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mercredi 14 octobre 2015

Algérie : de Ghardaïa à In Salah, entre tribalisme, révolte sociale et gaz de schiste

Rabha Attaf s'est rendue en Algérie en juillet dernier et en a rapporté ce reportage, d'où il ressort que les affrontements "ethniques" de Ghardaïa dégagent une forte odeur de…gaz de schiste
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Impossible de savoir avec précision ce qui a réellement mis le feu aux poudres. En ces derniers jours de Ramadhan, Ghardaïa n'est plus que l'ombre d'elle même. La capitale du Mzab, hier florissante, porte encore les stigmates des affrontements communautaires qui ont  régulièrement enflammé  la ville et ses alentours depuis octobre 2014. En fait, depuis 2013, les vieilles rancunes entre Mozabites et populations arabes venues s'installer dans l'oasis au fil du temps sont remontées à la surface, donnant lieu à des altercations sporadiques. Mais en décembre 2014, les incidents se sont aggravés, avec l'incendie planifié de plusieurs dizaines d'habitations dans les quartiers mozabites, semant une panique généralisée. Malgré quatre mois de pourrissement, les autorités algériennes avaient brillé par leur absence.

Puis, en avril 2015, 10 000 gendarmes ont été déployés pour mettre un terme aux affrontements meurtriers. Postés tel un cordon sanitaire à l'entrée des sept ksours mozabites -villages fortifiés surplombant les autres quartiers de Ghardaïa- ils veillent, sous une chaleur caniculaire, à maintenir un calme artificiel. Les policiers, venus en renfort de l'ouest du pays, n'avaient pas réussi à mater les belligérants.  Pas étonnant : la police nationale algérienne est le premier employeur de jeunes diplômés au chômage, rapidement opérationnels après une formation sommaire. Trop jeunes et inexpérimentés, d'après des témoins, ils avaient été accusés de prendre parti contre les Mozabites et de protéger les « Cha'anba » -le nom de tribu utilisé pour désigner d'une façon lapidaire les « envahisseurs  arabes » bien que les Cha'anba soient eux aussi de souche berbère, comme les Mozabites.


Malgré ce déploiement, les affrontements ont continué crescendo jusqu'en juin, de façon sporadique -à coups de jets de pierres, de coktails Molotov, de « tire-boulons » (frondes bricolées)  et d'armes artisanales en tout genre- avec comme principaux foyer Berriane et El Guerrara, deux localités aux vastes palmeraies proches de Ghardaïa. Car très vite le conflit,  apparemment déclenché par des  bandes rivales de jeunes aux allures de «hooligans », s'est transformé en guérilla idéologique sous la pression d'agitateurs « vedettes » crachant leur venin sur les réseaux sociaux. Les noms utilisés pour désigner l'adversaire -« Ibadites » contre « Malékites », « Amazigh » contre « Arabes »- ont en effet jeté de l'huile sur le feu et fabriqué un  véritable climat d'affrontements communautaires.


Précisons que le M'zab est le fief traditionnel des Mozabites, ayant adopté le rite ibadite au VIIIème siècle. Sur les 400 000 habitants que compte Ghardaïa, ils sont 300 000, traditionnellement commerçants ou propriétaires fonciers. Mais depuis 1984, la composition sociologique de la ville -devenue capitale régionale- s'est modifiée, avec l'afflux d'Algériens venus des autres régions pour y travailler dans les complexes pétroliers ou occuper des postes d'encadrement dans l'administration qui se mettait en place. Ainsi, les Mozabites, qui forment une micro-société organisée particulièrement  puritaine et pratiquant l'entre-soi, se sont sentis envahis par ces Algériens aux mœurs trop laxistes à leur goût.

« Notre communauté est contrôlée d'une façon stricte », m'expliquait un jeune érudit mozabite rencontré dans le ksar d'El-Mlika (La Reine) qui domine la ville. « Le Conseil des 'Azzaba (conseil des Sages) veille au respect de la loi religieuse et chaque groupe est encadré. Contrairement aux Arabes, nos jeunes sont surveillés !». Et comme en écho à ce discours, des versets coraniques psalmodiés à l'unisson  par des enfants s'échappaient de la mosquée toute proche. « Le conflit ne date pas d'hier », poursuivait-il sur sa lancée. « Nous, nous sommes des commerçants travailleurs et pacifiques, établis ici depuis des siècles. Alors que les Bédouins, venus plus tard, sont connus pour être des voleurs et des fainéants ! ». Et de m'expliquer que les maisons des Arabes brûlées au sein même des quartiers mozabites le furent en représailles aux incendies criminels de maisons mozabites. Bref, une spirale de violence devenue incontrôlable.

