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mercredi 9 janvier 2013

Petit bilan des (non)droits humains au Maroc en 2012 à l’usage des amis qui ne connaissent pas le pays



PAR RÉDACTION SOLIDMAR, 9/1/2013
Droit à la vie, à l’intégrité physique
De plus en plus de violence, répression et tabassage parfois jusqu’à la mort. Principale cible : le M20F(Mouvement du 20 février, début du printemps marocain)   Partout la  torture : viols à la bouteille, ongles et cils arrachés, suspension pendant plusieurs jours par les mains, etc. Pourtant interdite d’après la Constitution. Le recours à la torture est maintenant dénoncé dans tous les rapports : ONU, Union Européenne, Centre Kennedy, Amnesty, Acat, HRW, etc.
Détention politique
Arrestations pour n’importe quel motif, souvent les plus farfelus. Principales victimes : les jeunes du M20F. Souvent longues peines : 12 ans pour une manif non autorisée, 1 an pour avoir mimé le roi, 2 ans à un rappeur, un poète, 2 mois pour des ados qui ont dénoncé l’augmentation exorbitante de l’eau et de l’électricité. Aveux arrachés sous la torture, feuille blanche signée sous la torture. Au moins 70 jeunes du M20F en prison pour avoir réclamé la démocratie, le travail, la dignité, la liberté. En 2012 j’ai noté sur un tableau que je tiens à jour: 146 arrestations dont 24 libérés. Mais bien sûr, c’est incomplet et je ne lis pas les infos en arabe.  
Situation dans les prisons
Inhumaine, entassés, parfois couchés à tour de rôle. Saleté, maladies, torture, mélangés avec droits communs qui sont incités à torturer, etc. Mauvaise nourriture. Pour protester contre les conditions de vie ignobles dans les prisons un vaste mouvement de grèves de la faim, souvent illimitées depuis début 2012. Ezzedine Errouissi a tenu jusqu'à la fin de sa peine, 135 jours, menotté et perfusé par force pour être maintenu en vie.
Les libertés publiques
En régression. De manière arbitraire des associations sont interdites, restriction de liberté syndicale, de circulation, de liberté de religion, de rassemblements pacifiques. Utilisation de bombes lacrymogènes, de canons à eau, pour dissuader. Embauche de baltagis pour maltraiter les militants, répression sans limites, car impunité totale. Violation du droit à s’organiser : diplômés chômeurs, tracasseries ignobles envers l’AMDH et surtout le M20F que le pouvoir veut casser à tout prix.
Liberté de la presse
Pour pouvoir continuer à exercer sa profession le journaliste doit s’autocensurer. Journaux saisis, amendes exorbitantes, prison… Humour sanctionné ! Sur Internet une presse d’opposition de qualité. La presse officielle : propagande, mensonges.
La Justice marocaine
Pas d’indépendance. Justice aux ordres. Jugements inéquitables. Aveux arrachés sous la torture. Souvent pas d’avocats, pas de témoins. Procès fabriqués. Procès reportés sans raison. Guerre des nerfs. Ali Aarrass : 15 ans de détention sans aucune preuve. Corruption : institution nationale. La peine de mort n’est pas abolie
Droits des femmes
Les femmes font partie de la population la plus menacée dans son intégrité, en particulier les plus jeunes si souvent victimes de viol. La tragique histoire du suicide d’Amina Filali violée à 14 ans , obligée d’épouser son violeur, en vertu de l’article 475 du code pénal, a fait le tour du monde. Les femmes sont exposées à toutes les violences masculines dans la rue, au travail, dans la famille. Rejet ignoble des mères célibataires qui se retrouvent dans la rue..

