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mercredi 10 août 2011

Old England: Paroles d'émeutiers

Des magasins ont été dévalisés dans plusieurs villes d'Angleterre. 

Depuis quatre jours, les commentaires sur les émeutes au Royaume-Uni se multiplient. Riverains victimes de pillages, sociologues, responsables d'associations de quartier, hommes politiques. Chacun apporte son explication aux violences. Les émeutiers sont moins audibles. Pourtant, si certains se contentent de profiter des pillages, d'autres cherchent à faire passer un message.
  • "Cibler les richesses"
Dans le quartier de Hackney, un jeune homme de 29 ans se présente à un journaliste du Parisien sous le nom de Yemoko Baboss. Lundi à 16 heures, il était sur Mare Street, là où les émeutiers s'étaient donné rendez-vous. "Il faut se révolter, assène-t-il avant d'argumenter : Les taxes sont trop élevées, on n'a pas de travail et il y a eu trop de coupes dans le budget. Pour le gouvernement aujourd'hui, les jeunes sont d'abord un problème. Il ne faut pas s'étonner de ce retour de bâton."
Yemoko Baboss tient à souligner un autre point : la contestation ne repose sur aucune base raciale. "Il y a des Noirs, mais pas seulement, affirme-t-il. J'ai vu des gens de toutes les origines." Pour lui, participer aux émeutes, c'est avant tout entreren guerre contre "le système". En "ciblant les richesses", en mettant l'économie "à terre", le jeune homme espère faire bouger les choses.
Mais, lucide, il sait que tous les émeutiers ne partagent pas cette conviction : "Il y en a qui profitent de l'opportunité. Quand tu es jeune et qu'il y a des affaires sympas à prendre, c'est sûr que tu te sers."
  • "Montrer à la police qu'on peut faire ce qu'on veut"
Interrogées par une journaliste de la BBC après les émeutes à Croydon dans la nuit de lundi à mardi, deux jeunes filles s'amusent de la situation. "C'était de la folie, c'était marrant", lancent-elles tout sourire. Les deux comparses sirotent une bouteille de vin rosé, un vestige de leur récolte de la nuit dans les magasins du quartier. A leurs yeux, les commerces pillés représentent la richesse. Et elles veulent montrer à la fois à la police et aux "riches" qu'elles peuvent faire "ce qu'elles veulent".
De son côté, le Guardian rapporte une conversation entendue par un témoin des pillages dans le nord de Londres. Deux filles se disputent pour savoir quel magasindévaliser : "Allons chez Body Shop", lance la première. "Non, Body Shop, c'est mort, allons plutôt chez Boots", répond la seconde. Le témoin de la scène, qui se fait appeler Tiel, souligne la nonchalance des deux jeunes femmes, comme s'il était normal de faire son shopping à 4 h 30 du matin...
Plus insolite, le Financial Times (article payant) cite une femme sortant d'un magasin, une télévision sous le bras : "Je récupère ce que m'ont pris les impôts".
  • En colère contre le fonctionnement du "système"
Celui qui se présente au New York Times sous le nom de Louis James a 19 ans. Lundi, il participait aux émeutes à Camden. Enfant d'une mère qui peine à s'ensortir, orphelin d'un père héroïnomane, déscolarisé à 15 ans, il ne se souvient même plus du nombre d'écoles qu'il a fréquentées. Aujourd'hui au chômage, il se plaint : "Personne ne m'a jamais donné une chance." Il y a trois ans, il a pourtant quitté le gang auquel il appartenait et arrêté de fumer du cannabis. Mais rien n'y fait : lui qui voulait travailler dans le commerce de détail passe son temps devant la télévision. La faute d'après lui aux 76 livres (87 euros) d'indemnité chômage qu'il perçoit tous les quinze jours et qui suffisent juste à le nourrir.
S'il a pris part aux pillages, c'est parce qu'il est "en colère contre tout ce système".Son seul butin : un sweatshirt de la marque Fred Perry. Après coup, il se sent un peu coupable de l'avoir volé. Il insiste : "Je voudrais juste trouver un travail."
Donald Walther, Le Monde, 10/8/2011

Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique

par Marc Roche,Londres, Correspondant, le Monde, 11/8/2011
Dans la capitale, " le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir ", explique un chercheur. Les émeutes ont eu lieu dans les quartiers où les classes sociales se côtoient sans se fréquenter
Quelles sont les causes des émeutes urbaines qui ont déferlé sur Londres depuis le 6 août ? La pauvreté, la marginalisation sociale, l'absence d'autorité parentale, la haine de la police ou le pur vandalisme expliquent, pêle-mêle, cette flambée de violence qui a envahi le petit écran à grand renfort de chromos.
Mais, contrairement aux idées reçues, les pires saccages n'ont pas eu lieu dans les arrondissements les plus pauvres où rôdent les damnés du quart-monde. Tottenham, Hackney, Clapham, Croydon ou Enfield, théâtres des plus graves violences, sont des quartiers types de la mixité sociale qui est la norme dans la capitale. Ce mélange traditionnel entre riches et pauvres fonctionne sans trop d'accrocs en période d'essor économique.
En revanche, comme l'attestent les actes de délinquance, cette cohabitation peut facilement se fracturer en période de crise économique, de coupes draconiennes dans les dépenses publiques, en particulier dans les budgets sociaux, et d'envolée du chômage des jeunes pas ou peu qualifiés.
" Comparé aux autres métropoles européennes, Londres est une ville où le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir sans atteindre pour autant les écarts d'une ville comme New York. Toutefois, il n'existe pas de ghettos à l'américaine ni de banlieues sensibles à la française. La capitale est un bel exemple de mixité sociale ", souligne Tony Travers, professeur de politique locale à la London School of Economics.
Pour appuyer son propos, cet expert de la capitale cite l'exemple de Regent's Park, le quartier cossu du centre-ville où il habite. D'un côté, l'alignement des immeubles à colonnades doriques et à balcon en ferronnerie ou en stuc - signés du grand architecte Nash -, où réside une population cossue.
De l'autre, des HLM pas très bien entretenues où vivent petits employés, des ouvriers mais aussi des chômeurs et des immigrants. Albany Road, la longue artère commerciale qui sépare ces deux mondes, est une curieuse suite de petits commerces asiatiques et de débits d'alcool jouxtant des boutiques de mode branchées et des traiteurs où rien ne manque à l'étalage.
Londres est ainsi faite de sociétés juxtaposées, pas nécessairement hostiles, qui se côtoient sans se fréquenter. Chaque groupe a ses valeurs, ses normes, sa façon de vivre. Mais l'envers de cette mixité est que l'étalage de richesses des uns peut créer l'envie chez les autres.
A écouter Tony Travers, cette politique de mixité sociale est le résultat de la fragmentation du pouvoir détenu essentiellement par les 32 boroughs (" bourgs "), l'équivalant à peu près des arrondissements parisiens. La politique du logement, notamment l'attribution des HLM, est de leur ressort, pas de celui de la mairie ou du gouvernement central.
Ces prérogatives étendues expliquent que, dans les bourgs les plus riches et les plus verts comme Kensington et Westminster, de nombreuses HLM ont été construites à côté de luxueuses propriétés.
La " gentrification " des quartiers autrefois déshérités par les propriétaires de la classe moyenne a eu raison de la vieille distinction entre zones nanties et déshéritées. " Les jeunes professionnels peuvent ainsi réaliser à prix bas l'obsession de tout Britannique : posséder sa maison et un petit jardin ", analyse Tony Travers à propos de la poussée de cette nouvelle élite sociale qui a massacré les points de repères sociologiques et les grilles de références politiques.
Tony Travers insiste enfin sur une autre facette de cette crise : l'énorme pouvoir de la Metropolitan Police, la Met, première force du royaume avec 30 000 policiers. Fondé en 1819 par Sir Robert Peel pour prévenir les délits, Scotland Yard, ancêtre de la Met, est un Etat dans l'Etat.
Si le maire fixe le budget et désigne le président de l'autorité de contrôle, la force est totalement autonome sur le plan opérationnel. Le seul pouvoir du ministre de l'intérieur est la nomination du commissaire en chef de la Met. Outre son rôle de représentation, le maire ne contrôle en fait que l'infrastructure, en particulier le transport et le planning urbain.

Old England: hausse tendancielle des taux... d'émeute

Le dessin de Plantu dans Le Monde daté du jeudi 11 août 2011.
Plantu, Le Monde, 11 Août 2011

dimanche 7 août 2011

Londres: révolte logique à Tottenham

La révolte qui a éclaté samedi soir à Tottenham, dans le nord de Londres, après l'assassinat par la police, mardi, d'un homme de 29 ans, rappelle celle de 1985, après la mort d'une femme au cours d'une perquisition policière. Les images que nous publions préfigurent l'avenir proche de l'Europe, lorsque le système n'aura plus à offrir que du plomb et du gaz aux braves gens mis sur la paille par les banksters.
In Pictures: London's burning
Crowds express rage in Tottenham, north London after a man is killed in armed stand-off with police.
Hundreds of angry protesters gathered near Tottenham police station in north London on Saturday evening demanding justice for the fatal shooting of a 29-year-old man during an apparent exchange of gunfire with police officers on Thursday. As riot police were brought into the area, crowds torched two patrol cars, a bus and a shop outside the police station on the High Road in Tottenham, smashing up shop windows.
In 1985, similar protests and subsequent riots happened in Tottenham after a woman died during a police search of her home.
1) Police officers wearing riot gear stand in a street in Tottenham, north London [Stefan Wermuth/Reuters]

