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mardi 1 décembre 2009

NON aux minarets, OUI aux ventes d'armes : catastrophe culturelle en Suisse-Sic transit gloria helvetiorum

par Ayman El Kayman, Coups de dent n°120, 30/11/2009

J'écrivais hier: "Pour des raisons d'actualité brûlante, ma chronique hebdomadaire est avancée d'un jour." Aujourd'hui je me dois d'ajouter quelques lignes à cette chronique. D'abord pour faire mon mea culpa: aveuglé par la déferlante médiatique sur le référendum "OUI à l'interdiction des minarets", j'ai laissé échapper un gros détail: ce dimanche 29 novembre, il y a avait DEUX référendums en Suisse. L'autre proposait l'interdiction des ventes d'armes par la Suisse à tout pays étranger. Et là , les électeurs ont voté NON  (à l'interdiction), à...68%. C'est que, voyez-vous, la Suisse vend pour 500 millions d'Euros d'armes par an, à des pays comme le Pakistan et l'Arabie saoudite. Et là, pas question de mettre en danger 100 000 emplois! Donc, conclusion logique: les talibans et autres barbus pourront égorger des touristes suisses...avec des VICTORINOX! (Note ajoutée le mardi 1/12/2009-AEK)


Cette image, intitulée « Minaret transperçant la Suisse de l’acier mou » (sic), je l’ai trouvée sur le blog d’un Crétin des Alpes que je ne prendrai pas la peine de nommer.

Ainsi donc, le « peuple suisse » (c’est quoi, ça ?) a dit NON à 57,50%, en une votation démocratique, à l’érection de minarets sur la terre de Guillaume Tell, en mettant le bulletin OUI (à’ interdiction) dans l’urne, dimanche 29 Novembre 2009.Il n’a voulu écouter ni son président, ni son Conseil fédéral (gouvernement), ni sa conférence des évêques catholiques, ni la plupart de ses partis politiques et organisations de défense des droits humains, qui avaient tous appelé à voter NON. Il s’est contrefoutu de ce que ce référendum était contraire à la Constitution helvétique et aux conventions internationales sur les droits humains. Il faut dire que les fachos qui avaient pris l’initiative de ce référendum avaient fait très fort. Regardez donc leur affiche infâme, que dis-je, scélérate, que dis-je, immonde :




Donc, les minarets seraient des armes de destruction massive, à l’égal des missiles à l’uranium appauvri et autres bombes à fragmentation et au phosphore blanc.
Décidemment, l’Islam semble bien être incompatible avec le crétinisme des Alpes.
Ce résultat met la Suisse dans une merde noire. La catastrophe culturelle, mentale, anthroplogique  qu'il constitue sera peut-être suivie d'une catatstrophe financière et économique aux conséquences imprévisibles. Imaginez un instant :
- Les Musulmans retirant leurs avoirs des banques suisses
- Les Princes et Émirs musulmans quittant leurs villas, chalets, suites réservées à l’année et autres résidences secondaires (ou tertiaires) et retirant leur progéniture des écoles privées et autres internats qui coutent bonbon et rapportent gros
- Les pays musulmans arrêtant d’acheter des couteaux suisses et autres armes de destruction légère




- Les pays musulmans cessant d’acheter du chocolat suisse, du lait Nestlé, du Nescafé, du gruyère et de l’emmental et les pays producteurs de cacao refusant de fournir à l’industrie suisse la matière première de ce fameux chocolat
- Les talibans et autres terroristes barbus attaquant à l’arme lourde tout véhicule arborant ce qui peut ressembler à un drapeau suisse, à commencer par celui de la Croix-Rouge et ouvrant la chasse au touriste suisse, aisément reconnaissable, même s’il n’arbore pas un Victorinox en sautoir.
- L’Iran d’Ahmadinejad décidant de lancer ses bombes atomiques –dès qu’elles seront prêtes - sur la Perfide Confédération. Enfin, les zelvètes vont peut-être enfin avoir l’occasion d’utiliser leurs abris anti-atomiques qui commencent à rouiller sérieusement. Mais il faudra d’abord qu’ils les vident de tout le fatras qu’ils y ont empilé. Depuis le temps…
Bref, bonjour la chute du niveau de vie en perspective ! Sic transit gloria helvetiorum.
Je sais, vous allez encore dire que j'exagère. Qui vivra verra...

