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mercredi 2 décembre 2009

Procès à Copenhague: le droit à la solidarité avec les mouvements de résistance en question

Avons-nous le droit, nous, citoyens des pays prospères, vivant en paix et "démocratiques", d'apporter notre soutien aux mouvements de résistance des pays dominés du Sud ? Depuis le 11 Septembre 2001, au nom de la "guerre contre le terrorisme", des mouvements de résistance armée se sont vus apposer l'étiquette de "terroristes". Se solidariser avec eux devient dès lors un crime, ou du moins un délit. N'acceptant pas cette logique, un groupe de Danois ont créé en 2004 l'association Oprør (Rébellion) -un millier de membres aujourd'hui -, qui a organisé des collectes d'argent destiné au FPLP palestinien et aux FARC colombiennes. Le porte-parole d'Oprør , Patrick Mac Manus est jugé à partir de demain à Copenhague. Il nous explique l'enjeu de ce procès. et appelle à la solidarité. Traduction d'Annie Goossens, édition de Fausto Giudice.

Le procès contre le groupe Oprør (Rébellion), accusé de soutenir des mouvements de résistance, commencera sous peu. Le Procureur requiert une peine d'emprisonnement. Le procès aura lieu à la VIème Chambre du tribunal de grande instance de Copenhague  les 3 et 7 décembre, 2009 et les 8 et 15 janvier 2010. Le verdict sera rendu le 8 février 2010.
L'objectif de l’association Oprør,  constituée en 2004, est de défier la « législation antiterroriste », tant au Danemark qu’au plan international.
Par le biais de la législation antiterroriste, les autorités cherchent à saper  les organisations progressistes, les mouvements de résistance, les syndicats et les mouvements de solidarité dans le monde entier.

Nous invitons tous les mouvements à nous soutenir pour :
- Défendre le droit des peuples à résister aux gouvernements illégitimes et à l’occupation étrangère!
- Défendre le droit des peuples à prendre les armes contre l'oppression quand tous les autres moyens ont été épuisés!


Oprør est accusé d'avoir transféré des fonds importants au Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en défi de la législation antiterroriste.
Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) est depuis des décennies un chef de file de la lutte du peuple palestinien engagé dans un conflit légitime contre les forces d'occupation. Nous appuyons le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) dans sa lutte pour un Àtat laïque et démocratique pour tous. Cette organisation ne  peut en aucune façon être qualifiée de « terroriste ».
Les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont travaillé et ont combattu pendant des décennies pour les droits démocratiques et l'égalité du peuple. Avec l'appui des USA et en coopération avec des « escadrons de la mort » contrôlés par les grands propriétaires fonciers et les  cartels de la drogue, le régime actuel continue à persécuter les dirigeants et les membres des syndicats, des militants politiques, des étudiants et des organisations paysannes de Colombie. Plusieurs pays  latino-américains ont négocié la paix en légalisant les groupes rebelles, leur permettant ainsi de participer à un processus politique ouvert. La criminalisation des FARC empêche une solution politique en Colombie.
Au Danemark, on conteste de plus en plus  la  législation antiterroriste ; Oprør a contribué à développer ce mouvement et en est partie prenante.

Proche de nous, l'organisation Fighters & Lovers (Combattants  & Amants) a contesté la législation antiterroriste en vendant des T-shirts en soutien aux FARC et au FPLP.  Le 18 septembre 2008, la Cour d’Appel a annulé l'acquittement prononcé par le tribunal de première instance de Copenhague et a infligé à cinq des membres de l’organisation des peines de 60 jours à six mois de prison. En mars 2009, la Cour suprême a converti les peines d’emprisonnement en condamnations avec sursis, exprimant également certains doutes sur la législation elle-même.
Les thèmes du terrorisme, des mouvements de résistance et de libération font  de plus en plus l’objet de débats.
Le moindre d'entre eux n'est pas celui du mouvement de résistance danoise contre l'occupation au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l'époque, les résistants ont été qualifiés de « terroristes » par les forces d'occupation et leurs alliés danois. L’Association Horeserød -Stutthof, issue du mouvement de résistance et des générations suivantes, a  accéléré le débat. Depuis 2006, cette association a maintes fois transféré des fonds aux FARC et au FPLP, et en a informé le Ministère de la Justice. Et pourtant, celui-ci n'a pas réagi, révélant l'hypocrisie de l'actuelle mise en application de la législation « antiterroriste ».
Un groupe international du syndicat des travailleurs de l’industrie du bois et de la construction (TIB) de Copenhague a également transféré des fonds au mouvement de résistance en Colombie. Dans ce cas, il renvoie à  l'expérience antérieure du soutien aux mouvements de libération du Viêt Nam et d’Afrique du Sud, qui constituait à l'époque un défi aux politiques dominantes des gouvernements. À ce jour  il n’y a pas eu de réaction judiciaire à cette initiative non plus.
Dans le procès imminent contre Oprør même un acquittement ne résoudra pas le problème. La législation internationale contre le « terrorisme » continuera à défier les droits humains. Une condamnation ne modifiera pas non plus notre objectif qui est de continuer à soutenir le droit à la résistance et à la solidarité dans le monde entier.
Nous avons choisi de nous concentrer sur la Palestine et la Colombie. Nous aurions pu choisir beaucoup d'autres cas ,de la Turquie au Kurdistan, du Pays basque aux Philippines. Dans notre choix,  nous avons tenu compte d'un facteur important, à savoir que les forces de libération font progresser les objectifs laïcs, démocratiques et humanistes de concert avec le peuple.
Par le biais de l'actuelle législation antiterroriste, les États ont tenté de freiner la liberté d'expression et les droits politiques de leurs citoyens. Le droit de fournir un soutien moral et matériel aux mouvements de résistance et de libération dans le monde entier est menacé. Les droits civils et les droits des travailleurs à mener une lutte légitime pour la protection sociale et la réforme démocratique sont également de plus en plus réduits.
Oprør demande à tous les mouvements luttant pour la démocratie et la solidarité internationale à se joindre à lui en contestant la législation antiterroriste nationale et supranationale ainsi que la prétendue « guerre mondiale contre la terreur ».
Des manifestations devant les ambassades danoises exigeant l'acquittement d’ Oprør au procès à venir seraient les bienvenues de même que l'envoi de lettres de protestation aux ministères de la Justice et des Affaires étrangères.  
  • Ministère de la Justice:
    Slotsholmsgade 10
    1216 Copenhague K
    Téléphone: +45 / 72 26 84 00
    Télécopieur : +45 / 33 93 35 10
    E-mail:  
    jm@jm.dk
  • Ministère des Affaires étrangères:
    Asiatisk Plads 2
    DK-1448 Copenhague K
    Téléphone: +45/ 33 92 00 00
    Télécopie: +45/ 32 54 05 33
     E-mail:
    um@um.dk
  • Oprør peut être contacté à: opror[at]linuxmail[dot]org



    Source : Rebellion (Denmark): The Court Case is Approaching!
    Article original publié le 20/11/2009

    Annie Goossens est une collaboratrice de
    Tlaxcala
    , le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Fausto Giudice est membre. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.
    URL de cet article sur Tlaxcala :
    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9371&lg=fr


       


samedi 24 octobre 2009

Scandale ! L’isolement d’Ahmad Saadat prolongé de six mois

par http://www.freeahmadsaadat.org , 22/10/2009. Traduit par MR/ ISM France

Original : Outrage! Isolation of Ahmad Sa'adat extended six months

Alors que, dans toute la Palestine et dans le monde, des actions continuent en soutien du dirigeant national palestinien emprisonné Ahmad Sa’adat, le tribunal militaire illégitime de l’occupation israélienne, à Bir Saba, a prolongé aujourd’hui 22 octobre l’isolement de Sa’adat de six mois. Agissons pour dire que nous n’accepterons pas que ces abus continuent !


Ahmad Sa’adat, le secrétaire général du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), a continué de boycotter les tribunaux de l’occupation, déclarant qu’ils sont illégitimes, invalides, et qu’ils ne peuvent produire qu’une caricature de justice, et que ces tribunaux font partie de la machine de guerre qui poursuit son agression contre le peuple palestinien, avec l’isolement comme nouvelle arme dans son arsenal.

Sa’adat a déjà été placé en isolement pendant plus de six mois, dans une section spéciale de confinement solitaire à la prison de Ramon, où il n’a aucun contact (ni même avec les autres prisonniers qui sont placés dans une unité d’isolement plus grande), et il est privé des droits de l’homme fondamentaux. Ses livres personnels ont été confisqués et on lui refuse régulièrement l’accès à la télévision, aux journaux et à toute autre source d’information.

Il n’a plus de visites familiales – sa femme, Abla, n’a pu le rencontrer depuis trois mois – ni de son avocat, et la cantine de la prison lui est interdite, y compris pour l’achat de cigarettes. Dans la cour de la prison, Sa’adat est maintenu pieds et poings menottés et il n’a droit qu’à une heure d’exercice. Les autorités d’occupation justifient ces traitements comme « une punition » pour avoir donné deux paquets de cigarette à un autre prisonnier. L’Administration pénitentiaire tente de criminaliser les relations humaines et sociales entre les détenus, et entre les prisonniers et leurs familles.

