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vendredi 15 janvier 2010

Moubarak, premier policier de l’impérialisme dans la région

Avec son mur d’acier, il fait mieux que les Israéliens
مركز الدراسات الاشتراكية
3/1/2010
Traduit par Omar Mouffok et Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original : مبارك شرطي الإمبريالية الأول في المنطقة
Les pratiques du régime égyptien envers la cause palestinienne pendant l’année 2009 ont été le couronnement de ce qui a été appelé le processus de paix qu’avait commencé Sadate en signant les Accords de Camp David, et dont le but était de lever toute illusion et tout mensonge  sur le projet de paix arabo-israélien, dont le régime égyptien a joué le rôle de premier  parrain. Et voilà que nous nous retrouvons aujourd’hui avec un mur  de séparation construit par le gouvernement égyptien dans les profondeurs de la terre afin de renforcer encore plus le blocus  sur la Bande de Gaza. S’ajoutant aux fanfaronnades sans précédent du régime égyptien en réponse aux critiques concernant la construction du mur, l’interdiction jusqu’à ce jour faite à la caravanes de la Gaza Freedom March d’entrer dans la Bande de Gaza, au prétexte que les organisateurs de la caravane persistent à ne pas respecter les mesures obligatoires de passage à travers le territoire  égyptien, l’adhésion totale à la confrontation entre le Mouvement Fatah et l’Autorité Palestinienne d’une part et le Hamas d’autre part, lequel, malgré toutes les contradictions, représente toujours l’obstacle dressé sur le chemin du règlement défaitiste dans lequel marchait la cause palestinienne sous le commandement du Fatah.
Le processus de règlement pacifique entamé par le régime égyptien a conduit, en fin du compte, à une correspondance parfaite entre ce que veut le régime israélien et ce que fait le régime égyptien, qui contribue à son exécution sur le terrain. Il s’agit, en effet, de l’asphyxie du mouvement Hamas dans la Bande de Gaza après l’échec de la machine militaire israélienne dans sa tentative de destruction pendant l’agression de Décembre 2008-Janvier 2009. Cela fait, en effet, un an qu’Israël a lancé son attaque contre Gaza, tuant 1400 Palestiniens et faisant des milliers de blessés, essentiellement parmi les civils vivant dans la Bande. L’objectif de l’attaque n’était que la destruction du Hamas et son élimination de la Bande par la force militaire, vu que ce mouvement était devenu un obstacle à la liquidation de la cause avec la complicité des dirigeants du Fatah et de l’Autorité Palestinienne.
Mais malgré la destruction qui a affecté la Bande de Gaza, la guerre n’a pas éliminé le Hamas. C’est pourquoi le régime égyptien est intervenu avec une nouvelle campagne de pressions sur le mouvement, en profitant d’une situation où le Hamas a besoin d’argent pour la reconstruction. Argent que les gouvernements européens et arabes ont donné dans une tentative de se laver de la honte de leur participation à ce massacre que ce soit en actes, en paroles ou par leur silence. Les marchandages ont commencé en proposant au Hamas l’argent de la reconstruction en échange de son abandon du pouvoir dans la Bande de Gaza, de sa reconnaissance d’Israël et de son acceptation inconditionnelle de la feuille de route égyptienne. Ladite feuille de route vise au retour de la situation à son « juste cours juste », ce qui, selon le gouvernement égyptien – dont l’avis est partagé par l’Autorité Palestinienne et Israël, bien entendu – signifie le retour à la situation qui prévalait avant la victoire du Hamas aux  dernières élections législatives et avant sa prise de contrôle militaire sur la Bande de Gaza.