Droits économiques, sociaux, culturels
Déficit budgétaire. Droits en recul dans tous les domaines : niveau de vie, égalité hommes-femmes, liberté de la presse, éducation etc. En hausse pour la corruption. Très léger mieux pour l’alphabétisation, mais 44% de la population n’a pas fréquenté l’école. Droit à la santé, droits des handicapés etc : il y aurait tant à dire ! Droit à un environnement sain … Abus écologiques.
Droit au travail
Chômage massif, touche principalement les jeunes, les diplômés de familles modestes.
Droit des travailleurs
Licenciements arbitraires surtout en cas de création de syndicat,  responsables syndicaux premiers licenciés. Nouveau code de travail en préparation, mais l’ancien n’est pas appliqué. Normes de sécurité pas respectées, 5 morts dans les mines de Jbel Aouam. Droit de grève pas respecté : renvoi. Des conflits partout…
Les régions marginalisées, les richesses volées
3 exemples :
Imider, commune dans la détresse. Dans son sous-sol la plus grande mine d’argent d’Afrique dont ne profite pas la population (mais principalement le roi). Lutte exemplaire. Meneurs en prison.
Anfgou et les villages voisins, perchés à plus de 1500 m dans le Moyen Atlas, niveau de vie : Moyen Âge. Sur son sol, les plus belles forêts de cèdres, trésor exploité, mais pas par la population qui est dans la misère
Chlihat : l’Etat vend à des Espagnols leurs riches terres agricoles. Répression, arrestations, moustiques ! (rizières)

Le Sahara Occidental, colonisé arbitrairement par le Maroc 
 Vol des richesses (pêche, phosphates, sable etc.) répression violente, arrestations, torture, droits humains bafoués. La population  en attente du référendum d’autodétermination depuis 35 ans.
Le droit des enfants pas respectés
Toujours beaucoup d’enfants des rues, et des « petites bonnes », non scolarisés, exploités. Travail domestique : 12h/j, 7j/semaine, 100DH (10€)/mois) Le Maroc parmi les pays les plus « réputés » pour la pédophilie et le tourisme sexuel, souvent seul revenu d’une famille. Souffrance des enfants « illégitimes », rejetés à la rue avec leur mère parce que nés hors mariage.
Droits civiques
Roi : monarque absolu de droit divin qui a tous les droits. Tout lui est dû, sauf les critiques ou les plaisanteries qui sont sévèrement punies de prison et de fortes amendes.
Droit à l’éducation, école
État déplorable de l’école publique  sur le plan pédagogique (enseignants peu ou pas formés) et le plan matériel. Certaines écoles n’ont ni électricité, ni eau, ni sanitaires, ni matériel scolaire, et mobilier insuffisant. Écoles privées pour ceux en ont les moyens… Grèves des enseignants fréquentes, etc.
Droits des migrants
Les droits les plus élémentaires ne sont pas respectés, racisme d’État. Migrants chassés en Algérie ou déposés dans le désert, militants arrêtés…

Droits culturels
L’État privilégie les festivals luxueux pour riche clientèle… Mais les jeunes espoirs : poètes, chanteurs, rappeur se trouvent en prison…
Manque de moyens dans tous les domaines
Mais : Le roi est le 7ème monarque le plus riche de la planète, le plus riche monarque d’un pays sans pétrole qui a multiplié par 5 la fortune colossale de son père.. L’argent du peuple est dilapidé en projets de luxe superflu : TGV, méga-centres commerciaux, festivals, cadeaux de grande valeur à des chefs d’Etat…Et en même temps Sa Majesté demande des aides financières à l’Europe, au Qatar…Question de dignité !
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Mais le peuple marocain ne baisse pas les bras. Des centaines d’associations tentent de palier les carences de l’État, en particulier à l’égard des femmes, des mères célibataires, des enfants abandonnés  et des populations marginalisées : Collectes pour les villages oubliés du Moyen Atlas,  campagne de parrainage de prisonniers politiques pour apporter un peu de chaleur à ces jeunes privés de liberté pour avoir demandé la démocratie !
Ce n’est pas complet, il y a des oublis. Pour tout dire il faudrait un livre !
A lire et à méditer. Bon courage !


vendredi 7 décembre 2012

Total illégal au Sahara Occidental

Communiqué de presse
CEDETIM, APSO et son réseau, CORELSO, AFASPA, Union syndicale Solidaires, Sortir du Colonialisme, WSRW, Survie, Caritas Algérie, CNT-F, Association des Sahraouis en France, AARASD, ATTAC, Afriques en lutte, Parti de Gauche, PCF, Les Jeunes Ecologistes

La compagnie française Total a signé avec le royaume marocain un contrat monstre de prospection pétrolière au Sahara Occidental. La nouvelle carte publiée sur les pages Web de l’ONHYM, la compagnie nationale pétrolière marocaine, montre un bloc massif, couvrant une surface de plus de 100,000 km². Le nom du nouveau bloc est Anzarane Offshore.

