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jeudi 27 octobre 2011

Tunisie Transit, chroniques d'un pays en transition (6) : Jasmin barbu

Le billet de Hatem Bourial, webdo, 25/10/2011

Les urnes n’ont pas d’état d’âme et, bientôt, le parti “Ennahdha” se prévaudra d’une triple légitimité. Celle du vote populaire d’abord qui confère à ce mouvement une assise incontestable. Légitimité démocratique ensuite, car les élections de l’Assemblée nationale constituante se sont déroulées, selon l’éditorialiste du quotidien “La Presse”, «dans la sérénité, la citoyenneté et une mobilisation électorale jamais égalée dans l’histoire du pays».
Enfin, la légitimité militante du parti “Ennahdha” ne fait aucun doute. Ce qui fut dans le passé le mouvement de la tendance islamique (MTI) peut en effet se prévaloir d’une continuité militante, d’une grande capacité de résistance à la répression et de longues années de clandestinité.
Ainsi, nous savons désormais, pour reprendre un des leitmotivs de la révolution, ce que «le peuple veut…». Nous le savons de manière partielle, mais le verdict final ne devrait pas tarder à tomber et confirmer l’ascendant d’Ennahdha sur l’échiquier politique tunisien.
Ceci était prévisible et ne devrait surprendre personne. Prévisible, car “Ennahdha” a su s’emparer du discours sur la justice sociale et en faire un de ses chevaux de bataille. Prévisible, car la dissolution du RCD ouvrait quasi mécaniquement un boulevard devant ce parti. Prévisible, car la dispersion, la naïveté et l’égoïsme des autres «grandes» formations faisait tout aussi mécaniquement le jeu d’Ennahdha.
Mon propos n’est pas de vous lancer dans une analyse. Ce n’est pas l’esprit de ce billet. Toutefois, je voudrais souligner quelques points pour, comment dire, avoir la conscience tranquille.
En premier lieu, le narcissisme démesuré des chefs des partis laïques a joué un mauvais tour au peuple tunisien. Rongé par l’ambition, revanchards, souvent inconsistants, les ténors de ces mouvements devraient tirer les conséquences de l’échec dans lequel ils ont entraîné leur camp et avoir l’élégance de se retirer.
Leur faute majeure et la suivante : ils ont offert sur un plateau le monopole du discours sur la justice sociale à Ennahdha. Leur faute morale est la suivante : ils ont traité le parti “nahdhaoui” non pas comme un mouvement conservateur qui serait leur adversaire politique, mais comme un ennemi des libertés et une force réactionnaire. Leur faute tactique est la suivante : ils ont produit un discours en décalage avec les réalités du peuple et, en quelque sorte, ont eu l’illusion narcissique d’une démocratie sans le peuple.