La question, ici, n’est pas de défendre le maintien au pouvoir du Hamas à Gaza, mais de montrer le point auquel le régime égyptien est arrivé avec ses pratiques qui concordent avec celles du régime israélien. En effet, le régime égyptien affame de facto les Palestiniens de la Bande et pas seulement le mouvement Hamas, et marchande sur tout, à commencer par l’argent de la reconstruction en passant par les aides humanitaires envoyées par les peuples.
Le régime égyptien fait pression avec une force tyrannique afin de liquider le mouvement Hamas, mouvement qui, malgré toutes ses contradictions qui ont contribué à son enfermement à l’intérieur de la Bande, a représenté, pendant toute la période écoulée, un obstacle à l’agenda de Mahmoud Abbas, qui prévoit un règlement désavantageux avec l’entité sioniste et qui abroge tous les droits du peuple palestinien, et désavantageux même du point de vue de la solution à deux États, car elle annule le droit au retour des réfugiés et légalise la situation des colonies sionistes qui dévorent de vastes terres en Cisjordanie. Solution qui annule, également, le droit du peuple palestinien à avoir Jérusalem comme capitale et rend la souveraineté du peuple palestinien presque inexistante sur sa terre à cause du contrôle israélien sur tous les points de sortie et à cause, également, du morcellement du territoire de la Cisjordanie par des centaines de passages, points de contrôles et barrages de sécurité.
Le régime égyptien, l’Autorité Palestinienne et ceux qui sont derrière eux, ceux qu’on appelle le « Camp des modérés », poussent de toutes leurs forces vers le chemin de ce règlement afin de se débarrasser de la question palestinienne dans son entièreté et afin qu’il soit possible d’ouvrir, par la suite, tous les canaux de la normalisation avec Israël, ouvertement et sans aucun embarras.
De plus, la bataille pour la liquidation du Hamas n’est qu’une partie de la bataille avec l’Iran, contre lequel ce qu’on appelle le « Camp des modérés » - avec à sa tête l’Egypte – mène une guerre par procuration pour le compte des USA.
Le régime égyptien a également ses propres équations, puisque depuis l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche et après sa visite en Egypte, il est devenu clair que la nouvelle administration usaméricaine va avoir de plus en plus besoin des services du régime égyptien dans la région, étant donné qu’il y a une confrontation avec le régime iranien, un blocus contre le Hamas afin de le liquider et d’ouvrir la voie, par la suite, au processus du règlement et de la liquidation de la question palestinienne une fois pour toutes, tout cela sans oublier les autres foyers de résistance à l’hégémonie usaméricaine auxquels faire face. En échange de tout cela, les critiques virulentes de l’administration usaméricaine envers le régime égyptien en ce qui concerne la démocratie et les réformes ont totalement cessé, et c’est de cela dont a besoin le système actuellement, à savoir de se mettre totalement à l’abri de l’administration usaméricaine pendant qu’il prépare et exécute le projet de succession à Moubarak.
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui représente le plus bas degré de régression qu’ait atteint Moubarak et sa bande au pouvoir face à un peuple affamé par le blocus qui lui est imposé, une cause juste sur le point d’être liquidée et des intérêts sionistes et impérialistes soutenus ouvertement et inconditionnellement. Ce que représente le régime au pouvoir en termes de mal et de corruption s’est étendu en dehors des frontières égyptiennes pour toucher les peuples voisins qui n’ont rien à voir avec la collaboration de Moubarak et de son régime et sa dépendance vis-à-vis l’impérialisme. Le rôle que jouent, aujourd’hui, Moubarak et son régime les mettent en première position dans le concours pour obtenir le titre de premier policier de l’impérialisme dans la région, rôle semblable à celui du régime du chah  Reza Pahlavi en Iran juste avant sa chute lors de la révolution populaire de 1979 ; mais le régime égyptien joue un rôle encore plus vil.

