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mardi 28 septembre 2010

Ressources naturelles d'Amérique latine et des Caraïbes :Le dernier piège de la Banque Mondiale

 par Raúl Zibechi, 25/9/2010. Traduit par  Estelle & Carlos Debiasi, édité par  Armando García
Il ne sera pas simple de sortir de l’extractivisme. On n'y arrivera jamais sans un profond débat qui anticipe la confrontation indispensable avec un modèle prédateur. Ce n’est pas que le récent rapport de la Banque Mondiale (BM), "Les ressources naturelles de l’Amérique latine et des Caraïbes : au-delà de la prospérité et de la crise ?" n’apporte rien d’intéressant, mais qu'il est plutôt une plaisanterie de mauvais goût.


La diffusion du récent rapport de la Banque Mondiale (BM), "Les ressources naturelles de l’Amérique latine et des Caraïbes : au-delà de la prospérité et de la crise ? " (le 13 septembre 2010) [texte en espagnol] pourrait contribuer au débat urgent et nécessaire sur les stratégies les plus adaptées pour sortir de la pauvreté et de la dépendance, affronter les problèmes sociaux et environnementaux que l’extractivisme génère, et profiter d’une articulation favorable pour conduire le continent vers une rupture avec le néolibéralisme. Ce n’est pas que le rapport de la BM n’apporte rien d’intéressant, mais qu'il est plutôt une plaisanterie de mauvais goût. Beaucoup de gouvernements de la région, y compris les soi-disant « progressistes », paraissent cependant être d’accord avec certaines de ses conclusions les plus néfastes. La vice-présidente de la BM pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Pamela Cox, préface le rapport en disant que les pays de la région « sont devenus parmi les plus prospères du monde grâce à la production de métaux précieux, de sucre, de caoutchouc, de grains, de café, de cuivre et de pétrole ». Elle nie que l’exploitation des ressources naturelles ait été une malédiction pour la région, et croit, vu les prix élevés du marché, que les perspectives à court terme sont « flatteuses ». Le rapport lui-même assure que « les exportations de biens du secteur primaire ont toujours activé les économies de la région en remplissant les coffres des gouvernements », et que l’Amérique latine « peut tirer des bénéfices significatifs, étant la mine et le grenier » des économies centrales. Bien sûr, il ne prend pas en compte le fait que les bénéficiaires principaux aient été les grandes multinationales et les pays du nord -jamais les exportateurs de matières premières. L’objectif monétariste de la BM l'amène à proposer que les « bénéfices extraordinaires » obtenus par les exportations de minerais, d’hydrocarbures et de produits agricoles -dont les prix restent très élevés sur les marchés globaux- soient utilisés pour réaliser une économie « à utiliser ensuite pour stabiliser la dépense de ces biens en temps de crise », comme le soutient le rapport signé notamment par Augusto de la Torre, économiste en chef de la banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Il condamne les nationalisations des entreprises qui exploitent des ressources naturelles, et consacre une partie substantielle de ses conclusions à indiquer les chemins les plus adaptés pour « éviter ou minimiser les impacts sociaux et les conflits associés aux industries d’extraction ». De cette façon, le principal think tank néolibéral estime que c’est précisément le prix international élevé des commodities qui permet à la région de traverser la crise mondiale avec succès -et non son éloignement croissant avec les recettes de la BM elle-même et du FMI [Front Monétaire International]. La forte dépendance des exportations de matières premières que supposent 24 % des revenus fiscaux en moyenne dans la région -avec des cas atteignant 49 %- est un sujet de profonde inquiétude. On ne discute même pas de la détérioration des termes d’échange, ni de la différenciation des exportations, de l’industrialisation et de la souveraineté alimentaire, des questions stratégiques escamotées sous la vague d’exportations de produits du secteur primaire qui surexploitent les biens communs tels que l'eau. Ce n’est pas la première fois que la BM fait de faux pronostics, et qu’elle se lave les mains par la suite quand arrivent les résultats désastreux. Vers le milieu des années 90, la BM faisait la promotion de la privatisation des retraites arguant que le vieillissement de la population mènerait le système public à la faillite. Selon un rapport récent du quotidien El País, le Cercle d’Entrepreneurs de l’Espagne, s’appuyant sur les analyses de la BM, assurait en 1996 que le système public de retraite connaîtrait un déficit de 10 % du PIB pour l’année 2000 -quand il accumule en réalité une épargne équivalente à 6% du PIB et que les retraites privées sont au bord de la faillite (El Pais, 19/9/10). Il y a en effet, aux États-Unis, 31 États qui peuvent tomber à court d'argent pour le paiement des retraites privées, tandis qu’au Royaume-Uni celles-ci ont perdu 37 % de leur valeur. En Amérique latine, les voix appelant à un débat de fond sur l’intensification de l’exploitation naturelle continuent à être minoritaires et -ce qui est pire- ne sont habituellement pas écoutées dans les sphères officielles. Ni même dans les gouvernements qui se proclament opposés au capitalisme. Dans la campagne électorale vénézuélienne pour le renouvellement de l’Assemblée Nationale à la date du dimanche 26 [septembre 2010], la droite a réussi à polariser le débat en posant la question de la sécurité en ville. Les diverses gauches n'arrivent cependant pas à remettre en question un modèle de développement toujours dépendant de l’exportation pétrolière -situation inchangée depuis l'arrivée d'Hugo Chavez à la présidence, en 1999. C’est sur ce point que l’inertie rapproche les faits concrets des tricheries de la BM. Tandis que le capital mondial élabore des propositions pour approfondir le modèle, les propositions alternatives continuent à ne pas être écoutées. Elles comprennent néanmoins un vaste éventail : depuis le néo-développementisme jusqu’au sumak kawsay ou le Bien Vivre estampillé dans les constitutions de l’Équateur et de la Bolivie. L’économiste Jorge Katz, qui s’inscrit dans la première tendance, vient de dénoncer, au congrès annuel de l’Association d’Économie pour le Développement de l’Argentine, que le décile le plus riche de son pays a un revenu per capita aussi grand que le même décile dans les pays anglo-saxons -alors que la population à plus petit revenu est 20 fois plus pauvre que les couches les plus pauvres des pays développés. L’actuelle phase du modèle néolibéral, bien que certains préfèrent parler de « post-néolibéralisme » lorsqu'il s’agit de gouvernements progressistes, ne peut que générer une polarisation économique et sociale. Dans ce cas, le progressisme interpose des politiques sociales qui ne peuvent modifier la distribution des revenus, mais qui sont liées à l’exploitation de la nature. Il ne sera pas simple de sortir de l’extractivisme. On n'y arrivera jamais sans un profond débat qui anticipe la confrontation indispensable avec un modèle prédateur.