Les dirigeants nationaux palestiniens, tels que Sa’adat, ont été particulièrement confrontés à l’isolement, au confinement solitaire, à des mécanismes punitifs similaires et à des violations de leurs droits humains, visant à supprimer le mouvement des prisonniers palestiniens, qui a été à l’avant-garde de la lutte palestinienne pour la liberté, la libération, le droit au retour et l’autodétermination.

AGISSEZ POUR SOUTENIR AHMAD SA’ADAT ET TOUS LES PRISONNIERS PALESTINIENS !

Ahmad Sa’adat et près de 10.000 prisonniers palestiniens se battent pour la liberté, et demandent le soutien actif des populations dans le monde pour la liberté des prisonniers, leur peuple et leur patrie. Ce dernier scandale exige notre action et notre attention

En Palestine, à travers le monde arabe, jusqu’en France, au Danemark, en Pologne, en Italie, en Galice, en Grèce, aux USA, au Canada, au Brésil et dans le monde entier, des actions ont lieu et des déclarations s’élèvent en soutien à Ahmad Sa’adat et aux prisonniers palestiniens, demandant la fin de l’isolement et la liberté pour ces 10.000 otages.


1. Distribuez le flyer « Free Ahmad Sa’adat » partout où vous le pouvez ! Emmenez les flyers lors d’événements et activités, ou organisez une distribution dans un lieu public.

2. Appelez l’ambassade ou le consulat israélien de votre pays ou ville (liste complète ici) et exigez la libération immédiate d’Ahmad Sa’adat et de tous les prisonniers politiques palestiniens.

3. Ecrivez au Comité international de la Croix-Rouge et aux autres organismes pour les droits de l’homme, demandez-leur de prendre leurs responsabilités et d’agir d’urgence pour demander aux Israéliens de mettre fin aux mesures punitives d’isolement contre Ahmad Sa’adat et tous les prisonniers palestiniens. Envoyez des emails au Comité International de la Croix-Rouge, dont la mission humanitaire comprend la surveillance des conditions de détention des prisonniers, à : jerusalem.jer@icrc.org et informez-les de la situation urgente d’Ahmad Sa’adat.

4. Informez la Campagne pour la Libération d’Ahmad Sa’adat à : info@freeahmadsaadat.org de vos actions, articles, distributions de flyer.
Ahmad Sa’adat et près de 10.000 prisonniers palestiniens sont sur la ligne de front, s’opposant quotidiennement à l’oppression et aux crimes israéliens.

Aujourd’hui, il va commencer six mois de plus d’isolement inhumain et injuste, après plus de 200 jours de confinement solitaire. Il est urgent que nous nous tenions aux côtés d’Ahmad Sa’adat et de tous les prisonniers palestiniens contre ces abus, pour la libération de tous les prisonniers palestiniens et de toute la Palestine !


jeudi 20 août 2009

« Ils m’accusent de terrorisme parce que j’ai écrit que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État »


Lettre de la prison modèle de Bogotá de Miguel Ángel BELTRÁN VILLEGAS
Présenté par Nikolas Stolpkin, traduit par Esteban G., édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"
Sur l’auteur

L’arrestation suivie de l’expulsion de Miguel Angel Beltrán Villegas, sociologue et professeur colombien, survenues au Mexique le 22 mai dernier, nous en dit plus que le fait strict qui s’est produit. Il s’agit ici, tout d’abord, d'une collaboration subreptice des autorités mexicaines avec les autorités colombiennes dont nous ignorons jusqu'où elle pourrait aller. Assistons-nous à la mise en place d’un nouveau « Plan Condor » en Amérique latine ?
D'autre part, l’arrestation de Miguel Ángel Beltrán, accusé par le gouvernement colombien d'avoir des liens supposés avec les FARC-EP, car il aurait été « découvert » grâce à l'information magique des ordinateurs du dirigeant assassiné Raúl Reyes, pourrait nous rapprocher dangereusement de ce qui pourrait facilement faire partie d'un chapitre d'une bande dessinée de science-fiction : le délit consistant à exprimer nos idées ou nos pensées ou à être censé figurer sur une liste de contacts.
Jusqu'où les tentacules de la surveillance des êtres humains pourront-elles arriver?
Miguel Ángel Beltrán est aujourd'hui emprisonné en Colombie. Il n'a tué personne, il n'a pas volé, il n'a pas violé, et pourtant il est accusé d’être un « terroriste ». Tandis qu'à lui on promet une condamnation d’environ un demi-siècle, les véritables terroristes qui sèment la peur et la douleur en Colombie, eux, sont reçus dans un cadre politique appelé « Justice et Paix » où l’on réduit la peine de ces véritables criminels à 8 ans d’emprisonnement, tout simplement parce qu’ils reconnaissent effrontément leurs innombrables massacres de citoyens colombiens. Peut-il y avoir une justice en Colombie avec cette espèce de « justice » ?
Nous publions une lettre que Miguel Ángel a adressée à ses collègues de l’Association syndicale des enseignants universitaire (Asociación Sindical de Profesores Universitarios-ASPU) de Colombie le 20 juillet 2009.


Vous pouvez écrire à Miguel Ángel :
Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo
Pabellón de Alta Seguridad
CR 56 19-30
Bogotá
Cundanimarca
Colombie
En adressant une copie à :
libertadencolombia@gmail.com

Nikolas Stolpkin pour Tlaxcala
***
Chères et chers collègues de l’ASPU,

Deux mois ont passé depuis que j’ai été arbitrairement enfermé dans ce quartier de « haute sécurité ». Actuellement nous sommes 73 détenus (sur une population de 6102 prisonniers), isolés dans cette zone de la prison nationale modèle, qui peut être considérée comme étant une « prison dans la prison », éloignée des autres cours et où nous n’avons droit qu’à une heure de soleil par jour.

Ici, je partage le sort non seulement de commandants guérilleros mais, aussi de narcotrafiquants reconnus et de chefs paramilitaires qui comme « Zeus » et « Niche » sont accusés d'être les auteurs de nombreux massacres d’hommes, de femmes et d’enfants sans défense. Heureusement, ces derniers se trouvent à un étage différent.

Chaque fois que je passe les portes de cette institution carcérale pour une audition ou une interview avec les médias, les impressionnants dispositifs de sécurité révèlent que suis considéré comme un accusé de très grand danger pour les autorités carcérales. « Le terroriste le plus dangereux des FARC », selon des paroles du président Uribe lui-même qui m'a condamné, sans être jugé, et a remercié le président mexicain Felipe Calderón pour sa collaboration à ma capture, même si les juges de garantie et d'appel ont insisté sur le fait que mon incarcération s'était produite en Colombie.

La véritable ironie est atteinte. Alors que le procureur me promet une peine de plus de quarante ans pour délit de rébellion et association pour commettre des délits à des fins terroristes, il protège au travers de la politique de « justice et paix » les véritables criminels, ceux qui ont semé la terreur dans tout le pays, en leur offrant de purger pour leurs dizaines d'homicides seulement 8 ans de prison, en échange de leur confession. Dans d'autres cas, la justice ne s’est même pas chargée d'eux et ils sont maintenus en totale impunité dans des emplois publics importants ou à de hauts postes de direction dans les forces armées.

Dans mon dossier on ne m’accuse pas d’avoir massacré des paysans à la tronçonneuse, de même que l’on ne m’attribue pas l’assassinat de jeunes provenant de secteurs populaires présentés ensuite comme des « faux positifs » ; on ne m'impute pas de traitements cruels, inhumains et dégradants contre qui que ce soit; et on m’accuse encore moins de crime contre l’humanité : au contraire, on m’accuse « d’incitation au terrorisme » pour avoir dénoncé ces faits et dévoilé la responsabilité de l'État colombien et des Forces armées dans ces crimes: Je suis accusé d'être un terroriste car je soutiens dans mes écrits dans des forums publics, que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État, parce que dans ce pays, il y a un décret présidentiel disant qu’il n'existe pas de conflit armé, bien que le nombre de déplacés par la violence dépasse déjà 4 millions de personnes.


Le fait que mes activités universitaires soient citées comme indices pour m'inculper, démontre qu'il s'agit d'une tentative claire de criminaliser un travail d’enseignement et de recherche qui gêne l'establishment.

Par le passé ce même genre d’accusations avaient été portées contre des professeurs universitaires renommés comme le sociologue Alfredo Correa, qui avait été accusé d'être un « idéologue des FARC » ; dans ce cas les fausses inculpations provenaient d'informations fournies par les organismes mêmes de renseignement de l'État, concrètement du DAS [Département Administratif de Sécurité], institution qui dépend directement de la Présidence de la République. Bien que son innocence ait pu être confirmée durant son procès, le droit à la vie ne fut pas garanti au professeur Correa : quelques semaines après sa libération, il était assassiné dans les rues de Barranquilla.

