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dimanche 13 juin 2010

Erdogan, le nouveau héros du monde islamique

par Kourosh ZIABARI, 8/6/2010. Traduit par  Isabelle Rousselot et édité par Chloé Meier, TlaxcalaOriginal : Erdogan, the new hero of Islamic world
Recep Tayyip Erdoğan, le Premier ministre turc, a suscité l'admiration internationale après avoir courageusement fulminé contre les dirigeants de Tel Aviv, leur reprochant le massacre des militants pacifistes à bord de la Flottille de la Liberté. Ce convoi d'aide humanitaire se dirigeait vers la bande de Gaza afin de briser le blocus qui dure depuis trois ans dans cette enclave dévastée par la guerre.

Assiégée, la bande de Gaza se bat depuis trois ans contre une situation sociale et économique qui se détériore, et elle a besoin de toute urgence d'une aide humanitaire pour se sortir de la crise à laquelle elle doit faire face. Plus de 80 % de sa population, qui compte 1,5 millions de personnes, vit en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage y atteignait 41,3 % en 2008. Selon le World Food Program (le Programme alimentaire mondial) des Nations Unies, environ 70 % des Gazaouis vivent dans une précarité alimentaire et la grande majorité d'entre eux est dépendante de l'assistance des Nations Unies pour couvrir ses besoins élémentaires.

Dessin d'Ali Kahlil, Bahreïn
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 98 % des activités industrielles à Gaza ont été stoppées et le blocus de l'enclave imposé par Israël depuis 2007 a donné lieu à une grave pénurie de carburant, d'argent, de gaz destiné à la cuisine et d'autres approvisionnements fondamentaux.

L'opération militaire menée par Israël à Gaza fin 2008 et début 2009 a provoqué la destruction de plus de 7 500 maisons palestiniennes et le déplacement de plus de 3 500 familles. Comme Tel Aviv empêche l'entrée de matériel d'infrastructure et de construction, les maisons détruites n'ont pas pu être reconstruites et ces 3 500 familles sont toujours sans toit et sans protection. Selon Sameh Habeeb, journaliste et photographe indépendant qui vit à Gaza, les forces israéliennes ont lancé une attaque massive contre les infrastructures de Gaza en juin 2006, après l'emprisonnement d'un soldat israélien, Gilad Shalit, par le Hamas. Shalit est le seul prisonnier israélien incarcéré dans les prisons des autorités palestiniennes, alors que le régime d'Israël détient 7 383 prisonniers palestiniens, dont 340 enfants.

Habeeb rapporte que le pont principal qui relie les zones sud et nord de Gaza a été entièrement détruit lors de l'assaut israélien, de même que l'unique centrale électrique de la bande de Gaza, prise pour cible par un escadron de F16 lors d'un raid sur la ville. Autre construction vitale pour Gaza que les forces israéliennes ont totalement détruite: salah El-Din, la seule autoroute importante de la région. Bien que le gouvernement japonais ait proposé un plan pour la reconstruire, Israël ne n'a jamais donné son feu vert.

Jusqu'à présent, Tel Aviv a bloqué tous les efforts internationaux pour rebâtir Gaza et rénover ses infrastructures en ruine. La majorité des Gazaouis sont privés d'installations sanitaires, d'électricité, d'une éducation correcte, d'eau potable et de denrées alimentaires suffisantes.

Le Premier ministre turc avait déjà déploré précédemment qu'Israël ne permette pas l'entrée dans la bande de Gaza de matériels de construction. « Israël n'autorise toujours pas la reconstruction. La Turquie n'est pas autorisée à construire des écoles, des maisons, des hôpitaux. Les Israéliens laissent entrer de la nourriture et des médicament, mais c'est tout » a-t-il déclaré au Philadelphia Inquirer en 2009.

