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jeudi 1 janvier 2015

La Tunisie a un nouveau président. Et maintenant ?

par Fausto Giudice, La Pluma, 31/12/2014
Traduction disponible: Español Túnez tiene un nuevo Presidente. ¿Y ahora qué?
Le 21 décembre 2014, les Tunisiens ont élu Béji Caïd Essebsi, 88 ans, président de la République. Voyons d'abord les chiffres, qui sont très parlants.
Population totale : 10 982 754
Population en âge de voter : 7 569 825
Électeurs inscrits : 5 308 354
Votants au 1er tour : 3 339 666 (Abstentions : 37,09%)
Votants au 2ème tour : 3 189 672 (Abstentions : 40,92%)
Blancs et nuls: 79 340
Mohamed Beji Caïd Essebsi : 1 731 529 voix (55.68%)
Mohamed Moncef Marzouki : 1 378 513 voix (44.32%).


mardi 12 février 2013

Thérapie du choc et stratégie du chaos : premiers éléments pour comprendre l'assassinat de Chokri Belaïd en Tunisie



La Tunisie et l'Égypte sont en train de vivre une involution parallèle et similaire. Voici quelques-uns des traits communs aux deux pays :
1- Une "révolution" virtuelle
Dans les deux pays, rien n'a changé pour que tout change : les dictateurs – qui n'étaient que des "dictés" - ont été renversés, des élections démocratiques ont été tenues, les "islamistes modérés" se sont retrouvés au "pouvoir". Mais il est clair que le pouvoir réel ne se trouve pas dans les fauteuils qu'ils occupent. En Égypte, c'est le Conseil suprême des forces armées qui conserve le pouvoir réel et tire les ficelles, en étant en contact direct et permanent avec ses parrains et protecteurs à Washington. En Tunisie, la situation est beaucoup plus opaque, et la réponse à la question "qui détient le pouvoir réel" est beaucoup plus difficile. Disons pour commencer que c'est le cartel mafieux (affairistes, bureaucrates, policiers)  de l'ancien régime, dont certains piliers se sont laissé pousser une barbe.





