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mardi 28 août 2012

Le volet agressif du dispositif militaire US d’intervention en Afrique sera basé à Vicence, en Italie

par Antonio Mazzeo , 27/8/2012. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original Il nuovo volto aggressivo di US Army Africa Vicenza

Vicence en Italie sera une étape-clé dans le processus de modernisation stratégique de l’armée US. Dans le but de disposer de troupes de plus en plus polyvalentes, flexibles, rapides et efficaces, le Commandement central de l'armée US a annoncé qu’en mars 2013, une brigade de trois mille hommes sera activée pour opérer en Afrique dans le cadre d'un programme pilote baptisé regional alignment concept.
Ce sera un premier test du nouveau modèle structuré sur des bases rotatoires, ce qui - selon le Pentagone – permettra de disposer à l’avance d’un nombre adéquat de soldats prêts à intervenir pour des "missions de courte durée visant principalement la formation et l'entraînement militaire". La "rotation" de la nouvelle brigade régionale alignée sera dirigée par US Army Africa, la composante terrestre du commandement US pour les opérations en Afrique (Africom), stationnée à Vicence. Comme l’a précisé le porte-parole d’Africom à Stuttgart, au printemps prochain, les militaires de la nouvelle force d’intervention  seront engagés dans plusieurs "tours" en Afrique "pour former les troupes locales au soutien." Chaque intervention durera "de quelques semaines à quelques mois" et "comprendra de multiples missions dans divers endroits." Le concept stratégique des  regionally aligned forces sera ensuite étendu au Moyen-Orient et au Pacifique.
La 2e brigade d'infanterie de combat, appeléDagger Brigade ("Brigade poignard") sera la principale unité utilisée pour les missions "pilote" d’U. S. Army Africa. "Les hommes de la brigade 2/1ID Dagger resteront  à Fort Riley, Kansas, pour une bonne partie du temps où ils seront assignés à Africom",  a déclaré Andrew Dennis, un colonel britannique qui travaille pour l'armée US en tant que chef de division pour la "politique de défense et coopération." "Les équipes qui iront en Afrique pourraient être très petites, à un niveau de compagnies, par exemple. Elles pourraient être impliquées dans des missions de bas niveau ou avec une organisation plus structurée, et participer également à des manœuvres proprement dites. "
 
La nouvelle vision opérationnelle et stratégique de l'armée US a été commentée par Lesley Anne Warner, analyste des affaires africaines du Center for Strategic Studies à Washington. "Pour la première fois depuis qu’a été mis en place le commandement unifié pour l'Afrique en octobre 2008, des forces de combat seront affectées à Africom par rotation, qui seront transférées à partir de bases sur le continent nord-américain vers des sites choisis en  Afrique", écrit Warner. «La mise en œuvre de la Regionally Aligned Brigade  indique que les militaires ont reconnu la nécessité de développer un système plus efficace de gestion de la force et d’expérimenter un concept opérationnel plus réduit et plus léger. Ce faisant, ils tenteront de maintenir une présence mondiale pour faire face aux menaces transnationales, en gardant à l'esprit les leçons tirées du travail avec les forces de sécurité locales en Irak et en Afghanistan au cours de la dernière décennie. "
 
Le concept de la nouvelle brigade régionale permettra également au commandement Africom d'élargir les petites missions en cours, tout d'abord, celles qui sont dirigées par le Commandement des Forces Spéciales - Afrique (SOCAFRICA) et par les Forces de la Marine US - Afrique (MARFORAF). "Un exemple de ces opérations est le déploiement d'une centaine d'hommes des forces spéciales pour la formation et le conseil du groupe d’intervention constitué par  quatre pays, l'Ouganda, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et le Sud-Soudan, qui opère pour capturer le chef de l' Armée de résistance du Seigneur, Joseph Kony ", a ajouté l'analyste au Center for Strategic Studies. "L'autre exemple est la Marine Corps Special Purpose - Air Ground Task Force, la composante spécialisée aérienne et terrestre du corps des Marines, composée d'un peu plus de 200 hommes organisés en petites unités, qui est engagée sur la base de Sigonella, en Italie, dans la conduite d’ opérations de coopération de sécurité et de développement de capacités de riposte pour des crises limitées. "
 
