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vendredi 15 janvier 2016

Sur la classe ouvrière mondiale : soulèvement ou lutte de classe ? -

par Wildcat, N° 98, été 2015
Le concept de classe est à nouveau populaire. Après la dernière crise économique mondiale, même les journaux bourgeois ont commencé à se demander : «Après tout, Marx n’avait-il pas raison ?» Durant les deux dernières années, le livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXe siècle, a figuré sur la liste des best-sellers – cet ouvrage décrit de façon détaillée comment le processus d’accumulation capitaliste a historiquement abouti à une concentration de la richesse entre les mains d’une infime minorité de détenteurs de capitaux.     Dans les démocraties occidentales aussi, des inégalités importantes ont conduit à une augmentation de la crainte de soulèvements sociaux. Ce spectre a hanté le monde au cours des dernières années – des émeutes à Athènes, Londres et Baltimore jusqu’aux révoltes en Afrique du Nord, qui, parfois, ont renversé des gouvernements. Comme d’habitude, pendant ces périodes de «troubles», alors qu’une faction de la classe dirigeante appelait à une répression armée, une autre soulevait la «question sociale», qu’elle prétendait vouloir résoudre en mettant en œuvre des réformes ou des politiques de redistribution.
 
La crise mondiale a délégitimé le capitalisme; la politique des dirigeants et des gouvernements – qui consiste à faire payer la crise aux travailleurs et aux pauvres – a alimenté la colère et le désespoir. Qui peut encore contester le fait que nous vivions dans une «société de classe» ? Mais que signifie en réalité cette expression ?    
Les «classes», au sens le plus étroit du mot, émergent seulement avec le capitalisme – mais l’expropriation des moyens de production sur laquelle repose la condition des prolétaires qui ne possèdent rien ne se réduit pas à un événement historique unique. L’expropriation se répète, se reproduit, tous les jours au sein du processus de production lui-même : les travailleurs produisent, mais le produit de leur travail ne leur appartient pas. Ils ne reçoivent que ce dont ils ont besoin pour reproduire leur force de travail, ou bien ils bénéficient du niveau de vie qu’ils ont réussi à atteindre en luttant.    
En principe, les sociétés de classe ne reconnaissent aucun privilège fondé sur la naissance, et la propriété de l’argent est censée déterminer la position sociale de chacun d’entre nous. En théorie, le capitalisme permet de démarrer sa carrière en tant que plongeur dans un restaurant pour finir spéculateur boursier (ou au moins petit entrepreneur, objectif de nombreux immigrés). Dans le même temps, les membres de la petite bourgeoisie et les artisans peuvent chuter dans les rangs des prolétaires. Grimper l’échelle sociale est rarement le résultat de son propre travail, cela dépend plutôt de la capacité à devenir un capitaliste et à s’approprier le travail d’autres personnes. (La mafia, par exemple, possède cette capacité.)
   
En réalité, un processus de polarisation de classe se met en place – Marx et Engels avaient déjà compris qu’il s’agissait d’une force explosive et d’une condition préalable à la révolution. «Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité» (Manifeste du Parti communiste). Selon Immanuel Wallerstein, la thèse de Marx sur la polarisation de classe serait sa thèse la plus radicale, thèse qui – une fois liée au système mondial – s’est vérifiée. La polarisation signifie, d’un côté, la prolétarisation, de l’autre l’embourgeoisement.    
Le Capital n’est pas simplement de la richesse qui s’accumule entre les mains de quelques-uns. Il est la condition préalable et le résultat du processus de la production capitaliste, au cours duquel le travail vivant crée de la valeur appropriée par d’autres. En effet, le capitalisme ne se caractérise pas par l’«exploitation» d’un travailleur par son maître artisan, mais par celle d’une grande masse de travailleurs rassemblés dans une usine. Ce mode de production repose sur le fait que des millions de gens travaillent ensemble, bien qu’ils ne se connaissent pas. Ils produisent de la valeur ensemble, mais, ensemble, ils peuvent aussi refuser ce travail et remettre en question la division sociale du travail. En tant que force de travail, les travailleurs font partie du capital; en tant que classe ouvrière, ils représentent le plus grand ennemi intérieur du Capital.
   
Des générations de chercheurs spécialisés dans la «gestion scientifique» du travail ont essayé de s’approprier les connaissances des ouvriers sur leur façon de produire, afin que le Capital puisse devenir indépendant du Travail. Ils ont créé des unités de production parallèles afin de continuer la production en cas de grève. Ils ont fermé des usines et les ont déplacées afin d’augmenter l’exploitation de ces nouveaux groupes de travailleurs et de mieux les contrôler. Mais ils ne sont pas en mesure d’exorciser le spectre.    
Pendant les vagues de grèves de 2010, pour la première fois, ce spectre a hanté toutes les parties de la planète en même temps. Ces luttes sont actuellement en train de changer ce monde. Même les universitaires en ont pris conscience et, après une longue période d’oubli, la classe ouvrière est à nouveau l’objet de leurs recherches – comme en témoignent de nombreux articles, de nouvelles publications et pages web, grâce auxquelles des spécialistes de gauche des sciences sociales essaient de créer des liens entre les travailleurs des différents continents.
   