Alors, devrions-nous nous attendre à ce que Moubarak et son régime prennent fin suite à une révolution égyptienne qui puisse faire tomber le chah égyptien ? 

mercredi 3 juin 2009

Discours d’Obama au Caire


par Raja Chemayel, 1 et 2/6/2009
Source : http://arabefrustre.blogspot.com
, le blog de Raja Chemayel, alias Sherlock Hoummous, alias Ing. Mustafa Rosenbloom
Discurso del presidente Obama en El Cairo
Obama's speech in Cairo






Discours du Président Obama
Le Caire, capitale éternelle du Moubarakistan

Je viens à vous avec un message de paix
la paix pour Israël, bien sûr
et pas obligatoirement pour les Arabes.

Ainsi est-il écrit dans la Bible de l’Hégémonie.
Je viens à vous avec une promesse de mettre fin à l’occupation
et de fait les Arabes-d’Israël ne devraient plus occuper
leurs propres maisons, et devraient dégager ailleurs.
Ainsi est-il écrit dans la Bible de Herzl.....
Je viens à vous avec la promesse de mettre fin aux colonies
En Cisjordanie…
Car nous allons simplement l’annexer,
Et l’appeler aussi « Israël”.
Ainsi est-il écrit dans la Bible d’Ariel.

Idem pour le Golan ,
qui ne sera plus une terre occupée
mais une partie du Royaume de Salomon
Ainsi est-il écrit dans la Bible de Benyamin.
Les quatre millions de réfugiés palestiniens
n’existent plus!!
Et le seul fait de les mentionner
ou de mentionner leur misère
sera puni par la loi.
Ainsi est-il écrit dans la Bible de la Knesset.
Seul l’ Holocauste a eu lieu

et personne d’autre n’est jamais mort !!

Le changement arrive!!
Le changement prend forme !!
Le changement est là !!
Et quant aux habitants de Cisjordanie
ils ont le choix entre prrendre leurs jambes à leur cou et aller se cacher
Sous les bottes du Roi Abdallah
ou aller mourir, une fois de plus, à Sabra et Chatila
ou être relogés au Kurdistan, une bonne fois pour toutes.

Ainsi est-il écrit dans la Bible du Congrès.

Quant à Gaza ,
elle sera evacuee, dépeuplée
et transformée en reserve naturelle
pour oiseaux marins sub-tropicaux.
Ainsi est-il écrit dans la Bible de l’écologie.
Le changement arrive !! comme vous pouvez le voir....
et seules mes promesses à la Terre-Promise seront tenues.
Si vous n’êtes pas d’accord ou si vous me désobéissez,
Je me vengerai
Comme suit :
1)
Je maintiendrai Hosni Moubarak et sa Gestapo
pour faire la loi des deux côtés du Nil .
2)
Je maintiendrai le Clan royal wahhabite
pour garder mes puits de pétrole et votre précieuse Kaaba.

3)
Je maintiendrai l’ Irak inmaintenable
4)
Je maintiendrai le Liban, ingouvernable
5)
Je maintiendrai la Syrie isolée et diabolisée.

Je suis le Maître du Monde
peu importe que je sois né musulman…
Regardez autour de vous, combien d’autres musulmans ne sont-ils pas
aussi vos propres tyrans!! ??

Peu importe que je me sois converti au christianisme
Regardez autour de vous, combien de chrétiens
n’ont-ils pas commis génocides,
Injustices et colonialisme??

Peu importe la religion
C’e n’est qu’une question de pouvoir…
le pouvoir de décider sur les autres
sans rien changer à soi-même
le pouvoir de promettre n’importe quoi
puis de ne rien faire, … ou de faire n’importe quoi.

Mon nom est Barack fils de Hussein Obama

né dans la colonie US d’ Honolulu
d’un père africain musulman
Je suis membre d’un église noire car
Les Blancs ne voulaient pas de moi dans la leur........


Je suis noir, mais je sers les AshkéNazes
J’ai eu été musulman mais désormais je sers les sionistes chrétiens !!
Ce sont eux, après tout, qui m’ont fait président.

Il n’y a là aucune contradiction
car mon pouvoir justifie ce que je veux faire,
et mon pouvoir suprême justifiera toutes vos souffrances.


Le pouvoir justifie l’esclavage, l’impérialisme
Et même le sionisme.....
Le pouvoir m’a même fait changer de couleur
Et de religion....