Le Sahara Occidental est un territoire non-autonome selon l’appellation onusienne, c’est à dire une colonie. Le territoire est partiellement occupé militairement par le Maroc depuis 37 ans. Plus de 160 000 réfugiés survivent depuis cette date dans le désert algérien, alors que leur territoire est riche.

Lorsque Total - alors TotalFinaElf - a signé une licence pour la même superficie en 2001, le Conseil de Sécurité de l’ONU a demandé à son Bureau juridique de produire un avis sur la légalité de l'accord de l'entreprise avec le Maroc. Le bureau juridique a conclu à la violation du droit international si l’exploration ou l’exploitation étaient menées au mépris des souhaits et des intérêts du peuple du territoire.

Les Sahraouis, le peuple autochtone sur le territoire, n’ont toujours pas été consultés sur la question, ni leur représentant officiel, le Front Polisario. Les activités sont donc illégales.

Selon Western Sahara Resource Watch (WSRW), le contrat sur ce bloc massif de Total au large du Sahara Occidental a été signé le 6 décembre 2011. L'accord est très probablement un accord de reconnaissance - le même genre d'accord détenu par la compagnie dans la même région pour la période 2001-2004. Il se dit que l'accord est valable pour une période de 12 mois.

Cela signifie que l'accord expirera dans les tous prochains jours. Total doit, en d'autres termes, choisir de laisser expirer l'accord sans renouvellement (comme cela a été fait en 2004), de prolonger le contrat, ou de le faire évoluer en un contrat d'exploration à part entière.

Les organisations signataires de cet appel demandent à toute personne ou institution en capacité d’agir de mettre immédiatement ce sujet en question avec la direction de Total. Ils doivent demander à la fois une garantie qu'aucune activité d'exploration n’aura plus lieu au Sahara Occidental occupé, et une explication sur la façon dont cela a pu se produire en premier lieu.

Le retour de Total au Sahara Occidental occupé est une triste nouvelle pour le peuple sahraoui. En faisant cela, Total compromet directement les efforts de paix de l'ONU et sabote le droit international. Nous lançons un appel à la compagnie pour qu’elle reconsidère immédiatement son implication sur ce territoire.

Les signataires feront le nécessaire pour obtenir les condamnations que mérite cette complicité dans l’oppression et la souffrance du peuple sahraoui.

Contact :
Amis du Peuple du Sahara Occidental (APSO), apsolument@yahoo.fr
Tel : 01 43 71 62 12



