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dimanche 30 août 2015

Exodus 2015 : Rafraîchissons la mémoire des Européens
L'exode des Hongrois en 1956

À en juger par les réactions des autorités, des forces armées, des polices et des médias des pays d'Europe balkanique et centrale face au flux de réfugiés de Syrie, Irak, Afghanistan et Afrique, cette Europe-là semble avoir la mémoire courte, oubliant qu'il n'y a pas si longtemps que cela (et pour les Grecs, cela dure encore aujourd'hui), eux-mêmes avaient fui en masse leurs pays pour sauver leur liberté et leur vie. Un des grands exodes européens de la seconde moitié du XXème siècle a été celui des Hongrois. Faisons donc un petit rappel, grâce à la revue Population, n° 2, 1957, pp. 343-345.

1956: accueil de réfugiés hongrois en Autriche...

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Photo Armée fédérale autrichienne

...et en Suisse

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_11418.jpg
 2015: "accueil" de réfugiés syriens, irakiens et afghans en Grèce
Images du 11 août 2015 dans le stade sportif de l'île de Kos. L'homme avec un bâton est un policier

 
Photo Yorgos Karahalis/AP


Photo Angelos Tzortzinis/AFP via Getty Images
 
Photo Angelos Tzortzinis/AFP via Getty Images
 
Du 28 octobre 1956 au 6 mars 1957, soit en 130 jours, l'Autriche a accueilli 170 822 réfugiés hongrois fuyant leur pays, où une révolution avait été écrasée par les chars soviétiques. Cela donne une moyenne quotidienne de 1314 réfugiés. Au 6 mars 1957, 118 000 de ces réfugiés avaient été évacués d'Autriche vers d'autres pays non-socialistes.  Le CIME dont il est question ci-dessous avait été créé en 1951 par les gouvernements européens pour chercher des pays de réinstallation aux quelque 11 millions de personnes déracinées par la guerre. Il a organisé le transport de près d’un million de migrants durant les années 50. En 1980, il a été rebaptisé Comité intergouvernemental pour les migrations (CIM), et, en 1989, Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui est son nom actuel.
Question : ce qu'il a été possible de faire pour presque 200 000 réfugiés européens en 1956-57 dans la "petite Europe" de l'époque, à la veille de la création de la CEE, ne le serait pas pour 500 000  réfugiés venant des bordures du continent dans la "grande Europe" de 2015 (28 pays, 550 millions d'habitants) ?