2-     Thérapie du choc
Les "pouvoirs démocratiques" issus de ces "révolutions" ont en commun d'être docilement soumis aux ordres des "donneurs d'ordres": Banque mondiale, FMI, OMC, UE, USA et pétromonarchies du Golfe. Le conglomérat de ces donneurs d'ordres n'a qu'un souci : empêcher que les peuples arabes (et les autres aussi, d'ailleurs) ne réussissent à mener des véritables révolutions, qui remettraient leurs sociétés à l'endroit, en établissant la justice sociale et en leur permettant d'exercer leurs droits fondamentaux de citoyens d'un État de droit. En premier lieu la jouissance souveraine des ressources énergétiques dont regorge le sous-sol de leurs pays et des autres biens communs (eau, terre, patrimoine etc.).
La thérapie appliquée a plusieurs volets :
a. Les gouvernements en place doivent payer rubis sur l'ongle le service de la dette odieuse dont ils ont hérité des dictateurs/dictés déchus, condition unique posée pour leur "octroyer" d'autres crédits qui ne font que les endetter encore plus;
b. Les gouvernements en place doivent poursuivre le travail de "nettoyage", déjà bien engagé par leurs prédécesseurs : liquidation des services publics et donc de ceux qui les défendent, privatisations, bradage des richesses du pays aux multinationales, mise en place de structures de contrôle de la population rebelle, en premier lieu les salariés syndiqués et la jeunesse précarisée (les "diplômés chômeurs"). Pour éponger les dégâts sociaux de ce "nettoyage", la solution trouvée est la "charité islamique", en lieu et place des droits sociaux légitimes;
c. La pacification de la société : des centaines de millions d'Euros sont déversés par l'UE et les fondations US, allemandes et autres, sur la société civile organisée, avec un seul but : la contrôler, la discipliner et l'orienter vers un processus de « justice transitionnelle*» qui ne remet pas en cause le système en place. Principal objectif : empêcher que la jeunesse diplômée active n'accède au niveau de la politique réelle, c'est-à-dire l'organisation du peuple pour la satisfaction de ses demandes d'accès à la citoyenneté et aux biens communs.
Le massacre de la gare de Bologne (Italie), qui fit 85 morts et 200 blessés le 2 août 1980, vu par l'artiste Carlo Carosso
3-     Stratégie du chaos
La stratégie à l'œuvre dans les deux pays est fondamentalement la même que celle qui a été mise en œuvre dans la Grèce de 1967, l'Amérique latine et la Turquie, l'Italie (la "stratégie de la tension") et le  Liban des années 1970 et 1980, l'Algérie des années 1990, avec des ajustements tactiques pour l'adapter à chaque situation particulière. Les armes principales de cette stratégie sont :
a.      L'utilisation de la violence armée groupusculaire manipulée –ce qu'on appelle le "terrorisme" – pour semer la peur, déstabiliser les gens et les faire renoncer à la lutte pacifique, de masse, démocratique et transparente. L'objectif est de casser toutes les structures (partis, syndicats, mouvements) susceptibles de freiner la "libéralisation" de l'économie.
b.      La polarisation entre courants "idéologiques" dans lesquels on veut forcer l'ensemble de la société à entrer, ce qui conduit à une logique de "camps" retranchés s'excluant mutuellement et se combattant violemment. Une nouvelle variante du "diviser pour régner" : en haut, une bourgeoisie "moderniste, laïque, démocratique" s'opposant à une bourgeoisie "conservatrice, islamique, démocratique", en bas un peuple "progressiste, libertin, révolutionnaire" s'opposant à un peuple "traditionnel, bigot, fascisant". Bref, le seul moyen trouvé par les appareils du pouvoir réel pour perdurer, c'est la guerre civile, celle du frère contre le frère, de la sœur contre la sœur, des parents contre les enfants, des "libérés" contre les "enturbannés", par des alliances entre exploiteurs et exploités au nom de clivages qui n'ont rien à voir avec les besoins réels et les intérêts de classe des gens.
c.      La manipulation diabolique du couple infernal complot-émeute. En Égypte, comme en Tunisie, comme dans l'Algérie de 1988, la révolte légitime de la jeunesse précaire est canalisée par les réseaux mafieux-policiers vers des violences nihilistes encagoulées qui se manifestent à l' occasion des rassemblements populaires. Objectif : susciter la demande d'un pouvoir fort assurant la sécurité. Dernier exemple en date : l'apparition d'un "Black Bloc" au Caire à l'occasion du 25 janvier 2013. Un "Black bloc" tout aussi infiltré par la police que l'étaient ceux de Gênes en 2011, de Montréal, de Toronto, de Londres, de Strasbourg ou de Heiligendamm.
d. Les assassinats ciblés de personnages-clé, décidés et organisés par les réseaux occultes du pouvoir réel. Attribués simultanément à d'autres, ils ont pour but de provoquer un clivage irréversible de la société (voir point a).  L'assassinat de Chokri Belaïd, comme ceux de Tahar Djaout, Abdelkader Hachani, Mohamed Boudiaf et tant d'autres (Liabes, Boucebsi, Flici, Mahiou, Merbah, Belkaid, Alloula, Bouslimani, et Cheikh Sahraoui) en Algérie, s'inscrit dans cette stratégie. 
Les mouvements sociaux, progressistes ou révolutionnaires, doivent être pleinement conscients de cette stratégie à l’œuvre. Au risque de tomber dans un piège mortel. Et de connaître le sort du taureau qui fonce sur le tissu rouge sans voir la main du torero qui lui plantera l'épée dans la nuque.

Note
* Justice transitionnelle : processus destiné à pacifier la société en mettant en place un mécanisme se substituant à la justice en place pour « tourner la page » du sombre passé de dictature ou de guerre civile et mettre un « point final » aux demandes de justice des victimes. L'exemple le plus propagé est celui de la Commission Vérité et réconciliation en Afrique du Sud. Dans le monde arabe, le Maroc est le seul pays à ce jour à avoir institué une telle commission, l'Instance équité et réconciliation. En Tunisie, le ministère des Droits de l'homme vient de signer un accord de partenariat avec le Centre international pour la justice transitionnelle (basé à New York). “En vertu de l'accord, le centre s'engage à fournir au ministère une aide technique en matière de justice transitionnelle à travers ses divers axes, notamment, la recherche de la vérité, le dédommagement, la justice pénale et la réforme institutionnelle, constitutionnelle et judiciaire. Le CIJT est, également, appelé à apporter une aide technique pour la création d'une commission Vérité et pour mettre sur pied un programme de réparation des préjudices.”

