Affichage des articles dont le libellé est Union européenne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Union européenne. Afficher tous les articles

lundi 1 juin 2015

Le QG de l'Union européenne pour la guerre contre les migrants en Méditerranée établi en Sicile

par Antonio Mazzeo, 1/6/2015
Bruxelles étend la zone d'opérations militaires et de renseignement de l'agence Frontex  à 138 miles nautiques au sud de la Sicile, accroit le budget pour enrayer le flux de bateaux de migrants et établit à Catane une centrale méditerranéenne pour le contrôle des frontières extérieures de l'UE.

"La zone d'action de l'opération Triton est  donc étendue jusqu'à 80 kilomètres de la côte libyenne, mais les unités aériennes et navales pourront  pénétrer dans les eaux du pays, sur demande d'intervention pour des opérations de secours et de sauvetage", a déclaré le Directeur exécutif de Frontex, Fabrice Leggeri. "Le centre de coordination de Triton ouvrira dès que possible à Catane, où les autorités locales nous ont offert un hébergement que nos représentants ont trouvé approprié. La base régionale de Catane est un projet pilote, qui pourra être reproduit dans d'autres États membres, et concerne les hotspots, les centres proposés par la Commission européenne dans son Agenda pour l'immigration, où concentrer les débarquements de migrants et soumettre ceux-ci à un premier passage au crible. L'idée est de développer un système dans lequel le port de débarquement est près du centre de premier accueil, où les migrants seront interviewés et hébergés pour une courte période avant d'être transférés ".

mardi 28 avril 2015

Grèce : L’étau se resserre

par Stathis Kouvelakis Στάθης Κουβελάκης, 24/4/2015 Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Greece: The Noose Tightens
Traductions disponibles : Português  فارسی 
 

Pour le gouvernement Syriza, il ne reste que trois options
Les événements en Grèce ont pris un tour dramatique et l'insolvabilité est aux portes. Le 20 avril 2015, le gouvernement grec a émis un décret obligeant les collectivités locales à déposer leurs réserves de liquidités à la Banque De Grèce.
Deux jours plus tard, Dimitris Mardas, le vice-ministre des Finances chargé des recettes de l’État, a déclaré qu’il manquait 400 millions d’euros pour payer les retraites et les salaires à la fin du mois. Quelques heures plus tard, il a dit que l'argent avait été trouvé et qu'il essayait maintenant de constituer des réserves de trésorerie. Mais selon certaines sources, Dimitris Mardas a informé les députés de Syriza lors d'une réunion le même jour que les réserves de l’État ne permettraient d'effectuer tous les paiements en mai.
Et cela bien que, en termes de paiement de la dette, le mois de mai soit un mois relativement « facile », avec seulement 750 millions d’euros à payer  au Fonds Monétaire International (FMI), plus 400 autres millions d’euros d'intérêts à payer.
Le mois de juin sera plus difficile, avec 1 milliard 500 millions d’euros du au FMI, 700 millions dus aux institutions européennes, et 500 millions d’euros en paiements d'intérêts. Un  fardeau sans aucun doute insoutenable.

vendredi 24 avril 2015

Dénonçons le crime contre l’humanité commis contre les migrants

par Claude Calame, Le Monde, 8/4/2015
English  Exposing the crimes against humanity committed against migrants 
Plus de 3 400 migrants morts en Méditerranée en 2014, 300 dans la seule deuxième semaine de février 2015, tel est le dramatique bilan de la politique de fermeture des frontières menée par l’Union européenne (UE), de Ceuta et Melilla en face de Gibraltar, au fleuve Evros, en Grèce du Nord. La France n’échappe pas à cette politique d’érection de murs opposés à migrantes et migrants. Non pas en Méditerranée, mais à Calais.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10041.jpg
Khalid Albaih, Soudan
Un récent rapport d’Human Rights Watch (HRW) vient de dénoncer les conditions de survie imposées aux quelque 3 000 migrants qui, à Calais et dans le Calaisis, attendent soit une opportunité de passer clandestinement en Angleterre, soit l’incertain résultat d’une demande d’asile déposée en France : au dénuement total dans une situation d’extrême précarité s’ajoutent répression et exactions policières, entre passages à tabac et attaques au gaz lacrymogène.

mercredi 22 avril 2015

Le massacre des migrants et les responsabilités de l'Europe


par Annamaria Rivera, Micromega, 21/04/2015.Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Au moins 1 800 morts depuis le début de l'année. Victimes du néocolonialisme occidental, de sa politique de pillage, de guerre, d'ingérence "humanitaire", de déstabilisation, qui trouve souvent des complices dans les élites locales. Victimes aussi des politiques prohibitionnistes, donc migranticides, d'une Union européenne qui a jeté aux orties jusqu'aux plus élémentaires des droits de l'homme - le droit à la vie et à l'asile – qui fondent aussi son ordonnance. Une Union qui, comme l'écrit Barbara Spinelli, avec ses 28 États et ses eurodéputés, mais aussi avec le Haut-commissariat des Nations Unies aux réfugiés, est de fait coupable "de crimes de guerre et d'extermination  en temps de paix".
Face au pire massacre dans l'histoire des exodes en Méditerranée - immédiatement suivi d'un autre naufrage mortel, cette fois près de l'île de Rhodes - la misère morale et politique des institutions et des dirigeants politiques, européens et italiens, s'affiche de manière éclatante.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10028.jpg

mardi 2 décembre 2014

Le Plan Juncker dans une Europe orwellienne


par Luigi Pandolfi. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Démêler un écheveau comme celui de la gestion européenne de la crise est devenu toujours plus difficile. Et l'exercice consistant à la raconter est devenu encore plus difficile. Je m'explique.
La mise en place de la nouvelle Commission n'a rien changé à l'approche par les sommets européenne du thème de l'austérité. Aucun des nouveaux commissaires n'a jusqu'ici soufflé mot sur la nécessité de revoir les protocoles rigides du pacte budgétaire en vigueur, et encore moins d'examiner l'hypothèse - à ce jour la plus sérieuse – d'une restructuration de la dette. En revanche, on a droit à un flot de paroles sur la croissance, l'investissement et l'emploi, un véritable déluge. On a l'impression d'être plongés dans un scénario orwellien, où une forme très sophistiquée de novlangue masque systématiquement, scientifiquement, de formules inappropriées des choix (et des non-choix) qui vont dans la direction opposée à celle officiellement déclarée.