vendredi 15 mai 2009

À Sri Lanka , les ressources du sous-sol et les considérations géostratégiques importent plus que la vie des Tamouls

Ilménite ? Vous avez dit ilménite ?
Une interview de Nirjai David
par Zeit-Fragen. Traduit par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice
Original :
Sri Lanka – Bodenschätze und geostrategische Lage sind wichtiger als der Schutz des Lebens der Tamilen
Nirjai David est journaliste depuis 20 ans et connaît parfaitement la situation à Sri Lanka. Ses explications offrent une vision intéressante du conflit que connaît le Sri Lanka depuis plusieurs décennies, des faits sur lesquels on ne peut pas faire l’impasse.. Si nous suivons son analyse, il est évident que les conflit sri-lankais met en jeu des intérêts économiques et stratégiques. Ces jeux d’intérêts devraient pouvoir faire pièce aux obligations qu’imposent la Déclaration universelle des Droits humains et le Droit humanitaire international. Ces traités ont été signés par la majorité des États afin d’établir des règles permettant aux peuples de vivre en paix et d’éviter les conflits.

Extrait :
Lorsqu’on parle de Sri Lanka, le port naturel de Trincomalee, à l’Est de l’île, revient sans cesse. Quelle importance a-t-il pour les grandes puissances ?

Il s’agit à nouveau des ressources dont dispose Sri Lanka en plein cœur de l’océan Indien. Prenons ce port de Trincomalee, dans la région orientale du Sri Lanka. C’est un port naturel de 8 km de diamètre. Ce port peut offrir un abri sûr à un très grand nombre de navires. On ne peut pas les voir de l’extérieur, car le port de Trincomalee compte un très grand nombre de presqu’îles. Il est donc parfait pour y dissimuler des bateaux ; un grand nombre de navires de guerre peuvent y mouiller. Même les sous-marins nucléaires en charge y sont à l’abri. 110 réservoirs y sont également en sécurité. Chacun contient 10 000 tonnes de pétrole. Ils ont été installés là par les Britanniques lorsque ceux-ci occupaient l’île. Le port a été utilisé par les forces britanniques jusqu’en 1967. Puis l’armée sri-lankaise y a installé sa base, et c’est resté en l’état jusqu’à maintenant. Trincomalee se trouve sur les terres ancestrales du Tamil Îlam, mais l’occupation sri lankaise progresse dans cette région. Pour des raisons géostratégiques les USA, la Chine et L’inde s’intéressent à ce port.



Bloc d'ilménite


Un minerai rare utilisé dans l’industrie informatique


Il est intéressant que vous comptiez le Japon au nombre des pays intéressés par Sri Lanka. Pourquoi est-ce le cas?


Le Japon en est venu à s’intéresser lui aussi à Sri Lanka parce que la partie orientale des terres ancestrales tamoules abrite un village du nom de Pulmoddai. Et Pulmoddai2 est très connu à cause d’un minerai nommé ilménite, ainsi que diverses autres richesses. [L’ilménite est un oxyde minéral de fer et de titane, de formule chimique FeTiO3, NDR]. Le début de la mousson du nord-ouest renouvelle les ressources disponibles à Pulmoddai chaque année ; les réserves sont évaluées à 25 ans pour une extraction annuelle de 150 000 tonnes. À Pulmoddai on trouve 4 millions de tonne de sables à forte teneur en minerai. Ces sédiments sont parmi les plus connus au monde, surtout en raison de leur teneur élevée en minerai, 60 à 70%. Le Japon fait partie de ceux qui utilisent les ressources de Pulmoddai. L’ilménite est utilisée dans la fabrication des micropuces. Voilà pourquoi le Japon s’intéresse tant à Sri Lanka. Pulmoddai est situé entre Mullativu et Trincomalee, à l’Est de Sri Lanka, en territoire tamoul. Un jour, un navire japonais a été attaqué alors qu’il transportait de l’ilménite de Pulmoddai. Dans les semaines qui ont suivi, Yasushi Akashi, l’envoyé spécial japonais s’est précipité à Killinochi et a négocié avec les LTTE. Il s’intéressait beaucoup à l’ilménite, parce qu’ils en avaient besoin pour les micropuces produites au Japon. Et donc il a négocié avec les LTTE la possibilité d’exploiter ce minerai.Les Japonais ont effectué plusieurs visites, après quoi les navires n’ont plus été attaqués. Cela explique pourquoi le Japon est impliqué dans le processus de paix. Et maintenant que les LTTE ont été repoussés loin des lieux d’extraction de l’ilménite, ce même Yasushi Akashi vient à Sri Lanka et séjourne à Colombo où il félicite le gouvernement sri-lankais de sa magnifique victoire sur le LTTE.

