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mercredi 2 mars 2016

La vie des jeunes homosexuels en Tunisie : un enfer fait de violence sans fard et d’hypocrisie

par Rim Ben Fraj, 2/3/2016 
 Actualisation du 5/3/2106:
La cour d'Appel a confirmé la condamnation des six jeunes, mais l'a réduite de trois ans à un mois (le temps qu'ils ont passé en détention préventive), assorti de 400 dinars d'amende. Elle a annulé l'interdiction de séjour de 5 ans à Kairouan ainsi que la condamnation de l'un d'eux à six mois de prison pour attentat à la pudeur. La bataille judiciaire n'est pas finie. Prochaine étape : la Cour de Cassation.
Je suis assez âgée pour avoir une idée de la répression contre les dissidents sous la dictature de Ben Ali et après. Jusqu’ici je me croyais bien informée. Mais ce que je suis en train de découvrir dépasse tout ce que je pouvais imaginer. La réalité dans laquelle les jeunes hommes homosexuels essayent de survivre est tout simplement effroyable.
Alors que les jeunes dissidents soumis à la répression pouvaient et peuvent compter sur le soutien société civile, de leur familles, et de leur entourage, les jeunes miboun ou karyouka (deux des innombrables termes péjoratifs pour designer les “ pédés “ en arabe tunisien) sont presque tout seuls pour essayer de se défendre*.
Tout d’abord ils risquent de lourdes peines de prison pour ce que le code pénal appelle “sodomie”. Le sinistre article 230, l’un des plus courts et ramassés du code pénal stipule: “la sodomie (entre adultes consentants) est punie de 3 ans de prison”.

Comme il est difficile de prendre les délinquants en flagrant délit, reste à prouver ce dont on les accuse. La solution s’appelle “ test anal”, en d’autres termes une forme universellement condamnée, dégoûtante et absurde de torture, qui de fait n’apporte pas plus de preuves que les fameux tests de virginité pour les femmes, Des médecins de la santé publique se rendent complices de cette grave violation des droits humains. Les jeunes hommes soumis à ce traitement commencent ainsi un long chemin de croix qui ne peut se comparer qu’aux ordalies médiévales en Europe.

Fils: “Papa, j'ai entendu que, maintenant, les gays ont le droit de se marier aux USA. Mais qu'est-ce que ça veut dire, "gay"?
Dessin d'Andeel, Égypte

Kolonial strafflag används emot homosexuella i Tunisien -
Verkligheten för unga homosexuella män i Tunisien är fasansfull. Medan unga oliktänkande som är utsatta för repression kan räkna med stöd från civilsamhället, står homosexuella nästan alldeles ...
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The lives of young gay men in Tunisia: a hell of undisguised violence and hypocrisy - I am old enough to have an idea of ​​the repression against dissidents during the dictatorship of Ben Ali and after that. Until now I thought I was well informed. But what I am in the process of discovering is beyond anything I could imagine. The ... Read more
Nackte Gewalt und Scheinheiligkeit machen jungen homosexuellen Männern in Tunesien das Leben zur Hölle -
Ich bin alt genug, um mir ein Bild von der Repression Andersdenkender in der Ben Ali-Diktatur und nachher zu machen. Bis jetzt hielt ich mich auch für gut informiert. Aber was ich gerade entdeckt habe, übersteigt meine Vorstellungskapazitä ...
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La vita dei giovani omosessuali in Tunisia: un inferno di violenza nuda e di ipocrisia - Sono abbastanza adulta per avere un'idea di repressione contro i dissidenti durante la dittatura di Ben Ali e dopo. Finora ho creduto di essere ben informata. Ma quello che sto scoprendo è al di là di qualsiasi cosa potessi immaginare. ... Continua a leggere La vida de jóvenes homosexuales en Túnez: un infierno hecho de violencia sin tapujos e hipocresía - Tengo suficiente edad para tener una idea de la represión contra los disidentes durante y después de la dictadura de Ben Ali. Hasta ahora me creía bien informada. Pero lo que estoy descubriendo supera todo lo que yo podía ... Leer más


lundi 14 décembre 2015

Tunisie : 1 an de prison ferme pour les trois artistes Fakhri El Ghezal, Ala Eddine Slim & Atef Maatallah
"Chef, c'est pas des terroristes, késkonfai ?
– Collez-leur "détention de zetla (cannabis)"


Le comité de soutien aux trois artistes Fakhri El Ghezal, Ala Eddine Slim & Atef Maatallah a publié un communiqué dans lequel il explique comment les trois artistes ont été emprisonnés et condamnés sur la base d’accusations infondées de détention de stupéfiants.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_12448.jpg
Jeudi 19 novembre 2015. Ala Eddine Slim et Yosra Nafti, sa femme enceinte de 8 mois, reçoivent Fakhri El Ghezal et Atef Maâtallah à leur domicile. Deux heures plus tard, une quinzaine de policiers armés font une descente dans le domicile et embarquent les quatre amis. Le mardi 8 décembre, Atef, Ala et Fakhri ont été condamnés à un an de prison pour détention de stupéfiants. 

Trois amis artistes, ayant consacré leur vie à leurs pratiques et leurs travaux, grâce à qui le pays s’est retrouvé présenté, distingué et honoré dans les musées, les festivals et les médias les plus prestigieux au monde, aux casiers judiciaires vierges, instaurant et installant, à travers leurs œuvres, des valeurs de liberté, de solidarité et d’humilité, sont soupçonnés de mener des activités terroristes.

Le mandat de perquisition émis par le procureur de la république de Nabeul stipule explicitement les soupçons de la police quant à des activités terroristes au domicile d’Ala Eddine Slim. Les éléments à charge : des individus barbus qui viennent souvent rendre visite au couple. Ce jeudi-là, la police croit avoir les preuves suffisantes. Deux individus arrivent chez Ala et Yosra, l’un d’eux est barbu (Atef) et l’autre transporte un sac « étrange » (Fakhri). C’est à cause de ce sac que le mandat est émis et la descente effectuée. Ce sac contient une caméra Panasonic que Fakhri utilise pour entamer un nouveau projet de film.

La police oriente alors l’affaire non plus vers la mission officielle qui s’est avérée bâties sur des informations erronées, mais vers une affaire de stupéfiants. 

Ala, Fakhri et Atef passent devant le procureur de la république le mercredi 25. Ce dernier les fait passer devant le tribunal de première instance de Nabeul le mardi 1 décembre. Devant le juge, Fakhri, Atef et Ala nient tous trois avoir consommé du cannabis et défendent leur droit constitutionnel de disposer de leur corps et de ne pas s’assujettir au test urinaire. 

Le PV de la police avance des éléments contradictoires et comporte plusieurs éléments de vice de forme. Le juge déclare un non-lieu pour consommation de stupéfiants mais condamne malgré tout Ala Eddine Slim, Fakhri El Ghezal et Atef Maâtallah à un an de prison ferme et une amende de 1000 dinars [=500 €] chacun pour détention de stupéfiants. Ce qu’ils nient fermement.
Ils rejoignent ainsi la dizaine de millier de détenus incarcérés dans les prisons tunisiennes à cause de la Loi 52 du 18 mai 1992. Une loi unique dans le code pénal tunisien : aucune circonstance atténuante envisageable ni possibilité de sursis. Une loi qui utilise des données personnelles et la violation de l’intégrité physique pour l’obtention de soi-disant preuves matérielles. Une loi qui criminalise une substance et fait de son consommateur un délinquant alors que la substance elle-même est moins nocive que la cigarette et l’alcool et qu’elle peut en plus être bénéfique puisqu’elle est transformée en médicaments et prodiguée comme complément de soins pour une dizaine de maladies (dans plus d’une vingtaine de pays de par le monde). 