De Draghi à Juncker, en passant par les comparses qui peuplent la scène politique nationale dans les pays membres, on n'en finit plus de gloser sur le caractère intenable de «la rigueur comme fin en soi», sur la nécessité de «relancer l'économie», de «créer de nouveaux emplois », alors que, dans la pratique, on reste retranchés, et subordonnés, dans la défense à outrance de l'actuelle gouvernance communautaire, dont l'essence fondamentale et indécrottable réside justement dans la rigueur et la surveillance pointilleuse des budgets publics.


vendredi 27 juin 2014

TISA/ACS : L’investisseur est roi

par Klaus Fischer, junge Welt, 21/6/2014. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Quand les États se lient eux-mêmes les mains: Wilkileaks éclaire des recoins sombres du lobbying. Des « traités » comme le TISA consolident la mainmise du capital privé sur toute la planète.
En cachette on négocie les moyens de garantir à la noblesse d’argent internationale des gains supplémentaires. Depuis longtemps des « chargés de mission » négocient un ouvrage d’art visant à accélérer et à rendre irréversible le nouveau partage du monde. À Genève, l’un des lieux préférés de cette cupide espèce pour y faire entre soi d’agréables retraites, les représentants d’une cinquantaine d’États se sont rencontrés ces derniers mois. Dans le plus grand secret on a peaufiné une sorte de nouveau partage du monde à l’aide d’un traité, désigné par l’euphémisme de Trade in Services Agreement (Accord sur le Commerce des Services, TISA/ACS). Jeudi 19 juin Michael Froman, le représentant US au Commerce, a soulevé un coin du voile et brièvement déclaré que les points fondamentaux étaient acquis, et que la septième ronde de négociations allait s’ouvrir.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_8522.jpg
Genève, 28 avril 2014 : manifestation contre le TISA/ACS. Photo EPA/SALVATORE DI NOLFI
Officiellement il s’agit, comme le nom l’indique, de services. Ce nom désigne un segment économique qui est de loin le plus important à l’échelle mondiale. Il recouvre entre autres la banque et la finance, les télécommunications et le commerce de la main-d’œuvre marchandisée, ainsi que les tâches fondamentales d’approvisionnement indispensable et de sécurité de la population, par exemple l’eau et l’électricité. Le but de cet ouvrage n’est pas d’améliorer la vie des citoyens des pays représentés - ni du « reste » du monde. Non : le TISA doit garantir l’accès sans entrave aucune du capital privé à tous les marchés mondiaux. Plus encore: cet accès, selon des informations publiées par Wikileaks, ne doit plus pouvoir être annulé par une législation ultérieure dans les pays concernés. Les fantômes gris de Genève semblent en espérer une sorte de garantie éternelle pour l’économie du profit privé.
 
Si cela vous paraît bizarre, jetez donc un coup d’œil sur la réalité actuelle. Un exemple : La Cour Suprême des USA a estimé la semaine dernière que la remise de dette décrétée en 2005 et 2010 par l’Argentine pour cause de banqueroute lésait le « droit » des investisseurs. Dans le cadre du défaut de paiement qui s’annonçait, quelques fonds spéculatifs avaient acheté des emprunts d’État argentins à bon marché. Ils refusèrent de participer à la remise de dette et exigèrent le remboursement intégral de leur valeur nominale. Comme ces obligations étaient en outre libellées en dollars US, c’étaient les tribunaux US qui étaient compétents à ce sujet. La sentence de la Cour Suprême oblige l’Argentine à payer, ce qui lui est impossible. Une autre faillite est donc en vue.
 
À Berlin se déroule en ce moment un « Kulturkampf (« combat pour la civilisation », référence à Bismarck)» de la même espèce : le sénateur chargé des finances a eu la bonne idée, lorsqu’il a affermé le réseau de distribution du gaz, de ne pas commettre la même erreur que jadis la coalition SPD/PDS lorsqu’elle a « privatisé » le réseau d’eau potable (bénéfices garantis par le contrat, etc.) C’est pourquoi Ulrich Nußbaum (sans étiquette) a inséré, lors de l’appel d’offres pour ce projet d’infrastructures, une clause interdisant une revente ultérieure. La surtaxe bénéficia à la société « Berlin Énergie », propriété du land, et la GASAG en fut pour ses frais. Autrefois, celle-ci était elle aussi propriété communale, mais grâce à d’intenses tractations politiques elle appartient désormais à Vattenfall, E.on et Gaz de France (firmes énergétiques respectivement suédoise, euro-allemande et française), - donc à de puissantes firmes privées. Elles n’acceptent pas cette décision. L’entreprise en position d’infériorité porta plainte. C’est justement le Bundeskartellamt (Office fédéral de lute contre les cartels) qui vint en aide à la GASAG. Celui-ci blâma la clause précitée. Elle pourrait discriminer des « enchérisseurs » privés.
 
La loi est depuis longtemps du côté du capital privé. Elle ne se laisse pas guider par les intérêts et les besoins (ou le pouvoir d’achat) des citoyens lambda, mais est au service de la « libre circulation des capitaux », le mot d’ordre fétiche qui régit toute l’UE. Le plus souvent c’est la « concurrence libre et non faussée » qui justifie cette attitude. Ce qui favoriserait aussi les consommateurs. Un conte que précisément Vattenfall, E.on et Cie ont réfuté abondamment depuis dix ans dans le cadre de la prétendue libéralisation du marché de l’énergie : quatre « grands » se sont partagé le marché allemand, avec pour conséquences moins de concurrence et des tarifs plus élevés.
 
La délégation australienne a obtenu à Genève que l’on poursuive dans cette voie. Il ne suffit plus comme avant de dérouler le tapis rouge devant les maîtres du monde, le TISA prévoit qu’il restera désormais en place. Acheter une Caisse d’épargne ? Cela ne pose plus aucun problème. Interdit de discriminer les fonds privés. Transférer des données de Trifouilly-les-Oies à Londres ou à Fort Meade (QG de la NSA)? Pourquoi pas, c’est une affaire entièrement privée.
 
Quant aux gouvernements qui se lient les mains en élaborant de tels accords, ils reçoivent un prix de consolation : ils sont autorisés à surveiller de plus près les télécommunications. C’est qu’il y a des terroristes partout! Quant à la protection des données des simples citoyens, on ne semble pas y accorder grande importance dans les négociations sur le TISA.

jeudi 17 avril 2014

Pétage de plombs* dans le sud de l'OTANistan

Notes d'un voyage en Provence
par Pepe Escobar, 15/4/2014
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Original : Breaking bad in southern NATOstan 

EN  ROUTE EN PROVENCE - Pour citer Lénine, que faire ? Retourner à Bruxelles et Berlin ? Une rencontre rapprochée avec le morne OTANistan- Nord, consumé par son obsession paranoïaque antirusse et asservi par l'euro-arnaque pentagonienne infiniment extensible? Ou peut-être une escapade dans l'Erdogastan accro à  la guerre en Syrie?
 