Alors c’est la même chose qu’au Congo, où est extrait le coltan, un minerai rare utilisé pour les portables.


À Sri Lanka l’ilménite fait partie des matières premières importantes qui retiennent l’attention des puissances industrielles et en conséquence détermine leur attitude politique- ici, celle du Japon.

Lire ici

mardi 7 avril 2009

Catatumbo Barí, Colombie


Colombie, Nord de Santander
La région de Catatumbo est composée de neuf municipalités qui sont baignées par les eaux du fleuve Catatumbo
Dans cette région se trouvent le parc naturel Catatumbo Bari
dont la superficie est de 158.125 hectares
et la réserve forestière Serranía des Motilones
avec une superficie de 552.691 hectares
Le Catatumbo est considéré comme le territoire ancestral indigène
et 23 communautés de l’ethnie Motilon Bari y sont installées
de même que près de 200.00 paysans qui vivent de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage.
Ses nombreuses sources, sa biodiversité,
ses ressources minérales comme le charbon et le pétrole
la fertilité de ses sols et sa position frontalière avec le Venezuela
font du Catatumbo une zone géostratégique sur le continent.
Le 29 mai 1999, les paramilitaires s’installent dans la région,
Le Catatumbo se transforme en zone d’opérations du « Bloc Catatumbo » dirigé par Salvatore Mancuso
et le « Bloc Nord » sous la direction de « Jorge 40 ».
Le Bloc Catatumbo a été démobilisé le 10 décembre 2004,
Le 8 et le 10 mars 2006, ce fut au tour du Bloc Nord.
Au total 6185 paramilitaires seront réinsérés,
4740 armes
et 2212 grenades seront remises.
La violence paramilitaire a fait plus de 10.000 morts,
plus de 600 disparus, plus de 100.000 déplacés.
Nous étions là-bas lorsque les „Paras » sont entrés, ils ont pris 17 personnes
et les ont pendus à des crochets de bouchers
ils les ont pris, les ont égorgés et les ont pendus là-bas,
des gens innocents dont nous savons qu’ils n’ont rien fait.
Le réarmement des groupes paramilitaires des supposés avoir été démobilisés
connus maintenant sous le nom d’ « Aigles noirs » dans les centres urbains de la région du Catatumbo,
montre leur intention de se réapproprier la zone par la violence et la barbarie.
La politique de « Sécurité démocratique » a permis la militarisation du territoire avec plus de 10.000 soldats.
Ce qui est paradoxal c‘est que c’est ainsi que la présence militaire s’est amplifiée,
que les exécutions extrajudiciaires des paysans de la part de l’armée ont augmenté.
Depuis juillet 2006 66 paysans présentés comme subversifs ont été exécutés. et présentés comme des pertes de la subversion.
Les besoins de base insatisfaits de la population, ajoutés à l’abandon de l’État,
ont amené les paysans à envisager comme alternative de subsistance,
la plantation de cultures illicites comme la coca.
Sous prétexte de la lutte antinarcotique des milliers d’hectares ont été fumigés,
ceux de le réserve forestière et du parc naturel où les indigènes et les paysans sont installés.
Le désherbant Glyphosate a contaminé les sources,
le déplacement et la mort d’espèces endémiques,
les maladies chez les hommes et les animaux,
la perte des récoltes des produits alimentaires principaux et l’empoisonnement des sols,
restés improductifs pendant 7 ans,
limitant ainsi les possibilités de se nourrir de la population.
On estime que dans le Catatumbo il y a une réserve de charbon
supérieure à celle du Cerrejón dans le département de la Guajira.
Le charbon est le combustible fossile qui dégage le plus de dioxyde de carbone,
le premier gaz responsable du réchauffement de la planète.
8 entreprises, deux canadiennes, une mexicaine et 5 soi-disant colombiennes
prétendent implanter des activités d’exploration et d’exploitation à ciel ouvert,
dans une zone de plus de 25.000 hectares
sur les communes de Convención, Teorema, Tibu et El Tarra.
Une des entreprises, Geofisin EU, qui a des intérêts dans le hameau Caño Mariela,
veut extraire 60.000 tonnes pendant la première année,
pour parvenir à 790.000 tonnes de charbon à la fin de la cinquième année.
l’extraction de chaque tonne de charbon dégage 6 tonnes de déchets
et 5 tonnes de végétation détruites.
Dans les mines de charbon à ciel ouvert on utilise de la dynamite et tout vole aux alentours
et il reste un énorme trou à découvert,
ce procédé implique l’utilisation de grandes quantités d’eau,
une fois que le trou est fait, le charbon reste à découvert
et il est nécessaire de le mouiller pour éviter qu’il brûle.
l’exploitation de charbon à ciel ouvert que l’on veut réaliser au Catatumbo
est sur un territoire ancestral où les indigènes et les paysans résistent et persistent
pour le respect de la vie, de la nature, du territoire et de la culture.
Nous insistons et avons toujours dit: Catatumbo existe et résiste et nous restons ici.