Précurseur des transformations politiques et de la révolution idéologique en Turquie, Recep Tayyip Erdoğan qui a accédé au pouvoir en raison des origines musulmanes du parti AKP, a engagé de sérieux efforts ces dernières années pour défendre la cause du peuple palestinien. Il est devenu un franc détracteur du régime israélien et a fustigé Tel Aviv à de multiples occasions. En 2009, il a inspiré une admiration mondiale en quittant le débat télévisé organisé dans le cadre du Forum Economique Mondial de Davos (Suisse) et auquel participait également Shimon Peres. Faisant référence au massacre des citoyens palestiniens dans la guerre de Gaza, Erdoğan a accusé le Président israélien de « tuer des gens », puis il est sorti de la pièce furieux, sous les yeux du secrétaire des Nations Unies, le Général Ban Ki Moon, reprochant au modérateur du débat de ne pas l'avoir autorisé à répondre aux fausses déclarations de Shimon Pérès.

Annulant sa visite en Amérique Latine suite aux récents événements qui se sont produits dans la bande de Gaza, Erdoğan a déclaré devant le parlement de Turquie qu'Israël devrait être sévèrement puni pour le meurtre des militants pacifistes dans les eaux internationales : « Le massacre perpétré par Israël sur les bateaux amenant une aide humanitaire à Gaza mérite la réprobation et la condamnation. »

  Ô Khalid des Turcs, redonne vie au Khalid des Arabes*!
Recep Tayyip Erdoğan
Dessin d'
Emad Hajjaj, alias Mahjoob, Jordanie
Tentant d'interpeller la minorité juive de Turquie, Erdoğan a laissé entendre que la réponse de son pays à de tels actes serait ferme et sans complaisance: « L'amitié de la Turquie est solide, mais d'un autre côté, son inimitié est violente. Personne ne doit tester la patience de la Turquie. La nation turque entretient une relation historique d'amitié et de collaboration avec le peuple juif. Ici, en Turquie, les juifs comprennent qui est le véritable responsable de ces évènements.»

Quant au message adressé par Erdoğan à Israël, il est sans ambiguïté: « Le régime sanglant, aujourd'hui au pouvoir en Israël, doit absolument être puni. Même les pirates et les bandits ne touchent pas aux gens non armés, ni aux enfants, ni aux personnes âgés. Eux l'ont fait. Qui plus est, ils tentent, sans aucune honte, de se justifier." La Turquie, qui a annulé ses exercices militaires conjoints avec Israël, est le seul État musulman à maintenir tous ses liens diplomatiques avec Tel Aviv. Les parlementaires ont appelé le gouvernement à prendre des mesures concrètes pour réduire les liens avec le régime sioniste; le gouvernement paraît favorable à de telles mesures. Il semble que seuls le tourisme et les transactions financières avec Israël - qui profitent à la Turquie - retiennent Ankara de se détacher de Tel Aviv. Selon le Ministre turc de la culture et du tourisme, les citoyens israéliens représentent plus de 2,1 % des 20 millions de touristes qui visitent le pays annuellement.

Erdoğan , qui a avertit fermement Israël que celui-ci risquait de perdre l'un de ses meilleurs amis du Moyen Orient, est en train de gagner une popularité croissante dans le monde musulman grâce à ses récentes déclarations au sujet du régime israélien. Le 2 juin 2010, Reuters a publié un article intitulé « La tension en Israël stimule la popularité de la Turquie auprès des Arabes », consacré à l'estime grandissante pour le Premier ministre turc. On peut y lire : « Déjà populaire pour sa défense de la cause palestinienne, le Premier ministre turc, Tayyip Erdoğan, a suscité une nouvelle vague de sympathie en appelant à ce que l'État juif soit puni pour le raid en mer. Le Conseil de Sécurité de l'ONU a condamné la tuerie. »En fin de compte, en tant que régime globalement haï, Israël semble apporter la popularité et la renommée à ceux qui contestent sa politique et ses actions unilatérales, hypocrites et épouvantables.

