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mardi 8 mars 2016

Égypte : Silence, on purge ! Egypt: Silence, Great Purge in progress! Ägypten: Ruhe, die Große Säuberung geht vor!
Egipto: ¡Silencio, se depura! Egitto: Silenzio, si purga! مصر: ساکت باشید، پاکسازی بزرگ مقدم است

TLAXCALA  تلاكسكالا
 Égypte : Silence, on purge ! - Depuis l'été 2013, des centaines d'Égyptiens et d'Égyptiennes ont disparu, victimes d'enlèvements de la part des forces de répression. Leurs familles ignorent où ils et elles se trouvent et s'ils et elles sont encore en vie. Des actions sont prévues dans toute l'Égypte à l'occasion de la Journée internationale des femmes ce 8 mars. Lire la suite
 Egypt: Silence, Great Purge in progress! -    Since the summer of 2013, hundreds of Egyptians have disappeared, victims of kidnapping by the forces of repression. Their families don't know where they are and if they are still alive. Actions are planned throughout Egypt for the occasion of International Women's Day on the 8th of March. Read more
Ägypten: Ruhe, die Große Säuberung geht vor! Seit dem Sommer 2013 sind Hunderte ägyptischer Männer und Frauen verschwunden. Sie sind Opfer von Entführungen von Seiten der Repressionsskräfte. Ihre Familien wissen nicht, wo sie sich befinden und ob sie noch am Leben sind. Anlässlich dieses Welttages der Frau sind am 08. März 2016 verschiedene Initiativen durch Ägypten geplant. Weiterlesen 
Egipto: ¡Silencio, se depura! -Desde el verano de 2013, cientos de egipcios y egipcias han desaparecido, víctimas de secuestros por parte de las fuerzas de represión. Sus familias no saben dónde se encuentran y si aún están vivos. Se han programado acciones en todo Egipto con motivo del Día Internacional de la mujer este 8 de marzo. Leer más
Egitto: Silenzio, si purga! Dall'estate del 2013, centinaia di egiziani/e sono scomparsi/e, rapiti/e dalle forze di repressione. Le loro famiglie non sanno dove sono o se e sono ancora vivi. Diverse azioni sono previste in tutto l'Egitto, in occasione della Giornata internazionale delle donne questo 8 marzo. Continua a leggere
 از تابستان 2013 صدها زن و مرد مصری سر به نیست شده اند. آنها قربانیان آدم ربایی از جانب نیروهای سرکوب می باشند. خانواده های آنان نمی دانند کجا بوده و آیا هنوز زنداه اند. به مناسبت روز زن در 8 مارس 2016 شماری از دستجات اقدام مشترکی را تحت عنوان زیر به راه انداخته اند

jeudi 25 février 2016

Égypte : la vérité sur Giulio Regeni se noie dans le gaz, et la répression fait rage

Giuseppe Acconcia, il manifesto, 22/2/2016
Égypte : la vérité sur Giulio Regeni se noie dans le gaz, et la répression fait rage 
L' Italie relâche la pression, mais pas le régime égyptien. Pas plus tard qu'hier, 116 condamnés, dont un enfant de quatre ans (!). Incarcération de l' écrivain Ahmed Naji Parmi les tables des bars du Caire, ...
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Egitto: mentre il caso Giulio Regeni annega nel gas, la repressione infuria 
Egitto. L’Italia allenta la pressione, il boia no. Solo ieri 116 condannati, tra cui un bimbo di quattro anni (!). Agli arresti lo scrittore Ahmed Naji Tra i tavoli dei bar del Cairo, mentre fino a qualche giorno fa tutti gli avventori citavano ... Lire la suite

samedi 24 mai 2014

Sa Sainteté le Maréchal Abdelfattah Bonaparte قداسة المشير عبد الفتاح بونابارت

Wael Qandil وائل قنديل



يترجرج الجنرال الجديد في ثياب الجنرال القديم الميّت، يبدو الأمر فكاهيّاً ومضحكاً، وعبثيّاً أيضاً، بحجم المفارقة بين المأساة و الملهاة (المسخرة بتعبير كارل ماركس).
لقد جمعوا له عوادم الماضي الذي يبعثونه من قبره باعتباره اليقين والمجد، في محاولة كوميدية لصناعة أسطورة جديدة، تماماً، كما فعل تحالف "السيف والقلنسوة الكهنوتية" مع لويس بونابرات، قائد الانقلاب على قيم الثورة الفرنسية الأولى.

Abdelfattah Al-Sissi sera le probable vainqueur de la présidentielle de ces 26-27 mai. Malgré le mythe construit autour du personnage, cette élection perpétuera le règne de l’arbitraire et de la corruption.
Le maréchal [Abdelfattah Al-Sissi] flotte dans les habits de feu son prédécesseur Gamal Abdel Nasser [président nationaliste égyptien, 1956-1970]. L’impression de ridicule, et même d’absurde, est à la mesure de la distance qui sépare le drame de la farce, selon l’expression de Karl Marx. On ramasse les débris du passé pour les coller à Sissi en tant qu’emblèmes de gloire et faire de lui une nouvelle figure de légende.Lire la suite

mercredi 30 avril 2014

Égypte : 683 manifestants pro-Morsi condamnés à mort/Le Mouvement des jeunes du 6 avril interdit