Tu parles d'un choix. C'est le principe  Joie de vivre (en français dans le texte) qui a tranché : et voilà donc votre fidèle chroniqueur de The Roving Eye (L'œil vagabond) embarqué avec Nick, The Roving Son (Le Fils Errant), en Catalogne, à bord de La Piccolina – le camping-car Peugeot  années 80 propulsé par un moteur Citroën. Nous prenons la route de la Provence, zone de premier choix de la spéculation immobilière dans le sud de l'OTANistan. Au lieu de siffler du crystal meth*, dégustation  non-stop de breuvages fins infidèles et de gastronomie provençale de choix.
 
Appelez ça une enquête souterraine, ni  bluesy ni nostalgique ** dans le malaise économique des pays du Club Med : la paupérisation des classes moyennes européennes, la montée de l'extrême-droite, et la perspective spectrale d'une OTAN économique. Le tout dans le cadre d'une ambiance familiale super-cool et assez subversive –laptop et portable éteints.
 
Dieu boit-il du Bandol ?
Nous avons eu la chance d'attraper la semaine inaugurale de la Fondation Van Gogh à Arles - avec son remarquable portail d'entrée orné de la signature agrandie de Van Gogh, son jardin suspendu de miroirs colorés et une exposition craquante sur l'évolution chromatique du maître jusqu'aux frénétiques 15 mois qu'il vécut à Arles. Passer quelques minutes à contempler La Maison Jaune (1888) est une invocation à l'immortalité, une révélation de ce qu'est vraiment l'exceptionnalisme.
 
 
Les illuminations esthétiques n'ont fait que se succéder : du château de Baux au coucher du soleil à la terrasse de Gordes, en haut d'une colline dominant la campagne, en sirotant un Perrier- menthe ; de la nuit étoilée au Colorado provençal (curieusement offensé par un hélicoptère militaire volant à basse altitude, dans le plus style contre-insurrection à Baghdad) au débat sur les mérites de chaque variante de Chèvre de Banon, cet épicurien " fromage d'exception " enveloppé dans des feuilles de châtaignier .
 
Et puis la traversée du Grand Canyon du Verdon - le plus américain des canyons européens, attaqué sous des angles différents à la fois des bords nord et sud, y compris une randonnée le long de l'ancienne route romaine et une rencontre rapprochée avec les silhouettes rocheuses chaotiques et déchiquetées des Cadières (les chaises, en provençal) - la réponse du Verdon aux Tours jumelles. Bref, une réplique provençale décalée du trekking d' Oussama et al-Zawahiri dans l'Hindu Kush.
 
 
Lorsque nous descendions du col des Lèques, le propriétaire d'un café à flanc de montagne nous a dit qu'il venait juste d'ouvrir pour toute la saison, qui dure jusqu'à la mi-septembre. Mais là, en ce début avril, le Verdon baignait dans sa gloire silencieuse, seulement troublée par d'occasionnels motards lookés  badass.
 
Puis - comme dans Pierrot Le Fou de Godard - une plongée vers La Méditerranée. Premier arrêt dans un Toulon contrôlé par le Front national - si propre, si discipliné, si effrayé même par des skateboarders non-immigrés, mais affichant dans son port un cargo monstre de l'OTAN dans ses plus beaux atours.
 
Il est impossible d'avoir un plateau de moules au milieu de l'après-midi dans le port, mais au restaurant chinois Ah-Ha il y a des gorges du Verdon de nourriture disponibles à toute heure, comme pour démontrer une fois de plus que l'esprit d'entreprise asiatique laisse  l'Europe sur la touche.
 
 
Sans transition, nous voilà à la vénérable Auberge du Port de Bandol, attablés pour un banquet platonique : une bouillabaisse orgiaque arrosée du meilleur vin de la région, le match pour ce titre étant serré entre Bastide de la Ciselette et Domaine de Terrebrune.  Aucune de ces merveilles liquides infidèles, soit dit en passant, n'a été touchée par la mondialisation.
 
Il y a à peine un millimètre d'espace de terrain libre sur la côte autour de Marseille - cela fait partie d'un dossier bien connu, la destruction de l'environnement du sud de l'OTANistan. Pourtant nous avons réussi à trouver un bosquet relativement isolé pour l'ambiance valéryenne appropriée (la mer, la mer, toujours recommencée ) .
 
Puis le moment tant redouté a montré sa tête hideuse - à Sanary -sur-Mer, où Huxley écrivit son Brave New World dans sa Villa Huxley et où Thomas Mann trônait au milieu de sa cour Chemin de la Colline. Brecht en fait aurait chanté des chansons anti-hitlériennes à une table au restaurant Le Nautique. Donc, après avoir débattu avec Nick des mérites comparés des voiliers Beneteau, j'ai finalement décidé de mettre un terme à tout cette distanciation brechtienne et me suis dirigé vers le premier kiosque venu pour acheter les journaux, commander un café au lait  et rallumer le portable.
 
Dire que je n'ai pas été impressionné serait un euphémisme. Après une semaine de déconnexion, je retrouve la même sarabande de paranoïa, de pivotage frénétique et d'exceptionnalisme monochromatique. Pourtant, elle était là, comme une perle au fond de la Méditerranée turquoise, enfouie dans l'avalanche d'infos : la nouvelle définitive de la semaine, peut-être de l'année , peut-être de la décennie .
 
Le PDG de Gazprom Alexeï Miller a rencontré le président  de la China National Petroleum Corporation Zhou Jiping mercredi à Beijing. Ils étaient sur le point de signer le méga-contrat de fourniture pendant 30 ans à la Chine de gaz naturel de Sibérie dès que possible. Ce sera probablement le 20 mai, quand Poutine va à Beijing.
 
Et voilà maintenant mon véritable article. Le Pipelineistan va à la rencontre du partenariat stratégique Russie - Chine, solidifié dans les BRICS et dans l'Organisation de coopération de Shanghai, avec la perspective alléchante de fixation de prix et de paiement sans passer par le pétrodollar, autrement dit "l'option thermonucléaire". L'Ukraine, à côté de  cela, est un simple numéro de cirque.
Bienvenue au ratodrome de  Bruxelles
C'est sur le chemin du retour de la Méditerranée vers Arles via Aix-en- Provence que ça m'a frappé comme un drone d'Obama. Qu'est-ce qui était en jeu dans tout ce voyage, du sublime Chèvre de Banon enveloppé dans des feuilles de châtaignier, et des bouteilles de vin " pétale de rose aux producteurs artisanaux et saisonniers de la montagne à Bandol, énumérant leurs craintes sur des marchés de village et dans des châteaux sans prétention ? L'OTAN économique.
 
Le sud de l'OTANistan offre des aperçus de paradis européen post-historique : un jardin de roses kantien protégé d'un cruel monde hobbesien par l'Empire "bienveillant" (la nouvelle qualification de choix, forgée par –évidemment- les néocons à la Robert Kagan). Mais la principale émotion enveloppant l'OTANistan-sud, comme j'ai pu le constater depuis le début de 2014 aussi bien en Italie qu'en Espagne et en France, c'est la peur. Peur de l'Autre – en l'espèce l'intrus pauvre, noir ou brun -, peur du chômage pérennisé, peur de la fin des privilèges jusque-là tenus pour acquis par les classes moyennes, et peur de l'OTAN économique. Car pratiquement aucun Européen ne fait confiance aux hordes de bureaucrates bruxellois.
 