La parole est désormais à la Cour européenne des droits de l’homme, qui, cela ne fait aucun doute, condamnera la Suisse.
Comment, vous avez des doutes ? Allons, allons, vous doutez de la démocratie européenne ? Mais comment osez-vous ?
Ayman El Kayman, délégué général du RMATCA (Réseau Mondial d’Aide Thérapeutique aux Crétins des Alpes)

Touristes suisses en route de Bâle à Pékin à travers le monde islamique. Ils risquent de payer pour la connerie de leurs compatriotes.






Touriste suisse barbu et enturbanné (c’est un déguisement) envisageant de proposer à une vache sacrée hindoue d’émigrer dans les alpages pour jouer les vaches Milka. Réponse de la vache: "Sikh"... 

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à mardi prochain !

jeudi 30 octobre 2008

Le Nestlégate helvético-brésilien

Nestlé, Securitas & ATTAC : un polar de l'ère de la mondialisation
«Le politique devrait réprimander Nestlé!»-Interview de Franklin Frederick sur le Nestlégate en Suisse
par Isabelle Stucki

INTERVIEW - Engagé contre la privatisation de l'eau, le Brésilien Franklin Frederick est scandalisé par le «Nestlégate» et par le peu de réactions que l'affaire suscite dans la sphère politique.

Il est indigné, Franklin Frederick, lui qui se bat contre Nestlé pour sauver le parc d'eau de São Lourenço, au Brésil. Voici trois mois, l'émission Temps Présent révélait que Nestlé avait mandaté l'entreprise Securitas pour infiltrer le groupe Attac-Vaud. En possession du rapport, Franklin Frederick constate que l'opération le touche de près. Et qu'elle est remontée jusque dans son pays. Pour le militant, ce n'est pas le pire: la faible levée de boucliers face à cette affaire «gravissime» le choque. Entretien.


Franklin Frederick. Photo Olivier Fatton, Le Courrier


Qu'est-ce qui vous frappe dans ce rapport?

Franklin Frederick: Sa réalisation est très professionnelle. Sa première page s'ouvre sur le 2 septembre 2003. Il est question de l'organisation du Forum social suisse qui a eu lieu à Fribourg en septembre 2003 et auquel j'allais être invité pour parler du cas de Nestlé au Brésil. La dernière page du rapport est datée du 16 mai 2004. L'opération d'espionnage ayant duré plus d'une année, ce rapport est incomplet. Et comme nous n'avons pas reçu une réponse positive à la demande de notre avocat d'obtenir tous les documents, ce que nous avons entre les mains n'est que la pointe visible de l'iceberg.

Etiez-vous spécialement visé?

En tant que défenseur de l'eau au Brésil, j'étais une cible de cette opération, autant qu'Attac ou que les Colombiens, mentionnés dans le rapport. La quantité et le détail des informations sur ce qui se passe au Brésil et sur ma personne s'accroissent au fur et à mesure du document. Même mon entrée en Suisse, qui s'est faite par Neuchâtel – où les militants d'Attac ont défendu la source de Bevaix contre Nestlé–, est citée. L'agente de Securitas avait des contacts réguliers avec Nestlé. Peu à peu, son travail s'est focalisé sur le forum Nestlé que Attac, la Déclaration de Berne, Greenpeace et moi-même avons organisé en juin 2004 à Vevey.
Pour la première fois, des gens de multiples provenances se sont retrouvés pour mettre leurs savoirs en commun et parler des lieux où Nestlé pose des problèmes. Nous avons réalisé que ces cas ne sont pas uniques: Nestlé a un modèle, toutes ces situations sont similaires et appartiennent à la politique globale de Nestlé, décidée en Suisse.

Quel était l'intérêt pour Nestlé de vous espionner?

Pourquoi est-ce que Nestlé a décidé d'espionner Attac-Vaud? Certes, il y a le livre très important que le groupe écrivait sur Nestlé. Mais une des grandes motivations de la multinationale était d'obtenir, par le biais d'Attac, des renseignements sur ce que les groupes de résistance font au Brésil et en Colombie. Dans ces pays, les informations fournies par le rapport, dont mon e-mail, peuvent avoir une utilité concrète. Nestlé était en mesure de coordonner ses activités, de devancer nos stratégies et d'adapter les siennes. Si Nestlé connaît mes contacts, je ne sais pas quel genre de pressions, notamment auprès des politiciens, peuvent être exercées au Brésil: ce pays a une tradition démocratique plus faible que celle de la Suisse.