L'activation de la nouvelle brigade US est accompagnée par le renforcement de la capacité d'intervention d'urgence et de projection des  unités de l’U.S. Army Africa stationnées à Vicence. Il y a quelques mois, dans la petite ville de Vénétie  a été activée une petite unité, le Headquarters and Headquarters Battalion, pour fournir des services de soutien logistique à tous les militaires engagés dans le continent africain. Au cours de la première semaine de juin, à Vicence sur la base aérienne d'Aviano, a été testé pour la première fois l’emploi du  Contingency Command Post (Poste de Commandement d’urgence) de la US Army Africa (CCP), le commandement mobile destiné à diriger les futurs instruments de coordination et de communication pour  assurer "des réponses flexibles et variées" aux demandes de «déplacement des détachements, d’assistance humanitaire ou d'évacuation des non-combattants." "Les versions du CCP peuvent être configurées aussi bien en équipe de liaison d’une douzaine de personnes qu’en une véritable task force de commandement conjoint en soutien à plus d'une centaine de personnes pour une opération d’US Africom", a déclaré le sergent-major David Brasher, chef du CCP. "L'exercice mené à Vicence et Aviano a certifié la capacité du Contingency Command de l’ U.S. Army Africa à déployer un commandement avancé avec l’équipement appropriés grâce à l'utilisation d'un avion-cargo C-17. Le CCP est prêt à opérer partout où c'est nécessaire, sur tout le continent africain. Il nous faudra ensuite certifier la bonne combinaison aérienne pour embarquer nos approvisionnements en vue de planifier et d'effectuer de nouvelles missions avec la plus grande efficacité. "
 
photoExercice de déploiement d'un Poste de commandement d'urgence sur la base d'Aviano, juin 2012
(Cliquer sur la photo)

 
Le renforcement opérationnel d’ U.S. Army Africa a été souligné par le général David R. Hogg, chef des forces terrestres stationnées à Vicence jusqu'en août dernier : "Avec toujours plus de soldats, US Army Africa continuera à renforcer ses liens avec l'armée et les gouvernements de la région, enseignant des tactiques de guerre, dispensant de la formation dans le domaine de la logistique et de la santé, et combattant la faim, la maladie et le terrorisme", a dit Hogg. "L'armée US permet actuellement à ses soldats de n’intervenir que dans 46 des 54 États africains en raison des dangers pour leur sécurité. Lors de récentes manœuvres, l'armée US a formé les forces armées ougandaises à ravitailler par voie aérienne les commandos qui dans les forêts donnent la chasse aux rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur, une milice accusée d'avoir commis des atrocités en Afrique centrale. Aujourd'hui, avec l'autorisation du gouvernement de l'Ouganda, une centaine  de militaires et civils US, dont deux équipe  de combat, contrôle, communication et logistique, fournissent  informations, conseils et assistance aux forces armées partenaires qui luttent sur le terrain contre Joseph Kony " .
 
Grâce à un financement du Département d'Etat, les militaires d’U.S. Army Africa sont également en train d’assurer la formation des troupes des pays africains destinées aux missions controversés de maintien de la paix en Somalie et à la "protection des convois" et à "la prévention de dispositifs explosifs improvisés"  dans Corne de l'Afrique. Dans un avenir proche, selon le général Hogg, l'armée US "devra participer à des cours militaires en Afrique, à l'école française de survie dans le désert de Djibouti, et dans la jungle au Ghana et au Gabon."
 
De Stuttgart les commandants  d’AFRICOM précisent cependant ne pas avoir l'intention, à moyen terme, d'établir des "bases permanentes" sur le continent. Aujourd'hui, les USA possèdent en Afrique, un Forward Operating Site «semi-permanent» au Camp Lemonnier (Djibouti), où ont été déployés plus de 2.000 hommes de la Combined Joint Task Force-Horn of Africa (CJTF-HOA). L'infrastructure est utilisée pour les opérations militaires US dans la Corne de l'Afrique, dans le golfe d'Aden et au Yémen et a été louée par le gouvernement local jusqu'en 2015 avec la possibilité d'une prolongation jusqu'en 2020. Une autre base d'opérations avancée d'AFRICOM est l'île d'Ascension, possession britannique dans l'Atlantique Sud. Parmi ses installations et de soutien,  le commandement de Stuttgart énumère ensuite les bases aéronavales de Rota (Espagne) et Sigonella (Sicile), Aruba (Antilles néerlandaises), Souda Bay (Grèce) et Ramstein (Allemagne).
 
