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mercredi 29 avril 2015

Pourquoi l'Italie ne s'intéresse pas aux Italiens assassinés par des drones US
Sigonella, capitale mondiale de la guerre robotisée

par Antonio Mazzeo, 27/4/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Perché all’Italia non interessa degli italiani assassinati dai droni
Ce sont des victimes collatérales, inconscientes et innocentes, de l'énième acte d'une guerre unilatérale. Il ne s'agit plus d'armées contre armées, mais de robots tueurs contre des hommes, des femmes, des enfants. Le coopérant sicilien Giovanni Lo Porto, honteusement ignoré par la politique avec un grand P, les institutions et l'ensemble du Parlement italien, a été brutalement assassiné au Pakistan dans l'un des innombrables bombardements déclenchés par les essaims de drones US.
 
"Il s'est agi d'une erreur tragique et fatale de nos alliés américains, reconnue par le président Obama, mais la mort de Lo Porto et d'un deuxième otage, l'Américain Warren Weinstein, est de l'entière responsabilité des terroristes, contre lesquels nous confirmons l'engagement de l'Italie" : tel a été le commentaires pour solde de tout compte du ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni. Aucune culpabilité donc des agents de la CIA qui ont ordonné l'attaque, aucune responsabilité politique de ceux qui, à Washington – en violation du droit international - ont encouragé et légitimé l'utilisation de drones, dans une escalade infernale vers la déshumanisation totale des conflits.

mercredi 13 février 2013

L'homme qui a tué Ben Laden raconte l'opération et sa désillusion de retour au pays

par Atlantico, 12/2/2013

Aujourd'hui, le “Navy Seal” qui a éliminé l'ennemi numéro 1 des USA se retrouve sans aucune couverture sociale, un échec surprenant de cette nation pour aider ses guerriers les plus expérimentés et qualifiés à réintégrer leur vie.
Aujourd’hui, le corps du tireur usé par 16 ans de missions, est rempli de tissu cicatriciel, d'arthrite, de tendinites, de lésions oculaires, et de disques soufflés.
Aujourd’hui, le corps du tireur usé par 16 ans de missions, est couvert de tissu cicatriciel, d'arthrite, de tendinites, de lésions oculaires, et de disques soufflés. Crédit Reuters
Il est l'homme qui a tué l'ennemi numéro 1 des USA. Un héros national anonyme, envers lequel l’Amérique devrait se sentir éternellement redevable. Et pourtant, Washington semble l’avoir déjà oublié. Aujourd'hui, ce membre de la Team 6 des Navy Seals, le commando qui a tué Oussama Ben Laden en mai 2011, se retrouve livré à lui-même, comme il le raconte dans un entretien à paraître sur le site internet du magazine américain Esquire.
Celui qui est venu à bout du chef d'Al-Qaida ne dévoile pas son identité. Il est âgé de 35 ans et a quitté la Team 6 des Navy Seals à l'issue de cette opération. Il est entré au service de la nation à 19 ans. Bilan : 16 ans dans l’armée. Il n'a aujourd'hui droit ni à la retraite, ni à l'assurance-maladie.

La raison ? Il a passé moins de 20 ans dans l'armée, et ne peut donc pas bénéficier d'une protection sociale à vie. Ce vétéran a connu plusieurs théâtres de guerre et a tué à lui seul une trentaine d'«ennemis combattants» - selon la terminologie officielle.
"C'est lui, boum, c'est fait"
La mission commence le 1er avril : un briefing. "Lors du briefing le premier jour, ils nous ont menti et ont été très vagues. Ils ont mentionné des câbles sous-marins et le tremblement de terre au Japon ou quelque chose du genre", raconte-t-il. Quelques jours plus tard, il connaît la véritable cible : Ben Laden et le Pakistan. S'ensuivent de nombreux briefings, notamment par l'agent de la CIA, "Maya", une femme "formidable", jouée par Jessica Chastain dans le film Zero Dark Thirty. Un film qu'il a vu et auquel il n'a trouvé que quelques défauts "mineurs".

S'ensuit une période d'entraînement, dans une réplique exacte de la résidence de Ben Laden construite en Caroline du Nord. Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, les choses s'enchaînent très vite. L'homme est le premier à entrer dans la chambre de Ben Laden, au troisième étage de sa maison d'Abbottabad, au Pakistan. L'opération est "loin d'être la plus dangereuse de sa carrière". Elle se déroule comme des centaines d'autres.

Ben Laden est dans le noir. Il ne voit rien. Lui, est équipé de lunettes de vision nocturne."Il y avait Ben Laden là, debout. Il avait ses mains sur les épaules d'une femme, la poussant devant, pas exactement vers moi mais dans la direction du vacarme du couloir. C'était sa plus jeune femme, Amal. C'était comme un instantané d'une cible d'entraînement. C'est lui, sans aucun doute. (...) C'est automatique, la mémoire musculaire. C'est lui, boum, c'est fait", se souvient-il.

Il tire deux balles, puis une autre, dans la tête de l'homme le plus recherché au monde. Il n'a de toute façon jamais été question de le faire prisonnier. Après les tirs, il constate : "Il était mort. Il ne bougeait pas. Sa langue pendait. Je l'ai vu prendre ses dernières inspirations, juste une respiration réflexe". Il se souvient avoir été "stupéfait" par la grande taille de Ben Laden.
Une nation peu reconnaissante
Aujourd’hui, le corps du tireur usé par 16 ans de missions, est rempli de tissu cicatriciel, d'arthrite, de tendinites, de lésions oculaires, et de disques soufflés. En rentrant au pays, il s’attend à trouver une nation reconnaissante. Barack Obama avait déclaré lors d’une journée des anciens combattants : "Celui qui se bat pour son pays ne devrait jamais avoir à se battre pour un emploi, un toit ou des soins quand ils rentrent chez lui.

C’est la désillusion. Pas de pension, pas de soins de santé, et aucune protection pour lui et sa famille.

Cet ancien combattant, un des plus décorés de notre époque termine sa carrière en éliminant l’ennemi numéro un des USA et n'a pas de piste d'atterrissage dans la vie civile. Il vit toujours avec sa femme, dont il est pourtant séparé après avoir longtemps passé plus de 300 jours par an en mission. Il est maintenant consultant, payé à la missi

"Les connaissances et la formation de ces gars-là valent pourtant des millions de dollars", affirme un mentor de Seals. La sécurité privée semble être le chemin le plus sûr pour retrouver un emploi alors que ces anciens soldats ne veulent plus porter d'arme pour un usage professionnel.

vendredi 23 octobre 2009

« Lire les pensées de l’ennemi et agir en conséquence »: Rencontre avec le commandant Ilyas Kashmiri, le chef de la brigade 313 de guérilla d'Al Qaïda

par Syed Saleem SHAHZAD, Asia Times Online, 15/10/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Al-Qaeda's guerrilla chief lays out strategy
Versione italiana: Capo della guerriglia di al-Qaeda espone la sua strategia