La cigarette et l’alcool font des dizaines de milliers de morts chaque année dans ce pays alors qu’elles se vendent légalement et que l’Etat encaisse des taxes astronomiques grâce à elles. Le cannabis, qui ne fait absolument aucun mort ni en Tunisie ni de par le monde, remplit les prisons à hauteur du tiers de la population carcérale environ. Les substances qui tuent remplissent les comptes de l’Etat et une substance qui soigne envoie son consommateur au moins un an en prison (la peine étant de un à trois ans). Des institutions carcérales communément considérées par les autorités elles-mêmes comme surpeuplées et globalement considérées par les ONG internationales et les observateurs tunisiens comme extrêmement difficiles à vivre et comme des usines à créer des frustrations sociales et des tentations extrémistes. 

L’application souvent zélée et liberticide de cette loi rétrograde (Adnène Meddeb et Amine Mabrouk ont été condamné à un an de prison pour simple possession d’un paquet de feuilles à rouler) par un Etat se disant « en guerre contre le terrorisme » qui ne sait pas ou ne veut pas savoir que le djihadisme contemporain (type Daech) est né et prolifère en prison est au mieux de l’inconscience d’Etat, au pire de la complicité avec la diffusion de la pensée djihadiste.

Nous ne soutenons pas Atef Maâtallah, Fakhri El Ghezal et Ala Eddine Slim parce qu’ils sont parmi les artistes tunisiens les plus intéressants, talentueux, prometteurs et distingués de leur génération, ni parce qu’ils ont offert à ce pays infiniment plus qu’il ne leur a offert en retour, nous les soutenons car ils sont victimes d’un fiasco policier les prenant pour des terroristes puis justifiant ce fiasco par l’accusation fallacieuse de consommation de cannabis. Nous les soutenons parce que le rapport de police est rempli d’inexactitudes, de contradictions et de pièces ajoutées au dossier par miracle une heure avant l’audience alors que les prévenus étaient incarcérés depuis 19 jours. 

Nous les soutenons car ils sont victimes d’une loi vieille de 23 ans qui remplit les prisons d’innocents pour les transformer en criminels ou en terroristes puis les relâcher pour qu’ils remplissent les rues de violence. Nous les soutenons et soutenons sans exception tous les consommateurs détenus à cause de la Loi 52 car les statistiques officielles fournies par les Etats et les études sérieuses et de longue haleine menées par des scientifiques éminents, prouvent sans l’ombre d’un doute possible aujourd’hui que le cannabis est une substance infiniment moins nocive sur le plan de la santé publique mais aussi de l’équilibre personnel que des dizaines de produits et de médicaments vendus en toute légalité dans les commerces et les pharmacies.

Nous soutenons les milliers et les milliers de victimes de cette loi inique et absurde et demandons que les promesses électorales du parti au pouvoir et du président en exercice soient respectées immédiatement en ce qui concerne la refonte totale par la révision à la baisse de la Loi 52 en bannissant l’incarcération des consommateurs et en concentrant les efforts de l’Etat contre les réseaux, les trafiquants et les barons de la corruption et de la drogue plutôt que contre les simples citoyens qui consomment ce qui se vend à tous les coins de rues.

Tunis, le 12 décembre 2015
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Ala Eddine Slim et une de ses œuvres
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Atef Maatallah et une de ses œuvres
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Fakhri El Ghezal et une de ses œuvres, Otages  (2009)

mardi 1 septembre 2015

“Les jeunes doivent prendre le relais”
Marie-Jo Fressard, animatrice de SOLIDMAR

Marie-Jo Fressard, une enseignante retraitée française qui vit à Gap, dans les
Hautes-Alpes, anime l'association SOLIDMAR 05 de solidarité avec les peuples du Maroc et du Sahara occidental  et le blog solidmar. Créé en mars 2009, ce blog a publié en 6  ans et demi, 10 800 articles et a reçu 3,2 millions de visites. Il est donc devenu un outil indispensable d'information sur le Maroc et le Sahara occidental. Marie-Jo vient en outre de publier un livre relatant son expérience de marraine des deux plus anciens prisonniers politiques marocains. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

Quels sont les objectifs principaux de votre initiative ?
J’étais enseignante. Est-ce pour cette raison que j’ai toujours éprouvé le besoin de “transmettre” ce que moi-même je découvrais ? Des travaux artistiques pour les enfants, des itinéraires de randonnée, et la dénonciation des violations des droits de l’Homme, que ce soit journellement à travers le blog solidmar, ou à travers mon témoignage de parrainage “Marraine des deux plus anciens prisonniers politiques du Maroc”...
http://solidmar.blogspot.com/
Une thématique qu'à ProMosaik nous considérons comme très importante est celle-ci : Maroc : Demande de poursuites contre les Juifs qui vont s’entraîner dans l’armée israélienne
J’ai toujours trouvé anormal que les jeunes, inconscients d’avoir été manipulés, qui s’engagent, en Syrie par exemple, soient culpabilisés et/ou réprimés, même s’ils s’étaient engagés, sincèrement, voire naïvement, par idéalisme pour aider un peuple en souffrance;  alors que de toute évidence, un jeune, marocain ou non, juif ou non, sait pertinemment que ce n’est pas pour aider le peuple palestinien qu’on l’ encourage à rejoindre l’armée israélienne. Celui-ci n’est même pas critiqué. J’estime qu’il est très important  de diffuser ce genre d’information.

vendredi 19 juin 2015

Après l'opération coup de poing de la police italienne à Vintimille: des clichés abstraits, un racisme institutionnel concret

par Annamaria Rivera, 17/6/2015.
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Il fallait s' attendre à ce que, comme toujours en Italie, la phase actuelle des migrations et des exodes - l'état d'urgence (l'emergenza), comme ils disent - soit décrite par les médias avec l'habituel  vocabulaire dégradé (ça oui, il l'est): "bivouac", pour désigner l'immobilisation forcée des réfugiés , chassés de partout, près des gares et autres lieux; «état de siège» pour décrire l'arrivée dans ces lieux de groupes de personnes (enfants compris) éprouvées, traumatisées, abandonnées à leur sort, ou traitées comme des animaux dans une cage ou des poissons d'aquarium (c'est le cas à Milan); «nettoyer» la gare, pour la libérer de ces présences indécentes et donc lui «redonner un peu de décence». Sans oublier le maire Pisapia*, qui laisse même échapper une variante du typique "Si vous les aimez tant, amenez-les chez vous", répondant à une journaliste: «Alors vous allez les héberger chez vous, à Sky? »


jeudi 4 juin 2015

Le journaliste Vitali Didenko, emprisonné à Odessa, a besoin de soutien !