Manifestation devant l'Institut National des Migrations (Mexico) en soutien à l’universitaire colombien Miguel Ángel Beltrán Villegas. Photo Guillermo Sologuren/La Jornada


Actions de soutien au Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas à l'Université Nationale de Colombie

Malheureusement, cette politique de harcèlement contre l’université colombienne n'est pas une chose du passé, au contraire elle s’est amplifiée avec la mal nommée politique de « sécurité démocratique ». William Javier Díaz est un exemple de ces machinations, membre du Taller de Formación Estudiantil Raíces [TJER-Atelier de Formation Estudiantine Racines], qui pendant plus d’une décennie a développé des séminaires sur la pensée sociale à l'Université Pédagogique et à l'Université de district « Francisco José Caldas », avec l’aide d’universitaires et de chercheurs reconnus, aujourd'hui il est victime d'un même montage juridique, par lequel, selon la base de sombres archives d'un ordinateur soi-disant saisi sur la guérilla, il est présenté comme un militant des FARC.

De cette manière l'État projette de nous punir et de punir tous ceux qui considèrent que les étudiants doivent être en contact permanent avec les problèmes sociaux non seulement du passé mais aussi du présent ; que les futurs professionnels doivent rester en contact avec les tenaces et dures réalités d'un pays continent qui semble aujourd'hui se réveiller après des années de léthargie.

L'université, qui est le centre par excellence de la production et de la circulation de la pensée critique, ne peut pas céder à cette intimidation, en se protégeant derrière une supposée neutralité de la théorie, ni en s’abritant dans la tour d'ivoire d'une connaissance d'experts étrangère à tout engagement avec la réalité sociale, les libertés de la pensée et de l'expression - le professeur universitaire également militant des droits humains, Héctor Abbé Gómez, écrivait - « C’est un droit durement conquis par des milliers d'êtres humains à travers l'histoire, un droit que nous devons conserver. L'histoire démontre que la conservation de ce droit requiert des efforts constants, souvent des combats, et parfois, des sacrifices personnels ».


Journée d'action pour Miguel Ángel à l'Université nationale à Bogotá le 31 juillet dernier


En Colombie, l'Association Syndicale des Enseignants Universitaires a été un instrument de défense de ce droit, en préservant par son combat l’« alma mater » [c’est-à-dire l’Université, du lat. mère nourricière, NdT], non seulement des barbares qui prétendent la faire taire en recourant à la violence et à la menace, mais en faisant face à la politique néolibérale qui cherche à l'asphyxier.

La généreuse solidarité que vous m'avez offerte durant ces deux longs mois de détention, confirme cet engagement que vous avez maintenu pendant des décennies au nom de la défense de l'éducation supérieure et que cette lutte concerne non seulement ma liberté mais aussi la liberté et le respect du travail scientifique et intellectuel.

Depuis ces quatre murs qui emprisonnent mon corps, mais pas ma pensée, je veux vous faire parvenir l’expression de mes sincères remerciements pour vos gestes de solidarité et de ma conviction que dans ce combat nous arriverons à nos fins, pour que dans le pays la pensée puisse circuler librement et qu’elle ne soit pas menacée par ces insensés qui aspirent à faire revivre les temps de l'inquisition, en condamnant au bûcher ceux qui comme nous expriment des idées et des opinions différents.

Accolade fraternelle.

Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo. Pabellón de Alta Seguridad
[Prison Nationale Modèle. Quartier de Haute Sécurité]
Bogotá, le 20 juillet 2009













Source : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"

Article original publié le 26/7/2009

Sur l’auteur

Nikolas Stolpkin est rédacteur du blog Stolpkin et auteur associé à
Tlaxcala, le réseau de traducteurs par la diversité linguistique, dont Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres . Cet article peut être reproduit librement à condition de respecter son intégrité et mentionner les auteurs et la source.



URL de cet article en Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8372&lg=fr

mardi 16 juin 2009

Non à l’implantation de l’entreprise israélienne Agrexco à Sète !

par la Coalition contre l’implantation d’Arexco à Sète

JEUDI 25 JUIN GRANDE JOURNEE DE MOBILISATION À MONTPELLIER
A 9H00 RASSEMBLEMENT à l’ouverture de la session du CONSEIL REGIONAL (Antigone, Berges du Lez)
A 18HOO MANIFESTATION CONSEIL REGIONAL (Berges du Lez)
Accueil des MARCHES CONTRE L’APARTHEID EN PALESTINE en provenance de Nîmes et de La Paillade et MANIFESTATION direction COMEDIE

⇒ LA POLITIQUE DES DROITS DE L’HOMME DE L’ÉTAT D’ISRAËL CONDAMNÉE PAR LE PARLEMENT EUROPÉEN
En Avril 2002, le parlement européen s’est prononcé pour la suspension des « accords d’association » avec Israël en raison du non respect par Israël des droits de l’Homme. Le 4 décembre 2008 la majorité des élus du parlement européen ont refusé de voter en faveur du « rehaussement des accords de coopération » avec Israël.

⇒ LA POLITIQUE COLONIALISTE DE L’ÉTAT D’ISRAËL CONDAMNÉE PAR LES INSTANCES INTERNATIONALES
En juillet 2004 la Cour Internationale de Justice de la Haye (CIJ) condamnait la construction du MUR en territoire palestinien et demandait sa démolition. En décembre 2008, le président de l’assemblée générale de l’ONU, qualifiait d’apartheid la politique de l’Etat d’Israël et appelait à soutenir la campagne non violente de B.D.S. (boycott, désinvestissement et sanctions) à l’encontre d’Israël en réponse à l’appel de 171 organisations palestiniennes.

⇒ GAZA : LA POLITIQUE CRIMINELLE D’ISRAËL CONDAMNÉE PAR LES PEUPLES DE LA PLANETE
En 22 jours 1315 tués dont 433 enfants, 6000 blessés dont une écrasante majorité de civils, et la destruction des habitations et infrastructures de santé d’enseignement, etc. Des millions de personnes ont manifesté pour dénoncer les crimes de guerre commis par l’armée israélienne.

⇒ AGREXCO (exportation de fruits, légumes, vin et fleurs)
C’est l’instrument N°1 de la colonisation dans l’agriculture. L’entreprise est directement liée au ministère de l’agriculture israélien qui la contrôle à 50%. Elle exporte 70% des productions des colonies israéliennes dont celles de la vallée du Jourdain où 7000 colons se sont appropriés 95% des terres des paysans palestiniens et contrôlent 98% de l’eau ! Réduisant à la misère ou à l’exil les paysans palestiniens. La colonisation israélienne interdit toute création d’un Etat palestinien tel que prévu par le droit international.

PAS UN EURO D’ARGENT PUBLIC CONTRE LE PEUPLE PALESTINIEN !
Nous appelons les élus du Conseil régional à refuser ce projet et voter contre !
OUI A LA CREATION D’EMPLOIS RESPECTANT LES DROITS DES PALESTINIENS ET PROTEGEANT LES PAYSANS LANGUEDOCIENS
LE CHOIX DU CONSEIL REGIONAL EST CONTRAIRE AU RESPECT DES DROITS HUMAINS ET S’OPPOSE AU DEVENIR DES TRAVAILLEURS DE LA TERRE
Les importations massives de légumes subventionnés en Israël vont contribuer à accélérer la disparition de centaines d’exploitations de maraîchers et arboriculteurs locaux alors que des dizaines de milliers d’hectares se libèrent pour cause d’arrachage de vignes où pourraient s’opérer des reconversions.

UNE ABSURDITE ECOLOGIQUE
Comment trouver normal avec la crise économique et écologique que nous subissons de faire traverser la Méditerranée à des tomates, des légumes, des fruits, sans parler des fleurs ! De plus, l’agriculture israélienne occupe le 6ème rang mondial pour la culture d’OGM.

L’ARGENT PUBLIC NOUS CONCERNE :
Agrexco arrive aussi attirée par les millions d’aides publiques. La collaboration avec un état colonialiste et raciste ne peut se faire ni en notre nom, ni avec notre argent.
Le Conseil régional prévoit un plan d’investissement de 200 millions d’euros sur 10 ans.
Il ne fait aucun doute qu’il soit possible de mettre en place d’autres projets d’activité, réellement créateurs d’emplois pour le port de Sète, en synergie avec un autre type de développement régional, tant au plan agricole qu’en terme d’infrastructures respectant les droits du peuple palestinien, ainsi que ceux des salariés et paysans languedociens.
Une discussion doit s’ouvrir sans attendre avec les syndicats du port, les syndicats paysans, les associations pour construire un développement portuaire facteur de créations d’emplois et écologiquement compatible (mer-routage, favoriser la sécurité alimentaire) dans le respect des droits humains.

TOUS ENSEMBLE LE 25 JUIN À MONTPELLIER
Les 51 signataires contre l’implantation d’AGREXCO :
AC !, AFD, AFPS, Alternatifs, APJ, APLR, APTI, Esprit Libre 66, Salam,66 ASTI 66, ATTAC 34, CAPJPO, CCIPPP, CIMADE, CJACP, Comités BDS, Coll. Pal11, Coll. Pal. 69, Conf. Paysanne, CREF, CRI, CUALs, E.M, Fédération34, Génération Pal., Identité plur., IJAN, Femmes en Noir, Les VERTS LR, LDH,30,34, MAN, MDPL, MIB, MIR, MdlP, Motivés34, NPA, PPV11, PARASOL, PCF, PG, P.Ethique66, Résistance.30, Résist. Pal 69, Stop Apartheid31, Sud éduc. 11, UCCFMM, Solidaires 34, UJFP, Vivre en Paix.
CONTACT :
coalitioncontragrexco@gmail.com
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Montpellier, le 16 juin 2009

Conseil Régional Languedoc-Roussillon
Groupe Communiste
Jean-Louis BOUSQUET
Président
Communiqué
Les élus communistes de la Région Languedoc-Roussillon ne cautionneront pas l’entrée de produits illégaux provenant des colonies israéliennes en territoire palestinien

L’annonce de l’installation prochaine de la société israélienne AGREXCO sur le port de Sète ne peut avoir la caution du groupe communiste.