Depuis neuf mois maintenant, la Commission européenne négocie le fameux Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement. La "transparence" adoptée sur ce qui va être le plus grand accord de libre-échange jamais conclu, impliquant plus de 8OO millions de consommateurs, ferait honte au Nord-Coréen Kim Jong-un.
 
Tout le blablabla secret tourne autour des "obstacles non tarifaires", euphémisme  pour un ensemble  de normes éthiques, environnementales, juridiques et sanitaires qui protègent les consommateurs, et non les multinationales géantes. Ce que les mastodontes visent, d'autre part, c'est une foire d'empoigne très rentable - impliquant, juste pour prendre un exemple, l'usage indiscriminé de ractopamine, un énergiseur d'appoint pour le porc qui est interdit même en Russie et en Chine.
 
Alors, pourquoi l'administration Obama est–elle soudain tellement éprise d'un accord de libre-échange avec l'Europe ? Parce que le Big Business US a finalement découvert que le Saint Graal d'un pivotage économique vers la Chine ne sera pas si saint que ça, après tout ; le tout se déroulera dans des conditions fixés par les Chinoise, les grandes marques chinoises prenant progressivement le contrôle de la plus grande partie du marché chinois.
 
D'où le Plan B d' un marché transatlantique soumettant  40 % du commerce international aux mêmes normes favorables au Big Business. Obama a martelé que l'accord permettrait de créer "des millions d'emplois us-américains bien rémunérés". C'est très discutable, pour dire le moins. Mais ne vous méprenez pas sur ce qui pousse les USA : Obama lui-même est personnellement impliqué.
 
Quant aux Européens, ils sont plus comme des rats courant dans un casino secret. Autant la National Security Agency surveille chaque appel téléphonique à Bruxelles, autant les Européens n'ont pas la moindre idée de ce qu'ils vont prendre comme baffe. Le débat public sur l'accord est à toutes fins utiles verboten pour la société civile européenne.
 
Les négociateurs de la Commission européenne ne se réunissent qu'avec des lobbyistes et des PDG de multinationales. En cas de "volatilité des prix " à long terme, les agriculteurs européens seront les grands perdants, pas les US-Américains, maintenant protégés par une nouvelle loi agricole. Pas étonnant que le message direct et indirect que j'ai reçu de pratiquement tout le monde dans les campagnes provençales est que "Bruxelles est en train de nous vendre" : ce qui va en fin de compte disparaître, mourant à petit feu, c'est l'agriculture haut de gamme, et des masses de producteurs artisanaux avec un savoir-faire [en français dans le texte] accumulé au cours des siècles.
 
Donc, vive les hormones, les  antibiotiques, le chlore et les OGM ! Et à mort le terroir (en fr. dans le texte) ! Les menaces de l'OTAN contre la Russie sont  une tactique de diversion boiteuse et commode. Et alors que La Piccolina quittait la Provence chargée de sublimes produits artisanaux, je ne pouvais que comprendre pourquoi les locaux voient un avenir sous l'OTAN économique avec une telle appréhension vangoghienne.
 
NdT
*Le titre original de l'article, Breaking bad in southern NATOstan est une référence à Breaking Bad, titre d'une série télévisée US en 62 épisodes de 47 minutes, créée par Vince Gilligan, diffusée de 2008 à 2013 sur AMC aux USA et au Canada. Diffusée sous le titre Le Chimiste au Québec, elle est diffusée sous son titre original en France par ARTE. On peut traduire Breaking bad par "pétage de plombs". Le crystal meth, ou métamphétamine joue un rôle central dans la série.

** Allusion à la chanson de Bob Dylan, Subterranean Homesick Blues (Blues nostalgique souterrain) (1965)

dimanche 11 août 2013

Italie-Le nucléaire lucanien : affaires militaires et d'États (Unis)


 

par Francesco Giannatiempo, Tlaxcala, 10/8/2013. Traduit par Fausto Giudice
Original: Il nucleare lucano: Affari militari e affari di Stati (Uniti)

La Lucanie est une région du Sud de l'Italie. Officiellement elle s'appelle Basilicate. C'est une région, comme le reste de l'Italie d'ailleurs, riche de paysages uniques, d'un patrimoine culturel enviable, d'une variété de ressources agro-alimentaires, d'une histoire riche et de longue durée. Mais elle est aussi riche d'autres ressources. En fait, la Lucanie est condamnée à héberger : des puits pétroliers off shore (on l'a surnommée le Texas italien), un méga-incinérateur – fleuron de l'EDF française - objet d'enquête pour déversement de résidus toxiques et nocifs, des établissements chimiques comme la Liquichimica Lucana, ouverte puis fermée dans les années 60 et aujourd'hui au centre d'une enquête pour une décharge aussi énorme qu'abusive de phosphogypses farcis de radium et de polonium, deux métaux hautement radioactifs (Site d'Intérêt National de Tito Scalo, en province de Potenza), des établissements d'amiante, des centres sidérurgiques aux portes du chef-lieu de région avec des émissions dangereuses et hors normes, et des centrales à charbon comme celle de l'ENEL dans la Vallée du Mercure.
La Lucanie est aussi une terre de mystères ou, plus simplement, de secrets. De quel État ? Dans la nuit du 28 au 29 juillet dernier – à 3 h du matin – un convoi de véhicules et d'hommes des forces de l'ordre, militaires, d'intervention rapide et de police-secours a escorté un véhicule spécial contenant de l'uranium enrichi 235 du dépôt ITREC de Trisaia di Rotodnella (Matera) à l'aéroport militaire de Gioia del Colle (Bari).
cartina_trisaiaDeux journalistes indépendants -Ivano Farina e Nicola Piccenna – ont filmé l'événement (voir vidéo). Ils étaient de l'autre côté de la chaussée passant devant l'entrée du dépôt nucléaire lucanien. L'information est parue le lendemain, déchirant une nouvelle fois le voile de silence qui enveloppe les dépôts nucléaires italiens. Rotondella abrite depuis la fin des années soixante et le début des années soixante-dix 64 barres d'uranium provenant d'Elk River (USA). Le centre, géré par l'ENEA, l'Agence italienne pour l'énergie atomique [joliment rebaptisée Agence pour les nouvelles technologies, l'énergie et l'environnement, NdT], a réalisé de nombreuses opérations de traitement de matériau radioactif, aussi bien des déchets que du matériel actif, comme l'uranium enrichi sorti sous super-escorte il y a deux semaines.

