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jeudi 28 janvier 2010

L’intifada qui vient et l’inéluctable réconciliation (entre Hamas et Fatah)

par عبد الباري عطوانAbdelbari  ATWAN , 26/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala

  الانتفاضة آتية والمصالحة حتمية
Le sénateur George Mitchell, envoyé spécial du président Obama pour le Moyen-Orient, a conclu son dernier voyage sans atteindre le but recherché : la possibilité d’une reprise des négociations entre l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien, qui était l’objectif principal de sa tournée.

Trois raisons principales ont conduit à l’échec de cette tournée de l’émissaire, rentré les mains vides à Washington :
1°- La déclaration par  Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, de sa volonté de maintenir toutes les principales colonies juives de Cisjordanie et le contrôle total d’Israël sur la vallée du Jourdain, c’est-à-dire la frontière orientale d’un État palestinien, au cas où celui-ci verrait le jour suite à un accord entre les deux parties ;
2°- L’insistance du Président Abbas à ne retourner à la table de négociation qu’après un engagement de Netanayahou et de son gouvernement à geler les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupée et  à établir des termes de référence et un calendrier précis pour des négociations bénéficiant de garanties internationales ;
3°- Le commentaire du président US Barack Obama, reconnaissant que son administration avait mal évalué les obstacles se dressant sur le chemin du processus de paix et que le rôle des USA était limité, du fait qu’il avait cédé aux pressions israéliennes en faveur d’un renoncement à l’exigence de gel des colonies, dont il avait auparavant dit que c’était une condition sine qua non de reprise du processus de paix.

L’échec officiellement déclaré du sénateur Mitchell signifie qu’un vide politique –certains parlent de rigidité – s’est créé et que  l’option arabe d’une solution pacifique s’est effondrée, l’initiative de paix arabe étant devenue caduque.

Jeu de cartes pour tuer le temps en période de vide politique
En haut à droite : Irak
En bas à droite : Palestine
En bas à gauche : Liban


Les expériences passées dans la région arabe et ailleurs nous enseignent que la nature a horreur du vide politique, qui ne fait pas long feu, des changements venant le combler d’une façon ou d’une autre. La région arabe, qui a vécu pendant environ 20 ans sur un processus de paix illusoire, ne peut pas s’en passer, parce que les régimes arabes ne veulent tout simplement pas penser à une alternative ou à un « plan B », comme c’est l’usage dans les pays civilisés.
L’Autorité palestinienne a évoqué, avec une « timidité extrême » l’éventualité de déclencher une intifada pacifique en Cisjordanie, c’est-à-dire d’ordonner des manifestations pacifiques, des protestations, des actions de désobéissance civile, avec peut-être un retour à « l’arme des pierres », s’inspirant ainsi de l’expérience de la première intifada qui a conduit l’Autorité palestinienne à s’installer à Ramallah il y a seize ans.
Si nous parlons de « timidité extrême », c’est que lorsque la première intifada avait éclaté il ya 22 ans, il n’existait pas d’ Autorité palestinienne financée par les donateurs internationaux, dont les forces police et de sécurité étaient supervisées le général US Dayton, sans parler des cartes de VIP pour les grandes personnalités. Il n’y avait alors ni gouvernement ni ministres, ni présidence installée à la Mouqataa.

Sur le personnage : Autorité palestinienne
Sur l’affiche Wanted : Paies de fonctionnaires

L’Autorité vit une crise sans précédent car son soutien à une nouvelle intifada pourrait signifier son autodissolution et ramener la  Cisjordanie à son état antérieur de territoire directement occupé par les forces israéliennes, sortant d’une occupation camouflée, et dont  l’occupation  israélienne prendrait la responsabilité de l’administration en totalité, se chargeant de procurer sécurité, eau, électricité, et santé aux trois millions de Palestiniens.

Le Président Abbas est actuellement confronté à la même conjoncture que le défunt président Arafat après l’échec des négociations de Camp David, immédiatement après son rejet de spressions US por qu’il accepte un compromis proposé par Bill Clinton, à une différence essentielle près : le Président Yasser Arafat, dès son retour, avait choisi, lui, d’opter pour la résistance, en créant les Brigades de Martyrs d’Al Aqsa et renforçant les liens avec le Hamas et le Jihad islamique et en envoyant des émissaires au Liban, en Iran et ailleurs, pour se procurer des armes.

Le Président Yasser Arafat a payé cher ce choix : blocus, isolement dans son QG à Ramallah pour finir en martyr empoisonné. Il prévoyait – que Dieu lui accorde miséricorde – cette fin honorable et il a eu ce qu’il voulait.

Nous ne savons pas jusqu’à quand  le Président Abbas campera sur sa position actuelle consistant à refuser de négocier si la  condition de gel des colonies n’est pas satisfaite. Les pressions arabes sur lui à cet égard sont plus fortes que celles des Usaméricains et de leurs alliés européens. Mais tout ce que ne savons – et il le sait, lui aussi, c’est que la probabilité de sa résiliation et de sa révocation figure déjà dans l’agenda de l’administration US et de ses alliés européens, et on ne serait pas surpris d’apprendre qu’ils ont se sont mis à la recherche d’un successeur dès qu’il eut annoncé qu’il ne se présenterait plus à l’élection présidentielle à venir. Madame Clinton lui avait alors répondu qu’elle n’était pas « peinée » de son départ et qu’elle était prête à poursuivre sa collaboration avec lui, quel que soit le nouveau poste qu’il occuperait.

La scène palestinienne est « triste » à tous les niveaux : le Président a dépassé  le terme de son mandat et il n’a pas l’intention de se présenter à la prochaine élection, dont nul ne sait quand elle aura lieu ; le Conseil législatif élu a aussi perdu toute légitimité, ayant dépassé la durée de sa législature et aucune élection ne se profilant à l’horizon pour le remplacer. Il en va de même pour toutes les instances de l’OLP, que ce soit le Conseil national, le Conseil  central ou le Comité exécutif.

Israël aussi vit un véritable dilemme : il est haï et condamné à l’échelle planétaire pour avoir commis des crimes de guerre à Gaza et le maintien de son blocus de Gaza n’a fait qu’envenimer les choses.  À cela s’ajoutent la détérioration de ses relations avec la Turquie et la fin des négociations avec la Syrie, accroissant son isolement régional, en plus de son isolement international. Netanyahou avait hâte de reprendre les négociations à ses propres conditions, non pour parvenir à un règlement mais pour gagner du temps, corriger l’mage d’Israël, atténuer la haine, prolonger la durée de vie de son gouvernement, fournir une couverture à la poursuite de l’implantation de colonies et avaler ce qui reste de Jérusalem-Est. Ses ambitions se sont évaporées, du moins pour le moment, et il doit chercher à son tour un moyen de sortir de l’impasse.

L’histoire nous enseigne également que le recours à la guerre est l’éternel choix de sortie de crise d’Israël. C’est ce qu’a fait Menahem Begin, face à l’intensification de la résistance au Liban, quand il a envahi ce pays à l’été 1982. C’est ce qu’a fait Barak, attaquant la bande de Gaza pour effacer sa défaite humiliante au Sud-Liban. C’est ce que pourrait faire Netanyahou dans les semaines ou les mois à venir : une nouvelle agression contre le Liban ou la Bande de Gaza ou les deux à la fois. Il est en ce moment en train de chercher les prétextes  et son gouvernement aura peut-être l’audace de les fabriquer ; un encouragement décisif à Netanyahou pourrait venir de l’appui arabe, qui est clair et net. On n’a pas entendu protester un seul État arabe, à l’exception de la Syrie, et demander la levée du blocus sur Gaza et l’arrêt de la construction du mur d’acier sur la frontière égyptienne afin d’’asphyxier un million et demi de Palestiniens. Ce dernier pourrait être un feu vert du gouvernement égyptien au gouvernement israélien, au cas où celui-ci enverrait ses chars à Gaza.