BONJOUR PAYSAN BONJOUR
OÙ QUE TU VEUILLES ALLER, C’EST ICI
MON SALUT ET MON SOUHAIT QUE LA VIE
TE DONNE TOUT CE QUE TU ME DONNES
BONJOUR PAYSAN ET PAYSANNE
PETITES FLEURS QUE JE PORTE DANS MON COEUR
AVEC ORGUEIL, AVEC AFFECTION ET AVEC RESPECT
CAR L’ON M’A TOUT DONNÉ
CAR L’ON M’A TOUT DONNÉ, POUR QUE J’EN FASSE UNE CHANSON


Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

dimanche 11 janvier 2009

Dans Gaza, il y a...gaz !

Guerre et gaz naturel : Invasion israélienne et gisements gaziers au large de Gaza
par Michel CHOSSUDOVSKY, 8/1/2009. Traduit par Pétrus Lombard, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : War and Natural Gas: The Israeli Invasion and Gaza's Offshore Gas Fields

L'invasion militaire de la Bande de Gaza par les forces israéliennes, est en relation directe avec le contrôle et la possession de réserves stratégiques de gaz offshore.
Il s'agit d'une guerre de conquête. Découvertes en 2000, d’immenses réserves de gaz gisent au large de la côte de Gaza.


Des droits d’exploitation gazière et pétrolière de 25 ans, signés en novembre 1999 avec l'Autorité Palestinienne (PA), ont été accordés à British Gas (BG Group) et à son partenaire d’Athènes, Consolidated Contractors International Company (CCC), propriété des familles libanaises Sabbagh et Koury.


Les droits sur le gaz offshore se montent respectivement à 60 pour cent pour BG, 30 pour cent pour CCC, et 10 pour cent pour le Fonds d'investissement de l'Autorité Palestinienne (Haaretz, 21 octobre 2007).


L’accord PA-BG-CCC inclut l’exploitation des gisements et la construction d'un gazoduc. (Middle East Economic Digest, 5 janvier 2001).


La licence de BG couvre la totalité de la zone maritime au large de Gaza, laquelle est contiguë à plusieurs installations gazières offshore israéliennes. (Voir la carte ci-dessous). Il convient de noter que 60 pour cent des réserves gazières le long de la côte de Gaza et d’Israël appartiennent à la Palestine.


BG Group a foré deux puits en 2000 : Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. British Gas estime que les réserves sont de l'ordre de 1,4 billions de pieds cubes (plus de 39 milliards de m3), évaluées à environ 4 milliards de dollars. Ce sont les chiffres publiés par British Gas. La taille des réserves de gaz palestiniennes pourraient être bien plus importantes.



Carte 1



Carte 2

Qui est propriétaire des gisements gaziers


La question de la souveraineté sur les gisements gaziers de Gaza est cruciale. Du point de vue juridique, les réserves de gaz appartiennent à la Palestine.


La mort de Yasser Arafat, l'élection du Hamas au gouvernement et la débâcle de l'Autorité Palestinienne ont permis à Israël d'établir un contrôle de facto sur les réserves de gaz offshore de Gaza.


British Gas (BG Group) a eu à traiter avec le gouvernement de Tel-Aviv. De son côté, le gouvernement du Hamas a été court-circuité en ce qui concerne les droits d'exploration et d’exploitation sur les gisements gaziers.


L'élection du Premier ministre Ariel Sharon en 2001 fut un tournant majeur. La souveraineté de la Palestine sur les gisements de gaz offshore fut contestée à la Cour Suprême israélienne. Sharon déclara sans ambiguïté qu’« Israël n'achèterait jamais de gaz à la Palestine, » laissant entendre que les réserves gazières au large de Gaza appartiennent à Israël.


En 2003, Ariel Sharon opposa son veto à un premier accord, qui aurait permis à British Gas d’alimenter Israël en gaz naturel des réserves offshore de Gaza. (The Independent, 19 août 2003).


La victoire électorale du Hamas en 2006 a favorisé le déclin de l'Autorité Palestinienne, qui est s’est retrouvée confinée à la Cisjordanie, sous le régime fantoche de Mahmoud Abbas.


En 2006, British Gas « a été à deux doigts de signer un accord de pompage de gaz vers l'Égypte. » (Times, 28 mai 2007). Selon des rapports, le Premier Ministre britannique Tony Blair est intervenu pour le compte d'Israël en vue de faire capoter l'accord avec l'Égypte.


L'année suivante, en mai 2007, le cabinet israélien a approuvé une proposition du Premier ministre Ehud Olmert, « d'acheter du gaz à l'Autorité Palestinienne. » Le contrat proposé était de 4 milliards de dollars, avec des bénéfices de l'ordre de 2 milliards de dollars, dont un milliard pour les Palestiniens.