par Альтернативы Alternative, 1/6/2015. Traduit par Marianne Dunlop 
La vague d’épurations qui a déferlé sur Odessa en avril-mai de cette année a emporté avec elle un grand nombre de citoyens qui exprimaient à voix haute leurs opinions. La liste complète des personnes arrêtées n’est pas accessible au commun des mortels, la police ne communique pas sur ce sujet. C’est pourquoi plusieurs semaines après les faits continuent de remonter à la surface des détails choquants des sévices infligés par la junte de Kiev aux dissidents. Une de ces victimes, dont le nom n’apparaissait pas au départ, est un journaliste du site d’opposition « Infocenter », Vitali Didenko.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10442.jpg
En automne 2014, le rédacteur en chef du site « Infocenter » Yevguéni Anokhine a été arrêté soi-disant pour avoir des liens avec des terroristes, c’est-à-dire avec les Républiques de Donetsk et Lougansk. Le SBU (services secrets ukrainiens) a découvert dans son ordinateur une liste de gens pouvant faire l’objet d’un échange entre les républiques populaires et l’Ukraine. Dans la mesure où les organes de police n’avaient rien réussi à trouver de mieux comme motif de son arrestation, ils ont été obligés de jouer les imbéciles et prétendre ignorer qu’un journaliste a le droit de collecter ce genre d’information dans un but professionnel. Au bout du compte, Anokhine a été échangé contre des prisonniers des Forces Armées Ukrainiennes, et, ses papiers d’identité confisqués, livré à la république de Lougansk, où il se trouve à ce jour.
Виталий ДиденкоAprès l’arrestation d’Anokhine, le journaliste Vitali Didenko qui travaillait déjà à « Infocenter » l’a remplacé au poste de rédacteur en chef. Depuis ses années à la fac, Didenko sympathisait avec les idées communistes et avait une bonne connaissance du marxisme. Il s’est opposé au Maïdan, le considérant comme un mouvement réactionnaire et une arme aux mains des puissances impérialistes qui se battent pour le partage des sphères d’influence en Ukraine. Pour la même raison il n’a pas soutenu les nationalistes russes et s’est opposé au régime post-Maïdan à partir d’une plate-forme démocratique ouvrant sur une perspective socialiste. Cependant, son activité en qualité de journaliste d’Infocenter se bornait à une critique du régime instauré en Ukraine d’un point de vue de défense des valeurs démocratiques en général.
Mais comme on sait, le régime instauré en Ukraine considère toute critique à son encontre comme du séparatisme, dès lors qu’elle ne s’appuie pas sur l’idéologie communément admise. Dans la mesure où  « Infocenter » et Vitali Didenko en personne ont toujours rejeté le bandérisme [idéologie fasciste ukrainienne, revendiquant l'héritage du criminel de guerre Stepan Bandera], ils étaient des cibles idéales. Sentant la menace, Didenko avait déjà changé d’adresse à la fin de l’année dernière, et peu avant son arrestation, il avait encore déménagé. Mais le SBU a retrouvé sa trace et, faisant pression sur le propriétaire, a mis son appartement sur écoute (illégale), et à l’aube du 29 avril a débarqué avec un mandat d’arrêt. Didenko a tenté de s’enfuir et s’est jeté du troisième étage. Mal lui en a pris : il s’est cassé un bras et deux côtes, devenant une proie facile pour ses persécuteurs.

mercredi 29 avril 2015

Pourquoi l'Italie ne s'intéresse pas aux Italiens assassinés par des drones US
Sigonella, capitale mondiale de la guerre robotisée

par Antonio Mazzeo, 27/4/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Perché all’Italia non interessa degli italiani assassinati dai droni
Ce sont des victimes collatérales, inconscientes et innocentes, de l'énième acte d'une guerre unilatérale. Il ne s'agit plus d'armées contre armées, mais de robots tueurs contre des hommes, des femmes, des enfants. Le coopérant sicilien Giovanni Lo Porto, honteusement ignoré par la politique avec un grand P, les institutions et l'ensemble du Parlement italien, a été brutalement assassiné au Pakistan dans l'un des innombrables bombardements déclenchés par les essaims de drones US.
 
"Il s'est agi d'une erreur tragique et fatale de nos alliés américains, reconnue par le président Obama, mais la mort de Lo Porto et d'un deuxième otage, l'Américain Warren Weinstein, est de l'entière responsabilité des terroristes, contre lesquels nous confirmons l'engagement de l'Italie" : tel a été le commentaires pour solde de tout compte du ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni. Aucune culpabilité donc des agents de la CIA qui ont ordonné l'attaque, aucune responsabilité politique de ceux qui, à Washington – en violation du droit international - ont encouragé et légitimé l'utilisation de drones, dans une escalade infernale vers la déshumanisation totale des conflits.

vendredi 24 avril 2015

Dénonçons le crime contre l’humanité commis contre les migrants

par Claude Calame, Le Monde, 8/4/2015
English  Exposing the crimes against humanity committed against migrants 
Plus de 3 400 migrants morts en Méditerranée en 2014, 300 dans la seule deuxième semaine de février 2015, tel est le dramatique bilan de la politique de fermeture des frontières menée par l’Union européenne (UE), de Ceuta et Melilla en face de Gibraltar, au fleuve Evros, en Grèce du Nord. La France n’échappe pas à cette politique d’érection de murs opposés à migrantes et migrants. Non pas en Méditerranée, mais à Calais.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10041.jpg
Khalid Albaih, Soudan
Un récent rapport d’Human Rights Watch (HRW) vient de dénoncer les conditions de survie imposées aux quelque 3 000 migrants qui, à Calais et dans le Calaisis, attendent soit une opportunité de passer clandestinement en Angleterre, soit l’incertain résultat d’une demande d’asile déposée en France : au dénuement total dans une situation d’extrême précarité s’ajoutent répression et exactions policières, entre passages à tabac et attaques au gaz lacrymogène.

mercredi 21 mai 2014

Égypte : cris et chuchotements des prisons صوت السجون

6/4/2014
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Egypt: The sound of prison
Traductions disponibles : عربي 
 