Le Président Moubarak n’avait jamais auparavant attaqué le Hamas avec une telle virulence comme il l’a fait dans son discours du Jour de la Police (sic) et on a même entendu certains dirigeants égyptiens menacer d’envahir et de détruire la Bande de Gaza en punition pour le meurtre d’un soldat égyptien à a frontière il y a trois semaines.

Ce qui nous conduit à penser qu’il existe un plan arabo-israélo-US de « solution finale » militaire de la « question de Gaza » (le pouvoir du Hamas), après l’échec de la politique consistant à affamer Gaza par le blocus, dans le but de voir les Gazaouis se retourner et se soulever contre le Hamas. En outre, le fait que la reconstruction des 60 000 logements détruits par l’agression de l’année dernière n’ait pas encore été entamée ne peut signifier qu’une chose : une entente pour laisser les choses en l’état dans l’attente de la « solution » militaire israélienne.

Une nouvelle attaque de la bande de Gaza ne sera pas facile et aggravera le dilemme israélien. La précédente agression n’a pas mis fin à « l’Autorité du Hamas », elle n’a pas provoqué de révolte contre celle-ci ni n’a fait disparaître la « culture de la résistance », mais a eu un effet contraire.

Le peuple de Gaza résistera à l’agression comme il l’a fait durant la précédente et il continuera la résistance si jamais les troupes israélienne décident de rester dans la Bande pour longtemps.
Des leçons ont été tirées de la dernière agression et sans doute assimilées : on s’en apercevra au cas où Netanyahou s’entêterait et passerait des menaces aux actes.
La réconciliation interpalestinienne est plus proche que jamais, surtout si Abbas maintient sa position et si le Fatah décide d’allumer la mèche de l’intifada pacifique en Cisjordanie, retirant son épingle du jeu des négociations absurdes et revenant à ses origines de chef de file de la résistance.

Le compte à rebours pour une telle réconciliation est, à notre avis enclenché ou il devrait l’être – sur une plateforme de résistance, qu’elle soit pacifique ou armée.

Ce serait la seule issue convenable et efficace.

lundi 25 janvier 2010

Les USA et les régimes arabes menacent l'avenir des chaînes satellitaires d’opposition

par عبد الباري عطوان Abdelbari  ATWAN, 19/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Source : US and Arab regimes threaten future of opposition satellite channels

Des experts des médias arabes se réunissent aujourd'hui  (19 janvier) au Caire pour discuter de la décision du  8 décembre du Congrès US  de sanctionner les satellites arabes qui autroisent la diffusion de chaînes que Washington considère comme hostiles. Les délégués arabes ne devraient toutefois pas s'opposer à la position US, car la majorité des gouvernements arabes ne sont pas en désaccord avec celle-ci, et même l'appuient, en particulier parce que les chaînes ciblées d'actions ciblées, comme «Al-Manar", "Al-Alam", "Al -Hiwar "," Al-Rafidayn »,« Al-Aqsa ", et dans une moindre mesure," Al-Jazira "sont inacceptables pour ces gouvernements.
Les experts de la Ligue arabe sont les derniers à avoir le droit de parler de la liberté de la presse arabe ou d’affronter une telle décision US injuste que musèle les libertés, car la Ligue arabe et le Conseil des ministres de l’information des pays qui y sont affiliés sont ceux-là même qui ont adopté en février 2008 le « document sur les chaînes satellitaires » connu sous le nom de « Charte d'honneur des médias arabes» [sic , NdT] dont la mise en application a conduit à la fermeture de plusieurs chaînes et en a empêché d’autres de transmettre sur les satellites  Nilesat  et ArabSat.
Les ministres arabes de l'Information a approuvé un certain nombre de mesures punitives pour les chaînes satellitaires qui critiquent les dirigeants et discutent de la corruption. Parmi ces mesures : la fermeture de leurs bureaux, leur retrait des satellites arabes et l’imposition de lourdes amendes. Seuls trois pays arabes ont exprimé des réserves sur ces mesures : ce sont le Liban, Qatar et l'Algérie.
Nous n’ exagérons peut-être pas quand nous disons que les «efforts»  des ministres arabes de l'Information  pour supprimer les libertés, clouer les becs, et imposer une politique d'exclusion et de listes noires a  encouragé le Congrès à prendre des mesures punitives contre les chaînes dont il dit qu’elles font de l’agitation anti-US.

L'administration et les institutions US et les gouvernements arabes ont un intérêt commun à "dompter" et à soumettre les médias arabes parce que la plupart des régimes arabes, en particulier les «modérés» parmi eux, sont totalement impliqué dans les guerres US en Irak et en Afghanistan et dans la soi-disant guerre contre le terrorisme.
Du point de vue usaméricain, le soutien à la résistance aux plans usaméricains d’hégémonie dans la région équivaut à une incitation à tuer et terroriser. Malheureusement, la majorité des régimes arabes sont également opposés à la culture de la résistance et aux mouvements qui l'adoptent, à commencer par les talibans en Afghanistan pour finir par le Hamas, le Jihad islamique, les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa et d'autres groupes de résistance en Palestine occupée.
Par une curieuse ironie, le Congrès US, qui s'oppose fermement à la censure chinoise et au filtrage de Google, soutient fermement le musellement des médias arabes et la confiscation des libertés d'expression en adoptant des mesures législatives qui confirment cette démarche honteuse, incompatible avec toutes les leçons faites par les Us américains et les Occidentaux des conférences sur la démocratie, des droits humains et la liberté en général.
Les gouvernements arabes amis des USA ont été engagés dans la fermeture et le blocage de milliers de sites Internet qui critiquent leur corruption et leur dictature mais nous n'avons pas entendu l'administration usaméricaine  protester contre ces mesures répressives.
Nous vivons des temps sombres pour les médias arabes et les choses pourraient même s'aggraver si les USA et Israël décidaient de régler certains dossiers en suspens - notamment au Liban (le Hezbollah) et dans la Bande de Gaza (Hamas) - par des moyens militaires. L'alliance arabe officielle avec le Congrès US contre l’ «autre opinion» est plus en plus forte et solide et se prépare à éteindre les voix qui restent pour dire encore  oui à la résistance et non aux murs d'acier, aux blocus étouffants et à  l'occupation usaméricaine et israélienne.

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mardi 19 janvier 2010

Israël et la « Petite-Bretagne »


par Abdelbari  ATWAN     عبد الباري عطوان
18/1/2010
Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Source :  'اسرائيل وبريطانيا 'الصغرى 
Le gouvernement britannique se penche actuellement sur l’introduction d’une nouvelle législation  abrogeant la compétence universelle de la justice britannique dans le cas de dignitaires étrangers accusés de crimes de guerre qui viendraient en visite. Il est prévu que le gouvernement travailliste de Gordon Brown, qui a été complice de la guerre en Irak, sur la base de mensonges fabriqués, va saisir le parlement la semaine prochaine pour faire passer ces modifications législatives avant les élections de mai prochain.