En Allemagne, durant les vingt-cinq dernières années, les travailleurs ont dû combattre seuls – mais désormais, dans ce pays, les mouvements sociaux et les intellectuels ont recommencé aussi à se référer à eux.
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Ce que vous voyez n'est pas forcément vrai (Le pet), par Chen Wenling, Chine
 

vendredi 8 janvier 2016

Le mouvement opéraïste en Italie
Conférence-débat d'Oreste Scalzone à Saint-Ouen le 9 janvier

Oreste Scalzone a été l’un des acteurs du mouvement opéraïste en Italie dans les années 1960-1970.
Il viendra nous faire part de son expérience dans le mouvement ouvrier-étudiant de ces années lumineuses en Italie, suivies peu après par cette sombre période des années de plomb.
Il est important de comprendre ce que furent les luttes sociales en Italie dans les années 1960-1970, comment elles furent menées, leurs succès et leurs échecs.
C’est dans ce laboratoire que furent élaborées des théories programmatiques qui auraient dû conduire au remplacement de la société bourgeoise de classe par un autre mode de production où seraient abolis l’exploitation et le profit.
Un courant, né hors le Parti Communiste Italien dévolu au réformisme parlementaire et à la négociation,  revendiquait une pleine autonomie d’action de la classe ouvrière.
Des formes de grève inédites ont été imaginées, créant une culture politique d’auto-émancipation.
Des mots d’ordre nouveaux ont émergé, plus adaptés à la transformation de la classe ouvrière, massifiée dans des unités de production de plus en plus grandes et mécanisées.
Les assemblées d’ouvriers, appelés Comités Ouvriers de Base, devinrent le lieu qui les a affranchis des syndicats institutionnels.
Ce moment fut celui de l’OPERAISME, autour de deux mouvements, Lotta Continua de tendance spontanéiste, et Potere Operaio qui s’affichait plutôt comme léniniste.
Porteur d’un projet révolutionnaire, il avait réussi à articuler concrètement son analyse de la restructuration de la classe ouvrière et du capital avec la nécessaire tâche de dépassement des classes.
Leurs revendications étaient incompatibles avec le capitalisme, en phase avec les formes de luttes radicales, parce qu’elles étaient d’une efficacité exemplaire, poussaient à la radicalisation des ouvriers en lutte.
En 1969, la signature d’un contrat national a été la plus grande victoire ouvrière depuis la fin du fascisme.
En raison de cette défaite historique,    la réponse du Capital fut d’une violence inouïe.
Un attentat à Milan, œuvre avérée quelques années plus tard de groupuscules d’extrême droite, et faussement attribué à la gauche, fit plusieurs morts en décembre 1969.
La répression s’abattit sur les militants…
Le reflux et la contre-révolution (mondiale) furent initiés à ce moment, d’autant que la jonction avec d’autres couches de la société n’a pas été réalisée.
Nous sommes encore orphelins d’un véritable travail dialectique qui saurait nouer en en réalisant un dépassement, la réalité sociale avec une production idéologique émancipatrice.

mardi 1 mai 2012

"Au fond vous n’avez pas abandonné la lutte des classes qui dresse les uns contre les autres les ouvriers et les patrons" (Sarkozy, 1er mai 2012)

Henri Guaino, l'homme qui écrit les discours de Sarkozy, a fait très fort. Voici le discours écrit par Guaino pour par Sarkozy et prononcé par ce dernier Place du Trocadéro à Paris, le mardi 1er mai 2012. Le président-candidat s'est permis quelques improvisations par rapport au texte, lançant par exemple :"Nous ne voulons pas de la jalousie, de l'amertume, de la haine, de la lutte des classes, du socialisme." Un vrai discours de lutte de classes.

Mes chers concitoyens, Écoutez le Général de Gaulle. C’était le 1er mai 1950 devant la foule des Français de toutes conditions réunie sur la pelouse de Bagatelle ! « A la bonne heure ! Nous sommes bien vivants ! Il n’est que de nous voir pour être sûr que notre peuple n’est aucunement disposé à terminer sa carrière. Il n’est que de nous voir pour discerner où les travailleurs mettent aujourd’hui leur espérance. La masse immense que voilà prouve aux insulteurs que rien n’est perdu pour la France. » Avec le Général de Gaulle ils écrivaient l’Histoire. Nous aussi ! Face aux insulteurs qui nous ont dénié le droit de parler aux Français le 1er mai comme s’ils en étaient les propriétaires, le Général De Gaulle nous a montré la voie. Regardez les cortèges ! Ils ont choisi de défiler avec le drapeau rouge ! Nous avons choisi de nous rassembler sous le drapeau tricolore ! Ce drapeau tricolore c’est celui de Lamartine quand il disait : « Le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec nos libertés et nos gloires alors que le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple ! »

Je n’accepterai jamais de recevoir des leçons de morale de la part de ceux qui brandissent le drapeau qui a été l’étendard de tant de tyrannies et qui a enveloppé dans ses plis parmi les plus grands crimes de l’Histoire. Le drapeau rouge, c’est le drapeau d’un parti. Le drapeau tricolore, c’est le drapeau de la France. A ceux qui préfèrent leur parti à la France, nous opposerons toujours ceux qui préfèrent la France à leur parti. Si nous sommes réunis ici en ce 1er mai, jour de la Fête du travail, c’est bien parce que nous assumons la France dans toute sa diversité, parce que nous assumons toute son histoire, toutes ses familles spirituelles, toutes ses sensibilités. Il n’y a pas pour nous un peuple de droite et un peuple de gauche. Il n’y a pas pour nous une histoire de droite et une histoire de gauche. Il n’y a pas aujourd’hui, dans la rue, d’un côté les héritiers des Canuts lyonnais, des mineurs de Germinal, des défenseurs de Dreyfus et de l’autre côté, les héritiers des maîtres de forges et des antidreyfusards. Il n’y a pas d’un côté les héritiers de la Révolution, du Front Populaire et du Conseil National de la Résistance, et de l’autre côté les héritiers de ce qu’il y a eu de pire dans l’histoire de France. Je n’ai pas entendu monter des cortèges où l’on brandissait des drapeaux rouges la grande voix de Jaurès défendant les mineurs de Carmaux, ni la grande voix de Léon Blum réclamant les congés payés, ni celle de Jean Moulin devant le CNR, ni celle de Zola demandant justice pour Dreyfus. Je n’ai pas entendu plaider la grande cause des travailleurs. J’ai entendu surtout des slogans politiques. Mais je veux le dire à tous ceux qui nous contestent le droit de nous rassembler aujourd’hui : nous nous considérons comme les héritiers de ceux qui ont lutté pour le droit de grève, pour la liberté syndicale et pour les congés payés. Nous nous considérons comme les héritiers de ceux qui ont défendu Dreyfus et de ceux qui ont créé la sécurité sociale. Je veux le dire à tous ceux qui ont défilé aujourd’hui, non pas pour le travail mais contre nous : nous nous considérons comme acteurs du progrès social autant que vous et sans doute plus que vous. Vous avez abîmé le travail en prétendant le défendre. Vous avez appauvri les travailleurs en prétendant les protéger. Vous avez fait les 35 heures. Vous avez avancé l’âge de la retraite à 60 ans sans en avoir le 1er centime. Vous avez alourdi le coût du travail. Je le dis aux partis de la gauche et aux syndicalistes qui se sont fourvoyés dans la politique : nous sommes tous les héritiers de ceux qui se sont battus pour nos droits, pour notre dignité et pour notre liberté. Mais ce que vous avez fait ne vous donne aucun titre à vous en arroger le monopole. Les 35 heures ont non seulement affaibli nos entreprises mais elles ont aussi détruit des centaines de milliers d’emplois. La retraite à 60 ans a mis notre système de répartition au bord de la faillite.