dimanche 28 octobre 2012

France : Une manifestation devant le château du roi du Maroc à Betz interdite



Les autorités françaises ont interdit une manifestation d’opposants marocains qui devait se dérouler à partir de samedi devant un château appartenant au roi du Maroc à Betz, un village situé à environ 70 kilomètres au nord-est de Paris.
Le collectif pour la dénonciation de la dictature au Maroc avait appelé dans un communiqué les Marocains de toutes tendances confondues à manifester de samedi au vendredi 2 novembre devant le château pour dénoncer les injustices et les indignités du régime marocain, selon un communiqué.
Le préfet a pris un arrêté interdisant la manifestation à titre préventif, a-t-on indiqué à la préfecture de l’Oise.
Il a considéré qu’à cet endroit, et dans la configuration qui était prévue – les manifestants voulaient camper jour et nuit sur le site -, il y avait un risque de trouble à l’ordre public qui résultait de la volonté même d’organiser cette manifestation. C’est un motif d’opposition à la manifestation.
Selon la préfecture, un dispositif de sécurité adapté a été mis en place autour du château.
Sur sa page Facebook, le Collectif a indiqué maintenir sa mobilisation malgré l’arrêté d’interdiction, mais avoir réduit la durée du campement à deux jours, de samedi à lundi midi, à la demande de la majorité des manifestants.
Samedi vers 12H15 (10H15 GMT), aucun manifestant n’était toutefois présent sur les lieux, surveillés par une vingtaine de gendarmes, selon un correspondant de l’AFP.
Mardi, le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture avait affirmé que le Maroc utilisait la torture dans son propre pays et contre des opposants impliqués dans le conflit au Sahara occidental. (AFP)
Le château d'Armainvilliers est un fief très ancien, dont on trouve mention au XIIe siècle. Il s'étend aujourd'hui sur les communes de Tournan-en-Brie et de Gretz-Armainvilliers. Un château y est mentionné dès le XIVe siècle, qui donne refuge à François Ier en 1544 après la prise de Château-Thierry par Charles-Quint. À partir de cette époque, il devient la résidence des seigneurs de Tournan. Au XVIIe siècle, il appartient aux Beringhen, puis au comte d'Eu et au duc de Penthièvre, mais il est en partie détruit pendant la Révolution. Les La Rochefoucauld-Doudeauville le restaurent sous le second Empire, y font remonter les boiseries du château de Bercy et aménager le parc. Sosthènes de La Rochefoucauld, 2ème duc de Doudeauville, ancien aide-de-camp du Roi Charles X, y décède en 1864. Acquis en 1877 par Edmond de Rothschild, le château est complètement rasé et remplacé par une résidence moderne, complétée par de luxueux pavillons de gardes, des fermes en style normand, de vastes communs, une grande orangerie, sur le modèle anglais. Pendant la Première Guerre mondiale, une infirmerie y est aménagée et, pendant la Seconde Guerre mondiale, il est occupé par des troupes allemandes. Il appartient aujourd'hui au roi du Maroc. (source: wikipedia)

vendredi 26 octobre 2012

Liège, Belgique, 29 octobre 2012 : Projection-débat-Suites du printemps arabe et mouvement du 20 Février au Maroc

A la suite du « printemps arabe », de nombreux pays ont connu une recrudescence de mobilisations, prenant des formes partout différentes. Celles-ci ne sont pas venues de nulle part mais prennent leur source dans des luttes passées, tout en portant leurs propres nouveautés. Le CADTM vous invite à venir discuter ce lundi 29 octobre de l’exemple Marocain, qui a vu naître le « Mouvement du 20 Février ». Omar Radi (Journaliste Indépendant, membre d’ATTAC Maroc), de passage en Belgique pour plusieurs soirées dédiées aux bilan et perspectives de ce mouvement, viendra nous parler de la répression qui s’opère en ce moment au Maroc (après une projection d’un court film sur l’affaire du rappeur Haked (dit « l’indigné » - L7A9D). Cette soirée, qui sera également l’occasion pour Omar de nous proposer son diagnostic de la situation économique et politique actuelle en général, aura lieu au Centre Culturel Arabe en Pays de Liège (rue Belvaux 128 à 4030 Grivegnée, Liège - entrée par le côté, rue H. Orban 1), avec la participation du Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie.
Lundi 29 octobre, 20h.
Contact : 04/2266285 - jeremie@cadtm.org
CADTM – Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde : http://cadtm.org/
CCAPL – Centre Culturel Arabe en Pays de Liège : http://www.ccapl.be/
CVDTunisie – Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie : http://cvdtunisie.blogspot.be/

jeudi 2 août 2012

Majidi business : cas d’école de la corruption au Maroc The Majidigate: a textbook case of corruption in Morocco أعمال الماجيدي : مثال نموذجي للفساد في المغرب

ENQUETE EXCLUSIVE. Comment une compagnie publique marocaine prévoit de dépenser l’argent du contribuable dans un projet privé du secrétaire particulier du roi… avec la bénédiction du gouvernement. Lire ici
EXCLUSIVE INVESTIGATION. How a Moroccan public company planned to spend taxpayer money in a private business owned by the king’s secretary and his American partner... with the government's blessing! Read here
 
تحقيق: كيف يمكن لشركة عمومية مغربية أن تخطط لإنفاق أموال دافعي الضرائب في مشروع يخص السكرتير الخاص بالملك.... وكل ذلك بمباركة الحكومة 

lundi 21 mai 2012

Les ouvriers du roi français de la tomate marocaine (et sahraouie) en grève de la faim

Par Moha OUKZIZ, AMDH, 21/5/2012 

Le groupe agroalimentaire français Soprophile Idyl, installé au Maroc, produit le tiers des exportations de tomates de la région du Souss Massa-Draâ. C’est environ 35 grandes remorques par jour.  