Le ministère de la Justice britannique, dirigé par l’ancien ministre des Affaires étrangères Jack Straw, veut transférer le pouvoir de délivrer des mandats d’arrêt des juges aux procureurs, sous prétexte de mettre à l’abri les dignitaires étrangers visitant la Grande-Bretagne d’une arrestation et d ‘une traduction en justice comme criminels de guerre.

Les seuls dignitaires étrangers accusés de crimes de guerre susceptibles de visiter la Grande-Bretagne sont israéliens. Les modifications législatives envisagées sont donc  faites sur mesure pour eux et sont le résultat de la campagne de pressions organisées par le gouvernement de Benjamin Netanyahou et son défenseur, le lobby juif britannique, après qu’un groupe d’avocats respectés ont demandé à un tribunal l’arrestation de Tzipi Livni, l’ancienne Première ministre israélienne accusée d’avoir commis des crimes de guerre lors de la dernière agression de son armée contre la Bande de Gaza, au début de l’année dernière.
Le chantage israélien a réussi à atteindre les résultats souhaités : en changeant la législation britannique, adoptée pour punir les nazis sur la base des Conventions de Genève et des  droits humains et sous la pression des Juifs, qui continuent à vouloir venger les victimes de l’Holocauste commis par les criminels de guerre allemands à l’époque nazie.

Plus de 70 députés ont déposé une requête à la Chambre des Communes, critiquant sévèrement ces propositions d’amendements. Ils ont été rejoints par des dizaines de lords, acteurs, écrivains et juristes souhaitant empêcher leur adoption. Ces propositions constituent en effet une insulte à la justice et aux valeurs de la démocratie occidentale.

La pétition signée par ces députés, avocats et défenseurs de droits humains dit : « Nous avons été choqués par les propositions du ministre des Affaires étrangères Ivan Lewis et du secrétaire d’État David Miliband pour modifier la législation britannique afin d’éviter à l’avenir toute tentative de poursuivre des personnes accusées d’avoir commis des crimes de guerre, qu’elles soient israéliennes ou autres, devant des tribunaux britanniques. Nous rejetons toute tentative de porter atteinte à l’indépendance de la justice britannique et tout juge disposant de preuves de crimes de guerre devrait avoir le pouvoir d ‘ordonner l’arrestation d ‘un suspect. »

Le célèbre avocat britannique John Hardy relève que l’abrogation de cette loi permettant de poursuivre les criminels de guerre est une décision politique qui constitue une ingérence dangereuse dans les droits fondamentaux des citoyens.
Ce que Hardy n’a pas dit, c’est qu’Israël et ses criminels de guerre sont au-dessus de toute loi, et que leur protection est plus importante que les droits des citoyens britanniques et que l’indépendance du pouvoir judiciaire, source de fierté et modèle pour le monde entier.

Madame Scotland, procureur général, s’est exprimée très clairement, lors d’un discours à l’Université de Jérusalem la semaine dernière : « Notre gouvernement examine en toute urgence les moyens de changer le système judiciaire afin d’éviter l’arrestation des responsables israéliens, qui devraient avoir la possibilité de visiter la Grande-Bretagne en permanence et sans entraves. »

Si les criminels de guerre étaient arabes ou du Tiers Monde, et particulièrement hostiles aux USA ou au Royaume-Uni, ces lois ne seraient pas modifiées mais appliquées sans retard, mais il semble que les criminels de guerre israéliens sont sur le point d’obtenir un blanc-seing du Royaume-Uni et de tous les pays occidentaux pour tuer qui ils veulent et quand ils veulent, des enfants de Gaza au Liban, utiliser des civils comme boucliers humains – comme indiqué dans le Rapport Goldstone – sans être craindre d’être traduits en justice.

L’odieux chantage israélien et l’humiliante soumission britannique conduiront peut-être la Grande-Bretagne à rejoindre les États du Tiers Monde et  à lui faire perdre ses meilleurs traits distinctifs civilisationnels, car ce n’est que dans les pays qui ne connaissent pas de justice indépendante ni le principe de la séparation des pouvoirs ni les traditions démocratiques occidentales, que l’on modifie les lois suite à des pressions extérieures, sans étude idoine ni clarification minutieuse fondée sur l’intérêt du pays et des citoyens.

Les lois contre les criminels de guerre ne sont pas des lois britanniques à l’origine, mais des lois universelles élaborées par le « monde libre » après la Deuxième Guerre Mondiale. Ce monde libre a enjoint tous les États à les adopter. Le Royaume-Uni n’a donc pas le droit de les modifier tout seul, car ces amendements sont contraires aux Conventions de Genève et au droit humanitaire international.

Le monde entier a pris fait et cause pour les victimes du nazisme et il a pris les dispositions nécessaires pour châtier les criminels de guerre en les traduisant en justice, ceci afin que ne se reproduisent plus leurs crimes et un Holocauste collectif. Pourquoi donc ce monde est-il de connivence avec les criminels de guerre israéliens ? Tout simplement parce que leurs victimes sont des Arabes et des Musulmans ? Cette sélectivité odieuse révèle un effondrement de la morale et des valeurs.

La Grande-Bretagne, qui prévoit de modifier sa législation cette semaine afin de protéger les criminels de guerre israéliens, prend une responsabilité morale et juridique vis-à-vis du peuple palestinien, en permettant une effusion de son sang et en donnant le feu vert pour que le carnage continue.
Le Royaume-Uni, par ce geste,  réitère son agressivité à l’encontre du peuple palestinien et continue à la persécuter, même dans son exil, en s’alignant de manière honteuse sur ses bourreaux, que la Grande-Bretagne a aidé à installer leur État sur son dos. Le gouvernement britannique, plutôt que d’expier son grand crime contre le peuple palestinien – il est responsable de ses Nakbas depuis 60 ans -, il continue encore ce crime, en fournissant une protection légale et politique à ceux qui ont pris sa terre de force et l’ont marginalisé sur la terre entière, se faisant ainsi leur complice.

Nous joignons notre voix à celles des parlementaires, politiciens, artistes, militants des droits humains et de tous les Britanniques honorables qui s’opposent à ce changement de loi visant à maintenir l’impunité pour les criminels de guerre israéliens.

Et s’il y a vraiment un besoin urgent de modification législative, ce serait pour conserver un minimum d’indépendance à la justice.


Livni, la Belle du Mossad, par Omaya Joha

lundi 11 janvier 2010

La bousculade arabe vers Washington


par Abdelbari  ATWAN, 10/01/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
عبد الباري عطوان
Les ministres des Affaires étrangères des gouvernements modérés arabes se rendent en foule à Washington, la capitale US, en quête d’un moyen de sortir de l’impasse dans laquelle est actuellement  embourbé le processus de paix. Ainsi, la secrétaire d’État Clinton a  rencontré hier deux délégations arabes, la première jordanienne, dirigée par Nasser Jaouda, et la deuxième, égyptienne, menée par le général Omar Souleymane, chef des services de renseignement, accompagné par Ahmed Abul Ghaith, ministre des AE. D’autres visites sont prévues dans les prochains jours.

Il est clair que Mme Clinton a fait pression sur ses partenaires arabes afin de trouver  des scénarios acceptables, ou plutôt pour fournir un cadre à la reprise de négociations entre Palestiniens et Israéliens dès que possible en oubliant la condition  du gel des colonies en Cisjordanie et dans Jérusalem occupée.