2) A double decker bus burns as riot police try to contain a large group of people [Leon Neal/AFP]

3) A shop and police car burn in Tottenham [Leon Neal/AFP]

4) A man stands in front of police officers wearing riot gear in Tottenham [Stefan Wermuth/Reuters]

5) A shop burns on a main road in Tottenham [Leon Neal/AFP]

6) A woman walks through the debris with two children on a main road in Tottenham [Leon Neal/AFP]

7) A damaged travel agency in Tottenham [Stefan Wermuth/Reuters]

8) An advertising poster for a bookmaker is seen through smashed glass on High Road in Tottenham the day after protests [Leon Neal/AFP]

9) Police gather outside a damaged branch of Barclays bank on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP]

10) Local residents discuss the previous night's events as they stand next to a destroyed shop on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP]

11) A boy cycles past a burnt-out police car on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP]

12) Firefighters spray the smouldering remains of a burnt-out shop on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP]

13) A burned down building the day after riots in Tottenham [Arrizabalaga Facundo/EPA]

jeudi 21 octobre 2010

Europe : les mouvements sociaux entre violences urbaines et provocations policières

Antisystème ? Bien sûr !
par
Josep Maria Antentas - Esther Vivas, Barcelone
À la suite des incidents du 29 septembre à Barcelone, la critique contre les "antisystème"  a inondé le débat dans les médias en associant, de façon réductrice et hors contexte, la notion d’ "antisystème" et la violence urbaine.
Sans lien commun avec cette image qu’on veut lui coller, la pratique au quotidien des « antisystème » se trouve dans les associations de quartier opposées à la spéculation immobilière, dans le syndicalisme alternatif, dans le militantisme contre le changement climatique, dans les forums sociaux, dans la défense du territoire face aux grandes infrastructures, dans les centres sociaux autogérés, dans la conception d’expériences de consommation alternative et dans le développement de la l’agriculture biologique, ou bien dans les tentatives d’ouvrir une brèche dans le système politique en promouvant des candidatures alternatives. Les mouvements sociaux alternatifs se déterminent comme étant des moteurs du changement social, ils élaborent des propositions novatrices et encouragent à de nouvelles formes de sociabilité, de pensée critique et de création artistique, en libérant la créativité humaine corsetée dans les routines quotidiennes.
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Des policiers allemands révèlent les agissements d’agents provocateurs dans les manifestations
par Rüdiger Göbel, Berlin 
Pendant que la dernière édition du magazine Focus, se référant au Bundeskriminalamt (BKA-Office fédéral de police criminelle, Ndlt) met en garde contre des actions de militants anti-nucléaires contre le prochain transport Castor, l’édition du lundi du Hamburger Abendblatt montre des policiers tapant sur des casseurs et émeutiers, par exemple lors de la contestation du projet «  Stuttgart 21 » : des policiers en uniformes et des « agents provocateurs »(en français dans le texte) en civil. Un policier de 48 ans, qui s’est trouvé avec les cent hommes de sa section au beau milieu du « combat » dans le Schlossgarten (Parc du Château, ndlt) de Stuttgart raconte dans ce journal que l’emploi de canons à eau, matraques et bombes au poivre contre des « citoyens qui manifestaient pacifiquement, des enfants, des retraités et de braves Souabes » lui avaient causé un choc. 400 manifestants ont été blessés. Le Hamburger Abendblatt cite les propos de «  l’insider » : « Quand on emmène des molosses de combat, j’entends par là des unités spéciales de la police, à une manifestation et qu’on les lâche sans raison apparente en leur disant de nettoyer la place, ils mordent sans aucun ménagement. C’est pour cela qu’on les a entraînés et formés. Et ceux qui les ont envoyés le savaient parfaitement. Ils avaient sûrement l’autorisation d’en haut. De très haut. Au minimum du Ministère de l’Intérieur. »

Dans le Parc du Château de Stuttgart le 30 septembre 2010.