Le groupe produit aussi les melons, les pêches, les raisins, les oranges et les dattes dans la région d’Errachidia. Il emploie plus de 12000 ouvrier(e)s. En sus de nombreuses grandes fermes agricoles (un millier d’hectares), le groupe Soprophile Idyl comporte deux stations d’emballage de 15000m2. Une dans la commune E Safa Bouyekra, l’autre dans la commune Ait Amira, les deux communes sont du département Chtouka Ait Baha. Le groupe dispose d’une plateforme logistique de distribution (11000m2). Les produits du groupe sont commercialisés en France par Idyl, l’autre identité juridique de l’entreprise.

Les deux grands responsables du groupe sont le Français Patrick PUECH et l’Istiqlalien sahraoui, Hassan EDERHEM. Le groupe a son siège dans les Bouches-du-Rhône, à Châteaurenard, son dirigeant principal est Patrick PUECH, son secteur d’activité est le commerce de gros (inter-entreprises) de fruits et de légumes. Sa première implantation est à Dakhla au Sahara Occidental. Et puis Chichaoua, Marrakech, Errachidia et Agadir. L’arboriculture, la nurserie, le maraichage, la packaging, et même la presse sont les domaines de production du groupe. Il commercialise les divers produits sous les marques suivantes : Idyl, Etoile du Sud, dattes Filali, Bongoo of Morocco, agriculture du Maghreb. 95% des exportations du groupe sont destinées à l’Europe, au Canada et à la Russie. 150 000 tonnes de tomates par an passent par la plateforme logistique du groupe, sans parler des autres fruits et légumes. 
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 Le groupe ne manque pas de travail à longueur d’année, et pourtant les ouvrier(e)s sont dans une précarité constante ( pas d’embauche). 
  L’entreprise ne respecte pas le droit du travail, des ouvrier(e)s ne sont pas inscrits auprès des caisses sociales(CNSS). Le harcèlement sexuel est le traitement réservé aux ouvrières. Des accidents de travail sont en augmentation sans cesse. Un bureau syndical attaché à la CDT (la Confédération Démocratique de Travail) s’est constitué. Le patron français en l’occurrence, monsieur Patrick PUECH, a licencié (exclu) les ouvriers fondateurs du bureau ainsi que ses membres. 

Les ouvriers ont protesté contre cette décision et ont organisé des manifestations et sit in. La justice marocaine au service du patronat a condamné, en première instance, les ouvriers selon l’article 288 du droit pénal qui criminalise le droit à la grève et a exercé des poursuites contre les syndicalistes. Il faudrait rappeler que Soprofel Idyl a licencié plus de 2000 ouvrier(e)s depuis 2008, sans dédommagement ni indemnité ou alors avec de vraies miettes 500DH ( 47€). 

L’accord du comité de conciliation stipule :
 - Le retour à l’emploi des licenciés,
 -Le rattachement syndical de trois ouvriers.

 Seulement 9 ouvriers sur 30 ont retrouvé leur poste, les autres seraient indemnisés 3000DH (285€) l’année de travail. Après de multiples et vaines démarches auprès de la direction du groupe et des autorités locales et régionales, pour application des termes de l’accord, les ouvriers par le biais de leur syndicat ont adressé des correspondances aux responsables pour les informer de leur action de lutte.

 Monsieur Abdellah RAHMOUN, secrétaire général de la centrale syndicale CDT à AGADIR, ignore complètement leur dossier. Les patrons français et marocains trouvent qu’à « Souss-Massa il y a trop de grèves dans les exploitations agricoles » titre le journal l’économiste. «Les syndicats ne contrôlent pas vraiment leurs troupes» ajoute le journal. Et le responsable syndical à Agadir, monsieur RAHMOUN, est-il à l’écoute des patrons ou des ouvriers ? 