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Ghardaïa vue du ciel



jeudi 9 juillet 2015

Violences au M'zab : Qui a intérêt à la tribalisation du Sud algérien ?


De nouveaux affrontements  ont fait une trentaine de morts à Ghardaïa, la principale ville du M'zab, depuis le 4 juillet. Les auteurs de violences, majoritairement des jeunes, en partie masqués, sont difficilement identifiables et leurs motivations pour le moins obscures. Rabha Attaf, qui revient d'un séjour dans la région, nous livre ses premières réflexions.-Tlaxcala

Les affrontements "inter-communautaires" qui agitent depuis quelques temps la ville de Ghardaïa surviennent dans un contexte bien particulier. 

jeudi 7 mai 2015

L'autre 8 mai 1945


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Il est impossible de célébrer les 70 ans de la victoire contre le fascisme sans la volonté d'arracher de l'oubli ce qui s'est passé en Algérie ce même 8 mai et les jours suivants.
Une manifestation pacifique à Sétif, Guelma, Kheratta et la région été réprimée dans le sang ; des dizaines de milliers de civils algériens ont été massacrés par la Police, la Gendarmerie, les milices armées par les autorités locales et l'Armée Française, agissant sur ordre de l'exécutif. Amputer notre histoire commune par l'occultation de ce crime d'État est une négation du combat contre le colonialisme. Le 14 avril 2015, un Collectif Unitaire pour la reconnaissance des crimes d'État de 1945 en Algérie (Sétif, Guelma, Kherrata) s'est constitué. Outre cette reconnaissance, il demande : l'ouverture de toutes les archives, l'inscription dans la mémoire nationale de ces événements par le biais de gestes forts des plus hautes autorités de l'État et un soutien à la diffusion des documentaires relatifs aux événements dans l'Éducation Nationale comme dans les média publics. Après le vote à l'unanimité du conseil municipal de Paris demandant au chef de l'Etat de reconnaître ces massacres comme crimes d'Etat, nous appelons à un

sur le parvis de l'Hôtel de Ville, à Paris, et devant toutes les mairies de France

mardi 12 février 2013

Thérapie du choc et stratégie du chaos : premiers éléments pour comprendre l'assassinat de Chokri Belaïd en Tunisie



La Tunisie et l'Égypte sont en train de vivre une involution parallèle et similaire. Voici quelques-uns des traits communs aux deux pays :
1- Une "révolution" virtuelle
Dans les deux pays, rien n'a changé pour que tout change : les dictateurs – qui n'étaient que des "dictés" - ont été renversés, des élections démocratiques ont été tenues, les "islamistes modérés" se sont retrouvés au "pouvoir". Mais il est clair que le pouvoir réel ne se trouve pas dans les fauteuils qu'ils occupent. En Égypte, c'est le Conseil suprême des forces armées qui conserve le pouvoir réel et tire les ficelles, en étant en contact direct et permanent avec ses parrains et protecteurs à Washington. En Tunisie, la situation est beaucoup plus opaque, et la réponse à la question "qui détient le pouvoir réel" est beaucoup plus difficile. Disons pour commencer que c'est le cartel mafieux (affairistes, bureaucrates, policiers)  de l'ancien régime, dont certains piliers se sont laissé pousser une barbe.