Je suis devenu Blanc, Américain et impérialiste
le jour où je suis entré dans la politique US
qui peut désormais me dire :

non !!.......... .... tu es Noir et Musulman.
Je suis blanc...aussi blanc que Michael Jackson
et aussi blanc que Tipzi Livni est sémite ....

Regardez-moi, ici, au Caire, a bord du Nil
Dans ce fut la capitale de l’arabisme…
et vous voilà tous à m’écouter bouche bée
vous me croyez…car vous me craignez!!

Je peux vous donner à manger............ tout comme je peux vous commander !!

Où est donc El Raiiss* ???......
qui avait fait de vous des hommes libres .

El Sayyed** prendra-t-il sa place ??
et me virer du Canal ??

Vous êtes désormais les spectateurs de votre propre asservissement
Les témoins de votre propre soumission

Je suis l’Obama d’Omaha et du Nebraska
Je suis l’Obama d’Alabama et de Louisiana


Je suis l’Obama d’Oklahoma et d’Alaska
Je suis l’Obama de l’Empire du Mal from.......
et vous n’êtes que mes petits ratons-laveurs du Nil !!

Silence !! Demi-tour !!
............ et rentrez tranquillement chez vous !!!
et n’oubliez pas de ramasser vos chaînes , avant de sortir !!

Merci !! et Dieu bénisse les USA.......


Texte original :
Shlomo Goldberg, écrivailleur de discours
Traduit par :
Ing.
Moustafa Roosenbloom, agent double
Copyright : Blue Star Publications, Tel Aviv -Amman –Cairo

Notes :

El Raiiss : le Président, c'est-à-dire Gamal Abdel Nasser
El Sayyed : Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah











Ma réponse au discours d'Obama

Chers lecteurs ,

J’ai lu hier l’intégralité du discours d’ Obama
écrit par M. Shlomo Goldberg
et traduit par l’Ing. Moustafa Roosenbloom.


Je n’en pense pas moins que beaucoup de questions
sont restées sans réponse et même n’ont pas été posées.
je voudrais qu’elles soient abordées
Et si possible résolues :


1-
Qu’est-ce qui amène Obama et les USA à croire
que si tous les États arabes, devenaient, par miracle, démocratiques,
ils accepteraient cet État agresseur de Sion ?
Qu’a donc la démocratie à voir avec la restitution d’un pays volé ??

2-
Si Obama est convaincu que les nouvelles colonies sont illégales,
pourquoi pas alors toute la terre de Sion ??
où est le différence ??
toutes deux ont été volées !!
3-
Si les USA voulaient établir la démocratie
en Irak , comment se fait-il qu’ils aient remplacé la république laïque moderne d’Irak
par un tas de mollahs, de seigneurs de guerre et de chefs tribaux??
Et pour l’Afghanistan, peut-on parler de réussite??



4-
Comment l’entité qui maintient Israël en vie et en bonne santé
peut-elle devenir un médiateur entre Israël et ses victimes ???



5-
Le Président Obama porte-t-il un gilet pare-balles
Au Caire
parce que ça grouille d’agents siraéliens avec des fusils à longue portée???

Je me demande si l’un d’entre vous pourrait transmettre ces
5 questions
à M. Shlomo Goldberg pour qu’il puisse préparer les réponses,
pour le show de jeudi ....Merci .



Sherlock Hoummous
Esprit inquisiteur



Traduit par Fausto Giudice, agent triple, Tlaxcala
Source :
http://arabefrustre.blogspot.com


jeudi 21 mai 2009

Face à l'islamisme : l'autisme !