Le Parc des Eaux de São Lourenço


Vous dites que les faits de 2004 viennent de s'éclairer...

Au début de 2004, j'annonçais à Attac et à l'espionne inclue dans notre liste d'adresses que je viendrais en Suisse pour le Public Eye et l'Open Forum, événements organisés en parallèle au Forum économique mondial de Davos. J'ai sollicité, en vain, un entretien avec Nestlé. Mais à l'Open Forum, j'ai pu m'adresser à Peter Brabeck (ancien directeur général de Nestlé, ndlr). Comme il avait été renseigné, il savait que je serais là. Il était préparé. Il a alors annoncé cette nouvelle inattendue: l'usine de São Lourenço, située dans le parc d'eau que je défends, serait fermée et le pompage cesserait. En même temps, avec une parfaite synchronisation qui n'aurait pas pu avoir lieu sans les informations de l'espionne, Nestlé établissait des contacts avec le gouvernement de l'Etat de Minas Gerais, où se trouve São Lourenço. Nestlé a conclu un «gentlemen's agreement» pour y rester. Le jour où la presse suisse racontait notre «victoire», l'Etat du Minas Gerais annonçait un accord avec Nestlé: la multinationale s'était racheté le droit de rester...

Pourquoi le groupe Nestlé userait-il d'une telle stratégie?

La presse suisse avait passablement médiatisé le cas du Brésil. La multinationale déteste cette visibilité que lui confèrent les médias quand ils la critiquent. Nestlé subissait une sorte de pression de la part des églises nous soutenant et de la presse. Annoncer que le cas était résolu ferait taire tout le monde.



Fontaine dans le Parc des Eaux. Photo Gil


Le soutien de certaines églises dérange-t-il Nestlé?

Oui. Quand les critiques proviennent d'ONG cataloguées à gauche, Nestlé est habituée à riposter. Mais les remarques des églises ont un poids différent. Nestlé ne peut y répliquer de la même façon. Les diverses églises de Suisse qui épaulent notre lutte contre la privatisation de l'eau, dont l'Eglise réformée de Berne ont émis des critiques. A mesure que ces remarques se multipliaient, je devenais une cible plus importante pour Nestlé.

Comment percevez-vous les réactions suscitées par l'affaire?
Le manque de réactions fortes face à ce scandale est un scandale en soi! Un débat public devrait absolument avoir lieu. Que font les politiciens? Une réponse très sévère à l'attitude de Nestlé est nécessaire. Ce genre de pratiques est à bannir définitivement: quand cela commence, on se retrouve dans une zone trouble et dangereuse.

Craignez-vous votre retour au Brésil?
La lecture des rapports et le fait que la multinationale se donne le droit de poursuivre de telles opérations si elle se sent menacée m'inquiètent. Jusqu'à quel niveau suis-je surveillé dans mon pays? Je ne me sens pas en sécurité. Une limite a été franchie. C'est très grave: en Amérique latine, nous savons où ce type d'espionnage conduit! En l'occurrence, il me semble qu'un citoyen suisse ne peut être menacé physiquement. Mais il n'en va pas de même en Colombie et au Brésil.


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mardi 30 septembre 2008

Les passeports biométriques, composants d'un programme de surveillance?

Des Suisses cherchent à bloquer l'introduction de passeports et de cartes d'identité biométriques - décidée en application des accords passés avec le groupe de Schengen - en recueillant des signatures pour un référendum.
Lire ici

mardi 23 septembre 2008

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°1) - Le Festival d'Avignon comme on ne vous l'a jamais raconté

Appel à témoins de Patrick Mohr
Son procès aura lieu le 13 octobre, à 8h30 à Avignon. Il cherche des témoins et surtout des photos ou films de la scène. Si vous avez fréquenté le festival cet été, fin juillet, ou si vous connaissez du monde qui y était, contactez-le (theatrespirale@bluewin.ch) et/ou faites tourner le message.