Toutefois, Tel-Aviv n'avait pas l'intention de partager les revenus avec la Palestine. Une équipe de négociateurs israéliens a été constituée par le cabinet israélien pour arriver à un accord avec le BG Group en court-circuitant à la fois le gouvernement du Hamas et l'Autorité Palestinienne :


Les autorités de la défense israélienne veulent que les Palestiniens soient payés en biens et en services, et insistent sur le fait qu’aucun argent ne doit aller au gouvernement contrôlé par le Hamas. (Ibid, souligné par moi, MC.


L'objectif était avant tout de rendre caduc le contrat signé en 1999 sous Yasser Arafat entre BG Group et l'Autorité Palestinienne.


Dans le cadre de l’accord avec BG proposé en 2007, le gaz palestinien des réserves au large de Gaza devait être acheminé par un gazoduc sous-marin vers le port israélien d'Ashkelon, transférant de cette façon le contrôle sur la vente du gaz naturel à Israël.


L'accord a échoué. Les négociations ont été suspendues :



« Meir Dagan, le chef du Mossad, s’est opposé à l'opération pour raison sécuritaire, prétextant que cela pourrait financer le terrorisme » (Gilad Erdan, membre de la Knesset allocution à la Knesset sur « L'intention du Vice-Premier Ministre Ehud Olmert d'acheter du gaz aux Palestiniens alors que le paiement servira le Hamas, », 1er mars 2006, cité dans l’article du général (ER) Moshe Yaalon, Does the Prospective Purchase of British Gas from Gaza's Coastal Waters Threaten Israel's National Security? Jerusalem Center for Public Affairs, octobre 2007)


L'intention d’Israël était d'empêcher que de possibles redevances soient payées aux Palestiniens. En décembre 2007, Le BG Group s’est a retiré des négociations avec Israël, et, en Janvier 2008, il a fermé son bureau en Israël. (site Internet de BG).

Le plan d'invasion à l’étude

Selon des sources militaires israéliennes, le projet d'invasion de Gaza dans le cadre de l'« Opération Plomb Jeté » a été mis en branle en juin 2008 :


Des sources proche de la direction de la Défense ont déclaré que le ministre de la Défense Ehud Barak a chargé les Forces de Défense Israéliennes de se préparer à l'opération il y a plus de six mois [juin ou avant juin], bien qu’Israël ait commencé à négocier un accord de cessez-le-feu avec le Hamas. (Barak Ravid, Operation "Cast Lead": Israeli Air Force strike followed months of planning, 27 décembre 2008).


Ce même mois, les autorités israéliennes ont pris contact avec British Gas, dans le but de reprendre des négociations cruciales sur l'achat du gaz naturel de Gaza :


À la fois le directeur général du Ministère des Finances, Yarom Ariav, et le directeur général du Ministère des Infrastructures Nationales, Hezi Kugler, ont convenu d’informer BG du souhait d'Israël de renouer les pourparlers.


Les sources ont ajouté que BG n'a pas encore officiellement répondu à la demande d'Israël, mais que des cadres de l'entreprise pourraient sans doute aller dans quelques semaines en Israël pour des conversations avec certains fonctionnaires du gouvernement. Globes online-Israel's Business Arena, 23 juin 2008)


La décision d'accélérer les négociations avec British Gas (BG Group) coïncidait chronologiquement avec la planification de l'invasion de Gaza, amorcée en juin. Il semblerait qu’Israël était soucieux de parvenir à une entente avec BG Group avant l'invasion, qui était déjà à un stade avancé de préparation.


Et qui plus est, ces négociations avec British Gas ont été conduites par le gouvernement Ehud Olmert qui savait que l’invasion militaire était à l’étude. Selon toute vraisemblance, un nouvel arrangement politico-territorial « d'après-guerre » a aussi été envisagée par le gouvernement israélien pour la Bande de Gaza.


De fait, les négociations entre British Gas et les responsables israéliens étaient en cours en octobre 2008, 2 à 3 mois avant le début des bombardements du 27 décembre.


En novembre 2008, le Ministère israélien des Finances et le Ministère chargé des Infrastructures Nationales ont ordonné à Israel Electric Corporation (IEC) d’engager des négociations avec British Gas, pour l'achat de gaz naturel provenant de la concession de BG au large de Gaza. (Globes, 13 novembre 2008).



« Yarom Ariav, directeur général du Ministère des Finances, et Hezi Kugler, directeur général du Ministère des Infrastructures Nationales, ont écrit récemment à Amos Lasker, PDG d’IEC, l'informant de la décision du gouvernement de permettre aux négociations d'aller de l'avant, conformément à la proposition cadre approuvée plus tôt cette année.


Il y a quelques semaines, le conseil d’administration d’IEC, dirigé par le président Moti Friedman, a approuvé les principes de la proposition cadre. Les pourparlers avec BG Group commenceront dès que le conseil d’administration approuvera l'exemption d’adjudication. ». (Globes, 13 novembre 2008)

Gaza et la géopolitique de l'énergie

L'occupation militaire de Gaza a pour but de transférer la souveraineté des gisements gaziers à Israël, en violation du droit international.


À quoi pouvons-nous nous attendre suite à l'invasion ?