Une interview de François Burgat, par

29/4/2009 - http://www.cetri.be/spip.php?article1150


François Burgat : Politologue, directeur de recherche au CNRS à Aix-en-Provence. Il est spécialiste du monde arabo-musulman. Dernier ouvrage paru : L’islamisme en face. Ed. La Découverte 2007 (édition actualisée)




1 – Spécialiste du monde arabe, vous êtes très critique à l’égard de la guerre qui se mène au Proche et Moyen-Orient, faisant part de votre « scepticisme devant cet autisme guerrier de l’Occident qui renforce, encore et toujours, la suspicion vis à vis de l’autre au lieu de se décider enfin à assumer le coût de sa reconnaissance ». Si l’on partage aisément cette analyse, peut-on pour autant dédouaner totalement les dirigeants arabes (et pas seulement les islamistes les plus violents qui, de l’Algérie au Pakistan en passant par la Somalie, prêchent la guerre contre les infidèles), de toute responsabilité dans la dégradation de la situation ?
Je ne dédouane pas particulièrement les régimes des pays musulmans, bien au contraire. J’associe seulement leur pérennité au soutien qu’ils reçoivent de leurs partenaires occidentaux. Lorsque je les évoque comme des « Pinochet arabes », c’est donc pour dénoncer à la fois leurs atteintes massives aux principes démocratiques et le soutien que leur apporte néanmoins cyniquement un « ordre » mondial dont ils sont les relais locaux. La liste des récipiendaires du prix « Louise Michel pour les droits de l’homme et de la démocratie » (dans l’ordre le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, l’Égyptien Hosni Moubarak et l’Algérien Abdelaziz Bouteflika) illustre, mieux que de longues explications, cette flagrante contradiction.
2 – Le militant israélien Michel Warschawski indiquait il y a quelques mois dans ces colonnes qu’une grande partie de la population israélienne a « complètement intériorisé le choc des civilisations ». Six ans après le 11 septembre 2001, dans quel état sont les relations entre les peuples de l’Occident et du monde arabe ?
Elles se dégradent, je le crains. Le très courageux Michel Warschawski sait mieux que quiconque que la passivité des Etats-Unis et de l’Europe dans le vieux conflit palestinien envenime considérablement les relations avec le monde musulman. Le soutien aveugle au camp du plus fort - malgré ses manquements graves et répétés à la légalité internationale - contribue à discréditer la notion même de légalité internationale aux yeux de toute une partie du monde. Les politiques du « deux poids et deux mesures » font que le simple déplacement d’une dizaine de colons extrémistes par l’armée israélienne peut générer un titre barrant la première page d’un grand journal (par exemple Le Monde du 9 août 2007) alors qu’il faut un grand nombre de morts palestiniens pour mériter une telle attention. Le dénigrement de la culture de l’adversaire musulman sert de stratégie de communication à l’Etat hébreu et cela alimente dans les opinions publiques occidentales un dangereux processus. Notre « information » sur le conflit palestinien se réduit souvent ainsi à la criminalisation sectaire des membres de la résistance palestinienne, condamnés bien plus pour ce qu’ils sont accusés d’être (des « fondamentalistes musulmans ») que pour ce qu’ils font c’est à dire résister à une occupation militaire parfaitement illégale. Les motivations de la nouvelle génération de la résistance palestinienne (le Hamas) sont lues par un prisme seulement culturaliste ou religieux, histoire d’inciter le public occidental à croire que si les Palestiniens combattent la présence israélienne, ce n’est que parce que « ce sont des fondamentalistes musulmans qui ont une civilisation que tout oppose à la nôtre ».