2-     Thérapie du choc
Les "pouvoirs démocratiques" issus de ces "révolutions" ont en commun d'être docilement soumis aux ordres des "donneurs d'ordres": Banque mondiale, FMI, OMC, UE, USA et pétromonarchies du Golfe. Le conglomérat de ces donneurs d'ordres n'a qu'un souci : empêcher que les peuples arabes (et les autres aussi, d'ailleurs) ne réussissent à mener des véritables révolutions, qui remettraient leurs sociétés à l'endroit, en établissant la justice sociale et en leur permettant d'exercer leurs droits fondamentaux de citoyens d'un État de droit. En premier lieu la jouissance souveraine des ressources énergétiques dont regorge le sous-sol de leurs pays et des autres biens communs (eau, terre, patrimoine etc.).
La thérapie appliquée a plusieurs volets :
a. Les gouvernements en place doivent payer rubis sur l'ongle le service de la dette odieuse dont ils ont hérité des dictateurs/dictés déchus, condition unique posée pour leur "octroyer" d'autres crédits qui ne font que les endetter encore plus;
b. Les gouvernements en place doivent poursuivre le travail de "nettoyage", déjà bien engagé par leurs prédécesseurs : liquidation des services publics et donc de ceux qui les défendent, privatisations, bradage des richesses du pays aux multinationales, mise en place de structures de contrôle de la population rebelle, en premier lieu les salariés syndiqués et la jeunesse précarisée (les "diplômés chômeurs"). Pour éponger les dégâts sociaux de ce "nettoyage", la solution trouvée est la "charité islamique", en lieu et place des droits sociaux légitimes;
c. La pacification de la société : des centaines de millions d'Euros sont déversés par l'UE et les fondations US, allemandes et autres, sur la société civile organisée, avec un seul but : la contrôler, la discipliner et l'orienter vers un processus de « justice transitionnelle*» qui ne remet pas en cause le système en place. Principal objectif : empêcher que la jeunesse diplômée active n'accède au niveau de la politique réelle, c'est-à-dire l'organisation du peuple pour la satisfaction de ses demandes d'accès à la citoyenneté et aux biens communs.
Le massacre de la gare de Bologne (Italie), qui fit 85 morts et 200 blessés le 2 août 1980, vu par l'artiste Carlo Carosso
3-     Stratégie du chaos
La stratégie à l'œuvre dans les deux pays est fondamentalement la même que celle qui a été mise en œuvre dans la Grèce de 1967, l'Amérique latine et la Turquie, l'Italie (la "stratégie de la tension") et le  Liban des années 1970 et 1980, l'Algérie des années 1990, avec des ajustements tactiques pour l'adapter à chaque situation particulière. Les armes principales de cette stratégie sont :
a.      L'utilisation de la violence armée groupusculaire manipulée –ce qu'on appelle le "terrorisme" – pour semer la peur, déstabiliser les gens et les faire renoncer à la lutte pacifique, de masse, démocratique et transparente. L'objectif est de casser toutes les structures (partis, syndicats, mouvements) susceptibles de freiner la "libéralisation" de l'économie.
b.      La polarisation entre courants "idéologiques" dans lesquels on veut forcer l'ensemble de la société à entrer, ce qui conduit à une logique de "camps" retranchés s'excluant mutuellement et se combattant violemment. Une nouvelle variante du "diviser pour régner" : en haut, une bourgeoisie "moderniste, laïque, démocratique" s'opposant à une bourgeoisie "conservatrice, islamique, démocratique", en bas un peuple "progressiste, libertin, révolutionnaire" s'opposant à un peuple "traditionnel, bigot, fascisant". Bref, le seul moyen trouvé par les appareils du pouvoir réel pour perdurer, c'est la guerre civile, celle du frère contre le frère, de la sœur contre la sœur, des parents contre les enfants, des "libérés" contre les "enturbannés", par des alliances entre exploiteurs et exploités au nom de clivages qui n'ont rien à voir avec les besoins réels et les intérêts de classe des gens.
c.      La manipulation diabolique du couple infernal complot-émeute. En Égypte, comme en Tunisie, comme dans l'Algérie de 1988, la révolte légitime de la jeunesse précaire est canalisée par les réseaux mafieux-policiers vers des violences nihilistes encagoulées qui se manifestent à l' occasion des rassemblements populaires. Objectif : susciter la demande d'un pouvoir fort assurant la sécurité. Dernier exemple en date : l'apparition d'un "Black Bloc" au Caire à l'occasion du 25 janvier 2013. Un "Black bloc" tout aussi infiltré par la police que l'étaient ceux de Gênes en 2011, de Montréal, de Toronto, de Londres, de Strasbourg ou de Heiligendamm.
d. Les assassinats ciblés de personnages-clé, décidés et organisés par les réseaux occultes du pouvoir réel. Attribués simultanément à d'autres, ils ont pour but de provoquer un clivage irréversible de la société (voir point a).  L'assassinat de Chokri Belaïd, comme ceux de Tahar Djaout, Abdelkader Hachani, Mohamed Boudiaf et tant d'autres (Liabes, Boucebsi, Flici, Mahiou, Merbah, Belkaid, Alloula, Bouslimani, et Cheikh Sahraoui) en Algérie, s'inscrit dans cette stratégie. 
Les mouvements sociaux, progressistes ou révolutionnaires, doivent être pleinement conscients de cette stratégie à l’œuvre. Au risque de tomber dans un piège mortel. Et de connaître le sort du taureau qui fonce sur le tissu rouge sans voir la main du torero qui lui plantera l'épée dans la nuque.