L’alourdissement du coût du travail accélère les délocalisations et pèse sur le pouvoir d’achat. Vous voulez continuer à faire financer la protection sociale par le travail. C’est une erreur économique qui met en danger les emplois de ceux qui sont exposés à la concurrence étrangère. Vous essayez de faire croire que nous pouvons sortir de la crise sans effort. Vous mentez aux travailleurs parce que si l’on ne s’en sort pas par le travail, c’est le pouvoir d’achat que vous remettez en danger. Vous refusez le partage des bénéfices entre les actionnaires et les salariés comme vous avez refusé la participation au Général De Gaulle parce qu’au fond vous n’avez pas abandonné la lutte des classes qui dresse les uns contre les autres les ouvriers et les patrons. Je veux m’adresser aux syndicats. Je veux leur dire qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté syndicale. Je veux leur dire que dans une société comme la nôtre où les tensions sont si vives, où la difficulté à s’écouter et à se parler est si grande, le dialogue social est à mes yeux indispensable. Tout le monde a quelque chose à gagner à la discussion. Tout le monde a quelque chose à apprendre de celui qui a un point de vue différent, une expérience différente. Tout le monde a quelque chose à gagner à l’effort pour trouver un accord. Sans doute faut-il réfléchir à d’autres formes de négociation collective, à d’autres manières de travailler ensemble comme cela se faisait jadis quand Jean Monnet et le Général De Gaulle mettaient en avant l’ardente obligation du Plan. Je n’oublie pas quel rôle décisif ont joué les partenaires sociaux dans la reconstruction de l’après-guerre et dans les Trente Glorieuses. Pour affronter la mondialisation, pour faire face aux bouleversements incessants du monde et aux crises gigantesques qui ébranlent les nations et les continents, pour inventer le nouveau modèle social qui permettra à la France de rééditer au XXIe siècle l’exploit des Trente Glorieuses, toutes les forces vives de la nation doivent être mobilisées. Pour faire face, la France doit être soudée, la France doit être unie, la France doit se rassembler. Alors, je le dis aux syndicats : posez le drapeau rouge et servez la France, servez les travailleurs qui vous font confiance. Car il n’y aura pas d’avenir pour les salariés, il n’y aura pas d’avenir pour le travail, il n’y aura pas d’avenir pour notre protection sociale si la France s’affaiblit, si la France s’appauvrit, si la France décroche. On ne peut pas séparer le destin de chacun du destin de tous. Il n’y a pas d’un côté des destins individuels et de l’autre, le destin de la France. Les deux sont liés.