En effet, implantée dans des colonies en territoire palestinien déclarées illégales par la communauté internationale, cette société en exporte les productions. L’Union Européenne précise pour sa part : « Les produits provenant des colonies israéliennes dans les territoires sont interdits d’importation au sein de l’Union. Par ailleurs, les produits provenant des territoires ne sauraient être labellisés comme israéliens ».

Or, il y a quelques mois encore, AGREXCO débarquait ses produits agricoles à Marseille et provisoirement aujourd’hui en Italie. Présente dans toute la chaîne de distribution en France et en Europe, elle vise à faire de Sète sa plate-forme essentielle d’entrée sur l’Europe.

Nous demandons que :
- Les règles érigées par l’Union européenne soient scrupuleusement appliquées.
- La traçabilité des produits soit établie et vérifiée par les services d’Etat compétents.
- Le port de Sète lui-même soit exigeant dans ses contrôles.
- Le gouvernement français fasse respecter les accords commerciaux entre l’Europe et Israël qui excluent la commercialisation des produits provenant des colonies.

En l’état actuel donc AGREXCO ne doit pas venir à Sète, pas plus qu’ailleurs. Les élus communistes de la Région par leurs votes et par leurs actes participeront à ce refus.

S’il est indispensable de construire un terminal fruitier à Sète, il ne peut se faire au préjudice d’un peuple bafoué et au mépris du droit international.

La solidarité des élus communistes de la Région Languedoc-Roussillon envers le peuple palestinien en lutte pour la reconnaissance de ses droits est totale mais aussi envers les progressistes israéliens qui œuvrent au quotidien pour la paix. Elle repose sur des principes : deux peuples – deux états, arrêt immédiat de la colonisation, respect des résolutions de l’ONU et du droit européen.

Des élus communistes français dont Jean-Paul BORE, Vice-Président de la Région Languedoc-Roussillon, Michel PASSET, Président du Groupe Communiste au Conseil Municipal de Montpellier, François LIBERTI, Vice-Président du Conseil Général de l’Hérault, se sont récemment rendus en Palestine et en Israël, pour que soient développées des solidarités actives au travers de jumelages. Des conférences se sont tenues à leur retour.

A l’heure où de nouvelles perspectives semblent s’ouvrir dans cette région du monde comme vient de le confirmer un récent discours du Président OBAMA, notre solidarité au peuple palestinien et aux forces de paix israéliennes doit s’exprimer avec plus de force encore.

Pour le Groupe Communiste
Jean-Louis BOUSQUET

jeudi 21 mai 2009

Sept enfants juifs

De victimes à agresseurs : l'identité juive à la lumière de la pièce de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchill
par Gilad Atzmon, 4/5/2009. Traduit par Esteban García, édité par Fauto Giudice, Tlaxcala
Original: From Victimhood to Aggression: Jewish Identity in the light of Caryl Churchill’s Seven Jewish Children
Español: De víctimas a agresores: la identidad judía a la luz de la obra de teatro Siete niños judíos, de Caryl Churchill

L'identité est un concept vraiment vicieux. Elle peut signifier plusieurs choses opposées à la fois, mais elle peut aussi ne rien signifier du tout. On peut commencer à se poser des questions sur l'identité elle-même dès qu’il y a danger de la perdre. Le cas de l'identité juive en est un bon exemple. D'après ce que disent les livres de littérature et d’histoire, les juifs ont commencé à explorer la notion de leur identité après avoir été émancipés, assimilés et après l'effondrement de l'autorité des rabbins. Bref, les juifs ont commencé à se demander ce qu’ils étaient une fois dissoute la notion qu'ils avaient d’eux-mêmes en tant que collectif. Tout indique que la notion d'identité juive est née pour remplacer la notion orientée racialement, tribale et rabbinique du juif par un discours « libéral » acceptable et tolérant qui aspirerait à une conscience universelle.


À l'ère post-moderne, l'identité est considérée comme un moyen d'imposer une sorte de légitimité à la séparation en tant que conscience collective civile et politique décente. De manière générale, l'identité est un concept social qui permet à la figure considérée comme marginale de célébrer son symptôme d’unicité tout en se considérant comme un membre parfaitement qualifié d’une plus vaste société ouverte. La politique identitaire, en conséquence, est un concept qui intègre les diverses marginalités dans une image idéale fantasmée de la société multiculturelle et multiethnique.

Alors que la politique identitaire est centrée sur une célébration imaginaire des différences dans un monde lui-même considéré comme un village cosmopolite et global, l'identité juive (quelle que soit sa position politique, de gauche, du centre ou de droite) est un scénario unique qui est là pour jouir de tout sans rien offrir en échange. La politique identitaire juive cherche la légitimité avec l’exigence que l’on accepte et respecte les juifs pour ce qu’ils sont : leur histoire, leur souffrance, leurs croyances religieuses et leur culture, mais tandis qu'ils exigent la reconnaissance ils oublient étonnamment d'assimiler toute notion de tolérance envers les autres. Toutes les tendances de la politique identitaire juive maintiennent un code d’appartenance élémentaire et fondamentalement tribale. Qu'il s'agisse de sionistes de droite - qui tiennent à l'identité juive aux dépens du peuple palestinien -, ou des Juifs pour la Justice gauchos qui, pour quelque raison, célébrent leurs aspirations à la paix dans un club exclusif pour juifs -, il apparaît que le spectre entier de l'identité politique juive est une indivisible pratique tribale et reflète l’absence d'une authentique conscience de ce que le fait de vivre parmi les autres exige l'acceptation d'attitudes universelles.


Un examen rétrospectif de l'histoire permet de découvrir ce modèle de comportement. En tenant compte que le discours identitaire a commencé en réaction à la désastreuse réalité nationaliste du XXème siècle, il a permis de donner un sens d’appartenance à une réalité civique tolérante de formation récente. Mais la politique identitaire juive a pris un cours différent. Dans le concept d'identité juive, la souffrance et l’état de victime sont établis comme des symptômes exclusivement juifs. Pour un juif, avoir son identité signifie garder la douleur juive, visiter et revisiter l'agonie. Être juif c’est croire religieusement à l’holocauste. Être juif signifie être persécuté. Être juif c’est être capable de trouver des antisémites sous chaque pierre et à chaque coin. Être juif c’est faire la chasse à des nazis séniles jusque dans leurs tombes. Le pardon ne semble pas faire partie de la vision des tenants en chef de la politique identitaire juive.


Avec cette notion et en tenant compte du projet expansionniste du sionisme, il n’est pas surprenant que l'idéologie collective juive se soit transformée en un balancement schizophrène et bipolaire entre victimitude et agression.


Vidéo de Sept enfants juifs (sous-titrée en français)




De vrais mensonges

L'œuvre de théâtre Sept enfants juifs, de Caryl Churchill, écrite et représentée pendant la campagne militaire dévastatrice israélienne à Gaza, éclaire sur la confusion qui existe dans l'identité juive. Il s'agit d'un voyage historique de la victimitude à l'agression. En neuf petites minutes seulement, nous assistons à une trajectoire qui débute pendant l’horreur de l’holocauste,


Ne lui dis pas qu'ils vont la tuer
Dis-lui que c’est important qu'elle ne fasse pas de bruit
[…]
Dis-lui qu’elle se blottisse dans le lit


pour finir, à un moment donné, avec les Israéliens dans le rôle des nazis :


dis-lui qu’ils sont des animaux qui vivent maintenant parmi les décombres, dis-lui que peu m'importerait si nous les exterminions, […] dis-lui que lorsque je vois une de leurs fillettes couvertes de sang je suis heureux car cette fillette couverte de sang, ce n'est pas elle…


Même si la lecture que Churchill fait de l'histoire juive récente, la transformation qui part de l'innocence et qui va jusqu'à la barbarie la plus impitoyable n'est pas nouvelle, le message est exprimé d'une manière intensément profonde et sensible.