Six ouvriers ont alors décidé d’entamer la grève de la faim le 26 avril 2012 devant le siège du groupe dans des tentes de misère.
 Ils réclament la satisfaction de leurs revendications : -indemnités de licenciement et dommages et intérêts de licenciement abusif depuis trois ans. 
- Rayer leurs noms de la liste noire dont disposent les entreprises de la région et leur permettre de trouver du travail dans d’autres unités de production.
 Les six ouvriers en grève de la faim sous leur tente de misère devant le siège de l’entreprise, sont menacés de poursuite judiciaire. L'huissier s’est rendu sur place pour menacer les grévistes, faire appliquer les termes des jugements à l’encontre de Abdelhadi EL AZAOUI, condamné à une amende de 15000 DH et menacer deux autres dans une affaire de piquets de grève. L’huissier faisait l’émissaire du patron, il a proposé à l’ouvrier en grève de la faim, monsieur Abdelhadi EL AZAOUI de quitter les lieux et de se désolidariser de ses camarades, seule condition d’arrêt des poursuites. Deux de ses camarades sont menacés également menacés de poursuite. La centrale syndicale CDT, à qui appartiennent les grévistes de la faim, ne traite pas leur dossier et ne s’intéresse pas à leur combat. Les ouvriers du groupe français, Soprofel Idyl, producteur au Maroc, considèrent que la direction de leur syndicat est complice avec le patronat et l’État marocain contre leurs intérêts. Ils sont sans défense et ne peuvent plus compter sur leur syndicat. Ils considèrent que le patronat et l’Etat sont les deux faces de la même pièce. Il faut signaler que le code de travail est en la faveur des patrons et qu’aucune convention n’a vu le jour dans le secteur pour cadrer l’exploitation et l’emploi des ouvriers agricoles. 
NDLR SOLIDMAR :

vendredi 3 février 2012

Maroc : les immolés oubliés

D'apparence calme, la jeunesse marocaine est, elle aussi, traversée par un profond mal-être. Enquête.

Par , Le Point 26/1/2012

Le jeune Abdelwahab Zeidoun, diplômé marocain au chômage, s'est immolé par le feu après que les autorités ont refusé de lui accorder un emploi dans la fonction publique.
Le jeune Abdelwahab Zeidoun, diplômé marocain au chômage, s'est immolé par le feu après que les autorités ont refusé de lui accorder un emploi dans la fonction publique. © Mustapha Houbais / AFP 