ANGORADA, Sud-Waziristan, zone frontalière avec l'Afghanistan – lors d'une rencontre de haut niveau le 9 octobre dernier, au palais présidentiel, entre les dirigeants civils et militaires du Pakistan, le feu vert a été donné à une opération militaire contre les talibans pakistanais et Al Qaïda dans la zone tribale du Sud-Waziristan  – définie par les experts comme le berceau de tous les conflits régionaux.
Au même moment, Al Qaïda escalade sa stratégie sur le théâtre de guerre de l’ Asie du sud, qui fait partie de sa campagne plus large contre l'hégémonie mondiale usaméricaine qui a commencé avec les attaques du 11 septembre 2001 aux USA.
La cible d'Al Qaïda restent les USA et ses alliés, tels que l'Europe, Israël et l'Inde, et elle n'envisage pas de diluer sa stratégie en englobant les résistances musulmanes locales. Dans ce contexte, l'activité militante au Pakistan est plutôt perçue comme une source de complications que comme faisant partie de la stratégie d'Al Qaïda.
Les militants ont été particulièrement actifs ces derniers jours. Jeudi dernier, une voiture chargée d'explosifs s’est écrasée contre le mur d'enceinte de l'ambassade indienne à Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, tuant au moins 17 personnes. Puis samedi, des militants ont organisé une attaque audacieuse contre l'état-major de l'armée pakistanaise à Rawalpindi, la ville jumelle de la capitale, Islamabad. Lundi, un attentat suicide a eu lieu dans un bourg de la vallée de Swat, tuant 41 personnes et en blessant 45 autres.
Le Pakistan se trouve dans une phase critique avec des forces armées qui n'ont jamais été si nombreuses  (presque tout un corps d’armée, avec 60 000 hommes), rassemblées autour du Sud-Waziristan pour déloger le Pakistan Tehrik-e-taliban (PTT) – la Fédération des groupes talibans pakistanais -, Al Qaïda et leurs alliés des zones tribales pakistanaises.
En ces temps de tension, Mohammad Ilyas Kashmiri, un dirigeant d'Al Qaïda qui, selon les renseignements usaméricains, est à la tête des opérations militaires d'Al Qaïda et dont la mort a été faussement confirmée lors d'une récente attaque par un drone usaméricain Predator dans le Nord-Waziristan, a accordé un entretien à Asia Times Online.
Il a invité ce correspondant à se rendre dans une cache secrète dans la zone du Sud-Waziristan à la frontière avec l'Afghanistan, survolée en permanence par  des drones.
C'est une première historique que cette rencontre d'Ilyas avec les médias, depuis qu'il a rejoint Al Qaïda en 2005. C’est un commandant vétéran de la lutte contre l'Inde pour le Cachemire divisé.
Ces derniers mois, les militants semblent avoir connu des revers. Plusieurs personnalités dirigeantes ont été tuées lors d'attaques de drones au Pakistan, comme Oussama Al Kini, de nationalité kenyane et chef des opérations extérieures d'Al Qaïda, Khalid Habid, le commandant de Lashkar Al Zil, l'Armée des Ombres, la force combattante d'Al Qaïda ; Tahir Youldachev, le dirigeant du Mouvement islamique d'Ouzbekistan lié à Al Qaïda ; Baitullah Mehsud, dirigeant du PTT et plusieurs autres.
Les talibans pakistanais ont également reçu des coups de la part des militaires dans les zones tribales et urbaines. Des négociations étaient également en cours pour conclure des accords de paix avec des commandants talibans dans diverses provinces afghanes.
Puis la semaine dernière, au moins neuf soldats US et plusieurs douzaines de soldats de l'Armée Nationale Afghane (ANA) ont été tués dans un raid sur un avant-poste dans la province du Nuristan, tandis que plus de 30 officiers et soldats de l'ANA étaient capturés par les talibans.
Cette attaque a été complétée par une série d'autres attaques sur les bases de l’OTAN dans les provinces du sud-est de Khost, Paktia et Paktika, forçant le Général US Stanley Mc Chrystal [commandant des forces d’invasion, NdE] à retirer toutes ses troupes des postes isolés dans les zones éloignées de ces provinces pour les repositionner dans des centres plus peuplés.
Ce qui a libéré un immense espace d’opérations pour les talibans, et signifie que si le Pakistan conduit des opérations dans le Sud-Waziristan, les militants pourront facilement traverses la frontière pour  trouver refuge du côté afghan.
Les attaques de ces derniers jours ont également montré que les militants sont toujours capables de frapper des cibles importantes, presque à volonté. Elles signifient également une reconfiguration du théâtre de guerre, car le Pakistan devra transférer ses troupes du front oriental (Inde) vers le front occidental (Afghanistan), puisque les talibans sont désormais l'ennemi numéro un.
Washington prévoit d'envoyer au moins 40 000 hommes supplémentaires en Afghanistan tandis que l'Inde complètera ces efforts avec ses services de renseignements et son expertise militaire contre l'ennemi commun, les groupes militants musulmans.
La bataille à venir
Ilyas Kashmiri a donné son avis sur ce à quoi va ressembler la prochaine bataille, quelles seront les cibles et quelle en sera l'influence sur l'Occident en rapport avec la déstabilisation d'un État musulman comme le Pakistan.
Le contact avec Asia Times Online a débuté par un appel téléphonique de militants le 6 octobre, invitant ce correspondant à se rendre dans la ville de Mir Ali dans le Nord-Waziristan. Aucune raison ne fut donnée pour ce rendez-vous. Le jour suivant, je me suis donc rendu à Mir Ali, une ville qui a été fortement attaquée par les drones cette dernière année. Après plus de sept heures d'un voyage ininterrompu, je fus reçu par un groupe d'hommes armés qui m'a emmené dans une maison appartenant à un homme d'une tribu locale.
« Le commandant (Ilyas Kashmiri) est vivant. Vous savez que le commandant n'a encore jamais parlé aux médias, mais puisque tout le monde est persuadé de sa mort à cause d'une attaque de drone (en septembre), la Choura (conseil) d'Al Qaïda a décidé d’apporter un démenti à ces informations par un entretien d'Ilyas Kashmiri en personne avec un journal indépendant, et c'est pourquoi le conseil a convenu de faire appel à vous», m'a dit une personne que j’ai reconnue comme étant le personnage clé dans la fameuse Brigade 313 d'Ilyas, alors que j'entrais dans la maison sécurisée. La brigade, un rassemblement de groupes djuhadistes, a combattu de longues années contre l'Inde dans la partie du Cachemire occupée par l'Inde.
« Vous devrez rester dans cette pièce jusqu'à ce qu'on vous informe de la suite du plan. Vous pouvez entendre les drones voler au-dessus de votre tête, c'est pourquoi vous ne prendrez pas le risque de quitter la pièce. La région est remplie de talibans mais également d'informateurs qui, s'ils signalaient la présence d'étrangers dans une maison, pourraient entraîner une attaque de drone », m'a indiqué l'homme.
Le lendemain, j’ai été transféré dans une autre maison en un lieu inconnu, après environ 3 heures de route. Pendant tout ce temps, j'étais en permanence accompagné par une escorte armée. Je n'avais pas le droit de leur parler, et ils ne pouvaient pas non plus communiquer avec moi. J'étais entré dans le monde d'Al Qaïda. Finalement, tôt le matin du 9 octobre, quelques hommes armés sont arrivés dans une voiture blanche.
« Merci de laisser tous vos gadgets électroniques ici. Pas de téléphone portable, pas d'appareil photo, rien. Nous vous fournirons un stylo et du papier pour prendre des notes» , furent les ordres que je reçus. Après plusieurs heures d'un trajet très pénible, entre pistes boueuses et cols montagneux, nous sommes arrivés dans le lieu où je devais rencontrer Ilyas.
Après quelques heures d’attente, le bruit d'un puissant véhicule a soudain rompu le silence. Mon escorte et les hommes déjà présents dans la pièce ont pris rapidement position. Ils portaient tous des cartouchières et des AK-47.
Ilyas a fait son entrée. Une apparition saisissante : il mesure environ 1.83 m, portait un turban de couleur crème et un qameez shalwar (ensemble tunique et pantalon traditionnels) blanc, un AK-47 sur l'épaule et un bâton en bois dans une main, et encadré par des commandos de sa célèbre et irréductible Brigade 313.
Ilyas porte maintenant une longue barbe blanche teintée au henné. A l'âge de 45 ans, il reste bien bâti, même s'il porte des cicatrices de guerre – il a perdu un œil et un index. Quand nous nous sommes serrés la main, sa poignée était puissante.
L'hôte a immédiatement servi le déjeuner et nous nous sommes assis sur le sol pour manger.
« Alors, vous avez survécu à une troisième attaque de drone... Pourquoi l'Agence centrale de renseignements US (la CIA) vous recherche comme ça ? », lui ai-je demandé.
La question était quelque peu rhétorique. Il est l'un des commandants d'Al Qaïda le plus en vue, avec une prime sur sa tête de 50 millions de roupies (soit 600 000 $). Son rôle est défini différemment suivant les organisations des renseignements et les médias. Certains disent qu'il est le commandant en chef des opérations internationales d'Al Qaïda, tandis que d'autres disent qu'il est le chef de la branche militaire d'Al Qaïda.
Si aujourd'hui, Al Qaïda est divisé en trois sphères, Oussama Ben Laden est bien sûr le symbole du mouvement et son adjoint, Ayman Al Zawahiri détermine l'idéologie d'Al Qaïda et sa vision stratégique globale. Et Ilyas, avec son expertise inégalable de la guérilla, transforme la vision stratégique en réalité, fournit les ressources et fait en sorte que les objectifs soient atteints, mais il choisit de rester à l'arrière-plan et de garder un profil bas.
Ses bases et ses activités sont toujours restées enveloppées du voile du secret. Cependant, l'arrestation de cinq de ses hommes au Pakistan au début de cette année et leurs interrogatoires serrés subséquents ont aidé à lever le voile. Les informations qu'ils ont fournies ont provoqué des attaques de drones de la CIA contre lui : la première a eu lieu au mois de mai puis à nouveau le 7 septembre quand il fut déclaré mort par les renseignements pakistanais, et finalement le 14 septembre, attaque après laquelle la CIA indiqua qu'il était mort et déclara que c'était un grand succès pour la « guerre contre le terrorisme. »
« Ils ont raison de me poursuivre. Ils connaissent bien leur ennemi. Ils savent ce dont je suis réellement capable», a répondu fièrement Ilyas.
Né à Bimbur (l'ancienne Mirpur) le 10 février 1964, dans la vallée de Samhani, dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan, Ilyas a suivi la première année d'études en communication de masse à l'Université ouverte Allama Iqbal, à Islamabad. Il n'a pas continué à cause de son engagement important dans les activités djihadistes.
Le Mouvement de Libération du Cachemire a été sa première expérience dans le domaine du militantisme, puis le Harkat-ul Jihad-i-Islami (HUJI) et finalement sa légendaire Brigade 313. Cette dernière est devenue le groupe le plus puissant de l'Asie du sud et son réseau s'est fortement développé en Afghanistan, au Pakistan, au Cachemire, en Inde, au Népal et au Bangladesh. Selon certaines informations de la CIA, la Brigade 313 serait désormais basée en Europe et serait capable du genre d'attaques qui a vu une poignée de militants terroriser la cité indienne de Mumbai (Bombay) en novembre dernier.
Il y a peu de documents sur la vie d'Ilyas et ce qui a été raconté est souvent contradictoire. Cependant, il est invariablement décrit, certes par les agences de renseignements du monde entier, comme le dirigeant guérillero le plus efficace, le plus dangereux et le plus intelligent du monde.
Il a quitté le Cachemire en 2005 après sa seconde libération de détention par l'Inter-Services Intelligence (les services de renseignements du Pakistan - ISI) et est parti pour le Nord-Waziristan. Il avait été arrêté auparavant par les forces indiennes, mais il s’évada de prison et s'enfuit. Il est alors détenu par l'ISI en tant que cerveau soupçonné d'une attaque contre le Président de l'époque, Parviz Musharraf, en 2003 mais est acquitté et libéré. L'ISI arrête à nouveau Ilyas en 2005 après qu'il eut refusé d'arrêter ses opérations au Cachemire.
Son installation dans les zones agitées de la frontière  a donné des frissons à Washington quand ils réalisèrent qu'avec sa grande expérience, il pourrait transformer les modes d’engagement peu sophistiqués des guérilleros afghans en une guerre de guérilla moderne et audacieuse.