vendredi 18 octobre 2013

Lesbos/Grèce, la nouvelle “cage” pour migrants

par Migreurop, 17/10/2013
Migreurop, le Réseau Euro Meditérannéen pour les Droits de l’Homme (REMDH), Welcome 2 Europe, Jeunes sans Frontières (Jugendliche ohne Grenzen – JOG) et leurs amis afghans et membres, qui ont été détenus dans l’enfer de Pagani en 2009 et de retour à Lesbos ces derniers jours ont écrit ensemble un communiqué de presse sur l’ile de Lesvos et le centre nouvellement ouvert sur l’ile.
Les récentes tragédies à Lampedusa ont mis en lumière, une fois de plus, l’indifférence dominante de l’Union européenne face au sort des migrants. Aux portes de l’Europe, en Italie comme dans les îles grecques, les migrants sont sujets à des contrôles arbitraires aux frontières, et à des mesures sécuritaires qui mettent leurs vies en danger.
Ces derniers jours, plus de 80 migrants ont réussi à gagner l’île de Lesbos, malgré les nombreux refoulements qui ont lieu en Mer Egée. Ces femmes, ces enfants et ces hommes, qui fuient des pays dévastés, des régimes dictatoriaux ou d’insupportables conditions socio-économiques, sont victimes de violences et de l’indifférence des autorités grecques et européennes. En l’absence d’une réglementation claire, la police et les garde-côtes laissent les survivants de ces dangereuses traversées dans des limbes juridiques, sans aucune forme de protection, de soins et d’information.
Les migrants qui arrivent sur l’île de Lesbos doivent s’enregistrer afin de pouvoir ensuite quitter l’île. Néanmoins, l’enregistrement ne se déroule généralement qu’après leur arrestation et leur détention dans un nouvel établissement près du village de Moria. Ouvert le 25 septembre 2013, ce centre de détention, décrit officiellement comme un “centre de premier accueil”, est de facto un centre fermé, entouré de barrières et de fil barbelé. Il devrait par la suite également comprendre 600 places pour l’enfermement sur de plus longues périodes. La police locale, assistée par l’agence européenne Frontex, est responsable de l’identification des migrants, mais aussi des recherches d’informations sur les routes migratoires empruntées. Ces procédures ne signifient pas pour autant que les migrants accèdent à une protection, elles constituent en revanche des stratégies de contrôle, de surveillance et de dissuasion supplémentaires. Demander l’asile est actuellement impossible.
En 2009, des habitants de Lesbos, des migrants et des réseaux de militants internationaux ont réussi à faire fermer le vieux centre de détention de l’île, situé dans la zone industrielle de Pagani. Pagani est devenu le symbole des conditions inhumaines de détention, un Guantanamo dans la mer Egée. Trois ans plus tard, les militants locaux ont ouvert “Pikpa”, un village de solidarité auto-organisé où des centaines de réfugiés ont été accueillis. Cette expérience d’hospitalité réelle montre que l’enfermement n’est pas nécessaire.
http://w2eu.net/files/2010/09/dsc00932.jpg
Les personnes qui ont perdu la vie en mer Égée, comme ailleurs en mer Méditerranée, et celles qui sont détenues dans de véritables ”cages”, nous rappellent la violence du régime européen des frontières. Ces pratiques ne peuvent pourtant pas empêcher les personnes de se déplacer ; elles ne font que créer des trajectoires migratoires plus dangereuses.
Nous ne tolérons pas cette situation. L’exemple du centre d’accueil auto-organisé de Pipka à Lesbos, l’hospitalité de la population locale aux arrivants, prouve qu’il existe des alternatives à la militarisation du contrôle des frontières, aux refoulements et aux centres de détention. Cette alternative est basée sur la solidarité.
Ensemble, nous n’acceptons pas la détention de personnes en recherche de protection et de sécurité. Nous voulons les accueillir en Europe. Leur liberté de mouvement nous concerne tous. Nous n’accepterons jamais d’autres Pagani.
Source :

jeudi 23 août 2012

Mo et Saamiya, les deux faces de la Somalie

par Igiaba Scego, 18/8/2012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
 Mo Farah, qui est arrivé en tant que réfugié au Royaume-Uni, est maintenant un héros national : après avoir remporté le 10 000 et  le 5 000 mètres, il a également été reçu par Cameron. Saamiya, en revanche, qui avait couru le 200 mètres aux JO de Pékin – il n’y avait là que deux athlètes somaliens – n’était pas à Londres : elle est morte dans une charrette de la mer  en essayant d'atteindre l'Occident pour échapper à la guerre.
Une des photos des Jeux Olympiques de Londres les plus partagées sur les réseaux sociaux était celle d'Usain Bolt dansant à côté du jeune et étonnant athlète britannique Mo Farah. Le roi des Jeux Olympiques plaisante pas avec le roi d'Angleterre, a-t-on entendu de toutes parts.  En fait, Mo Farah après avoir triomphé dans ses deux disciplines, le 10 000 mètres et le 5 000 mètres, a été célébré en grande pompe aussi bien par par les institutions que par le public de son pays.
Cameron l’a reçu à Downing Street, les Postes royales ont fait repeindre d’or en son honneur la boîte aux lettres devant le bureau de poste d’Isleworth et de nombreux Britanniques envisagent, après son exploit, d'appeler leurs prochains enfants Mo. En peu de temps, un garçon simple et un peu timide est devenu le symbole de tout un pays. Et même, à y regarder de plus près, de deux pays. En fait, Mo Farah est d'origine somalienne. Il est né en 1983 à Mogadiscio, en Somalie, un pays encore ravagé par une terrible guerre civile.
 
Aujourd'hui, la Somalie est à la veille d'un vote délicat, le 20 août on élira un nouveau président. Une élection très attendue qui pourrait vraiment conduire le pays vers un avenir de paix et d'espoir. Il y a encore beaucoup de doutes, l’issue de l'élection est incertaine, mais les Somaliens semblent cette fois-ci y croire sérieusement. Même ceux qui se sont réfugiés à l'étranger envisagent maintenant de rentrer, sinon pour toujours, du moins pour jeter un coup d’œil. Les vols à destination de Mogadiscio sont pleins depuis des mois, il n'y a plus de places jusqu'en novembre, disent les gens bien informés.
 