Comme il n'y a pas eu de communiqués officiels sur cette affaire, on en a été réduit à faire des hypothèses. L'une était qu'il pouvait s'agir d'une restitution, tant espérée, des 64 barres d'Elk River aux USA, peut-être en application des accords passés en 2012 au sommet de Séoul auquel ont participé, entre autres l'Italie et les USA. Mais il ne s'agissait pas des barres d'Elk River. Non, c'était de l'uranium enrichi. Les notes du gouvernement italien ont été tardives et laissées entre les mains de l'agence gouvernementale chargée du traitement, du conditionnement et de l'élimination de matériaux nucléaires, la SOGIN. Cette dernière a émis un communiqué de presse parlant de matériaux génériques rendus aux USA. On a ensuite appris qu'il s'agissait d'uranium enrichi.

Entretemps, ni le Viminal (ministère de l'Intérieur) ni d'autres instances préposées à la sauvegarde et protection de la santé collective n'ont fourni les explications qu'on était en droit d'attendre. L'unique note immédiate a été celle du ministre de l'environnement, Orlando, qui a demandé que soit effectué un contrôle sur l'itinéraire utilisé pour le transfert du matériau radioactif.

Les maires des villes et villages concernés n'avaient pas été informés par le ministre de l'Intérieur, dont le vice-ministre est le sénateur Filippo Bubbico, un Lucanien et ancien président de la Région Basilicate. Comme on peut le comprendre, l'inquiétude suscitée par cette information a été maximale, d'autant plus qu'on est en pleine saison estivale, où la côte ionienne est pleine de touristes. D'ailleurs, le transport de l'ITREC à l'aéroport militaire a emprunté une voie asphaltée, la 106, qui est la Route nationale ionienne. Celle-ci traverse une zone regorgeant de sites archéologiques de la Grande Grèce et de plantations agro-industrielles qui lui ont valu le surnom de Californie du Sud, notamment des plantations de fraises fort appréciées en Allemagne.

Le 2 août a donc été convoquée la "table de la transparence", une rencontre entre institutions, administrations, comités, associations et parties prenantes, issue de la célèbre révolte de Scanzano Jonico (Matera) en 2003. Cette année-là, alors que Filippo Bubbico présidait la région, la SOGIN – donc, le gouvernement italien, puisque c'est une SA entièrement possédée par le ministère des Finances – identifia un site de roche saline comme idéal pour y enterrer des fûts de scories radioactives. La population lucanienne se souleva, manifestant à plus de 100 000 personnes, chiffre record pour une région qui compte un peu moins de 600 000 habitants.

La table de la transparence, convoquée après des années d'insistance des associations,  a vu la participation du président sortant de Région Vito de Filippo, des conseillers régionaux Martorano et Pittella (frère du suppléant à la vice-présidence du Parlement européen), des représentants de la SOGIN, de l'ISPRA (Institut supérieur de protection et de recherche environnementales), de l'ARPAB (Agence régionale de protection de l'environnement), les maires, comités et associations. Ivano Farina, l'un des journalistes ayant filmé le transport, était aussi présent. Il a appris à cette occasion qu'une enquête avait été ouverte pour connaître la source des fuites qui leur ont permis de filmer. Absents : les ministères de l'Intérieur, de l'Environnement, de la Défense – du personnel militaire a été mobilisé pour l'opération -, du Développement économique, de l'Agriculture, le Préfet de Matera et l'ambassadeur US en Italie.

Les bavardages qui ont eu lieu à cette table n'ont rien apporté de nouveau. Ils ont même profondément déçu, car on eu l'impression d'assister à l'habituel débat pour "tranquilliser" les intéressés. Cette table était peut-être aussi une petite passerelle pour le président sortant de Région – candidat au poste de ministre du Tourisme –  et pour préparer les candidatures de Martorano et Pittella aux élections régionales de novembre prochain.

Bref, il n'est rien sorti de cette table de la transparence : aucun document, aucun protocole d'entente pour faire la lumière sur les "mystères" du nucléaire lucanien, aucune note, aucun communiqué officiel du gouvernement US. Aucun article dans la presse étrangère. Et aucune explication claire et précise de ce qui s'est passé dans la nuit du 28 au 29 juillet.
Le communiqué ci-dessous de l'association OLA illustre les nombreuses questions que se posent les Lucaniens et tous les Italiens qui se soucient du nucléaire.
Le centre de la Trisaia est-il un site d'intérêt militaire ?
L'Ola, Organisation environnementaliste lucanienne, suite à la rencontre de la Table de la Transparence du 2 août dernier pour faire la lumière sur le récent transport de matériaux radioactifs du dépôt  ITREC de Rotondella (Matera) destiné à être rapatrié aux USA (propriétaires de ces matériaux) à partir de l'aéroport militaire de Gioia del Colle (Bari), dénonce l'absence à cette table convoquée par le président de la Région Basilicate  Vito De Filippo, des représentants des ministères de l'Intérieur, de l'Environnement, de la Santé et du Développement économique,  ainsi que celle des responsables de la sécurité publique impliqués dans l'opération de transport des matériaux radioactifs (préfecture, police, militaires).

La Région Basilicate– poursuit l'Ola – ne peut rester passive face à l'attitude du gouvernement, qui a imposé et entend continuer à imposer le secret d'État sur cette affaire et d'autres possibles concernant le centre de la  Trisaia di Rotondella, dont on ignore l'avenir.

 La Région Basilicate  doit donc exiger de la société SOGIN un calendrier prévisionnel de la mise en sécurité du centre de la Trisaia, indiquant en détail les matériaux qu'on entend déplacer de et vers le centre de la  Trisaia par les travaux effectués et encore à effectuer auprès du centre. Le rôle qui doit être celui de la SOGIN n 'est en effet pas ressorti clairement de la table.  De par ses statuts la société SOGIN SA est entièrement aux mains de l'État et plus précisément du ministère de l'Économie et des Finances. La SOGIN détient 60% de Nucleo SpA, anciennement  Nucleco SpA (les 40% restants sont possédés par l' ENEA).

Tout cela, au-delà des implications facilement imaginables , tant éthiques que stratégiques, du fait que ce soit une  société de capitaux cotée en Bourse qui soit chargée de traiter des matières nucléaires, laisse ouverte une grande question : pourquoi la SOGIN était-elle présente à la table de transparence – elle qui est l'État, mais aussi une société anonyme ?

Il n'est pas acceptable pour l'Ola que la SOGIN SA se soit assise à la table de la transparence du 2 août à Potenza, "haussant les épaules" et se présentant comme une simple exécutante, alors qu'au contraire elle a des  responsabilités directes sur les décisions relatives au démantèlement. Il n'est pas acceptable que le gouvernement déserte les réunions sur la transparence, se sentant obligé de confier à la SA le rôle d' "exécutant" public sur des questions sensibles qui sont du ressort des institutions centrales et régionales.