Mais il y a un autre aspect beaucoup plus caché dans l'œuvre de Churchill, qui, en général, est rarement discuté ou commenté. Churchill, tout comme d'autres auteurs impliqués dans l'analyse de l'identité juive, a très bien détecté les qualités élastiques inhérentes à l'identité, l'histoire et la réalité juives. Les juifs peuvent être tout ce qu’ils veulent pourvu que cela serve à une cause ou à une autre. Il en résulte que leur discours n’est ni cohérent ni constant


Dis-lui que c’est un jeu (comme si nous autres, les juifs, étions au-dessus de tout)
Dis-lui que c’est grave (comme si maintenant nous étions en train de couler)
Mais ne l’effraie pas (comme si de nouveau nous étions au-dessus de tout)
Ne lui dis pas qu'ils vont la tuer (comme si tout était sur le point de s’achever dans les secondes à venir)



L'historien israélien Shlomo Sand a analysé les qualités fantasmatiques du discours historique juif dans son livre récent Comment le peuple juif fut inventé. Sand parvient à démontrer sans aucun doute raisonnable que le peuple juif n'a jamais existé comme une « race-nation » et n’a partagé aucune origine commune. Au contraire, ils sont un mélange bariolé de groupes qui à diverses époques de l'histoire se sont convertis à la religion juive. De même, à un moment donné ils se sont inventé une identité nationale. La triste réalité est que les qualités fantasmatiques inhérentes à la politique identitaire juive n'empêchent pas que les juifs célèbrent leurs aspirations aux dépens du peuple palestinien. La raison est très simple, Sand le démontre sur le plan académique et Churchill la transmet sur le plan théâtral : l'identité juive est domaine extrêmement flottant.


Dis-lui que ses oncles sont morts
Ne lui dis pas qu'ils les ont tués
Dis-lui qu'ils les ont tués
Ne l'effraie pas.


Le discours juif est l'art de raconter une histoire complètement étrangère aux faits ou à la vérité. En ce sens, il faut s’assurer de ne pas dire à la fillette « qu'ils les ont tués» pour qu'elle puisse garder le rêve cosmopolite. Ou peut-être est-il préférable que « dis-lui qu'ils les ont tués » pour qu'elle retourne au ghetto avec nous. Une autre possibilité c’est qu'elle puisse apprendre la leçon nécessaire et qu’elle s’inscrive dans l'armée pour tuer les ennemis d'Israël. Dans chacun des deux cas, il faut s'assurer de « Ne pas l’effrayer», comme si elle n'était pas déjà suffisamment effrayée.


L'identité juive est une forme de détachement tactique. Il s'agit d'une stratégie méthodologique qui crée un ordre symbolique imaginaire avec un programme clairement pragmatique,


Dis-lui qu'ils ont des kilomètres et des kilomètres de terres qui sont à eux, mais en dehors d'ici


avec cela on fait croire à la petite fille que les Palestiniens et les Arabes sont littéralement la même chose.


Dis-lui encore une fois que cette terre promise est la nôtre


comme si les juifs étaient collectivement un peuple, comme si leur origine était à Sion, comme si la promesse biblique avait une validité notariale, comme s'ils croyaient vraiment en la Torah.


dis-lui que peu m’importe si le monde nous hait,
dis-lui que nous autres haïssons mieux,
dis-lui que nous sommes le peuple élu,


Tout comme Sand, Churchill expose de manière éloquente le niveau zéro d'intégrité dans le noyau, dans le discours et dans le narratif de la cause nationale juive. Le projet historique juif n’est pas de dire la vérité. Au contraire, ce qu’il cherche c’est à créer une « vérité » qui s’adapte à ses besoins tribaux d’aujourd’hui. Il y a une vieille blague qui se moque des idéologues marxistes. Elle raconte que si les faits ne cadrent pas avec le déterminisme marxiste des livres de texte, ce que l’on doit faire c’est changer les faits. Le discours de l'identité juive utilise exactement la même stratégie. Des faits et des mensonges sont fabriqués au fur et à mesure. En quelques mots, ce que tu dois faire c’est « lui dire » que quelquefois nous avons besoin d'être des victimes innocentes et d'autres fois de piller, tuer ou pilonner avec des armes de destruction massive. Tout dépendra de ce qui conviendra le mieux à un moment donné à nos intérêts tribaux.


Caryl Churchill


Victimitude : naissance d'une collectivité

Churchill semble être extrêmement perspicace quand elle décrit les effets destructeurs de la politique identitaireité juive qui transforme l'État juif en une machine à tuer de sang-froid :

dis-lui que peu m'importe si le monde nous hait
dis-lui que nous-autres haïssons mieux
(comme si elle ne le savait pas déjà après la destruction de Gaza)
dis-lui que nous sommes le peuple élu (comme si elle ne s’en était pas encore déjà rendu compte)

Mais il convient de s’interroger sur l'identité de cette fillette innocente à laquelle se réfère Caryl Churchill. Qui est la protagoniste qui reçoit tous les messages du texte, quelle est l'identité occulte qui suit chaque ligne de cette fascinante œuvre de théâtre ?

L'image de victime d'une jeune innocente est un des piliers de l'identité juive et de l'image de victime du juif postérieur à l’holocauste. Anne Frank est probablement le personnage le plus célèbre dans ce genre littéraire. Mais en même temps qu’elle est victime innocente, Frank est extraordinairement efficace comme objet culpabilisateur des gentils.


Représentation de Sept enfants juifs à Londres

Comme tout le monde sait, Anne Frank est morte tragiquement à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Elle n'a pas pu jouir du nouveau-né « État pour les seuls juifs ». Toutefois, dans le contexte de la politique identitaire juive, Anna Frank a été adoptée comme icone culturelle juive par un processus de transmission collective. En pratique, elle est parfaitement intégrée dans le cœur de tout individu qui s’identifie comme juif. Ceux qui succombent à la notion d'identité juive insistent à se considérer comme innocents et sans défaut. À partir de la perspective politique identitaire juive, la nation juive est une tribu peuplée de millions d’innocentes Anne Frank.

Je me permets de suggérer que la fillette de Churchill est la métaphore du « peuple d'Israël ». La récente nation juive est un concept très jeune noyé dans la rectitude et l'innocence. La fillette réceptrice de l'action de l'œuvre est là pour donner une image d'innocence sans défaut. Mais cette innocence métaphorique de la fillette est aussi ce qui transforme les crimes d'Israël en quelque chose de si sinistre. À la lumière de la propagande israélienne, qui présente l'État juif comme une entité intègre, innocente et vulnérable, la réalité horrible de la barbarie qu’elle met en pratique conduit à une dissonance cognitive inévitable.

La réalité du nettoyage ethnique raciste de l’« État pour les seuls juifs », avec les images de la machine de guerre israélienne qui largue des tonnes de phosphore blanc sur les Gazaouis ne laisse guère de place au doute. Israël n'a rien à voir avec l'auto-image fantasmatique « d'une fillette innocente », qui met en très mauvaise situation le projet publicitaire de la hasbara (propagande) israélienne, car il s'agit d'une fillette horriblement inquiète qui est passée de l’état de victime à celui de bourreau en donnant peu après des preuves d’une férocité, d'un sadisme et d’une monstruosité sans égal.

Dis-lui qu’aujourd’hui c’est nous qui avons la main de fer, dis-lui que c’est la brume de la guerre, dis-lui que nous n’arrêterons pas de les tuer tant que nous ne nous sentirons pas en sécurité, dis-lui que j’ai ri quand j'ai vu les policiers morts, dis-lui qu’ils sont des animaux qui vivent maintenant parmi les décombres, dis-lui que peu m'importerait si nous les exterminions,

Tout laisse supposer que nous sommes face à une nation immature et gravement perturbée, devant une fillette narcissique qui s’adore elle-même et vit terrorisée face à sa propre cruauté. Elle est comme la jeune sadique terrorisée par ses démons intérieurs. Quand les Israéliens s’aiment autant, et qu’ils croient encore plus en leur innocence fantasmatique, ils craignent d’autant plus que les non -uifs soient aussi sadiques qu’eux-mêmes au moment où ils ont donné les preuves qu’ils l’étaient. Ce mode de comportement est ce que la psychiatrie appelle projection.

Dis-lui que nous l’aimons.
Ne l’effraie pas.

Ainsi se termine l’œuvre de Caryl Churchill. Tout laisse supposer que les juifs ont une bonne raison d’être effrayés : leur État national est une entité génocidaire et raciste.

Après la Shoah, les juifs ont eu l'occasion de changer leur destin, de tourner la page. Ils pouvaient aussi explorer collectivement la notion de pardon et de miséricorde. Quelques-uns de leurs intellectuels ont insisté sur le fait qu'ils devraient se situer à l'avant-garde de la lutte contre le racisme et l’oppression. Mais il fallu seulement six décennies pour que l'État national juif s'établisse comme l'État national raciste par excellence, qui fait usage des tactiques sadiques impitoyables et oppressives. « Ne l’effraie pas », dit Churchill. Franchement, la fillette a toute la raisons du monde d’être effrayée. Si elle avait une fois le courage de se regarder dans le miroir, le résultat serait sérieusement dévastateur.





Télécharger le texte de la pièce en français

Sept grosses ficelles de hasbara
par Gilad ATZMON, 18/5/2009 . Traduit par Marcel Charbonnier. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Original : Seven Hasbara Tricks
Español: Siete trucos sionistas

Je suis allé voir la pièce « Seven Other Children » (Sept autres enfants), une production malhabile censée contrer la pièce hautement appréciée de Caryl Churchill ‘Seven Jewish Children’.