Il y a une ébullition. Certes, trouver une maison à Mogadiscio n'est pas facile. Seul un petite portion de territoire a été «pacifiée». Et c'est dans cette partie que se déroule la vie politique et sociale de la nouvelle Somalie. Tout cela a bien sûr un coût prohibitif et cela ne met pas à l’abri d’éventuels attentats-suicides d’Al Shabab, le groupe fondamentaliste somalien lié au terrorisme international. Pour cette raison, les loyers montent en flèche à Mogadiscio. Les prix du marché de l'immobilier frôlent ceux du Marais à Paris. Pur surréalisme de  guerre.


Mo Farah exulte avec Usain Bolt
Mais beaucoup de gens puisent dans leurs économies pour  pouvoir assister à une journée annoncée par beaucoup comme un événement historique. Certains ont ouvert des restaurants après 25 ans de vie en Occident, d’autres font de l’'import-export entre la Turquie et la Somalie, d’autres encore ne sont là que pour la nostalgie. Il y a un peu de tout dans ce Mogadiscio de 2012. Une réalité en mouvement dont les médias mondiaux s’occupent peu et toujours avec les vieux schémas de la guerre froide. Et c’est cette réalité en mouvement que Mo Farah a en quelque sorte représenté avec sa foulée de guépard. Une course impossible à arrêter que la sienne. Et très belle.
 
Une course qui a pu s'épanouir grâce aux efforts de son professeur d'éducation physique Alan Watkinson. Mo, qui se  rêvait ailier droit à Arsenal s’est retrouvé au lieu de cela, par une nuit  d'août, couronné roi d'Angleterre dans un stade. Le garçon réfugié qui ne parlait pas un mot d'anglais est devenu une star sportive.  Carrière fulminante que celle du jeune Anglo-somalien. On n’oubliera pas de sitôt  l'étreinte de sa fille Rihanna et le baiser de Tania, sa compagne, enceinte de jumeaux. Cartes postales à encadrer, surtout pour une communauté comme la somalienne, qui a tant souffert ces dernières années.
 
Mais les faces d'une médaille sont toujours deux. Si l’une montre la gloire de Mo Farah, l'autre raconte l'histoire d'une Somalie qui souffre encore et qui a cessé de croire en un avenir possible sous l’équateur. C’est un ancien athlète somalien, le seul à avoir remporté une médaille pour ce pays en conflit perpétuel, qui est venu rappeler la face obscure de cette histoire. Son nom est Abdi Bile. Inconnu en Occident, c’est un héros pour ses compatriotes qui se souviennent encore avec émotion la médaille d'or aux 1500 mètres gagnée aux championnats du monde de Rome en 1987.
 
Abdi Bile, vieilli mais toujours indompté, s’est adressé dans un Somalien du passé au public rassemblé pour entendre les membres du Comité National Olympique. Abdi Bile pose une question, il demande: «Savez-vous ce qui est arrivé à Saamiya Yusuf Omar?". Personne ne connaît cette fille. Abdi Bile explique patiemment qu'elle a pris part aux Jeux de Pékin en 2008. Il étaient deux à porter le drapeau de la Somalie lors de la parade olympique, l’une était justement Saamiya. Les gens murmurent.
 
Ils ont un peu honte de ne pas connaître le nom  de cette jeune fille qui est allée toute seule  courir le 200 mètres à Pékin. Abdi Bile a une voix étranglée, il ne sait pas comment continuer son histoire. Une larme coule sur son visage marqué. Quelqu'un lui tend un mouchoir, mais il dit « je n'en ai pas besoin «  et continue : « la jeune fille, Saamiya est morte... morte en essayant d’atteindre l'Occident. Elle avait pris une charrette de la mer qui aurait du la conduire de Libye en Italie. Elle n’y est pas arrivée. C'était une très bonne athlète. Une fille splendide. »


L'athlète somalienne Saamiya  Yusuf  Omar
Le public applaudit. Un peu pour désamorcer cette infâme tension, un peu parce que cette douleur est aussi la sienne. Toutes les familles somaliennes ont eu affaire  à ces charrettes. Tout le monde a eu des parents prisonniers dans les camps libyens ou morts en Méditerranée. Saamiya et Mo, deux destins similaires qui ont emprunté des chemins différents. Saamiya, comme Mo, avait fait beaucoup de sacrifices  pour participer aux Jeux de Pékin en 2008. Le pays était dominé par des fondamentalistes islamiques, qui ne voient pas d’un bon œil une femme faisant du sport. Mais Saamiya avait des rêves. Elle avait grandi dans la pauvreté, aînée de six enfants. Elle voulait y arriver à tout prix. Elle sentait qu’en s’entraînant bien, elle aurait quelque chose en retour.
 
