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mercredi 30 décembre 2015

Minqi Li, économiste chinois : “Dans les 10 ans qui viennent, un grand soulèvement de la classe ouvrière est très probable en Chine”

par Pablo Ampuero Ruiz 巴梓诺, China Files, 23/8/2012; Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Original: “Dentro de diez años es muy probable que haya un levantamiento a gran escala de la clase trabajadora en China”: economista chino Minqi Li


Le professeur et militant Minqi  Li (李 民 骐) est actuellement  la figure intellectuelle  la plus importante de la Nouvelle Gauche chinoise. Licencié en économie de l'Université de Beijing et docteur en économie de l'Université de Masachussetts à Amherst, Minqi Li est maintenant largement reconnu pour son travail sur l'économie politique et son livre The Rise of China and the Demise of the Capitalist System ( L'essor de la Chine et l'effondrement du système capitaliste). Chine Files a conversé avec lui sur sa vie, sa pensée économique et sa vision de la Chine d'aujourd'hui.
En 1989, il a participé aux protestations de la place Tiananmen menées par les étudiants et les intellectuels libéraux exigeant davantage de droits politiques et économiques. Pour son opposition à la politique du Parti communiste, un an plus tard il a été arrêté et détenu pendant deux ans, accusé de "propagande contre-révolutionnaire". Il a profité de son séjour en prison pour réfléchir sur la situation de la Chine et les possibilités de changement; c'est ainsi qu'il a découvert les textes de Marx, Engels et Lénine.

Minqi Li est connu pour son engagement militant en faveur de la lutte des travailleurs et de la cause du socialisme. Il est l'un des principaux dirigeants de la Nouvelle Gauche chinoise, qui a une vision critique plutôt positive sur la période maoïste et ne voit pas d'un bon œil le tournant néolibéral pris par le pays avec la politique de "réforme et ouverture». Parler avec Minqi Li, c'est entrer en contact avec une Chine qui n'apparaît pas dans la presse, et cela permet, grâce à une argumentation solide, de dévoiler le paradoxe entre la réussite économique actuelle du géant asiatique et le moment historique que vit le monde.

Vous avez étudié la gestion économique à l'Université de Beijing, où vous êtes devenu un adepte convaincu de l' "École de Chicago" (le néolibéralisme). Mais aujourd'hui, vous êtes un leader de la Nouvelle Gauche chinoise. Comment un tel changement a-t-il été possible?
J'étais étudiant de premier cycle en économie à l'Université de Beijing entre 1987 et 1990. Dans les années quatre-vingt, l'économie néolibérale s'était déjà emparée des principales universités en Chine. Nous avons été formés à croire que la propriété publique des moyens de production et la planification économique étaient intrinsèquement inefficaces et étaient responsables de l'arriération économique de la Chine. En particulier, les économistes faisaient valoir que le socialisme encourageait la paresse des travailleurs, qui vivaient de l'aide sociale et de la protection de l'État. Les entreprises publiques devaient être privatisées et les travailleurs feignants licenciés. Beaucoup d'étudiants, à cette époque en Chine, ont été attirés par le modèle capitaliste occidental, croyant que dans une économie capitaliste de marché libre, la liberté politique et la démocratie allaient fleurir.
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Un gréviste de la faim sur la place Tiananmen en mai 1989. Photo : Stuart Franklin / Magnum
Ironiquement, ce sont les travailleurs qui ont soutenu les étudiants pendant le mouvement pour la démocratie de 1989. Les travailleurs n'avaient pas réalisé que si les étudiants et les intellectuels libéraux avaient gagné, ils auraient mis en œuvre des programmes de privatisation style "thérapie de choc" et détruit des dizaines de millions d'emplois. D'autre part, les étudiants et les intellectuels libéraux avaient des doutes sur la mobilisation des travailleurs au moment critique du mouvement démocratique, en raison de leur méfiance instinctive vis-à-vis de la classe ouvrière. J'ai participé au mouvement démocratique de 1989.