Des milliers de personnes ont été incarcérées durant et après les manifestations de ces derniers mois, mais on en sait peu de leurs conditions de détention
Il est 10 heures du matin et les abords de la prison de Tora, au sud du Caire, se remplissent de familles arrivant pour l'heure de visite aux détenus. Des vieilles 504 Peugeot déchargent les passagers, dont les visages sont marqués par la fatigue du voyage. La scène semble être un des visages invisibles du Caire.
Les vendeurs d'oranges et de mandarines font partie de l'économie de la prison, certaines familles d'arrêtant pour acheter des fruits sur leur chemin vers l'intérieur du complexe de la prison. Une fillette qui a l'air d'avoir environ 10 ans porte sur la tête un plateau colossal de kenafeh [pâtisserie feuilletée et trempée dans un sirop, réalisée à base de cheveux d'ange, de fromage, de beurre et de pistaches ou de noix, NdT]. Son frère, plus petit, porte un sac de toile plus grand que lui. Ils s'entretiennent mutuellement dans la file d'attente pour les contrôles de police avant l'entrée dans la prison.
Une heure plus tard, nous sommes lâchés dans une grande salle où les détenus attendent avec impatience l'arrivée de leurs familles. Chacun prend sa famille dans un coin où ils peuvent arracher un moment d'intimité. Une cacophonie de conversations et de disputes familiales crée un paysage sonore carcéral temporaire. Beaucoup de prisonniers sont barbus et leurs parentes entièrement voilées.
Habituellement trois personnes peuvent visiter un prisonnier, mais si une famille arrive avec deux visiteurs, une autre famille peut utiliser le quota disponible. Mais les droits de visite sont à géométrie variable : certains se voient accorder une visite toutes les deux semaines, d'autres une fois par semaine, tandis que le temps alloué varie. Les droits de visite et des détenus sont généralement mieux assurés avant la sentence qu'après.
Manal et Alaa
Manal Hassan a quelques 45 minutes chaque semaine avec son mari, Alaa Abd El Fattah , arrêté le 28 novembre 2013. Elle divise habilement le temps de la visite entre la communication d'informations, la demande de conseils sur les questions familiales et professionnelles et la transmission de salutations de gens de l'extérieur, auxquelles Abd El Fattah répond rythmiquement. Hassan veille à prendre note des demandes d'Abd El Fattah dans son bloc-notes : une paire de chaussettes, des baskets, de nouveaux draps et une serviette verte propre de la maison. A la fin, il leur reste un moment pour un échange émotionnel hâtif et un bref jeu avec leur petit Khaled, deux ans, qui court énergiquement tout autour de la cour de la prison.
A l'extérieur, la sœur d'Abd El Fattah , Sanaa, tente de convaincre un policier d'accepter l'entrée de ruban adhésif dans sa cellule. Abd El Fattah reçoit des photos de ses amis et de leurs enfants et il aime les accrocher au mur de sa cellule - aux côtés de lettres qu'il reçoit - dans une tentative désespérée de rester connecté au monde extérieur.
Quelques semaines plus tard, Abd El Fattah est remis en liberté, alors que son procès pour violation de la loi interdisant les manifestations n'a pas encore eu lie. Des milliers d'autres restent derrière les barreaux, arrêtés pour des accusations similaires, leurs familles cherchant désespérément à faciliter leur expérience de l'emprisonnement.
L'un d'eux est Hicham Abdel Moncef, arrêté le 25 janvier, devant le magasin d'alimentation qu'il gardait dans le centre du Caire. Les manifestations commémorant le troisième anniversaire de la révolution et contre le régime pro - militaire en place battaient leur plein dans la zone quand des hommes masqués se sont jeté sur lui, l'ont ligoté et battu avant de l'emmener au poste de police d'Azbakiya. Là, il s'est mis à regarder nerveusement l'horloge au mur, se disant qu'il allait rater le dernier métro s'il n'était pas rapidement relâché. Il n'imaginait pas qu'il ne serait pas à la maison pendant une longue période - plus de deux mois à ce jour - et qu'il serait condamné à deux ans de prison dans procès dont il n'a compris ni les tenants ni les aboutissants.
Abdel Moncef , maintenant détenu à la prison d'Abou Zaabal , a dit à sa famille lors d'une de leurs visites que dans le car de police après son arrestation, il a entendu un policier dire à son supérieur : "Nous avons seulement réussi à en arrêter quatre ", ce à quoi le supérieur a répondu: "Pas assez pour une inculpation pour rassemblement illégal. Attrapez m'en d'autres". Un mois plus tard, Abdel Moncef a été condamné, aux côtés de 68 autres, sur des accusations de rassemblement et de manifestation illégaux, appartenance à un groupe terroriste et possession d'armes.[le décret adopté le 30 novembre 2013 interdit les rassemblements de plus de 10 personnes, NdT]
Selon son récit, Abdel Moncef n'est qu'un numéro pour ceux qui l'ont arrêté, et il est à peine plus pour les gens à l'extérieur de la prison qui entendent sporadique parler des milliers d'arrestations de ces derniers mois. En fait, il n'y a que sa famille qui sache ce que cela signifie pour Abdel Moncef d'être en prison.
«Chaque fois que je m'assois pour manger, je vois Hicham en face de moi, disant : « Vous êtes là en train de manger et vous me laissez en prison ? », dit, brisé, Ayman Hamed, beau -frère et ami de longue date d'Abdel Moncef.
Maintenant qu'ils savent qu'il est là pour un bon moment, la famille d'Abdel Moncef lui rend visite avec moins d'espoir, mais avec toutes les bonnes choses qui peuvent rendre la vie en prison un brin plus proche de la vie à l'extérieur.
Ils le font parce que personne ne le fait. Reda Marei, avocat et chercheur à l'unité de justice pénale de l'Initiative égyptienne pour les droits de la personne, affirme que l'un des principaux problèmes avec les prisons en Égypte, c'est qu'elles sont sous la tutelle du ministère de l'Intérieur.
" Dans les années 1930 et 1940, les prisons relevaient du ministère des Affaires sociales. Dans d'autres pays elles relèvent du ministère de la Justice. Donc, cela permet au ministère de l'Intérieur de faire ce qu'il veut sans que personne ne les contrôle ", dit-il.
Lors d'une rencontre de 15 minutes toutes les deux semaines, la famille d'Abdel Moncef remplit un vide et leurs mondes se rapprochent pour un moment. Mais c'est une mission difficile.
« Nous prenons un louage pour aller à Abou Zaabal à 4 heures du matin avec des sacs de nourriture et de boissons. Nous arrivons là vers 6h 30. Nous faisons la queue avec d'autres familles pendant une heure. Ensuite, nous sommes fouillés et nous attendons à  l'intérieur pendant encore trois heures. Et puis on a nos 15 minutes. Avant même qu'on ait pu engager une conversation, les policiers sifflent pour signaler la fin de la visite. C'est le moment difficile où il fut se dire au revoir ", dit Hamed.
"À l'intérieur, on croirait entendre des perroquets », explique Mervat Abdel Wahab, la mère de Mohamed Salah, également arrêté le 25 janvier de cette année et maintenant détenu dans la prison d'Abou Zaabal. "Personne n'entend personne".
Abou Zaabal
Abdel Wahab visite Salah une fois par semaine et passe la veille de la visite à cuisiner pour lui. Tout ce qu'elle cuisine ne parvient pas à l'intérieur, puisque la police confisque arbitrairement certains plats lors de l'inspection. "Ce qu'ils font avec nous en prison est extrêmement humiliant ".
Mais l'humiliation vécue par Abdel Wahab et sa famille ne s'est pas limitée aux visites en prison. Ils n'ont découvert où se trouvait Salah qu'après quatre jours de recherches sans relâche dans les postes de police. " On m'avait dit que les mères ont une meilleure chance d'apprendre de la police où sont leurs enfants, alors je suis allé à un camp des Forces centrales de sécurité, je me suis assiste par terre en face d'un policier et lui ai demandé : 'Où est mon fils ? Je ne partirai pas tant que je ne le saurai pas'. "
Elle a écrit son nom sur un tissu et l'a tendu au policier. Et puis elle a su.
Salah, 18 ans, a été arrêté près d'une manifestation au centre du Caire. Il n'est pas membre des Frères musulmans, mais a été mis en colère par la mort de trois de ses amis lors des protestations.
Dix jours après son arrestation, sa mère a pu le voir. "Il était la plupart du temps silencieux et a parlé brièvement pour nous dire qu'il a été battu. Un policier les a menacés de décharges électriques s'ils ne disaient pas qu'ils faisaient partie de la Fraternité musulmane. Mohamed a eu peur et a dit au policier d'écrire n'importe quoi et qu'il signerait", se souvient Abdel Wahab.
Cet aveu lui a valu d'être envoyé à la fameuse prison d'Abou Zaabal où il partage une cellule de trois mètres sur trois avec 60 autres hommes. Sa mère est alors allée plaider son innocence à gauche et à droite, du bureau du procureur général à celui du doyen de son école pour prouver qu'il est un bon élève, sans appartenance connue à la Confrérie.
A la veille de la fête des mères, Abdel Wahab est rentrée à la maison avec une lettre de son fils.
" Ma mère bien-aimée, aujourd'hui, j'aurais du être avec toi et te donner un cadeau. Au lieu de cela, je suis en prison. Pardonne-moi. Et prie pour moi ", écrivait-il.
C'est avec les lettres qu'ils peuvent trouver un canal de communication plus intime. Dans une lettre récemment envoyée à sa femme par un de ses visiteurs, Abdel Moncef a écrit : « Chère femme, j'espère que tu me pardonneras mes erreurs. Je vois Baraa avec mon cœur, même si je ne peux pas le voir de mes yeux ".
L'épouse d'Abdel Moncef venait de donner naissance à leur fils, qu'elle a décidé d'appeler «Baraa », «innocent»  en arabe, dans l'espoir que cela serait de bon augure pour la libération de son père.
Certaines lettres permettent d'entrer dans le monde invisible des prisons, démystifiant la devise triomphante commune en arabe qui dit que " la prison est pour les braves ".
"Je ne peux vivre ici qu'en tant que prisonnier. Écrire régulièrement dans ma cellule et prétendre qu'ainsi, je suis libre serait un crime. Cela ne ferait qu'ajouter des briques et des barbelés à ma prison de mes propres mains", a écrit Abd El Fattah à l'auteure de ces lignes durant sa détention.
«Je contribuerais à rendre la prison plus dure pour les milliers de jeunes arrêtés dans des manifestations et allant en prison en pensant qu'ils auront une bonne expérience et acquerront une compréhension comme tous les célèbres héros de la lutte, pour ensuite se faire écraser par la prison. Non, je ne peux que vivre la vie brisée d'un prisonnier, en admettant cela sans jamais l'accepter. Je vais chercher un moyen de résister ".
Pour Alaa Bekheet, 19 ans, les lettres sont aussi un moyen d'exprimer et d'entretenir l'espoir. Elle vient d'écrire une lettre à son père de 51 ans, lui disant qu'elle demeure optimiste malgré la peine de trois ans prononcée contre lui.
Le père de Bekheet a été arrêté dans sa voiture avec ses deux fils après avoir quitté une manifestation en décembre dernier. Elle dit qu'il est barbu mais pas un membre de la Fraternité. Les deux fils ont été remis en liberté en attendant le procès. Leur grande sœur, Alaa, s'est retrouvée à devoir faire le plus gros du travail occasionné  par l'incarcération de leur père.
Lors d'une de ses récentes visites à Abou Zaabal, une autre longue journée d'attente et de fouilles, elle a entendu les cris des détenus. "J'ai vu des mères pleurer à côté de moi, parce qu'elles savaient que leurs fils étaient en train d'être torturés à l'intérieur. C'était si pénible".
 

jeudi 21 février 2013

Colombie: Prisons ou déchèteries humaines ?

