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mercredi 13 avril 2016

534 militants politiques assassinés en Colombie en cinq ans

Un nouveau rapport publié le 12 avril par l'organisation britannique Justice for Colombia indique pour la première fois le chiffre alarmant de 534 militants politiques tués en Colombie entre 2011 et 2015. Le rapport décrit le meurtre de plus de 90 militants par an, une moyenne de deux par semaine pour les cinq dernières années.
Le rapport Silenciados: el asesinato de los activistas políticos en Colombia (Réduits au silence : l'assassinat des militants politiques en Colombie) a été lancé au Parlement britannique à Londres lors d'un événement organisé par plusieurs députés du groupe parlementaire des Amis de la Colombie.

Les meurtres ont eu lieu dans 26 des 32 départements. Celui d'Antioquia (chef-lieu : Medellin) a été le plus violent dans le pays avec 94 meurtres au cours de ces cinq années, suivi par le Cauca avec 59 cas.
Le rapport de Justice for Colombia rassemble pour la première fois des informations provenant de cinq organisations colombiennes qui ont répertorié la violence contre des militants. Ces organisations sont la CINEP, la CUT, l'ENS, Marcha Patriotica et Somos Defensores.
Mariela Kohon, Directrice de Justice for Colombia a déclaré:
«Il est inacceptable que les militants continuent d'être assassinés en Colombie, en particulier par des groupes paramilitaires. Les chiffres figurant dans ce rapport sont épouvantables, et le fait particulièrement préoccupant est que plus de 300 militants aient été tués depuis le début du processus de paix en 2012. Il est d'une immense importance pour l'avenir de la paix en Colombie que le gouvernement prenne les mesures nécessaires contre les paramilitaires et protège les militants politiques".
Le rapport montre que toutes sortes de militants ont été persécutés en Colombie : la liste des victimes comprend des activistes communautaires, paysans, indigènes, syndicaux, écologistes, membres du mouvement LGBT, outre des militants pour la restitution des terres et les droits des victimes.

Pour plus d'informations contactez SVP Hasan Dodwell, Justice for Colombia à hasan[at] justiceforcolombia.org
Capture 26 de 32 departementos



dimanche 10 avril 2016

Corrido de la muerte de Emiliano Zapata, 10 de abril de 1919

Autor: Armando Liszt Arzubide
Canta: Amparo Ochoa

Escuchen señores,
oigan el corrido
de un triste acontecimiento:
pues en Chinameca
fue muerto a mansalva
Zapata, el gran insurrecto.

Abril de mil novecientos
diecinueve, en la memoria
quedarás del campesino,
como una mancha en la historia.


Campanas de Villa Ayala
¿Por qué tocan tan doliente?
-- Es que ya murió Zapata
y era Zapata un valiente.


El buen Emiliano
que amaba a los pobres
quiso darles libertad;
por eso los indios
de todos los pueblos
con él fueron a luchar.


De Cuautla hasta Amecameca,
Matamoros y el Ajusco,
con los pelones del viejo
don Porfirio se dio gusto.

Trinitaria de los campos
de las vegas de Morelos,
si preguntan por Zapata
di que ya se fue a los cielos.


Le dijo Zapata a don Pancho Madero
cuando ya era gobernante:
-- Si no das las tierras,
verás a los indios
de nuevo entrar al combate.


Se enfrentó al señor Madero,
contra Huerta y a Carranza,
pues no le querían cumplir
su plan que era el Plan de Ayala.


Corre, corre, conejito
cuéntales a tus hermanos
-- ¡Ya murió el señor Zapata,
el coco de los tiranos!...


Montado con garbo
en yegua alazana
era charro de admirar;
y en el coledero
era su mangana
la de un jinete cabal.


Toca la charanga un son
de los meros abajeños;
rueda un toro por la arena,
pues Zapata es de los buenos.


Una rana en un charquito
cantaba en su serenata:
-- ¿Dónde hubo un charro mejor
que mi general Zapata?


Con mucho entusiasmo
aplaude la gente
y hartas niñas concurrieron,
que el jefe Zapata y sus generales
dondequiera se lucieron.


Con jaripeo celebraba
su victoria en la refriega,
y entre los meros surianos,
que es charro, nadie lo niega.


Camino de Huehuetoca
preguntaba así un turpial:
-- Caminante, ¿que se hizo
del famoso caporal?


Nació entre los pobres,
vivió entre los pobres
y por ellos combatía.
-- No quiero riquezas,
yo no quiero honores.