Note
* Justice transitionnelle : processus destiné à pacifier la société en mettant en place un mécanisme se substituant à la justice en place pour « tourner la page » du sombre passé de dictature ou de guerre civile et mettre un « point final » aux demandes de justice des victimes. L'exemple le plus propagé est celui de la Commission Vérité et réconciliation en Afrique du Sud. Dans le monde arabe, le Maroc est le seul pays à ce jour à avoir institué une telle commission, l'Instance équité et réconciliation. En Tunisie, le ministère des Droits de l'homme vient de signer un accord de partenariat avec le Centre international pour la justice transitionnelle (basé à New York). “En vertu de l'accord, le centre s'engage à fournir au ministère une aide technique en matière de justice transitionnelle à travers ses divers axes, notamment, la recherche de la vérité, le dédommagement, la justice pénale et la réforme institutionnelle, constitutionnelle et judiciaire. Le CIJT est, également, appelé à apporter une aide technique pour la création d'une commission Vérité et pour mettre sur pied un programme de réparation des préjudices.”

Auteurs
Collectif Les déconstructeurs du virtuel
Paraphrasant ce bon vieux Marx, nous pourrions dire : "Les philosophes n'ont jusqu'ici fait que déconstruire les textes, il s'agit maintenant de déconstruire le virtuel pour accéder au réel". Ce virtuel dans lequel nous sommes presque tous immergés, et dans lequel les jeunes générations se plongent au risque de s'y noyer, en le prenant pour le réel, construisant un monde imaginaire qui les rend inaptes à l'action. Nous nous proposons donc de redonner le sens du réel en reconstruisant la réalité qui se cache derrière les miroirs de la propagande multimédias tous azimuts, et en intervenant sur les événements qui nous frappent, qui nous interpellent, qui nous concernent pour partager nos analyses et réflexions et aider les gens à comprendre ce qui leur arrive. Notre collectif est ouvert à toute coopération.

Écrire à deconstruire[at]gmail.com

vendredi 1 février 2013

Des drones US au Niger pour les guerres d'Afrique


L'Afrique sera le nouveau terrain de chasse des avions sans pilote de l'armée US. Le gouvernement du Niger a autorisé le déploiement de drones du ministère de la Défense et de la CIA pour les opérations de surveillance et de renseignement contre les diverses milices pro-Al Qaïda actives dans la région nord-ouest du continent. La demande de création d'une base d'opérations au Niger a été officialisé il ya une dizaine de jours par l'ambassadeur US Bisa Williams lors d'une rencontre avec le président Mahamadou Issoufou.

Comme l'ont révélé les principaux quotidiens US, les drones ne seront pas armés, mais on n'exclut pas la possibilité que, dans l'avenir, ils puissent être utilisés pour effectuer des frappes de missiles "contre la menace croissante du terrorisme." Les missions d'espionnage et de strike (frappe) pourront être coordonnées avec les forces armées françaises qui opèrent depuis le 11 janvier 2013 dans le conflit au Mali et seront dirigées par l'US Africom, le commandement US des opérations militaires en Afrique basé à Stuttgart (Allemagne). Les avions sans pilote seront probablement stationnés sur une base aérienne de la région désertique d'Agadez, près de la frontière avec le Mali et l'Algérie.

Des négociations en vue de développer le partenariat Niger-USA et de définir le statut juridique et les fonctions des militaires US appelés à intervenir dans ce pays d'Afrique ont été engagées l'an dernier. Il y a quelques mois, le commandant de l'US AFRICOM, le général Carter Ham, avait visité le Niger et rencontré les plus hautes autorités civiles et militaires. Après le début des combats dans le nord du Mali et de l'intervention française contre les milices islamiques radicales d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), les autorités gouvernementales nigériennes ont décidé de mettre noir sur blanc le texte d'accord bilatéral proposé par Washington.
«Ils ont exprimé le désir de nouer des relations plus solides avec nous et nous avons été heureux de les nouer avec eux», a déclaré le porte-parole du Pentagone George Little. En plus de déployer des drones, l'armée US pourra utiliser les principaux aérodromes pour stationner les avions-espions pilotés et quelques unités spéciales d'intervention d'urgence qui appuieront les forces armées nigériennes pour le contrôle des frontières et la formation à l'"anti-terrorisme". Le Pentagone n'a pas révélé le nombre de soldats US autorisés à résider au Niger; jusqu'à présent, ils ont été environ cinquante, mais ils pourraient bientôt atteindre 300 hommes. Rien que pour garder en orbite une batterie de drones (quatre avions en vol pendant 24 heures consécutives), sont en effet nécessaires pas moins de 170 militaires en appui au sol.