L'Ola rappelle que nous parlons d'une opération menée sous secret d'État et peut-être même secret militaire. En effet, le décret du Président du Conseil des ministres du 8 avril 2008 (gouvernement Prodi) a identifié les «critères pour l'identification des nouvelles, des informations, des documents, des dossiers, des activités, des choses et des endroits susceptibles d'être secrets d'État ". Ce décret retire les compétences ordinairement exercées par les autorités sanitaires locales et par les pompiers pour attribuer aux "services compétents" des fonctions dans les lieux couverts par le secret d'État.

La Trisaia – demande l' OLA – est-elle devenu un site d'intérêt militaire?

En 2009, la Cour constitutionnelle, par la décision 106/2009 a statué que «l'identification des actes, des faits, des informations qui pourraient compromettre la sécurité de l'État et qui doivent rester secrets" est le résultat d'une évaluation "largement discrétionnaire".  L'exercice du pouvoir de décider du secret serait alors soumis au seul Parlement, "instance normale de contrôle du bien-fondé des décisions les plus élevées et les plus graves de l'exécutif ", à travers la commission parlementaire pour la sécurité de la République (Copasir , ex-Copaco). Cela a-t-il été fait?


L'Ola demande si le Parlement italien a été mis au courant de cette opération et dans le cas où ce serait le cas du Copasir, où il y a aussi des représentants du M5S (Mouvement 5 étoiles, de Beppe Grillo) ainsi que le Lucanien Roberto Speranza (PD), si celui-ci a été mis au courant du transport et si ce dernier est également couvert par le secret militaire, ce qui confirmerait le degré de dangerosité des matières détenues au centre de Rotondella sans que des contrôles aient été effectués sur les risques pour la santé des résidents.

L'Ola dénonce l'absence d'un procès-verbal de la table de transparence du 2 août pour confirmer tout ce qui a été dit au cours du débat. L'absence de ce procès-verbal signé par les participants, réduit à néant le rôle même de la table de transparence, la transformant en une passerelle entre les politiciens régionaux et la SOGIN SA, avec les maires, comités et associations présents jouant les figurants.

L'Ola appelle donc à réunir d'urgence à nouveau la table de la transparence dans l'une des communes de la côte ionienne de la Lucanie, comme l'a déjà demandé le maire de Policoro. Cette réunion doit être préparée dans le but de fixer les points du calendrier à demander à la SOGIN SA. Celui-ci doit être fondé sur une documentation concrète à obtenir de SOGIN, sur les échéances et modalités de restitution des barres d'Elk River aux USA. Le document préparé par SOGIN doit être soumis - selon l'Ola – en priorité, aux instances compétentes et ministères concernés, avec une information transparente sur les quantités réellement présentes dans les dépôts de stockage / conditionnement / traitement / démantèlement de ces produits et sur l'état des travaux au centre de la Trisaia.

La feuille de route complète et détaillée sur le démantèlement du nucléaire en Lucanie devrait également identifier le périmètre et les protocoles de sécurité adoptés et à adopter, les organismes concernés (nous avons appris que l'ARPAB Basilicate n'aurait même pas été informée du transport des matières radioactives du 29 juillet) avec un plan de surveillance de l'état de la sécurité et de la santé des populations intéressées.

Renoncer à cela signifie succomber à la logique d'imposition du gouvernement qui n'a jamais renoncé à réaliser un dépôt unique de déchets radioactifs italiens en Basilicate.

Il faut rappeler qu'un Procureur de la République italienne - Nicola Maria Pace, récemment décédé - était engagé dans une enquête couverte par le secret sur l'état des matières radioactives et les nombreux incidents survenus dans les infrastructures et les installations de stockage et de conditionnement de l'ITREC de Rotondella .

Le nucléaire lucanien est une affaire d'État. L'État italien et US en particulier. Ou est-ce une affaire militaire? Ou est-ce juste une bonne affaire, vu que la SOGIN est une société anonyme?
La légerté avec laquelle est  géré le nucléaire italien - et en Lucanie en particulier – est une source de grandes inquiétudes,  dans un pays dont le peuple,  en 1987 puis en en 2011, a dit non au nucléaire par référendum.

Ceci est un résumé des trop nombreux événements des dernières années.

vendredi 1 février 2013

Le Réseau CADTM Afrique condamne l’intervention militaire de la France et de ses alliés au Mali