Laissez les partis ! Ceux que vous soutenez ne vous le rendront pas. Laissez les partis ! Votre rôle n’est pas de faire de la politique. Laissez les partis ! Votre rôle n’est pas de défendre une idéologie. Votre rôle est de défendre les salariés, de défendre le travail. Laissez les partis ! Dans la République, ce ne sont pas les syndicats qui gouvernent. C’est le gouvernement. Ce ne sont pas les syndicats qui font la loi. C’est le Parlement. Dans la République, c’est le peuple qui décide. Dans la République, quand il y a blocage, on donne la parole au peuple. C’est cela la République ! Laissez le drapeau rouge et laissez les partis ! Remplissez la mission qui est la vôtre dans une démocratie ! Remplissez la mission qui est la vôtre dans la République ! En regardant le monde tel qu’il est, En construisant l’avenir sur les réalités, En comprenant que dans un monde qui bouge autant, il n’est pas possible de rester immobiles. Si nous voulons que rien ne change quand tout change autour de nous, nous perdrons tout. C’est tromper les salariés. C’est mentir aux salariés que de leur faire croire que l’on peut faire l’économie du changement. Et c’est leur faire prendre un risque énorme. Regardez ce qui arrive aux pays qui n’ont pas fait à temps les changements nécessaires, qui n’ont pas pris à temps les décisions qui s’imposaient. Regardez ce qui se passe en Grèce et en Espagne ! A la fin, c’est toujours le travail qui paye. Regardez l’explosion du chômage, la baisse des salaires, la baisse des retraites ! Qui veut cela pour la France ? Qui veut cela pour les salariés français ? Qui veut cela pour les retraités qui ont travaillé toute leur vie ? Je veux un nouveau modèle social où les syndicats, au lieu d’être une force de conservation, seront une force de transformation sociale, mais où la négociation collective descendra jusque dans l’entreprise, où il sera possible, avec l’accord de tous, de déroger aux règles générales quand le carnet de commandes de l’entreprise l’exigera. Je veux un nouveau modèle français où chacun prendra ses responsabilités, où l’entreprise ne sera plus mise en difficulté simplement parce que les règles générales seront inadaptées à son cas particulier. Je veux un nouveau modèle Français où les rapports sociaux dans l’entreprise seront différents, où le rôle des syndicats dans l’économie sera différent, où il y aura davantage de souplesse mais une souplesse négociée qui permettra d’éviter bien des faillites, bien des licenciements, bien des conflits, bien des souffrances. Mes chers concitoyens, Si nous avons voulu nous rassembler aujourd’hui, ce n’est pas pour manifester contre quiconque. Si nous avons voulu nous rassembler aujourd’hui, c’est parce que pour nous, dans les choix que nous allons devoir faire pour l’avenir, la question du travail est centrale. C’est par le travail que nous sortirons de la crise. C’est par le travail que nous rembourserons nos dettes. C’est par le travail que nous retrouverons le chemin de la croissance. C’est par le travail que nous garantirons le pouvoir d’achat. C’est par le travail et par le mérite que nous pourrons reprendre la maîtrise de notre destin individuel et collectif. Je veux un nouveau modèle social français où le travail sera reconnu comme valeur, où l’on ne découragera pas le travail, où l’on n’empêchera pas ceux qui veulent travailler de travailler, où l’on ne partagera pas le travail parce que c’est le travail qui crée le travail, où le travail ne sera plus abîmé par les dumpings et les concurrences déloyales, où le travail sera protégé. Si j’ai mis les frontières au centre de mon projet c’est parce que les frontières expriment ce refus du laisser-faire et du laisser-aller. Si il n’y a plus de frontières entre l’Europe et le reste du monde, Si tout est ouvert, Si le rapport aux autres n’est plus maîtrisé, Si entre chez nous et chez les autres, entre le dedans et le dehors, il n’y a plus rien, Si le travail français avec toutes ses charges, avec toutes ses règles est mis en concurrence avec le travail de pays qui ne respectent aucune règle, qui pratiquent des dumpings monétaires, sociaux, environnementaux, où les salaires sont très bas, où il n’y a pas de sécurité sociale, pas de droit du travail, où l’on fait travailler les enfants, les prisonniers, comment le travailleur français et Européen pourront-ils résister ? Comment demander à un ouvrier de l’industrie de travailler davantage, de faire des efforts de productivité s’il doit vivre toujours dans l’angoisse de la délocalisation parce qu’il sait que tous les efforts qu’il pourra faire ne compenseront jamais l’iniquité de la concurrence ? Se résigner à l’effacement des frontières, c’est le premier acte par lequel une nation renonce à maîtriser son avenir. Il faut des frontières à l’Europe. Il faut des frontières à la France. Non pour s’enfermer, mais pour s’affirmer dans le monde. Pour clarifier les rapports avec les autres. La frontière, c’est le droit opposé à la force. C’est la règle opposée au désordre. C’est la régulation au lieu du laisser-faire. Les frontières, cela peut paraître loin des préoccupations quotidiennes de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur. Pourtant, ce sont bien les conditions de la concurrence qui rendent la vie si dure et c’est notre capacité à nous protéger qui la rendra moins dure. Si l’euro est trop fort, si l’immigration n’est pas maîtrisée aux frontières de l’Europe, si nos marchés publics sont ouverts alors que les autres ne le sont pas, si nous ne pouvons pas en réserver une part à nos PME, s’il n’y a pas de traçabilité des produits que nous importons, alors la vie pour ceux qui travaillent continuera d’être difficile, alors tous ceux qui travaillent continueront de percevoir l’avenir non comme une promesse mais comme une menace. Je veux un nouveau modèle social français où tous les secteurs se sentiront solidaires les uns des autres, où tout le monde aura conscience que c’est en faisant front ensemble que l’on pourra relever le défi de la mondialisation, que la compétitivité de la Nation se fabriquera tout autant dans le secteur exposé à la concurrence que dans le secteur abrité et que l’on peut ni les séparer ni les opposer, même si les premiers ont davantage besoin d’être protégés que les seconds parce que lorsque l’entreprise ferme, ils perdent tout.