 683 manifestants pro-Morsi condamnés à mort
Le tribunal d'al-Minya, en Moyenne-Égypte, a requis la peine de mort, lundi 28 avril, contre 683 partisans du président déchu, Mohamed Morsi, pour des actes de violence et le meurtre de policiers. Ces peines doivent désormais être approuvées par le mufti égyptien, une étape considérée comme une formalité. Ces personnes, jugées dans les plus grands procès de masse de l'histoire récente selon l'Organisation des Nations unies, étaient accusées d'avoir participé à des manifestations violentes à al-Minya, le 14 août 2013, le jour même où quelque 700 partisans du président tombaient sous les balles de policiers et de soldats au Caire. Selon l'ONG Human Rights Watch, le procès n'a duré que quelques heures, et le tribunal a empêché les avocats de la défense de prendre la parole.
Sur les 683 condamnés, une cinquantaine seulement sont en détention -les autres ayant été libérés sous caution, en fuite ou déjà morts. Parmi les détenus figure Mohammed Badie, guide suprême des Frères musulmans, la confrérie vieille de 85 ans qui avait remporté toutes les élections depuis la chute du président Hosni Moubarak, au début de 2011, avant d'être déclarée « terroriste » en décembre.
Ce verdict a aussitôt été condamné par l'ONU, et l'Union Européenne qui dénoncent une "atteinte au droit international" et "aux droits humains". Les États-Unis, quant à eux, appellent le Caire à annuler ces peines ainsi que les 529 autres prononcées fin mars. Pour la Maison Blanche  « le verdict d'aujourd'hui, comme celui du mois dernier » est « un défi aux règles les plus élémentaires de la justice internationale », fustigeant dans sa déclaration un « précédent dangereux ».


Le Mouvement des jeunes du 6 avril interdit
Le tribunal des référés du Caire a interdit toutes les activités du Mouvement des jeunes du 6 avril, ordonné la saisie de ses biens et la fermeture de ses locaux. Motif : « atteinte à l’image de l’Égypte et intelligence avec l’étranger ».
Crée en mars 2008 en soutien aux grévistes des filatures de Mahalla al-Kubra, ce mouvement avait activement préparé le soulèvement du 25 janvier 2011 contre le président Moubarak et participé aux manifestations contre le Conseil Suprême des Forces Armées.
La condamnation à 3 ans de prison de ses principaux leaders -Ahmed Maher, Mohamed Adel et Ahmed Douma- a aussi été confirmée, le 7 avril dernier, par la cour d'appel du Caire. Ils avaient été arrêtés en décembre dernier, suite à une manifestation devant le Conseil constitutionnel, le 30 novembre 2013, pour demander l'annulation du décret ministériel interdisant les rassemblements de plus de 10 personnes.
Le 6-Avril a publié un communiqué condamnant la décision de justice et affirmant que « le mouvement poursuivra son action comme il l’entend ». Quant à Ahmed Maher, il a envoyé ce commentaire sur les réseaux sociaux : "Aujourd'hui, c'est le Mouvement du 6-Avril et demain ce sera tous les autres... Chaque jours, le régime militaire utilise tous les artifices des régimes répressifs pour se venger de la révolution du 25 janvier !"
Source : Échos d’Égypte, 28 avril 2014 

dimanche 27 avril 2014

Un comité de détenus annonce une grève générale dans les prisons égyptiennes مصر : نداء من وراء القضبان

24 avril 2014-Dans un communiqué diffusé à la presse, un comité de détenus politiques annonce un mouvement de grève générale dans les prisons. Il y dénonce la détention arbitraire de plus de 20 000 personnes et les mauvais traitements qu'elles subissent régulièrement depuis leur arrestation entre le 3 juillet 2013 et le 31 janvier 2014.  Parmi elles, on compte : 1232 médecins, 2574 ingénieurs, 124 professeurs d'université et chercheurs, 5342 étudiants de l'université islamique al-Azhar, 3879 étudiants d'autres universités, 704 femmes et 689 enfants. Selon ce communiqué, 21 personnes sont mortes sous la torture, 618 personnes souffrent de maladies graves et 53 enfants ont les oreillons, sans que des soins appropriés ne leur soient dispensés.
Ces milliers de détenus sont répartis sur tout le territoire égyptien, dans les prisons et camps d'incarcération suivants : Borg el Arab et et  al-Hadara (Alexandrie), Damanhour, Abou-Zaabal (Kalyoubya), Wadi Natroun (désert le Caire-Alexandrie), Tora (le Caire), Gamsa, al-Akrib, al-Fayoum, Assiout, al-Wadi al-Gadid (al-Kharga).
Source : Échos d’Égypte
Lire l'article de Fahmy Howeidy Égypte: un appel de derrière les barreaux

Egipto: un Comité de detenidos anuncia una huelga general en las cárceles
Über 20 000 politische Gefangenen in Ägypten bereiten Generalstreik vor

dimanche 13 avril 2014

L'Égypte à marche forcée vers la Sissicratie !


par Rabha Attaf, 13 avril 2014 Grand reporter, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient
Auteure de « 
Place Tahrir, une révolution inachevées », éditions workshop19, Tunis, 2012



C'est officiel depuis le 27 mars dernier. Investi par le Conseil Suprême des Forces armées, le maréchal al-Sissi est désormais candidat à la prochaine élection présidentielle dont le premier tour est annoncé pour les 26 et 27 mai prochains. Pas étonnant ! L'artisan du coup d'État militaire qui a destitué Mohamed Morsi, le 3 juillet 2013, n'a jamais caché sa volonté d'être aux commandes du pays. Il avait notamment transformé le référendum constitutionnel de janvier dernier en véritable plébiscite personnel, annonçant qu'il se présenterait « si le peuple le réclame ».


La propagande en faveur du Maréchal établit une filiation avec Nasser et Sadate, dont 61% des Égyptiens, ayant moins de 30 ans, n'ont pas connu les règnes, omettant sciemment Moubarak.

Surfant à la fois sur la sissimania matraquée par des médias complaisants, et surtout sur le climat de violence dans lequel l'Égypte s'enfonce au fil du temps, al-Sissi incarne désormais, pour les défenseurs du régime militaire, le héros de la lutte anti-terroriste, mais aussi le garant de la stabilité du pays pour ses soutiens occidentaux - dont la France et les USA qui viennent de rappeler leur attachement au « processus de transition en cours ». Autant dire que l'issue du prochain scrutin semble d'ores et déjà déterminée ! De quoi donner des ailes à « Sissi l'imperator » et lui garantir un score défiant toute concurrence !