Hillary Clinton avec l'un des drones US utilisés par l'armée ougandaise en Somalie
Le Niger est l'un des pays les plus pauvres du continent africain : l'espérance de vie est de 54,7 ans, le taux de mortalité infantile de 160,3 ‰, tandis que seulement 28,7% des adultes sont alphabétisés. Néanmoins, le gouvernement consacre une grande partie des ressources financières à l'achat de moyens de guerre et aider l'allié politico-militaire US dans la «lutte contre le terrorisme mondial» déclenchée après le 11 septembre 2001. Plusieurs officiers du Niger ont été invités aux USA pour suivre des cours sur "la lutte contre le terrorisme", la logistique et les télécommunications. En collaboration avec les forces armées du Mali, du Tchad et de la Mauritanie, sous le commandement de l' US Africom, l'armée nigérienne a pris part à des exercices dans le désert, avec l'utilisation de nouvelles méthodes de guerre. Avec l'aide de «conseillers» du Pentagone, en décembre 2004, les forces armées ont également lancé un raid sur une grande échelle dans la région du Sahel – à plus de 600 km de la capitale Niamey - contre un groupe de miliciens islamistes radicaux avec basé en Algérie. Comme l'a déclaré le commandant adjoint des forces US en Europe, le général Charles F. Wald, plus de 750 officiers du Niger, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie ont déjà été formés et spécialisés, pour un coût de 7,75 millions de dollars.


Salle de télécommande de drones sans pilote
En 2009, le Corps d'ingénierie de l'US Army a lancé un programme d'intervention dans les communautés les plus pauvres et les plus isolées de l'ouest du Sahara par le biais d'un fonds d' «aide humanitaire» géré par le commandement Africom à Stuttgart. Localisé dans les zones frontalières entre le Mali et le Niger, le programme vise à réaliser des «puits d'eau, des écoles, des points de santé et des banques de céréales» pour un coût total de 1,7 millions de dollars. Évidemment l'«humanitaire» vise à accroître le consensus local au plan de pénétration militaire et économique US dans la région. "Notre espoir est de soutenir les objectifs de sécurité de l'Africom et d'acquérir de l'expérience sur le continent et d'être plus efficaces à l'avenir", a admis Diana Putman, responsable du plan d '«aide humanitaire» du Commandement stratégique des troupes sur le continent africain.
En 2010, un coup d'État fomenté par l'armée pour empêcher la réélection de l'ancien président Mamadou Tandja a refroidi les relations entre le Niger et les USA. La décision de la junte militaire d'organiser une élection présidentielle en mars 2011 pour restituer le pouvoir aux civils, a cependant convaincu Washington de pousser l'accélérateur pour obtenir la permission de déployer ses fameux avions sans pilote au Niger.

Le ministère de la Défense et la CIA ont déjà stationnés des drones d'attaque espions dans plusieurs pays africains. La base principale d'opérations est certainement celle de Camp Lemonnier à Djibouti, qui abrite plus de 2.000 militaires US engagés dans des conflits qui déchirent la Corne de l'Afrique, le Yémen et le nord-est du continent. D'après le Washington Post, le centre de drones qui coordonne tout le système de renseignement  en Afrique serait au Burkina Faso. Sous le couvert d'un programme top secret au nom de code Sand Creek, une douzaine de militaires et de sous-traitants US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l'aéroport de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de  Mauritanie, d'Éthiopie, du Kenya, d'Ouganda et de l'archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base pourrait être activée prochainement au Sud-Soudan et - comme l'ont admis certains responsables US – l'Algérie serait sur le point d'autoriser les atterrissages et les décollages de drones pour combattre les milices d'AQMI en échange de sessions d'entraînement, d'équipement et de systèmes d'armement US.

jeudi 20 décembre 2012

Hollande propose un PACS à l'Algérie de Bouteflika

"Il y a un pacte entre nous : je fais son éloge et il fait mon éloge"
(Confidence de Bouteflika à propos de Hollande, faite aux journalistes français jeudi soir 20 décembre)
A défaut d'être populaire en France, Hollande l'est en Algérie.
Dessin de Dilem, dans le journal Liberté, 20/12/2012

François Hollande "vole" le butin de guerre de Kateb Yacine
par Salim KOUDIL, Liberté, 20/12/2012

 

La langue française est un « butin de guerre ». Une citation connue depuis longtemps et qui a été toujours attribuée à Kateb Yacine. Ce jeudi 20 décembre, François Hollande est venu à Alger pour « voler » la paternité de cette phrase à l’auteur de Nedjma pour l’attribuer à Léopold Sédar Senghor (1906-2001), premier président du Sénégal (entre 1960 et 1980) et également poète. C’était lors de son allocution devant les 2 chambres réunies du Parlement. « L’Algérie chérit la langue arabe mais elle a su aussi se nourrir du français, se l’approprier, comme disait Senghor, comme un butin de guerre mais surtout, comme un instrument de connaissance, de diversité, de liberté ». Une déclaration passée presque inaperçue. Visiblement même pour les services de la présidence française.