Je veux un nouveau modèle social français où le travail sera enrichi par la formation, par l’innovation, par l’investissement, où chaque jeune pourra choisir l’alternance comme une filière d’excellence, où chacun pourra obtenir un stage dans une entreprise où le mur qui se dresse entre l’entreprise et le jeune apprenti qui n’a pas de relations sera abattu. Je veux un nouveau modèle français où plus aucun enfant n’entrera au collège sans savoir lire, écrire et compter, où l’école sera attentive aux fragilités de chacun, où les professeurs seront davantage présents au collège et au lycée pour que les élèves puissent s’appuyer sur eux. Je veux un nouveau modèle français où l’État ne sera plus un État bureaucratique mais un État entrepreneur servant d’appui à tous les entrepreneurs et à tous les créateurs. Je veux un nouveau modèle français où parce que le travail sera plus créatif, plus productif, il sera plus compétitif, plus fort face à la concurrence. Je veux un nouveau modèle français où le coût du travail sera allégé, où tout le monde aura compris que plus le travail coûte cher, plus il a vocation à être délocalisé. Que plus le travail coûte cher, moins il supporte la concurrence. Je veux un nouveau modèle français où le poids des normes et des règles qui pèsent si lourdement sur le travail sera allégé parce qu’au lieu de protéger le travail, l’excès de normes finit par le détruire. Je veux un nouveau modèle français où l’on ne cherchera pas à diminuer le coût du travail en abaissant les salaires parce qu’en France, le salaire n’est pas trop haut, il est trop bas. Parce que la baisse des salaires, c’est entrer dans le cercle vicieux de la déflation et de la dépression. Il faut augmenter les salaires et il faut diminuer le coût du travail. Voilà le défi ! Augmenter les salaires, cela se fera grâce à la suppression de la prime pour l’emploi. Diminuer le coût du travail, cela se fera en finançant une réduction des cotisations familiales par la TVA. Ainsi les importations seront taxées et elles contribueront au financement et de la protection sociale. Les exportations ne seront pas taxées et elles seront plus compétitives. La TVA anti délocalisation, c’est une TVA pour freiner les délocalisations, pour protéger l’emploi français. Ils étaient nombreux à gauche avant la campagne présidentielle à approuver cette idée. Où sont-ils ? On ne les entend plus ! La gauche, celle que l’on entend, a crié à l’injustice parce qu’il s’agit de faire payer le consommateur. Mais les délocalisations, ce n’est pas injuste ? Le chômage, ce n’est pas injuste ?
Celui qui n’a plus de travail que peut-il consommer ? Et puis, il y a l’autre voie, celle de la participation que le Général De Gaulle a ouverte contre la gauche, contre les syndicats, contre toutes les forces du conservatisme. Nous avons fait la prime dividende parce que le dialogue social n’avait débouché sur rien, parce que personne ne voulait bouger ni le patronat, ni les syndicats. Je veux un nouveau modèle français où le capitalisme des entrepreneurs aura remplacé le capitalisme financier, où l’entreprise sera redevenue une communauté humaine consciente de partager une destinée commune, où chacun sera récompensé de ses efforts, où les profits seront partagés, où la participation aura suffisamment progressé pour faire oublier ce reste de lutte des classes qui empoisonne encore nos relations sociales. Je veux un nouveau modèle français où la réussite ne sera plus regardée avec suspicion mais comme un exemple, où le talent et le mérite seront récompensés, où chacun pourra conserver assez du fruit de ses efforts pour pouvoir se constituer un patrimoine et le transmettre un jour à ses enfants, où le travail engendrera le patrimoine, où le patrimoine sera la récompense du travail. Je veux dire à tous ceux qui ne connaissent pas la France du travail que lorsque la France du travail considère son patrimoine elle ne le regarde pas comme une valeur pécuniaire mais comme des dizaines d’années de labeur, de sueur et d’effort. Elle y voit toutes les peines, tous les sacrifices quelle y a mis. Elle le regarde avec émotion car lorsque l’on se retourne ainsi sur sa vie on est ému en pensant à ce que l’on a réussi à construire. Je veux dire à cette France du travail qu’elle n’a pas à s’excuser pour son patrimoine, qu’elle n’a pas à s’excuser pour ses efforts, qu’elle n’a pas à s’excuser pour son mérite, et que ce qu’elle possède elle l’a gagné. Son patrimoine c’est le sien, ce n’est pas le patrimoine de l’Etat. C’est le patrimoine de la Nation, c’est le patrimoine de tout un peuple de travailleurs. On n’a pas le droit de le lui prendre, on n’a pas le droit de le lui confisquer. Revenir sur l’exonération des droits de succession, durcir les conditions des donations, remettre en cause le quotient familial, matraquer fiscalement les classes moyennes pour payer une folie dépensière, ce serait briser pour longtemps le rêve de la France du travail. A tous ceux qui ne connaissent pas cette France du travail je veux leur dire que c’est une France qui n’est pas avide, qui n’est pas cupide, qui n’est pas malhonnête, qui n’est pas immorale et c’est justement pour cela qu’elle ne supporte plus les mises en cause de la France. La France est un des pays les plus accueillants et les plus généreux du monde. Elle ne mérite pas qu’on la critique sans arrêt, elle ne mérite pas qu’on la stigmatise. Elle mérite qu’on la respecte. Je veux un nouveau modèle français où chacun aura sa chance, où ceux qui auront été brisés par les accidents de la vie auront droit à un nouveau départ, où la deuxième chance sera généralisée, où les familles de bonne foi qui seront surendettées pourront bénéficier de la faillite civile comme les entreprises. Le retour de l’égalitarisme, du nivellement par le bas briserait ce rêve d’égalité des chances.