Il s'appelait Abdelwahab Zeidoun. Titulaire d'un master en documentation de l'université de Fès, dans le centre du Maroc, il participait depuis deux semaines à un sit-in dans une annexe du ministère de l'Éducation à Rabat. Face au refus des autorités de lui accorder un emploi dans la fonction publique, le jeune chômeur s'est aspergé d'essence mercredi dernier, avant de s'immoler par le feu. Atteint de brûlures au deuxième degré, Abdelwahab Zeidoun a succombé mardi à ses blessures.
Plus d'un an après la mort, dans des circonstances étonnamment semblables, de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, en Tunisie, le Maroc est-il à son tour en train de vivre les prémices de son Printemps arabe ? "Le cas malheureux d'Abdelwahab Zeidoun n'est pas un fait nouveau au Maroc", explique Zineb el-Rhazoui, journaliste et militante du Mouvement démocratique et civil du 20 février. "Des Marocains ont commencé à s'immoler bien avant la révolution tunisienne de janvier 2011." Depuis la révolte populaire du 20 février 2011, au moins quinze personnes auraient utilisé le feu pour mettre fin à leurs jours.
"Le contexte marocain est différent de son voisin tunisien", souligne Pierre Vermeren*, historien du Maghreb contemporain à l'université Paris I. "Ce phénomène social récurrent ne devrait pas aboutir à un bouleversement du pays." Pour ce spécialiste du Maroc, cet acte désespéré souligne toutefois l'impact considérable de la crise économique au Maroc. Ils sont ainsi des centaines de "diplômés chômeurs" à battre le pavé chaque semaine devant les édifices publics de Rabat pour réclamer un travail dans l'administration, promis par l'État.
Le Maroc n'échappe pas à la crise
Officiellement fixé à 9,1 %, le taux de chômage cache en réalité des chiffres beaucoup plus alarmants : selon l'agence marocaine pour l'emploi, 27 % des diplômes de l'université sont sans travail, tandis que 40 000 d'entre eux arrivent chaque année sur le marché. D'après l'économiste Azeddine Akesbi, interrogé par l'AFP, sur les quelque 350 000 demandeurs d'emploi annuels au Maroc, la moitié n'a jamais travaillé. "Au-delà des chiffres officiels du chômage, il existe au Maroc toute une génération de nouveaux pauvres, assure Zineb el-Rhazoui. Ces diplômés à bac + 4 et + 5 passent leur journée à répondre au téléphone, dans les services clients français décentralisés au Maroc, avec un salaire ne dépassant pas les 250 euros par mois.
Cette même somme est versée aux 6 000 Marocains qui travaillent dans la nouvelle usine flambant neuve Renault-Nissan, ouverte début janvier à Tanger. Selon la militante, la clé du problème se situerait dans "la gestion de l'économie nationale marocaine, totalement bradée et aliénée aux intérêts étrangers". "Il faut aussi poser la question de la juste redistribution des richesses", souligne, de son côté, Jean Zaganiaris, enseignant-chercheur au Centre d'études et de recherches sur l'Afrique et la Méditerranée (Ceram) à Rabat. "Le Maroc est un pays où les écarts entre les gens très riches et très pauvres sont immenses : c'est à ce niveau qu'il s'agit d'opérer des réajustements et d'accompagner les emplois de salaires décents."
Pour contenir le mécontentement social, l'État a bien tenté de soutenir les prix des produits de base en consentant à un déficit budgétaire important, mais le fléau semble trouver son origine ailleurs. "La crise économique en Europe a des conséquences directes au Maroc, affirme Pierre Vermeren. Cela fait vingt ans que le pays bénéficie des ressources financières des travailleurs marocains à l'étranger. Or les flux migratoires sont désormais inversés." En deux ans, ce sont ainsi plus de 300 000 immigrés marocains qui se sont vus dans l'obligation de rentrer d'Espagne. La situation des travailleurs en Italie, en France ou aux Pays-Bas est à peine plus enviable.
"Gouvernement de l'ombre"
En colère sur les paliers de l'administration, les nouveaux diplômés l'étaient également dans les rues du pays, dès le 20 février dernier, pour réclamer de profondes réformes socio-politiques. Après une modification a minima de la Constitution en juillet ainsi que la tenue d'élections législatives anticipées en novembre, tous les espoirs se fondent désormais sur les islamistes du Parti justice et développement (PJD), grands vainqueurs du scrutin, qui ont fait de la justice sociale et de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. "Le PJD dispose d'une large confiance, car c'est un parti neuf qui bénéficie de sa virginité politique", analyse Jean-Noël Férié, directeur de recherche au CNRS à Rabat.
"Le PJD a entériné un faux processus de réformes, car il ne joue qu'un rôle de figuration, rétorque Zineb el-Rhazoui. Sa condition pour accéder au pouvoir était d'accepter un gouvernement de l'ombre." Créé à la fin des années 1990, ce parti islamiste est entré dans l'opposition politique, à la condition de reconnaître le rôle de "commandeur des croyants" du roi. De fait, il ne remet pas en cause la monarchie, comme la totalité des partis autorisés au Maroc. Lors de la nomination du cabinet ministériel, le 4 janvier dernier, le parti islamiste n'a obtenu que 12 ministères sur 30, dont ceux des Affaires étrangères et de la Justice. Le ministère de l'Intérieur, l'armée et la police sont restés, quant à eux, aux mains des proches du souverain. "Il existe un autre pôle de pouvoir que le gouvernement au niveau du palais royal, reconnaît Pierre Vermeren. Ces conseillers du roi ont un rôle très important dans tous les domaines, notamment dans la gestion des affaires économiques du pays."
Mais à la différence de la Tunisie, où le pouvoir était concentré entre les mains de Ben Ali et de son clan, le makhzen (régime) marocain renferme un système de classe dirigeante beaucoup plus complexe. Au-delà de Mohammed VI figurent de grandes familles puissantes, des intérêts économiques et des forces armées, disposant de relais et d'institutions structurées dans tout le pays. "Le rôle du roi à la tête de l'État fait consensus au Maroc, rappelle Jean-Noël Férié. Les revendications sociales n'ont rien à voir avec la remise en cause de la monarchie." Celle-ci n'en tolère pas moins les critiques. Plusieurs journaux ont été récemment fermés. Des journalistes ont été arrêtés.
"Le mur de la peur est tombé", prévient Zineb el-Rhazoui. "Si les Marocains ne peuvent pas s'exprimer dans les médias, ils disent ce qu'ils pensent du roi dans les réseaux sociaux et la rue." La militante donne d'ores et déjà rendez-vous à son peuple les 19 et 20 février prochains, dates d'une grande manifestation et d'une journée de grève générale, en commémoration de la première révolte.
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*Auteur du livre Le Maroc de Mohammed VI : la transition inachevée (La Découverte-Poche)