A todos así decía.

En la toma de Jojutla
dice a un mayor de su gente:
-- ¡Tráete al general García
que le entre conmigo al frente!


A la sombra de un guayabo
cantaban dos chapulines:
-- ¡Ya murió el señor Zapata,
terror de los gachupines!


Fumando tranquilo se pasea sereno
en medio de los balazos,
y grita: -- ¡Muchachos,
a esos muertos de hambre
hay que darles sus pambazos!


Cuando acaba la refriega
perdona a los prisioneros,
a los heridos los cura
y a los pobres da dinero.


Estrellita que en las noches
te prendes de aquellos picos,
¿Dónde está el jefe Zapata
que era azote de los ricos?


-- Cuando yo haya muerto,
dice a su subalterno,
les dirás a los muchachos:
con l'arma en la mano
defiendan su ejido
como deben ser los machos.


Dice a su fiel asistente
cuando andaba por las sierras:
-- Mientras yo viva, los indios
serán dueños de sus tierras.


Amapolita olorosa
de las lomas de Guerrero,
no volverás a ver nunca
al famoso guerrillero.


Con gran pesadumbre
le dice a su vieja
-- Me siento muy abatido:
pues todos descansan,
yo soy peregrino,
como pájaro sin nido.


Generales van y vienen
dizque para apaciguarlo;
y no pudieron a la buena
un plan ponen pa' engañarlo.


Canta, canta, gorrioncito,
di en tu canción melodiosa:
-- Cayó el general Zapata
en forma muy alevosa.


Don Pablo González
ordena a Guajardo
que le finja un rendimiento,
y al jefe Zapata disparan sus armas
al llegar al campamento.


Guajardo dice a Zapata:
-- Me le rindo con mi tropa,
en Chinameca lo espero,
tomaremos una copa.


Arroyito revoltoso,
¿Qué te dijo aquel clavel?
-- Dice que no ha muerto el jefe,
que Zapata ha de volver...


Abraza Emiliano al felón Guajardo
en prueba de su amistad,
sin pensar el pobre,
que aquel pretoriano
lo iba ya a sacrificar.


Y tranquilo se dirige
a la hacienda con su escolta;
los traidores le disparan
por la espalda a quemarropa.


Jilguerito mañanero
de las cumbres soberano,
¡Mira en qué forma tan triste
ultimaron a Emiliano!


Cayó del caballo el jefe Zapata
y también sus asistentes.
Así en Chinameca perdieron la vida
un puñado de valientes.


Señores, ya me despido,
que no tengan novedad.
Cual héroe murió Zapata
por dar Tierra y Libertad.


A la orilla de un camino
había una blanca azucena,
a la tumba de Zapata
la llevé como una ofrenda...


Leer La traición en Chinameca
Escuchen General Zapata
 

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_13185.jpg
 La muerte de Emiliano Zapata. 10 de abril de 1919
Grabado en madera
Isidoro Ocampo (Mexico, 1910-1983)
México, 1947
 Tierra y Libertad
Gabriel Fernández Ledesma
Offset
ca. 1950

jeudi 17 mars 2016

La (re)colonisation du Mexique
La colonización de México

par John Aackerman, 14/3/2016
Original: La colonización de México
Ce vendredi 18 mars nous célèbrerons le 78ème anniversaire de l'expropriation pétrolière par le président Lazaro Cardenas del Rio, dans un contexte de trahison absolue des principes de la souveraineté nationale, de la démocratie et du bien-être social incarnés par ce grand général révolutionnaire. Autrefois, l'énorme force de l'État mexicain était utilisée pour défendre les intérêts et le bien-être du peuple mexicain. Aujourd'hui, ce même État a été mis au service des intérêts internationaux les plus vils et travaille à démanteler le pays et à anéantir la résistance populaire.
Le 22 février dernier, le président Enrique Peña Nieto Enrique est allé à Houston, au Texas, pour participer au congrès annuel IHS Energy CERAWeek. Dans sa tentative désespérée de brader notre or noir, le président mexicain s'est abaissé au niveau des bureaucrates de second ordre et des dirigeants de compagnies pétrolières internationales qui se réunissent là chaque année. Il a été le seul chef d'État à participer à l'événement (voir la liste des participants ici). De manière scandaleuse, Peña Nieto a également profité de son voyage pour rencontrer le gouverneur du Texas, Greg Abbott, réduisant ainsi l'État mexicain au rang d'entité fédérative des USA.