Les succès d'Ilyas parlent d'eux-mêmes. En 1994, il a lancé l'opération Al Hadid dans la capitale indienne New Delhi, pour faire relâcher certains de ses camarades djihadistes. Son groupe constitué de 25 personnes comprenait Cheikh Omar Saeed (le kidnappeur du journaliste US, Daniel Pearl, à Karachi en 2002) comme adjoint. Le groupe a enlevé plusieurs étrangers, y compris des touristes usaméricains, israéliens et britanniques et les a emmené à Ghaziabad près de Delhi. Ils ont alors demandé que les autorités indiennes relâchent leurs collègues mais au lieu de cela, celles-ci attaquèrent leur planque. Cheikh Omar fut blessé et arrêté. (Il fut plus tard libéré en échange de passagers d'un avion indien détourné). Ilyas put s’enfuir sans être blessé.
Le 25 février 2000, l'armée indienne tua 14 civils dans le village de Lonjot dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan après que des commandos eurent traversé la ligne de contrôle (LoC) séparant les deux Cachemires. Ils revinrent du côté indien avec des filles pakistanaises qu'ils avaient kidnappées et envoyèrent les têtes coupées de trois d'entre elles aux soldats pakistanais.
Le jour suivant, Ilyas mena une opération de guérilla contre l'armée indienne dans le secteur de Nakyal après avoir traversé la LoC avec 25 combattants de la Brigade 313. Ils kidnappèrent un officier de l'armée indienne qui fut plus tard décapité – sa tête fut exhibée dans les souks de Kotli en territoire pakistanais.
Cependant, l'opération la plus significative d'Ilyas eut lieu contre le cantonnement d'Aknor dans le Cachemire sous occupation indienne, contre les forces armées indiennes, suite au massacre de musulmans dans la ville indienne de Gujarat en 2002. Lors d'attaques intelligemment préparées impliquant la Brigade 313 divisée en deux groupes, des généraux, des brigadiers et d'autres officiers supérieurs indiens furent attirés sur la scène de la première attaque. Deux généraux furent blessés (l'armée pakistanaise n'a pas réussi à blesser un seul général indien en trois guerres) et plusieurs brigadiers et colonels furent tués. Ce fut un des plus impressionnants revers pour l'Inde dans la longue insurrection en cours au Cachemire.
Malgré ce qu'ont indiqué certains rapports, Ilyas n'a jamais fait partie des forces spéciales du Pakistan, ni non plus de l'armée. En presque 30 ans, depuis qu’il rejoignit le djihad afghan contre les Soviétiques dà partir de la plate-forme de l'HUJI, il a pu développer ses compétences en guerre de guérilla en explosifs.
Dans les mois qui ont immédiatement suivi son arrivée sur le théâtre de guerre afghan en 2005, Kashmiri a redéfini l'insurrection dirigée par les talibans, basée sur la stratégie à trois objectifs de la guerre de guérilla mise en place par le légendaire général vietnamien Vo Nguyen Giap. Pour les talibans, l'important était de se positionner de manière à couper les lignes de ravitaillement de l'OTAN depuis les quatre côtés de l'Afghanistan et d'effectuer des opérations spéciales en Afghanistan, semblables à l'attaque de Mumbai.
Au fil des années, Ilyas a délibérément adopté un profil bas dans la hiérarchie des militants. Ses attaques sont exactement à l’opposé, bien qu'il n'ait jamais publié de déclaration ni n'ait revendiqué de responsabilité pour aucune opération.
On pense que sa Brigade 313 est le catalyseur des opérations à forte visibilité telles que celle de Mumbai et d'autres en Afghanistan, ainsi que des opérations d'Al Qaïda en Somalie et dans une certaine mesure, en Irak.
« Pensez-vous que la prochaine opération au Sud-Waziristan sera la ‘mère de toutes les opération’ dans la région, comme le disent certains experts ?», lui ai-je demandé après que eussions ayons fini de déjeuner et que je me trouvais seul avec Ilyas et son fidèle confident.
« Je ne sais pas comment jouer avec les mots pendant un entretien », répondit Ilyas. « J'ai toujours été un commandant de terrain et je connais la langue du champs de bataille. Je vais essayer de répondre à vos questions dans la langue que je connais. » (Ilyas a parlé principalement en urdu, mélangé de Panjâbî).
« Saleem ! J'attirerai votre attention sur les données de base de l’actuel théâtre de guerre et j’utiliserai cela pour expliquer toute la stratégie des batailles à venir. Ceux qui ont planifié cette bataille ont en fait pour but d'amener le plus grand Satan du monde (les USA) et ses alliés dans ce piège et ce bourbier (l'Afghanistan). L'Afghanistan est un endroit au monde unique, où le chasseur a le choix entre toutes sortes de pièges. »
« Ça peut aussi bien être le désert, que les rivières que les montagnes ou même les centres urbains. C'était la pensée des planificateurs de cette guerre qui en avaient marre des intrigues internationales du grand Satan et ils œuvrent à sa fin pour faire de ce monde un lieu de paix et de justice. Cependant, le grand Satan était plein d'arrogance pour sa supériorité et pensait que les Afghans n'était qu'un ramassis de statues impuissantes qui seraient frappé des quatre côtés par leurs machines de guerre et qu'il n'auraient ni le pouvoir ni la capacité de réagir.
« C'est dans cette illusion qu'une grande alliance de puissances mondiales est venue en Afghanistan, mais, à cause de leurs conceptions mal placées, elles se sont petit à petit retrouvées piégées en Afghanistan. Aujourd'hui, l'OTAN n'a aucune importance ni pertinence ici. Ils ont perdu la guerre en Afghanistan. Et quand ils ont réalisé leur défaite, ils ont mis l'accent sur le fait que toute cette bataille se jouait depuis l'extérieur de l'Afghanistan, c'est à dire, depuis les deux Waziristan. Pour moi, cette thèse militaire est un mirage qui a créé une situation complexe dans la région et a engendré des réactions et des contre-réactions. Je ne veux pas entrer dans les détails mais pour moi, tout cela ne servait qu'à faire diversion. Pour moi en tant que commandant militaire, la réalité est que le piège de l'Afghanistan a fonctionné et que les objectifs militaires de base sur le terrain ont été atteints», dit  Ilyas.
J'ai répliqué que repositionnement de la Brigade 313 du Cachemire [en Afghanistan/Waziristan, NdE] était elle-même une preuve que des mains étrangères étaient impliquées en Afghanistan.
« La base même de votre argument est fausse : que cette guerre serait menée depuis l'extérieur de l'Afghanistan. C’est là qu'une compréhension sortie du contexte, de l'entière situation. En ce qui me concerne et en ce qui concerne la Brigade 313, j'ai décidé de rejoindre la résistance afghane en tant qu'individu et j'avais une bonne raison pour cela. Chacun sait qu'il y a juste une décennie, je menais une guerre pour la libération de ma patrie, le Cachemire.
« Cependant, j'ai réalisé que des décennies de luttes armées et politiques ne pourraient pas aider à la résolution de ce problème. Néanmoins, le problème du Timor oriental a été résolu sans que soit perdu autant de temps. Pourquoi ? Parce que tout le jeu se trouvait entre les mains du grand Satan, les USA. Des organes tels que les Nations Unies et des pays comme l'Inde et Israël n'étaient que le prolongement de ses ressources et c'est pourquoi ce fut un échec pour la résolution du problème palestinien, du problème du Cachemire et du bourbier en Afghanistan.
« Ainsi, j'ai réalisé, comme beaucoup de gens dans le monde, qu'analyser la situation dans une perspective politique régionale étroite était une approche incorrecte. C'est une partie de match entièrement différente pour laquelle une stratégie unifiée est obligatoire. La défaite de l'hégémonie mondiale usaméricaine est indispensable si je veux la libération de ma patrie, le Cachemire et ce qui explique la raison de ma présence sur ce théâtre de guerre. »
Ilyas a continué : « Quand je suis venu ici, j'ai découvert que ma présence ici était justifiée : la façon dont les puissances régionales du monde opèrent sous le parapluie du grand Satan et comment elles soutiennent ses grands projets. Tout cela peut être perçu d'ici, en Afghanistan. » Il ajouta que la stratégie de guerre régionale d'Al Qaïda, dans laquelle ils ont frappé des cibles indiennes, est en fait d’amputer la puissance américaine.
« Le RAW (Research and Analysing Wing : l'agence de renseignements extérieurs de l'Inde) a des centres de commandement de détachement dans les provinces afghanes de Kunar, de Jalalabad, de Khost, d'Argun, de Helmand et de Kandahar. Les opérations de couverture sont des entreprises de construction routière. Par exemple, le contrat de construction de la route depuis la ville de Khost jusqu'à la zone tribale de Tanai est traité par un entrepreneur qui est en fait un colonel de l'armée indienne. À Gardez, des entreprises de télécommunications sont la couverture pour des opérations de renseignements indiens. La plupart du temps, leurs hommes opèrent avec des noms musulmans mais en fait, les employés sont hindous. »
« Le monde doit-il s'attendre à plus d'attaques du style de celles de Mumbai ? », lui ai-je demandé.
« Ce n’était rien comparé à ce qui a déjà été planifié pour l'avenir», a répondu Ilyas.
« Même contre Israël et les USA ? », ai-je demandé.
« Saleem, je ne suis pas un mollah traditionnel du djihad, qui se gargarise de slogans. En tant que commandant militaire, je dirais que chaque objectif a un temps et une raison précis et les réponses viendront en conséquence», répond Ilyas.
Alors que je notais les réponses de Kashmiri, je pensais à ces années passées quand il était encore le chéri des forces armées pakistanaises, leur fierté. Les officiers militaires les plus importants étaient fiers de le rencontrer dans sa base au Cachemire, ils passaient du temps avec lui à écouter les légendes de ses exploits militaires. Aujourd'hui, j'ai une personne différente en face de moi – un homme condamné en tant que terroriste par l’establishment militaire pakistanais, qui n’a qu’un  souhait : sa mort.
« Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre Al Qaïda ? », ai-je demandé .
« Nous étions tous les deux victimes du même tyran, le monde musulman en a assez des Usaméricains et c'est pourquoi ils sont d’accord avec Cheikh Oussama. Si on demandait au monde musulman d'élire un dirigeant, il choisirait soit Mollah Omar (le dirigeant des Talibans) soit cheikh Oussama», a dit Ilyas.
« Si cela est vrai, pourquoi une partie des militants font-ils la guerre à des États musulmans comme le Pakistan ? Est-ce que vous pensez que c’est correct ? »
« Notre bataille ne peut pas être contre les Musulmans et les croyants. Comme je l'ai mentionné auparavant, ce qui se passe en ce moment dans le monde musulman est une complexité causée par les jeux de pouvoir usaméricains qui ont provoqué des réactions et des contre-réactions. C'est un débat totalement différent et ceci peut me dévier du sujet réel. Le jeu réel est le combat contre le grand Satan et ses partisans », a répondu Ilyas.
« Qu'est-ce qui vous a fait passer du rôle de meilleur ami bien-aimé à celui d'ennemi le plus détesté aux les yeux de l’establishment militaire pakistanais ? », ai-je demandé .
«  Le Pakistan est mon pays bien-aimé et les gens qui vivent là-bas sont nos frères, nos sœurs et nos parents. Je ne peux pas imaginer agir contre ses intérêts. L'armée pakistanaise n'a jamais été contre moi   mais certains éléments m'ont désigné comme ennemi afin de dissimuler leurs faiblesses et pour apaiser leurs maîtres», a répondu Ilyas .
« Qu'est ce que la Brigade 313 ? », ai-je demandé.
« Je ne peux pas vous le dire, seulement que la guerre est une question de tactique et c'est tout ce dont il s'agit : lire les pensées de l'ennemi et réagir en conséquence. Le monde pensait que le Prophète Mahomet n'avait laissé que des femmes derrière lui. Ils ont oublié qu’il y avait aussi de vrais hommes qui ne savaient pas ce que la défaite signifiait. Le monde ne connaît que des soi-disant Musulmans, qui ne suivent que la direction du vent et qui n'ont aucune volonté propre. Ils n'ont pas de pensées ou de dimensions propres. Le monde attend encore de voir de vrais Musulmans. Jusqu'à présent, ils n'ont vu qu’Oussama et Mollah Omar, alors qu'il y en a des milliers d'autres. Les loups ne respectent que le coup de patte  du lion ; les lions ne se laissent pas impressionner avec la logique d'un mouton », dit Ilyas.
La conversation se termine alors que la nuit tombe. Le lendemain, un couvre-feu devait être imposé imposé au Nord-Waziristan en préparation de la grande opération dans la région, et je devais quitter la zone. Ilyas devait également partir vers une nouvelle destination, comme il le fait de façon régulière, pour se cacher aux yeux des drones Predator.