Richard StirlingD’après la presse juive, cette pièce d’une durée de sept minutes a été écrite par un “
Goy” du nom de Richard Stirling, qui avait été bouleversé par la représentation des faits donnée par la pièce de Caryl Churchill, qu’il avait jugée « injuste » et « déséquilibrée ». En réalité, Stirling a créé une « contre-production », une pièce de sept minutes unilatérale et pro-sioniste qui tente désespérément de jeter un jour défavorable sur les Palestiniens. Reste que, contrairement au texte phénoménal et stimulant pour la réflexion de Mme Churchill, Stirling manque de talent, son texte est dépourvu d’esprit et de profondeur. Contrairement à Mme Churchill, qui a réussi à bâtir sa pièce d’une manière profonde et quasi magique sur certaines strates très profondément enfouies du discours identitaire juif, Stirling s’empêtre dans une adaptation banale de la transition opérée par Mme Churchill entre un binôme victimitude / agression et une réalité théâtrale palestinienne.

Pâle imitation du canevas innovateur de Mme Churchill, la pièce Sept Autres Enfants (Seven Other Children) de Stirling est constituée d’une brève succession de scènes : la pièce commence avec la Nakba de 1948, l’épuration de la Palestine , par les Israéliens, de sa population indigène et de ses terres, pour finir par la réalité palestinienne actuelle, que Sterling, de manière ahurissante, portraiture en « endoctrinement à la haine ». Imitant le canevas choisi par Mme Churchill, le message est délivré en de courtes phrases prononcées par des adultes s’adressant à des enfants palestiniens imaginaires. En pratique, le dialogue, chez Mme Churchill, composé de courts segments commençant par « Dites-lui… Ne lui dites pas que… », est remplacé, par Stirling, par : « Demandez-lui… Ne lui demandez pas si… »

Il n’y a pas grand-chose à dire, au sujet de cette pièce ; en effet, le mauvais art ne mérite pas qu’on s’y arrête. Apparemment, même la presse sioniste a été découragée par sa médiocrité, et elle n’a pas écrit grand-chose à son sujet. Toutefois, nous pouvons voir dans cette pièce une occasion de jeter un coup d’œil plus profondément dans l’idéologie et la praxis tribales. Nous avons des choses à apprendre des préceptes qui ont fait de cette production intellectuelle un flop théâtral inéluctable.

Comme je l’ai exposé dans un précédent article, c’est Mme Churchill qui est à l’origine du format théâtral particulier en plaçant une jeune femme juive en interlocutrice de la métamorphose de la victimitude israélienne en brutalité collective. Sterling, quant à lui, a choisi de placer un enfant mâle, du côté du protagoniste absent de sa pièce. La différence saute aux yeux. Alors que la représentation, par Mme Churchill, de la « narration juive » à l’intérieur d’un cadre efféminé est quelque chose qui est susceptible de renvoyer à une équation analogue établie par le philosophe misogyne Otto Weininger, il y a de cela un siècle, pour Stirling, l’identité palestinienne est représentée par une jeune voix masculine.

Autant le juif, chez Mme Churchill, est submergé par une imagerie phantasmatique de victimitude, le garçon palestinien de la pièce de Stirling est un personnage auto-affirmé. Il est à la veille de devenir un combattant. Puis-je suggérer l’idée, à ce stade, qu’étant donnés les échecs de l’armée israélienne dans toutes ses campagnes militaires, ces dernières années, et en ayant à l’esprit les images diffusées par les services de la hasbara* israélienne, de juifs traumatisés et sanglotant à Sderot, le choix de portraiturer les juifs sous les traits d’une fillette ne manque pas d’à-propos. Pourtant, nous devons nous rappeler aussi que la réalité, sur le terrain, ne laisse que peu d’espace au doute. Ce sont bien les Israéliens qui sèment la mort en masse tout autour d’eux. Ce sont bien les Israéliens qui balancent des armes de destruction massive sur des civils. Ce sont les Israéliens qui mettent en application une philosophie nationale raciste criminelle.

Et c’est les Palestiniens qui voient, de fait, leurs villes et leurs villages être transformés en camps de concentration par l’État juif. Incorporer les visions de Churchill et de Stirling dans une réalité unique nous donnerait une claire image d’une fille bestialement névrosée ayant enfermé un garçon naïf et confus dans une cave dont elle aurait jeté la clé. Le simple fait d’y réfléchir une seconde supplémentaire révèle la vérité, et la vérité est dévastatrice. Il ne s’agit pas simplement d’une réalité théâtrale lointaine, c’est bel et bien la réalité vraie de l’État juif et de sa brutalité. Toutefois, en réalité, le garçon grandit et sort, lentement mais surement, de sa naïveté. Le voici désormais déterminé à se libérer, en dépit de tous les obstacles. Et c’est ce qu’il fera !

Il est également important de mentionner que la tentative déployée par Stirling de présenter le narratif palestinien comme une transition de la victimitude à l’agression est non seulement totalement dépourvue d’imagination, mais totalement erronée : elle est trompeuse et elle n’est probablement que le résultat d’une banale projection siono-centrique.

Contrairement aux juifs, qui ne cessent de défendre leur souffrance historique par les moyens institutionnels et juridiques, les Palestiniens ne pensent même pas à se présenter en tant que victimes. De même, l’agression dont fait preuve l’État juif au nom du peuple juif et avec l’approbation de ses partisans institutionnalisés, ne saurait être translittérée dans la réalité palestinienne ou dans le discours identitaire palestinien. Les Palestiniens se battent en vue de leur libération, ils combattent légitimement pour recouvrer la liberté. En aucune manière votre combat pour la liberté ne saurait prendre la forme de l’agression, à moins que vous soyez sioniste, un Gentil crypto-sioniste de service (un Goy du shabbat), ou alors les deux à la fois.

Voilà qui suffit à établir le fait que la prémisse de la pièce était extrêmement fragile. Toutefois, il convient de soulever certaines problématiques concernant tant la pièce elle-même que ce qui a pu en motiver l’écriture. Les lobbys et les blogs juifs qui font la promotion de la pièce de Stirling insistent sur le fait que Mme Churchill n’aurait pas su représenter le conflit de manière équitable. C’est là un argument lamentable, proche de verser dans le pathétique. Depuis quand les artistes sont-ils tenus à être impartiaux ? Depuis quand un artiste est-il tenu de faire une présentation équilibrée des choses ? Les artistes sont voués à la beauté. Ils sont manifestement capables de faire passer un message à travers la beauté. Imposons-nous une exigence d’impartialité à Shakespeare ou à Picasso ? Mais nous pouvons aller encore plus loin : les militants juifs qui sont tellement dévastés par la pièce de Mme Churchill ont-ils protesté contre Spielberg en raison de sa présentation « unilatérale » des conditions politiques et sociales de l’époque des faits, dans son film « La Liste de Schindler » !

Pourtant, manifestement, ce film a échoué à faire entendre ce que les nazis avaient à dire. A l’évidence, aucun être raisonnable ne formulerait une telle exigence. Et pourtant, comme dans le cas de la lutte contre le racisme, l’activisme ethnique juif tombe dans le même genre de piège. Le militant antiraciste juif n’est pas contre le racisme en général. Non : il est seulement opposé au racisme antijuif. De la même manière, les militants juifs tribaux ne sont nullement en train de s’efforcer, ici, de promouvoir un nouveau schème de « d’exposition équilibrée des faits en matière artistique ». Non : en réalité, ils insistent simplement sur le fait que les juifs devraient apparaître davantage à leur avantage, dans une pièce de théâtre donnée.

Apparemment, les lobbys sionistes du Royaume-Uni mettent actuellement une pression énorme sur tout théâtre procédant au montage de la pièce de Mme Churchill, exigeant que la pièce « gentille » qui a leur prédilection soit présentée en parallèle, sans aucun égard quand à la question de savoir si elle a les qualités requises ou si elle en est totalement dépourvue, ce qui est d’ailleurs le cas. Je suppose qu’étant donné que je joue moi-même tous les soirs et que chacun de mes shows est un meeting pour la Palestine , il ne faudra pas longtemps aux mêmes lobbys tribaux pour sponsoriser des manifestations jazzistiques supposées contrer les miennes. Ils pourraient même (pourquoi pas) apprendre à l’heureux saxophoniste de leurs rêves à jouer ma musique à l’envers !?

Quand on y réfléchit, une chose est parfaitement évidente. Naguère, les principales scènes londoniennes étaient réservées à des projets de la hasbara sioniste. La cause palestinienne ne pouvait être célébrée que dans quelque théâtre alternatif, dans quelque centre communautaire ou dans quelque église. Mais ça, ça a officiellement changé. La pièce de Mme Churchill a été jouée au Royal Court Theatre, et elle a favorablement retenu l’attention de l’ensemble des médias britanniques. Le pastiche sioniste commis par Stirling est cantonné, de manière humiliante pour son auteur, dans un minuscule théâtricule du quartier d’Hampstead. Elle est jouée quasi-exclusivement devant un public juif. On pourrait, à raison, affirmer que le discours palestinien revendique avec succès, aujourd’hui, la grande scène, tandis que le discours sioniste semble tirer la langue, loin derrière.