mercredi 16 mars 2016

Un regard sur les révolutions populaires dans une Amérique Latine en turbulence
Conférences de Romain Migus en France

 
Tlaxcala_La Pluma
vous invitent
à
2 conférences-débats
de
Romain Migus
Un regard sur les révolutions populaires dans une Amérique Latine en turbulence
Bilan et perspectives
  • À Pau  le vendredi 18 mars 2016 à 20h30
    Amphithéâtre de la présidence de l´Université de Pau et des pays de l´Adour
  • À Paris le mardi 22 mars 2016 à 19h00
    au Lieu-dit, 6 Rue Sorbier, 75020 Paris
 Et si on s´arrêtait 1h15 sur le bord de la route pour regarder les vaches ?
Les révolutions actuelles en Amérique Latine sont un voyage. Un voyage qui a commencé, il y a presque 30 ans, et auquel se sont joint des millions de citoyens. Si le temps de l´Histoire ne s´arrête jamais, celui de la construction du Socialisme non plus. Il y a toujours une bataille à livrer, un gouffre à franchir, une montagne à escalader, des erreurs á rectifier, des rires, des larmes, et beaucoup de réalisme magique.
 Essayons tout de même de souffler un instant, pour contempler le chemin parcouru depuis les années sombres du néolibéralisme, pour apprendre les mécanismes par lesquels le pouvoir a été conquis et dresser un bilan, parfois critique, de ces dernières années d´une lutte qui suit son cours. 
 Alors que certaines entreprises de communication ont déjà décrété la fin des révolutions et le tant attendu retour de la « démocratie patronale », il convient de nous pencher sur les menaces qui pèsent sur ces processus progressistes et quels sont les réponses apportées par les Peuples latino-américains. Au creux des lignes discursives de cette présentation, quelques malicieux pourront déceler des éléments pratiques pour faire face à la décadence politique en France et en Europe.
Il ne s´agit pas d´une analyse académique, encore moins d´une lecture politicienne, mais d´un regard de l´intérieur, d´un ensemble de photographies appartenant à un modeste voyageur qui a pris le train en marche, il y a maintenant 12 ans; un témoignage pas objectif (car militant) mais honnête (car militant), pour paraphraser le fondateur d´un journal qui n´est désormais ni l´un ni l´autre. Un regard où se croisent et s´entremêlent le politique et l´humour, l´historique et l´anecdote, le calme de la réflexion et la fureur de l´action.
Alors, arrêtons-nous, et regardons brouter les vaches…. 
Romain Migus, écrivain et journaliste, a vécu au Venezuela et en Équateur depuis 2005. Auteur de nombreux articles sur la Révolution bolivarienne et la guerre médiatique ainsi que trois ouvrages en espagnol, disponibles sur www.romainmigus.com : La Telaraña imperial (avec Eva Golinger, Monte Avila, 2008), El programa de la MUD (Barrio Alerta, 2012) et El imperio contraataca (Fondo editorial Wilian Lara, 2013). Collaborateur de La Pluma.net

dimanche 13 mars 2016

Le curé aux deux bibles, l'âme damnée des Douze Salopards de Yarumal
Une histoire vraie colombienne

Yarumal, une municipalité des montagnes du nord du département d'Antioquia –capitale, Medellin -: c'est ici que, dans les années 1990, a sévi la bande des "Douze Apôtres" – il faudrait plutôt dire les "Douze salopards" –assassinant au moins 300 personnes dans le cadre d'une campagne de "nettoyage social". Au centre de cette bande, Santiago Uribe, un des frères d'Alvaro Uribe, qui allait être président de Colombie de 2002 à 2010 et est aujourd'hui sénateur. Une première enquête, ouverte en 1997, avait été close en 1999, pour "absence de preuves". Mais 15 ans plus tard, de nouvelles langues ont commencé à se délier. Un ancien maire a parlé. Un procureur a ouvert une enquête. Sept des 12 témoins à charge ont été assassinés. Et enfin, fin février Santiago Uribe a été arrêté et inculpé pour homicide aggravé et association de malfaiteurs. L'étau se resserre donc autour d'Alvaro Uribe, qui tonne et menace nommément les trois magistrats responsables de l'enquête sur les "Douze Apôtres": Eduardo Montealegre, Jorge Perdomo, et Carlos Iván Mejía. Des menaces à prendre au sérieux. En Colombie, les magistrats honnêtes risquent autant leur vie que les journalistes refusant de se laisser corrompre. Gonzalo Guillén, un journaliste d'investigation qui dut s'exiler sous la présidence d'Uribe pour échapper aux menaces de mort en rafales, nous raconte l'histoire de l'un des "Douze Apôtres", le curé Palacio Palacio-FG
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_13002.jpg