Traduit par  Pascale Cognet, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

En août 2012, les prisonniers de guerre de la prison La Dorada (Caldas) ont expliqué à l’opinion nationale que trois détenus étaient morts  dans un laps de temps de trois mois sur ce site de réclusion .L’inattention médicale les a tués sans pitié. Il s’agissait de JAMES ALBERTO GIRALDO CHIQUITO, décédé le 8 mai,  LUIS CARLOS FLORES VILLAREAL, décédé le  17 août et WENLLY ALEXANDER ZULETA MURIEL, assassiné le 8 août. Wenlly est mort après avoir reçu 59 coups de couteau d’un autre détenu  alors qu’il se trouvait à deux mètres du poste de garde du pénitencier.

 Pénitencier La Dorada, Caldas
Environ 9500 prisonniers politiques connaissent le calvaire de la vie dans le système pénitencier colombien, qui dans la réalité est devenu un labyrinthe de tortures, de vexations et de mort pour les reclus de toute nature. 90% des prisonniers politiques sont des acteurs civils incarcérés dans le but inavoué de démanteler les organisations populaires et d’écraser la dissidence populaire face à l’injustice sociale qui existe en Colombie. Les 10% restant sont des prisonniers politiques et de guerre soumis à l’utilisation du système judiciaire et pénitencier comme arme de dissuasion et de punition contre-insurrectionnelle.
Le panorama carcéral est fait d’entassement, de puanteur, de suicides, de maladies infectieuses, d' assassinats perpétrés par les matons comme l’ont dénoncé les détenus du quartier 7 de la prison de La Dorada en octobre 2011 (l'assassin a été le soldat de première classe GALLO), il montre des prisonniers aveugles, estropiés, paralytiques ou encore morts faute de soins médicaux, situation qui n’est pas résolue par des recours en justice car les juges ne sanctionnent pas les contrevenants.
 
Pénitencier d’ Acacías, Meta

L’iniquité qui règne se manifeste par l’inattention médicale, les mises au mitard collectives pouvant aller jusqu’à soixante-douze heures, la faim, les coups, les gaz lacrymogènes à foison, les brimades et humiliations, la violation du droit à une procédure équitable, au milieu d’une dangereuse collusion criminelle armée entre l’INPEC dirigé par le sinistre général Ricaurte Tapias, le Ministère Public, les juges et les procureurs, sans qu’il soit possible de le dénoncer dans la mesure où presque 100% des plaintes des détenus sont mises au placard  sous prétexte qu’il n’y a pas de preuves pour faire avancer les recherches.
Le 8 janvier 2011, José Albeiro Manjarrez est mort dans sa cellule, rongé par un cancer de l’estomac. Aucun moyen, pas même celui de la grève de ses camarades de prison  n’a réussi à contraindre l’INPEC à lui dispenser  des soins médicaux. Après sa mort, ils l’ont inscrit à la morgue comme personne non identifiée alors qu’ils avaient eu tous les renseignements par ses proches et ses amis. Ceux-ci n’ont jamais été informés de son décès.
Des noms comme ceux d'Arcecio Lemus, Ricardo Contreras, Jhon Jairo García, Jonathan Snith Aria, Yovani Montes, Luis Fernando Pavoni, Oscar de Jesús Pérez, parmi d’autres cas qui dépassent la dizaine font partie de la liste des morts pour cause de tortures, de mauvais traitements et de manque de soins médicaux, à quoi il faut ajouter la persécution vicieuse contre les familles des dirigeants révolutionnaires qui sont mis en prison.
Dans les prisons colombiennes, plus de 400 prisonniers sont mutilés et plus de 400 sont en phase terminale, sans qu'on leur accorde une réduction de peine.
Pénitencier de Palogordo, Girón


Dans ces prisons, devenues de véritables déchèteries humaines du fait de l'indolence et de la perfidie du régime, les détenus ne sont pas séparés par catégories, ce qui est une manière d'encourager de façon préméditée des bagarres pouvant entraîner la mort de prisonniers politiques et de guerre, ou encore leur intimidation permanente.
La Loi 65/93 stipule que dans le traitement carcéral les rapports avec la famille sont un élément décisif pour faire avancer le processus de resocialisation mais au contraire, ces centres pénitenciers ont été conçus de manière à ce que le noyau familial soit détruit puisque par le bon vouloir de l’INPEC on les place délibérément à 4, 6, 10 et même 24 heures de distance de leurs régions d’origine. La possibilité qu’ils puissent voir leurs êtres chers et proches est écartée.
Sédentarité forcée à 100%, usage frauduleux du téléphone, privation de l’information, transferts dans des conditions réservées aux animaux  et entassement le plus inhumain que l’on puisse imaginer : jusqu’à 500% des capacités dans des prisons comme Bellavista. La capacité de Rioacha est de 100 prisonniers, et ils sont 512, à La Modelo, la contenance est de 2950, mais ils sont 7965 concentrés là. A la prison de la Tramacúa de Valledupar, il fait 40° et 1350 prisonniers crèvent de chaud, ne pouvant dans le meilleur des cas avoir accès à l’eau qu'au plus 15 minutes par jour. Voilà les violations des droits humains, flagrantes, éhontées et perverses commises par le gouvernement sans qu’il manifeste la moindre velléité de changement.
 



Nous demandons que le gouvernement s’engage à renoncer à  cette voie perfide qui consiste à laisser les lésions des blessés de guerre entrainer leur immobilité et une perte des capacités physiques et fonctionnelles de leurs membres. Nous réclamons la liberté pour les malades en phase terminale ou qui souffrent de cancers.
Nous demandons au gouvernement de déclarer l’état d’urgence sanitaire et humanitaire dans les prisons du pays, de permettre un contrôle public, sans secrets ni cachotteries et de prendre des mesures d’urgence qui éviteront au moins la mort des prisonniers qui sont en situation de santé extrême.


Nous demandons au gouvernement, s’il a une once d’humanité et de sérieux, de répondre devant l’opinion nationale à nos dénonciations.
DÉLÉGATION DE PAIX DES FORCES ARMÉES RÉVOLUTIONNAIRES DE COLOMBIE-ARMÉE DU PEUPLE  (FARC-EP)
La Havane, République de Cuba
Siège des Dialogues pour la Paix avec Justice Sociale pour la Colombie
10 Février 2013
 

mercredi 6 février 2013

Colombie - Arbitraire et injustice pour les gueux : à propos des détenus de La Marina (Tolima)

par José Antonio Gutiérrez D., 4/2/2013. Traduit par Pascale Cognet, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le 25 janvier devait se dérouler une nouvelle audience dans le cadre du procès contre les huit dirigeants paysans de La Marina accusés de "soutien à la subversion" et de rébellion. Edwin Lugo Caballero, José Norbey Lugo Caballero, Arcesio Díaz, Aycardo Morales Guzmán, Saan Maceto Marín, Fredynel Chávez Marín, Alexander Guerrero Castañeda et Armando Montilla Rey (ce dernier originaire de RíoBlanco), ont été accusés par des faux "guérilléros démobilisés", témoins à la solde du réseau de collabos, dans le cadre de la persécution qui sévit dans les zones de consolidation militaire contre toute forme d’organisation du peuple.
Leur procès se fonde sur le témoignage d’une personne non-identifiée. En réalité, ils sont poursuivis à cause de leur opposition au projet hydro-électrique d’ISAGEN dans l’Ambeima et pour leur défense des intérêts des paysans au sein du Comité d’Action Communale et dans le syndicat agraire ASTRACATOL. [1]