Karachi, 28 juin 2009

vendredi 11 septembre 2009

Les USA envahissent et occupent le Pakistan

Un point de vue pakistanais
par Talha MUJADDIDI, 30/8/2009

Nous le voyons se produire dans nos rues. Le cauchemar récurrent est aujourd'hui devenu une dure réalité pour le peuple du Pakistan. Après avoir suivi les horreurs des invasions et des occupations usaméricaines en Irak et chez notre voisin, l'Afghanistan pendant 8 ans, la « guerre contre le terrorisme » est finalement arrivée dans « Le Pays des Purs* ». Obama tient sa promesse de campagne au Pakistan. La brutale arrivée des marines US, des Hummers militaires US, des tueurs stipendiés de la société militaire privée Blackwater, les maisons barricadées pour le personnel US à Islamabad et la construction de la plus grande « ambassade » US du monde, terrorisent cette nation de 180 millions d'habitants. Le massacre et la destruction US de l'Irak et de l'Afghanistan voisin pendant les 8 dernières années leur ont donné un avant-goût ce qui peut arriver, à eux, à leurs familles et à leur pays.

Les marines usaméricains




Le 21 septembre 2008, une bombe a explosé à l'hôtel Marriott à Islamabad, tuant un grand nombre de personnes et en blessant des centaines. Avant l’attentat, des marines US ont déchargé des caisses métalliquesl d'un camion, ont franchi la sécurité et les ont transportées au 4ème étage du bâtiment. Les responsables US refusent de coopérer avec le gouvernement qui tente d'enquêter sur leurs activités. Un an plus tard, ce sont les mêmes marines US qui mènent l'occupation du Pakistan.

Jusqu'au débarquement des forces usaméricaines, le porte-parole US pour les Affaires étrangères a démenti que 1000 marines US étaient en route pour Islamabad. Les mille marines se trouvent désormais dans la capitale.. Certains d'entre eux doivent être en train de s’infiltrer tranquillement au Baloutchistan où la présence du Joint Special Operations Command (l'état-major conjoint des opérations spécial) a été signalée par des journalistes étrangers. Mais la majorité d'entre eux sont là pour défendre ce que sera la plus grande ambassade/forteresse usaméricaine du monde, pour l'instant en cours de construction, et pour servir de tête de pont à l'invasion et à l'occupation.

Le coût pour le contribuable usaméricain




L'ambassadrice usaméricaine au Pakistan, Anne W. Patterson



Le coût total pour l'hébergement et le soutien général sur place des seuls marines sera de 112.5 million $. L'ambassadrice Anne W. Patterson, a indiqué que l'argent est réparti de la façon suivante : « 5 millions $ pour les quartiers des marines, 53,5 millions $ pour les infrastructures d'hébergement, 18 millions $ pour l'amélioration de la zone de bureaux des services généraux et 36 millions $ pour les quartiers de temporaire et les équipements collectifs. »

Dans ses explications concernant l'expansion massive de l'ambassade usaméricaine, Patterson a mentionné le chiffre de 4 milliards de dollars :

« L'expansion de l'ambassade, a -t-elle déclaré, reflète l'engagement à long terme que les USA ont l'intention de prendre au Pakistan. De plus, a t'-elle indiqué, quadrupler l'aide sociale, économique et militaire qui engagera 4 milliards $ par an pendant les 18 prochains mois, nécessite un accroissement du personnel. »



L'ambassadrice Patterson n'a pas clarifié si les 4 milliards $ couvraient la construction qui fera de cette ambassade la plus grande du monde. Quand on replace cette construction dans le contexte et compte tenu du nouveau degré de l'occupation US au Pakistan, cela ressemble plus à une base militaire permanente, pas seulement pour le Pakistan mais aussi pour toute la région, qu'à une ambassade pour les opérations militaires courantes et secrètes.



Des armes et des Hummers

Des témoins et des journalistes informés ont signalé avoir observé depuis quelques semaines, du personnel usaméricain à Islamabad mais il se déplace maintenant librement à travers la capitale. La loi (section 144) stipule que des Pakistanais en possession d'armes à feu ne sont pas autorisés à les porter sur eux, dans Islamabad. Mais le personnel usaméricain montre aux Pakistanais qu'il est au-dessus de la loi en brandissant ouvertement ses armes. Il a également été confirmé que 3 000 Hummers militaires, verrouillés et chargés, attendent d’ être débarqués et déployés, à Port Qasim (Karachi). Pour des millions de Pakistanais l’évocation de ces Hummers rappelle des images de troupes usaméricaines, armées jusqu'aux dents, chargeant dans les rues des villes irakiennes, terrifiant et tuant souvent des civils sans défense.


Le 23 février 2009, le Pentagone a révélé que plus de 70 conseillers militaires usaméricains travaillaient secrètement au Pakistan.



Blackwater et la CIA

Les Pakistanais étaient au courant qu'environ 300 "conseillers" militaires US logeaient à Tarbela. Mais la nouvelle de l'arrivée des célèbres mercenaires de Blackwater, en plus des mille marines US, concentre toute leur attention. Au Pakistan, la société Blackwater a remplacé son nom entaché par un nom plus parlant, "Xe Worldwide", nom derrière lequel ces tueurs à gage se cachent

La semaine dernière également, Creative Associates International Inc (CAII), une couverture de la CIA, opérait à Peshawar. Ils ont maintenant bouclé une route et ouvert boutique près des maisons de hauts responsables pakistanais à Islamabad, juste en face d'une école.




Le Dr. Shireen Mazari

Le Dr. Shireen M. Mazari est une chercheuse et commentatrice en Études Stratégiques et Sciences Politiques du Pakistan. Elle possède un doctorat de l'Université Colombia et était Directrice Générale de l'Institut d'Etudes Stratégiques à Islamabad, au Pakistan et est ancienne présidente du Département de la Défense et des Etudes Stratégiques à l'Université Quaid-i-Azam, à Islamabad. Elle est critique des relations que le gouvernement du Pakistan entretient avec les USA et l'Inde. Intervenant pour un parti politique de l'opposition (Tehreek-e-Insaaf), le Dr. Shireen Mazari parle de la récente arrivée des forces US au Pakistan :


"Vont-ils se joindre aux brigades d'assassins du Pentagone, qui pourraient élire domicile dans les maisons barricadées d'Islamabad et avec lesquels le présent commandant US en Afghanistan était directement associé ? Des employés des aéroports pakistanais ont parlé de leurs inquiétudes au sujet de vols charters qui transportent des Américains et dont l'entrée dans le pays n'est pas enregistrée, ni même les visas des membres de l'équipage des vols qui ne sont pas non plus vérifiés, ainsi il n'existe aucun registre du nombre exact d'Usaméricains qui entrent ou sortent du Pakistan. D'ailleurs, Craig Davis du CAII (CIA/Blackwater) qui a été expulsé, est maintenant revenu à Peshawar ! Et ne nous laissons pas avoir par l'argument comme quoi le nombre est le reflet de l'amitié car nous savons ce que le nombre signifiait pour les satellites soviétiques."




Le Pearl Continental, un hôtel de luxe à Peshawar a été soufflé par une bombe le 9 juin 2009. Les USA attribuent d'habitude ce genre d’attentats aux terroristes musulmans. Les USA ont aussi, comme d'habitude, saboté les accords de paix entre le gouvernement pakistanais et divers groupes de résistance au Pakistan. Des attentats comme celui-ci permettent de justifier l'invasion et l'occupation actuelles par les USA.

L'hôtel Pearl Continental à Peshawar a été bombardé le 9 juin 2009, ce qui n'a attiré que très peu d'attention de la part des médias dominants. Au moment de l'attentat, les médias pakistanais ont déclaré officiellement que l'hôtel était occupé par du personnel U.S. mais ils n'ont pas mentionné Blackwater. Cependant, le nom de Blackwater a commencé à apparaître suite à des rumeurs et des rapports officieux, après l’attentat à Peshawar.




Ahmed Quraishi



Le 5 août 2009, Ahmed Quraishi, analyste politique, chroniqueur et propriétaire indépendant d'un site Internet d'actualités, a rendu compte de l'introduction des marines U.S., de Blackwater, de la CIA et d'équipement militaire au Pakistan :

“Les Pakistanais se demandent : « Qui gouverne nos rues, le gouvernement pakistanais ou les Américains ? Et qui les a autorisés à venir ? »


« Il y a trois semaines, un groupe de citoyens pakistanais de Peshawar, inquiets, a écrit au ministère fédéral de l’Intérieur au sujet des activités suspectes d'un groupe d'Américains fantomatiques dans une maison louée dans leur voisinage, le quartier chic de l'University Town à Peshawar. Une ONG se désignant sous le nom de Creative Associates International Inc. louait la maison”. Selon son site Internet, la CAII se décrit comme « une organisation privée non gouvernementale qui s'occupe des défis urgents auxquels se trouvent confrontées les sociétés d'aujourd'hui … Les objectifs de Creative sont d'offrir l'opportunité d'améliorer, de transformer et de renouveler… » La description n'a aucun sens. C'est plus ou moins une parfaite couverture pour le véritable travail de cette « ONG » US : l'espionnage…

“A Peshawar, la CAII a ouvert un bureau pour travailler sur des projets dans les zones tribales proches. Il est intéressant de voir que tous ces projets sont liés au gouvernement US. Les autres projets de la CAII, à l'extérieur du Pakistan, sont aussi liés au gouvernement US. En résumé, cette ONG n'en est pas une. Elle est étroitement liée au gouvernement usaméricain. »

Entre-temps, lorsqu'on l'a interrogée sur l'agrandissement de l'ambassade, l'ambassadrice U.S., Anne W. Patterson, a été « manifestement secouée » et a répondu : “Je suis sans voix. Pour espionner le Pakistan, nous n'avons pas besoin d'une grande ambassade.” Puis se ressaisissant rapidement, elle a ajouté :“ Et nous n'avons pas non plus besoin d'espionner.” Patterson a continué en disant que le Pakistan pourrait devenir une “station familiale” – on se demande ce que ça veut dire pour un bureaucrate colonial US.