Je m'appelle Patrick Mohr. Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, metteur en scène et auteur. À Genève je dirige une compagnie, le théâtre Spirale, je co-dirige le théâtre de la Parfumerie et m'occupe également du festival "De bouche à oreille".
Dans le cadre de mes activités artistiques, je viens régulièrement au festival d'Avignon pour y découvrir des spectacles du « in » et du « off ». Notre compagnie s'y est d'ailleurs produite à trois reprises. Cette année, je suis arrivé dans la région depuis le 10 juillet et j'aiassisté à de nombreux spectacles.
Le Lundi 21 juillet, je sors avec mon amie, ma fille et trois de ses camarades d'une représentation d'une pièce très dure sur la guerre en ex-Yougoslavie et nous prenons le frais à l'ombre du Palais des Papes, en assistant avec plaisir à un spectacle donné par un couple d'acrobates.
À la fin de leur numéro, je m'avance pour mettre une pièce dans leur chapeau lorsque j'entends le son d'un Djembé (tambour africain) derrière moi. Etant passionné par la culture africaine (j'y ai monté plusieurs spectacles et ai eu l'occasion d'y faire des tournées), je m'apprête à écouter les musiciens. Le percussionniste est rejoint par un joueur de Kamele Ngoni (Sorte de contrebasse surtout utilisée par les chasseurs en Afrique de l'Ouest).
À peine commencent-ils à jouer qu'un groupe de C.R.S se dirige vers eux pour les interrompre et contrôler leur identité. Contrarié, je me décide à intervenir. Ayant déjà subi des violences policières dans le même type de circonstances il y a une vingtaine d'année à Paris, je me suis adressé à eux avec calme et politesse. Le souvenir de ma précédente mésaventure bien en tête. Mais je me suis dit que j'étais plus âgé, que l'on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie et que j'avais le droit de m'exprimer face à ce qui me semblait une injustice.
J'aborde donc un des C.R.S et lui demande : « Pourquoi contrôler vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place? » Réponse immédiate. « Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regarde ! « Justement ça me regarde. Je trouve votre attitude discriminatoire. » Regard incrédule. « Tes papiers ! » « Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture. » « Mets-lui les menottes ! » « Mais vous n'avez pas le droit de. » Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres. « Tu vas voir si on n'a pas le droit.» Et brusquement la scène a dérapé.
Ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon amie, ma fille, ses camarades et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé choqués alors qu'ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces les bras en arrière comme un poulet désarticulé et m'enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m'ont relevé et m'ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m'a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs.
J'ai hurlé : « Vous n'avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras ! » « Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos je te dis, plus vite, arrête de gémir ! » Et ils me frottent la tête contre les pavés me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre. La foule horrifiée s'écarte sur notre passage. Mon amie essaie de me venir en aide et se fait violemment repousser. Des gens s'indignent, sifflent, mais personne n'ose interrompre cette interpellation d'une violence inouïe. Je suis traîné au sol et malmené jusqu'à leur fourgonnette qui se trouve à la Place de l'Horloge, 500 m . plus bas.
Là, ils me jettent dans le véhicule, je tente de m'asseoir et le plus grand de mes agresseurs (je ne peux pas les appeler autrement), me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l'autre sur la cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer.
« S'il vous plait, n'appuyez pas comme ça, vous me coupez la circulation. »
« C'est pour ma sécurité. »
Et toute leur compagnie de rire de ce bon mot.
Jusqu'au commissariat de St Roch, le trajet est court mais il me semble interminable. Tout mon corps est meurtri, j'ai l'impression d'avoir le poignet brisé, les épaules démises, je mange la poussière. On m'extrait du fourgon toujours avec autant de délicatesse. Je vous passe les détails de l'interrogatoire que j'ai subi dans un état lamentable.
Je me souviens seulement du maquillage bleu sur les paupières de la femme qui posait les questions.
« Vous êtes de quelle nationalité ? »
« Suisse. »
« Vous êtes un sacré fouteur de merde »
« Vous n'avez pas le droit de m'insulter »
« C'est pas une insulte, la merde » (Petit rire.)