Ils sont lourdement sanctionnés, car leurs discours ceux ont été mal reçus partout. Ils ne s’en relèveront que dans le cas où leurs militants respectifs les obligeront à fusionner dans le cadre d’un grand parti débarrassé des ambitions personnelles des chefs actuels.
Ne l’oublions pas : la révolution a été le fait d’une fonction inédite entre la jeunesse, la paysannerie et les nouvelles technologies. Aucun leader n’était impliqué dans cette révolution à laquelle l’UGTT a donné un coup de pouce décisif en appelant à une grève générale le 14 janvier.
Sans vouloir heurter qui que ce soit, une page se tourne aujourd’hui pour plusieurs leaders historiques de l’opposition tunisienne. Il est temps qu’ils laissent les forces vives et les générations montantes s’exprimer. Auront-ils cette sagesse ? J’en doute fort…
Second point que je désire développer : la recomposition du paysage politique va entraîner une nouvelle étape dans la révolution tunisienne. Nous avons connu l’enthousiasme des premiers jours, le chaos des jours suivants puis la confiscation progressive par la classe politique de nos espérances légitimes.
Désormais, la montagne a accouché d’un jasmin barbu et, sous le choc de la défaite, beaucoup de citoyens se disent «Tout ça pour ça ?» et ont peur d’un avenir à l’iranienne. Certains cultivent le cynisme amer au point de proposer d’offrir à “Ennahdha” l’ancien siège du RCD pour y établir son futur quartier général.
En fait, ce qui importe le plus aujourd’hui, c’est la fondation de contrepoids au parti unique en puissance qui pourrait naître, au fil du temps, avec cette victoire électorale d’Ennahdha. Sinon retour à la case départ et peut-être même regrets éternels…
Aujourd’hui, Bourguiba pourrait bien se retourner dans sa tombe. Ses héritiers destouriens ont trahi en s’appropriant exclusivement son projet moderniste pour le mettre au service de desseins mafieux. Et maintenant, la révolution le trahit, car elle omet les nouveaux zeitouniens au cœur du jeu politique.
Car, au fond, tout cela risque de se transformer en une revanche contre l’héritage bourguibien, contre la dictature de la modernité qu’il avait imposée à une société archaïque, contre nos identités plurielles, contre notre ancrage actuel à l’ouest…
Peut-être qu’en 1955, Salah Ben Youssef aurait pu gagner et mener le pays vers une autre voie ? Peut-être allons-nous poursuivre notre révolution à reculons ? Peut-être tournerons-nous nos vestes une nouvelle fois ? Peut-être, peut-être…
Contentons-nous pour l’heure de humer notre jasmin barbu, notre jasmin voilé, notre jasmin fané, flétri, fauché, immolé non par le feu, mais par nos incapacités à être dans le monde.