Les forces armées US ont également un accès libre à un nombre indéterminé de bases aériennes et de ports en Afrique et ont mis en place une série d'installations prêtes à être utilisées en cas de besoin et habituellement gérées par les armées locales. Appelées par le département de la DéfenseCooperative Security Locations (CSL), elles se trouvent en Algérie, au Botswana, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Mali, en Namibie, à Sao Tomé-et-Principe, en Sierra Leone, en Tunisie, en Ouganda et en Zambie. Africom a également des bureaux de représentation et de liaison aux QG de l'Union africaine en Ethiopie, d’ECOWAS au Nigeria, du Kofi Annan International Peacekeeping Training Center au Ghana et de l’International Peace Support Training Center au Kenya. Selon une étude exhaustive publiée récemment par le Washington Post, l'armée US disposerait en Afrique aussi de quelques bases aériennes pour le décollage d’avions- espions avec ou sans pilote. Le centre qui coordonne le système de renseignement serait au Burkina Faso sous le couvert d'un programme de surveillance secrète au nom de code Creek Sand, une douzaine de militaires et d’agents de sous-traitance US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l’Aéroport International de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de Mauritanie, d’Ethiopie, de Djibouti, du Kenya, d'Ouganda et de  l'archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base top secrète devrait être bientôt activée aussi au Sud-Soudan.
L'excellence guerrière d’U.S. Army Africa Vicence est confirmée par le profil du nouveau commandant nommé il y a moins d'un mois. C'est le général Patrick J. Donahue, venant du Training and Doctrine Command de Langley-Eustis, en Virginie. L'officier supérieur a dirigé de nombreuses unités d'assaut aéroportées et d'infanterie mécanisée, il a été membre de l'équipe qui a planifié les opérations militaires en Irak et, après avoir quitté Bagdad en mai 2003, il a pris le commandement de la 1ère Brigade de la 82ème Division aéroportée à Kandahar, en Afghanistan, en appui à l'opération Enduring Freedom. Après une nouvelle mission en Irak en 2004, en 2005-2006 général Donahue a servi en tant que commandant de la région orientale de la force multinationale en Afghanistan, dirigeant de sanglantes opérations de "contre-insurrection" dans la province de Khost. Maintenant, pour ce militaire, est arrivé le moment d'intervenir sur le "chaud" continent africain.

mardi 9 décembre 2008

Dans le silence général : les commandements naval et terrestre d’AFRICOM s’installeront en Italie

par Campo Antiimperialista, 4/12/2008. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Dans le silence général, le gouvernement Berlusconi a autorisé l’installation de deux des structures d’Africom, le nouveau commandement des forces armées usaméricaines pour les interventions en Afrique, à Naples et à Vicence.

Pour être exact, la composante navale d'Africom sera installée à Naples, où elle peut compter sur les structures de Capodichino, Gricignano et Gaeta, et la composante terrestre utilisera les structures vicentines de Camp Ederle et Dal Molin, tandis que la composante aérienne restera à Stuttgart. En particulier, le choix de Naples permettra l’utilisation de l'aéroport de Capodichino, qui a été étendu pour permettre des escales aux avions de l’US Navy et de l’Air Force, alors que les ports de Naples et de Gaeta sont utilisés en permanence par des unités navales US.

En fin de compte,l'Italie l’a emporté sur l'Espagne, qui, dans un premier temps, semblait avoir été choisie (les Usaméricains choisissent, les Alliés acceptent, à Madrid comme à Rome) pour accueillir les commandements US sur la base navale US de Rota (Cadix).


Mais qu’est-ce qu’Africom ?

Le gouvernement italien, par la voix de M. Frattini, a essayé de présenter cette nouvelle structure comme si elle était consacrée à l'aide humanitaire aux peuples africains, passant allègrement sous silence la nature agressive de ce nouvel instrument de la politique impériale.