Auteurs
Collectif Les déconstructeurs du virtuel
Paraphrasant ce bon vieux Marx, nous pourrions dire : "Les philosophes n'ont jusqu'ici fait que déconstruire les textes, il s'agit maintenant de déconstruire le virtuel pour accéder au réel". Ce virtuel dans lequel nous sommes presque tous immergés, et dans lequel les jeunes générations se plongent au risque de s'y noyer, en le prenant pour le réel, construisant un monde imaginaire qui les rend inaptes à l'action. Nous nous proposons donc de redonner le sens du réel en reconstruisant la réalité qui se cache derrière les miroirs de la propagande multimédias tous azimuts, et en intervenant sur les événements qui nous frappent, qui nous interpellent, qui nous concernent pour partager nos analyses et réflexions et aider les gens à comprendre ce qui leur arrive. Notre collectif est ouvert à toute coopération.

Écrire à deconstruire[at]gmail.com

mercredi 12 janvier 2011

Stéphane Hessel, je suis indigné par votre soutien au directeur général du FMI -Lettre ouverte à l'auteur du bestseller "Indignez-vous"

par Alain Vidal, Collectif Libérons la monnaie, Nantes, 10/1/2010
 Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, ne cesse de préconiser des mesures à l'opposé du programme du Conseil National de la Résistance dont vous vous réclamez : démantèlement des services publics en Grèce et ailleurs. Des malades ne sont plus soignés, des jeunes sont privés d'avenir au nom de la préservation des profits des seigneurs du capital.
  Stéphane Hessel, vous vous indignez tout en plaidant pour un Dominique Strauss-Kahn qui a voté, lui et son parti, pour le Traité Constitutionnel Européen. Un Traité dont l'article 127 autorise banquiers et marchés financiers à s'enrichir par l'endettement des états. Un Traité qui a trahi votre idéal de résistant. A la Libération, par la loi du 2 décembre 1945, le gouvernement français eut le courage d'interdire de telles pratiques. La Banque de France eut ordre de faire des prêts, à taux quasiment zéro, à l'Etat, au nom du développement des services publics. Pendant 28 ans, ni déficit, ni dette publique. Dans l'agriculture et l'industrie, les gens, remplacés par les machines, furent nombreux à devenir fonctionnaires au service de l'intérêt général, il n'y avait pas de chômage…La production des biens matériels étant assurée par un nombre décroissant de gens, le temps libéré par la technologie était massivement déversé dans le secteur des activités immatérielles au service de l'intérêt général (écoles, hôpitaux, dispensaires, médecine préventive, recherche, culture, transports …).
  Pour la première fois, un gouvernement mettait en pratique la gratuité de l'argent créé par les banques. Une gratuité reconnue de fait par l'abandon de la parité-or au XXème par tous les états de la planète. Grâce aux prêts gratuits accordés par la Banque de France, les services publics pouvaient se développer en intégrant ceux qui dans l'industrie et l'agriculture avaient été remplacés par les machines. Le fonctionnaire ne perçoit pas un salaire mais un traitement. Le fonctionnaire n'est plus un salarié parce que son activité ne sert plus à l'enrichissement d'actionnaires qu'ils soient de la banque ou d'autres secteurs du privé. En ce sens, le service public est un sanctuaire qu'il nous faut défendre.
  Mais, par la loi du 3 janvier 1973, Giscard et Pompidou, interdirent les prêts gratuits de la Banque de France à l'Etat, ce dernier fut contraint d'emprunter (en payant des intérêts) auprès des banques privées et des marchés. Ainsi commence l'endettement de l'Etat : démantèlement des services publics avec chômage croissant. Les cliniques privées se développèrent au détriment des hôpitaux… En introduisant cette loi dans le Traité Constitutionnel Européen, le rédacteur de ce traité, Giscard d'Estaing, soutenu par Dominique Strauss-Kahn et son parti, a généralisé l'endettement à toute l'Europe.
  Les banquiers privés règnent en maîtres absolus. Ils font payer le crédit à l'Etat comme aux particuliers. Un véritable racket, quand on sait que l'argent « prêté », c'est 95% de monnaie électronique pour 5 % de billets et de pièces (papier et métal vulgaire de très faible valeur marchande…). Nous faire payer, pour un prêt à 5% sur quinze ans, deux fois le prix de la maison achetée, sous prétexte que l'argent coûte cher, c'est une escroquerie ! Quand on sait qu'aucune monnaie dans le monde n'est alignée sur l'or. La création monétaire est totalement dissociée de l'obligation pour les banquiers d'acheter des réserves d'or comme autrefois.
  Stéphane Hessel, comment pouvez-vous vous faire l'avocat d'un Dominique Strauss-Kahn qui, décoré par le président Ben Ali, déclare « En Tunisie, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. » La Tunisie, un pays avec 45% des jeunes au chômage, où les opposants et les avocats sont jetés en prison et torturés. Un pays avec deux immolations par le feu et vingt morts en quelques jours de manifestations populaires…
  Stéphane Hessel, comment pouvez-vous défendre la candidature à la présidentielle de 2012, d'un directeur général du FMI qui, depuis toujours, subordonne l'intérêt général aux seuls intérêts particuliers des seigneurs du capital, alors que vous vous prononcez pour « le retour à la nation des grands moyens monopolisés, fruit du travail commun, des richesses du sous-sol, des sources d'énergie, des compagnies d'assurance et des grandes banques… Pour une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général ».
  Dans l'espoir que vous comprendrez mon indignation comme une nécessaire contribution au débat, je souhaite discuter avec vous, comme nous l'avions fait à Nantes en 2008, sur la base de ce que vous revendiquez au début de votre livre : «L'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ». Que le temps libéré par la machine ne soit plus gaspillé sur l'autel de la croissance dite « économique » qui n'est qu'un paravent masquant la seule croissance des profits des seigneurs du capital. Que le temps libéré par la machine serve à l'extension des services publics, facteurs premiers de la prospérité des peuples.
  Solidairement vôtre pour résister à tous les exclueurs, responsables, conscients et bien vivants, de la misère du monde.