Au sujet de la couverture de la CIA pour les mercenaires de Blackwater, Ahmed précise :

« À Peshawar, la CAII a indiqué aux autorités pakistanaise qu'elle avait besoin d'engager des gardes pour sa protection. Il s'est avéré que les gardes n'étaient autres que des tueurs à gage professionnels de Blackwater. Ils utilisaient la couverture de la CAII pour mener une série d'activités secrètes dans la province de la Frontière nord-ouest du Pakistan. La tristement célèbre société de sécurité privée Blackwater opère en tant que branche de l'armée US et de la CIA, s'occupant, dans des zones stratégiques éloignées, du sale boulot auquel le gouvernement US ne peut pas ouvertement s'associer. Blackwater n'est rien d'autre qu'une société de sécurité. C'est une armée mercenaire de plusieurs milliers de soldats.

« Les responsables de la sécurité pakistanaise ont été alertés par des rapports qui indiquaient que Blackwater opérait depuis le bureau de la CAII sur Chinar Road, dans le quartier de l'University Town à Peshawar. La personne responsable du bureau, un Américain du nom de Craig Davis selon un article du journal Jang, un des plus grands quotidiens en langue urdu du Pakistan, a été arrêté et accusé d'établir des contacts avec « les ennemis du Pakistan » dans des régions attenantes à l'Afghanistan. Son visa a été annulé, le bureau fermé et d'après certaines informations, M. Davis aurait été expulsé aux USA.

« On ne sait pas exactement quand M. Davis aurait été expulsé ni s'il y a eu d'autres membres du personnel expulsés en même temps que lui. Quand j'ai contacté l'ambassade US durant le week-end, la première réaction du porte-parole, Richard Snelsire a été la suivante : « Aucun employé de l'ambassade n'a été expulsé. »



Souvenez-vous que Dr. Shireen Mazari qui est en position de savoir, a indiqué catégoriquement : « Craig Davis de la CAII qui a été expulsé, est maintenant revenu à Peshawar. »


Offres d'emploi pour le Pakistan de l'ONG qui n'est pas une ONG



Mais Ahmed Quraishi explique ainsi ce démenti de l’ambassade US :

« Cette réponse défensive est similaire aux réactions causées par la culpabilité des employés de l'ambassade US à Bagdad et à Kaboul face à la présence de mercenaires travaillant pour l'armée US et la CIA. J'ai dit à M. Snelsire que ma question ne concernait pas un employé de l'ambassade ayant été expulsé. Il a déclaré qu'il avait entendu ces rapports et qu'il avait « vérifié »de son côté avec les employés de l'ambassade mais personne n'en avait entendu parler. « C'est sans fondement » (a-t-il dit). Alors je lui ai demandé : « Est-ce que Blackwater opère au Pakistan, à Peshawar ? » réponse : « Pas à ma connaissance ».

« Admettons. Les ambassades US à Bagdad et à Kaboul n'ont jamais reconnu, non plus, aucune des opérations de Blackwater en Irak et en Afghanistan. Cela fait partie des conflits de bas niveau entre les diplomates du Département d'Etat des USA et ceux du Pentagone et de la CIA. Les gens des Affaires étrangères ont, selon certaines informations, indiqué clairement qu'ils ne reconnaîtraient pas, ni n'accepteraient des responsabilités pour les activités d’ opérations spéciales des agents opérant dans des pays amis, à l'insu de ces pays et en violation de leur souveraineté. Des rapports ont suggéré que parfois, même l'ambassadeur US n'était pas au courant des actions des mercenaires de son gouvernement dans un pays cible. »

Finalement, Ahmed parle d'un diplomate US qui a rencontré secrètement un diplomate indien à l'intérieur du Pakistan, en sachant parfaitement que l'Inde est considérée comme un État ennemi du Pakistan :

« En mai, une femme diplomate US fut surprise en train d'arranger une réunion discrète (lire « secrète») entre un diplomate indien de bas niveau et plusieurs responsables de haut niveau du gouvernement pakistanais. Une adresse à Islamabad (152 Margalla Road) fut identifiée comme le lieu où la réunion secrète aurait lieu. La diplomate usaméricaine en question savait qu'il n'y avait aucune chance pour que l'Indien rencontre les Pakistanais dans des circonstances habituelles. Il n'était pas non plus possible de le faire durant un événement de grande visibilité. Après l'incident, le ministère des Affaires étrangères du Pakistan publia un court communiqué avertissant tous les officiels du gouvernement de s'abstenir de tels contacts directs avec des diplomates étrangers dans des cadres officieux, sans en référer auparavant à leurs départements. »

Des ONG qui ne sont pas des ONG

De plus, de nombreuses ONG sponsorisées par les USA œuvrent à la production de bulletins d'information dans les médias dominants qui sont pro-Usaméricain. Pour ce faire, beaucoup d'analystes, de généraux à la retraite, d'hommes d'affaires, de journalistes et d'universitaires pakistanais sont recrutés. Comme Ahmed Quraishi l'a dit : « cette ONG n'est pas une ONG » ; par exemple des organisations non gouvernementales fonctionnent sous le contrôle et la direction des gouvernements qui les utilisent pour des opérations de couverture dans des pays étrangers et les financent discrètement.

Conclusion

Il est évident que le gouvernement actuel a donné tous les privilèges aux USA. Ils ne savent pas comment, ni ils ne veulent, contenir l’ingérence US dans les affaires pakistanaises. Pour le dire franchement, ils sont en train de céder la souveraineté du Pakistan à un pouvoir étranger. Dr. Shireen Mazari a déclaré : « Tout ce qui émane de l'ambassade US... est repris par la direction pakistanaise, terrifiée. » Les objectifs des USA sont clairs : une plus grande pénétration des USA entraînera la déstabilisation du Pakistan, qui mènera à la déstabilisation de toute la région. Ces installations militaires US renforcent également l’encerclement de Iran. Les partis d'opposition politique pakistanais gardent bouche close face à tous ces développements. La raison principale de leur silence est qu'ils sont aussi corrompus que le Parti du peuple Pakistanais (le PPP) au pouvoir. Aucun parti politique au Pakistan n'est d'humeur à résister à l'hégémonie des USA. L'armée pakistanaise ne montre plus aucun intérêt à s’ingérer directement dans les décisions politiques. Après les huit années désastreuses sous la dictature militaire de Musharraf, le peuple n'est lui non plus, pas prêt à ce que l'armée du Pakistan intervienne dans la vie politique du pays. Les terroristes du TTP (Tehreek-e-Taliban Pakistan), le Mouvement des talibans pakistanais, viennent, à peine, d'être maîtrisés. Aujourd'hui, des millions de Pakistanais sont terrifiés par leurs nouveaux et importuns invités venus d’Occident, les terroristes US. Il va maintenant nous falloir apprendre à supporter et survivre sous la colonisation croissante et de plus en plus dangereuse du Pakistan par les USA.

* L'inventeur du mot PAKISTAN, Chowdhry Rehmat Ali, l'a ainsi expliqué : " 'Pakistan' est à la fois un mot persan et urdu. Il est composé des lettres prises des noms de nos terres - "indiennes" et "asiatiques" - , c'est-à-dire : Punjab, Afghania (Province de la Frontière nord-oues), Kashmir, Iran, Sindh (y compris Kachch et Kathiawar), Tukharistan, Afghanistan et BaluchistaN. Cela veut dire le pays des Paks - les spirituellement purs et propres. Il symbolise les croyances religieuses et les souches ethniques de notre peuple; et il représente les composants territoriaux de notre Patrie originelle. Il n'a pas d'autre origine ni d'autre signification; et il n'admet aucune autre interprétation." (NdE Tlaxcala)

Source : Pak Alert Press-The U.S. Invades and Occupies Pakistan

Article original publié le 30/8/2009

Sur l’auteur

Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala





samedi 30 mai 2009

L’administration US veut faire du Pakistan un État défaillant

par Rachid ZUBAIR, 25/5/2009

Lorsqu’il y a plus d’un an le gouvernement Musharaff est tombé, beaucoup de Pakistanais espéraient voir s’ouvrir une nouvelle ère politique - un espoir amèrement déçu.
L’une des principales raisons de l’impopularité du gouvernement Musharaff était son proaméricanisme et la destitution du juge suprême du Pakistan, Iftikhar Chaudhry. Mais le gouvernement actuel n’a pas davantage respecté le mandat populaire, il a même pulvérisé tous les records de docilité envers les Américains. Le gouvernement du PPP (Pakistan Peoples Party, Parti du peuple pakistanais) est allé jusqu’à envoyer des blindés et des avions contre son propre peuple dans le Nord du Pakistan, ce que même Musharaff n’avait pas osé faire quand il était au pouvoir. Le feu vert aux attaques de drones qui ont coûté la vie à des centaines de Pakistanais est à mettre au compte du PPP. Selon les déclarations officielles et celles des Américains, des combattants d’Al Qaïda auraient été tués, mais cela n’a pas été prouvé. Et même si c’est exact, c’étaient des gens tellement insignifiants qu’ils ne figuraient pas sur les listes du FBI.
Selon des informations d’origine usaméricaine, les drones sont partis du territoire pakistanais, ce que le Ministère pakistanais de la Défense confirme, alors que celui des Affaires étrangères le conteste. Ces contradictions ont ébranlé la confiance de la population dans le gouvernement du PPP. Avant même l’escalade de la violence au mois de mai, environ 12 000 Pakistanais, tous des civils, ont perdu la vie dans des attaques pakistanaises ou usaméricaines.
Et, toujours avant cette escalade, on comptait 800 000 réfugiés de l’intérieur, pour la plupart insuffisamment pris en charge. L’extension du conflit a fait du drame des réfugiés une véritable catastrophe.
Le Président Zardari a obtenu tous les pouvoirs spéciaux, entre autres le droit de dissoudre le Parlement quand bon lui semblera.
D’une part des millions de Pakistanais sont victimes de l’augmentation du prix de l’énergie et des prix en général, d’autre part le Pakistan ne compte pas moins de 60 ministres. On essaie de satisfaire tous les partenaires de coalition et camarades de parti aux frais du peuple.
La situation dans la vallée de Swat

dimanche 26 avril 2009

Révolution dans la Vallée du Swat : les talibans exploitent le fossé entre classes sociales au Pakistan

par Jane PERLEZ et Pir ZUBAIR SHAH, The New York Times, 16/4/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Taliban Exploit Class Rifts in Pakistan

PESHAWAR, Pakistan — Les talibans ont encore avancé au Pakistan en organisant une révolte de classe qui exploite la fracture sociale entre un petit groupe de grands propriétaires fonciers et leurs métayers sans terre, à en croire des fonctionnaires et des observateurs locaux.