* Ghazi Khalid ibn al-Walid (592-642), aussi connu sous le nom de Sayfu al-Läh al-Masiül (l'épée brandie de Dieu), était un Sahabi - un compagnon du Prophète Mohammed - d'une grande intelligence dans l'art de la guerre et l'un des commandants les plus brillants de l'histoire. Il a été particulièrement remarqué pour ses tactiques et ses prouesses militaires lorsqu'il était à la tête des forces du Prophète Mohamed, puis  de celles de ses successeurs immédiats, les premiers Califes  Rashidun (bien-guidés), Abou Bakr et Omar. C'est sous son commandement que l'Arabie, pour la première fois dans l'histoire, a été unie sous une seule entité politique, le califat.


  Baker Alhashki, Jordanie
 

mardi 2 février 2010

Israël et l’Allemagne : deux victimes, l’une sacrée, l’autre damnée (Le discours de Shimon Peres au Bundestag)

par صبحي حديدي  Subhi  HADIDI, 28/1/2010. Traduit par  Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original :
إسرائيل والمانيا: ضحية مقدّسة واخرى رجيمة
Le discours prononcé par le président israélien Shimon Peres devant le Bundestag le 27 janvier a été qualifié d’historique pour plusieurs raisons, en premier lieu parce qu’il s’agissait d’une première du genre dans l’histoire des relations israélo-allemandes du côté de l’État hébreu. La Chancelière Angela Merkel s’était adressée à la Knesset fin mars 2007, précédée par le Président allemand Johannes Rau, en 2000, qui avait demandé pardon pour les crimes commis par l’Allemagne nazie contre les Juifs.REUTERS PICTURES
 
Mais le discours de Peres est « historique » pour une autre raison, purement linguistique et culturelle cette fois-ci. C’est qu’il a parlé en hébreu et qu’aucun parlementaire allemand n’a quitté la salle pour protester, comme l’avaient fait une poignée de membres de la Knesset, qui avaient refusé d’écouter Merkel parler en allemand et avaient exigé qu’elle parle hébreu !

Et pourtant Merkel était allée plus loin que tout autre ami occidental d’Israël, y compris les politiciens US, en affirmant que toute menace pour l’existence d’Israël est une menace pour l’existence de l’Allemagne. Le membre de la Knesset Arieh Eldad avait déclaré que l’allemand avait été la dernière langue entendue par ses grands-parents avant leur assassinat et que l’ordre d’exécution avait été donné en allemand : « je ne suis donc pas prêt à l’entendre au sein de la Knesset ».

Bien que la chancelière allemande, au cours de la même visite, ait infligé insultes sur insultes aux Palestiniens, peuple et gouvernement, et ait fait de la libération du soldat israélien Gilad Shalit
l’unique thème de sa rencontre avec Mahmoud Abbas, elle n’était pas sortie indemne de cette visite.
Puisque le discours de Peres coïncidait avec la Journée internationale de commémoration des victimes de l’Holocauste, il a insisté sur la nécessité que les Allemands fassent leur devoir pour traquer les criminels nazis encore en liberté de par le monde ; car la mémoire ne concerne pas que les victimes, mais elle doit être un avertissement  face aux conséquences tragiques d’une inaction à l’égard des crimes commis et la poursuite par la justice de ces criminels n’est pas un acte de vengeance mais une « leçon  éducative pour les générations de jeunes d’aujourd’hui, pour qu’ils se souviennent et n’oublient jamais : ils doivent savoir ce qui s’est passé et être convaincus qu’il n’y d’autre option que la paix, la réconciliation  et l’amour.
Regardez l’homme qui prononce ces paroles tendres, émouvantes et affectueuses. C’est le Président  du même pays qui a commis il y a à peine un an des dizaines de massacres barbares à Gaza, en utilisant des armes de destruction massive, que même les nazis les plus sanguinaires auraient eu honte de commettre. Ce n’est pas tout, il y a plus : Shimon Peres était Premier ministre d’Israël quand la barbarie israélienne a commis le massacre de Qanaa, au Liban, en 1996, aboutissant au martyre de 106 civils, vieillards, femmes et enfants, et faisant 350 blessés, alors que ces victimes se trouvaient dans un refuge officiel  de l’ONU. Ce massacre étai prémédité, selon l’ enquête d’Amnesty International et le rapport courageux du journaliste britannique Robert Fisk.