Londres 2012 était à son programme. Après Pékin,  la terre magique qui avait donné refuge à un grand nombre de ses compatriotes ne lui semblait plus si lointaine.
 
En surfant sur la toile, vous rencontrerez souvent le visage adolescent de Saamiya. On la voit dans l'uniforme bleu de la Somalie et avec un bandeau blanc retenant ses belles tresses noires. Wikipedia a une fiche sur elle. Wikipedia sait que Saamiya est née en 1991, la première année de la guerre en Somalie, mais ne sait pas qu’elle est morte en Méditerranée.
 
Mo Farah  et Saamiya Yusuf Omar, deux jeunes, le même pays de naissance, des destins croisés et opposés. « Nous sommes ravis pour Mo, il  est notre fierté», a déclaré Abdi Bile , « mais n'oublions pas Saamiya ». Le président (ou la présidente: Il ya deux femmes candidates) qui sortira des urnes devra tenir compte de ces deux destins s’il ou elle veut  conduire ce pays blessé vers un avenir sans guerre.

mardi 2 août 2011

Italie : révoltes logiques

Accrochages en Italie entre police et demandeurs d'asile
LEMONDE.FR avec AFP | 01.08.11 



Le 1er août 2011 à Bari.
Le 1er août 2011 à Bari.AFP/-

Des demandeurs d'asile ont bloqué pendant plusieurs heures, lundi 1er août, une route et une voie ferrée près d'un centre d'accueil de migrants à Bari, dans le sud de l'Italie, pour exiger le statut de réfugié, provoquant des affrontements avec les forces de l'ordre.
Le face-à-face a fait trente-cinq blessés, parmi lesquels figurent notamment des policiers et quelques passants ayant reçu des pierres jetées par les manifestants, qui s'en sont aussi pris avec leurs projectiles à un autobus qui passait à proximité.

Le 1er août 2011 à Bari.
Le 1er août 2011 à Bari.AFP/-

Les manifestants, au nombre de plusieurs centaines et pour certains armés de barres de fer, ont bloqué la voie ferrée avec de grosses pierres et allumé des feux le long de la voie. Une trentaine d'entre eux ont été arrêtés. Les demandeurs d'asile entendaient protester contre les lenteurs administratives retardant le traitement de leurs dossiers de demande du statut de réfugié.

"SANCTIONS"

La manifestation s'est achevée en début d'après-midi avec l'engagement écrit pris par le préfet adjoint de Bari (Pouilles) de répondre aux demandes formulées d'ici à mercredi, après une réunion qui aura lieu à Bari sous l'égide du secrétaire d'Etat à l'intérieur, Alfredo Mantovano. Celui-ci a par ailleurs demandé "des sanctions contre ceux qui seront reconnus responsables de ces actions".

Dans la soirée, d'autres accrochages ont eu lieu près d'un centre d'accueil situé à Isola Capo Rizzuto, en Calabre. Une trentaine de demandeurs d'asile qui manifestaient devant le centre ont été dispersés par les forces de l'ordre.

Plusieurs manifestations ont marqué ces dernières semaines les centres d'accueil pour migrants, remplis notamment de travailleurs africains ayant fui le conflit en Libye.

Sur le Net, des Italiens en révolte contre la "caste" politique
LEMONDE.FR avec AFP | 22.07.11



Le compte Twitter de Spider Truman, le "vengeur précaire" qui fait parler toute l'Italie.
Le compte Twitter de Spider Truman, le "vengeur précaire" qui fait parler toute l'Italie.Capture d'écran du compte Twitter de Spider Truman.

Depuis quelques semaines, un certain "Spider Truman", qui affirme avoir travaillé plusieurs années à la Chambre des députés italienne avant d'en être licencié, fait un tabac sur le Net en dévoilant les avantages des parlementaires.

