lundi 9 mars 2009

À la violence d’Israël doit répondre la justice

Association ARGON
Réseau des Artistes contre la guerre Italie

Déclaration de Loredana Morandi pour le comité des juristes d’Artistes contre la guerre Italie
(Conférence de presse tenue à Rome le 9 mars 2009 par Me Gilles Devers)
Rome, 9 Mars 2009. Là où un peuple subit depuis 60 ans l'occupation d'une puissance coloniale étrangère, la demande de justice naît comme un cri. Pour les Palestiniens de Gaza l’exigence de justice est d’autant plus haute et pressante que leur terre et ce qui avait été leurs maisons, leurs écoles, mosquées, hôpitaux et routes ont été brutalement rasés par Israël en 22 jours de bombardements.
Un million et demi de personnes dans la bande de Gaza ont subi des deuils, de blessures et perdu tout ce qu’elles possédaient. Outre la mort et le désespoir des mères pour leurs enfants, les bombardements israéliens a produit des milliers de nouveaux handicapés. Ils sont des milliers à avoir perdu un membre en raison de l'explosion d'une bombe DIME, et tout aussi nombreux sont ceux qui vont continuer à vivre avec les séquelles des brûlures au phosphore blanc.
Comme si 60 ans d'ingérence politique, d’arrestations et de détentions injustifiées, d’arrestations, de mauvais traitements et de violences infligés aussi aux enfants, d’ assassinats ciblés et d'expropriations de maisons et de terrains ne suffisaient pas: ce qui reste de la bande de Gaza, le plus grand camp de concentration à ciel ouvert de l’histoire de l’humanité, est aujourd'hui est semblable à l'étendue de décombres laissée par les deux bombes américaines à l’emplacement des villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki. Les archives photographiques de la presse internationale le documentent.
C'est là le prix payé par les Palestiniens pour la restitution des terrains où s’élevaient les villas en bord de mer avec piscines des colons israéliens. La dérive du colonialisme israélien est arrivée à la folie. Et le monstre devenu fou se tue aussi lui-même. En effet, les substances toxiques déversées sur la bande de Gaza, les produits chimiques et / ou radioactifs du phosphore blanc et de l'uranium appauvri, après les morts et les blessés palestiniens, tueront aussi par cancer les colons israéliens, ex-Juifs occidentaux, et atteindront aussi, portés par la mer Méditerranée, le vent et la pluie les côtes de l’ l'Europe et l'Italie.
La condamnation par la nature aux malformations de nouveaux-nés sera identique pour les Palestiniens et les Israéliens.
Selon une opinion largement répandue ces jours-ci, à propos du procès en cours sur le génocide au Darfour, la Cour pénale internationale est un tribunal «colonial». Eh bien, le casus belli d'Israël convient parfaitement à ces canons juridiques du Tribunal international, s’ils sont tels, et à mon avis, même si le droit de l’Autorité palestinienne à déléguer à la haute Cour l’enquête sur les crimes de guerre commis à Gaza pendant les 22 jours de bombardements n’était pas reconnu. Israël est un État à visées aveugles et coloniales qui ne sait pas s'autogouverner.
L'uranium appauvri, de fait, tuera plus de colons à Sderot que tous les missiles que pourra lancer le Hamas.
En tout cas, l'action juridique de la Cour pénale internationale doit être soutenue par des initiatives juridiques à l'échelon national des tribunaux de droit commun (civil et pénal), tout comme c'est le cas en France et en Belgique.
Comment procéder? En remettant aux procureurs de la République et aux présidents des tribunaux italiens, avec une préférence pour les chefs-lieux de Rome et de Milan, par exemple, les preuves documentaires que nous avons recueillies pour des plaintes et des demandes de dommages et intérêts, c'est-à-dire, un document semblable à celui qu’ a reçu la Cour pénale de La Haye de plus de 400 ONG internationales et d’ associations œuvrant pour les droits du peuple palestinien.
Le droit de la victime est universellement reconnu au requérant dans le lieu de sa résidence, où les lois de tout État souverain situent la compétence des tribunaux, donc si vous avez perdu pendant les bombardements des matériaux sanitaires et / ou d'enseignement (ambulances, matériel radiologique, matériel pédagogique) ou si vos correspondants, parents et amis palestiniens ont subi des dommages mortels ou graves, vous pourrez présenter à des tribunaux italiens les dommages « subis à Gaza » par des biens moraux et matériels italiens.
Témoin de cette réalité incontournable, les déclarations d’Olmert, qui, en sa qualité de Premier ministre sortant a réaffirmé dans une conférence de presse qu "Israël aurait appuyé ses militaires et fonctionnaires devant les tribunaux de tout pays dans le monde." Peu de temps après, en fait, on a eu la nouvelle de l'enquête ouverte par le juge Fernando Andreu de l'Audiencia Nacional d'Espagne.
Il existe une vaste jurisprudence écrite en faveur d’actions en justice contre Israël, constituée par les poursuites engagées par ce pays contre des entreprises et des organismes publics en Italie et dans le monde. Prenons le cas de remboursements d’assurances obtenus par Israël au cours des dernières années. Chaque société d’assurance dans le monde a été traînée en justice par Israël et les remboursements sont déjà très nombreux, tournant autour de 55 000 euros (110 millions de Lires) pour des polices d’assurance "aussi de premier taux" (essentiellement la part fiscale de ces polices). Pour l'Italie, la société d'assurance est la «Generali».
L'Italie est forte de traités internationaux et de solides accords bilatéraux avec Israël, donc votre droit à réparation du préjudice subi pourra être soumis à la juridiction italienne, sans qu’Israël puisse se soustraire à une présence devant les tribunaux, y compris par l'intermédiaire de ses ambassades.
L'écriture de chacun de ces actes constituera un précédent efficace pour la constitution de la société civile auprès de la Cour pénale internationale. Nous savons que ce ne sera pas facile, mais le Comité des juristes de l'Association Argon - Artistes contre la guerre Italie est à la disposition de la société civile italienne afin de coordonner les initiatives qui seront prises auprès de la justice italienne.
Loredana Morandi
Présidente de l’association Argon Réseau des Artistes contre la guerre Italie
Contact 348/7490558
http://www.bloggersperlapace.org/ - http://www.artistsagainstwar.info/