Shimon Peres, l’homme qui a ordonné ce crime de guerre à Qanaa, est resté à l’abri de toute interpellation interne – à l’intérieur de la « démocratie israélienne » - ou externe, de la part d’organismes internationaux qui émergent parfois de leur léthargie pour demander des comptes sur les crimes de guerre. Au contraire, il a exercé de hautes charges, il a changé de parti et a versé des larmes de crocodile et le voilà aujourd’hui en train de pleurnicher sur le Bien et de demander l‘éradication du Mal. Cette mise en scène, la plus proche de la pornographie de la compassion dans sa forme la plus vulgaire, n’est pas nouvelle de la part de cet homme et de l’État qu’il préside ou de l’industrie de l’Holocauste dans son ensemble, industrie qui a été fabriquée par les institutions  officielles israéliennes ou par les organisations et groupes de pression sionistes à travers le monde.
Norman Finkelstein explique comment Israël utilise l'Holocauste à un soldat israélien qui porte sur son casque l'inscription :"Je suis une victime". Dessin de Carlos Latuff, Brésil, 2003
Et puisque c’est de l’Allemagne que nous parlons aujourd’hui, rappelons-nous la campagne d’intimidation idéologique menée par l’un de ceux qui ont été le plus engagés dans la fabrication de l’Holocauste, Daniel Jonah Goldhagen, contre Norman Finkelstein (le célèbre historien et universitaire, juif descendant d’une famille de survivants de l’Holocauste) et Ruth Bettina Birn (l’historienne et chercheuse responsable du dossier des crimes de guerre au ministère canadien de la Justice). Pour ceux qui ne le connaissent pas, Goldhagen est l’auteur d’un livre de 619 pages [en français, il ne fait que 579 pages, NdT] dont le titre est : « Les bourreaux volontaires de Hitler-Les Allemands ordinaires et l’Holocauste » et sa thèse repose uniquement sur l’affirmation catégorique que l’Allemagne dans son ensemble – pays, peuple et culture – est responsable de l’Holocauste et que ce qu’on peut dire sur l’Allemagne ne peut être dit sur aucune autre nation. La nation allemande, c’est l’Holocauste, et si elle n’avait pas existé, il n’y aurait jamais eu d’Holocauste. Le crime de Finkelstein et de Birn a été de réduire à néant d’une manière scientifique calme la thèse de Goldhagen dans une revue sérieuse publiée par l’Université de Cambridge, The Historical Journal, qui avait proposé à Goldhagen un droit de réponse mais celui-ci avait préféré répondre par l’intermédiaire d’un cabinet d’avocats !

Norman Finkelstein vu par Carlos Latuff : Le mur de "sécurité" israélien :"Pourquoi ne pas l'appeler par son véritable nom ?"

Toujours concernant l’Allemagne, qu’arriverait-il si l’Allemagne honorait ses victimes - les civils, les non-combattants, les innocents - tombées durant la Deuxième Guerre mondiale ? Et où est le problème si l’Allemagne a décidé d’édifier un centre de documentation et un musée pour enregistrer ces détails horribles et les rendre accessibles à la mémoire collective ?

Un tel projet ne doit-il pas être inscrit dans les droits nationaux de tous les peuples du monde ? Plus, ne doit-il pas faire partie intégrante des droits des peuples à leur histoire ?

Ce n’était pas l’avis des cercles sionistes internationaux, qui ont lancé une autre violente campagne contre le projet, et particulièrement contre Mme Erika Steinbach, éminente politicienne allemande et présidente de la Fédération des expulsés (Bund der Vertriebenen), qui défend les intérêts des millions de  personnes chassées de chez elles, non seulement en Allemagne mais partout dans le monde. Il n’était pas difficile de deviner la raison de l‘indignation des sionistes : la vieille histoire du monopole cosmique de la victimitude, en faisant bande à part et en marginalisant et écrasant toute autre victime en dénigrant, si possible, sa souffrance.