Quelle est l'intention d'Israël en ce qui concerne le gaz naturel de la Palestine ?


Un nouvel arrangement territorial, avec le stationnement de troupes israéliennes et/ou la présence de « forces de maintien de la paix » ?


La militarisation de la totalité du littoral de Gaza, qui est stratégique pour Israël ?


La confiscation pure et simple des gisements gaziers palestiniens et la déclaration unilatérale de la souveraineté israélienne sur les zones maritimes de la bande de Gaza ?


Si cela devait arriver, les gisements gaziers de Gaza seraient intégrés aux installations offshore d'Israël, qui sont adjacentes. (Voir la carte 1 ci-dessus).


Ces diverses installations offshore sont aussi reliées au couloir de transport énergétique d’Israël, qui va du port d'Eilat, le port maritime terminal de l’oléoduc sur la Mer Rouge, au terminal du pipeline à Ashkelon, puis vers Haïfa au nord, et qui pourrait se rejoindre éventuellement le port turc de Ceyhan grâce à un pipeline israélo-turc en projet.


Ceyhan est le terminal du pipeline Transcaspien Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). « Ce qui est envisagé, c’est de relier le pipeline BTC au pipeline transisraélien Eilat-Ashkelon, aussi connu sous le nom de Tipline dIsraël. » (Voir Michel Chossudovsky, The War on Lebanon and the Battle for Oil, Global Research, 23 juillet 2006).



Carte 3

mercredi 7 janvier 2009

Urgence au Gabon !

Des militants anti-corruption incarcérés
Communiqué de Survie, le 8 janvier 2009
RASSEMBLEMENT à PARIS à 17h30 ce JEUDI 8 JANVIER
4 rue de la Baume 75008 Paris
M° Mirosmenil (ligne 13 ou 9) ou St Philippe du Roule (ligne 9)

Pour avoir dénoncé courageusement la corruption du régime, des militants de la société civile et un journaliste sont emprisonnés depuis une semaine au Gabon. Leur avocat Me Thierry Lévy est quant à lui empêché de prendre son avion afin de se rendre à Libreville.C'est sous le prétexte d’une lettre ouverte adressée à Omar Bongo le 8 décembre dernier qu'ont été retenus en garde-à-vue depuis 7 jours, puis jetés en prison Grégory Gnbwa Mintsa (plaignant dans l'affaire des Biens Mal Acquis d'Omar Bongo et de son entourage en France), Marc Ona Esssangui (coordinateur de la Coalition Publiez Ce Que Vous Payez-Gabon et président de Brainforest) et Georges Mpaga (plaignant contre le neveu du Président Bongo et Procureur de la République accusé devant la "Commission Mains Propres" pour faits de corruption) ainsi que Gaston Asseko Mba, journaliste et directeur technique de Radio Sainte Marie.Les délits invoqués par le Procureur pour justifier ces arrestations sont : - "Détention d'un document en vue de sa diffusion dans un but de propagande" (il s'agit de la Lettre ouverte des Acteurs libres de la société civile gabonaise à Monsieur Omar Bongo Ondimba du 8 décembre 2008, voir www.acteurslibres.org)- "Propagande orale ou écrite en vue de l'incitation à la révolte contre les autorités de l'Etat"Ces incarcérations sont la conséquence directe de l'engagement de ces personnes contre la corruption des autorités gabonaises. « Nous n’acceptons plus de vivre dans le mensonge et la peur » déclaraient ces acteurs dans la lettre ouverte au président gabonais. En France, depuis plusieurs jours, la solidarité s'organise et de nombreux acteurs manifestent leur soutien aux militants gabonais, tout en dénonçant le comportement du régime d'Omar Bongo, et le silence complice de la France.Il est inadmissible que la diplomatie française continue de soutenir, notamment financièrement, des dictatures africaines corrompues, qui répriment leur société civile qui pourtant travaillent à sortir leur pays de l'ornière. La France doit promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance et le respect des droits de l'Homme, et non pas seulement les intérêts économiques de quelques grandes entreprises françaises. Il est temps de mettre un terme au triptyque "Diplomatie, Business et Dictature" (voir sur ce sujet http://survie.org/dossier.html).C’est pourquoi Survie appelle à la libération des militants incarcérés et la diplomatie française à agir dans ce sens à l’occasion d’un rassemblement :
Rassemblement, jeudi 8 janvier 2009 à 17h30
devant l’hôtel particulier à 18 millions d’euros d’Omar Bongo !
4 rue de la Baume 75008 Paris M° Mirosmenil (ligne 13 ou 9) ou St Philippe du roule (ligne 9)

C’est ce magnifique hôtel que des associations avaient saisi "symboliquement" le 10 avril dernier, afin de le restituer aux acteurs de la société civile Bruno Ben (auteur de la lettre ouverte qui dérange le régime gabonais aujourd’hui) et Marc Ona Essangui (Coordinateur de Publiez Ce Que Vous Payez-Gabon) emprisonné aujourd’hui (voir la vidéo de Rue89 sur : http://www.dailymotion.com/video/x5132t_saisie-de-lhtel-particulier-de-la-f_news)


GABON : ARRESTATION DE LEADERS CIVILS DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
Après des heures d’interrogatoire et six jours de détention,
incertitudes sur leur sort



Communiqué de

Paris-Genève, le 6 janvier 2009



Les 30 et 31 décembre 2008, cinq acteurs de la société civile gabonaise ont été arrêtés à Libreville par des agents des services de renseignement et conduits dans les locaux de la police judiciaire de la ville.