 
Pour assurer la sécurité pendant le référendum, la police militaire égyptienne a été dotée de ces tenues évoquant irrésistiblement celles des personnages du jeu vidéo "Power Rangers". Coûtant chacune la modique somme de 1429 $, ces tenues de Ninjas rouges appelées XP Instructor Suit  sont produites par RedMan, une division de l'entreprise Macho Inc. , en Floride (USA)…



dimanche 14 juillet 2013

Égypte : R.A.S.


Titre : Le reporter de télévision égyptien a reçu une balle dans les yeux
Le reporter : Il n'y a aucun tir à balles dans les environs du ministère !...









vendredi 12 juillet 2013

La parole aux murs du Caire

 Sous le pont du 6-Octobre, un travail des artistes de rue Ganzir et Sad Panda


samedi 6 juillet 2013

Égypte : Rabha Attaf apporte un éclairage sur la situation dans le pays

Rabha Attaf, grand reporter, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient s'est immergée dans le formidable mouvement de 2011 qu'elle a restitué, au fil des semaines et des mois, dans un ouvrage intitulé « Place Tahrir, une révolution inachevée » (éditions workshop19, Tunis). Un récit unique de la première phase de la révolution égyptienne en cours, qui va du 25 janvier 2011 à l'élection présidentielle de juin 2012, « conclue, provisoirement, par la mise en place d'une cohabitation instable entre le président élu, le Frère Musulman Mohamed Morsi, et le Conseil Suprême des Forces armées (CSFA) », avait-elle précisé. Une instabilité qui s'est vérifiée aujourd'hui. Entretien.
Propos recueillis par Patricia MAILLE-CAIRE
Rabha Attaf grand reporter et auteure de l'ouvrage "Place Tahrir, une révolution inachevée", éditions workshop19 (PHOTO D.R.)
Rabha Attaf entre la chute de Hosni Moubarak en février 2011 et l'élection de Mohamed Morsi, 16 mois plus tard, l’Égypte était dirigée par le Conseil Suprême des Forces armées. Au printemps 2012, le peuple scandait alors : «  A bas le régime militaire » et aujourd'hui  « L'armée et le peuple », s'agit-il d'une contre-révolution ? 
Nous venons tout simplement d'assister à un coup d’État militaire. Le Conseil Suprême des Forces armées a profité du vaste mouvement de contestation pour destituer le président Mohamed Morsi qui, rappelons-le, était le premier président civil élu de l'histoire égyptienne. Il faut préciser que le Conseil militaire  a toujours gardé la main haute sur la vie politique depuis la chute de Moubarak, le 11 février 2011. Après avoir fait voter des amendements à la constitution permettant à l'armée de conserver ses prérogatives et privilèges, il a mis en place un calendrier électoral, des élections législatives suivies de l'élection présidentielle, toutes deux remportées par le Parti pour la Liberté et la Justice (Frères Musulmans) dont est issu le président Morsi. Dans le même temps, l'armée a réprimé violemment les manifestations qui se sont poursuivies au Caire, à Alexandrie et dans les principales villes de l'estuaire du Nil (Port Saïd, Suez, Mansouria), sans oublier Mahala El-Kubra (la ville des filatures). Et ce jusqu'en ce début d'année 2013. Le comble, c'est que la dernière constitution en date, votée en décembre 2012 par une assemblée constitutionnelle dominée par les partis islamistes, maintenait les prérogatives des militaires. Ce qui leur a permis aujourd'hui de faire leur coup de force et de dissoudre cette constitution !
Depuis le renversement du président Mohamed Morsi par l'armée, le président intérimaire, Adly Mansour, a décidé de dissoudre, ce vendredi 5 juillet  l'Assemblée nationale, largement dominé par les islamistes. Que va-t-il se passer, selon vous ?
La dissolution de l'Assemblée populaire dans la foulée de la suspension de la constitution signifie clairement l'instauration de la loi martiale et de mesures d'exception. La décision d'Adly Mansour ne fait qu'entériner les mesures énoncées par le Général Sissi dans son discours télévisé annonçant la destitution du président Morsi. Officiellement jusqu'à la mise en place de nouvelles élections, l’Égypte sera gouvernée par des technocrates chargés d'assurer la gestion courante des affaires du pays. C'est à dire par un gouvernement illégitime puisque non issu des urnes. En procédant à un coup d’État, le Conseil Suprême des Forces Armées a mis brutalement un terme à la transition démocratique jusque là en cours en Égypte. Un processus certes chaotique, mais tout de même en cours ! Cela signifie clairement que l'instauration d'un État de droit n'est pas pour demain. La conclusion de mon livre « à l'ombre du Sphinx, la démoctature a encore de beaux jours devant elle », s'avère malheureusement pertinente.
Que vont devenir les frères musulmans et les salafistes ? Ne risquent-ils pas, d'une part,  de passer une nouvelle fois pour des martyrs et d'autre part se radicaliser ?
Il ne faudra pas s'étonner de la radicalisation d'une partie des islamistes qui sont en droit aujourd'hui de s'estimer trahis par une armée qui s'était portée garante de la transition démocratique. Pour faire simple, le camp islamiste est partagé entre partisans de la légalité, majoritaires et une minorité qui prône le recours à la violence. Avec ce coup d’État, l'armée vient de renforcer les activistes radicaux et la prise du gouvernorat d'El Arish, dans le Sinaï, par un groupe d'islamistes armé est le premier de leur fait d'arme. Dès lors, il faut s'attendre à un cycle de répression, avec notamment l'arrestation massive de militants islamistes. Kheyrat Shater, le numéro 2 du Parti pour la Liberté et la Justice vient d'ailleurs d'être incarcéré à la prison de Tora. L'exclusion brutale des Frères Musulmans du champ politique est particulièrement dangereuse car, jusqu'à présent, ils se sont montré respectueux de la légalité constitutionnelle. Leur mise hors la loi laisserait le champ libre à des groupes radicaux, des Gami'a islamiya reconstituées, qui n'auraient aucun mal à recruter parmi la jeunesse des quartiers où la pauvreté est endémique. Précisons que les membres des anciennes Gami'a islamiya, y compris ceux qui avaient participé à l'assassinat du président Saadate, ont été libérés dès le mois de mars 2011. Dès lors, il n'est pas à exclure que l'instrumentalisation de la violence de ces groupes par la police politique permette de légitimer la répression et de mettre au pas l'ensemble de la société égyptienne, y compris les contestataires laïques.
Comment réagissent les personnes avec lesquelles vous avez noué des liens sur la place Tahrir ?
Les réactions sont mitigées. Après le temps d'euphorie due au succès massif des manifestations du 30 juin, le doute s'installe. Et pour cause: Les arrestations massives de militants, condamnés ensuite par des tribunaux militaires, sont encore dans toutes les mémoires!  Même si certains, aveuglés par leur anti-islamisme primaire ont applaudi le coup d’État, la plupart des jeunes acteurs de la société civile n'accordent pas leur confiance au Conseil militaire.  Dans son dernier communiqué, par exemple, le Mouvement des Jeunes du 6 avril - qui avait été l'un des fers de lance des journées de révolte de janvier-février 2011- exige de l'armée qu'elle respecte les « demandes de la révolution », à savoir l'instauration de la justice sociale et des libertés individuelles, le respect de la dignité humaine ainsi que l'éradication de la corruption. Sous aucun ciel la démocratie n'est née à l'ombre des mitraillettes !
Peut-on comparer les situations égyptiennes et turques ?
Rien n’est comparable entre les deux situations, sauf la colère populaire, et un dirigeant affaibli par cette colère. Le Premier ministre Erdogan a dû renoncer à la destruction du parc Gezi à Istanbul sous la pression de la rue, après des semaines de contestation et sur décision de la justice qui a annulé ce projet. Même si cette contestation est menée, comme en Égypte, par les segments laïcs de la population contre ce qu'elle considère "une dérive islamiste des tenants du pouvoir", la similitude s'arrête là. L'armée turque est largement sous le contrôle du gouvernement - du moins jusqu'à présent- et la situation sociale et économique est bien moins explosive en Turquie qu'en Égypte. Précisons aussi que le Parti de la Justice et du Développement (l'AKP) gouverne la Turquie depuis 10 ans et que lors des dernières élections, il a fait un score de 50% des suffrages. Autrement dit, Erdogan peut se prévaloir d'une légitimité bien ancrée!