mardi 25 octobre 2011

Tunisie Transit:, chroniques d'un pays en transition (5) : Connaissez-vous Slimane Rouissi, l’homme qui a lancé la révolution tunisienne ?

Rencontre avec Slimane Rouissi, par Julien Pain et Sarra Grira, France24, 25/10/2011
Les médias ont choisi de porter au pinacle les jeunes blogueurs et les « Twittos » de Tunis qui ont participé à la révolution. Pourtant, c’est par une poignée de quadragénaires de Sidi Bouzid que tout à commencé. L’un de ces militants, inconnu du grand public, revient sur ces quelques mois qui ont changé la Tunisie et le monde arabe. Pour de nombreuses raisons, il a le sentiment qu’on lui a volé sa révolution.


Slimane Rouissi dans les locaux de Reporters Sans Frontières à Tunis

Nous avions rencontré Slimane Rouissi six mois avant la révolution tunisienne. Il nous avait alertés sur la mobilisation de paysans, dans la région de Sidi Bouzid, qui protestaient contre un programme d’expropriations.
Une affaire qui à l’époque n’avait pas été relayée par les médias internationaux car son impact paraissait uniquement local. Il s’avère pourtant que c’est de cette région, et de ce mouvement de protestation, qu’est ensuite née la révolution tunisienne. Car le 17 décembre, lorsque le jeune Mohamed Bouazizi s’immole devant la préfecture de Sidi Bouzid, c’est un petit groupe de syndicalistes, les mêmes qui avaient soutenu les paysans quelques mois auparavant, qui monteront au créneau. Cette poignée d’hommes va alors sciemment utiliser l’affaire Bouazizi pour soulever le peuple dans leur ville. Ils sont toutefois loin d’imaginer que leur mouvement aboutira un mois plus tard à la chute de Ben Ali. Et que près d’un an après, l’onde de choc s’en ferait encore sentir jusqu’au portes de Damas.
Slimane Rouissi est un de ces quelques syndicalistes par qui tout à commencé. La cinquantaine bedonnante et joviale, il ne correspond pas au portrait type du révolutionnaire tunisien dressé par les médias. Avec le recul, on peut pourtant affirmer qu’il a eu une influence déterminante sur cette révolution qui a changé la face du monde.
Notre première question a porté sur l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Les médias ont toujours parlé de cet acte terrible comme de l’étincelle qui a enflammé la région, puis tout le pays. La version de l’incident qui circulait au début de la révolution voulait que Mohamed Bouazizi ait été giflé par une policière et que ce soit ce geste qui a poussé le jeune vendeur ambulant, écœuré par des brimades à répétition, à s’immoler. Pourtant, en avril dernier, la policière censée avoir giflé Bouazizi, Fadia Hamdi, a été innocentée et libérée après quatre mois de prison. J’ai donc demandé à Slimane s’il avait des remords concernant le sort de cette policière, qui n’était pas le monstre qu’on avait dépeint à l’époque.
« Certains ont affirmé que Bouazizi était un ivrogne et un voyou. C’est faux. »
 « Nous n’avons jamais eu l’intention de rendre Fadia Hamdi responsable de la mort de Mohamed Bouazizi. Après tout, elle aussi est en quelque sorte victime de ce système, elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir aux ordres. Il ne faut pas oublier que l’ancien régime harcelait même ses propres fonctionnaires. D’après les informations que j’ai pu recueillir auprès de témoins de la scène, il y a certes eu une altercation entre Mohamed Bouazizi et Fadia Hamdi, mais elle ne l’a jamais frappé. Je pense toutefois que cet épisode n’est qu’un détail et que le plus important demeure le sentiment d’oppression qui a poussé Bouazizi à commettre cet acte.
J’ai rencontré Mohamed Bouazizi le 15 juillet 2010, lors de la mobilisation des agriculteurs de Regueb [dans les environs de Sidi Bouzid].
Son oncle faisait partie des paysans qui ont été privés de leurs terres. Cette histoire est en relation directe avec l’immolation de Bouazizi car ce dernier travaillait depuis 2006 avec son oncle à Regueb et que toute sa famille a été obligée de se déplacer à Sidi Bouzid après cette spoliation. Je connais bien Mohamed, qui était un jeune homme courageux qui n’avait pas froid aux yeux. Certains ont prétendu par la suite que c’était un ivrogne et un voyou. Cela n’est pas vrai et ces rumeurs ne sont que le fait de contre-révolutionnaires ou de soutiens de Fadia Hamdi qui cherchaient à l’innocenter par tous les moyens. Certains se sont  également demandé si Mohamed Bouazizi avait toute sa tête pour commettre un tel acte désespéré. Personnellement, je pense que cette immolation n’était pas tout à fait intentionnelle : Mohamed s’était versé du dissolvant en menaçant de s’immoler si on ne le laissait pas voir le Gouverneur [Préfet]. Il proférait toujours ces menaces en allumant le briquet. Ce n’est qu’une interprétation, mais je pense que Mohamed Bouazizi menaçait de s’immoler, mais n’avait pas réellement l’intention de le faire. »