Au sortir de l’épreuve de la décolonisation, confrontées à des problèmes d’immigration, déstabilisés par la perte de leur vieille hégémonie culturelle, les opinions européennes sont particulièrement disposées à prendre au pied de la lettre ce genre de raccourci rhétorique extrêmement pernicieux. La « théorie » du choc des civilisations n’est en fait qu’une caution scientifique imprudemment apportée à la vieille peur de l’autre. Elle consiste à culturaliser (ou à théologiser) la lecture d’une crise pour mieux la dépolitiser et en évacuer la part de responsabilité de l’un des camps. Bon nombre de ceux qui pensent ainsi qu’il faut avant tout, pour régler la question palestinienne, promouvoir le dialogue « entre les religions » ou « entre les cultures » tombent ainsi dans le panneau de cette propagande en trompe l’œil qui réussit à nous faire dire « vive le dialogue des cultures » alors qu’il vaudrait mieux avoir le courage de dire plus simplement « à bas l’occupation militaire ».
3 - Fatah à Ramallah, Hamas à Gaza : en mettant tout en œuvre pour que cette fracture ait lieu - un an et demi de punition collective infligée au peuple palestinien, sanctionné pour avoir « mal voté » -, Washington, Tel-Aviv et leurs alliés ont clairement signifié qu’aucune organisation se réclamant de l’Islam politique ne sera considérée comme un interlocuteur valable par les puissances occidentales. Quelles conséquences cela peut-il avoir ?
Nous sommes là au cœur de la crise relationnelle présente et à venir entre le monde « occidental » et le monde « musulman ». Nos interlocuteurs y sont essentiellement des régimes que nous savons largement impopulaires. Nous pourrions atténuer les effets de cette carence de notre ancrage en ayant également d’autres interlocuteurs plus représentatifs. Mais notre conception des sociétés civiles aussi bien que des formations d’opposition se réduit malheureusement à ceux qui acceptent de communier avec nous dans la stigmatisation de l’entière génération « islamiste ». Dans le cas de la Palestine, cela a débouché sur des contradictions particulièrement manifestes : lorsque Yasser Arafat était perçu comme trop nationaliste, les Israéliens lui ont imposé, avec le soutien de la communauté internationale, un premier ministre (Mahmoud Abbas) qu’ils considéraient (à juste titre) comme plus malléable et, pour affaiblir Arafat, ils lui ont fait transférer de larges pouvoirs. Mais lorsque des élections législatives cautionnées par toute la communauté internationale ont désigné un « mauvais » premier ministre « islamiste », cette même communauté internationale a cautionné un second coup d’Etat, contre le premier ministre cette fois, au bénéfice du « bon » président qui avait succédé à Arafat. Ce n’est pas seulement la légalité internationale mais tout autant la norme constitutionnelle palestinienne qui ont été ainsi explicitement bafouées. Où donc un tel cynisme peut il conduire ? Le label « islamiste » est dangereux car il sous entend que les actions de celui a qui il s’applique ne peuvent avoir de motivations qu’idéologiques et donc illégitimes. Dans l’idéal, il faudrait ne juger les acteurs que sur leurs actes et non sur le vocabulaire et les références qu’ils emploient pour les exprimer et les légitimer. On y verrait alors beaucoup plus clair : bien des modernisateurs démocrates autoproclamés apparaîtraient comme les tyrans qu’ils sont et les islamistes, systématiquement désavoués, comme de possibles partenaires des processus de libéralisation politique et de modernisation.
4 - Vous ne cessez jamais de rappeler « l’extrême diversité des acteurs que [le concept de mouvement islamiste] désigne sous une même appellation ». Ces six ans de guerre contre « le terrorisme islamique » au Proche et Moyen-Orient ont-ils eu pour effet de resserrer les rangs entre les différents mouvements se réclamant de l’Islam politique ou, au contraire, chacun s’est-il conforté dans ses positions ?
Si l’on considère que les islamistes représentent une large partie de la population politique du monde arabe, même si cette population est très diversifiée, force est de constater qu’une certaine exaspération monte un peu partout à l’égard des méthodes de l’administration américaine et de ses alliés européens. La diplomatie américaine s’est efforcée, après le 11 septembre, de dresser tous les pays du Proche Orient contre l’Irak, avec les résultats catastrophiques que l’on sait. Elle tente maintenant de faire de même vis à vis de l’Iran, accusé quand à lui non pas de détenir mais seulement de vouloir acquérir des armes de la même catégorie que celles que …l’Irak n’a jamais eu mais que l’Etat hébreu a développé en toute impunité.