En réfléchissant sur l'échec du mouvement, je suis parvenu à la conclusion que le mouvement démocratique ne pourrait pas réussir sans une mobilisation totale de la classe ouvrière. Mais une mobilisation des travailleurs aurait à tenir compte de leurs propres intérêts économiques et sociaux. Il semblait y avoir là une contradiction évidente entre les exigences de la démocratie et celles de l'économie capitaliste néolibérale. Je commençais à penser qu'il pourrait y avoir quelque chose d'utile dans la théorie marxiste et j'ai commencé à lire certains livres. Au début, j'ai lu principalement des écrits marxistes occidentaux modernes (GA Cohen, Paul Sweezy, Ernest Mandel). Pendant que j étais en prison (1990-1992), j'ai lu de nombreux textes de Marx, Engels, Lénine et Mao. À cette poque, je suis devenu un socialiste, marxiste et marxiste-léniniste. Aujourd'hui, je me considère comme un marxiste-léniniste-maoïste.

samedi 2 juin 2012

L’audit citoyen de la dette au centre des confrontations de classe grecques et internationales

Traductions disponibles : Português  
Intervention au séminaire sur l’audit de la dette qui s’est tenu a Francfort le 18 mai 2012.
  
L’audit citoyen de la dette publique a constitué, pratiquement dès le début de la crise de la dette en Grèce, non seulement un argument du débat politique mais surtout un acteur de l’actualité politique et sociale. Cette particularité grecque est due à deux facteurs : d’abord, au fait que depuis décembre 2010, il y a eu une campagne pour l’audit citoyen de la dette, la première campagne de cet ordre non seulement en Europe mais dans tout l’hémisphère nord de la planète. Ensuite, au fait que cette campagne a rencontré dès ses débuts un net succès populaire, ce qui a eu comme conséquence de rendre la question de l’audit de la dette presque incontournable.
Un événement politique de taille, tout à fait récent, vient de confirmer cette affirmation. Je me réfère à l’inclusion de « la formation d’une Commission Internationale d’audit de la dette » parmi les cinq points programmatiques de base, énoncés par le leader de la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA) Alexis Tsipras au début de sa tentative –avortée- de former un gouvernement de gauche. Ce qui a suivi cette déclaration de Tsipras illustre bien la très importante place qu’occupe la question de l’audit citoyen de la dette dans l’affrontement politique en cours en Grèce. D’abord, Antonis Samaras, président de Nouvelle Démocratie, la droite traditionnelle qui s’alterne au pouvoir avec le Pasok social-démocrate, et ensuite Fotis Kouvelis, président de la Gauche Démocratique, scission de droite de Syriza, ont fait de cette Commission d’audit un véritable Casus Belli contre SYRIZA, la plus « extrémiste » et « folle » de ses propositions, « celle qui conduit la Grèce hors de l’Europe Unie et à la destruction » !!!
Bien que la suite des événements reste imprévisible, une chose est désormais sûre : la question de l’audit indépendant de la dette grecque plane au-dessus des péripéties de la lutte de classe grecque, en traçant une des lignes de démarcation entre ceux qui sont pour et contre les politiques d’austérité, ceux qui sont pour et contre le respect des divers engagements pris envers la Troika et les autres tuteurs de l’État grec. Ce n’est donc pas un hasard si les formations de droite et d’extrême droite qui partagent ce rejet des plans d’austérité (même les néonazis !), se déclarent en faveur de l’audit de la dette, arrivant même à parler de la dette illégitime et odieuse, ou encore à citer longuement le Cadtm et Eric Toussaint !
Cette situation s’explique si on tient compte du fait que, selon une enquête de l’été passé, on calcule à un peu plus de 3 millions (environ 30% de la population grecque) les Grecs qui non seulement se déclarent partisans de l’audit citoyen de la dette publique mais disent partager la « philosophie » et les objectifs de la Campagne pour une Commission d’audit ! Evidemment, ceci n’est pas dû uniquement à l’activité de notre campagne, mais illustre quand même bien son impact auprès de la population. À ce point, je crois pourtant que s’impose la réflexion suivante : bien qu’étant en apparence plutôt ingrate et réservée aux spécialistes (économistes, juristes…), la campagne pour l’audit citoyen de la dette a toujours inspiré de l’enthousiasme et a attiré des foules même beaucoup plus que des campagnes pour des causes qui, à première vue, semblent plus « compréhensibles » et proches des préoccupations des citoyens. Cette constatation on l’a faite d’abord en Grèce, mais ce qui est maintenant en train de se passer dans des pays comme la France ou l’Espagne renforce notre conviction qu’on est ici devant un phénomène général.