Il serait plus judicieux de comparer l’Égypte à l'Algérie. Le coup d'état militaire du 12 janvier 1992 avait suspendu les élections législatives, largement remportées au premier tour par le Front Islamique du Salut, et plongé le pays dans une décennie sanglante. Souhaitons que les Égyptiens ne connaissent pas le même sort, même si on ne peut exclure aujourd'hui cette possibilité tant la situation s'annonce volatile...

mardi 12 février 2013

Thérapie du choc et stratégie du chaos : premiers éléments pour comprendre l'assassinat de Chokri Belaïd en Tunisie



La Tunisie et l'Égypte sont en train de vivre une involution parallèle et similaire. Voici quelques-uns des traits communs aux deux pays :
1- Une "révolution" virtuelle
Dans les deux pays, rien n'a changé pour que tout change : les dictateurs – qui n'étaient que des "dictés" - ont été renversés, des élections démocratiques ont été tenues, les "islamistes modérés" se sont retrouvés au "pouvoir". Mais il est clair que le pouvoir réel ne se trouve pas dans les fauteuils qu'ils occupent. En Égypte, c'est le Conseil suprême des forces armées qui conserve le pouvoir réel et tire les ficelles, en étant en contact direct et permanent avec ses parrains et protecteurs à Washington. En Tunisie, la situation est beaucoup plus opaque, et la réponse à la question "qui détient le pouvoir réel" est beaucoup plus difficile. Disons pour commencer que c'est le cartel mafieux (affairistes, bureaucrates, policiers)  de l'ancien régime, dont certains piliers se sont laissé pousser une barbe.