L’arrestation, sans fondement légal faute de mandat, de citoyens dont le dénominateur commun est l’engagement sur le thème de la bonne gouvernance et de la transparence financière est contraire à tous les engagements internationaux pris par le Gabon.

- Gregory Ngbwa Mintsa, plaignant dans l’affaire des Biens Mal Acquis initiée en France 51° ;
- Marc Ona Essangui, Coordinateur pour le Gabon de la campagne « Publiez Ce Que Vous Payez » (PCQVP) qui milite pour une gestion transparente des revenus des industries extractives ;
- Georges Mpaga, Président du Réseau des Organisations Libres de la Bonne Gouvernance au Gabon (ROLBG) ;
- Dieudonné Koungou, journaliste au bimensuel privé Tendance Gabon ;
- Gaston Asseko, Directeur technique de la radio Sainte-Marie appartenant à l'Église catholique.

Marc Ona Essangui


Cela fait donc six jours qu’ils sont détenus sans avoir eu la possibilité de s’entretenir avec un avocat et alors même que l’on ne connaît toujours pas la nature des charges retenues à leur encontre. Selon les informations que nous avons reçues de proches des détenus, ils sont incarcérés dans des conditions très préoccupantes.(2)
Le droit à la sûreté personnelle, la liberté d’expression et la liberté d’association constituent des droits fondamentaux de l’individu au sein de toute collectivité organisée. Ces droits sont proclamés par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, adopté en 1966 par l’Assemblée générale des Nations Unies et ratifié par le Gabon. La Constitution gabonaise garantit par ailleurs que nul ne peut être détenu arbitrairement. En outre, la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement son article 8.2 prévoit notamment « le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de soumettre aux organes et institutions de l’État, ainsi qu’aux organismes s’occupant des affaires publiques, des critiques et propositions touchant l’amélioration de leur fonctionnement, et de signaler tout aspect de leur travail qui risque d’entraver ou empêcher la promotion, la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ».

Les organisations signataires réitèrent leur demande de libération immédiate et inconditionnelle de Messieurs Gregory Ngbwa Mintsa, Marc Ona Essangui, Georges Mpaga, Dieudonné Koungou et Gaston Asseko. Elles en appellent à tous les acteurs de la communauté internationale pour que soit mis un terme aux persécutions exercées sur ces personnes. Le seul tort de ces hommes est de réclamer l'application au Gabon des règles de bonne gouvernance édictées par les institutions internationales auxquelles le pays adhère, c’est-à-dire la transparence et la probité dans la gestion des deniers publics.

CONTACTS PRESSE :
Association Sherpa Maître Bourdon (avocat de M. Gregory Ngbwa Mintsa) 06 08 45 55 46 Yann Queinnec 06 13 30 36 57 Maud Perdriel-Vaissière 06 83 87 97 34
Transparence-International (France) Myriam Savy Daniel Lebègue 06 87 88 53 07 Julien Coll 06 72 07 28 65
Publiez Ce Que Vous Payez (France) Michel Roy 06 07 99 34 60
Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) Gaël Grilhot / Karine Appy + 33 1 43 55 25 18
Organisation mondiale contre la torture (OMCT) Delphine Reculeau + 41 22 809 49 39
Amnesty International France Aurélie Chatelard Laure Delattre 01 53 38 65 77 06 76 94 37 05


Notes

1 Plainte déposée devant les juridictions françaises le 2 décembre 2008 contre trois chefs d’Etat, dont Monsieur Omar Bongo Ondimba, Président du Gabon, ainsi que les membres de leur entourage pour recel de détournement de fonds publics.
2 Selon leurs proches, Gregory Ngbwa Mintsa souffre d’œdèmes sur les membres inférieurs. Les autres sont détenus torses nus dans un sous-sol humide. Nous n’avons aucune garantie que Gaston Asseko prend correctement son traitement postopératoire. Les familles peuvent leur apporter à manger sans moyen de savoir si la nourriture arrive à destination.

Lire Meilleurs voeux de Bongo au Gabon: cinq opposants en prison, parDavid Servenay , Rue89, 07/01/2009

vendredi 12 décembre 2008

L'UNICEF ne doit pas cautionner le pillage de l'Afrique

L'association Survie vous invite à interpeller l'UNICEF sur son partenariat scandaleux avec la Compagnie Fruitière, multinationale d'importation de fruits tropicaux.
Les conditions sociales et environnementales dans ses plantations ne doivent pas être cautionnées par l'UNICEF !
Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) fait ces jours-ci la publicité de la Compagnie fruitière, qui commercialise, en Europe, 450 000 tonnes de fruits exotiques sous plusieurs marques comme Dole France ou SCB (rachetée à Bolloré).
Cette multinationale française, basée à Marseille, a en effet signé un partenariat avec l’Unicef jusqu’en juillet 2009 «pour financer un programme de scolarisation de jeunes filles au Sénégal ».En l’échange d’un don (a priori déductible de l’impôt sur les sociétés) de 0,02 euros par kilogramme de fruits vendus, la firme qui se présente volontiers comme une entreprise familiale peut ainsi communiquer autour du slogan : «1 kilo de fruit acheté = 1 sourire pour un enfant en Afrique» avec la caution de l’Unicef.
L'Unicef oublie seulement que bien des enfants du Sénégal, de Côte-d’Ivoire, du Cameroun et du Ghana ont perdu le sourire car leurs parents sont exploités dans les plantations néocoloniales de ce généreux donateur. Ouvriers agricoles sous-payés, conditions de travail inacceptables, discipline de fer, recours à l'appareil répressif local pour étouffer les revendications de la société civile, pratiques agricoles au mépris de l'environnement local et de la santé des travailleurs... sont autant de raisons qui nous poussent à demander à l'Unicef de renoncer publiquement à ce partenariat scandaleux.
Association Survie
http://www.survie.org