Dans le discours publié sur le site de l’Elysée (www.elysee.fr) l’intégralité du discours a été publiée. Par « hasard », on ne trouve aucune trace de « Senghor » dans le texte ! Pourtant sur la vidéo publiée sur le même site on peut bien entendre François Hollande « comme disait Senghor, comme un butin de guerre » (exactement à la 14ème minute et 56 secondes de la vidéo). Une erreur du président français ? Pour l’anecdote Léopold Sédar Senghor est décédé un … 20 décembre.

S.K

mardi 15 mai 2012

Cauchemar raciste à Taourirt

The Moroccan Association of Human Rights
( MAHRs )
TAOURIRT BRANCH
On Tuesday 24th April 2012, Taourirt ـ a city in the region of the East of Morocco - has known violent and inhuman arrestations among a number of Subsaharian immigrants and refugees .
Indeed, early in the morning while these immigrants were still sleeping in "the open-air "
next to the railway station , they were surprised and attacked by different types of police.
Hence, sixteen (16) immigrants were arrested while some others ran away. This
intervention which was observed by some members of the MAHRs has known a lot of
human right violations . The immigrants were humiliated, insulted and even beaten by the police. Worse than these, all the immigrants' properties (clothes, blankets, bags ,etc....) were burned, which is against all the national laws. The authorities even took some mobiles from these Subsaharians by force. All these violations and mistreatments were condemned by the people who were watching the "scene".

Late in the evening, 25 more immigrants were arrested and the whole 41 were transported to the frontier city Oujda from where they are usually deported to Algeria.
We have to mention here that usually the authorities try to make people believe that these immigrants are criminals, thieves, killers, ..... so as to legitimate their "hostile acts".
The MAHRs has tried to get official answers from the local responsibles about the reasons of the detentions, but in vain.

In the following day, the MAHRs -- Taourirt interviewed some immigrants who gave
shocking information about their daily life and the hostile treatments they endure.

To know more about it, please check these videos

ASSOCIATION MAROCAINE
DES DROITS HUMAINS
SECTION DE TAOURIRT

Le 24 Avril 2012, un bon matin pas comme les autres, prés de la gare de la ville de Taourirt, a vu des interventions sévères contre des réfugiés subsahariens. . Il y avait un grand nombre d'agents de la force publique, des policiers, et les auxiliaires d'autorités, ils ont surpris les Africains qui dormaient encore.
16 Subsahariens ont été arrêtés, par contre les autres ont pu s'enfuir pour un moment. Cette féroce intervention était d'une manière inhumaine et illégale, elle a violé toutes sortes de droits et de mœurs concernant les réfugiés. Les forces publiques en pleine rue et devant les passagers ont confisqué tous les bagages de ces réfugiés africains, ce qui a causé un état hystérique pour une victime qui criait pour avoir son téléphone portable qui lui a été pris de force.

La violence était une réponse pour n'importe qui voulait discuter ou négocier, et pour terminer les forces de l'ordre ont mis feu et brûlé les bagages des réfugiés devant les passagers témoins de cette sauvage intervention. La poursuite derrière ces Subsahariens a duré toute la journée et le soir 25 autres réfugiés ont été arrêtés .

Il faut signaler dans ce rapport que les autorités publiques essayent toujours de publier de fausses infos entre les citoyens pour donner la légalité à leurs interventions, comme dire que ce n'est qu'une bande de criminels et de voleurs et que si quelqu'un les aide il va être poursuivi en justice, ce qui provoque le racisme et la haine.

Et pour avoir plus de détails en ce qui concerne l'âge de ces réfugiés, le sexe, la nationalité, les membres de l'Association Marocaine des Droits Humaines ont contacté la police locale, mais elle était très discrète à  ce sujet. Ce n'est pas la première fois que les autorités emmènent ces Subsahariens et sans aucun jugement vers la frontière marocco-algériénne.
D'autre part, l'AMDH section de Taourirt à contacté des victimes et fait des interviews, qui montrent leurs souffrances du fait des autorités marocaines et la maltraitance puisqu'ils vivent en plein air.
Pour en savoir plus, regardez les vidéos de témoignages.