Nous avons ensuite demandé à Slimane si lui et les syndicalistes de Sidi Bouzid avaient intentionnellement monté en épingle l’affaire Bouazizi. Et comment ils étaient parvenus à faire de cet incident, somme toute mineur, le déclencheur de la révolution.
« Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région. Mais son acte a pu être utilisé car il avait une dimension symbolique »
« Les conditions d’un soulèvement étaient réunies à Sidi Bouzid depuis plus de deux ans. Durant les dernières semaines qui ont précédé le 17 décembre [date de l’immolation de Bouazizi], il y avait des mobilisations quasi hebdomadaires où j’étais présent avec mes camarades militants. Il y a eu par exemple un sit-in d’ouvriers à Meknassi [petite ville de la région de Sidi Bouzid] en juillet 2010. Des travailleurs qui avaient été licenciés sans être payés par un des membres de la famille Trabelsi [la belle-famillle de l’ancien Président Ben Ali]. Mais la mobilisation déterminante demeure sans aucun doute celle des agriculteurs de Regueb. Je considère pour ma part le 15 juillet  comme la véritable date du début de la révolution tunisienne. En tout cas, il faut bien comprendre qu’une révolution n’arrive jamais par hasard.
Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région, il y a eu d’autres cas avant lui. Mais son acte a pu être utilisé par les militants pour enclencher une révolution car il avait une dimension symbolique : il s’était immolé devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid et sa situation était intimement liée à la cause des agriculteurs de Regueb. Dès lors, il a personnifié le cumul des injustices dont beaucoup souffraient comme lui.
Cela fait des années que nous nous mobilisons et nous avons beaucoup appris des événements précédents. Nous avons par exemple retenu des leçons données par les blogueurs iraniens en 2007 et nous avons compris que la toile pouvait être un bon moyen de mobiliser les citoyens. Nous avons aussi tiré des leçons des événements du bassin minier en 2008 [des ouvriers chômeurs s’étaient mobilisés pour dénoncer la corruption et les conditions dans lesquelles ils vivaient. Une mobilisation violement réprimée]. Nous avions expérimenté les limites du régionalisme qui avait fait avorter notre mouvement. De même, les confrontations entre les habitants de Ben Guerden et Dhehiba et les forces de police en août 2010 nous ont appris à mieux faire face à la police. Nous avons compris qu’il fallait être sur le terrain, mais également sur Facebook et Twitter, sans oublier de nouer des relations avec les médias. Ayant conscience de tout cela, nous nous sommes réunis le 24 décembre 2010 à Chebba [petite ville au nord de Sidi Bouzid] au siège du PDP (le Parti Démocrate Progressiste) avec différents militants politiques et syndicalistes. C’était au lendemain de la mort de Mohamed Ammari à Menzel Bouzayane [région de Sidi Bouzid], le premier tué de la révolution. C’est ce jour là que nous avons décrété que cette mort ne passerait pas et que nous irions jusqu’au bout. »
Nous avons ensuite interrogé Slimane sur ces militants qui ont su utiliser l’affaire Bouazizi pour lancer la révolution. Qui sont-ils ? Combien étaient-ils ?
« Les leaders du mouvement se comptaient sur les doigts d’une main. J’en faisais partie. »
« Quand je parle des militants politiques et syndicalistes qui ont lancé le mouvement, je fais référence à un groupe qui ne dépasse pas 50 personnes, mais qui avait une grande capacité de mobilisation. Nous avions acquis une crédibilité auprès des habitants et nous étions écoutés quand on appelait à des actions militantes. Au sein de ce groupe d’une cinquantaine personne, il y avait bien sûr des leaders, qui se comptent sur les doigts d’une seule main. J’en faisais partie. Il y a beaucoup de choses à dire sur la véritable manière avec laquelle nous avons mené cette révolution, comme par exemple sur la façon dont nous sommes parvenus à élargir notre champ d’action et ne pas le cantonner à Sidi Bouzid. Nous avons par exemple encadré les jeunes et leur avons conseillé de se mobiliser de nuit. Mais nous ne pouvons pas encore tout révéler. Les forces contre-révolutionnaires sont encore là et il faut rester prudent. Le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas été réformé et les snipers du RCD sont toujours en liberté. Nos noms sont peut-être méconnus du grand public, mais la police politique elle nous connaît très bien.»