jeudi 4 décembre 2008

DAEWOO fait main basse sur Madagascar : la course aux terres agricoles, nouvelle pratique de néocolonialisme

par Vololona R., 3 décembre 2008
Depuis le 19 novembre dernier, l’attention de la presse et de l’opinion publique internationales se focalise sur Madagascar à la suite de l’annonce par un ministre sud-coréen de la signature d’un contrat de ‘location’ de 1,300 millions d’hectares de terrains arables pour 99 ans par une société sud-coréenne, Daewoo Logistics en vue de la culture de maïs et de palmiers. Les détails du contrat révélé par la presse internationale, suite aux déclarations faites par le directeur financier de Daewoo Logistics, Shin Dong-hyun, lundi 17 novembre à la presse sud-coréenne sont préoccupants et sans précédent :
- La surface louée représente l’équivalent de la moitié de la Belgique. Ou encore de la moitié des surfaces cultivables à Madagascar.
- Daewoo plantera du maïs sur 1 million d’hectares dans la zone Ouest et du palmier à huile à l’Est sur 300 000 hectares. Les semences de palmiers seront importées d'Indonésie et du Costa Rica, celle de maïs des Etats-Unis (Le Monde du 20 novembre 2008). La récolte brute sera envoyée en Corée du Sud.
- Les termes du contrat ressembleraient seraient plutôt à ceux d’un projet d’extraction puisque l’accord ne prévoit pas de versement d’argent à l’Etat malgache, les investissements dans les infrastructures nécessaires à la mise en place du projet tiendraient lieu de ‘prix de location’.
- Daewoo Logistics utiliserait essentiellement de la main d’oeuvre sud-africaine selon le Financial Times cité par l’AFP.
Les principaux ministres malgaches concernés ainsi que les représentants de Daewoo à Madagascar « démentent » en insistant sur le fait que le projet en est seulement au stade de prospection de terrains et de négociations. La presse maintient l’existence du projet car la société sud-coréenne aurait effectivement effectué plusieurs missions à Madagascar au cours de l’année 2008.
L’opinion publique malgache, informée par la presse internationale, est particulièrement en alerte car plusieurs grands projets déjà en cours à Madagascar démontrent la réalité de contrats dont les termes conjuguent une exploitation drastique des richesses du pays par les investisseurs étrangers avec des bénéfices insignifiants pour la nation et les populations malgaches. En effet, l’une des particularités des nouveaux contrats établis par rapport aux échanges inégaux qui ont toujours existé entre les investisseurs étrangers et les autorités malgaches successives réside dans la venue et l’utilisation de travailleurs et ouvriers d’origine étrangère en quantité plus que conséquente. Le bénéfice potentiel en termes de créations d’emplois locaux, n’est donc plus avéré. L’autre problème crucial dans la lutte pour la survie des paysans pauvres et des familles malgaches démunies réside actuellement dans le changement du système de propriété foncière, dont nous pourrons parler dans un prochain article.
La recherche de terres cultivables par les grands groupes internationaux dans les pays pauvres du Sud est une tendance rencontrée dans le monde actuellement. Les articles relatifs au projet Daewoo à Madagascar ont souvent cité le cas similaire de l’Angola et rappelé l’alerte déclenchée par le système des nations unies publié dans un rapport du FAO qui avait mis en garde les pays en quête de terres à cultiver à l'étranger contre un système assimilé à du " néocolonialisme ".
Mais le cas malgache serait « le contrat, le plus important de ce type jamais conclu » (Financial Times du 19 novembre) et les conséquences négatives sur les paysans et sur la nation entière d’un tel projet sont inestimables. Comme l’ont noté justement certains observateurs, « même si ce contrat n’a pas été encore signé, en tout cas il est en marche, et ni la surface de 1,3 millions d’hectares, ni la durée de 99 ans et ni la gratuité n’ont été contesté par les autorités malgaches ».
Aussi, le soutien international spontanément provoqué par la divulgation de ce contrat devrait se poursuivre par une mobilisation internationale pour soutenir les paysans malgaches et les organisations locales qui luttent pour la défense de leur patrimoine, en coordination avec les dénonciations de cette tendance mondiale de nouvelle colonisation des terres évoquée par les Nations Unies. Seule cette action pourra empêcher la signature du contrat, si elle n’a pas encore eu lieu, ou fera reculer ceux qui ont osé le signer derrière le dos des citoyens malgaches et au détriment des générations futures.
L'auteure de cet article est une militante associative malgache