Source :
Dichiarazioni di Loredana Morandi per il comitato giuristi di Artists Against War Italia

dimanche 8 mars 2009

8 Mars : la conquête du corps

par Atenea Acevedo, 8 mars 2009
8 de marzo: la conquista del cuerpo/8. März: Die Eroberung des Körpers/La conquista del corpo
Les informations sur le retour (ou la recrudescence) de la pratique de l’alimentation forcée de fillettes rurales à partir de 5 ou 6 ans pour les faire engraisser en Mauritanie, après le coup d’État d’août dernier qui a remis au pouvoir une junte militaire, éveillent, pour le moins, un sentiment d’alarme et d’urgence internationale. Elles exigent aussi une réflexion sur le grand thème, toujours actuel, des droits des femmes en tant qu’êtres humains : la propriété de leur corps.La lutte de libération des femmes s’est organisée principalement à partir de la distinction entre espace public et espace privé. La participation des femmes aux espaces publics est peut-être l’aspect le plus évident des succès du mouvement féministe, bien que l’on tende à ignorer (souvent délibérément) la complexe histoire qui, sur le long terme, a vu augmenter sensiblement le nombre de femmes salariées, en majorité encore dans des emplois précaires et qelques-unes dans des postes de pouvoir et de prise de décision.

Dans les livres d’histoire que nous utilisions au collage, pleins d’images de héros à cheval et en uniforme qui portaient la guerre à travers la planète, Marie Gouze (Olympe de Gouges) et sa
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne étaient absentes. Dans les salles de classe personne ne nous a parlé des suffragettes ni de la main d’oeuvre féminine qui ne portait pas atteinte à la famille et aux bonnes mœurs, pourvu qu’elle alimentât la machine de guerre en périodes de crise. Mais au-delà de l’iconographie nationaliste qui dépeint la patrie comme une mère frondeuse et courageuse, et des trois ou Quatre figures habituelles, l’histoire officielle laisse les femmes dans l’anonymat et dans l’oubli. La prise de l’espace public par les femmes appartient à l’histoire marginale, dont ne s’occupent que celles qui s’intéressent à l’étude du féminisme. Mais nous en sommes là, certaines avec une consciente de genre et d’autres rétives à toute idéologie, à travailler pour un salaire, à développer des idées, à occuper des ateliers, des tribunes et des bureaux. Néanmoins, l’espace public n’est pas un thème que la réflexion féministe, démocratique et égalitaire a épuisé. La pauvreté, l’exploitation du travail, le harcèlement affectent aujourd’hui en majorité les femmes. Le travail domestique non rémunéré continue à être un pilier du capitalisme en tant que reproducteur de main d’oeuvre et qu’infrastructure de base gratuite indispensable au fonctionnement social.

Violence contre les femmes

Il y a sans aucun doute des aspects qui restent non résolus en ce qui concerne la participation des femmes à la vie publique. Cependant, le quid de la question féminine se trouve Dans l’espace privé, concrètement Dans le corps. Bien qu’il ait gagné un vaste terrain Dans le domaine des droits sexuels et reproductifs grâce au moteur de la lutte féministe, le corps des femmes reste aux mains de l’État, du temple, de l’initiative privée, de son couple sentimental et des moeurs. Le cas des fillettes rurales mauritaniennes, gavées de force pour pouvoir trouver un mari et être un digne symbole d’opulence, n’est pas très différent d’autres rites et croyances peut-être moins brutaux, mais qui suivent ou perpétuent des principes analogues.