C'est fou comme la mémoire fonctionne bien quand on subit de pareilles agressions. Toutes les paroles, tout les détails de cette arrestation et de ma garde à vue resterons gravés à vie dans mes souvenirs, comme la douleur des coups subis dans ma chair.
Je remarque que l'on me vouvoie depuis que je ne suis plus entre les griffes des CRS. Mais la violence physique a seulement fait place au mépris et à une forme d'inhumanité plus sournoise. Je demande que l'on m'ôte les menottes qui m'ont douloureusement entaillé les poignets et que l'on appelle un docteur. On me dit de cesser de pleurnicher et que j'aurais mieux fait de réfléchir avant de faire un scandale. Je tente de protester, on me coupe immédiatement la parole. Je comprends qu'ici on ne peut pas s'exprimer librement.
Ils font volontairement traîner avant de m'enlever les menottes. Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite. Fouille intégrale. On me retire ce que j'ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte.
« Enlevez vos vêtements ! »
J'ai tellement mal que je n'y arrive presque pas.
« Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d'oreille ! »
J'essaye de l'ôter sans y parvenir.
« Je ne l'ai pas enlevée depuis des années. Elle n'a plus de fermoir. »
« Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l'enlever, c'est tout ! »
Je force en tirant sur le lobe de l'oreille, la boucle lâche.
« Baissez la culotte ! »
Je m'exécute.
Après la fouille ils m'amènent dans une petite cellule de garde à vue.
4m de long par 2m de large. Une petite couchette beige vissée au mur. Les parois sont taguées, grattées par les inscriptions griffonnées à la hâte par les détenus de passage. Au briquet ou gravé avec les ongles dans le crépis. Momo de Monclar, Ibrahim, Rachid.. chacun laisse sa marque .
L'attente commence. Pas d'eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Les murs et le sol sont souillés de taches de sang, d'urine et d'excréments. Un méchant néon est allumé en permanence. Le temps s'étire. Rien ici qui permette de distinguer le jour de la nuit.
La douleur lancinante m'empêche de dormir. J'ai l'impression d'avoir le coeur qui pulse dans ma main. D'ailleurs alors que j'écris ces lignes une semaine plus tard, je ne parviens toujours pas à dormir normalement.
J'écris tout cela en détails, non pas pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m'est arrivé est tristement banal, que plusieurs fois par jour et par nuit dans chaque ville de France des dizaines de personnes subissent des traitements bien pires que ce que j'ai enduré. Je sais aussi que si j'étais noir ou arabe je me serais fait cogner avec encore moins de retenue. C'est pour cela que j'écris et porte plainte. Car j'estime que dans la police française et dans les CRS en particulier il existe de dangereux individus qui sous le couvert de l'uniforme laissent libre cours à leurs plus bas instincts.
(Évidemment il y a aussi des arrestations justifiées, et la police ne fait pas que des interventions abusives. Mais je parle des dérapages qui me semblent beaucoup trop fréquents.)
Que ces dangers publics sévissent en toute impunité au sein d'un service public qui serait censé protéger les citoyens est inadmissible dans un État de droit. J'ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu'un de profondément non-violent, par conviction, ce type de mésaventure me renforce encore dans mes convictions, mais si je ne disposais pas des outils pour analyser la situation je pourrais aisément basculer dans la violence et l'envie de vengeance. Je suis persuadé que ce type d'action de la police nationale visant à instaurer la peur ne fait qu'augmenter l'insécurité en France et stimuler la suspicion et la haine d'une partie de la population (des jeunes en particulier) face à la police. En polarisant ainsi la population on crée une tension perpétuelle extrêmement perverse.
Comme je suis un homme de culture et de communication je réponds à cette violence avec mes armes. L'écriture et la parole. Durant les 16h qu'a duré ma détention (avec les nouvelles lois, on aurait même pu me garder 48h en garde à vue), je n'ai vu dans les cellules que des gens d'origine africaine et des Gitans. Nous étions tous traités avec un mépris hallucinant. Un exemple, mon voisin de cellule avait besoin d'aller aux toilettes. Il appelait sans relâche depuis près d'une dem-heure, personne ne venait. Il s'est mis à taper contre la porte pour se faire entendre, personne. Il cognait de plus en plus fort, finalement un gardien exaspéré surgit. »Qu'est ce qu'il y a ? »
« J'ai besoin d'aller aux chiottes. »
« Y a une coupure d'eau. »