2-     Thérapie du choc
Les "pouvoirs démocratiques" issus de ces "révolutions" ont en commun d'être docilement soumis aux ordres des "donneurs d'ordres": Banque mondiale, FMI, OMC, UE, USA et pétromonarchies du Golfe. Le conglomérat de ces donneurs d'ordres n'a qu'un souci : empêcher que les peuples arabes (et les autres aussi, d'ailleurs) ne réussissent à mener des véritables révolutions, qui remettraient leurs sociétés à l'endroit, en établissant la justice sociale et en leur permettant d'exercer leurs droits fondamentaux de citoyens d'un État de droit. En premier lieu la jouissance souveraine des ressources énergétiques dont regorge le sous-sol de leurs pays et des autres biens communs (eau, terre, patrimoine etc.).
La thérapie appliquée a plusieurs volets :
a. Les gouvernements en place doivent payer rubis sur l'ongle le service de la dette odieuse dont ils ont hérité des dictateurs/dictés déchus, condition unique posée pour leur "octroyer" d'autres crédits qui ne font que les endetter encore plus;
b. Les gouvernements en place doivent poursuivre le travail de "nettoyage", déjà bien engagé par leurs prédécesseurs : liquidation des services publics et donc de ceux qui les défendent, privatisations, bradage des richesses du pays aux multinationales, mise en place de structures de contrôle de la population rebelle, en premier lieu les salariés syndiqués et la jeunesse précarisée (les "diplômés chômeurs"). Pour éponger les dégâts sociaux de ce "nettoyage", la solution trouvée est la "charité islamique", en lieu et place des droits sociaux légitimes;
c. La pacification de la société : des centaines de millions d'Euros sont déversés par l'UE et les fondations US, allemandes et autres, sur la société civile organisée, avec un seul but : la contrôler, la discipliner et l'orienter vers un processus de « justice transitionnelle*» qui ne remet pas en cause le système en place. Principal objectif : empêcher que la jeunesse diplômée active n'accède au niveau de la politique réelle, c'est-à-dire l'organisation du peuple pour la satisfaction de ses demandes d'accès à la citoyenneté et aux biens communs.
Le massacre de la gare de Bologne (Italie), qui fit 85 morts et 200 blessés le 2 août 1980, vu par l'artiste Carlo Carosso
3-     Stratégie du chaos
La stratégie à l'œuvre dans les deux pays est fondamentalement la même que celle qui a été mise en œuvre dans la Grèce de 1967, l'Amérique latine et la Turquie, l'Italie (la "stratégie de la tension") et le  Liban des années 1970 et 1980, l'Algérie des années 1990, avec des ajustements tactiques pour l'adapter à chaque situation particulière. Les armes principales de cette stratégie sont :
a.      L'utilisation de la violence armée groupusculaire manipulée –ce qu'on appelle le "terrorisme" – pour semer la peur, déstabiliser les gens et les faire renoncer à la lutte pacifique, de masse, démocratique et transparente. L'objectif est de casser toutes les structures (partis, syndicats, mouvements) susceptibles de freiner la "libéralisation" de l'économie.
b.      La polarisation entre courants "idéologiques" dans lesquels on veut forcer l'ensemble de la société à entrer, ce qui conduit à une logique de "camps" retranchés s'excluant mutuellement et se combattant violemment. Une nouvelle variante du "diviser pour régner" : en haut, une bourgeoisie "moderniste, laïque, démocratique" s'opposant à une bourgeoisie "conservatrice, islamique, démocratique", en bas un peuple "progressiste, libertin, révolutionnaire" s'opposant à un peuple "traditionnel, bigot, fascisant". Bref, le seul moyen trouvé par les appareils du pouvoir réel pour perdurer, c'est la guerre civile, celle du frère contre le frère, de la sœur contre la sœur, des parents contre les enfants, des "libérés" contre les "enturbannés", par des alliances entre exploiteurs et exploités au nom de clivages qui n'ont rien à voir avec les besoins réels et les intérêts de classe des gens.
c.      La manipulation diabolique du couple infernal complot-émeute. En Égypte, comme en Tunisie, comme dans l'Algérie de 1988, la révolte légitime de la jeunesse précaire est canalisée par les réseaux mafieux-policiers vers des violences nihilistes encagoulées qui se manifestent à l' occasion des rassemblements populaires. Objectif : susciter la demande d'un pouvoir fort assurant la sécurité. Dernier exemple en date : l'apparition d'un "Black Bloc" au Caire à l'occasion du 25 janvier 2013. Un "Black bloc" tout aussi infiltré par la police que l'étaient ceux de Gênes en 2011, de Montréal, de Toronto, de Londres, de Strasbourg ou de Heiligendamm.
d. Les assassinats ciblés de personnages-clé, décidés et organisés par les réseaux occultes du pouvoir réel. Attribués simultanément à d'autres, ils ont pour but de provoquer un clivage irréversible de la société (voir point a).  L'assassinat de Chokri Belaïd, comme ceux de Tahar Djaout, Abdelkader Hachani, Mohamed Boudiaf et tant d'autres (Liabes, Boucebsi, Flici, Mahiou, Merbah, Belkaid, Alloula, Bouslimani, et Cheikh Sahraoui) en Algérie, s'inscrit dans cette stratégie. 
Les mouvements sociaux, progressistes ou révolutionnaires, doivent être pleinement conscients de cette stratégie à l’œuvre. Au risque de tomber dans un piège mortel. Et de connaître le sort du taureau qui fonce sur le tissu rouge sans voir la main du torero qui lui plantera l'épée dans la nuque.

Note
* Justice transitionnelle : processus destiné à pacifier la société en mettant en place un mécanisme se substituant à la justice en place pour « tourner la page » du sombre passé de dictature ou de guerre civile et mettre un « point final » aux demandes de justice des victimes. L'exemple le plus propagé est celui de la Commission Vérité et réconciliation en Afrique du Sud. Dans le monde arabe, le Maroc est le seul pays à ce jour à avoir institué une telle commission, l'Instance équité et réconciliation. En Tunisie, le ministère des Droits de l'homme vient de signer un accord de partenariat avec le Centre international pour la justice transitionnelle (basé à New York). “En vertu de l'accord, le centre s'engage à fournir au ministère une aide technique en matière de justice transitionnelle à travers ses divers axes, notamment, la recherche de la vérité, le dédommagement, la justice pénale et la réforme institutionnelle, constitutionnelle et judiciaire. Le CIJT est, également, appelé à apporter une aide technique pour la création d'une commission Vérité et pour mettre sur pied un programme de réparation des préjudices.”

Auteurs
Collectif Les déconstructeurs du virtuel
Paraphrasant ce bon vieux Marx, nous pourrions dire : "Les philosophes n'ont jusqu'ici fait que déconstruire les textes, il s'agit maintenant de déconstruire le virtuel pour accéder au réel". Ce virtuel dans lequel nous sommes presque tous immergés, et dans lequel les jeunes générations se plongent au risque de s'y noyer, en le prenant pour le réel, construisant un monde imaginaire qui les rend inaptes à l'action. Nous nous proposons donc de redonner le sens du réel en reconstruisant la réalité qui se cache derrière les miroirs de la propagande multimédias tous azimuts, et en intervenant sur les événements qui nous frappent, qui nous interpellent, qui nous concernent pour partager nos analyses et réflexions et aider les gens à comprendre ce qui leur arrive. Notre collectif est ouvert à toute coopération.