Il allait sur ses 60 ans quand il est arrivé dans la ville en  autobus, avec une valise de cuir qu'il a traîné jusqu'à la résidence paroissiale où il allait vivre. À  première vue il n'avait pas l'air d'un curé quelconque car, entre autres particularités, il avait deux bibles.
Vêtu de sa soutane noire, boutonnée de haut en bas et décolorée par l'usage et les ans, Gonzalo Javier Palacio Palacio venait servir d'assistant au prêtre principal de l'église de Las Mercedes la ville de Yarumal, dans le département colombien d'Antioquia. Le nouveau prêtre se rendit rapidement célèbre, car il enquêtait jusqu'au moindre détail sur chacun des péchés des paroissiens qui venaient lui demander le pardon dans le secret  de la confession.

"Une autre chose que je me rappelle de lui, c'est qu'il avait deux bibles: l'une, ordinaire, pour les messes et l'autre, qu'il emportait partout, dans laquelle il avait aménagé un trou entre les pages pour cacher un revolver Smith & Wesson, calibre 32 , à six coups, à  crosse noire », dit un vieux paysan qui venait souvent chercher la bénédiction du prêtre.

Dans les offices religieux, il tonnait en chaire,  brandissant la Bible pour dire la messe : "Dans cet évangile, nous voyons très clairement que le Christ nous donne à nous, ses apôtres le pouvoir de pardonner les péchés. Nulle part il ne dit que les chrétiens devraient demander pardon à Dieu directement. Non, ils doivent toujours nous le demander à nous, ses apôtres", selon ses propos rapportés par le vieux paysan.

mardi 23 juin 2015

Au Chili aussi, tout a commencé par des casseroles

La bourgeoisie équatorienne est à son tour entrée en résistance contre le méchant président au couteau entre les dents, qui prétend – quelle impudence ! – imposer les patrimoines hérités. A Quito et à Guyaquil, les rombières, leurs époux, leurs filles et leurs fils sont donc descendus dans la rue avec un drôle d'attirail : des banderoles noires, des drapeaux à têtes de mort et…des casseroles, sur lesquelles elles tapent avec des cuillers.
Équateur, juin 2015 : "Tais-toi, Correa, personne ne te croit" (!)
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10689.jpg
Ne vous y trompez pas : ça commence par des casseroles, ça finit par des tanks et des séjours dans les stades pour les méchants rouges.

vendredi 19 décembre 2014

Pièces d'échecs : Souvenir des Tupamaros

par   Rolando Gómez, 18/12/2014. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Piezas de ajedrez: Recuerdo tupamaro

Le sénateur Enrique Erro * est venu dans ma cellule le soir où on lui a annoncé sa prétendue libération (nous avons su plus tard que ce ne était pas le cas, mais seulement un transfert à une prison de Buenos Aires). Il venait réclamer à l'avance ce que je lui avais promis : lui offrir le jeu d'échecs que je fabriquais à la main avec de la mie de pain, et qu'il lui avait tant plu me regarder le faire avec patience et du temps à revendre.
Le jeu n'était pas encore terminé. J'avais commencé par les pions, faciles à faire, qui avaient une tête ronde, une coiffure avec une frange et une jupe à franges supposée leur donner un aspect de pages médiévaux. Mais ceux dont j'étais le plus fier étaient les fous : un casque à pointe, un blason médiéval sur la poitrine, et une lance verticale réalisée en insérant un cure-dent dans la mie avant qu'elle sèche. Les pièces noires étaient colorées avec du café; les blanches avec de la simple salive et un séchage prolongé, ce qui leur avait donné une couleur jaunâtre. Les pièces contenaient des inserts de couleur opposée. Par exemple, le bouclier des fous noirs avait une croix blanche incrustée, le bouclier des fous blancs un cheval noir. À cette époque, j'avais suffisamment de temps pour essayer différents styles et techniques, ce qui me permettait d'écarter ceux qui ne me satisfaisaient pas. Les chevaux avaient un aspect assez réaliste. Le roi blanc, qui était alors le seul que j'avais fait, avait une longue barbe en relief et brandissait une épée couleur café. L'ensemble qui commençait à prendre forme était d'une certaine manière impressionnant. Je n'avais jamais pensé jusqu'alors avoir des qualités d'artisan.