Nous avons lu par exemple ce qu’a écrit l’historien israélien  Gilad Margalit : « Le but des cercles conservateurs allemands est d’instaurer une journée commémorative pour célébrer la période nazie mais c’est une mémoire libérée de la notion de culpabilité véhiculée par la victime juive, et bien que la démarche ne soit pas un déni de l’Holocauste, elle tend à le mettre sur le même plan que les persécutions subies par les Allemands. »

Le même Margalit, un historien modéré, a titré de manière provocative son article : « L’augmentation de la ‘souffrance’ allemande », en mettant souffrance entre guillemets, une manière de la nier. Mais en réalité les faits historiques donnent les chiffres suivants sur les citoyens allemands expulsés de pays où ils résidaient : de 2 à 3,5 millions de Pologne, 2,3 millions de Tchécoslovaquie, environ 1 million d’URSS, 400 000 de Hongrie, 300 000 de Roumanie, et environ 1 million de diverses autres régions d’Europe orientale. Il s’agit là d’estimations basses, les associations d’expulsés parlent, elles, de 15 millions d’Allemands expulsés.

Ceux-là ne méritent-t-ils pas de mémoire, pour ne pas parler d’indemnités et de réhabilitation comme pour les Juifs ?

Margalit ne semble pas être d’accord avec cette évidence simple, car il se méfie toujours des intentions de Mme Steinbach, qui aspire, selon lui, à l’affaiblissement de la mémoire de l’Holocauste plus qu’au renforcement de la mémoire des victimes allemandes, bien que le projet de Centre de la mémoire des expulsés mette les Juifs en tête des victimes de cette pratique inhumaine. Margalit s’arrête en particulier à la position « extrémiste » de Steinbach, à laquelle il fait dire que « l’expulsion des Allemands a été programmée avant la guerre et qu’il ne faut donc pas l’analyser comme une conséquence de la lutte contre le nazisme, mais la voir comme un crime en soi. Plus, Steinbach prétend avoir des preuves tangibles de ce que 2,5 millions Allemands expulsés sont morts sous la torture, de travaux forcés ou de viol. » Comment peut-elle avoir l’audace d’avancer un chiffre représentant la moitié de celui des victimes juives de l’Holocauste ?

Un autre enjeu de mémoire tragique est le bombardement massif par les Alliés des villes, villages et infrastructures allemands, comme s’ils avaient voulu punir le peuple allemand dans son ensemble, après la chute du IIIème Reich. Cette campagne n’est pas impulsée exclusivement par la Fédération des expulsés et ceux qui la soutiennent dans les milieux conservateurs allemands, comme le prétend Margalit, mais on y retrouve aussi bien des journalistes, des gens de gauche comme le grand romancier Günter Grass, lauréat du Prix Nobel, des politiciens libéraux comme Hans-Dietrich Genscher et des écrivains comme Jörg Friedrich, l’auteur du livre d’images sur les bombardements de l’Allemagne, Brandstätten, qui estime qu’il n’y a pas de différence morale entre Hitler et Churchill.

La position de Margalit en rappelle une autre, plus connue, celle d’Elie Wiesel, écrivain, universitaire et lauréat du prix Nobel, qui préfère le titre honorifique de « doyen des victimes de l’Holocauste » et sur lequel personne ne peut rivaliser avec lui.

Né en Roumanie en 1928, il fut déporté avec d’autres Juifs à Auschwitz et il fut parmi les rares survivants. Il a vécu entre Paris et New York, travaillant comme correspondant du journal israélien Yehdiot Ahronot. Il a obtenu la nationalité US et est devenu enseignant universitaire, obtenant le Prix Nobel de la Paix en 1986. Unique détenteur du titre de « doyen des victimes de l’Holocauste », Wiesel a refusé toute comparaison entre les cadavres brûlés à Sarajevo et ceux brûlés à Auschwitz, tout comme il a refusé l’utilisation, même métaphorique, des expressions « nouvel Holocauste » ou « nouvel Auschwitz » pour décrire les atrocités serbes en Bosnie-Herzégovine. Et pour lever tout doute, il s’est rendu à Sarajevo pour supplier les journalistes d’arrêter de galvauder la terminologie sacrée !