3000 personnes réunies en meeting le 10 avril apportent leur soutien au projet de loi ouvrant la voie à l'instauration de la loi islamique dans le Swat. Photo Naveed Ali/Associated Press


Leur stratégie a ouvert la voie à une prise de pouvoir par les talibans dans la Vallée du Swat, où le gouvernement a autorisé l’imposition de la loi islamique cette semaine, et cela implique de grands dangers pour le reste du Pakistan, en particulier pour ce qui est la cible principale des militants, la populeuse province du Pendjab.


Dans le Swat, ce que rapportent ceux qui ont fui ce district indique clairement que les talibans ont pris le pouvoir en écartant quatre douzaines de grands propriétaires qui détenaient l’essentiel du pouvoir.


Pour y arriver, les talibans ont organisé les paysans en bandes armées qui sont devenues leurs troupes de choc, selon des habitants, des fonctionnaires et des observateurs.


Cette démarche a permis aux talibans d’offrir des bénéfices économiques à des gens frustrés par un gouvernement laxiste et corrompu, tout en imposant une forme stricte d’islam par la terreur et l’intimidation.

« C’est une révolution sanglante qui a lieu au Swat », dit un haut responsable gouvernemental pakistanais chargé du district, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles des talibans. « Cela ne m’étonnerait pas que ça finisse par balayer l’ordre étable au Pakistan. »


L’habileté des talibans à exploiter les divisions de classe ajoute une nouvelle dimension à l’insurrection et suscite l’ alarme sur les risques encourus par l’ensemble du Pakistan, un pays resté en grande partie féodal.

À la différence de l’Inde après l’indépendance de 1947, le Pakistan a maintenu une classe supérieure réduite qui a conservé ses vastes richesses tandis que ses travailleurs restaient soumis, selon les fonctionnaires et observateurs. Les gouvernements qui se sont succédés au Pakistan ont échoué à fournir au pays une réforme agraire et même les formes les plus élémentaires d’éducation et de structures sanitaires. Il n’existe pas de possibilités d’avancement pour la très grande majorité des ruraux pauvres.


Les observateurs et fonctionnaires avertissent que la stratégie mise en œuvre au Swat peut facilement être transplantée au Pendjab, disant que cette province, où des groupes militants font déjà des démonstrations de force, est mûre pour les mêmes convulsions sociales que le Swat et les zones tribales.


Mahboob Mahmood, un juriste pakistano-américain et ancien camarade de classe du président Obama, dit : « Le people pakistanais est psychologiquement mûr pour une révolution. »

Les militants Sunnites profitent des profondes divisions de classes fortement enracinées au Pakistan, dit-il. « Les militants, pour leur part, promettent bien plus que simplement la prohibition de la musique et de l’école », dit-il. « Ils promettent aussi une justice islamique, un gouvernement efficace et une redistribution économique. »


La stratégie des talibans dans le Swat, une zone peuplée par 1,3 million de personnes, avec des vergers fertiles, des vastes parcelles boisées et des précieuses mines d’émeraude, s’est déployée en étapes sur une période de cinq ans, expliquent les observateurs.


L’insurrection a connu son apogée Durant ces deux années écoulées, quand les talibans, renforcés par des combattants expérimentés des zones tribales ayant des liens avec Al Qaïda, ont contraint l’armée pakistanaise à la paralysie, dit un agent de renseignement pakistanais travaillant dans la zone.


Les insurgés s’en sont pris à toutes les composantes du pouvoir : les propriétaires fonciers et les dirigeants élus – qui sont généralement les mêmes – et des forces de police sous-payées et sous-motivées, selon Khadim Hussain, professeur de linguistique et communication à l’université Bahria d’ Islamabad, la capitale.


Simultanément, les talibans ont exploité les ressentiments des métayers sans terre, en particulier le fait qu’ils avaient de nombreuses procédures judiciaires non résolues contre leurs maîtres, dans un système judiciaire lent et corrompu, selon M. Hussain et des habitants qui ont fui la zone.


Leurs doléances ont été alimentées par un jeune militant, Maulana Fazlullah, qui a lancé une station de radio FM en 2004pour en appeler aux exclus du système électoral et politique. En 2006, M. Fazlullah a constitué une force irrégulière de paysans sans terre armés par les talibans, ajoutent M. Hussain et d’anciens résidents de la zone.


Au début, les pressions sur les propriétaires terriens étaient subtiles. Tel propriétaire était soumis à des pressions pour retirer son fils d’une école de langue anglaise jugée offensante par les talibans. D’autres étaient contraints de faire des donations aux talibans.


Puis, fin 2007, Shujaat Ali Khan, le plus riche des propriétaires, ses frères et son fils Jamal Nasir, maire du Swat, sont devenus des cibles.


Après que Shujaat Ali Khan, un membre dirigeant de la Ligue musulmane-Q, eut failli se faire tuer par une bombe visant son véhicule, il a fui à Londres. Un de ses frères, Fateh Ali Mohammed, ancien sénateur, lest aussi parti et vit maintenant à Islamabad. M. Nasir a aussi pris la fuite.


Puis, les talibans ont publié une liste des 43 “homes les plus recherchés” , raconte Muhammad Sher Khan, un propriétaire qui est un politicien du Parti du people pakistanais, et dont le nom était sur la liste. Tous ceux qui étaient nommés reçurent l’ordre de se présenter aux tribunaux talibans, sans quoi ils risquaient la mort, dit-il. “Quand vous savez qu’ils vont vous pendre et vous tuer, comment oseriez-vous retourner là-bas ?”, nous a dit M. Khan, au téléphone, depuis sa cachette au Pendjab. “Être sur la liste, ça veut dire ‘Ne reviens pas au Swat’ ”.



"Paradise Angels" ? Militants de la révolution sociale dans le Swat. Photo Rashid Iqbal/European Pressphoto Agency


Un des principaux instigateurs de l’ordre nouveau a été Ibn-e-Amin, un commandant Taliban de la même zone que les propriétaires fonciers, appelée Matta. Le fait qu’il vienne de Matta, et sache qui était qui, a augmenté la pression sur les propriétaires, explique M. Hussain.


Selon les medias pakistanais, M. Amin avait été arrêté en août 2004, soupçonné de liens avec Al Qaïda, et relâché en novembre 2006. Un autre agent de renseignement pakistanais dit que M. Amin fréquentait une madrasa dans le Nord-Waziristan, le bastion d’Al Qaïda dans les zones tribales, où il a apparemment reçu des instructions.


Chaque fois que des propriétaires prenaient la fuite, leurs métayers étaient récompensés. Ils étaient encouragés à abattre les arbres des vergers et à vendre le bois pour leur propre compte, disent les anciens résidents. Ou bien on leur disait de payer leur fermage aux talibans au lieu de le payer à leurs maîtres désormais absents.


Deux mines dormantes d’émeraudes ont été rouvertes sous contrôle taliban. Les militants ont annoncé qu’ils percevraient un tiers des revenus.


Depuis que les talibans ont contraint l’armée à une trêve en février dernier, les militants ont approfondi leur démarche et ont clarifié qui tenait les rênes.


Quand des bureaucrates provinciaux visitent Mingora, la capitale du Swat, ils doivent maintenant obéir aux ordres des talibans et s’asseoir par terre, entourés de talibans armés et portant dans certains cas des gilets d’attentats-suicides, dit le responsable provincial.


Dans beaucoup de zones du Swat les talibans ont exigé que chaque famille donne un fils qui recevra un entraînement de combattant, affirme Mohammad Amad, directeur exécutif de l’ONG Initiative for Development and Empowerment Axis.


Un propriétaire qui a pris la fuite avec sa famille l’année dernière raconte qu’il a reçu un message effrayant la semaine dernière. Ses métayers l’ont appelé à Peshawar, la capital de la Province frontalière du Nord-Ouest, dont fait partie le Swat, pour lui annoncer que sa vaste maison avait été détruite.


Mais l’information la plus accablante concernait ses finances. Il avait vendu sa récolte de fruits d’avance, bien qu’à un quart du prix de l’année dernière. Mais même ce modeste produit ne lui reviendrait pas, lui ont dit ses fermiers, relayant le message taliban. L’acheteur avait reçu l’ordre de donner l’argent aux talibans.

mercredi 3 décembre 2008

DAWOOD - Un cerveau du crime organisé a-t-il mis en scène le cauchemar de Mumbai?

par Yoichi SHIMATSU

L’attaque nocturne coordonnée contre sept cibles d’importance à Mumbai rappelle les attentats de 1993 qui avaient dévasté la bourse de Bombay. Cette nouvelle attaque porte la marque du même cerveau criminel – préparation minutieuse, exécution impitoyable et absence de revendications ou d’exigences.


Ce silence étrange qui a accompagné les explosions est la signature même d’Ibrahim Dawood, aujourd’hui propriétaire multimillionnaire d’une société de construction à Karachi au Pakistan. Son nom n’est pas aussi familier pour le monde que celui d’Osama ben Laden. Cependant, en Asie du sud-est, Dawood est un homme craint et, par une sorte de renversement des valeurs, admiré pour sa transformation tardive de parrain du crime en redresseur de torts autoproclamé.

Ibrahim DawoodSon accession aux plus haut sommets de la hiérarchie de la pègre indienne a démarré avec sa position de fils dévoué d’un agent de police de la populeuse capitale économique connue à l’époque sous le nom de Bombay.

Remontant à l’enfance, sa familiarité avec les procédures policières et les rouages internes de l’appareil judiciaire avaient donné à cet adolescent ambitieux une capacité remarquable ruser avec les autorités avec des projets criminels toujours plus sophistiqués. Dans le milieu des gangs sans instruction de Bombay, Ibrahim put émerger comme le leader cohérent d’une mafia multi religieuse, pas seulement en raison de son aptitude à pratiquer l’extorsion de fonds et à rétribuer son personne, mais aussi en éliminant impitoyablement ses rivaux.

Dawood, toujours professionnel de la résolution de problèmes, gagna l’amitié d’aspirants officiers du service de renseignement indien connu sous le nom de Research and Analysis Wing (RAW). Il attira rapidement l’attention des agents secrets Etatsuniens qui à l’époque appuyaient mes moudjahidin Musulmans dans leur lutte contre l’occupation soviétique en Afghanistan. Dawood contribua personnellement à de nombreuses opérations secrètes US destinées à financer les rebelles Afghans via des casinos gérés par les Américains à Katmandou au Népal.