Je veux un nouveau modèle français où la spéculation et l’assistanat ne rapportent pas plus que le travail, où celui qui ne travaille pas ne vit pas mieux que celui qui travaille dur, où celui qui a travaillé et cotisé toute sa vie n’a pas moins de droits que celui qui n’a jamais travaillé et jamais cotisé, parce que c’est décourageant et parce que c’est immoral. Je veux un nouveau modèle français où ceux qui ont travaillé toute leur vie peuvent vivre sans être à la charge de leurs enfants, où ils peuvent se soigner. Il n’est pas juste que les aides soient trop souvent réservées à ceux qui n’ont pas travaillé et que ceux qui ont travaillé soient moins aidés. Il n’est pas juste que le petit retraité qui vit avec le minimum vieillesse, on ne l’aide pas pour qu’il puisse se soigner. Je veux réparer cette injustice. C’est pour respecter ceux qui ont travaillé que j’ai préféré reculer l’âge de départ à la retraite plutôt que de diminuer les pensions. C’est pour respecter ceux qui ont travaillé que j’ai conservé l’indexation intégrale des retraites sur les prix. C’est pour réparer une autre injustice qui attendait d’être réparée depuis 60 ans que je me suis engagé à faire payer les retraites le 1er de chaque mois parce qu’il était profondément injuste que l’État fasse sa trésorerie sur le dos des retraités et parce que cela plongeait beaucoup de petits retraités dans des difficultés inextricables quand toutes les échéances tombaient au début du mois. Je veux un nouveau modèle français où l’école sera une école de l’exigence qui apprendra aux enfants à tracer la frontière entre le bien et le mal, entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, entre la vérité et le mensonge, entre le beau et le laid, et qui leur inculquera le goût de l’effort et le respect du travail, qui leur fera éprouver la joie de la connaissance comme la récompense du travail de la pensée. Parce que c’est sur le socle des valeurs que la famille et l’école transmettent aux enfants que se construit un modèle social. Françaises, Français, mes chers compatriotes, C’est ce projet que je veux construire avec vous. Ce projet n’est rien d’autre que le rêve d’une nation Française rassemblée, fière de ses valeurs, de son identité, confortée en son idéal de mode de vie, rassurée dans sa volonté de rester différente. Oui, peuple de France, nous sommes différents et nous voulons le rester. Nous sommes la République et pas seulement la démocratie. Nous ne voulons à aucun prix du communautarisme parce que nous sommes républicains. Nous sommes les héritiers d’une grande culture, les enfants de Voltaire, de Chateaubriand, de Victor Hugo, de Maupassant.
Nous ne voulons pas de l’aplatissement culturel du monde. Nous voulons garder notre langue, notre littérature, notre musique, notre cinéma. Nous sommes les héritiers d’une grande histoire. Les héritiers de Jeanne d’Arc, de Bonaparte, du Général de Gaulle, les héritiers de la Renaissance, de la Résistance, des Trente Glorieuses. Nous ne voulons pas d’une petite ambition, nous voulons de grands projets, de grands rêves. Nous sommes le peuple de France. Nous avons reçu de nos parents et de nos grands-parents en héritage, comme un trésor, la réconciliation Franco-allemande, la paix en Europe, des territoires où se dressent partout des cathédrales et des églises, des valeurs, un art de vivre, une éducation. Cet héritage nous n’y renoncerons jamais. Nous sommes la France. C’est tout le sens de mon projet. Ce projet je veux l’accomplir avec tous ceux qui travaillent, avec tous ceux qui ont travaillé toute leur vie et qui connaissent la valeur du travail. Je veux rendre hommage à tous ceux qui contribuent à faire de la France un grand pays. Je veux rendre hommage à ceux de nos compatriotes issus de l’immigration qui ont fait des efforts pour s’intégrer, qui veulent devenir des Français comme les autres, qui travaillent dur, qui transmettent à leurs enfants des valeurs élevées, qui les éduquent avec une grande exigence morale et dans l’amour de la France. Je veux le dire aussi : c’est pour que la République puisse tenir sa promesse à leur égard qu’il faut ralentir les flux migratoires, c’est pour que le creuset français continue de fonctionner qu’il faut diminuer les entrées. Nous le devons à ceux qui sont là et qui ont fait tant d’efforts. Nous avons traversé bien des épreuves depuis cinq ans, côtoyé bien des précipices, mais nous avons réussi à ne pas être emportés. Après avoir été si absorbés par le présent, voici le moment de nous tourner vers l’avenir. Nous avons commencé à le préparer. Nous avons fait des réformes qui attendaient depuis si longtemps d’être accomplies. Maintenant, cet avenir nous devons le construire. Vous l’aurez compris, le nouveau modèle français que je vous propose n’est pas celui de la jalousie, ce n’est pas celui de l’amertume, qui conduise toujours à rabaisser celui qui s’élève. Ce que je vous propose, ce n’est pas la fermeture, le repliement sur soi, la frilosité, ce n’est pas la haine de soi et la haine des autres. Ce que je vous propose, ce sont des frontières qui nous protègent pour ne plus subir et pour agir.
Ce que je vous propose, c’est le contraire du laissez-faire, de l’abandon qui nous ont conduits à toutes les crises que nous avons connues depuis quatre ans. Ce que je vous propose, c’est de refonder la République du mérite, celle de Jules Ferry et du Général De Gaulle. En face, une gauche rattrapée par ses vieux démons. Une gauche dont une partie en appelle déjà à la rue pour faire pression sur l’autre partie sommée d’obtempérer. A quelle revendication le candidat socialiste cédera t-il ? Après avoir vendu les ouvriers du nucléaire pour un accord électoral avec les verts, que vendra t-il d’autre ? Prendra t-il le SMIC à 1700€ ou bien l’interdiction des licenciements ? C’est parce que tout cela est en cause que je vous appelle à un sursaut national. Écoutons encore le Général de Gaulle : « Travailleurs ! C’est avec vous, d’abord, que je veux bâtir la France nouvelle. Quand encore une fois, ensemble, nous aurons gagné la partie, en dépit des excitations des destructeurs et des intrigues des diviseurs, on apercevra tout à coup une nation joyeuse et rassemblée où, je vous en réponds, vous aurez votre digne place. Alors, on verra sortir, des voiles qui le cache encore, le visage radieux de la France ! » C’était le 1er mai 1950 à Bagatelle. Je n’ai pas trouvé qui exprimait mieux ma pensée en cet instant où se joue le destin de la France. Il reste trois jours ! Trois jours pour expliquer ! Trois jours pour convaincre ! Trois jours pour entraîner ! Trois jours pour que chacun comprenne que dimanche il ne votera pas pour un candidat mais pour lui-même, pour son avenir et pour celui de ses enfants ! Trois jours pour gagner ! Vive la République ! Vive la France !