Et comme Goldhagen l’a fait contre Finkelstein, Wiesel a abreuvé d’insultes une longue listes de Juifs ayant exprimé leurs sympathies avec les souffrances des Palestiniens sous l’occupation israélienne, après Oslo I et II, et non pas avant, comme certains pourraient le penser.

Parmi ses victimes il y a Jean Daniel, le célèbre journaliste français juif, directeur du Nouvel Observateur, qui continue à critiquer l’État hébreu, même en ces jours difficiles, et c’est là le plus grand péché que l’on puisse commettre, dans l’esprit de Wiesel.

Ainsi donc, avant de lire le Kadish, et de pleurnicher de nouveau sur l’amour et la fraternité entre les peuples, Peres s’est livré à des variations de cette culture holocaustique élaborée par Goldhagen, Margalit, Wiesel et des dizaines d’écrivains, de théoriciens et de politiciens sionistes dans leur sillage. Les victimes de l’Holocauste n’ont pas de semblables et il est interdit de trouver quoi que ce soit qui y ressemble, même si leurs enfants et petits-enfants se sont transformés en assassins et criminels de guerre ! 
Source :

jeudi 27 novembre 2008

Surpris au lit avec le Diable - L'establishment britannique et Shimon Peres

par Gilad ATZMON
Caught in Bed with Evil
Les points de passage vers Gaza sont fermés depuis presque deux semaines, ce qui a provoqué l’arrêt de l’unique centrale électrique du territoire, par manque de fuel. La semaine dernière, l’UNRWA, l’agence de secours et de travaux des Nations unies a épuisée ses stocks alimentaires et a donc interrompu ses distributions de rations à 750 000 des habitants de Gaza.
Bien que l’ont soit désormais au bord de la crise humanitaire à Gaza, les médias occidentaux se gardent bien de rapporter la catastrophe qui s’annonce. Apparemment, il y a des choses bien plus intéressantes à couvrir, beaucoup plus intéressantes que quelques millions de Palestiniens que l’État juif est en train d’affamer.

Toutefois, la presse a eu la bonté de nous informer que le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband a passé cette semaine quelques jours en Israël. Il a été fort occupé par les questions relatives à l’avocat (le fruit, NdT), ainsi qu’à d’autres questions éthiques d’épicerie. Il désirait proposer une méthode plus claire d’étiquetage des produits alimentaires originaires de Cisjordanie occupée qui sont vendus aux consommateurs en Grande-Bretagne. Cela aurait pu, tout aussi bien, être une occasion, pour la Grande-Bretagne et l’Union européenne, de tenter de modérer l’enthousiasme meurtrier d’Israël, mais Miliband n’a pas du tout été à la hauteur, loin de là. En fin de compte, ce Miliband est ce qu’on pourrait appeler un humaniste d’épicerie. Sa pensée morale tourne autour de la bouffe et de la digestion éthique. C’est là, apparemment, la forme la plus dégradée, et probablement la plus basse, de la pensée de gauche. Je veux au moins croire que la gauche ne peut continuer à descendre encore plus bas que ça !