5 – Entre les islamistes, qui malgré la diversité dont vous faites état, restent au minimum conservateurs sinon franchement répressifs sur les questions de libertés individuelles, et les dirigeants autoritaires que vous appelez les « Pinochet arabes », Ben Ali et consorts, quelles autres voies politiques existent aujourd’hui pour les peuples du monde arabe et musulman ?
Il est difficile d’inscrire ma réponse dans une question dont je n’accepte pas pleinement les termes. Je me suis souvent employé à réfuter l’idée que la défense des libertés est un combat qui ne fait sens, dans le paysage arabe, que chez ceux que nous considérons comme nos alliés politiques [
1] . Et qu’il serait strictement imperméable à l’esprit de ceux que nous qualifions d’ « islamistes », comme l’affirment tous ceux qui nous « expliquent » régulièrement que si nous sommes la cible des terroristes c’est « à cause de notre amour de la liberté et de la démocratie ». Je me suis employé à montrer, et d’autres avec moi, que la modernisation politique et le renforcement des libertés individuelles qu’elle implique, (des femmes aussi bien que des hommes) sont loin d’être simplement contradictoires avec cette dynamique d’affirmation identitaire islamique que j’évoque comme la dynamique de « réislamisation ». L’usage par les islamistes d’un lexique « religieux » est source de profonds malentendus. « Islamique » ne veut pas dire, ou en tout cas pas seulement « sacré ». Bien plus qu’il n’est sacré, le lexique islamique est en fait surtout « endogène », « home made », autre qu’occidental, « de chez nous »… « pas de chez eux ». En ce sens on peut considérer que sa réintroduction facilite le processus de modernisation plus qu’il ne l’entrave.
Pour qu’un processus de libéralisation politique ou de sécularisation ait quelque chance de s’ancrer dans le tissu des sociétés « musulmanes », il est essentiel en effet qu’il soit exprimé dans une terminologie et légitimé par des références qui ne soient pas perçues comme strictement « importées » de l’étranger, comme cela a été le cas lors du processus de sécularisation « à l’occidentale » au cours duquel l’idée laïque a été défendue avec des références et parfois même (au Maghreb) dans une langue, arrivés sur les selles des cavaliers de la conquête. Les notions de sécularisation, de libertés, de droits de l’homme ou de la femme, pour être intériorisées gagnent en fait à être exprimées avec le lexique de la culture locale c’est à dire, à bien des égards, avec le « parler musulman ». L’alchimie sémantique de ce qui apparaît aux observateurs les plus pressés comme « la réintroduction du religieux » ne préjuge donc absolument pas de la capacité des sociétés à opérer une certaine laïcisation. Cette laïcisation est en fait manifestement en marche à l’intérieur du monde musulman, y compris à l’intérieur de ces courants islamistes que nous percevons comme occupés seulement à « réintroduire le religieux ».
Il est donc plutôt contre productif d’agir dans notre relation avec le sud de la Méditerranée comme si la dynamique de progrès était toute entière aux mains de la seule frange sociale et politique héritière de la gauche laïque, qui serait notre seul interlocuteur possible. Nous devons au contraire être capables d’établir le contact avec tous ceux qui - quand bien même ils « parlent musulman » partagent les mêmes objectifs d’établissement d’un état de droit et de renforcement des libertés individuelles et collectives. Ils existent bien plus sûrement que le discours dominant des médias occidentaux ne nous permet de l’entrevoir.
Notes
[
1] François Burgat, « Les courants islamistes face aux libertés », La pensée de Midi (Actes Sud), N° 19, Novembre 2006, « Face aux libertés...au sud de la Méditerranée » (entretien avec Thierry Fabre). http://www.mmsh.univ-aix.fr/iremam/HTML/PUBLI/CHERCH/FB-LA%20PENSEE%20DE%20MIDI.pdf



Égypte : femme opprimée ? Non : une cyber-mlitante en action pendant une grève des travailleurs des ports et du Canal de Suez. Photo Hossam El Hamalawy.