L’explication de cette réaction inattendue de vastes secteurs de la population est double : d’abord, il y a la dette elle-même qui constitue « la mère de tous les problèmes » actuels, de l’aveu même tant de « ceux d’en haut » que de « ceux d’en bas ». Par conséquent, tout ce qui a trait à ce problème et à sa solution devrait nécessairement provoquer l’intérêt sinon l’adhésion des gens. Ensuite, il y a la « philosophie », le noyau dur de la dynamique potentielle de l’audit citoyen de la dette publique. En des moments de crise profonde et encore plus quand cette crise oblige de fait, comme actuellement en Grèce, des pans entiers de la société à envisager sérieusement de prendre en mains leur destin afin de… survivre, on assiste au phénomène suivant : la sympathie de masse déjà existante pour l’audit citoyen se transforme en besoin de s’approprier sa « philosophie » profonde en vue de la traduire en actes là ou les citoyens habitent, travaillent, étudient, s’amusent, se soignent, communiquent, se meuvent… en somme, là où ils vivent, respirent et agissent collectivement.
En Grèce, on a assisté à un début de commencement de cette transformation de la sympathie en actes au moment où le mouvement populaire a atteint son paroxysme. C’est-à-dire au sommet du mouvement des Indignés, des Aganaktismeni grecs, en juin 2011. À ce moment, la campagne grecque d’audit de la dette était véritablement assiégée par des milliers de gens mobilisés qui nous demandaient que faire et offraient leurs services pour dévoiler des scandales. C’étaités de citoyens afin d’exercer leur droit de contrôle des activités de « ceux d’en haut » dans les quartiers, les municipalités, les lieux de travail, les écoles et les universités, les hôpitaux, etc, etc.
Malheureusement, cet encouragement n’a a jamais été accordé par la Campagne d’audit, et le résultat fut qu’une grande occasion d’un début exemplaire d’auto-organisation de la population mobilisée a été perdue. Reflux du mouvement aidant, la conséquence pour la campagne d’audit elle-même fut très négative. Privée des bénévoles « anonymes » qui pourraient l’aider à contourner les problèmes qu’elle rencontre (p.ex. ces bénévoles travaillant dans les ministères qui non seulement connaissaient de première main les « affaires » mais pourraient aussi se procurer des documents pour dévoiler les responsabilités), la Campagne grecque d’audit a été contrainte de se replier sur elle-même, sans jamais pouvoir honorer ses promesses initiales.
Pour nous, la leçon à tirer de l’expérience grecque est très claire : si elle veut remplir sa mission libératrice qui consiste à mettre en mouvement la population auto-organisée, la campagne d’audit citoyen de la dette ne peut ni être une affaire d’experts ni se limiter à un contrôle (d’ailleurs pratiquement impossible) au sommet, c’est-à-dire de la dette publique. Elle doit, dès ses débuts, associer à son travail la population en l’encourageant à pratiquer ses propres audits, c’est-à-dire « l’ouverture des livres » là où elle habite et travaille, communique et vit. Sans cet enracinement aux tréfonds de la société, la campagne d’audit est condamnée d’avance à s’arrêter à mi-chemin de son parcours tandis que l’enthousiasme initial sera progressivement remplacé par le découragement.
Exactement parce que partout ailleurs on n’en est pas là, parce que le mouvement des campagnes d’audit est encore en pleine expansion presque partout en Europe, il faut profiter des expériences des autres pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Car, et ne l’oublions pas, ces campagnes représentent aujourd’hui un grand espoir tout en ouvrant le chemin vers ce mouvement européen unitaire et de masse qui seul pourra rendre les travailleurs et les peuples d’Europe capables d’affronter et de vaincre la coalition de leurs adversaires de classe…

vendredi 3 février 2012

Reprenons l'Europe !