Désireux de complaire à tout le monde, Dawood jouait à l’occasion sur deux tableaux, fournissant des documents de voyage et d’autres services à des pirates de l’air islamistes. En réaction, les maîtres espions de Washington tentèrent de « confisquer » hors voie officielle ses investissements dans les casinos népalais. La colère qui s’empara de Dawood est légendaire chez les habitants de Bombay. Honorable homme d’affaires, il s’en tenait strictement à la conviction qu’un accord était un accord et qu’aucune raison ne pouvait justifier sa remise en cause.

Comme Bombay devenait unes des premières places asiatiques – les tarifs de l’immobilier et des hôtels sont parmi les plus élevés de la région – Dawood aurait pu mener une vie confortable de caïd reconverti. Au lieu de quoi, il fut saisi d’une crise de conscience, une indignation morale inédite chez lui, quand des nationalistes Hindous de droite détruisirent une mosquée du nord de l’Inde en 1992, tuant 2000 fidèles Musulmans, des femmes et des enfants pour la plupart.

Un jour du mois de mai suivant, ses hommes de main placèrent des bombes à Bombay, tuant plus de 300 personnes. Ses convictions personnelles avaient – de manière inhabituelle- pris le pas sur sa froide éthique professionnelle. Secoué par le choc, son bras droit Hindou tenta d’assassiner Dawood. Une guerre sanglante déchira ensuite la bande mais, comme toujours, Dawood en sortit vainqueur malgré son exil à Dubaï et à Karachi.

Pendant les dix années qui ont suivi, la violence au Cachemire ayant atteint ses sommets, Dawood envoya par bateau ses jeunes recrues lourdement armées pour débarquer discrètement sur des plages indiennes. La même méthode a été utilisée dans les attaques de Mumbai avec plus de bateaux, sept embarcations d’après les rapports initiaux de la marine indienne.

Pourquoi cette attaque maintenant, au début des fêtes de Thanksgiving aux Etats-Unis ? Le leader d’opposition Indien et ancien vice premier ministre L.K. Advani a longtemps essayé d’obtenir l’extradition de Dawood du Pakistan, démarche qui avait rencontré l’opposition de gouvernement militaire d’Islamabad à l’époque. Suite à la restauration d’un gouvernement civil, le nouveau premier ministre Pakistanais (Gillani) a consenti à faire droit à la requête d’extradition de New Delhi.

Washington comme Londres sont tombés d’accord sur la démarche judiciaire de l’Inde et ont retiré l’ancienne « protection officielle » accordée à Dawood pour ses services passé rendus aux agences de renseignement occidentales. Pourtant, les diplomates Etatsuniens ne pourront jamais permettre le retour de Dawood. Il en sait tout simplement trop sur les secrets les plus sombres des USA an Asie du sud et dans le Golfe dont la révélation pourrait torpiller les relations entre l’Inde et les Etats-Unis. Dawood a été transféré fin juin en lieu sûr à Quetta près des zones tribales du Waziristan et, depuis, il a disparu, probablement de retour au Moyen Orient.

Comme dans le cas d’Oussama ben Laden, le protégé américain de la guerre en Afghanistan, le retour de flamme de la politique secrète des Etats-Unis s’est manifesté soudainement avec des effets spectaculaires à Mumbai. L’attaque contre l’hôtel Taj Mahal s’avérera probablement comme le premier coup fatal porté à l’administration Obama à venir. Les assaillants, qui parlaient le Pendjabi et non le dialecte du Deccan, se sont donnés beaucoup de mal pour incendier cet hôtel prestigieux qui est la propriété du groupe Tata. Ce géant industriel est le plus important soutien parmi les milieux d’affaires de l’accord de coopération nucléaire entre les USA et l’Inde et tata envisage actuellement de devenir un fournisseur d’énergie nucléaire. Les Clinton, en leur qualité d’émissaires d’Enron, furent les premiers à proposer un accord nucléaire avec New Delhi ; ainsi Obama hérite de la catastrophe de Mumbai avant même d’avoir pris ses fonctions.

Dawood figure en quatrième position sur la liste Forbes des dix hors la loi les plus recherchées. Après la nouvelle vague d’attaques qui vient de tuer plus de cent personnes et dévasté des hôtels cinq étoiles, Dawood peut désormais briguer la première place dans les mois et années à venir. En contraste avec le fanatisme souvent inefficace de ben Laden, Dawood est un professionnel à tous points de vue et donc un adversaire bien plus redoutable. Pourtant certains parmi les services de renseignements militaires pakistanais déclarent que Dawood est mort, tué en juillet. Cette version des faits a tout d’une variation sur l’histoire de ben Laden. Si elle est vraie, alors ses sous fifres assument la mission d’un hors la loi transfiguré en légende.


L'affiche du film indien Black Friday, inspiré des attentats de 1993 à Bombay.


Source : Dawood - Did Criminal Mastermind Stage Mumbai Nightmare?

Article original publié le 28/11/2008

Sur l’auteur

Trduit par Mounadil al Djazaïri

Versione italiana Dawood Ibrahim: una mente criminale dietro l'incubo di Mumbai?

mardi 2 décembre 2008

Mumbai en état de siège

par Yoginder Sikand
" Ô vous les croyants ! Soyez fermes dans l’accomplissement de vos devoirs envers Dieu, et impartiaux quand vous êtes appelés à témoigner ! Que l’aversion que vous ressentez pour certaines personnes ne vous incite pas à commettre des injustices ! Soyez équitables, vous n’en serez que plus proches de la piété ! Craignez Dieu ! Dieu est si bien informé de ce que vous faites. " (Le Coran, Sourate Al-Maidah (La table servie), 5 :8)

De nombreuses théories circulent sur l'ignoble attaque terroriste de Mumbai. L'opinion dominante, sur la base de ce qui est suggéré par les médias, c'est qu’elle serait l’oeuvre du redoutable groupe terroriste islamiste Lashkar-e-Tayyeba, basé au Pakistan, et qui, depuis qu'il a été officiellement interdit par le gouvernement pakistanais il y a quelques années, a adopté le nom de Jamaat-ud Dawah. Cela pourrait bien être le cas, car le Lashkar a été responsable de nombreux attentats terroristes ces dernières années, en particulier au Cachemire.
Le Lashkar est l'aile militaire du Markaz Dawat wal Irshad, une structure animée par une section pakistanaise de l'Ahl-e-Hadith, un groupe proche des wahhabites saoudiens. Il a son QG à Muridke dans le district de Gujranwala dans le Pendjab pakistanais. Le Markaz a été créé en 1986 par deux professeurs d'université pakistanais, Muhammad Hafiz Saeed et Zafar Iqbal. Ils étaient assistés par Abdullah Azam, un proche collaborateur d'Oussama bin Laden, qui était alors associé à l'Université islamique internationale d'Islamabad. Les fonds pour la mise en place de l’organisation seraient provenus de la redoutable agence de services secrets pakistanaise, l'Inter Services Intelligence (ISI).
Il est donc clair que depuis sa création, le Lashkar a le soutien de l’establishment pakistanais. Le Lashkar a commencé comme organisation paramilitaire de formation de combattants contre les Soviétiques en Afghanistan. Il a rapidement établi des dizaines de camps à travers le Pakistan et l'Afghanistan à cette fin. Les militants produits dans ces centres ont joué un rôle majeur dans des luttes armées, d'abord en Afghanistan, puis en Bosnie, en Tchétchénie, au Kosovo, dans le sud des Philippines et au Cachemire.
Comme d'autres groupes islamistes radicaux, le Lashkar voit l'islam comme un système global. Il considère l'islam comme régissant tous les aspects de la vie tant personnelle que collective, sous la forme de la charia. Il insiste sur le fait qu’un «État islamique» est nécessaire pour la mise en place d'un système islamique, par l’imposition de la charia. Comme le site web officiel du Lashkar le déclare, si un tel État devait être mis en place et si tous les musulmans vivaient dans la stricte obédience des «lois fixées par Allah », « ils seraient en mesure de contrôler le monde entier et d'exercer leur suprématie ».
Et pour cela, ainsi que de pour répondre à l'oppression que subissent selon lui les musulmans dans de nombreuses régions du monde, il insiste sur le fait que tous les musulmans doivent s’engager dans le jihad armé. Le jihad armé doit se poursuivre, déclare le site Web, « jusqu'à ce que l'Islam, comme mode de vie, domine le monde entier et jusqu'à ce que la loi d'Allah soit appliquée partout dans le monde.»
La question du jihad armé traverse les écrits et déclarations du Lashkar et est, en fait, le thème principal de son discours. En effet, sa compréhension de l'islam peut être vue comme étant presque entièrement déterminée par cette préoccupation, tant et si bien que sa lecture de l'islam semble être un produit de son propre projet politique, qui revient effectivement à assimiler l'islam et la terreur. Étant né à la suite de la guerre en Afghanistan, la guerre est devenue la raison d'être même du Lashkar, et son développement ultérieur a été presque entièrement déterminé par cette préoccupation. Les contours de son cadre idéologique sont construits de telle manière que le thème du jihad armé apparaît comme l'élément central de son projet.
Dans les écrits et les discours des porte-parole du Lashkar le jihad apparaît comme un conflit violent (qital) mené contre les «mécréants» qui sont censés être responsables de l'oppression des musulmans. En effet, le Lashkar projette le jihad comme l’un des principes fondamentaux de l'Islam, bien qu’il n'ait pas été traditionnellement inclus dans les «cinq piliers» de la foi. Ainsi, son site web affirme qu’«L’accent est tellement mis sur ce sujet que certains commentateurs et spécialistes du Coran ont fait remarquer que le thème du Coran est le jihad». En outre, on peut lire dans une déclaration du Lashkar : «Il existe un consensus d'opinion entre les chercheurs sur le Coran qu'aucune autre action n’a été expliquée de manière aussi détaillée que le jihad ».
Dans le discours du Lashkar, le jihad contre les non-musulmans est présenté comme un devoir religieux obligatoire pour tous les musulmans d'aujourd'hui. Ainsi, le site Web du Lashkar affirme qu’un musulman qui n’a «jamais eu l'intention de lutter contre les infidèles [...] n'est pas dépourvu d'hypocrisie». Les Musulmans qui ont la capacité de participer ou d’aider au jihad, mais ne le font pas, «vivent dans le péché». Il n'est donc pas étonnant que le Lashkar dénonce tous les musulmans qui ne sont pas d'accord avec sa version pernicieuse et grossièrement déformée de l'islam et de sa mauvaise interprétation du jihad - soufis, chiites, Barelvis* et autres - comme des «déviants» ou des gens extérieurs à l'islam ou même des alliés des « forces anti-islamiques ».
Le Lashkar promet à ses militants qu'ils seront grandement récompensés, à la fois dans ce monde et dans l'au-delà, s’ils s’engagent activement dans la voie du jihad. Non seulement ils auront une place garantie au ciel, mais ils seront aussi «honorés dans ce monde », car le jihad, selon lui, est aussi «la manière de résoudre les problèmes financiers et politiques».Aussi bizarre que cela puisse paraître, le Markaz se considère comme engagé dans un djihad contre les forces «mécréantes», n’hésitant pas à faire de la conquête du monde entier son objectif. Comme Nazir Ahmed, chargé des relations publiques du Lashkar, l’a déclaré une fois, par le biais du soi-disant jihad que le Lashkar a lancé, «l'islam sera appelé à dominer le monde entier». Cette guerre mondiale est considérée comme une solution à tous les maux et à l'oppression subis par tous les musulmans, et il est affirmé que « si nous voulons vivre dans l'honneur et la dignité, alors nous devons revenir au jihad ».
Par le biais du jihad, proclame le site web du Lashkar : « l'islam aura la suprématie dans le monde ». Dans le discours du Lashkar, son soi-disant jihad contre l'Inde est considéré comme rien de moins qu'une guerre entre deux idéologies opposées: l'islam, d'une part, et l'hindouisme, de l'autre. Il met tous les Hindous dans le même sac, comme «ennemis de l'islam». Ainsi, Hafiz Saeed Mohammed, chef du Lashkar, déclare: «En fait, l'Hindou est un ennemi exécrable et la bonne façon de traiter avec lui est celle adoptée par nos ancêtres, qui les a écrasés par la force. Nous devons faire la même chose ».