Sa page Facebook est "aimée" par 341 800 internautes et le nombre de ses fans ne cesse de croître. Dans son blog "les secrets de la caste", il affirme que certains parlementaires se disent victimes de vols pour toucher l'assurance et vont jusqu'à s'envoyer des menaces de mort pour obtenir des gardes du corps.

Selon le blogueur anonyme, le Parlement emploie neuf coiffeurs payés 11 000 euros par mois. Une affirmation démentie par la Chambre des députés qui a indiqué qu'il n'y en avait que... sept touchant 2 400 euros alors que le salaire moyen en Italie ne dépasse pas 1 300 euros.

Ces révélations ont déclenché une révolte sur le Net. "Parasites et profiteurs !", tempête Valeria sur un blog. "Ils nous volent notre avenir", abonde Fausto tandis que Simon met en garde : "A leurs yeux, nous sommes 60 millions de marionnettes (...) mais il faut qu'ils soient prudents car 60 millions, cela fait beaucoup de gens, ils jouent avec le feu".

"Les politiciens ont des privilèges absurdes et des salaires exorbitants... C'est comme si on était revenu à la Grèce antique, avec les dieux sur le mont Olympe qui décident du sort de la plèbe. Il est temps que l'Italie se réveille et dise 'ça suffit !' à ces injustices", explique à l'AFP le blogueur Leonardo Monti, 21 ans.

"Ce dont nous avons besoin, c'est une bonne pendaison publique", n'hésite pas à dire mtmchat sur un blog. D'autres internautes sont en revanche plus fatalistes. "Nous sommes des moutons et nous méritons cela", lâche F. Rodi.

UNE RÉMUNÉRATION MENSUELLE DE 11 704 EUROS

Selon les médias, ces privilèges s'élèvent à plusieurs millions d'euros par an : voitures avec chauffeur, billets d'avion et de train, tickets de cinéma ou de théâtre, rabais au restaurant ou sur les frais de santé... Et la rémunération moyenne des parlementaires est de 11 704 euros par mois en Italie, soit deux fois plus que la moyenne européenne.

Pour Sergio Rizzo, auteur de La Caste, un best-seller sur les privilèges des parlementaires, les Italiens sont furieux car "dans un moment difficile sur le plan financier, les politiciens n'ont pas été trop durs avec leurs privilèges". Ils devraient "être attentifs à ce qui se passe sur Internet car c'est vraiment inquiétant", souligne-t-il.

Le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, n'a pas réagi directement aux critiques contre la "caste".
Le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, n'a pas réagi directement aux critiques contre la "caste".REUTERS/STRINGER/ITALY

Le plan d'austérité voté la semaine dernière prévoit une diminution du recours aux voitures de fonction et aux avions d'Etat et une baisse des retraites des parlementaires de plus de 90 000 euros bruts par an, comme pour les autres Italiens. Un projet de réforme réduisant le nombre de parlementaires doit par ailleurs être examiné vendredi en conseil des ministres.

En revanche, la réduction des salaires des politiciens au niveau moyen européen a été renvoyée après les prochaines élections, en 2013.

Le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, troisième homme le plus riche du pays, qui a fait sa carrière sur son image d'homme politique non conforme, n'a pas réagi directement aux critiques contre la "caste". Mais au sein de l'opposition et des milieux d'affaires, les appels se multiplient en faveur d'une véritable réduction de ces privilèges. "Il est inacceptable que tout le monde fasse des sacrifices sauf les politiques", a dénoncé la "patronne des patrons", Emma Marcegaglia.

La presse mondiale en parle

Italian MPs' salaries to be cut after public outcry in the wake of austerity measures (Mirror - UK)
http://www.mirror.co.uk/news/top-stories/2011/07/22/italian-mps-salaries-to-be-cut-after-public-outcry-in-the-wake-of-austerity-measures-115875-23287924/

Italian insider threatens Europe's greatest MPs' expenses scandal  (the indipendent - UK)http://www.independent.co.uk/news/world/europe/italian-insider-threatens-europes-greatest-mps-expenses-scandal-2315899.html

Italian MPs sent themselves bogus death threats to qualify for protection (Daily Telegraph - UK)
http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/italy/8652767/Italian-MPs-sent-themselves-bogus-death-threats-to-qualify-for-protection.html


Fenômeno de audiência em rede social italiana expõe os políticos (Correio - Brasil)http://correiodobrasil.com.br/fenomeno-de-audiencia-em-rede-social-italiana-expoe-os-politicos/270767/