Reprenons l’Europe ! - Collectif UniNomadE

1. On n'avait pas besoin des mots de Mario Draghi pour comprendre que la crise en Europe a désormais atteint un seuil d'irréversibilité. Crise de « dimensions systémiques », avait déclaré Jean-Claude Trichet, il y a quelques mois. Et voilà maintenant que Draghi, son successeur à la tête de la Banque centrale européenne, nous informe que « la situation a empiré » (16 janvier). Difficile de comprendre ce que signifie l'aggravation d'une crise de « dimensions systémiques ».

Ce qui est certain, c'est que les scénarios qui se dessinent pour les mois à venir sont très sombres, non seulement pour ceux qui paient désormais depuis des années la crise et la médication qui l’alimente : l'austérité, ou plus “sobrement” la rigueur. Même des secteurs consistants du capital et des classes dirigeantes européennes commencent à être assaillis par le doute que, dans le gigantesque processus de réajustement global des équilibres de pouvoir qui est en acte, ils risquent d'être parmi les perdants. Le spectre du “déclin”, s'il n'a pas arrêté de hanter les métropoles usaméricaines, s’est mis à fréquenter avec plus d’assiduité les rues et les places d'Europe, ou du moins de régions entières de l'Europe. Et il ne manque pas de commentateurs pour entrevoir derrière l’action des agences de notation une rationalité militaire, les premières manœuvres d’une « guerre mondiale de la dette », dans laquelle l'objectif de la survie du dollar comme monnaie souveraine au niveau mondial (avec le maintien des centres actuels de commandement sur les marchés financiers qui en découlerait) peut justifier l’effritement de l'euro. En toile de fond, les nouvelles en provenance du détroit d'Hormouz nous rappellent que face à une crise d’une telle ampleur et durée, la guerre peut être une “solution” à tenter et pas seulement sur le terrain de la finance et des dettes “souveraines” .

Disons-le clairement : l'Union européenne, telle que nous l’avons connue ces dernières années, est finie. Il n’y a pas là de quoi se réjouir. Nous-mêmes avons pensé de temps à autre que les luttes et les mouvements pourraient trouver dans le cadre institutionnel européen en formation, sur le terrain de la citoyenneté et de la gouvernance, un cadre de référence plus souple que les structures politiques nationales, un espace dans et contre lequel construire des campagnes et articuler des plateformes de revendications. Eh bien, cet espace n'existe plus. C'est la première leçon à tirer de la crise dans cette partie du monde. La seconde, cependant, est tout aussi importante pour nous : sur le terrain national, toute hypothèse d’affrontement démocratique ou socialiste de la crise est en train de se révéler une illusion dépourvue de toute efficacité et tendanciellement dangereuse. C’est l’enseignement de deux ans de résistance très dure, mais justement limitée au territoire national, aux politiques d'austérité dans les pays les plus durement touchés par la crise. De ce point de vue, la Grèce est emblématique. Difficile d'imaginer un déploiement plus radical et assorti de luttes de résistance que celui qui a eu lieu dans ce pays : de l'occupation des rues aux grèves générales qui ont duré des jours et des jours, des tentatives d'assaut du Parlement au blocus de villes entières. Et pourtant, l'efficacité de cette mobilisation permanente pour faire obstacle aux politiques draconiennes de coupes sombres et de démantèlement de l’État social et des droits, a été nulle. Lire la suite


¡Retomemos Europa! - Collettivo UniNomadE
1. No hacían falta las palabras de Mario Draghi para entender que la crisis ya es irreversible en Europa. Crisis de «dimensiones sistémicas» había dicho Jean-Claude Trichet hace un par de meses. Ahora Draghi, su sucesor ...
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Take Europe Back! - UniNomadE Collective
1. There was no need for Mario Draghi’s words to understand that the crisis has already reached an irreversible threshold in Europe. A crisis of “systemic dimensions” was what Jean-Claude Trichet said a couple of months ago. Now Draghi, ...
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Riprendiamoci l’Europa! - Collettivo UniNomadE
1. Non c’era bisogno delle parole di Mario Draghi per capire che la crisi ha ormai raggiunto in Europa una soglia di irreversibilità. Crisi di «dimensioni sistemiche», aveva detto Jean-Claude Trichet un paio di mesi fa. Ora Draghi, ...
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