mardi 8 novembre 2011

Après les trois jours tragicomiques qui ont secoué la Grèce (et l’Europe) capitaliste, le gouvernement d’union nationale prélude à l’approfondissement ultérieur de l’affrontement de classe

par Yorgos Mitralias
Membre fondateur de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette (www.elegr.gr) et du Comité contre la Dette –CADTM grec (www.contra-xreos.gr).

-Pourquoi tout à coup cette inquiétude
cette confusion (comme les visages sont devenus graves).
Pourquoi les rues, les places, se vident-elles si vite
et chacun rentre chez lui très soucieux?
C'est que les barbares arrivent aujourd'hui
et que ces choses-là éblouissent les barbares.
K. Kavafis, En attendant les barbares (extrait)

Pourquoi toute cette agitation grecque et internationale ? Pourquoi les menaces et les chantages, pourquoi les intrigues florentines, pourquoi tout ce psychodrame politique athénien sur fond de tragicomédie cannoise? Et pourquoi finalement « l’union nationale » grecque tant désirée par les maitres cuisiniers de Berlin, de Paris, de Washington et d’ailleurs? Pourquoi ?...
Et bien, c’est simple : parce qu’il fallait coûte que coûte empêcher la venue des « barbares », l’irruption des masses grecques révoltées sur la scène politique. Parce qu’il faillait retarder le plus possible la tenue de ces élections générales tant souhaitées par la plèbe en colère et encore plus redoutées par l’Alliance Sacrée des chanceliers et des banquiers !
En effet, parler de panique de la bourgeoisie grecque c’est peu dire. Voici qu’il y a quelques jours, le –jusqu'à hier- Premier ministre grec et  président de l’Internationale…Socialiste ( !) Georges Papandreou, manifestement aux abois face a la demande presque unanime d’élections-générales-tout-de-suite, perd sa tète car voulant la sauver, il invente un référendum (bidon) et la menace directe d’un coup d’Etat militaire imaginaire ! (1) Le résultat est immédiat : grande panique chez ses maitres et partenaires européens qui, totalement surpris par l’éventualité d’un référendum incontrôlable dans cette Grèce incontrôlée car en ébullition permanente, somment ce Papandreou cramponné  a son fauteuil de Premier ministre de s’expliquer devant eux tout de suite a Cannes.
L’humiliation de Papandreou (et de la Grèce) devait être exemplaire pour que « ceux d’en bas » en Europe et de par le monde ne prennent pas au sérieux ce qui n’a été qu’une menace de référendum brumeux de sa part. Un Papandreou au garde-à-vous devant ses patrons, accepte donc imperturbable que le tandem Merkel-Sarkozy annonce non seulement la date mais aussi le contenu de la question du référendum …  « grec » : non pas oui ou non a l’accord du 26-27 octobre mais oui ou non a l’euro !
Le chantage est clair et ne laisse plus le moindre doute sur l’avenir du fameux référendum bidon. Il n’y en aura pas. Mais, les dégâts provoqués en Europe et surtout en Grèce par ce Premier ministre grec « aventuriste et irresponsable », sont déjà si énormes que ces élections si redoutées semblent désormais inévitables. Alors, comment faire pour désamorcer la crise en éloignant Papandreou du gouvernement tout en empêchant la tenue des élections générales ?
Comme par miracle, tous les centres de pouvoirs et les grands médias grecs sont tombés d’accord –en un temps record- sur l’idée que le salut viendrait d’un gouvernement d’union nationale des deux grands partis néolibéraux, du PASOK et de la Nouvelle Démocratie (2). Oubliées les querelles politiciennes de la veille, les « élites » grecques se sont brusquement réveillées avec seul mot d’ordre, celui dicté par leurs maitres européens : Union nationale avant que les barbares profitent de façon irréparable de notre désunion, de nos paniques, de nos contradictions et même de nos gaffes…

Ce qui a suivi était prévisible. Malgré sa résistance acharnée, Papandreou a du plier sous des pressions qui venaient de l’intérieur même de son gouvernement. De l’autre côté , le refus du leader de Nouvelle Démocratie Antonis Samaras d’avaler la couleuvre de l’accord du 26-27 octobre en participant a un gouvernement d’union nationale, n’a tenu que trois jours. Au soir du troisième jour, les jeux étaient faits : l’opposition de sa majesté pratiquée par la droite grecque depuis le premier Mémorandum dicté par la troïka, donnait sa place à la cohabitation avec le PASOK au sein du même gouvernement imposé par la Troïka et le grand capital grec !

Le gouvernement d’union des deux grands partis néolibéraux ne laisse aucun doute quant à ses objectifs : d’un côté  il servira avec dévouement les intérêts de ses maitres grecs et internationaux en faisant voter, entre autres, le budget de l’Etat et l’accord du 26-27 octobre, et de l’autre il repoussera le plus tard possible le recours aux urnes. D’ailleurs, le passé  récent de son Premier ministre est tout a fait éloquent : grand banquier, Loucas Papadimos a été pendant très longtemps vice-président de la Banque Centrale Européenne (BCE) ! De cette BCE qui fait partie de la Troïka de tous les malheurs grecs…

Alors, la crise est terminée ? Non, pas du tout à en croire aussi bien « ceux d’en haut » que « ceux d’en bas ». Mais maintenant, il ya une différence de taille par rapport au passé : la situation n’est plus la même car la formation de ce gouvernement a le grand mérite de clarifier un paysage politique grec longtemps confus et embrouillé par des manœuvres politiciennes. Désormais, le tableau politique grec est net et clair : d’ un côté  , les grands –et les petits- partis bourgeois soutenant à fond les Mémorandums et leur austérité cataclysmique et barbare, et de l’autre côté   les partis de gauche qui les rejettent et les combattent. D’un côté  la bourgeoisie grecque et de l’autre, le peuple qui saigne mais qui lutte !...

Évidemment, tout serait beaucoup plus clair et plus facile pour « ceux d’en bas » si la gauche grecque se présentait dans cette ligne droite de l’affrontement à mort moins désunie et sectaire, plus décidée à faire front face a une droite grecque et internationale déterminée à aller jusqu’au bout de ses projets cauchemardesques. Pourtant, il ne faut pas désespérer. La colère et la détermination populaires sont telles qu’il faudra a la réaction grecque beaucoup plus que la formation d’un gouvernement d’union nationale pour venir a bout du séisme social qui secoue depuis des mois les fondements de l’Etat bourgeois grec.  En effet, tout indique que la stabilisation de la situation qui suivra la formation de cet avorton gouvernemental sera de courte durée, et elle sera sans doute suivie par l’approfondissement non seulement de la crise mais aussi de la mobilisation populaire.

Cependant, il y a désormais un problème qui crève les yeux et demande d’urgence une réponse a la fois réaliste et crédible : quel projet européen alternatif et radical non pas pour le mouvement grec mais pour toutes les résistances populaires en Europe face a la crise (terminale ?) de l’Union Européenne et la véritable guerre que ses dirigeants mènent contre leurs propres populations ? Le cas grec vient de démontrer que la sortie de l’euro (et de l’Europe) ne représente une alternative ni réaliste ni crédible pour ces populations en lutte. Mais plus que ça, elle ne représente pas une solution de classe a la guerre de classe menée par le capitalistes européens contre ses salariés/es et ses retraités/es, ses jeunes et ses chômeurs,  les femmes et tous les opprimés/es de ce continent.