mercredi 17 décembre 2014

De la Bataille d'Ayacucho aux 43 d'Ayotzinapa

par José Steinsleger, 10/12/2014. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original:
De Ayacucho a los 43 de Ayotzinapa

Les astérisques renvoient à des notes du traducteur

Deux Amériques: celle du «Nord convulsif et brutal»* qui regarde celle du Sud avec un intérêt méprisant et avide, et celle qui, il y a 190 ans, a mis fin au pouvoir espagnol dans les plaines d'Ayacucho (Pérou, 9 décembre 1824). À laquelle le Mexique se rattache-t-il ?



9 décembre 1824 : La glorieuse bataille d'Ayacucho gagnée par l'armée patriotique sous le commandement du général Antonio José Sucre a assuré l'indépendance de l'Amérique du Sud
Deux Bolivar: celui qui, face à l'énorme défi de son projet politique, estimait qu'il avait "labouré la mer" mais a néanmoins continué à dire : "Nous ne pouvons vivre que de l'union". Quel est le «nous» qui convient au Mexique?

Deux Mexique: la "nation américaine" de Hidalgo et Morelos et celui, néoporfiriste*, qui nie et occulte les «faits» de son histoire, en les réduisant à de simples «événements» sujets à «interprétation». Et pour lesquels il n'y a donc pas une vérité unique, destructrice et brutale.

mardi 16 décembre 2014

La bataille pour le Mexique


par John M. Ackerman, 15/12/2014. Traduit par  Fausto Giudice, TlaxcalaOriginal: La batalla por México

À la mémoire de Vicente Leñero, Anayeli Bautista*et Erika Kassandra,
graines de la seconde révolution mexicaine

Le mouvement qui a émergé suite à la disparition et au massacre des étudiants d'Ayotzinapa a d'énormes implications mondiales et historiques. La bataille pour les ressources naturelles, la culture millénaire et le système politique mexicains constitue une épreuve de force à la fois pour l'oligarchie mondiale et son appareil répressif et pour la mobilisation citoyenne mondiale pour la paix, l'environnement et la justice. Il est de la responsabilité de tous les Mexicains à l'intérieur et à l'extérieur du pays, ainsi que des citoyens concernés à travers le monde de mettre leur grain de sable pour assurer que la crise actuelle ne débouche pas sur une renaissance du fascisme mondial et, au contraire, ouvre la voie à la libération humaine.

"1808-1936 :de nouveau pour l'indépendance de l'Espagne", affiche de l'artiste espagnol Renau (1907-1982)
Le Mexique joue aujourd'hui un rôle similaire à celui de l'Espagne pendant la guerre civile de 1936-1939. Le résultat tragique de ce conflit a ouvert la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Cinq mois seulement après que le général Francisco Franco eut proclamé sa victoire sur les forces républicaines en 1939, réalisée avec le soutien de l'Allemagne nazie, Adolf Hitler envahit la Pologne. Par la suite le nombre de personnes exterminées chaque jour dans les "camps de concentration" du Troisième Reich devait se multiplier exponentiellement.

dimanche 14 décembre 2014

Mexique: l'ombre de l'armée sur Ayotzinapa

par Fabrizio Lorusso, 11/12/2014. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: México: La sombra del ejército sobre Ayotzinapa 


Dès début octobre, les groupes de guérilla dans l'État de Guerrero, d'abord l'Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) puis l'Armée révolutionnaire du peuple insurgé les (ERPI), ont émis plus de 10 communiqués impliquant l'armée mexicaine dans la disparition des 43 normaliens à Iguala.
Leurs déclarations sont passées presque inaperçues, bien que de nombreuses déclarations de parents et de membres de l'Union des peuples et des organisations de l'État de Guerrero (UPOEG), dont font partie plusieurs parents des étudiants disparus, se soient orientées vers la même hypothèse, qui est plutôt une accusation.