L’administration Obama vit les jours les plus difficiles de son histoire. Elle vient de recevoir deux grosses claques dans le domaine de la sécurité au cours des trente derniers jours. L’une d’elles a été la prise d’assaut du QG de la CIA à Khost par un « kamikaze » jordanien, Houmam Al Balaoui, qui a tué sept de ses plus hauts responsables ainsi que l’officier de liaison Charif Ali Ben Zaïd. L’autre claque a été le succès du citoyen nigérian Omar Al Farouk Abdul Mouttalib à forcer les contrôles d’embarquement dans des aéroports occidentaux, tentant de faire exploser un avion civil au-dessus de la ville de Detroit.

Sur la table : « Le sommet arabe »
De droite à gauche :
- Que Dieu ait pitié !
-Que Dieu agrée !
- Que Dieu entende !
- Que Dieu envoie !
- Que Dieu donne !
- Que Dieu prenne !

Et peut-être la claque la plus forte et la plus humiliante pour l’administration US a été celle assénée par l’Iran, qui a refusé la coopération sur l’enrichissement d’uranium dans les délais fixés, c’est-à-dire avant la fin de l’année passée, faisant preuve d’une insolence provocante vis-à-vis de cette administration, en lançant le missile balistique à longue portée Sejil-2 et en occupant un puits de pétrole irakien.

Au milieu de ces défaites, l’administration Obama tente d’accomplir quelque chose au Moyen-Orient, quoi que ce soit. Si elle veut réussir quelque chose, c’est qu’elle est poursuivie par les échecs en Irak et en Afghanistan. Et c’est pour cela qu’elle recourt à ses alliés, les béni oui-oui arabes, pour infuser un peu de sang dans le processus anémique de paix et faire croire qu’elle tient toujours son engagement en faveur de la création d’un État palestinien.

Sur le papier : « La menace de l’occupation » (par les colonies juives)
- La femme : « Supposons qu’ils sont rentrés »
- L’homme : « Eh bien, il y a de la place pour tout le monde »

La logique dit que l’axe des pays arabes modérés devrait profiter de ce besoin usaméricain pour faire pression sur une administration en chute libre en exigeant qu’elle adopte une position ferme face à la politique provocatrice de colonisation de Netanyahou. Mais quand donc ces États ont-ils fait preuve de logique dans leurs décisions et prises de position ? Et quand ont-ils exigé une rétribution pour les services rendus au maître de la Maison blanche ? Et qu’ont-ils récolté d’autre, en échange de leur fourvoiement dans la guerre d’Irak ou dans celle contre le terrorisme, qu’encore plus d’humiliation et de dépendance ?

Les ministres arabes des AE, que ce soient ceux qui hantent la Maison blanche ou ceux qui restent au chaud dans leurs capitales,  vont, dans les prochains jours, mettre la pression sur la partie faible, le président palestinien Mahmoud Abbas, celui qui a bu le « lait des lionnes »* et a renversé la table sur les Usaméricains, les Israéliens et les Arabes à l’origine de l’Initiative de paix, quand il a refusé de reprendre les négociations sans un gel total de l’implantation de colonies dans les territoires occupés et a décidé de ne plus jamais se présenter à une élection présidentielle.

De droite à gauche : Le parfum, le goût, le poids
- Hou, je sens un parfum d’unification des rangs
-  Et pour qu’on ne se fasse pas prendre à la légère, il faut que notre position ait un goût
- Moi je réserve les trucs lourds pour les réunions à huis  clos

Le président Abbas a subi de nombreuses humiliations au cours des quatre dernières années de sa présidence, tout comme il a commis beaucoup d’erreurs, en mettant tous ses œufs dans le même panier d’un processus de paix humiliant et en éliminant les autres options. Mais par son refus de revenir aux négociations tant que dure l’occupation il a sauvé sa réputation et a effacé une partie de ses péchés. C’est pourquoi il doit multiplier les bonnes actions pour effacer les mauvaises, qui sont intrinsèques à sa présidence, en restant ferme sur cette position, sans céder aux pressions, quelles qu’elles soient.

Ce qui me conduit à dire cela, c’est le constat de signes de recul émis par le président Abbas lui—même dans son dernier discours sur Al Jazeera, quand il a dit que, puisque les Arabes ont choisi la voie de la paix et de la fidélité à leurs choix, il s’engagera dans cette même voie et ne déviera pas par rapport à leur volonté. Cela signifie qu’il sera d’accord si les Arabes décident de reprendre le chemin des négociations ou de participer à un sommet régional avec Netanyahou à Charm El Cheikh, planifié par Mme Clinton, et qui se tiendra probablement le mois prochain.

-Selon le principe de commutativité, il ya toujours une main devant et une main derrière
NdT : Se dit d'une loi selon laquelle la combinaison de x et y est égale à celle de y et x (l'addition et la multiplication sont commutatives).

Le président Abbas oublie que le Fatah, dont il est le président, n’a pas consulté les régimes arabes pour tirer sa première balle il y a 45 ans et qu’il a toujours maintenu l’option d’indépendance nationale. Pourquoi revenir maintenant sur cette option, pour s’aligner sur les projets des régimes arabes captifs des USA, qui sont à l’opposé des projets palestiniens de justice et d’indépendance ?

Mme Clinton et son administration laissent filtrer des informations sur son intention de parvenir à un règlement et à la création d’un État palestinien dans un délai de deux ans, selon un calendrier précis, avec une garantie écrite de respect (par les Israéliens) des frontières de 1967. Tout cela a un air de déjà vu.
Cela ne vous rappelle-t-il pas les promesses de Bush père, à la conférence de Madrid,  de régler la question de la Palestine une fois le Koweït libéré, ou celles de son fils, avant l’invasion et l‘occupation de l’Irak en 2003, sur l’instauration d’un État palestinien indépendant avant 2005 ?

Actuellement, l’administration Obama fait face à deux épreuves cruciales : la première est l’intensification de la guerre contre le terrorisme, plus particulièrement contre le « réseau Al Qaïda », la deuxième est  l’engagement de pas décisifs en direction du régime iranien - celui-là même qui l’a humiliée et défiée d’une façon provocatrice -, en commençant par un embargo économique pour l’étrangler et en le bombardant  après ou simultanément.

Passage sécurisé
Dans les deux cas de figure, l’administration Obama a besoin des Arabes modérés, car un embargo contre l’Iran ne peut pas être effectif sans la participation des Arabes, à commencer par ceux du Golfe, voisins de l’Iran. Et les avions israélo-US chargés de bombarder les installations nucléaires iraniennes ne peuvent pas éviter l’espace aérien arabe, même s’ils ne décollent pas de bases situées en terres arabes.

Et comme les pays modérés ont posé comme conditions à Washington, en échange de leur collaboration à la guerre en Irak et en Afghanistan, que le processus de paix « bouge », conditions faisant office de feuilles de vigne pour calmer la rue arabe, du moins en partie, ils veulent répéter le même scénario, poussant à l’accélération de la reprise des négociations (avec Israël).

Titre : Le processus de paix
- Mais laisse-nous essayer la couverture arabe

Les paysans de chez nous considèrent l’arrivée des étourneaux comme signe de maturité des olives et comme le signal du début de la récolte et nous autres observateurs constatons que cette impatience à reprendre les négociations sous la houlette usaméricaine n’est que le signe annonciateur d’une nouvelle guerre, contre l’Iran et ses alliés au Liban et à Gaza et d’une intensification de la guerre contre le terrorisme.

Avant, la jarre était intacte, ou plutôt les jarres des US et de leurs alliés arabes étaient intacts, mais la prochaine fois, il en ira autrement. C’est ce que nous pensons.