 Comme le dénonce un appel lancé par des femmes maliennes, la situation dramatique du Mali doit ouvrir les yeux sur une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit : les violences faites aux femmes sont instrumentalisées pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.
Nous condamnons sans réserve les violations des droits humains par les groupes armés qui contrôlent la partie Nord du Mali. Nous sommes aux côtés des femmes et de toutes les victimes d’abus. Nous dénonçons également l’intervention militaire que mène la France depuis le 10 janvier 2013. L’État Français mène une guerre au Nord du Mali, non pas pour défendre la démocratie et garantir le respect des droits humains comme on le prétend, mais bel et bien pour défendre ses propres intérêts coloniaux et ceux des multinationales françaises présentes en Afrique afin d’exploiter les ressources naturelles (uranium, or, diamants, pétrole, terre, eau…). La France, comme les États-Unis dans d’autres parties du monde, veut montrer sa capacité militaire à prendre la défense des intérêts stratégiques des grandes puissances occidentales et de leurs grandes entreprises.
Les bombardements français sur les régions très appauvries du Mali reflètent avant tout la détermination de l’impérialisme français à maintenir une domination néocoloniale sur les richesses des peuples de l’Afrique dans un contexte de crise mondiale du capitalisme. Il utilise les armes de pointe pour dissuader les convoitises de la Chine et les autres puissances. Par ailleurs, l’intervention occidentale a aussi comme but d’empêcher l’autoorganisation des Maliens afin d’éviter le réveil de leurs aspirations démocratiques, anti impérialistes et panafricanistes. La France et ses alliés veulent éviter la remise en cause des régimes relais de la Françafrique.
Le Mali est l’un des pays les plus appauvris et exploités du monde malgré ses importantes ressources naturelles minières et agricoles. Elles sont accaparées par les multinationales. Le peuple malien est terriblement affecté par les politiques néolibérales imposées par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’OMC, l’Union européenne et l’Etat français. Ces politiques n’ont été possibles qu’avec la complicité des régimes en place. Ces politiques ont empêché le Mali de se libérer du poids d’une dette extérieure qui sert d’instrument de pompage de ressources et de soumission du pays aux intérêts des institutions et des puissances créancières. L’initiative d’allègement de la dette du Mali, qui fait partie des pays pauvres très endettés (PPTE) a prolongé les effets dévastateurs du système d’endettement car les réductions de dette accordées au compte-gouttes ont été systématiquement conditionnées par l’application de mesure de privatisation et d’ouverture économico-commerciale. Ces mesures ont soumis les paysans/paysannes et les travailleurs/travailleuses des villes a une concurrence internationale à laquelle ils et elles ne pouvaient pas répondre. Les femmes maliennes qui portent un poids énorme dans la vie du pays sont victimes au quotidien de privation de tous ordres. Elles résistent au quotidien.
La dette et son remboursement continuent d’être les instruments d’une paupérisation des populations.
L’État français bombarde des villes, des villages et des infrastructures déjà rares du Mali dont la reconstruction demain sera probablement le prétexte pour endetter encore un peu plus le pays et augmenter sa soumission aux créanciers. Le FMI vient justement d’annoncer l’octroi au Mali d’un prêt de 18,4 millions de dollars. Cela ouvrira un nouveau cycle de malheurs pour le peuple malien s’il ne prend pas son sort en main.
Le gouvernement français devrait normalement réserver les millions d’euros que coûtera son déploiement militaire au Mali pour les besoins sociaux de sa population condamnée elle-même à l’austérité du fait de l’explosion de la dette publique.
La région connaît une propagation des groupes intégristes qui ont été appuyés et armés par les puissances occidentales, États-Unis en tête, directement ou par le biais du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui les grandes puissances occidentales ne savent plus comment se dépêtrer d’un mouvement qui ne leur est plus utile, leur échappe et s’est retourné contre elles. La manière dont elles sont intervenues en Libye a aggravé la situation de la région entraînant notamment une prolifération des armes. Les interventions occidentales en Afghanistan et en Irak ont démontré que les arguments humanitaires cachent des intérêts économiques, politiques et militaires inavouables. L’intervention et l’occupation militaire occidentale n’apporte pas de solution réelle aux problèmes des droits humains. Elle tend même à les aggraver.
Pour le CADTM Afrique, c’est au peuple malien de régler les conflits internes et chasser tous les groupes qu’il considère anti démocratiques et obscurantistes qui veulent imposer leurs lois par les armes.
Le Réseau CADTM Afrique :
- condamne l’intervention impérialiste de la France et de ses alliés au Mali, il appelle à l’arrêt immédiat des bombardements et au retrait des troupes françaises et africaines du Mali ;
- exprime sa solidarité avec le peuple malien et son droit de décider librement de son devenir.
- appelle à un renforcement de la solidarité des Peuples maliens et africains pour barrer la route aux forces de la restauration et de ré-colonisation du Mali et du Sahel ;
- considère que la CEDEAO, organisation sous régionale dirigée par un club de chefs d’États au service des hégémonies américaine et européenne, n’a aucune légitimité et aucun pouvoir légal pour contracter des prêts de guerre au nom du peuple souverain du Mali ;
- invite le Peuple malien à invoquer l’absence de consentement comme fondement juridique d’une répudiation de toute dette héritée de l’intervention étrangère.
- appelle les peuples d’Afrique du nord au sud, du Maghreb au Machrek à s’unir contre les guerres.
Pour le Réseau CADTM Afrique, le groupe de coordination, le 29 janvier 2013

jeudi 31 janvier 2013

Macaron le glouton et le petit-beurre doré, un conte allemand

Il vole un petit-beurre doré Bahlsen et demande une "rançon" humanitaire
Après avoir pris "en otage" l'enseigne des biscuits Bahlsen -un petit-beurre en métal de 20 kilos-, un Allemand demande une rançon au fabricant: offrir des biscuits à des enfants hospitalisés. 
Un Robin des bois du petit-beurre fait chanter le fabricant allemand de biscuits Bahlsen en exigeant qu'il offre des biscuits à des enfants hospitalisés, selon sa lettre de revendication.
C'est l'histoire d'un mec...
Tout a commencé dans le nord de l'Allemagne, par le vol du petit-beurre en métal doré de 20 kilos, accroché à 5 mètres de hauteur depuis 100 ans, au fronton du siège de Bahlsen à Hanovre.


Avant...après
Le vol de cette enseigne a été revendiqué quelques jours plus tard dans une lettre adressée à la société et à un journal local, selon la police. L'auteur exige que Bahlsen offre des petits-beurre à tous les patients de l'hôpital pour enfants de Hanovre.
"Ceux au lait entier, pas ceux avec du chocolat noir dessus", précise-t-il dans ce courrier fabriqué, comme le veut la tradition, avec des mots découpés dans des journaux. Il exige également que les 1.000 euros promis par Bahlsen à toute personne donnant des informations sur le vol soient versés à un refuge pour animaux de la région.


On Tuesday, the alleged perpetrator sent a ransom letter to a local newspaper....
La lettre de revendication

Signé "Macaron le glouton"
La lettre est signée de "Macaron le glouton" (Cookie monster en anglais), personnage de la série pour enfants du Muppets' show, également connue pour sa marionnette de Kermit la grenouille.
Elle est accompagnée d'une photo d'une personne déguisée en Macaron tentant de manger un petit-beurre, selon la police.
"Sinon Oscar (un monstre vert, autre personnage de la série) sera jeté à la poubelle. Vraiment!", menace le maître-chanteur.
Tout sauf un gag
Loin de croire à un canular, la police locale mène l'enquête mais sans grand succès jusqu'ici. Il s'agit pour elle d'examiner "s'il s'agit d'une tentative de chantage". Quant au patron du groupe Bahlsen, il affirme vouloir absolument récupérer son enseigne.
"On ne nous fera pas chanter", a insisté Werner Bahlsen, selon des propos rapportés par les médias.
L'entreprise familiale, qui exporte ses biscuits dans 80 pays, a toutefois prévu d'offrir 52.000 petits-beurre à 52 institutions spécialisées dans le travail social. Et juré qu'il ne s'agissait pas d'un gag marketing.
Source : LEXPRESS.fr, avec AFP,
 

mardi 29 janvier 2013

La reconquête de l’Afrique

par Manlio Dinucci, il manifesto, 29/1/2013.
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original:
  La riconquista dell’Africa 
Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours d'intronisation que les USA, "source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique", d'énormes avions C-17 US transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et la Cia, ce qui a aiguisé les conflits internes.

La rapidité avec laquelle l’opération a été lancée, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre qu'elle avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. La collaboration immédiate des USA et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des tâches d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales. Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, forment un groupe compact quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en danger par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise.

Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par tête 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltane, mais les bénéfices finissent dans les poches des multinationales et de l’élite locale. C'est la même chose au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par tête 100 fois inférieur à celui des Italiens) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation sont entre les mains de la multinationale française Areva.


Tiago Hoisel
, Brésil
Ce n’est pas un hasard si Paris, simultanément à l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par Exxon Mobil (US) et d’autres multinationales (mais des entreprises chinoises sont aussi en train d’arriver) : les miettes qui restent des gains vont dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien* Michele Russo a été expulsé du Tchad en octobre dernier.