Politicians avoid austerity, Italy enraged (Associated Press - USA)http://news.yahoo.com/politicians-avoid-austerity-italy-enraged-102346497.html

Perkbuster' slams Italian MPs (NZ Herald - Nuova Zelanda)http://www.nzherald.co.nz/world/news/article.cfm?c_id=2&objectid=10739599&ref=rss

Un topo en el Parlamento italiano denuncia en Facebook privilegios y despilfarro (Lavanguardia - ES)http://www.lavanguardia.com/internacional/20110719/54187616675/un-topo-en-el-parlamento-italiano-denuncia-en-facebook-privilegios-y-despilfarro.html

Italien: Privilegien-Blog wird zum Renner (Eurones - DE)http://de.euronews.net/2011/07/21/italien-privilegien-blog-wird-zum-renner/

Spider Truman, o bufo italiano que pôs o Parlamento em alvoroço (Publico - PT)
http://www.publico.pt/Mundo/spider-truman-o-bufo-italiano-que-pos-o-parlamento-em-alvoroco_1503853

18 Milliarden Euro für Dienstwagen (Berner Zeitung - CH)http://www.bernerzeitung.ch/ausland/europa/18-Milliarden-Euro-fuer-Dienstwagen/story/25696901

Καταχρήσεις βουλευτών αποκαλύπτει πρώην υπάλληλος της βουλής στην Ιταλία  (Otenet - Gr)http://www.otenet.gr/portal/portal/info/news/worldnews?media-type=html&user=anon&js_panename=worldnews&action=portlets.PsmlPortletAction&eventsubmit_doview=2993971

Volée de bois vert contre les abus des parlementaires italiens (Reuters - Fr)http://maghreb.msn.com/Actualites/Monde/Reuters/2011/July/7636809.aspx

Scandal over MP perks angers austerity-hit Italy (AFP - Usa)
http://news.yahoo.com/scandal-over-mp-perks-angers-austerity-hit-italy-043104538.html

Spider Truman : un Wikileaks italien qui dézingue la caste politique (Eitb - Fr)
http://www.eitb.com/infos/europe/detail/704383/spider-truman--wikileaks-italien-qui-dezingue-caste-politique/

dimanche 5 avril 2009

Des enfants afghans rats d’égout dans la Ville éternelle

Un reportage de la chaîne de télévision italienne Sat2000 vent de soulever une certaine émotion en Italie. Le reportage révèle que la police ferroviaire a trouvé des enfants afghans âgés de 10 à 15 ans réfugiés dans la gare d’Ostie (Stazione Ostiense), presque au centre de la capitale italienne, entre la Basilique Saint-Paul et les Forums impériaux.
Ces enfants dormaient dans les bouches d’égout de la gare, au milieu des ordures. La police ferroviaire a trouvé 24 enfants afghans et 93 adultes de diverses nationalités qui dormaient ainsi dans les bouches d’égout ou le long des rails de la gare, recroquevillés ou en position verticale, avec un pertuis aménagé pour respirer dans les cartons les protégeant du froid. Et ces places pour dormir « au chaud » étaient payantes. Le reportage n’a pas précisé à qui il fallait payer la « location » de ces emplacements.
Les enfants ont été conduits dans des foyers mais la blonde conseillère municipale berlusconienne chargée de la politique sociale, Sveva Belviso, a dans une première déclaration lancé un cri d’alarme : « Les centres d’accueil pour mineurs étrangers non accompagnés (une nouvelle catégorie sociale : les MÉNA) de Rome sont pleins. Le cas des mineurs afghans n’est qu’un exemple d’une situation qui est en train de devenir toujours plus difficile à Rome : la demande d’accueil de MÉNA , rien qu’à Rome, a augmenté de 100% en quatre mois. Les 900 places offertes sont pleines et désormais nous sommes souvent contraints de faire appel à d’autres régions, avec des coûts très élevés. »
Dans une deuxième déclaration, la belle Sveva a dit que l’information donnée par Sat2000 était fausse, que les enfants n’étaient pas si petits que ça, qu’ils avaient entre 15 et 17 ans et qu’ils étaient trop grands pour s’enfiler dans les bouches d’égout, qu’ils utilisaient tout au plus pour entreposer leurs maigres biens. Et en fait, a ajouté Sveva, « ils n’ont jamais dormi dans les bouches d’égout ni ne les ont utilisés pour entreposer leurs objets, mais ils ont passé leurs nuits sur les bancs de la place Ostiense. Je ne sais pas comment cette histoire des enfants est sortie, ils (les policiers) ont dit qu’ils ne les avaient même pas vus. » (Non hanno mai dormito nei tombini, ne' li hanno usati per tenere i loro oggetti, ma hanno passato le notti sulle panchine di piazzale Ostiense. Non so come sia uscita questa storia dei tombini, loro hanno detto di non averli neanche mai visti).
On attend maintenant une troisième déclaration de Sveva disant qu’il n’y a jamais eu de réfugiés afghans à Rome et une quatrième pour démentir l’existence de bouches d’égout à la gare d’Ostie.