Lorsque les modérés arabes découvrent soudain la nécessité de « l’identité arabe » et exigent de Hamas qu’il fasse passer celle-ci devant les autres identités, iranienne ou islamique,  alors qu’ils ont été les plus grands ennemis de cette identité arabe et ont guerroyé contre elle et ceux qui la défendaient, les traitant d’incrédules, d’infidèles et de laïcs athées, il faut s’attendre au pire.

Le processus (de paix) bouge
L’identité islamique est une bonne chose quand elle est passive ou mise au service des projets US, et l’identité arabe est une mauvaise chose quand elle combat ces projets. Maintenant, le modèle a changé en n clin d’œil, et les options avec.

Notre seule consolation est que la durée de vie de ce bourrage de crâne touche à sa fin, car la région est à l’orée d’un changement décisif, c’est certain, et peut-être cette année sera-t-elle celle du tranchement.
*El  Abbas, en arabe, signifie le lion qui met en fuite ses congénères ou le héros qui, au cours de la bataille, fronce le sourcil. L’auteur est ironique [NdT]


Les dessins
Abu Al-Abed, le Palestinien et Abu-Arab, l’Arabe, sont les deux personnages principaux du dessinateur Baha Boukhari, né en 1944 à Jérusalem, qui collabore au quotidien  Al Ayyam (Ramallah) depuis 1999.



samedi 16 mai 2009

Un général usaméricain met sur pied une armée palestinienne

par Robert DREYFUSS, 10/5/2009. Traduit par Marcel Charbonnier. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : US General Builds A Palestinian Army

Jeudi dernier, lors de ce qui a été considéré comme son premier discours destiné au public, le général trois étoiles Keith Dayton, coordinateur de sécurité pour Israël et l’Autorité palestinienne s’est adressé au Symposium Soref 2009 organisé par le Washington Institute for Near East Policy (WINEP). Le Winep, bien entendu, est la principale boîte à idées (thinktank) du lobby israélien basé à Washington.
Dans son discours, le général Dayton a formulé une importante mise en garde.
Voyons, tout d’abord, le contexte. Depuis trois ans et demi, Dayton habite et travaille à Jérusalem et dans toute la Cisjordanie, où il supervise la création de trois bataillons palestiniens recrutés en Cisjordanie, puis formés dans une école militaire en Jordanie, après quoi ils sont déployés dans le territoire occupé (par Israël, NdT).
Ces trois bataillons (ce cinq cents hommes chacun) sont appelés à se multiplier : l’on parle de dix bataillons analogues. Ils ont pour mission, dit Dayton, « de créer un État palestinien ». Conscient que beaucoup des membres de son auditoire, au Winep, n’étaient pas particulièrement entichés de l’idée d’une Palestine indépendante, Dayton usa de précaution oratoire : « Si vous ne trouvez pas l’idée d’un État palestinien sexy, alors vous n’allez pas aimer ce qui va suivre… »
A en juger du tableau détaillé dépeint par Dayton, il est clair que les forces armées palestiniennes qu’il est en train d’instituer risquent fort de se voir accuser de faire le boulot de gendarme, en Cisjordanie, au profit des Israéliens. Après tout, la Cisjordanie est occupée par Israël, et vérolée de colonies illégales, de surcroît – sans oublier qu’elle est cernée par une muraille qui en fait le tour, que ses routes sont coupées par plus de six cents check-points au cœur de son territoire, celui-ci étant sillonné par un réseau d’autoroutes réservées exclusivement aux juifs : les troupes palestiniennes sont donc à la merci totale des Israéliens. Chaque nouvelle recrue palestinienne est interrogée par les forces de sécurité usaméricaines (comprendre : la CIA), puis par le Shin Bet, le service du renseignement intérieur israélien, puis, à nouveau, par les services de renseignement hyper-efficients de la Jordanie, avant de pouvoir entamer sa formation militaire en Jordanie. Dayton a été très clair : les unités palestiniennes entraînées jusqu’ici sont prioritairement déployées contre deux cibles en Cisjordanie : les bandes criminelles et le Hamas.
Jusqu’ici, cette armée palestinienne a bénéficié d’un financement usaméricain d’un montant de 161 millions de dollars.
Dayton a décrit la manière dont, durant l’opération armée israélienne contre Gaza, en décembre et en janvier derniers, la Cisjordanie est restée calme – même si certains analystes prévoyaient une explosion de sympathie pour le Hamas, qui contrôle Gaza, accompagnée de violence, voire même une troisième Intifada. « Aucune de ces prédictions ne s’est réalisée », a dit le général, qui a ajouté que les bataillons palestiniens ont autorisé des manifestations pacifiques de solidarité avec le Hamas, mais en maintenant le couvercle sur d’éventuelles actions violentes. « Israël », a-t-il dit, « a gardé profil bas », et aucun Palestinien n’a été tué en Cisjordanie durant le carnage, pendant trois semaines à Gaza.
Dayton a indiqué que le plus gros du boulot qu’il a accompli a concerné la Cisjordanie, après la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, en juin 2007. « Ce que nous avons créé, ce sont des ‘hommes nouveaux’ », a-t-il ajouté sobrement.
Venons-en à l’avertissement. Reconnaissant qu’en organisant et en entraînant des milliers de soldats palestiniens, encadrés par de vrais professionnels, il est en train de créer, de fait, une armée nationaliste, Dayton a averti ses quelque cinq cents auditeurs du Winep que ces troupes ne pourront être contrôlées que pendant un certain temps. « Avec les grands espoirs viennent les gros risques », a-t-il dit. « On peut vous amuser pendant un maximum de deux ans en vous disant que vous êtes en train de créer un État, si ça n’est pas réellement le cas,». A mes oreilles, tout au moins, ce subtil avertissement veut dire que si un progrès concret n’était pas réalisé dans la voie de la création d’un État palestinien, les troupes palestiniennes que Dayton est en train de mettre sur pied pourraient elles-mêmes entrer en rébellion.
Dayton répondait à une question de Paul Wolfowitz, l’ancien secrétaire adjoint à la Défense néoconservateur, qui est devenu un pilier de l’American Enterprise Institute, une institution sous emprise néoconservatrice. Celui-ci lui avait demandé : « Quelle proportion des Palestiniens voit en vos hommes des collaborateurs ? » Répondant à Wolfowitz, le général a reconnu que le Hamas et ses sympathisants accusent les bataillons palestiniens d’être des « supplétifs de l’occupation israélienne ». Mais il a souligné que chacun de ses hommes est persuadé de lutter pour une Palestine indépendante. Le message subliminal : les USA et Israël ont intérêt à tenir leurs promesses. D’où le compte à rebours de deux ans… Ce qui, à mes yeux, colle pile-poil avec le calendrier de l’administration Obama.
Ah, et puis, aussi, ceci : le Général Dayton rempile, en Cisjordanie. Vous avez deviné pour combien de temps ? Exactement : deux ans !
> Lire aussi La République Palestinienne de Dayton, par Abdelbari Atwan, 9/2/2009

mardi 10 février 2009

La République Palestinienne de Dayton

par Abdelbari ATWAN , Al Quds Al Arabi, 9/2/2009. Traduit par IAY et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
جمهورية دايتون الفلسطينية

Peu de gens en dehors des cercles de pouvoir à Ramallah et de leurs appareils de sécurité, connaissent les « exploits » du général US Keith Dayton qui est officiellement chargé par l’administration de son pays de créer des forces de sécurité palestiniennes sur de nouvelles bases, qui se fondent sur l’instauration du contrôle de l’État (où est-il ?) sur ses frontières (lesquelles ?) dans le proche avenir. L’article du journaliste US Thomas Friedman dans le NewYorkTimes du samedi 7 février (Beyond The banks NdT) nous apporte des précisions sur cette question.