Pour les paysans, il s’avère très difficile de trouver de l’argent pour les transports et pour pouvoir assister au procès en qualité de témoins de la défense. Ils sont dans une terrible pauvreté, le voyage est long (environ six heures, parfois plus), il est très cher et représente au moins deux jours de travail perdus. Malgré ces sacrifices, et grâce à la solidarité internationale des camarades liés à des médias alternatifs comme Rebelión et La Pluma, ainsi que de  ceux de la Marche Patriotique, on a pu collecter des fonds pour soutenir les paysans afin qu’ils puissent assister à l'audience comme témoins de la défense. Mais ce jour-là, le 25 janvier, la procureure Isabel Núñez Villalba, mine de rien, adécidé de s’absenter et tout simplement de ne pas être au procès- soi-disant pour motifs de santé-, mais les paysans n’en ont été informés que le jour même à huit heures du matin, alors qu’ils étaient déjà tous sur place.

De cette façon, non seulement on prolonge l’agonie de nos camarades emprisonnés, mais en plus, on dépense le peu de ressources sur lesquelles peuvent compter les paysans pour leur défense. Qui est responsable de tout  cela ? Nous nous demandons s’il ne s’agit pas d’une stratégie d’usure vis-à-vis des familles des accusés. .

Notons, au passage, que tandis que les paysans sont poursuivis et injustement emprisonnés, sans disposer de moyens pour se défendre et tout en devant recourir à d’énormes sacrifices pour prouver leur innocence, les militaires accusés de faux positifs, de massacres et de viols d'enfants, bénéficient quant à eux  gratuitement d’une défense de l’Etat, grâce aux impôts que paient tous les Colombiens, y compris les victimes de ces criminels en uniforme. Non seulement cela : pendant que nos paysans croupissent dans les cachots comme ceux de Picaleña à Ibagué, où ils subissent des mauvais traitements, sont privés d’eau et de soins médicaux, les militaires impliqués dans des crimes contre l'humanité jouissent de leurs soldes, de mobilité, de prostituées qui leur rendent visite, de coups à boire et de fêtes dans les casernes et les centres de réclusion cinq étoiles ( comme El Tolemaida Resort) où ils purgent leur peine. Tout ceci financé par les impôts des Colombiens, y compris de ceux qui ont perdu leurs enfants à cause de ces criminels.

Un adage populaire colombien dit que la loi n’est que pour les gueux. Mais on ne se rend même plus compte qu’il y a une loi, toute injuste, toute relative qu’elle soit ; ce qui prime, c’est l’arbitraire le plus absolu. La loi dans les zones de consolidation militaire est devenue le caprice des officiers de l’armée qui sont à la fois juges et bourreaux.

Ils peuvent avoir des prisons, un demi-million d’hommes en uniformes pour imposer leur « loi » et leur « ordre », ils peuvent avoir des milliers de paramilitaires pour imposer leurs « lois » non écrites, ils peuvent avoir des matraques pour tenter d’écraser les idées, mais ils n’ont pas raison. Ils ne l’ont pas eue au cours de ces 60 années de guerre contre le peuple pauvre, et ils ne l’auront pas davantage dans 60, dans mille, dans deux mille ans. C’est la raison qui nous donne la force pour continuer à lutter contre l’injustice ; c’est la solidarité qui nous permettra de l’emporter sur elle. Et c’est cette solidarité, celle qu’il nous faut mobiliser pour pouvoir faire en sorte qu’au cours de la nouvelle audience qui devrait avoir lieu le 14 février nous puissions réunir à nouveau des fonds et faire entendre cette fois la voix de la défense. Ces parents, on leur a déjà ravi deux Noëls avec leurs enfants. Ne permettons pas qu’ils en passent un autre derrière les barreaux. Nous voulons les voir enfin libres, libres de vivre, libres d’aimer, libres de s’organiser et de continuer à se battre pour une Colombie nouvelle.
Pour faire des dons
♦ depuis la Colombie :
Fundación Lazos de Dignidad, Banco Davivienda, Cuenta Número 009800160823
♦ depuis l'étranger :
écrire à
contact[at]lapluma.net
en indiquant "presos de La Marina"
Notes
[1] Pour plus de détails sur l’affaire et sur la situation à La Marina, Chaparral, voir l’article  Colombie: La répression et la terreur d’État se "consolident" à La Marina, Chaparral (Tolima)

Colombie: La répression et la terreur d’État se "consolident" à La Marina, Chaparral (Tolima)

par José Antonio Gutiérrez D., 18/1/2013. Traduit par Pascale Cognet, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le Sud du Tolima a été touché par le conflit social et armé comme peu de zones de Colombie l’ont été, avec une longue histoire de conflits agraires qui remonte aux années 30.

Le territoire  de La Marina, commune de Chaparral, connaît depuis quelques années une militarisation croissante, par le biais des zones dites de consolidation militaire, qui a intensifié la violence du conflit [1].C’est là qu’opèrent la Fuerza de Tarea Conjunta Vulcano [NdT:Force conjointe d’action Volcan] et le 17ème Bataillon d’Infanterie "José Domingo Caicedo" de la Sixième Brigade de l'armée de terre.

Carte des mégaprojets dans le Tolima : or, pétrole, irrigation, routes et barrages

Guerre sale et mégaprojets
Cette force militaire a mené une campagne anti-insurrectionnelle intense dans un des bastions des FARC-EP [2], dont le Front 21 est actif dans cette zone et l’armée a décidé de l’éradiquer par le biais d’une guerre sale et en terrorisant la population civile. Pour cela, le Bataillon Caicedo a utilisé tous les moyens légaux et illégaux à sa disposition, s’alliant étroitement aux paramilitaires. Au début de 2012, six militaires de ce bataillon ont été arrêtés avec d’autres mafieux pour appartenance à la bande "Los Urabeños", dédiée à des tâches de harcèlement politique, de contre-insurrection et  de "nettoyage social" ainsi qu'au narcotrafic [3]. Les "Aigles Noirs", qui opèrent également  dans la zone n’ont jamais été inquiétés par les autorités. Les paysans du coin disent que, dans le même style que les anciens "chulavitas" [membres de groupes paramilitaires des premières années de la Violencia, NdT], ce seraient les soldats du Bataillon Caicedo en personne qui sortent cagoulés et en civil pour intimider la population. On entend de toutes parts des rumeurs comme quoi "les paracos [paramilitaires] vont arriver, que s’ils ne partent pas ils seront massacrés à la tronçonneuse… sous la consolidation militaire, les enfants grandissent dans la peur".


Check-point militaire sur une route de Chaparral à La Marina
À La Marina, tout le monde dit que derrière cette militarisation et para-militarisation se cachent des intérêts qui vont au-delà de la simple contre-insurrection. On dit que l’objectif n’est pas seulement de déloger  les guérilleros mais aussi tous les paysans qui résistent au projet hydro-électrique qui doit être développé dans la zone vers la fin mars ; c'est-à-dire qu’il s’agit de «  nettoyer » le territoire de façon à ce que ce projet puisse avancer sans rencontrer la moindre résistance qu’elle soit armée ou civile.
 