Alors, quoi ? Sommes-nous condamnés éternellement à la défensive sans qu’il n’y ait jamais espoir de passer à la contre-attaque et vaincre ? L’élaboration de la réponse doit être notre affaire à tous. Mais, en dernière analyse une chose est sûre : tout dépendra de la capacité de toutes ces résistances populaires (en Grèce et en Espagne, en Italie et au Portugal, en Irlande et en France, en Pologne et en Allemagne et partout ailleurs) de se coordonner  et de se battre pour le projet commun d’une Europe démocratique des peuples qui aura des priorités diamétralement opposés a celles de l’Europe actuelle des banquiers, des spéculateurs et des capitalistes.
Allons donc, camarades. Mettons-nous tous ensemble au travail…

(1)            Sujet tabou pour les médias grecs qui n’en soufflent mot, la préparation de ce prétendu coup d’Etat militaire grec a du impliquer au moins les quelques membres du gouvernement Papandreou responsables du changement de la totalité de l’état-major de l’armée grecque, quelques jours avant le dénouement comique de cette affaire a Cannes. Dans tout ça pourtant une question reste manifestement sans réponse : depuis quand les instigateurs de tels actes impliquant les forces armées d’un pays ne font-ils pas l’objet de très lourdes sanctions pénales ?...
(2)            La préparation au forcing des esprits en vue du gouvernement d’union nationale a donné lieu a un bourrage de crâne sans précédent de la part de toutes les chaînes de TV grecques. Pendant les trois jours précédant la formation du nouveau gouvernement, la même vingtaine des professeurs, journalistes, politiciens, banquiers et autres « experts » de tout ordre allaient d’un studio a l’autre tant pour briser les dernières résistances provenant des irréductibles de deux grands partis que pour assener leur vérité néolibérale aux malheureux téléspectateurs grecs.


 Ci-gît la Grèce, berceau et tombeau de la démocratie. Qu'elle repose en paix  pour la gloire des marchés financiers

vendredi 25 février 2011

Tunisie : Révolution, suivie de grève générale, chez les Ben Simpsons-La "dégage attitude"

La lutte des classes bat son plein dans la Tunisie libérée de Ben Ali mais pas de son système. Les patrons pensent que ça suffit comme ça, qu'il faut reprendre le boulot et fermer sa gueule. Les prolétaires ne l'entendent pas exactement de cette oreille.

1er épisode : 30 janvier 2011

BD_Simpsons1



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(inspiré des "Simpsons" série télévisée d'animation américaine créée par Matt Groening)

2ème épisode : 13 février 2011

Grève générale chez les Ben Simpsons

Visiblement la situation chez les Ben Simpsons ne s'améliore pas. A peine remise des secousses de la Révolution, la famille se trouve confrontée à une situation complétement inédite!
BD_Simpsons3
Cet étrange phénomène social qui ne concerne pas que les Ben Simpsons prend des allures plus inquiétantes chez certains gros patrons:
Le e-journal économique Businessnews nous rapporte le cas de l'hôtel Regency de Gammarth où le patron fait face à des revendications que le journaliste qualifie d'"exagérées"(voir ici). Face à la pression, lit-on, le patron cède en promettant de titulariser 25% du personnel. S'entend qu'avant la grève, il n'y avait aucune titularisation. Bizarre pour un hôtel qui fait son plus gros chiffre d'affaire en 2010 (comme le précise un autre article de Businessnews daté du 02/12/2010, voir ici). Le journaliste ne branche pas sur le faite qu'avant la révolution, aucun des employés n'était titularisé et ce malgré les performances économiques. La précarité de l'emploi contre laquelle se posent ces grévistes n'interpelle point sa conscience. Il ne s'agit que de revendications "capricieuses". Certainement aussi capricieuses que nos exigences de démocratie et de dignité sous Ben Ali! 
Dans la suite on apprend que ces sauvages insensibles à la générosité du patron auraient exigé son départ par un "Dégage!".  Contre cette fronde la direction a réagi par "un acte très courageux et spectaculaire" s'émeut le journaliste: elle décide de fermer l'Hôtel. Traduction: l'ensemble du personnel est viré. Ça tombe bien. Personne n'est titularisé. Le directeur explique que: "Il ne peut y avoir de place pour les perturbateurs qui nuisent à l’intérêt de l’entreprise et de l’hôtellerie tunisienne!" ( l'intérêt des employés qu'ils se le mettent...). Le journaliste qui s'est contenté d'interviewer le directeur conclue:"En effet ! Chapeau pour le courage en espérant qu’il inspire les membres du gouvernement et les autres hôteliers qui subissent ce type de chantage en cette période critique !"
Conclusion
Mes amis il ne s'agit pas là de tomber dans le manichéisme béat qui oppose le pauvre ouvrier exploité au méchant patron. Je ne comprends cependant pas la partialité aveugle du journaliste qui persiste et signe en faveur du patron.
Même si ce journal a fait son Mea culpa après la chute du régime, je lui trouve une sacrée tendance à encenser les saint-patrons et les tout-puissants de ce monde. Par ailleurs je trouve dangereux ces nombreux groupes qui se montent sur facebook pour diaboliser toutes les revendications sociales qui bouleversent le pays. N'est-il pas dans la suite logique d'une révolution contre un despote de voir l'élan révolutionnaire se poursuivre à petite échelle pour déloger les petits despotes qui nichent ici et là dans les entreprises? Rien d'étonnant donc que le secteur hôtelier connu pour son exploitation de la main d'œuvre ne soit à son tour atteint par la "dégage attitude".
Méfions-nous de cette idéologie d'expert comptable qui au nom de la sacro-sainte économie décide de clore l'élan révolutionnaire pour redémarrer la machine du profit. A quoi bon aurait servi notre victoire contre Ben Ali si c'est pour perpétuer cette autre forme de soumission...
Source : debatunisie