Le message signalait que parmi les responsables de la disparition des 43 normaliens, il avait deux officiers du 27ème Bataillon d'infanterie : le lieutenant Barbosa et le capitaine Crespo, impliqués dans l'organisation.

mardi 9 décembre 2014

Mexique: ce sont tous des Abarca*

par John M. Ackerman, 8/12/2014. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: México: Todos son Abarca

À la mémoire de Vicente Leñero ** et Alexander Mora***,
exemples de dignité rebelle et graines de révolution

L'effervescence sociale et de la solidarité internationale suscitées par le massacre  d'Iguala ont déjà dépassé en puissance les événements à la fois de 1968 et de 1994 au Mexique. Ni le mouvement étudiant historique des années soixante ni le soulèvement indigène des  années quatre-vingt-dix  grands n'avaient réussi en aussi peu de temps à provoquer un si fort basculement de la conscience et de l'autonomisation sociale. Les nouveaux temps de maturation citoyenne,  de communication numérique et d'effondrement impérial ont facilité l'émergence d'un mouvement national dont la flamme pourra difficilement être éteinte à  court terme.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_9630.jpg
"Aujourd'hui est un jour nuageux et triste, mais ce crime d'État ne restera pas impuni. Si ces meurtriers pensent que nous allons pleurer la mort de nos garçons, ils se trompent. A partir d'aujourd'hui, nous désavouons le gouvernement assassin d'Enrique Peña Nieto. Que le Président nous écoute bien : les jours de vacances pourront venir pour ceux qui ne ressentent pas la douleur, mais il n'y aura pas de repos pour le gouvernement  peñiste S'il n'y aura pas de Noël pour nous, il n'y en aura pas non plus pour le gouvernement. Nous savons que la mort  d'Alexander servira à faire fleurir la  révolution".

dimanche 30 novembre 2014

La fin de la démocratie mexicaine

par  John M. Ackerman, 2611/2014. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Avec l'aide de l'administration Obama, Peña Nieto est en train de remodeler brutalement la société mexicaine


Mexico, 5 novembre 2014: manifestation sur l'avenue Reforma pour demander justice pour les 43 étudiants disparus d' Ayotzinapa Photo Miguel Tovar / LatinContent / Getty Images

Avant même l'enlèvement tragique de 43 étudiants de l'École normale rurale d' Ayotzinapa le 26 septembre dernier, le président du Mexique Enrique Peña Nieto était déjà au bord du gouffre. Son programme de réforme néolibérale, la répression systématique des protestations et sa poigne de fer pour contrôler les médias avaient fait de lui le président le plus impopulaire de l'histoire récente du Mexique.
L'énorme agitation qui a éclaté ces derniers jours concerne donc non seulement la criminalité et la violence, mais aussi le pouvoir social et la politique démocratique. Et ce qui est en jeu dans la bataille d'aujourd'hui pour le Mexique n'est pas seulement l'avenir de paix et de prospérité pour ceux qui vivent au sud du Rio Grande, mais aussi la démocratie et la justice au nord de la frontière.

Avant d'entrer en fonction le 1er décembre 2012, Peña Nieto a publié une tribune dans le Washington Post dans laquelle il essayait de dissiper les inquiétudes au sujet de ses liens intimes avec la vieille garde la plus corrompue et arriérée de l' autoritaire Parti révolutionnaire institutionnel, qui a gouverné le pays de 1929 à 2000. Il encourageait les observateurs à oublier le passé du parti et à plutôt regarder son «plan pour ouvrir le secteur de l'énergie du Mexique à l'investissement privé, national et étranger."



Promulgation de la "réforme de l'énergie", ouvrant la voie à la privatisation du secteur de l'énergie


Écrivant à la veille de sa première rencontre avec le président Barack Obama à Washington, Peña Nieto affirmait que de telles réformes "contribueraient à garantir l'indépendance énergétique US-américaine", car "le Mexique détient le cinquième plus grande réserve de gaz de schiste dans le monde, en plus d'importantes réserves de pétrole en eau profonde et un énorme potentiel dans les énergies renouvelables ".


Obama, l'armée US et le Congrès ont accepté avec empressement le pacte faustien de Peña Nieto. Ils allaient soutenir aveuglément sa présidence en échange d'une action rapide pour réformer le statut de l'énergie.
Au cours des deux dernières années, les deux parties ont tenu loyalement leurs engagements. En décembre 2013, Peña Nieto a fait passer en force la réforme historique de l'article 27 de la constitution qui a mis fin au monopole de l'État sur l'industrie pétrolière et a ouvert les vannes à la spéculation et aux vastes investissements privés par des géants internationaux du pétrole. La majorité des Mexicains a catégoriquement rejeté ces réformes, mais ils ont été écrasés par le rouleau compresseur du Congrès national et ces réformes ont été adoptées par une majorité des parlements des États en seulement 10 jours, sans débat et en violation flagrante du processus démocratique.

-T'as du pétrole ?