Le Niger et le Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front sous commandement français. L'opération lancée au Mali, avec les forces françaises comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, rayonnant du Sahel vers l’Afrique occidentale et orientale. Elle se combine avec celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’État libyen et les manœuvres pour étouffer, en Égypte et ailleurs, les rebellions populaires.
Il s'agit d'une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des "grandes démocraties", qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.
*Missionnaires comboniens du Cœur de Jésus [MCCJ] : congrégation religieuse missionnaire fondée au milieu du XIXe siècle par l'italien Daniel Comboni, mort à Khartoum en 1881 et béatifié en 2003, pour l'évangélisation et la promotion humaine, en Afrique.[NdT]

jeudi 27 décembre 2012

L'odeur particulière du feu de bois : Notes d’Athènes en marge d’un comité central de Syriza

Il y a donc une odeur particulière à l’Athènes de ce début du deuxième hiver de l’ère des Mémorandums: l’odeur du bois qui brûle dans les cheminées et les poêles qui ont un peu partout remplacé le chauffage au fioul désormais inabordable. Résultat: le soir, la ville est enveloppée d’une sorte de nappe de brouillard, qui va de pair avec l’odeur âcre de la combustion – pas désagréable du reste et, pour moi, toujours associée à la période des fêtes de fin d’année, quand ma mère faisait marcher la belle cheminée du salon, pour « faire ambiance de Noël » comme elle disait.
A ce train, on peut toutefois supposer que les murs vont bientôt être couverts de suie et qu’Athènes ressemblera à Paris ou Londres des années 1930 – sous cet aspect seulement. Autre résultat (tout aussi désastreux pour l’environnement): les forêts (ou ce qui en reste) sont déboisées de façon sauvage, comme sous l’Occupation – mais aussi les champs d’oliviers, ce qui ne s’était jamais vu, même sous l’Occupation.

Les journaux (6 Jours - 13/122012) s’alarment du "petit smog" d’Athènes

Effet étrange de ce « nouveau » mode de chauffage dans le paysage urbain: on trouve un peu partout, sur des bords de trottoir, des terrains inoccupés, des échoppes ou des stands qui vendent du bois de chauffage un peu partout, qui furent parfois d’anciens points de vente de plantes d’intérieur. Les rues, la plupart du temps vides et mal éclairées, prennent une vague allure semi-rurale.
Marchand de bois à Athènes
Mais à cette odeur de feu de bois peut parfois se mêler une autre, autrement plus sinistre : le 9 décembre, près de Kavala, dans le nord du pays, trois enfants de cinq, sept et quatorze ans sont morts dans l’incendie causé par un poêle à bois laissé sans surveillance. En attendant les morts causés par le froid d’un hiver qui s’annonce rigoureux (contrairement à ce que pensent la plupart des étrangers, habitués à ne voir que les îles et zones côtières), la plus grande partie du territoire grec, qui abrite près de la moitié de la population, connaît des hivers de type continental (en cela aussi Angelopoulos a su capter la vérité profonde du paysage grec, intérieur et extérieur).
Le seul commerce qui semble prospérer à Athènes, à part celui du bois de chauffage, est celui de l’or. Ce sont les seules enseignes récentes, pimpantes et agressives, dans des rues où près de la moitié des commerces ont mis la clé sous la porte. Les pauvres, plus exactement: les paupérisés, sont invités à ce débarrasser de bijoux de famille et autre signes d’une aisance révolue. Mais ce commerce est également à l’affût d’autres emplacements: ainsi la chaîne Carrefour en installé dans certains de ses supermarchés, juste à côté des caisses, rétablissant ainsi partiellement la fonction de l’or comme moyen de paiement. Jacques Sapir a par ailleurs calculé qu’au moins un tiers de l’économie grecque est hors échange monétaire (troc, économie de subsistance, etc).
Ai revu D. au comité central de Syriza pour la première fois depuis deux ans. Elle travaille dans un cabinet de notaire depuis longtemps et vit seule son avec fils, qui a dix-neuf ans maintenant. Son employeur a vu son chiffre d’affaires diminuer des trois quarts. Il a refusé de diminuer son salaire, mais l’a fait passer à mi-temps. Elle essaie donc de survivre avec 500 euros par mois. Pendant le vote pour l’exécutif de Syriza, elle a passé une bonne demi-heure à me raconter comment elle a rétabli chez elle le courant avec l’aide des militants de DEI (principale entreprise d'électricité) de son quartier. Elle a enchaîné les stratagèmes pour se déplacer en métro sans ticket, souvent en récupérant les tickets toujours valides des voyageurs qui sortent des stations (tout billet est valable 90 minutes pour un trajet dans la même direction). Comme son fils, qui a essayé de passer en juin le concours des Beaux-Arts (sans prépa, inabordable).


Yannis Tsarouhis, Le Café Néon (Nuit), 1965-1966, Pinacothèque Nationale, Athènes
Plus un seul café place Omónia. Le café Néon, immortalisé dans un célèbre diptyque de Yannis Tsarouhis, cache sous des cartons sales son intérieur décrépi, et néanmoins classé. L’ancienne pâtisserie-laiterie Alexandros, point d’arrivée classique de nos périples noctambules jusqu’à la fin des années 1980, transformée par la suite en boulangerie faisant partie d’une chaîne, abrite désormais le Mont de Piété.
Quotidiennement, les journaux publient de nouvelles listes des biens publics proposés à la privatisation. Il a été question de vider les îles de moins de 150 habitants, une bonne douzaine, en transférant leur population, officiellement pour faire des économies. En réalité, le Mémorandum prévoit la vente de toutes les îles inhabitées. Il prévoit également la mise sous séquestre de la totalité des biens publics, sans aucune restriction, en cas de non-recouvrement de la dette. Le mot d’ordre de la Bild Zeitung « privatiser l’Acropole » est en passe de se réaliser.
Bild-Zeitung, 27/10/2010 :
"La Grèce a plus de 3 000 îles, la plupart dans l'Egée. Seules 87 sont habitées. L'Acropole a une valeur estimée à 100 milliards d'Euro.
Le gouvernement d'Athènes veut maintenant réduire fortement ses dépenses  - Mais si ça ne suffit pas ?
Vendez donc vos îles, espèces de Grecs en faillite
...et l'Acropole avec"
Pendant la pause du comité central, je pars avec deux camarades passer les commandes d’usage au café d’en face. La petite salle est remplie d’hommes, manifestement usés, qui peuvent avoir n’importe quel âge entre 40 et 55 ans, buvant pour la plupart des petits verres de ouzo, accompagné d’un mézé frugal. La télé transmet un match de foot. Un relatif silence s’installe pendant que nous attendons les cafés et les sandwichs. Puis un homme prend la parole, sous le regard approbateur des autres, et s’adressant à nous dit avec solennité: « dites à Alexis (Tsipras) que maintenant il faut vraiment foncer ».