Friedman dit que le général Dayton l’a emmené dans la ville de Jénine pour lui montrer ses « exploits » et qu’il a été surpris de ce qu’il a découvert. Les membres de la deuxième compagnie se sont alignés devant leur « maitre » (le qualificatif vient de moi [Abdul-Bari Atwan, NdT]) usaméricain avec leurs mitraillettes Kalachnikov en effectuant le salut militaire. Le général les salue à son tour et il leur fait un discours flatteur sur leur noble mission qui consiste à « prendre soin de leurs concitoyens dans ces temps difficiles, car c’est ainsi que se comportent des forces de sécurité professionnelles ».

La manière dont le général US avait inspecté ces forces et s’était adressé à elles montre qu’elles exécutent ses ordres et qu’elles accomplissent la mission que lui et son gouvernement décident, et non pas un autre gouvernement ou une autre autorité. C’est lui qui finance, qui décide et qui établit les tâches.


Le Général Keith Dayton salue "ses" hommes lors d'une visite à la Mouqataa le 17 décembre 2007. Photo AFP/ Getty Images


Il semble que ces « forces de Dayton » ont déjà commencé à accomplir leur mission et de la meilleure manière, car elles se sont opposées aux manifestants avec efficacité en les réprimant et en les arrêtant durant les manifestations de solidarité et de condamnation des massacres israéliens dans la bande de Gaza. En revanche, ces forces sont restées spectatrices quand, quelques mois plus tôt, des colons ont attaqué les habitants d’al-Khalil (Hébron, NdT) en agressant et en détruisant, au point que l’un des dirigeants de ces forces a répondu aux demandes de ses concitoyens d’ intervenir afin de les protéger de la sauvagerie des colons, en disant qu’il n’avait pas de consignes pour affronter les Israéliens, mais seulement les Palestiniens.

Jénine était l’une des villes à la résistance la plus féroce, et fut considérée comme une base solide pour engendrer les candidats aux opérations-martyres, et les hommes, les vrais. Il suffit de constater que son petit camp (1 km carré) a tenu pendant une dizaine de jours face à l’offensive israélienne et a réussi à faire 26 tués et 36 blessés parmi les rangs des forces d’agression, c’est-à-dire quatre fois les pertes de l’armée israélienne pendant sa dernière agression contre la bande de Gaza. Ceci explique pourquoi le général Dayton s’intéresse à cette ville et fait d’elle le « diamant » de sa couronne d’« exploits » sécuritaires, qui sont celui de briser les forces de la résistance à Jénine et la généralisation de cette expérience sur toutes les villes palestiniennes en Cisjordanie.

L’objectif de la création de ces forces, de leur « engraissement » et des millions dépensés pour leur entraînement, n’est pas la préparation à la construction de l’État palestinien, mais vise à l’empêcher et à pérenniser l’occupation en cours. En fait partout dans le monde, on commence par créer l’État puis ses institutions sécuritaires et politiques, sauf en Palestine où le triangle est « renversé » ainsi que les priorités, ce qui explique la poursuite de la colonisation, l’usurpation des terres, et le creusement des tunnels sous la mosquée al-Aqsa (les tunnels à al-Quds sont bons car ils sont israéliens même s’ils aboutissent à l’effondrement des fondations d’al-Aqsa… Mais les tunnels de Rafah sont diaboliques car ils sont utilisés pour faire entrer la nourriture et les médicaments pour les assiégés).

Les forces de sécurité de Dayton dont le nombre s’élève à 1600 hommes à ce jour, qui ont été entraînées en Jordanie et s’apprêtent à intégrer 500 nouveaux membres, lesquels suivent des stages d’entraînement similaires, ont une mission principale axée autour de la protection des colonies, de la répression par la force de toute résistance palestinienne et de la collaboration avec leurs homologues israéliens dans ce domaine, c’est-à-dire dans l’anéantissement de tout sentiment patriotique.

Il est clair que ces forces sont en harmonie avec les projets US futurs pour la Cisjordanie, et pour y éviter la reproduction de l’expérience de la bande [de Gaza], c’est-à-dire d’empêcher que la Cisjordanie ne devienne à son tour une base de résistance. Tony Blair, l’émissaire du Quartet, a résumé l’avenir de la Cisjordanie en parlant de la nécessité de concentrer les efforts sur l’infrastructure économique, et de la préparer pour élever le niveau de vie des habitants, en tant qu’étape essentielle avant d’arriver à la création de l’État. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a répété la même chose durant sa dernière visite à Ramallah.

Benyamin Netanyahou, le chef du parti Likoud et celui qui a le plus de chance de gagner les élections israéliennes générales qui auront lieu demain (mardi 10 février, NdT), s’est emparé de ce fil et a commencé de mettre l’accent dans sa campagne électorale sur « la paix économique » avec les Palestiniens, et sur l’engagement à ne pas rendre la Cisjordanie et le Golan à leurs propriétaires arabes.

Le colonel Radhi Abu Assidah, l’un des dirigeants des appareils sécuritaires du général Dayton, a fièrement déclaré : « Nos forces ont désormais du professionnalisme et aussi un bon entraînement. Maintenant nous disons aux gens : Vous pouvez manifester en solidarité avec Gaza, mais vous devez faire cela d’une manière moderne ».

Ce que le colonel Radhi entend par cette manière moderne, c’est que les gens doivent être comme les peuples d’Alaska ou d’Islande [notre ami Abdelbari ATwan n’a pas l’air d’être au courant des manifestantions militantes qui ont lieu en Islande depuis des mois et ont même provoqué la chute du gouvernement, NdR], ils doivent se contenter d’allumer des bougies et de faire des prières pour les victimes de la sauvagerie israélienne. Tout autre acte sera réprimé par les matraques, voire par les tirs de balles et la torture dans des camps de détention.

Mais comment les gens de la Cisjordanie vont-ils manifester d’une manière civilisée alors que les soldats israéliens les humilient tous les jours aux points de contrôle, confisquent leurs terres, démolissent leurs mosquées et lâchent sur eux les colons pour les agresser, détruire leurs plantations et arracher leurs arbres ?

Dans le passé on parlait de la solution à deux États. Maintenant on parle de la « paix économique », ce qui veut dire transformer le peuple palestinien en un peuple qui se fait acheter par les denrées de subsistance et les salaires mensuels payés par les États donateurs, en échange de quoi on lui demandera d’ oublier totalement sa cause nationale. Quant à celui qui désobéit, les forces « professionnelles » et « bien entraînées » du général Dayton sauront comment s’occuper de son cas avec la méthode adéquate.

Gidi Grinstein, le président de l’institut israélien Reut, un laboratoire d’idées (think tank) qui fournit des études consultatives au gouvernement, décrit la mission de Dayton comme une « mission lumineuse dans un paysage détruit et sur laquelle on peut bâtir, car la question ce n’est pas seulement la terre, mais aussi comment la remplir ».

Il est clair, selon nous, qu’il propose deux réponses à cette question : Soit de remplir cette terre par de nouveaux colons, ou bien d’importer, d’un autre endroit du monde, un autre peuple capable de vivre selon les manières israéliennes de faire. Car le peuple palestinien ne peut entrer dans aucun de leurs moules.