-T'as une réforme de l'immigration ?
Cette action légale rapide autorisant le transfert de la rente pétrolière publique au secteur privé accomplissait les rêves les plus fous de Washington. Les USA ont poussé en vain pendant des années sans succès à réaliser des réformes similaires dans l'Irak occupé. Mais au Mexique, un président loyal et corrompu s'est avéré être beaucoup plus efficace que l'occupation militaire directe.Sans surprise, la plus grande partie de la presse internationale a applaudi vigoureusement la réforme pétrolière. "Alors que l'économie du Venezuela implose et que la croissance du Brésil stagne, le Mexique est en train de devenir le producteur latino-américain de pétrole à surveiller - et un modèle de la façon dont la démocratie peut servir un pays en développement", écrivait le Washington Post dans un éditorial. Le Financial Times proclamait avec enthousiasme que "le vote historique du Mexique en faveur de l'ouverture de son secteur pétrolier et gazier à l'investissement privé, après 75 ans sous le joug de l'État, est un coup de maître politique pour Enrique Peña Nieto." Et le magazine Forbes a fait valoir que bien que le président précédent Felipe Calderón "ait peut-être poussé à des réformes réelles du pétrole, c'est Peña Nieto qui entrera dans les livres d'histoire ".
Depuis que Peña Nieto a pris le pouvoir, le gouvernement US n'a pas émis une seule condamnation de la corruption ou des violations des droits humains au Mexique. Ceci dans un contexte dans lequel les principales organisations internationales telles que Human Rights Watch, Article 19 et des dizaines d'ONG locales ont documenté une augmentation scandaleuse dans la répression de la contestation et de la violence contre la presse sous l'actuelle administration.
La réponse molle du gouvernement US au massacre d'étudiants du 26 septembre fait partie d'une tendance plus large à regarder ailleurs.


-Question : est-il temps de mettre fin à la guerre de/contre la guerre ?

-Réponse unanime : NON !



Mais le gouvernement US ne s'est pas contenté de reste sur le banc de touche. Il a également renforcé son implication directe dans la guerre contre/de la drogue au Mexique. Le Congrès a affecté des milliards de dollars au financement de l'appareil mexicain de sécurité du gouvernement mexicain au cours des dernières années. Les autorités mexicaines et US ont mis en place des centres d'intégration d'élite à travers le pays pour partager des informations de renseignement. Et le Wall Street Journal vient de révéler que des agents US revêtent des uniformes militaires mexicains pour participer directement à des missions spéciales, comme la récente arrestation de Joaquín «El Chapo» Guzmán, le puissant chef du cartel de Sinaloa.
Maintenant que la légitimité de l'administration Peña Nieto s'écroule comme un château de cartes, ce qui a été nettement symbolisé par l'autodafé public d'un énorme effigie de lui sur la place du Zócalo, au centre de Mexico, jeudi dernier, la question que tout le monde se pose est de savoir si le gouvernement US va continuer à se battre jusqu'au bout pour défendre Peña Nieto ou s'il y a encore dans l'establishment politique US des marges de manœuvre en faveur de la paix et de la démocratie au sud du Rio Grande.
Les mesures prises récemment par les autorités mexicaines indiquent qu'elles continueront d'avoir le soutien indéfectible de Washington.
Selon plusieurs témoins, pendant les énormes manifestations du 20 novembre à Mexico, des provocateurs encagoulés ont lancé des cocktails Molotov sur la police, puis ont assisté tranquillement au malmenage indistinct des journalistes et des observateurs des droits humains et à l'arrestation d'étudiants innocents détenus. Peña Nieto a immédiatement fait inculper 11 étudiants pour crimes graves fédéraux - terrorisme, crime organisé et conspiration - et les a fait enfermer dans des prisons de haute sécurité à des centaines de kilomètres de la capitale.


