume de Belgique, pour exiger d’eux qu’ils demandent des nouvelles de mon mari, qui est également ressortissant belge. Ils se sont réfugiés derrière cette fameuse phrase:” en Tunisie, il est Tunisien, et on ne peut rien faire”. Mon avocat m’a pourtant bien confirmé que c’était faux et qu’ils se doivent même de demander aux autorités tunisiennes des nouvelles de mon mari, qui est bien Belge et Tunisien, même en Tunisie!
Je leur ai également demandé de transmettre au Consul une lettre dans laquelle je demande à l’Ambassade de Belgique de m’aider à avoir des informations.
Je m’inquiète du sort réservé à mon mari. Je suis paniquée à l’idée de ce qu’il pourrait subir et aux conditions dans lesquelles se déroule cette pseudo arrestation. J’exige des nouvelles!
Je pense également à tous les autres !