 
   
 

samedi 11 février 2012

Pas de pitié pour les Bédouins ! De Napoléon III à Franco : les “Rouges”, des “Arabes du nord”

Je viens de découvrir, en lisant l’excellent article de John Brown sur Baltasar Garzón et le piège de la transition démocratique en Espagne (lire ci-dessous) que les officiers franquistes de l’armée d’Afrique qui écrasa la République espagnole appelaient les Républicains “los moros del norte”, les Arabes du nord. Ce qui amène l’auteur cité par Brown, Gustau Nerín, dans son livre La guerra que vino de África (La guerre venue d’Afrique), à qualifier l’extermination des “Rouges“ par les fascistes de “tuerie coloniale”. J’ai immédiatement pensé à un parallèle historique saisissant d’analogie.
En février 1848, le peuple de Paris se soulevait contre la monarchie instaurée en juillet 1830 et proclamait la Seconde République. La bourgeoisie terrorisée fit appel aux troupes d’Afrique qui avaient effectué la conquête sanglante de l’Algérie de 1830 à 1847, quand l’émir Abdelkader, chef de l’insurrection algérienne, se rendit aux troupes françaises d’occupation, commandées par le général Bugeaud, massacreur d’ouvriers parisiens en 1834.
Gouverneur de l’Algérie depuis 1840, Bugeaud est rappelé à Paris pour faire face à la Révolution. Nommé commandant militaire de Paris, il déclare : “J'aurai le plaisir de tuer beaucoup de cette canaille.” L’homme chargé du commandement opérationnel des troupes est le général de Saint-Arnaud, auquel François Maspéro a consacré un livre remarquable, L'honneur de Saint-Arnaud (éd. Seuil, coll. Points, 1997, 448 p.) Saint-Arnaud, prototype du conquérant colonial, mettra tout le savoir-faire acquis dans la conquête de l’Algérie – dont les fameuses enfumades de populations civiles réfugiées dans des grottes – au service de la contre-révolution en métropole. L’homme qui écrivait en Algérie “On ravage, on brûle, on pille, on détruit les moissons et les arbres” était haï par le peuple de Paris, qui l’avait conspué et jeté à bas de son cheval au cours des journées de février. Il prendra sa revanche, et celle-ci sera sanglante.


La cavalerie dans les rues de Paris le 2 décembre 1851 (Auteur inconnu)
Après le bain de sang de juin 1848,  Louis-Napoléon Bonaparte prépare son coup d'Etat. Il nomme Saint-Arnaud général de division puis ministre de la Guerre. Dans les jours qui suivent le coup de force du 2 décembre 1851 (le fameux 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, pour citer le titre de la brochure de Karl Marx) les troupes de Saint-Arnaud, qui deviendra ministre de l’Intérieur, s'attaquent aux quartiers ouvriers parisiens au cri de : « Pas de pitié pour les Bédouins ! »
40 000 Républicains seront arrêtés et condamnés par des “commissions mixtes” mises en place par Saint-Arnaud et son collègue à la Justice Abbatucci. Une partie d’entre eux seront déportés dans les deux bagnes de Lambèze, en Algérie, et de Cayenne, en Guyane. Ces Républicains, bien qu’ils eussent été traités comme des “Bédouins”, n’en restèrent pas moins de bons et vrais Français. La plupart d’entre eux, une fois libérés du bagne de Lambèze, devinrent des colons dans l’Algérie désormais française (un condamné au bagne ne pouvait pas retourner en métropole une fois sa peine purgée) et, au printemps 1871, ils proclamèrent la Commune d’Alger, encore plus éphémère que la Commune de Paris. Détail troublant : cette “Commune” était interdite aux “indigènes” juifs et musulmans…

Comme quoi, on est toujours l’Arabe de quelqu’un.

Ernest Dargent, Illustration pour "Histoire d'un crime" - Quatrième journée : La victoire. © Photo RMN – Bulloz

dimanche 29 janvier 2012

Dites "Non à un hommage officiel au général Bigeard" !

 par http://www.nonabigeardauxinvalides.net/

Communiqué 2
L’appel « NON À L’HOMMAGE OFFICIEL AU GÉNÉRAL BIGEARD », contre le transfert aux Invalides des cendres de cet officier « baroudeur », au lourd passé indochinois et algérien, rencontre un grand succès.
Plus de 4.000 personnes de toutes opinions, de toutes origines, quatre jours seulement après la mise en ligne sur le site nonabigeardauxinvalides.net, se sont prononcées contre cette opération politicienne.
Des anciens ministres, des responsables politiques et syndicaux, des représentants d’associations, des élus, des intellectuels de renom, des artistes, des témoins et acteurs majeurs des guerres d’Indochine et d’Algérie, parmi lesquels des militaires, des citoyens de tous horizons soutiennent cette démarche.
Il nous faut cependant signaler que nous sommes également l’objet de menaces, de dénonciations haineuses, notamment sur des sites cultivant la nostalgie du temps des colonies et de l’Algérie française et / ou sur des sites d’extrême droite.
Cette pression ne nous fera évidemment pas dévier : nous continuons et continuerons notre action contre cette falsification du passé colonial à visée électorale. Nous invitons nos concitoyens à signer et à faire signer cet appel en se rendant sur le site nonabigeardauxinvalides.net