C’est certainement un avenir obscur qui attend le peuple palestinien à l’ombre du général Dayton, ses projets et ses adeptes, mais ce qui est encore plus obscur, à notre avis, c’est l’existence d’une autorité palestinienne qui le laisse faire, lui donne la « couverture légale », lui fait le salut militaire par admiration et par reconnaissance, et qui ne tarit pas déloges pour ses grands « exploits » en faveur du peuple palestinien.

mercredi 17 décembre 2008

Le lancer de chaussures sur Bush : l’adieu qui convient à un criminel de guerre

par Abdelbari ATWAN, Al-Quds Al-Arabi, 15/12/2008. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original :
وداع لائق بمجرم حرب

Au bout de six années d’occupation de l’Irak, la visite d’adieu du président US, le « libérateur » était censée être publique, au milieu d’un concours gigantesque de peuple « libéré ». Il aurait été encore mieux que tous ces gens s’alignent le long de la route allant de l’aéroport au Square Ferdaous, au centre de Bagdad, en brandissant des drapeaux US et en dansant au son de la musique pour exprimer leur gratitude pour ce brave héros américain qui a « libéré » leur pays.
Hélas ! Rien de tout cela ne s’est produit. Le président US est arrivé discrètement à Bagdad, au milieu d’un dispositif de sécurité verrouillé, sans pouvoir quitter la Zone Verte. Et nous doutons que MM. Al Maliki, le Premier ministre, et Jalal Talabani, le président aient été prévenus à l’avance de la visite. Au contraire, ils ont été pris par surprise, comme lors des visites précédentes.

Les Irakiens n’ont pas accueilli le président Bush avec des roses et des danses dans les rues, mais avec…des chaussures, comme l’a fait un journaliste couvrant (à sa façon) la visite, venu assister à la conférence de presse de Bush et Al Maliki. Ce dernier a décrit d’abondance toutes les « nobles actions » réalisées par Bush depuis l’occupation du pays.


Utiliser ses « chaussures » pour exprimer une opinion est un acte étrange et pas du tout professionnel, de l’avis de nombreuses personnes, surtout de la part d’un journaliste, mais le geste est en soi compréhensible si l’on sait que ce journaliste ressent les frustrations et l’oppression créées par la dégradation de la situation du pays et le martyre de plus d’un million d’enfants et de proches, provoqués par ce « libérateur » US.



L’Irak nouveau chanté par le président Bush s’est transformé en fosse commune et en champ de tueries, de pillage, de spoliation. 5 millions d’Irakiens ont fui sa démocratie prospère et son brillant inventaire des droits humains. Ce même inventaire que M. Talabani a glorifié de manière boursouflée dans le discours prononcé en présence de son hôte US.

M. Talabani, le leader gaucho-socialiste qui a vécu deux époques historiques, a décrit ainsi le président Bush : « C’est un grand ami du peuple irakien. Il nous a aidés à libérer notre pays…Il a fait un usage courageux de sa position dirigeante…On a une démocratie et des droits humains…La prospérité se réalise peu à peu… »

Et si c’est ce grand et brave ami-là qui a ravagé le pays, tué des milliers de gens de son peuple, fait fuir un quart des Irakiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ramené la guerre civile dans le pays, instauré un confessionnalisme abominable, fait de l’Irak le pays le plus ruiné du monde, alors que pourrait faire de pire un ennemi ?

Avec un ami pareil, on n’a pas besoin d’ennemis, comme dit le proverbe anglais. Mais où est donc la bravoure quand on envahit le pays le plus anciennement civilisé du monde, après l’avoir assiégé pendant plus de 13 ans, lui interdisant d’importer jusqu’à des crayons, sans parler d’armes et de munitions, et tout cela sans base légale, en violation flagrante du droit international ?

C’est vrai que M. Bush est un ami de MM. Talabani et Al Maliki. Il est un ami de tous les complices qui ont facilité l’invasion de leur pays par la manipulation et le mensonge envers le peuple irakien. Ils ont été récompensés par le maître US qui les a mis au pouvoir, mais il n’est absolument pas un ami du peuple irakien, de la majorité de ses fils et filles honorables. Cette majorité a une histoire glorieuse de résistance aux envahisseurs et elle a toujours soutenu la cause de l’Oumma arabo-musulmane.

Le journaliste irakien qui a jeté ses chaussures sur le président irakien, même si on n’est pas d’accord avec sa méthode, n’a fait qu’exprimer la conviction de la majorité silencieuse, broyée et brûlée par le chaos qui menace sa vie et sa sécurité : il n’y a ni eau ni électricité ni travail dans un pays considéré comme l’un des plus riches du monde en ressources naturelles et en cerveaux créatifs.

Ce journaliste est avant tout un citoyen empli de zèle envers son peuple et il n’a fait que ce que font ses semblables tous les jours en Occident, quand ils protestent contre les responsables de leur pays, quand ils jettent de oeufs pourris et des tomates. Le président Bush n’est pas mieux que Blair et son vice-Premier ministre John Prescott ou autres (la liste est longue).

Ce qui est regrettable, c’est que ce président, rejeté par ses propres citoyens qui ont refusé avec mépris d’élire le candidat de son parti à la dernière l’élection présidentielle, ne trouve un bon accueil que chez les dirigeants arabes, alors que partout ailleurs il est accueilli par des manifestations hostiles. Si on donnait aux Irakiens ordinaires la possibilité d’exprimer leurs sentiments à l’égard de Bush comme les autres peuples, ils jetteraient leurs chaussures, car il mérite d’être humilié bien pire que par des jets de chaussures.

La punition méritée par le président Bush et tous ses complices dans le génocide irakien - responsables US et irakiens -, c’est d’être jugés comme criminels de guerre par un tribunal équitable, en présence de toutes les victimes irakiennes et de leurs familles, que ce soit ceux qui ont subi toutes formes de tortures et d’abus sexuels à Abou Ghraïb ou les martyrs des bombes à fragmentation, des bombes à l’uranium appauvri et autres armes prohibées, à Falloujah, à Bassorah ou Al Qaïm, ou des balles US des forces occupantes dans tout l’Irak.

Nous ne nous associons pas aux excuses présentées par certains journalistes irakiens au président US pour ce qu’a fait leur collègue. S’il y a quelqu’un qui doit s’excuser auprès du peuple irakien, c’est le président US, pour le sang qu’il a fait couler. Au lieu de cela, il est venu en Irak pour demander reconnaissance et récompense. Ce collègue irakien n’a fait que pratiquer la liberté d’expression, et avec les moyens qui lui semblaient convenir à ce président assassin et criminel.

Il y a six ans, les télévisions arabes et autres ont diffusé avec extase les scènes de la « libération américaine du grand peuple irakien ». Elles ont montré en boucle une image d’un Irakien frappant un portrait du président Saddam Hussein avec sa chaussure, au milieu de la jubilation des bernés et des manipulés.

L’histoire se répète : beaucoup d’Irakiens rendent hommage à leur président martyr Saddam Hussein en frappant le président Bush en chair et en os et non son portrait.

Ce journaliste, qui représente le vrai visage de l’Irak, a donné à voir au monde entier ce que pense son peuple des « libérateurs » et de leurs complices.


2003...