Écrire à deconstruire[at]gmail.com

mardi 25 décembre 2012

Faute d'un consensus sur un réel processus de transition démocratique, l'Égypte risque de connaître des heures sombres durant l'année à venir

Place Tahrir
par Rabha Attafworkshop19, 25 décembre 2012
L'Égypte vit en effet actuellement la plus grave crise politique depuis la destitution de Moubarak. Par sa déclaration constitutionnelle du 22 novembre dernier lui accordant des pouvoirs élargis, le président Mohamed Morsi a réussi à faire contre lui l'union sacrée de l'opposition, jusque-là dispersée. Les partis libéraux et la gauche ont en effet formé un Front de Salut National mené par Mohamed Al Baradei et Amr Moussa qui, ne l'oublions pas, était le ministre des Affaires Étrangères de Moubarak de 1991 à 2001.
Référendum
Devant les dizaines de milliers de manifestants contestant sa décision, Mohamed Morsi semblait avoir cédé en annulant son décret. Mais c'était en fait pour mieux rebondir en soumettant, par référendum, une nouvelle constitution au vote des Égyptiens. Il escomptait sans doute couper l'herbe sous les pieds à ses opposants ! Comme on pouvait s'y attendre, l'opposition conteste cette nouvelle Constitution adoptée dans l'urgence par une assemblée constituante majoritairement islamiste car amputée des libéraux et de la gauche. Ces derniers l'avaient quittée à grand fracas, pratiquant ainsi la politique de la chaise vide. Sauf que la nature a horreur du vide et qu'on ne peut pas hurler au loup après l'avoir laissé seul dans la bergerie !
 
Le résultat du référendum vient d'être confirmé par la commission électorale : 63,8% de oui, avec un taux de participation de 32,9% des 52 millions d'électeurs inscrits. Même si l'opposition hurle à la fraude - et c'est son rôle d'opposition !- l'Égypte de l'après-Moubarak demeure un pays où le clientélisme est roi. Les Frères Musulmans ont su s'implanter, durant ces trente dernières années, dans toutes les strates de la société égyptienne. Ils ont ainsi consolidé leur assise électorale. Il faut aussi garder à l'esprit le fait qu'en dehors du Caire et des bastions industriels où les syndicats sont encore puissants - et donc la gauche encore présente - le reste de l'Égypte est rural... et donc conservateur ! Aux yeux de la majorité des Égyptiens, les islamistes représentent l'ordre -alors que l'opposition figure le désordre, surtout au regard des manifestations de ce début décembre qui ont dégénéré dans la violence.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l'économie égyptienne est paralysée depuis janvier 2011, et que le FMI a conditionné l'octroi d'un prêt de 4,8 milliards de dollars à un retour à la stabilité politique. Concrètement cela signifie l'adoption d'une Constitution et d'un calendrier électoral pour des législatives, car l'Égypte n'a plus d'Assemblée populaire depuis la dissolution de cette dernière en juin dernier. Cette mise en garde du FMI - et sans doute du Conseil Suprême des Forces Armées qui garde la haute main sur la vie politique égyptienne - est certainement la principale raison du coup de force auquel nous avons assisté depuis fin novembre.

Dans ce contexte, l'annonce de la démission du vice-président Mahmoud Mekki ce 22 décembre, jour du vote de la Constitution, n'est pas surprenante. Il prévoyait déjà de démissionner depuis début novembre. Et la fronde menée par les juges contre la déclaration constitutionnelle de Mohamed Morsi - dans laquelle le président égyptien s'arrogeait notamment les pouvoirs judiciaires - l'a mis dans une posture de conflit d'intérêt. "J'ai réalisé depuis un moment que la nature du travail politique ne convient pas à ma formation professionnelle de juge", expliqua-t-il. Avant d'être nommé vice-président en août, Mahmoud Mekki était, en effet, un magistrat respecté qui a joué un rôle crucial en 2005, transformant la grogne des juges contre l'ingérence de l'exécutif dans les affaires de la justice en mouvement contre le régime de Hosni Moubarak. Précisons aussi que la nouvelle Constitution ne prévoit pas la fonction de vice-présidence.


Quoi qu'il en soit, l'adoption de la nouvelle Constitution ne mettra pas fin à la grave crise de gouvernance que connaît l'Égypte depuis plus d'un an. Certes, l'opposition a été prise de court mais n'a pas pour autant baissé les armes. Avant même l'annonce du résultat définitif du référendum prévu ce mardi, le Front de Salut National (FSN) a déjà déposé une série de recours auprès de la Commission judiciaire des élections. Mais, prévoyant que cette démarche n'invalidera certainement pas le résultat du référendum, cette opposition hétéroclite, constituée à la fois de libéraux, de socialistes, d'islamistes dissidents - dont Abdel-Moneim Abou El-Fotouh, qui s'était présenté à l'élection présidentielle après avoir claqué la porte de la Confrérie des Frères Musulmans- et de coptes, a fait savoir qu'elle continuerait à remettre en cause la Constitution en poursuivant les manifestations, ainsi que par tous les moyens démocratiques possibles.

Ce référendum "n'est pas la fin du chemin", mais "n'est qu'une bataille" dans le combat contre le pouvoir du président Morsi, a affirmé le FSN dans un communiqué, avant même l'annonce du résultat. Son chef de file, Mohamed El Baradei, déclarait notamment, dans un entretien lundi avec la chaine américaine PBS : "Le texte va passer. À mon avis, ce sera vraiment un triste jour pour l'Égypte parce que ce vote va institutionnaliser l'instabilité". Selon lui, la nouvelle Constitution devra être considérée comme un texte "intérimaire" jusqu'à la rédaction d'un nouveau projet sur la base d'un consensus.

La bataille du référendum vient donc de se terminer, mais la guerre sur la légitimité de la Constitution ne fait que commencer. D'autant que pour neutraliser la Haute cour constitutionnelle dans l'avenir, les membres de l'Assemblée constituante - dont la tâche se terminera avec la promulgation de la nouvelle Constitution - ont voté un article intérimaire qui servira de loi pour les prochaines législatives prévu dans deux mois. Un tiers de scrutin uninominal et deux tiers de proportionnelle avec listes ouvertes pour permettre aux indépendants de former des listes. Ce qui risque aussi de fragiliser l'opposition dont l'alliance de circonstance contre Mohamed Morsi ne résistera certainement pas à la multiplication des candidatures à la députation.