De son vivant, le général Bigeard a toujours bénéficié de l’admiration des forces politiques les plus réactionnaires et de leur soutien actif. Et voici qu’une année après sa mort, il est de nouveau utilisé pour une manœuvre politicienne, orchestrée par le ministre de la Défense, dont le passé d’extrême droite est connu : le transfert aux Invalides de ses cendres.
Cette initiative est doublement pernicieuse.
D’une part, il y a une certaine indécence à mettre Bigeard au rang d’autres grands militaires qui y reposent, parfois depuis des siècles. On peut avoir des analyses critiques sur tel ou tel d’entre eux, mais beaucoup mirent leur génie au service de la défense du territoire français.
D’autre part, et surtout, une telle initiative serait une insulte à divers peuples qui acquirent au prix fort, naguère, leur indépendance. Ces pays sont libres depuis des décennies, ils ont le plus souvent des relations cordiales avec le nôtre. A-t-on pensé un instant quel signal le gouvernement français s’apprête à leur envoyer ? Est-ce du mépris à l’état pur ou de l’inconscience ?
On nous présente cet officier comme un héros des temps modernes, un modèle d’abnégation et de courage. Or, il a été un acteur de premier plan des guerres coloniales, un « baroudeur » sans principes, utilisant des méthodes souvent ignobles. En Indochine et en Algérie, il a laissé aux peuples, aux patriotes qu’il a combattus, aux prisonniers qu’il a « interrogés », de douloureux souvenirs. Aujourd’hui encore, dans bien des familles vietnamiennes et algériennes, qui pleurent toujours leurs morts, ou dont certains membres portent encore dans leur chair les plaies du passé, le nom de Bigeard sonne comme synonyme des pratiques les plus détestables de l’armée française.
Nous n’acceptons pas que la notion d’héroïsme soit liée à l’histoire de cet homme. Lors des guerres coloniales conduites par la France, les vrais héros étaient ceux qui, dans les pays colonisés, luttaient pour la liberté et l’indépendance de leurs peuples, ceux qui, en métropole, ont eu la lucidité de dénoncer ces conflits, si manifestement contraires au droit international, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à l’intérêt même de la nation française.
L’objectif aurait été de réveiller les guerres mémorielles que les manipulateurs à l’origine de cette initiative ne s’y seraient pas pris autrement.
Nous exigeons que le gouvernement français renonce à cette initiative historiquement infondée, politiquement dangereuse et humainement scandaleuse.
Homage Sarko Bigeard 
Hommage Sarko Bigeard© Zédèr

     

    mercredi 21 décembre 2011

    Calédoun : les Arabes de Nouvelle-Calédonie, hier et aujourd'hui كالدون


    Entre 1864 et 1897, plus de 2000 Maghrébins, en très grande majorité des Algériens, sont déportés, transportés ou relégués en Nouvelle-Calédonie, qu’ils dénomment « Calédoun ». En Calédoun, et à la suite de mariages mixtes avec des femmes d’origines européenne, kanake ou encore indonésienne, une communauté dite « arabe », puisque c’est ainsi qu’ils s’appellent eux-mêmes, a pris corps, s’est enracinée et a prospéré.
    Bien que privés de la langue arabe et de l’islam, lointains souvenirs d’un autre monde que leurs pères évoquaient sous le nom d’Afrique, ils ont créé une communauté parmi celles qui peuplent la Nouvelle-Calédonie et ils sont, eux aussi, aujourd’hui, appelés par et avec le peuple kanak à la fondation d’une communauté de destin. Ces Menfiyyun el djazaïriyyun sont partie prenante du processus de décolonisation affirmé par l’accord de Nouméa. Leur destin, leur passé, leur devenir sont autant de facettes d’une expérience humaine inédite et passionnante qui nous interpelle.
    Avec : Déwé Gorodey, écrivaine kanake, membre du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie chargée de la culture, de la citoyenneté et de la condition féminine ; Taïeb Aïfa, fils de transporté algérien, maire de Bourail ; Mohamed El Korso, historien et universitaire algérien ; Daho Djerbal, maître de conférences en histoire à l’Université d’Alger-Bouzaréah.
    Modérateur : Ahmed El Keiy, journaliste à France Ô.