Le "jugement très positif du FMI sur la Tunisie" de Ben Ali: DSK à Tunis le 18/11/2008

dimanche 18 octobre 2009

Renforcement du FMI et de la Banque mondiale : lourde menace pour les peuples du Sud et du Nord



par Renaud Vivien, Damien Millet, Eric Toussaint, CADTM, 10/10/2009
C’est dans un climat de répression que se sont achevées à Istanbul les assemblées
annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Pour la deuxième journée consécutive, les 10 000 policiers turcs mobilisés pour l’occasion n’ont  pas hésité à utiliser canons à eau, gaz lacrymogène et véhicules blindés pour disperser les manifestants.

Le même scénario s’était produit fin septembre lors du sommet du G20 à Pittsburgh où les manifestations contre cet « ersatz » de G8 avaient également été réprimées par les forces de police. Le FMI et la Banque mondiale ont tenu ces réunions controversées quelques jours après la décision du G20 de modifier les droits de vote au sein des deux institutions : 5% des quotes-parts au FMI et 3% des droits de vote à la Banque mondiale doivent ainsi être transférés vers « les pays émergents et en développement dynamiques » d’ici janvier 2011. Leur système actuel était de plus en plus contesté, tant par les pays du Sud que pas les mouvements sociaux : il repose sur la règle « 1 dollar égale une voix », contrairement à l’Assemblée générale de l’ONU où chaque pays possède une seule voix.

Pour le directeur général du FMI, le socialiste français Dominique Strauss-Kahn, il s’agit là « de décisions historiques ». Mais pour le CADTM, c’est une sinistre farce. En effet, ce transfert ne change rien aux rapports de force au sein des deux institutions. A titre d’exemple, la Chine, qui en sera un des principaux bénéficiaires, détient environ 3% des droits de vote aujourd’hui, très loin derrière les Etats-Unis qui possèdent à eux seuls plus de 16%, leur garantissant  de facto un droit de veto sur toutes les grandes décisions. Le groupe emmené par le Rwanda, qui regroupe 24 pays d’Afrique noire et représente 225 millions d’individus, possède quant à lui 1,39 % des droits de vote ! Nul besoin d’être mathématicien pour comprendre que ces réformettes annoncées à grand renfort médiatique ne transformeront pas la Banque mondiale et le FMI en organisations démocratiques. D’ailleurs le seront-elles un jour vu que le système actuel ne peut être modifié sans l’accord des Etats-Unis ? Autre fait aggravant : depuis 1944, le président de la Banque mondiale a toujours été un citoyen des Etats-Unis tandis que le directeur du FMI est toujours un ressortissant européen en vertu d’une règle tacite. Ce partage des pouvoirs combiné à cette répartition des droits de vote profondément anti-démocratique prouvent bien que le FMI et le Banque mondiale constituent des instruments aux mains des puissances occidentales pour imposer au reste du monde des politiques servant leurs intérêts propres.