L'Inde est un objectif majeur pour les terroristes du Lashkar. Selon Hafiz Mohammed Saeed, «Le jihad ne concerne pas seulement le Cachemire. Il englobe toute l'Inde ». Ainsi, le Lashkar voit son jihad comme allant bien au-delà des frontières du Cachemire pour s’étendre à toute l'Inde. Son objectif final, dit-il, est d'étendre le contrôle des musulmans sur ce qui est considéré comme ayant été autrefois territoire musulman, et, par conséquent, à être ramené sous domination musulmane, la création de ce que le Lashkar appelle «le Grand Pakistan par le biais du jihad ».
Ainsi, à un rassemblement monstre de supporters du Lashkar en novembre 1999, Hafiz Mohammed Saeed lança : «Aujourd'hui je vous annonce la dissolution de l'Inde, Inchallah. Nous ne prendrons aucun repos jusqu'à ce que l'ensemble de l'Inde soit dissous dans le Pakistan ». Le Lashkar, selon les médias, a tenté de gagner du soutien parmi les musulmans de l'Inde, et il est possible qu'il ait réussi à en recruter quelques-uns. Si tel est le cas, il a probablement été aidé par la vague de pogroms meurtriers anti-musulmans d’inspiration hindutva** dans tout le pays, souvent encouragés par des institutions de l'État, qui ont coûté la vie à plusieurs milliers d’innocents.
Le fait qu’aucun semblant de justice n’a été rendu dans ces affaires et que l'État n'a pris aucune mesure pour juguler le terrorisme hindutva a accru le profond découragement et le désespoir parmi de nombreux musulmans indiens. Cela pourrait être utilisé par les groupes terroristes islamistes, comme le Lashkar, pour promouvoir leur propre ordre du jour. De toute évidence, donc, afin de lutter contre la grave menace posée par les groupes terroristes tels que le Lashkar, l'État indien doit s'attaquer à la menace de la terreur hindutva ainsi, qui a maintenant pris la forme d’un véritable fascisme. Les deux formes de terrorisme se nourrissent mutuellement, et l’une ne peut être maîtrisée sans s’en prendre à l’autre.Heureusement, et malgré le déni de justice qu’ils vivent, la grande majorité des musulmans indiens ont refusé de tomber dans le piège du Lashkar.
La vague de conférences contre le terrorisme qui ont récemment été organisées par d'importants groupes musulmans indiens est la preuve du fait qu'ils considèrent la compréhension pervertie de l’Islam du Lashkar comme totalement anti-islamique et comme une perversion de leur foi. Ces voix devraient être promues d'urgence, car elles pourraient bien être le plus efficace antidote à la propagande du Lashkar. De nombreux érudits musulmans indiens que je connais et auxquels j’ai parlé insistent sur le fait que la dénonciation par le Lashkar de tous les non-musulmans comme des «ennemis de l'islam» fomente la haine à l'égard des hindous et de l'Inde et que leur compréhension du jihad est une déformation des enseignements de l'Islam. Ils critiquent résolument son appel en faveur d'un califat universel comme une vue de l’esprit insensée.
Et ils sont unanimes pour dire que, loin de servir la cause de la foi qu'ils prétendent épouser, des groupes comme le Lashkar ont causé les plus odieux dommages à l'islam, et sont à blâmer, dans une très large mesure, pour la montée de l'islamophobie au niveau mondial. En même temps que le Lashkar a été suspecté d'être à l’origine des récents attentats à Mumbai, d'autres questions se posent dans certains milieux.
Le fait significatif que Hemant Karkare, le courageux chef de l’ATS (Brigade antiterroriste de la police de Mumbai) qui a été tué dans l'attaque terroriste, avait enquêté sur le rôle groupes terroristes hindutva dans l’ attentat de Malegaon[une bombe dans une mosquée qui a fait 25 morts et 125 blessés le 8 septembre 2006 ; plusieurs officiers de l’armée indienne ont été arrêtés, suspectés d’être à l’origine de l’attentat, dont le lieutenan-colonel Srikant Prasad Purohit, NdT] et ailleurs et qu’il avait reçu des menaces à cause de cela n’est pas passé inaperçu. Ni non plus le fait que l’attaque de Mumbai s'est passée peu de temps après que des révélations troublantes avaient commencé à filtrer sur le rôle de militants hindutva dans des attentats terroristes dans diverses régions de l'Inde.
Que l'attaque de Mumbai ait permis de mettre totalement de côté la question du terrorisme hindutva est aussi significatif. Et puis, il y a la piste israélienne évoquée par certains. Ainsi, le tabloïd à grande diffusion de Mumbai Mid-Day, a titré un article sur un bâtiment où de nombreux militants se terraient : «Attaque de Mumbai: la Nariman House,centre des terroristes ? » On peut y lire :
« Le rôle que la Nariman House est venue à jouer dans tout ce drame de l’attaque est une énigme. La nuit dernière, les résidents ont commandé près de 100 kilos de viande et autres denrées alimentaires, suffisamment pour nourrir une armée ou un groupe de gens pendant vingt jours. Peu de temps après, les dix curieux militants ont pénétré dans la maison, ce qui indique que la nourriture et la viande avaient été commandés en vue de leur visite, a ajouté un autre flic.
« L'un des militants a appelé aujourd’hui une chaîne de télévision et a exprimé ses exigences, mais, fait intéressant, quand on lui a demandé où ils se terraient, il a déclaré qu’ils étaient dans la Nariman House, qui appartient à des Israéliens, où se trouvaient six d'entre eux », a dit un des flics chargés de l’enquête. Depuis le matin, il y a eu des échanges de coups de feu et les militants semblent bien équipés pour contrer les tirs des flics. On se demande [si] ils ont l'appui des résidents, a dit Ramrao Shanker. »
Une main du Mossad et d’Israël dans cette affaire peut sembler tirée par les cheveux à certains mais pas à d’autres, qui rappellent le rôle d’agents israéliens dans la déstabilisation d’un grand nombre de pays, ainsi que la possibilité qu’ils opèrent via certains mouvements islamistes radicaux, comme ce groupe au Yémen, baptisé « Jihad islamique », qui a revendiqué l'attentat contre l'ambassade US à Sanaa, et qui aurait des liens étroits avec les renseignements israéliens. Certains ont posé la question de savoir si le Mossad ou même la CIA ne pourraient pas être en train de pousser au terrorisme, directement ou autrement, des jeunes musulmans désabusés en Inde, au Pakistan ou ailleurs, en jouant sur les griefs des musulmans, en opérant par le biais de groupes islamistes existants ou en en créant de nouveaux pour de telles opérations.
Si cette accusation est vraie, même si elle reste à établir avec certitude, l'objectif pourrait être de radicaliser encore plus des musulmans afin de fournir de plus amples prétextes pour des attaques US et israéliennes contre l'Islam et les pays musulmans. Le fait que la CIA pendant des années a été en contact très étroit avec l'ISI pakistanaise et les groupes islamistes radicaux au Pakistan, est également évoqué à cet égard. Le rôle possible de ces organismes étrangers dans les attaques terroristes que l'Inde a connu ces dernières années pour alimenter la haine anti-musulmane et affaiblir l'Inde fait également l’objet de spéculations dans certains milieux. Ces allégations doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies.
Mais le fait est qu'il semble tout à fait dans l'intérêt de l’establishment israélien et des cercles de pouvoir US de créer l'instabilité en Inde, d’alimenter l’hostilité entre Hindous et Musulmans, au point même de conduire l'Inde et le Pakistan à la guerre, et ainsi attirer encore plus l’Inde dans l'étreinte mortelle des sionistes et les impérialistes US. En d'autres termes, indépendamment de qui est derrière les attaques meurtrières de Mumbai, celles-ci semblent convenir aux intérêts politiques et aux agendas de forces politiques multiples et également pernicieuses – radicaux hindous et musulmans, mus par la haine et par une vision manichéenne du monde,mais aussi puissances impérialistes, qui semblent utiliser ces attaques comme un moyen de pousser l'Inde encore plus dans son amok suicidaire.
NdT
* Les Barelvis constituent une importante confrérie parmi les musulmans d’Inde, du Pakistan, du Bangla Desh, d’Afrique du Sud et du Royaume-Uni. Ce sont des soufis sunnites, généralement de rite hanéfite, disciples de Ahmed Raza Khan, né en 1856 à Bareilly, dans le Rohilkhand (aujourd’hui l’Uttar Pradesh). Une de ses thèses les plus pittoresques : « c’est le soleil qui tourne autour de la terre et non la terre qui tourne autour du soleil ». Les barelvis sont en conflit ouvert avec les wahhabites et les deobandis, auxquels se rattachent généralement les talibans afghans.
** Hindutva : hindouïté ou indianité , mot créé par Vinayak Damodar Savarkar dans son pamphlet paru en 1923, Hindutva : qui est hindou ? Ce mot désigne aujourd’hui l’ensemble des formations politiques et paramiltaires de droite qui se revendiquent comme nationalistes hndoues et sont regroupées dans le Sangh Parivar (la famille d’associations).
Source :
Mumbai Under Siege
Article original publié le 29/11/2008
Sur l’auteur
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Versione italiana Mumbai sotto assedio