Et ce dimanche, le puissant secrétaire mexicain d'État à la Marine, le général Francisco Soberón Vidal, a fait une démonstration sans précédent d'activisme politique en déclarant publiquement que les forces armées ne sont pas seulement engagées dans la lutter contre la criminalité organisée et le trafic de drogue, mais sont également prêtes à intervenir en soutien du projet politique néolibéral de Peña Nieto pour "faire bouger le Mexique." Des câbles de WikiLeaks et des rapports indépendants ont révélé que le gouvernement US est particulièrement proche des Marines mexicains, qui ont ses préférences devant toutes les autres institutions de maintien de l'ordre.
Si la situation continue sur la voie tracée, le Mexique pourrait bientôt suivre le chemin du Pérou au cours de l'auto-coup d'État (autogolpe) d'Alberto Fujimori en 1992 – sous les yeux de l'administration Obama. À moins que les citoyens US ne se lèvent en soutien et en solidarité avec leurs voisins mexicains, le pays pourrait devenir la proie d'une nouvelle guerre sale soutenue par les USA contre les étudiants et les militants, similaire à la répression durant les années 1970 et 1980, qui a coûté des centaines de milliers de vies au Guatemala, au Salvador, au Nicaragua et au Honduras. Il est encore temps d'agir avant que l'Amérique du Nord d'aujourd'hui devienne une copie de l'Amérique centrale d'il y a 30 à 40 ans.


Lors d'une cérémonie au Palais National à Mexico, le jeudi 27 novembre 2014, Enrique Peña Nieto a annoncé un nouveau plan anti-crime qui prévoit l'introduction d'une carte d'identité nationale, donne au Congrès le pouvoir de dissoudre l'administration municipale corrompue et de mettre les forces de police locales – souvent corrompues - sous le contrôle des gouvernements des 31  États du pays (qui, eux, évidemment ne sont pas du tout corrompus). Le plan se concentrera d'abord sur quatre des États les plus troublés du Mexique : Guerrero, Michoacán, Jalisco et Tamaulipas. Photo Eduardo Verdugo/AP

dimanche 12 octobre 2014

12 de Octubre 12th October 12 Octobre 12 Ottobre


¡Ni día de la Raza, ni de la Hispanidad, ni del Encuentro entre dos mundos, ni de ninguna otra tontería soporífera, aquel fue el día del Inicio del genocidio y de la Resistencia que aún persiste, contra los Conquistadores de cualquier color!

Ni Journée de la Race, ni de l'Hispanité, ni de la Rencontre des deux mondes, ni d'aucun autre boniment soporifique, ce 12 octobre 1492 fut celui du début du génocide et de la Résistance qui continue, contre les Conquistadors de tout poil !

Not a Columbus' Day, nor a Day of the Race, nor of Hispanic Heritage, nor of the Encounter between two worlds, nor any other soporific idiocy: this was the opening day of genocide and of the resistance that still goes on against the Conquistadors, whatever their colour!

Né un giorno della Razza, né dell’Ispanità, né dell’Incontro tra due mondi, né di nessun’altra idiozia soporifera: quel 12 ottobre 1492 è stato il giorno dell’inizio del genocidio e della Resistenza che ancora  persiste, contro i conquistatori di ogni colore!
 Iván Lira

jeudi 22 mai 2014

Fragments de la réalité (I)




sous-commandant insurgé Marcos,EZLN, mai 2014. Traduit par  Sun with Moon
Original: Fragmentos de la Realidad I
Traductions disponibles : English  Italiano  Deutsch   

 
Mai 2014.
Le petit jour… Il doit être vers les deux ou trois heures, allez savoir. Le silence résonne, ici, dans la réalité. Ai-je dit « le silence résonne » ? Mais oui, parce que par ici le silence possède un son bien à lui, semblable au bruit de scie des grillons, qui se répondent, en face, plus fort et à contretemps, tandis que d’autres encore restent constants, en contrebas. Pas une lumière en vue. Maintenant, la pluie vient rajouter son propre silence. Ici, c’est la saison des pluies, mais pas encore suffisamment pour meurtrir la terre. Tout juste si la pluie l’écorche, comme frappant doucement. Un coup d’ongle par là, une petite flaque par là-bas, comme si de rien n’était. Comme pour avertir que ça vient. Le soleil cependant, le chaleur, rapidement la repousse du sol. L’heure de la boue n’est pas venue. Pas encore. Le temps des ombres, si. Enfin, de fait c’est toujours le temps des ombres. Où que ce soit, elle va toujours partout, peu importe l’heure. Même au plus féroce du soleil, l’ombre se balade encore, s’agrippant aux murs, aux arbres, aux pierres, aux personnes. Comme si la lumière lui donnait plus de force. Ah, mais la nuit… au petit matin, là, c’est son pur moment d’ombre. De même que pendant la journée elle nous soulage, au petit matin elle nous réveille, comme si elle nous disait : « Et alors, toi, tu vas où, tu fais quoi ? » À quoi on répond avec la voix pâteuse de la veille ensommeillée. Jusqu’à ce que, enfin, on puisse répondre, se répondre : « dans la réalité ». Lire la suite