Pour le financer, le Congrès US a déjà alloué 226 millions de dollars, et ses objectifs ont été bien décrits par l'Ambassadeur US en Italie, Ronald Spogli: «Les objectifs des nouveaux commandements Africom visent à la sécurité et à l'augmentation de l'aide humanitaire par le biais de quatre activités: la prévention des conflits, la promotion de la croissance économique, le contrôle des flux migratoires et la prévention du terrorisme.»

Ces quatre volets peuvent facilement être traduits par «nous ferons tout pour affirmer nos intérêts économiques et géopolitiques en Afrique » Sans aucun doute Africom est né du désir de parvenir à une présence plus forte et à une politique de contrôle au moins dans les zones stratégiques de l'Afrique, avec trois objectifs centraux: combattre les mouvements de libération et les gouvernements qui ne sont pas asservis, contrer la pénétration des autres puissances (notamment la Chine) dans des pays importants comme le Congo, le Soudan, l’ Angola, pour assurer le contrôle des matières premières (si le brut africain ne représentait en 2001 que 10% des importations usaméricaines, il est maintenant à 15% et devrait atteindre 25% en 2015).

La nature impérialiste de cet instrument est tout à fait claire, mais face à cela et aussi face au fait que l'Italie devient l'avant-poste des opérations militaires contre l'Afrique, la gauche est silencieuse. Quelle meilleure confirmation d'une servilité bipartite maintenant sans frontières ?
D’ailleurs, le même Spogli a voulu mettre en valeur les relations italo-américaines (dans le cadre du G8) pour la formation des forces de «maintien de la paix » et le responsable des interventions de «maintien de la paix" de l'ONU en Afrique n’est autre que l’ancien Premier ministre, Romano Prodi ....
Les mensonges du gouvernement italien sont vraiment gros, mais presque personne ne lui demande de comptes.

Il y a quelque temps, le général William "Kip" Ward, commandant de l'Africom et ancien chef des troupes usaméricaines en Bosnie, avait déclaré : « La base d'Africom sera installée sur le sol africain. » Mais la conviction que les pays africains allaient se battre pour avoir la base sur leur sol de base s’est rapidement envolée, l'Afrique du Sud, l'Algérie, la Libye et le Nigeria ont dit non. Tout comme ont dit non la Southern Africa Development community (organisation des pays de l’Afrique australe), aussi bien que la Cen-Sad (Communaué des États sahélo-sahariens), ou encore la Cedao-Ecowas (Communauté économique de l’Afrique ocidentale). Le seul pays à annoncer sa disponibilité avait été l’insignifiant Libéria.

Eh bien, dans ce contexte, le ministre Frattini a eu le culot de dire « en avoir informé (de la décision italienne d'accueillir le commandement US, NDLR) même les pays africains qui ont exprimé un grand soutien à cette décision » Culot sans limite, mais prix politique zéro, puisque la prétendue opposition parlementaire a l'intention de discuter (en se livrant à des performances grotesques) sur des questions autrement plus "stratégiques" comme la TVA sur Sky. Et vu que l'ancienne gauche arc-en-ciel, tout en étant encore dans un état de confusion, est aussi atteinte du syndrome de l'obamisme et nous savons qu’Obama appuie pleinement le choix d'Africom.

C’est Bush qui avait mis en évidence la vraie mission d'Africom, en disant qu’il servirait à renforcer la coopération contre les forces islamiques. Et pour que tout le monde comprenne, il avait mentionné à cet égard, l'aide offerte à l'Éthiopie contre les tribunaux islamiques en Somalie. Aide qui, il y a deux ans, a permis une occupation qui de toute évidence s’essouffle aujourd'hui face à la force de la guérilla islamique. Ces concepts ont été repris par le général Ward (Adnkronos 26 Novembre), qui a fait savoir que les USA sont prêts à intervenir dans la lutte contre la piraterie le long des côtes somaliennes.

Hier, il y avait les États voyous, les armes de destruction massive, les terroristes plus ou moins islamiques ; voilà maintenant qu’on nous sort un nouvel ennemi nécessaire pour justifier de nouvelles entreprises militaires : les pirates.

Depuis deux jours, nous savons que ces entreprises vers l'Afrique partiront d’Italie, de quoi donner une nouvelle jeunesse au colonialisme tricolore.



Le gouvernement est d'accord, l'opposition aussi, le Parlement n’en discutera peut-être même pas. Ainsi vont les choses dans l’Italie bipolaire.