Slimane Rouissi et Julien Pain
Nous avons donc demandé à Slimane comment il vivait la médiatisation des « héros » de Tunis, les blogueurs et les activistes de la capitale qui ont été portés aux nues par les médias ?
« Je ne nie pas la participation de ceux que l’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant »
« Certains sont conscients de l’impact que nous avons eu : au lendemain de la fuite de Ben Ali, je recevais personnellement des messages et des coups de fil d’Egyptiens qui me demandaient conseil pour leur mobilisation contre Moubarak. Mais il y a un jeu politique. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des gens fabriquent des symboles révolutionnaires et les médiatisent. Le fait même de retenir la date du 14 janvier [le départ de Ben Ali] pour cette révolution, au lieu de celle du 17 décembre [l’immolation de Bouazizi] qui en est le point de départ, n’est que de la désinformation. Je ne nie pas la participation de ceux qu’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant. On marginalise les figures qui ont réellement été à l’origine de cette révolution. Nous autres militants de Sidi Bouzid, nous sommes donc aussi marginalisés que notre région. Les médias n’ont pas cherché à nous contacter après le 14 janvier. Pour ma part, je n’ai pas d’ambition politique ou médiatique. Tout ce qui m’importe c’est la réalisation de nos objectifs révolutionnaires.»
Slimane est loin de considérer que la révolution tunisienne a abouti. Et les résultats des élections dans sa région semblent lui donner raison. A l’heure où j’écris cet article, les résultats définitifs n’ont pas été annoncés, mais d’après les estimations, ce sont d’anciens membres du RCD, le parti de Ben Ali, qui sont arrivés largement en tête.
« Les résultats des élections à Sidi Bouzid m’ont choqué et déçu »
« Je n’ai pas voté dimanche car je constate que les forces contre-révolutionnaires sont toujours présentes. Mais je n’ai pas encouragé les gens à boycotter le scrutin. Selon les derniers résultats à Sidi Bouzid, Ennahdha aurait recueilli 25% des et La Pétition populaire 50%. Cette dernière liste est conduite par Hechmi Hamdi, patron de la chaîne privée « Al Mostakella », qui est un ancien du RCD, comme d’ailleurs bon nombre de ses partisans. Les 25% restant reviennent à une liste indépendante conduite par un certain Iléhi, lui aussi ancien membre du RCD.
Ces résultats m’ont choqué et déçu. J’ai fait le tour des villages de la région de Sidi Bouzid : Manzel Bouzayen, Regueb, Wled Haffouz ou Ben Aoun. Là-bas j’ai rencontré des personnes qui avaient voté pour la Pétition parce que son leader promettait 200 dinars [100 euros] de prime aux chômeurs, ou simplement parce qu’il était de Sidi Bouzid et qu’ils ne voulaient pas d’un président qui vienne de la région côtière du Sahel [région dont sont originaires les deux anciens présidents tunisiens]. Et puis la machine du RCD [parti dissout] s’est mise en branle et ses partisans ont encouragé les gens à voter pour cette liste. Enfin, je ne pense pas que les électeurs sachent tous que La Pétition  était une liste d’anciens membres du RCD. Ils ont juste été attirés par ses promesses.»
Alors que Slimane et ses confrères syndicalistes ont réussi à déclencher une révolution il y quelques mois, ils semblent aujourd’hui incapables d’enrayer le retour en force des acolytes de Ben Ali. Comment en si peu de temps ont-ils perdu leur capacité de mobilisation ?
« Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Les leaders ont déserté le terrain »
 « Du temps de Ben Ali, la situation était plus simple : il y avait le peuple contre le RCD et il suffisait d’appeler à manifester pour que les gens viennent. Mais depuis, les leaders de la contestation ont rejoint des partis. Et désormais ils doivent demander la permission de leur organisation pour lancer un mot d’ordre. Il est aujourd’hui impossible de rassembler tout le monde sous une même bannière.
Les leaders de Sidi Bouzid ont déserté le terrain, la rue est désormais orpheline. Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Et je me sens en danger car il y a eu une campagne contre moi. J’ai même été menacé par les milices de l’ancien régime, qui existent toujours. Aujourd’hui, ils me traitent d’agitateur et me demandent de repartir vers ma région, car je suis originaire du sud ouest. Cependant, je reste fermement décidé à ne pas céder à la contre-révolution. Il ne faut surtout pas se laisser abattre. Nous ferons pression sur l’Assemblée constituante pour garantir la réalisation des objectifs de la révolution.
J’ai encore de l’influence aujourd’hui sur les jeunes de Sidi Bouzid et je compte sur eux pour rester vigilants. Les médias ont exporté notre révolution en en faisant un modèle du printemps arabe. Il faut que ses objectifs soient atteints pour qu’on puisse vraiment parler de révolution. »