Dans sa pièce, Stirling ne cesse de demander au garçon palestinien :

« … Pourquoi n’avons-nous pas d’amis ?... » « Demande-lui de citer ne serait-ce qu’un seul de nos amis ! »

Mais, à la scène finale, celle qui est une réflexion sur Gaza lors de la guerre de 2009, Stirling lui-même prend soudain conscience du fait que les Palestiniens ont tellement d’amis qu’ils pourraient en revendre !

«
Demande-lui s’il sait, à propos de nos amis,
Demande-lui s’il sait que ces amis n’ont pas d’amis,
Demande-lui s’il sait, à propos de nos amis, en Europe
»

Manifestement, Caryl Churchill et le Royal Court Theatre ne sont que deux parmi de très nombreux amis des Palestiniens !

Mais Stirling n’est pas seul, lui non plus : il a désormais au minimum sept bloggers sionistes, qui prétendent être ses amis. L’activiste notoire de la diffamation israélienne
David Hirsh fait en effet sa promo, le site emblématique siono-néocon Harry’s Place lui donne un espace, un autre blog juif, appelé OyVaGoy menace d’exploser de libido. Avec de bons amis tels ceux-là, Stirling ne va pas tarder à se rendre compte que dès lors que ses associés cacher auront fini d’agresser jusqu’au dernier théâtre de ce pays, il n’aura plus qu’une chose à faire, et très vite : envisager de changer de carrière. A en juger à sa pièce, et au vu de ce dont Stirling est capable, ça ne sera pas une grande perte pour le théâtre britannique !

Il faudrait toutefois qu’une âme charitable rappelle à Stirling qu’un examen historique courageux de la réalité du sionisme au 20ème siècle ne pourra que révéler le fait dévastateur que le projet sioniste n’a jamais eu un seul ami véritable. Non : en lieu et place d’amitié, ce qu’il a eu, c’est le pouvoir – nuance ! Le sionisme est influent, il détient toujours énormément de pouvoir. Mais le pouvoir et l’amitié sont des catégories très éloignées l’une de l’autre…

Dans la pièce de Stirling, les derniers mots que l’on adresse à l’enfant (palestinien) ont pour fonction de laisser l’auditoire juif dans un total désarroi :

« Demande-lui si Hitler s’est trompé »

Comme si les Palestiniens étaient mus par la haine raciale envers les juifs, comme s’ils l’avaient été à un quelconque moment !? Quelqu’un devrait avoir la charité d’expliquer à M. Richard Stirling qu’en réalité, c’est de fait l’État juif qui applique des lois raciales envers les Palestiniens, et pas seulement eux. C’est l’État juif qui enferme des millions de personnes derrière des fils de fer barbelés. C’est l’État juif qui écrabouille des quartiers entiers sur leurs habitants. C’est l’État juif qui observe, systématiquement, la doctrine hitlérienne. Les Israéliens, par conséquent, d’une façon ou d’une autre, sont certainement sincèrement convaincus que le petit moustachu pensait juste, quant à lui.

Note :

* hasbara : mot hébreu signifiant « explication », désignant la propagande, le bourrage de crâne (sionistes).

mercredi 6 mai 2009

Gaza l’inoubliable

TROIS HEURES POUR GAZA L’INOUBLIABLE
Samedi 9 mai 2009 de 16 heures à 19 heures
Nous vous invitons au Théâtre de la Main d’Or
15, Passage de la Main d’Or
75011 Paris m° Ledru-Rollin
Les bombardements sont arrêtés actuellement, mais Gaza n’a pas été libéré. L’embargo sur ce petit peuple pilonné pendant un mois, décimé par des armes non conventionnelles, démuni, affamé, oublié de tout, est toujours aussi féroce. Les Gazaouis sont enfermés dans une prison à ciel ouvert, ils ne peuvent ni gérer leur vie au quotidien, ni sortir ou rentrer dans leur territoire, ni recevoir des soins. Ils sont privés de médicaments, de vivres, de moyens de survie. La famine continue dans un paysage dévasté, au milieu des ruines. Toutes les infrastructures vitales ont été détruites. Leur seule porte de sortie à travers l’Egypte est ouverte au compte-goutte puisque le gouvernement se trouve l’allié d’Israël et participe à l’exclusion des Palestiniens. Deux jeunes humanitaires qui reviennent de Gaza viendront témoigner de la situation des Palestiniens de Gaza et nous en débattrons. Ils nous ont ramené des images sur la dévastation de Gaza.Venez débattre avec eux

Propos recueillis par Ginette Hess Skandrani, 30/4/2009
Cédric et Alex, de retour de Gaza, nous racontent….

Touchés par la situation humanitaire à Gaza, et pour éviter que l’attaque israélienne ne tombe dans l’oubli, nous décidons, début avril de nous rendre sur place. Tous deux étudiants, nous profitons des vacances scolaires de Pâques pour réserver notre billet à destination du Caire.
Arrivés sur place, nous sollicitons les autorités françaises (ambassade et consulat) pour la délivrance d’une autorisation de passage par la frontière de Rafah.




Après une forte insistance, elles cèdent et nous délivrent le précieux document.
Aussitôt, nous prenons un taxi collectif jusqu’à Rafah pour accéder à la Bande de Gaza tant désirée. Nous savions que la tâche ne serait pas facile et que beaucoup de gens avaient essayé avant nous avec peu de succès.

Le premier jour, nous nous présentons en exposant la situation à la police des frontières égyptienne en insistant sur la nécessité d’aller sur place évaluer les besoins humanitaires. Sourds à notre discours, ils nous conseillent de regagner Le Caire puis la France et d’oublier l’Égypte ainsi que Gaza. Nous leur répondons qu’il nous est simple et possible d’oublier l’Égypte, mais impossible de ne pas penser au peuple meurtri de Gaza.

Nous avons passé plusieurs jours à faire des allers -retours, nous heurtant à chaque fois au « mur » égyptien qui est parfois pire que la frontière « de sécurité » israélienne.
Après une semaine de va-et-vient, nous sollicitons les autorités françaises en leur demandant d’intervenir auprès des Égyptiens afin de favoriser notre passage.
Le huitième jour, le miracle se produit et Gaza nous est enfin ouvert.
Sans perdre une minute et sans bagages, nous courons jusqu’à perdre haleine, sans nous retourner, de peur d’être rappelés.
Nous atterrissons au milieu d’un terrain vague qui semble désert et dont la seule issue est le stade de football Cheikh Yassine. Ce stade fait face à la rue du Sultan qui remonte jusqu’à Gaza centre en traversant la Bande de Gaza. De l’autre côté de cette rue, nous voyons la population et nous nous dirigeons vers elle.

Nous nous sommes présentés comme des étudiants français venus exprimer notre solidarité. Ils ont proposé de nous guider et de nous faire visiter ce qui reste des villes et villages, des hôpitaux, des écoles, des camps, des administrations, des routes, des infrastructures après les bombardements. Tout au long de notre visite et malgré la misère et la pauvreté des lieux, les Palestiniens ont fait preuve d’une hospitalité exceptionnelle.
Nous avons découvert un champ de ruines comme après un tremblement de terre. Nous avons découvert une population choquée par les bombardements, les massacres, les armes de destruction massive utilisées (bombe au phosphore, à l’uranium appauvri, au DIME). Nous avons remarqué que la situation était plus catastrophique dans certains endroits (Khan Younès, Jabalia, Gaza-ville, Beth Hanoun…)dans lesquels les conditions d’hygiène sont déplorables par manque d’eau potable, d’électricité, qui n’est délivrée que quelques heures certains jours et où la plupart des maisons ont été transformées en un amas de ruines.
De plus, nous avons noté l’apparition croissante de certaines maladies telles que le cancer et le diabète, en raison des retombées chimiques et nocives des bombardements et la pollution due à l’entassement des ordures. Ces maladies ne peuvent être traitées par manque de soins, de médicaments et d’infrastructures médicales.
Nous avons visité certains hôpitaux encore existants (l’hôpital Al Shifa, l’hôpital El Chahid Youssef Abou Nazzar) dans lesquels se trouvaient encore de nombreux blessés livrés à eux-mêmes par manque de personnel et de matériel médical.
Nous avons également visité une association d’aide aux victimes à Khan Younès, dont le but principal est de fournir prothèses et fauteuils roulants aux nécessiteux. Elle s’est retrouvée démunie et débordée, ne pouvant répondre à l’afflux important de demandes.
Nous avons conclu notre séjour par la visite des familles des victimes des bombardements israéliens. Beaucoup d’entre elles se sont retrouvées sans toit et ont dû compter sur l’hospitalité de leurs proches pour s’abriter. Il faut toutefois signaler qu’une maison, à Gaza, se limite à quatre murs et une tôle de zinc. Les familles nous ont fait part des conditions de vie devenues encore plus difficiles après l’attaque israélienne. Par manque d’entrées et de flux des marchandises, le coût de la vie a subi une inflation sans égale : le prix des produits de première nécessité (pain, lait, eau…) a doublé alors que plus de 80% de la population n’a pas d’emploi et est par conséquence sans ressource.