Pourtant, Miliband est une personne dynamique. En raison de l’escalade de la violence dans la région, il s’est rendu à Sderot, accompagné par le ministre israélien de la Défense Barak. Il a carrément soutenu la politique criminelle d’Israël, disant : « Israël doit, par-dessus tout, chercher à protéger ses propres citoyens », et comme si cela ne suffisait pas, il a ajouté : « Si je suis ici, aujourd’hui, à Sderot, c’est parce que Sderot est désormais la ligne de front de la sécurité d’Israël. Il est très important que des pays tel que le mien et d’autres démontrent leur solidarité à l’égard des gens de Sderot, et c’est ce que je fais, ici, aujourd’hui. »
De manière ostensible, Miliband ne s’est pas rendu à Gaza. Il n’a pas non plus mentionné le fait que des pays, dont le sien, devraient exprimer leur « solidarité » avec des millions de réfugiés palestiniens dépossédés, que l’on bombarde et affame pour leur amener à soumission. Bien que Miliband se soucie sincèrement d’avocats et d’alimentation éthique, le fait que des millions de Palestiniens n’aient plus que du sable à manger ne semble pas l’affecter un tant soit peu.

Toutefois, Miliband n’a pas pu rester très longtemps dans la région, car il a dû rentrer précipitamment. À Londres, il est supposé rencontrer rien de moins que le Président israélien, M. Shimon Peres, ce politicien vétéran qui a été le pionnier du projet nucléaire israélien. L’homme qui a introduit les armes de destruction massive au Moyen-Orient, l’homme qui a plus de sang sur les mains que n’importe quel homme politique israélien vivant aujourd’hui (excepté le légumineux Sharon). Miliband devait être à Londres en temps voulu, afin de rencontrer le Président Peres et de dévoiler une plaque commémorative spéciale, au Foreign Office, honorant les diplomates britanniques qui ont aidé à sauver des juifs de l’Holocauste.

Je me demande combien il y aura de diplomates britanniques qui seront honorés pour avoir sauvé ne serait-ce qu’un seul gosse palestinien durant l’Holocauste Israël actuellement infligé aux Palestiniens ? S’il existe de tels hommes politiques et diplomates britanniques, Miliband n’en fera certainement pas partie ! À lire ce qu’il avait à dire aux gens de Sderot, il n’est rien moins qu’un partisan enthousiaste des crimes israéliens institutionnalisés contre l’humanité.

Pendant ce temps, le Président Peres a du bon temps à Londres, cette semaine. Dans le cadre de sa visite, il a tout un programme de rencontres avec la Reine, le Prince Charles, le Premier ministre Gordon Brown, David Miliband, ainsi qu’avec le chef de l’opposition, David Cameron.

On lui remettra la Grand Croix des Chevaliers du très distingué ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, la sixième décoration par ordre d’importance dans le système britannique, servant généralement à honorer des individus ayant rendu des services importants en relation avec des pays étrangers. Apparemment, en Grande-Bretagne, tuer des civils libanais innocents et affamer des millions de personnes, doit être considéré comme un « service important ». En Belgique, en revanche, une activité très similaire est considérée comme un crime contre l’humanité.


Buckingham Palace, 20/11/2008 : La Reine décore Peres de la Grand Croix de Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. Photo AFP/
Getty Images

Le Président Peres doit aussi recevoir un doctorat honoraire du Kings College pour ses efforts visant « à promouvoir la paix au Moyen-Orient ». Je pense que vu l’usage, par Peres, des technologies balistiques contre des civils innocents, un doctorat en physique aurait été plus approprié.

Face à cela, au moment où l’État juif est en train de pratiquer les formes les plus dévastatrices de crimes contre l’humanité, le gouvernement, le Parlement, la famille royale britanniques ainsi qu’une institution universitaire britannique de renom sont, tous, surpris au lit avec rien de moins qu’un boucher nucléaire azimuté.

Je suis très impressionné. Plus que jamais, je suis fier d’être Britannique. Une telle ouverture à l’égard de la vilenie est, probablement, la forme suprême de la gentillesse et de la capacité de pardon britanniques. C’est une chose que je n’avais jamais vu jusqu’ici, dans ma patrie. En observant le Parlement, Miliband et la famille royale, force m’est bien de reconnaître que j’ai encore beaucoup à apprendre en matière de compassion, avant de devenir un authentique citoyen britannique.



Source : Caught in Bed with Evil

Article original publié le 26/11/2008

Sur l’auteur

Traduit par Fausto Giudice , Tlaxcala

Sorprendidos en la cama con el Mal