jeudi 2 avril 2009

Le Guantánamo de Calais

Discussions entre ministres français et britanniques sur l’ouverture d’un centre de rétention pour immigrants clandestins dans le port de Calais
par John Lichfield et Ben Russell,
The Independent, 21/3/2009. Traduit par Courrier international, révisé par Isabelle Rousselot, Tlaxcala

Ce projet d'implanter dans le port français un centre de « détention », comme disent les Anglais, ou de « rétention », comme disent les Français, sous juridiction britannique soulève bien des questions. Londres et Paris espèrent ainsi s'affranchir des lois et traités internationaux et expulser plus facilement les demandeurs d'asile.


Londres et Paris ont engagé des discussions sur la création d'un nouveau centre de rétention pour immigrés clandestins sur les docks de Calais. Un centre qui serait un bout de territoire britannique pour tout ce qui concerne les lois sur l'immigration et permettrait de renvoyer facilement chez eux les déboutés du droit d'asile. Même si les deux gouvernements ne se sont pas encore entendus sur tous les termes de l'accord, ils comptent exploiter l'ambiguïté du statut légal de la "zone de contrôle" britannique créée en 2003 sur le port de Calais [les officiers d'immigration britanniques peuvent y effectuer des contrôles d'identité et y "pratiquer des recherches au moyen de matériels électroniques ou d'équipes cynophiles"], pour surmonter les difficultés juridiques qui empêchent actuellement l'expulsion des demandeurs d'asile vers leur pays d'origine.


L'idée – dont ont débattu les ministres de l'Immigration britannique et français en février – est de battre à leur propre jeu les demandeurs d'asile et les passeurs qui les amènent dans le nord de la France. A l'heure actuelle, les immigrants rassemblés à Calais, pour la plupart originaires d'Afghanistan, du Kurdistan et de la corne de l'Afrique, profitent des contradictions et des zones d'ombre dans les législations européenne et internationale sur l'immigration et l'asile pour éviter d'être expulsés de l'Hexagone. Peu importe qu'ils se fassent prendre à de multiples reprises ; à chaque fois, ils sont libérés et tentent de nouveau d‘entrer illégalement au Royaume-Uni.

Le centre de rétention pourrait permettre à Londres et Paris d'exploiter l'ambiguïté du statut légal de la « zone de contrôle » à Calais et de renvoyer les migrants chez eux. Si le projet se concrétise, il ne manquera pas d'attirer l'attention des organisations de défense des droits de l'homme et des libertés civiques. Celles-ci pourraient établir un parallèle entre la création de ce centre doté d'un statut extraterritorial en territoire français et la prison de Guantanamo [sise en territoire cubain, sous juridiction usaméricaine, mais dont l'"exterritorialité" lui a permis d'éviter pendant des années d'appliquer la justice ordinaire des USA]. Même si les demandeurs d'asile ne devraient y séjourner que pour une courte période et y recevraient un traitement humain, ils se retrouveraient dans un vide juridique.


La presse britannique a tourné en ridicule les commentaires du ministre, après qu'il eut essuyé le soir même une rebuffade de son homologue français Eric Besson. En réalité, Besson n'a pas démenti les propos de Woolas. Il a simplement expliqué que la France n'avait pas l'intention de construire un nouveau Sangatte – ce qui n'est pas la même chose. Le gouvernement français est furieux et embarrassé, parce que l'expression "centre de détention" a une sinistre connotation historique à l'oreille des Français. Paris préfère parler de "centre de rétention". Les termes les plus importants employés par Woolas sont passés inaperçus au milieu des railleries dont il a fait l'objet. Le nouveau centre – de détention ou de rétention – serait construit au-delà de la ligne délimitant les services d'immigration britanniques sur les quais de Calais.