...2008

vendredi 12 décembre 2008

Message à Obama : l'Afghanistan n'est pas l'Irak

par Abdelbari ATWAN عبد الباري عطوان , Al Quds Al Arabi, 10/12/2008
Traduit par Tafsut Aït Baamrane,
Tlaxcala
Original :
لى اوباما: افغانستان ليست العراق


Le nouveau président Barack Obama prévoit de retirer les forces US d'Irak et d'envoyer 20 000 hommes de plus en Afghanistan. Il croit que la situation peut y être réglée militairement en toute facilité.Mais les talibans viennent de brûler plus de 100 véhicules destinés au ravitaillement des 60 000 soldats de l'OTAN éparpillés dans le pays.Cet incendie révèle la difficulté de la tâche du nouveau président face aux priorités à choisir.


Le mouvement des talibans, soutenu par la tribu des Pachtounes, considérée, avec ses 40 millions de ressortissants entre Afghanistan et Pakistan, comme la plus grande tribu au monde dépourvue d'État, contrôle 70% du territoire afghan et s'apprête à frapper aux portes de la capitale au printemps prochain. Il est en train de concentrer ses troupes en prévision de la grande offensive.

La force de ce mouvement vient essentiellement des facteurs suivants :

1° - Sa direction en Afghanistan, symbolisée par le Mollah Mohamed Omar, l'homme fort au-dessus de toutes les contingences – il refuse d'être photographié ou filmé -, qui vit comme un ermite. Il a déclaré dans son discours prononcé pour l'Aïd qu'il refuse toute médiation et toute réconciliation, tant que le pays sera occupé et qu'il s'en tiendra à la résistance comme choix unique pour en finir avec l'occupation.

2° - Ce mouvement a ouvert un nouveau front au Pakistan sous le nom de "Talibans du Pakistan", sous la direction du Beyaa' (chef désigné par la choura) Allah Massoud. Ce mouvement a quatre millions de supporters dont 80 000 armés, prêts au martyre contre les Usaméricains.

3°- Ce mouvement a tiré profit de l'expérience en matière militaire et de communication acquise par Al Qaïda en Irak. Cela se reflète bien dans le grand nombre de soldats de l'OTAN tués (800) soit par des attentats-suicide soit par des bombes télécommandées explosant au passage de troupes de l'OTAN.

4°- Les bombardements aériens US sur les cibles talibans et d'Al Qaïda en territoire pakistanais dans les provinces tribales font souvent des morts parmi les civils innocents, ce qui accroît la colère de la population, facilite la circulation des talibans et leur apporte de nouvelles recrues.

5° - Dans l'instabilité interne et face à la corruption de leurs dirigeants, la majorité des Pakistanais soutiennent Al Qaïda et les talibans. Le président pakistanais a passé plus de 13 ans en prison pour corruption.

6° - Les services de renseignement pakistanais soutiennent en secret les talibans. Il est vrai que les dirigeants de ces services sont liés aux dirigeants politiques du pays et soutiennent la guerre US contre le terrorisme mais il est aussi vrai que la plupart des officiers et des sous-officiers sympathisent avec les talibans.

7° - La faiblesse du gouvernement central de Kaboul, pourri jusqu'à la moelle. Des journaux US ont évoqué le frère du président Karzaï, mouillé dans le trafic de drogue.Les seigneurs de guerre qui avaient été écartés par les talibans se sont tous recyclés au parlement ou à de hauts postes au gouvernement. Ils sont connus pour leur passé de bandits de grands chemins, de gangsters et de narcotrafiquants.
On dit que la tactique du général Petraeus – qui vient d'être nommé chef du CENTCOM, le commandement militaire US pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale - en Irak, consistant à créer la "Sahwa" (brigades de supplétifs de l'armée US chargées de la lutte contre Al Qaïda, NdT) a entraîné une baisse des actes de résistance et a éliminé Al Qaïda de l'Irak (l'auteur sous-entend que Petraeus pourrait appliquer la même tactique en Afghanistan).




Guerriers pachtounes, XIXe siècle


La comparaison entre l'Afghanistan et l'Irak ne tient pas la route, pour plusieurs raisons, qui ont à voir avec la démographie, la géographie et l'histoire, que nous résumerons ainsi :

1° - Les terres montagneuses et le climat afghans sont rudes, les hivers glaciaux, tout le contraire de l'Irak.

2° - L'Afghanistan est comme le nombril de l'Asie, entouré de sept Etats, dont la plupart ne sont pas en conflit entre eux, et on peut donc circuler entre ses frontières, faire passer armes et combattants en toute facilité, tout le contraire de l'Irak, entouré de pays opposés à sa résistance et à Al Qaïda, pro-US pour la plupart (Arabie saoudite, Koweït, Jordanie, Iran, Turquie). La seule exception était la Syrie, mais les Usaméricains sont arrivés à fermer ses frontières aux volontaires pour la résistance et la Syrie a rouvert son ambassade à Bagdad.

3° - Les talibans sont dans leur espace naturel. La grande majorité des Afghans sont des islamistes extrémistes qui suivent la doctrine sunnite hanéfite et sont proches de la vision wahhabite rigoureuse, alors que la résistance islamique et Al Qaïda en particulier ont trouvé en Irak un pays régi par des règles laïques depuis plus de cent ans, où l'islamisme n'a jamais été toléré et à même été combattu par les moyens les plus féroces.



Défilé de harkis des brigades de la "Sahwa" portant le portrait de leur Chef Suprême, le Cheikh Ahmed Abou Richa, que l'on peut voir ci-dessous avec son Protecteur Suprême, W.

4° - Il est pratiquement impossible de créer des brigades "Sahwa" en Afghanistan; le peuple afghan n'en veut pas. Il refuse de coopérer avec les occupants et il reste attaché aux hautes valeurs de l'Islam. Il n'est jamais arrivé qu'un seul combattant arabe ou taliban ait été livré aux occupants. Les Pachtounes ont un code d'honneur, le pachtounwali1, qui interdit de livrer un Musulman venu demander asile chez eux. C'est pourquoi il a été impossible à ce jour de tuer ou d'arrêter les deux cheikhs, Oussama et Mollah Omar, et que toutes les tentatives pour tuer le troisième, le Dr. Ayman Zawahiri, ont échoué. Il faut rappeler que le Mollah Omar a préféré perdre le pouvoir que livrer son hôte, le dirigeant d'Al Qaïda, alors que les "zaïms" (présidents) du "nouvel" Irak, qu'ils soient sunnites, chiites ou kurdes, se sont comportés comme des chiens face à l'occupant pour avoir des postes dans le nouveau gouvernement.

Obama va au-devant de jours difficiles en Afghanistan. Les forces d'occupation y ont subi de graves pertes et une déroute amère. Ce qui est arrivé aux Britanniques deux fois et aux Soviétiques une fois attend aussi les Usaméricains. Hamid Karzaï mendie une réconciliation aux talibans. Il est pour cela même prêt à quitter le pouvoir qu'il n'a pas.Il se prépare même à retourner dans son exil occidental, après avoir été l'enfant gâté de l'Occident et de l'Usamérique. Le seul point commun entre l'Afghanistan et l'Irak, à part l'occupation US, c'est que les pouvoirs mis en place par l'Usamérique n'y resteront pas un seul jour en place une fois que celle-ci sera partie. Quiconque visite Londres ces jours-ci peut s'y rendre compte que les dirigeants irakiens sont en train d'arranger leurs affaires familiales, financières et immobilières.


1 - Le pachtounwali est l'ancestrale loi orale des Pachtounes, qui régit leurs actions et les rapports au sein de la tribu. Il repose sur 3 principes : l'hospitalité due à tout visiteur; la protection pour tout individu qui la demande; la réciprocité pour tout acte (y compris, en cas d'offense subie, l'application de la loi du talion. « Œil pour œil, dent pour dent ») [NdT]