Notre désir et notre enthousiasme de découvrir Gaza étaient immenses, à la mesure du désespoir et de la désolation sur place. Les chefs de nos États ont assisté à ce massacre qui a abouti au désarroi et à la misère d’une population oubliée de tous, face à l’indifférence de la communauté internationale, livrée à elle-même, et sous dépendance totale de ses geôliers égyptiens et israéliens.

Gaza ne doit sa survie aujourd’hui qu’à une résistance volontaire et courageuse qui a su s’habituer et s’organiser autour du blocus imposé depuis 2007 par Israël.
Il est primordial que Gaza soit une priorité urgente dans l’esprit de chacun, bien que les bombardements israéliens aient cessé, puisque la vie là-bas n’a toujours pas repris et que le blocus reste total. Nous appelons chaque personne sensible à la détresse humaine à multiplier les actions pour la libération de Gaza.

jeudi 12 mars 2009

Lettre au Président de la République française

par le Comité national de soutien à Salah Hamouri, 12 mars 2009

Le 13 mars 2005, il y a quatre ans exactement, le jeune Franco-Palestinien Salah Hamouri était arrêté par l’armée israélienne à un chek-point situé en Cisjordanie. Depuis il est en prison.

Durant trois ans où il était interné, un « procès » s’est déroulé devant le tribunal militaire israélien d’occupation, à Ofer, qui est installé dans les Territoires palestiniens. Ce « procès » cherchait à apporter la preuve de l’appartenance supposée de Salah Hamouri au FPLP suite à une dénonciation anonyme. Plus de 20 audiences de ce procès, sur 25 qui ont eues lieu, ont été annulées faut de personnes se présentant à la barre du tribunal alors que les « témoins » annoncés étaient en fait tous des prisonniers qu’il était donc facile de faire comparaître.

Le Tribunal militaire de la « Force occupante » israélienne cherchait à établir un lien de cause à effet entre cette appartenance supposée au FPLP, démentie par Salah et jamais prouvée, et le fait réel que trois mois avant son arrestation Salah était passé de nuit en voiture avec un ami devant le domicile du rabbin Yossef Ovadia.

Si ce dernier fait de son appartenance au FPLP était dûment établi, alors le Tribunal militaire aurait estimé « tenir » la preuve irréfutable que Salah Hamouri voulait attenter à la vie de ce rabbin par ailleurs extrémiste. Il n’en a rien été.

Au bout ce ces trois ans d’incarcération sans qu’aucun délit ne soit établi, et alors que le procès était dans l’impasse, les autorités françaises, au lieu de demander la libération pure et simple de Salah aux mains d’un tribunal illégal, ont alors incroyablement plaidé auprès de leurs homologues israéliens pour que ce procès trouve une issue « rapide ».

Cette demande effectuée en particulier par Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, présent en Israël les 16 et 17 février 2008, a eu un effet immédiat.

Dès le lendemain, le 18 février, le procureur de ce tribunal a appelé l’avocate de Salah Hamouri pour lui proposer le « marché » suivant, qui relève strictement du chantage et non pas de la justice : « Ou bien Salah Hamouri plaide coupable et il sera condamné à 7 ans de prison ; ou bien il refuse et ce sera le double ».

Devant cette situation que tout le monde connaît parfaitement, en particulier les autorités françaises, Salah Hamouri, sur les conseils de son avocate et ainsi que le font naturellement 95% des prisonniers palestiniens, a été évidemment contraint d’accepter ce « marché » sous peine de passer 14 ans en prison tandis qu’il n’a strictement rien fait de condamnable.

Et depuis cette date où la sanction de 7 ans de prison ferme a été prononcée par ce tribunal militaire illégal installé à Ofer en Cisjordanie, le 17 avril 2008, soit deux mois tout juste après l’intervention de Bernard Kouchner, les autorités françaises ont clairement affiché et manifesté un double comportement.

1. Elles ont accepté de donner « légitimité » à la décision arrachée par ce Tribunal militaire pourtant illégal – a-t-on jamais vu un Tribunal militaire de quelque force occupante que ce soit ne pas condamner un membre d’un peuple occupé ? – et elles se sont alors réfugiées derrière une vague demande de « clémence » qui n’a jamais abouti. Personne n’est dupe du fait que si cette demande avait été réellement faite par la France, avec toute la force qui convient, elle aurait évidemment abouti ;

2. Elles ont par ailleurs refusé, nous parlons là du Président de la république, de recevoir les membres de la famille ou les parlementaires de toute obédience politique qui soutiennent justement la libération de Salah, tandis que les familles de tous les Français ayant des « difficultés » à l’étranger ont été reçues, conformément à l’engagement du Président de se porter au secours de tous nos compatriotes et cela « quoi qu’ils aient fait ».

Salah Hamouri est donc doublement victime.

Il est victime de l’occupation israélienne dont les tribunaux militaires israéliens, illégaux, ne sont par ailleurs que l’un des moyens de cette occupation, pourtant condamnée par l’ONU, qu’ils entendent imposer coûte que coûte.

Il est victime, en second lieu, de l’attitude des autorités françaises qui non seulement ont accepté de reconnaître cette parodie de « justice » alors qu’elle est illégale mais qui se refuse à intervenir – et c’est le seul cas où un Français est ainsi traité – avec toute la force nécessaire auprès des autorités israéliennes, dont le Président Shimon Pérès. Elles ont aussi – nous parlons ici du Président – refusé formellement de recevoir la famille de notre compatriote dont la mère, française, est originaire de Bourg-en-Bresse, affichant du même coup un mépris inqualifiable.

Le 13 mars 2009, Salah Hamouri aura ainsi effectué, cela contre toute justice et au mépris du respect des droits de l’homme, quatre ans de prison que rien ne peut justifier et que rien n’est venu justifier.

Et il est lâché par la France. Il est le seul dans ce cas. Il est le seul Français pour lequel rien n’est fait et à propos duquel un refus d’agir du Président s’est manifesté ostensiblement jusqu’à refuser ne serait-ce de recevoir la famille ou les amis de Salah.

En ce jour du bien triste « anniversaire » des 4 ans de captivité d’un innocent, Salah Hamouri, nous demandons instamment au Président de la République française de recevoir la famille ou les amis de Salah qui demandent sa libération immédiate, et qui se sont regroupés dans un Comité national de soutien. Nous lui demandons d’agir en ce jour « anniversaire » auprès de son homologue israélien pour que Salah ne passe pas une journée de prison supplémentaire et qu’il soit libéré immédiatement. Salah aura 24 ans le 25 avril prochain. Il doit être chez lui pour fêter son anniversaire avec sa famille. A Jérusalem…
Un message personnel de Madame Denise Hamouri
Jérusalem, dimanche 15 mars
Bonjour à tous,

Ce matin, dimanche, comme il m’est autorisé une fois tous les quinze jours, je suis allée voir mon fils Salah à sa prison de Guilboa.

J’ai parlé avec lui toujours derrière cette vitre si épaisse qui empêche tout contact et qui ne me permet pas de l’embrasser et de le serrer dans mes bras comme j’en ai tellement envie. Un combiné téléphonique est notre seul lien. Nos yeux disent le reste…

J’ai parlé avec Salah, durant l’heure qui nous est autorisée, de votre mobilisation active et de l’ensemble de toutes les initiatives que vous prenez avec le « Comité national de soutien pour sa libération ».

Je lui ai aussi parlé, mais il savait, du refus maintenu du Président français de me recevoir tandis qu’il vient, et je n’ai rien contre bien sûr, de recevoir une seconde fois les parents de Florence Cassez, incarcérée au Mexique, après avoir reçu trois fois le père de Guilad Shalit.

Nous sommes les seuls à n’avoir pas pu voir le Président tandis que Salah entame, depuis le 13 mars, sa 5ème année de prison alors qu’il n’est coupable de rien. De rien du tout.

Je dirais que le tribunal militaire s’est montré, et pour cause, incapable de fournir la moindre preuve matérielle de sa culpabilité mais aussi, et peut être surtout pour moi, je dirais que je connais mon fils et je sais qu’il n’a rien fait.

Salah est parfaitement lucide sur les raisons de cette situation. Ses camarades de prison savent aussi qu’un mouvement de solidarité s’est déclenché en France pour lui et ils se sentent moins seuls du coup. Il reçoit beaucoup de lettres de tous les coins de France et cela lui fait un grand plaisir.

Ce que vous faîtes c’est aussi du baume au cœur pour tous ces jeunes Palestiniens prisonniers dont on casse la vie sans état d’âme.

Salah m’a demandé de vous transmettre ses remerciements pour cette solidarité qui le touche visiblement beaucoup. S’il compte sur une chose, c’est bien sur vous. Il m’a aussi dit de vous dire que loin d’être brisé il était plus déterminé que jamais.

Voilà, je suis rentrée chez nous à Jérusalem où mon mari, sa sœur et son frère me questionnent abondamment sur notre rencontre de ce jour. Ils l’aiment « leur » Salah comme je l’aime.

Le 25 avril prochain il aura 24 ans.

Votre solidarité active nous permettra-t-elle que nous fêtions ensemble, à Jérusalem, dans sa maison, cet anniversaire ? Je le souhaite de tout cœur, bien évidemment. Et avec Salah, c’est toute notre famille qui vous dit : Merci !

Denise Hamouri