Une paysanne de la zone raconte:
«  Il n’y avait jamais eu autant de militaires, autant d’arrestations, on était bien tranquilles. Mais en 2008, on a commencé à parler d’un projet hydro-électrique au fil de l’eau, par tunnel, qui serait réalisé par une entreprise de Medellin appelée ISAGEN…il y en a qui disaient que cela allait changer le cours de l’eau et assécher la terre, mais l’Etat disait que le sous-sol lui appartenait et pas à nous, que peu importait que nous ayons ou non notre ferme. Nous avons vu ce qui s’est passé à San José de Las Hermosas, où ils ont fait la même chose et des fermes qui donnaient 125 quintaux de café à l’année, maintenant ne récoltent plus rien. Ils veulent en faire quatre de plus à Rio Blanco… mais nous, on n’a rien à dire, on n’a qu’à ravaler notre salive si on n’est pas content ».
Les paysans et habitants du coin, inquiets face à cette situation, informés de ce qui s’était passé à Las Hermosas avec le projet hydro-électrique, ont constitué une association appelée Asoembeima ; l’association paysanne du secteur, ASTRACATOL (membre de la FENSUAGRO) s’est également prononcée contre ce projet. Dès lors a commencé une histoire de persécution qui n’en finit pas.
La "consolidation" contre les paysans: délation rémunérée et fausses démobilisations
Les paysans considèrent que c’est avec l’arrivée du lieutenant John Jairo Vélez à  La Marina en 2010, qu’a commencé une politique systématique de harcèlement à leur encontre, ils se plaignent  que des mandats d'arrestation aient commencé à pleuvoir contre eux et que du jour au lendemain, ils se sont tous retrouvés suspectés d'être des miliciens [civils sympathisants des FARC, dont ils constituent des bases d'appui, NdE].
 
Appliquant le célèbre maxime “Diviser pour régner”, l’Etat s’est employé à opposer entre eux les membres de la communauté pour pouvoir développer son plan anti-insurrectionnel de contrôle social et de mégaprojets. Ils ont d’abord commencé par les réseaux d’informateurs, cherchant ainsi à diviser la communauté en semant le doute et la méfiance en son sein.
 
Reinel Villabón, ancien inspecteur de police à La Marina  et dirigeant de SINTRAGRITOL (Syndicat des travailleurs Agricoles de Tolima) raconte que « le plus grave c’est qu’on est en train de fabriquer des démobilisés pour pouvoir traîner en justice les gens qui travaillent. D’après la Constitution, la peine de mort n’existe pas mais dans la réalité, on sait bien qu’elle existe. Parce que bombarder des gens en train de dormir, ou bien les attraper, dire que ce sont des miliciens et les tuer, c’est appliquer la peine de mort ». Sur les fausses démobilisations, rappelons que c’est précisément dans le sud du Tolima que s’est forgée la démobilisation massive d'au moins deux fausses structures qu'on a fait passer pour des guérilléros : le soi-disant Bloc Cacica La Gaitana et la prétendue colonne Norma Patricia Galeano [4]. Ce ne sont que deux cas parmi les plus connus et reconnus mais il y en a beaucoup d’autres d’après Villabón :
Jugez vous-même, ils sont arrivés une fois chez un Monsieur qui est muletier, que je connais et ils lui ont dit ’démobilisez-vous et on vous donne un petit peu d’argent’ et si les gens refusent de participer à cette comédie, alors on leur dit qu’ils en subiront les conséquences…la radio du Bataillon Caicedo faisait des signalements de gens, en donnant des noms, et les enjoignant à se démobiliser….le lieutenant John Jairo Vélez a donné un numéro de téléphone à Chaparral pour les dénonciations, le   rendez-vous avait lieu dans le parc. Ils ont ainsi proposé à une femme très pauvre de la coopérative, Lucero Váquiro, d’améliorer ses conditions de vie et elle a fini par dénoncer beaucoup de gensˮ.
Une paysanne nous explique qu’ils connaissaient Lucero Váquiro depuis toujours, qu’elle n’avait jamais été ni milicienne, ni guérillera. Elle nous dit que tout ça était une vaste farce et que par nécessité économique, elle a commencé à dénoncer tous ceux qu’elle a pu. Elle ajoute que sur les 30 soi-disant démobilisés qu’on utilise aujourd’hui pour entamer des procès contre les paysans, pas un seul n’est un ancien guérillero. Un autre paysan dit : « ils achètent des témoins ici, des fainéants à qui on offre de l’argent pour dénoncer n’importe qui, s’il n’y avait pas ce foutu système de récompenses, rien de cela n’arriverait ».
La "consolidation"  contre les paysans: l’assassinat
Toute cette politique de répression et de terreur contre la communauté ne s’est pas arrêtée à la délation. Le 30 mars 2011 deux paysans, Gildardo Garcia et Héctor Orozco, ont été assassinés alors qu’ils se rendaient de Chaparral à La Marina, au niveau d’Espiritu Santo à Albania. L’assassinat s’est produit entre deux barrages du Bataillon Caicedo et jusqu’à aujourd’hui il reste totalement impuni. Qui étaient les deux personnes assassinées ? D’après Villabón, c’était «  des gens bien, des travailleurs. C’était des paysans qui cultivaient des haricots, des mûres, du café, des tomates arbustives et des narangilles. Garcia était membre d’ASTRACATOL. Ils l’ont appelé à Orozco pour une fausse démobilisation, il a refusé. Comme il avait une petite boutique à San Fernando, sur les hauteurs de la Marina, ils l’ont accusé d’aider la guérilla parce qu’il leur vendait des choses ».
 
Cela faisait un an qu’ils harcelaient Héctor Orozco. Les militaires le recherchaient, ils le traitaient de milicien, « camarade » sans lui montrer d’ordre de capture, et en plus ils l’appelaient pour qu’il participe à une fausse démobilisation. Au poste, ils ont commencé à le harceler en lui demandant pour qui il achetait les marchandises. D’après sa femme, « le lieutenant Vélez était celui qui s’acharnait le plus, quand il le voyait il lui disait qu’il avait déjà eu 47 guérilleros, qu’il lui en fallait trois de plus et qu’il s'offrirait des vacances bien méritées. Il l’autorisa seulement à se déplacer entre Chaparral et La Marina, uniquement sur ce tronçon. Il lui demandait pourquoi il alimentait la guérilla, ils ont commencé à nous rationner et à nous affamer, jusqu’à ce qu’il lui donne trois mois de délai pour renoncer à ASTRACATOL et devenir informateur. Comme il a refusé, ils l’ont assassiné ».
 
Selon Villabón, celui qu’ils voulaient assassiner vraiment, c’était Orozco, mais en contrôlant Gildardo Garcia et en voyant son nom de famille, ils l’ont tué aussi : «  Voyez, ici le lieutenant Vélez a déclaré que tous les Garcia étaient un objectif militaire, parce que l’un d’entre eux était parti dans la montagne avec la guérilla. Alors toute la famille Garcia est recherchée, on leur met la pression, on les tue. Auparavant, ils avaient torturé et assassiné Don Tiberio Garcia dans le hameau Brisas de San Pablo ».

On a rapporté aussi le cas de faux positifs dans la zone: le 3 juin 2007, l’armée et le Gaula [Groupe d’action unifiée pour la liberté personnelle, unité anti-kidnapping de l'armée colombienne entraînée par les USA, NdT] ont assassiné Jaro Eber Morales à Santa Ana (ainsi que trois autres personnes) en prétendant que cela s’était passé lors d'un affrontement armé ; le 19 juillet 2007 ils ont également assassiné Camilo Avila  et Don Jesus Maria Rianos au carrefour de Rio Blanca en venant de La Marina.
Chaque capture de guérillero fait l'objet d'une mise en scène comme ici, en novembre 2011, la capture de ‘Fabián’ ou ‘El Calvo’ (Le Chauve), présenté comme deuxième commandant de la colonne mobile ‘Daniel Aldana’ des FARC, suivie de celle des 5 paysans accusés de faire partie des milices bolivariennes d'appui aux FARC.
La "consolidation" contre les paysans: les arrestations
En novembre 2011, sous l’inculpation de « rébellion et financement de groupes terroristes », on arrête les frères Edwin Lugo Caballero et José Norbey Lugo Caballero,  Arcesio Díaz, Aycardo Morales Guzmán, Saan Maceto Marín et Fredynel Chávez Marín (ce dernier originaire de Las Hermosas). Tous appartenaient à ASTRACATOL, c’étaient des personnes qui s’étaient mises en avant pour la défense des droits des paysans et du territoire. Ils arrêtent aussi Alexander Guerrero Castañeda, président de l’Assemblée d’Action Communale de La Marina ainsi qu’Armando Montilla Rey, membre de l’Assemblée d’Action Communale de La Esperanza, du Rio Blanco.
 