«Mais j'ai besoin. »
« Y a pas d'eau dans tout le commissariat, alors tu te la coinces, pigé. »
Mon voisin qui n'est pas seul dans sa cellule continue de se plaindre, disant qu'il est malade, qu'il va faire ses besoins dans la cellule.
« Si tu fais ça on te fait essuyer avec ton t-shirt. »
Les coups redoublent. Une voix féminine lance d'un air moqueur : « Vas-y avec la tête pendant que tu y es. Ca nous en fera un de moins. »
Éclats de rire dans le couloir comme si elle avait fait une bonne plaisanterie.
Après une nuit blanche vers 9h du matin on vient me chercher pour prendre mes empreintes et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. La dame qui s'occupe de cela est la première personne qui me parle avec humanité et un peu de compassion depuis le début de ce cauchemar.
« Hé bien, ils vous ont pas raté. C'est les CRS, ah bien sûr. Faut dire qu'on a aussi des sacrés cas sociaux chez nous. Mais ils sont pas tous comme ça.»
J'aimerais la croire. Un officier vient me chercher pour que je dépose ma version des faits et me faire connaître celle de ceux qui m'ont interpellé. J'apprends que je suis poursuivi pour : outrage, incitation à l'émeute et violence envers des dépositaires de l'autorité publique. C'est vraiment le comble. Je les aurais soi-disant agressés verbalement et physiquement. Comment ces fonctionnaires assermentés peuvent-ils mentir aussi éhontément ? Je raconte ma version des faits à l'officier. Je sens que sans vouloir l'admettre devant moi, il se rend compte qu'ils ont commis une gaffe.
Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré. J'erre dans la ville comme un boxeur sonné. Je marche péniblement. Un mistral à décorner les boeufs souffle sur la ville. Je trouve un avocat qui me dit d'aller tout de suite à l'hôpital faire un constat médical. Je marche longuement pour parvenir aux urgences où je patiente plus de 4 heures pour recevoir des soins hâtifs. Dans la salle d'attente, je lis un journal qui m'apprend que le gouvernement veut supprimer 200 hôpitaux dans le pays, on parle de couper 6000 emplois dans l'éducation. Sur la façade du commissariat de St Roch j'ai pu lire qu'il allait être rénové pour 19 millions d'Euros. Les budgets de la sécurité sont à la hausse, on diminue la santé, le social et l'éducation. Pas de commentaires.
Je n'écris pas ces lignes pour me faire mousser, mais pour clamer mon indignation face à un système qui tolère ce type de violence. Sans doute suis-je naïf de m'indigner. La plupart des Français auxquels j'ai raconté cette histoire ne semblaient pas du tout surpris, et avaient connaissance de nombreuses anecdotes du genre. Cela me semble d'autant plus choquant. Ma naïveté, je la revendique, comme je revendique le droit de m'indigner face à l'injustice. Même si cela peut paraître de petites injustices. C'est la somme de nos petits silences et de nos petites lâchetés qui peut conduire à une démission collective et en dernier recours aux pires systèmes totalitaires. (Nous n'en sommes bien évidemment heureusement pas encore là.)
Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la Place de Papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins qui ont accepté d'écrire leur version des faits qui corroborent tous ce que j'ai dit. Ils certifient tous que je n'ai proféré aucune insulte ni n'ai commis aucune violence. Les témoignages soulignent l'incroyable brutalité de l'intervention des CRS et la totale disproportion de leur réaction face à mon intervention.
J'ai essayé de retrouver des images des faits, mais malheureusement les caméras qui surveillent la place sont gérées par la police et, comme par hasard, elles sont en panne depuis début juillet. Il y avait des centaines de personnes sur la place qui auraient pu témoigner, mais le temps de sortir de garde à vue, de me faire soigner et de récupérer suffisamment d'énergie pour pouvoir tenter de les retrouver. Je n'ai pu en rassembler qu'une douzaine. J'espère toujours que peut être quelqu'un aura photographié ou même filmé la scène et que je parviendrai à récupérer ces images qui prouveraient de manière définitive ce qui c'est passé.
Après 5 jours, soudain, un monsieur africain m'a abordé, c'était l'un des musiciens qui avait été interpellé. Il était tout content de me retrouver car il me cherchait depuis plusieurs jours. Il se sentait mal de n'avoir rien pu faire et de ne pas avoir pu me remercier d'être intervenu en leur faveur. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m'a dit qu'il habitait Grenoble, qu'il avait 3 enfants et qu'il était français. Qu'il viendrait témoigner pour moi. Qu'il s'appelait Moussa Sanou. « Sanou , c'est un nom de l'ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ? » « Oui. » Nous nous sommes souris et je l'ai salué dans sa langue en Dioula. Il se trouve que je vais justement créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l'auteur Mozambicain Mia Couto s'appellera « Chaque homme est une race » et un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou. Coïncidence ? Je ne crois pas.
Je suis content d'avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore. La pièce commence par ce dialogue prémonitoire. Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : « Ma race c'est moi. » Invité à s'expliquer il ajouta "Ma race c'est celui que je suis."
Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, monsieur le policier.
Patrick Mohr, 28 juillet 2008