La vie politique égyptienne s'annonce donc houleuse dans les semaines à venir. Et ses différents acteurs s'étant enfermés dans une logique des camps, il faut s'attendre à une sortie du Conseil Suprême des Forces Armées pour rétablir l'ordre. Son dernier communiqué, suite aux dernières manifestations, était d'ailleurs ponctué par un « Nous ne laisserons pas faire ! ». En clair, une mise en garde destinée à remettre les pendules à l'heure. D'autant que la nouvelle Constitution maintient les prérogatives de l'armée, lui permettant même de juger les civils qui lui porteraient atteinte.

Est-on pour autant dans une impasse ? Pas si l'armée se cantonne à un rôle d'arbitrage et laisse le jeu politique se dérouler comme il se doit. La démocratisation est un long processus, surtout pour un pays qui sort à peine de soixante années de régime dictatorial. Les Égyptiens en font actuellement l'apprentissage, avec ses hauts et ses bas. Souhaitons qu'ils réussissent à dépasser leurs antagonismes pour éviter le pire, c'est à dire un pourrissement de la situation politique qui justifierait une restauration militaire directe ou maquillée !
 
 
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mercredi 5 décembre 2012

Révolution égyptienne, phase 2

 "Une constitution pour tous les Égyptiens : les chrétiens et les femmes vont rater la première place sur le podium"" - Caricature de Doaa El Adl
Bienvenue au nouuveau ParleMENt égyptien : 98% d'hommes

samedi 14 juillet 2012

Solidarité avec les travailleurs égyptiens de l’usine de pneus Pirelli



Pirelli est le cinquième plus grand opérateur mondial, en termes de chiffres d’affaires, sur le marché des pneumatiques. Il est reconnu comme ayant un taux de profit parmi les plus élevés. Son taux d’endettement devant être encore réduit à l’horizon 2014-2015. Pirelli dispose de 22 centres de production dans le monde et occupe 34’000 salarié·e·s. Pirelli se vante, outre sa référence aujourd’hui obligatoire à son respect de l’environnement, «de réunir profitabilité financière avec responsabilité sociale». Sa filiale égyptienne semble confirmer, à sa façon, la convergence de ces deux objectifs!

Le Moyen-Orient représente 9% des ventes ; l’Europe 41% ; l’Amérique du Sud 34%; l’ALENA (Mexique, Etats-Unis et Canada) 10% et l’Asie Pacfique 6%. La stratégie du groupe consiste à diminuer sa présence – en termes de nombre de salariés – en Europe pour la déplacer vers d’autres pays: la Russie et le Mexique, entre autres. Cela, tout en modernisant les fabriques et en mettant l’accent sur le haut de gamme. Les pneus pour automobiles et motos sont privilégiés par rapport aux pneus pour machines de chantier et autres engins industriels, etc. En Egypte, comme l’expliquait, l’avocat Kaled Ali, directeur du Centre égyptien pour les droits sociaux et économiques : «Partout dans le monde, les ouvriers font la grève quand la négociation a échoué. Seul l’ouvrier égyptien fait la grève pour pouvoir ensuite négocier». (Al Ahram, 8-14 juin 2011). Le droit de grève n’est pas exactement un droit qui se trouve à la première place du programme du «président», nouvellement élu avec le consentement des militaires, Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans. Nous y reviendrons.
Depuis la rédaction de ce communiqué de la Fédération des syndicats indépendants, les ouvriers de Pirelli ont fait un sit-in devant le consulat d’Italie, à Alexandrie. Ils ont interrompu leur action après avoir été reçus par le consul d’Italie et obtenu la promesse que leurs revendications seraient transmises à la direction de la holding Pirelli et au gouvernement italien.
Les messages de solidarité syndicaux doivent être envoyés aux adresses e-mail suivantes: efitu.union[at]gmail[dot]com et fatmaramadan66[at]gmail[dot]com- (Rédaction A l’Encontre)