Selon l’avocate Karen Tapias, de la Fondation Lazos de Dignidad chargée de défendre les prisonniers d’ASTRACATOL, il s’agit d’un dossier particulièrement léger et rempli d’irrégularités : « Avant tout, les 30 témoins de l’accusation sont supposés être des réinsérés. Cependant, des guérilleros qui ont plus de dix ou vingt ans dans les FARC-EP, qui se trouvent en prison, disent ne pas les connaître, et qu’ils sont en train d’utiliser des civils à qui cela procure des avantages économiques. Il est certain que ces soi-disant démobilisés ont bénéficié d’avantages économiques, éducatifs  ou en logements ». Pompilio Diaz, père d’Arcesio Diaz, un des détenus, a dit qu’ils avaient « acheté son fils pour cinq millions de pesos » [2000 €].
 
L’avocate dit que” le texte de l’accusation est basé sur un témoignage supposé d’une personne que l’on n’a pas identifiée…nous n’avons pas la certitude que le témoignage ait existé ou bien s'il ait été inventé par la police judiciaire, il n’y pas de preuve qu’une personne appartenant à l’insurrection ou à la population civile soit venue faire la dénonciation… José William Devia Moreno, en charge de l’investigation, a dit qu’il a reçu le témoignage mais qu’il n’a jamais vu la source humaine ».
 
D’après Tapias, ces procès sont d’une nature éminemment politique. « C’est quelque chose qui existe depuis quelque temps, mais qui a augmenté maintenant parce qu’il y a un besoin particulier, avec la construction de ce barrage et que les gens qu’on accuse en ce moment d’appartenir au Front 21 sont tous des paysans qui se sont élevés contre ce projet. De plus, ASTRACATOL est associée à la Marche Patriotique et nous connaissons tous les stigmatisations dont fait l’objet ce mouvement, il ne s’agit pas de faits isolés ». Le père d’un des détenus en est conscient quand il rappelle que « les soldats savent que mon fils n'a rien à se reprocher, mais ils disent que c’est la faute de la famille qui est mouillée, parce que nous faisons partie de la Marche Patriotique ».
 
Les audiences du procès contre les 8 détenus reprendront le 25 janvier à Ibagué, avec les 25 témoins de la défense [audience reportée au 14 février, NdE]. Pendant ce temps-là, ces prisonniers supportent des conditions déplorables dans la prison de Picaleña, où règnent un manque d’eau pratiquement constant, des abus de pouvoir de la part des gardiens, ainsi qu’une carence en soins médicaux. Il est nécessaire de mobiliser toute la solidarité parce qu’il ne s’agit pas ici d’un cas judiciaire mais d’une attaque frontale contre le peuple qui s’organise.

La "consolidation" militaire comme forme de violation permanente contre la population
La dégradation de la situation, fruit de la militarisation par la consolidation, touche même les rangs de l’Armée. Quatre soldats de La Marina, qui étaient en train de faire leur service, ont également été arrêtés en septembre 2011, pour collaboration supposée avec l’insurrection. Vilman Useche Pava, Wilmer Javier Pérez Parra, Isidro Alape Reyes et Jason Orlando Castañeda ont été arrêtés alors qu’ils étaient en service sur la base de Piedras à Ibagué. Leurs accusateurs sont les  faux démobilisés eux-mêmes qui accusent les prisonniers d’ASTRACATOL et des JAC [Juntas de Acción Comunal =Groupes d'Action Communale, comités d'habitants ayant une existence légale, NdE]. En ce moment, l’armée lance toute une série d’ordres de capture contre des infirmiers et des médecins pour une supposée collaboration avec l’insurrection et parce qu’ils soignent les guérilleros. Il y a également des ordres de capture de commerçants, supposés aider financièrement l’insurrection et de faire du commerce avec les guérilleros; on menace aussi les proches des guérilleros et on les arrête pour crimes de sang ; une véritable offensive contre toute personne qui exprimera une opinion à l’encontre des 7 projets hydro-électriques en cours dans le sud du Tolima.
 
Pour Tapias, il existe une situation humanitaire grave, où l’on observe “un contrôle des aliments qui entrent dans la zone comme de tout autre type de vivres et de médicaments, c’est l’armée qui décide de ce que mange la population et dans quelle proportion, et quels sont ses besoins en médicaments… par le biais de l'émetteur radio du Bataillon Caicedo de l’armée nationale on désigne des personnes de la région par leur nom et prénom comme étant des miliciens du Front 21 des FARC, sans qu’il existe de procédures juridiques à leur encontre  et ils sont invités à se démobiliser. Ils font du porte-à-porte, offrent de l’argent à la population et demandent qui sont les guérilleros dans la zone…nous avons entendu des dénonciations qui lient les paramilitaires à  l’armée, c’est une situation extrêmement grave »
 
Quand on demande aux paysans si l’armée a apporté la sécurité au village, les paysans sont virulents: « Ce que l’armée a apporté, c’est la violence, surtout les soldats professionnels qui viennent tous d’ailleurs. Les garçons d’ici qui sont dans l’armée ne s’en mêlent pas, ils ne veulent pas se battre, ce sont ceux  qui viennent de l’extérieur qui réellement apportent la violence. » Tous se plaignent quedepuis que l’armée est arrivée, on a cherché à opposer les voisins entre eux et on a semé la discorde avec le système des informateurs. Ils ont aussi utilisé d’autres méthodes comme d’envoyer des colis au nom des paysans avec des tracts pour obtenir des récompenses pour augmenter les suspicions que tel ou tel paysan sert d’informateur et dégrader le climat de cette façon en augmentant la méfiance. Dans cette atmosphère, ils espèrent rendre difficile l’organisation et la résistance des paysans aux expropriations.
 
Villabón Leal  nous dit : “avec la consolidation, le problème du déplacement s’aggrave, parce que les paysans ne peuvent plus cultiver parce qu’on les bombarde, on leur lance des bombes, on mitraille les  cimes et les vallons,  on vous repère, on vous contrôle comme si on était dans une  prison, avec des appareils numériques pour relever les empreintes, avec des photos... le seul but de la consolidation territoriale, c’est de faire entrer les multinationales ».Fernando Chacón, dirigeant d’ASTRACATOL à Chaparral est aussi d’accord avec cette analyse quand il dit que le climat de terreur constante avec les mitraillages et les bombardements, doublé de persécution que l’on fait subir aux organisations sociales a à voir avec le fait de « vider cette zone stratégique de ses paysans pour leurs projets de pseudo-développement , qui enrichit seulement quelques-uns, venus d’ailleurs…pour cela, ils veulent en finir avec notre culture, avec notre manière de vivre, notre personnalité de paysans ».
 
Ce qui est certain, malgré tout, c’est que les paysans font preuve d’une admirable résistance pour ne pas disparaître. Les organisations paysannes se renforcent dans tout le pays, malgré la militarisation, la persécution et la menace. Les organisations restent debout, en pleine rigueur de consolidation territoriale. Il est de notre devoir de continuer à brandir la bannière de la solidarité et de n' oublier ni les prisonniers, ni les paysans qui continuent à exiger une réforme agraire, au nom de la devise Terre et Liberté, si vieille et si actuelle.
 
Notes
[1] Pour connaître quelques antécédents sur la situation à La Marina, lire une interview précédente de Javier Orozco de la Commission Asturienne en  2010 http://anarkismo.net/article/21147
[2] Dans la commune de Chaparral les guérillas communistes ont agi depuis 1949, elles étaient à l’origine des groupes d’autodéfense paysanne face à la violence des gros propriétaires.