mercredi 25 janvier 2012

Maroc: Abdelwahab Zeidoun عبد الوهاب زيدون

Par Salah Elayoubi, 24/1/2012
Abdelouahab Zeidoun, un des diplômés chômeurs qui s'étaient immolés mercredi dernier est décédé.
Encore une fois, les autorités marocaines démontrent par l'absurde, le peu de cas qu'elles font de la vie de nos compatriotes.
Pour qui connait la pauvreté des équipements de nos hôpitaux, la qualité des soins et du personnel para-médical, comprend qu'à plus ou moins brève échéance, un grand brûlé est condamné, à moins d'un transfert vers un hôpital spécialisé.
Paix à l'âme du défunt !
Condoléances à sa famille !
La lutte continue, jusqu'à la chute de l'absolutisme et l'instauration d'une véritable démocratie !
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 Décès d’Abdelouahab Zeidoun, l’un des immolés par le feu de Rabat
par demainonline, 24/1/2012
Rabat.- Abdelouahab Zeidoun, le diplômé chômeur qui s’était immolé, mercredi dernier à proximité d’un bâtiment du ministère de l’éducation nationale à Rabat, est décédé.

Ce mercredi 18 janvier, quatre jeunes hommes, âgés d’entre 25 à 28 ans, manifestaient pacifiquement contre le chômage depuis le 5 janvier quand pour une raison inconnue, certaines sources, comme l’ex-capitaine Mustapha Adib qui a approché les victimes, parlent de « provocation policière« , ils ont décidé de s’asperger d’essence et de mettre le feu à leurs corps.
Cette scène insoutenable a été filmée par leurs amis et retransmise quasi en direct partout dans le monde. Dans une vidéo diffusée par Demain on voit un jeune homme dont le corps est détruit par le feu hurler de douleur et de résignation « La ilaha illa allah » (il n’y a de dieu qu’Allah).
Ce jeune homme ressemble à s’y méprendre à Abdelouahab Zeidoun.
Jusqu’à aujourd’hui, on croyait que les brûlures dont souffraient ces jeunes hommes étaient certes graves mais pas au point de provoquer la mort. On avait tort. Abdelouahab Zeidoun rejoint la longue liste des martyrs pour une vie meilleure dans un pays où la monarchie et les rapaces qui l’entourent engloutissent annuellement pour leurs « frais » une partie non négligeable du budget de l’Etat. Au lieu de servir le Maroc, la monarchie se sert du Maroc.
Au Maroc, selon les derniers chiffres, près d’un tiers des jeunes Marocains est au chômage et un quart de la population est frappé par la pauvreté.
Vendredi dernier, une bonne centaine de manifestants ont menacé de commettre un « suicide collectif » s’ils n’étaient pas embauchés. Ils l’ont fait à proximité de Benguerir, la ville natale du conseiller royal Fouad Ali El Himma (et capitale de sa formation politique le PAM, Parti de l’authenticité et de la modernité), où l’indice de pauvreté est considéré comme l’un des plus élevés au Maroc. Ces jeunes visaient en fait l’Office chérifien des phosphates (OCP), le mastodonte mondial des phosphates dirigé par Mostapha Terrab, ex-protégé d’André Azoulay et homme du sérail sultanien.
La même scène de suicide collectif s’est répétée à Nador, dans le Rif, où l’animosité envers le régime est très forte.

La dernière chanson chantée par Abdelwahab: Pourquoi cette injustice, pourquoi cette humiliation ?
Mon cœur s'est attristé et ma langue est devenue impuissante à parler
Quand je voulais m'exprimer sur la tragédie de cet être