Les grévistes devant le consulat d'Italie à Alexandrie
Des travailleurs de l’entreprise de pneus Pirelli, sise à Alexandrie, en Egypte, sont en grève, suite au refus arbitraire de la part de la direction d’appliquer les accords qui ont été conclus avec les travailleurs en présence des représentants du Conseil suprême des forces armées (CSFA), le vrai pouvoir, et suite à leur refus de respecter les droits légaux des travailleurs. L’usine Pirelli est située sur la route du désert entre Le Caire et Alexandrie. Le groupe Pirelli a des filiales de production de pneus dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis, l’Allemagne, la Turquie, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Roumanie et le Brésil, le Venezuela, la Chine.
Le Comité syndical chez Pirelli, qui est affilié à l’officielle Union générale des travailleurs de la chimie (GUC), elle-même affiliée à la Fédération Syndicale égyptienne (ETUF), d’obédience gouvernementale, s’est efforcé de respecter les lois, très compliquées, sur les grèves. Le 29 mai 2012, le Comité syndical a envoyé un mémorandum au Ministre du travail, au directeur du Conseil de contrôle de la main-d’œuvre à Alexandrie, au directeur exécutif de la compagnie, ainsi qu’au GUC. Par ce document, il les informait de l’intention des travailleurs de se mettre en grève le 10 juin 2012. Il demandait que la direction respecte les droits des travailleurs pour éviter un arrêt de travail. Les revendications des travailleurs ont été ignorées. Dès lors, ils ont été obligés de passer à l’action.
"En ce moment dans tous les salons d'exposition: Le Vampire Pirelli Egypte"
Les raisons de la grève sont les suivantes
1° La compagnie a violé l’article 85 de la Loi sur le Travail (Loi 12 de 2003) concernant les calculs des primes pour les heures supplémentaires des travailleurs. La compagnie calcule les heures supplémentaires sur la base du salaire de base plutôt que sur celui du salaire total, comme cela est stipulé par la loi.
2° La compagnie a violé les règlements sur les primes qui stipulent que la réduction des primes de production doit être faite à un taux de 10% par 0.1% de volume produit endommagé, lorsque le taux de production altérée atteint 2%. La compagnie applique les réductions déjà à partir d’un taux de malfaçon de 1.4%.
3° La compagnie viole la convention nationale du travail entre travailleurs et employeurs. Alors que la convention prévoit pour 2011 le paiement d’une allocation spéciale aux travailleurs sur la base du salaire de base, la direction calcule l’allocation sur la base de la proportion de salaire soumise à l’indemnité de licenciement, qui est inférieure de manière significative au salaire de base.
4° La direction a violé la convention collective nationale signée en présence de représentants du CSFA, en février 2011. Cette convention prévoit la participation des travailleurs aux décisions concernant les prestations auxquels ils ont droit, tels que les soins médicaux, le transport, ainsi que les modalités de paiement des primes. La direction n’a pas tenu compte de cette disposition.
5° Les règlements concernant les salaires ont été modifiés sans que ces changements aient été approuvés par l’autorité administrative responsable, ce qui est contraire aux règlements.
6° Le droit des travailleurs d’obtenir 10% des bénéfices de l’entreprise n’a pas été respecté. En 2011, par exemple, les bénéfices nets de la compagnie se montaient à 130 millions de livres égyptiennes. Pourtant la direction n’a versé que 9 millions de livres (1,4 million de CHF) aux travailleurs au lieu des 13 millions auxquels ils avaient droit.
7° Contrairement à ce qu’elle pratique dans d’autres pays, l’entreprise n’assume pas sa responsabilité en ce qui concerne les soins de santé pour les travailleurs et leurs familles, de même que pour l’adaptation du salaire au taux d’inflation et à l’augmentation des prix des biens de base, etc.
Il faut noter qu’au lendemain de l’envoi du mémorandum, l’entreprise a coupé la vapeur et l’électricité pour les machines et a entamé des opérations de maintenance pour les chaudières et les centrales électriques. Dans une déclaration faite à la police, elle a dénoncé les travailleurs et leur comité syndical en les accusant d’entraver la production et d’inciter à la grève [ce qui est illégal]. Pour leur part, les travailleurs ont déposé une plainte démontrant que c’est la direction qui bloquait la production. Les travailleurs ont également fourni des preuves de l’opération de maintenance.
Je suis prêt à demander le divorce à la mère de mes enfants
Je ne laisserai pas tomber mes camarades
Ouvrier de Pirelli
La direction de l’entreprise a refusé de négocier. Le Ministère du travail n’a pas répondu au mémorandum des travailleurs. En ce qui concerne le GUC, il a répondu au Comité syndical, le 9 juin 2012, en annonçant son soutien à la grève qui commencerait le 10 juin 2012. Depuis lors, les travailleurs ont été en grève, alors que la direction refuse toujours de négocier, en insistant sur le fait que les travailleurs doivent retourner à leurs postes avant que la direction ne prenne en considération leurs revendications; ce que les travailleurs rejettent.
Mais la direction ne s’est pas contentée de cela. Le 21 juin 2012, elle a licencié cinq travailleurs en les accusant d’incitation à la grève. Les travailleurs licenciés sont: Shaaban Abdel-Latif Yussef, technicien de production, degré un; Ashraf Khamis, connu aussi sous le nom de Ashraf El-Gazzar, technicien de production, degré un; l’ingénieur Ahmed Kandil, dirigeant du comité syndical; l’ingénieur Ashraf Ashmawi, membre du comité syndical et président de l’association des salariés actionnaires de la compagnie; et, enfin, Mohamed Jarrana, membre du comité syndical.


Revendications des travailleurs:
Abandon des poursuites
Responsabilité sociale
Application de la grille des salaires
Participation aux bénéfices
Respect des conventions collectives
Les travailleurs de Pirelli Alexandrie
Pirelli est une entreprise qui a réalisé d’énormes profits en Egypte, mais ne tient compte ni de la loi égyptienne, ni des droits des travailleurs égyptiens. Les travailleurs n’ont opté pour la grève qu’après avoir tenté à plusieurs reprises de résoudre les problèmes par un dialogue, sans résultat. Leur grève est un des rares arrêts de travail «légaux» en Egypte, puisqu’elle remplit les conditions très strictes fixées par la loi égyptienne pour l’exercice de ce droit fondamental des travailleurs, y compris l’approbation de la grève par le GUC. Les travailleurs n’ont eu recours à la grève que lorsque les ministères responsables ont ignoré les revendications légitimes des travailleurs. Et, en particulier, lorsque le Ministère du travail a réagi avec indifférence aux difficultés des travailleurs.
La Fédération égyptienne des syndicats indépendants (EFITU) exprime sa solidarité avec la grève des travailleurs de la compagnie de pneus Pirelli et elle soutient leurs revendications légitimes. L'EFITU demande que les cinq travailleurs licenciés soient réintégrés. Elle fait appel aux forces politiques et à la jeunesse égyptienne ainsi qu’aux syndicats et aux fédérations syndicales à un niveau international – et en particulier aux travailleurs de Pirelli dans d’autres pays – pour qu’ils manifestent de toutes les manières possibles leur solidarité avec leurs camarades égyptiens, pour les aider à résister et à persévérer dans leur lutte jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.
Pour tenter d’obliger les travailleurs à se soumettre, la direction de Pirelli menace de ne pas verser leurs salaires, puisqu’elle sait que c’est là le seul moyen de subsistance pour eux et pour leurs familles. Au lieu de satisfaire les revendications légitimes des travailleurs, la compagnie a opté pour des licenciements arbitraires et une suspension de la paie.
Vive la lutte des travailleurs égyptiens. Vive la révolution égyptienne !