Contrôle britannique et cellules de détention françaises dans le port de Calais

Changer la règle du jeu

La UK Border Agency, l'agence des frontières britannique, a également fait allusion au projet. "Nous sommes décidés à travailler avec les Français pour faire en sorte que nos frontières soient parmi les plus difficiles à franchir dans le monde, et nous envisageons toutes les possibilités", a déclaré l'agence. "Le ministre de l'Immigration a rencontré le mois dernier son homologue français pour réfléchir aux différentes options, et des discussions sont en cours sur les infrastructures à bâtir dans le port de Calais."

En 2003, la France et le Royaume-Uni ont conclu un traité sur des "contrôles frontaliers juxtaposés", dans le cadre d'un accord permettant la fermeture du camp de Sangatte. La police des frontières française opère, armée, à Douvres dans une "zone de contrôle" qui reste partie intégrante du Royaume-Uni mais qui est pour certains aspects sous juridiction française. Les agents de l'immigration britannique, eux, ont la haute main sur une "zone de contrôle" similaire sur les quais de Calais, où s'appliquent certains aspects de la loi britannique mais sur laquelle la France continue d'exercer sa souveraineté.

En fait, une fois franchie la zone de contrôle, on se trouve légalement au Royaume-Uni bien qu'étant en France. Les négociations portent donc sur le statut binational ambigu de cette zone "britannique" à Calais, première "incursion" britannique dans cette ville depuis près de cinq cents ans. [Calais a été repris à l'Angleterre en 1558.]

A l'heure actuelle, les tribunaux français refusent de renvoyer les clandestins dans leurs pays, où ils risquent la persécution. Ceux qui cherchent à entrer au Royaume-Uni ne veulent surtout pas demander l'asile en France. Car, en cas de refus de l'administration – et en vertu des traités internationaux et européens –, ils n'auraient plus le droit de déposer une demande au Royaume-Uni. Or ces candidats à l'immigration restent convaincus que ce dernier leur offre de bien meilleures perspectives que la France.

Généralement, les candidats à l'immigration arrivent sur les docks de Calais et se font arrêter avant ou après avoir pu se cacher dans un camion. Relâchés par les autorités françaises au bout de quelques jours, ils reviennent à Calais et tentent leur chance une nouvelle fois.

Au plus fort de la « crise » de Sangatte, il y avait 2000 migrants à Calais. Après la fermeture du camp en 2002, leur nombre a chuté mais il a à nouveau remonté entre 700 à 1000. L'amélioration des défenses du port a fait que moins de migrants atteignent la Grande-Bretagne. Ce qui a fait grossir le nombre et la frustration des migrants à Calais. Le nombre de bagarres entre groupes de migrants a augmenté, y compris des attaques contre les conducteurs de camions.
Les autorités françaises connaissent un accroissement de la pression populaire, notamment avec la sortie du film Welcome, pour donner une aide humanitaire aux migrants qui vivent à la dure dans la « jungle » - le maquis près du port de Calais.

Le plan franco-britannique permettra, espère-t-on officiellement, de changer la règle du jeu. Reste à savoir dans quelle mesure. Les illégaux pourraient être renvoyés dans leur pays sans relever de la loi française ou britannique – mais une telle éventualité sera contestée par les défenseurs des droits de l'homme.

Par ailleurs, un centre de rétention dans les docks permettrait aux autorités de faire pression sur les immigrants pour qu'ils demandent l'asile en France, faute de quoi on les renverrait directement d'où ils viennent.
Londres et Paris espèrent avoir suffisamment avancé sur ce dossier pour faire une déclaration commune quand le président Sarkozy et le Premier ministre Brown se rencontreront, en mai.
Chris Huhne, le porte-parole libéral-démocrate aux Affaires intérieures, a indiqué la nuit dernière que le gouvernement avait raison de chercher de nouveaux moyens de boucler la Manche mais a également averti : « Nous devons savoir sous quelle juridiction – française ou britannique – ils sont détenus et quels sont leurs droits de représentation. »

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Le camp d’Angres, dans le Pas-de-Calais. Photos association Terre d’Errance, janvier 2009