On ne peut s’empêcher, quand on pense à ces fillettes, d’évoquer les anorexiques et les boulimiques qui vivent à l’intérieur et à l’extérieur du grand écran, de même que l’on ne peut penser aux pieds bandés des Chinoises d’autrefois sans éviter de les rapprocher des oignons des mannequins et des filles occidentales qui utilisent des talons hauts dès la puberté. On ne peut penser aux mutilations génitales sans réfléchir à l’absence totale du clítoris dans nos livres d’anatomie, dans nos conversations avec nos mères, ou, pire, encore, avec nos partenaires sexuels. En effet, la barbarie qui caractérise la violation des droits humains dans d’autres cultures doit motiver nos indignations et nos dénonciations mais elle doit aussi être une occasion de jeter sur los propres cultures un regard autocritique.
Sous toutes les latitudes, nous grandissons, nous autres femmes, avec la conviction qu’il est indispensable de modifier notre corps pour le rendre appétissant, pour plaire à l’autre. Il y a toujours quelque chose en trop (dans ma culture : le duvet, la graisse, les rides, la cellulite) et quelque chose en moins (dans ma culture : une poitrine généreuse et ferme, des parfums délicats, du maquillage, des vêtements à la mode). Et le message sous-jacent ne change pas non plus avec la géographie : personne ne t’aimera comme tu es, personne ne voudra se marier avec toi. Dans ce discours, un discours qui malheureusement est en train de devenir universel, l’amour et le bien-être, sous le déguisement trompeur de la vie en couple, restent conditionnés par l’image.
Toujours plus d’hommes tombent dans ce piège, mais nous autres femmes avons des siècles d’expérience Dans ce domaine et nous connaissons sur le bout des doigts la double morale qui fait de notre anatomie le meilleur cadeau et le pire châtiment. Le corps et son image sont le sauf-conduit ou la condamnation aux diverses étapes de la vie : être mince ou obèse, pudique ou coquette, réservée ou dissolue, discrète ou délurée. Le corps et sa biologie nous marquent aux yeux de la société à travers le tamis de la sexualité : notre état d’esprit, notre tempérament, notre caractère, sont censés s’expliquer par la pure physiologie et n’échappent jamais aux commentaires narquois. Depuis la jeune femme marginalisée qui échoue dans la maquila mexicaine ou dans l’atelier philippin et doit se soumettre mois après mois à un test de grossesse dans l’entreprise sous la menace de perdre son travail si elle s’y refuse ou si elle s’avère être enceinte, jusqu’à la ministre espagnole ou la présidente argentine jugées avant tout sur leur tenue ou sur la manière dont elles s’acquittent de leur rôle d’épouses ou de mères, le critère pour qualifier toute femme, passe d’une manière ou d’une autre par le corps. Par une double perversion, on nous fait croire que nous sommes un corps sans nous enseigner à nos l’approprier, à l’habiter et à le vivre en liberté. Liberté de choisir quand, comment et avec qui l’habiller, en jouir, le dénuder, le partager et l’aimer comme véhicule de nos déplacements et de notre communications avec le monde.
La gauche non plus n’a pas tout à fait compris que nous ne sommes une propriété collective. Combien de révolutions ne réclament-elles pas la récupération et l’usufruit de leurs terres, de leurs ressources et de leurs femmes ? Combien de camarades appellent-ils leurs compagnes ma femme ? Les mots ne sont pas innocents : ils reflètent des cosmovisions, des croyances, des présupposés. L’argument apparemment le plus solide pour affirmer que le féminisme est dépassé se fonde sur la participation des femmes à la vie publique, mais le chemin est long et les idées gardent toute leur pertinence. La rage du féminisme des années 1970 nous manque : ces femmes que la majorité considère toujours avec malveillance comme des folles parce que l’unique image médiatique qu’on en a retenu était celle des soutiens-gorges qu’elles brûlaient, sans reconnaître que tout mouvement social a besoin d’une impulsion radicale pour mettre sur la table ce qui est urgent et important. Nous avons aujourd’hui besoin de celles qui posèrent l’aliénation de leur propre corps comme la racine du contrôle patriarcal et donc, sa conquête comme la voie d’une authentique libération.
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala



Laissez les femmes en paix !

Cartoons: Ben Heine, Tlaxcala

Référendum Mayotte : signez la pétition ! Sinyé pétisyon la تومار را امضا کنید

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Signez la pétition
Non au référendum illégal à Mayotte, territoire occupé !
Départementalisation de Mayotte : un troisième référendum nul et non avenu
Communiqué de l'association
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Sign the petition
No to the Illegal Referendum in the Occupied Territory of Mayotte!

Integration of Mayotte as Overseas Department: a Third
Invalid Referendum
Press release from the association
Survie

Unterschreibt die Petition
Nein zum illegalen Referendum im besetzten Gebiet Mayotte!
Integration von Mayotte als Übersee-Département: ein drittes
[1] Referendum null und nichtig
Pressemitteilung von
Survie

Firmad la petición

¡No al referéndum ilegal en Mayotte, territorio ocupado!

Departamentalización de Mayotte: un tercer referéndum nulo y sin valor
Comunicado de la Asociación
Survie

Subscrevei o abaixo-assinado
Não ao referendo ilegal em Mayotte, território ocupado!
Departementalização de Mayotte: um terceiro referendo nulo e sem valor
Comunicado de imprensa da associação
Survie

تومار را امضا کنید
به رفراندوم غیرقانونی در مناطق اشغال‌شده‌ی مایوت نه بگوییم

Sinyé pétisyon la
Référendòm atè Mayòt : sé AWA nou ka di awa !

vendredi 6 mars 2009

Pour la libération immédiate et sans conditions de Nouhoum Keita, journaliste à Radio Kayira (Mali)



Nous apprenons avec surprise et consternation l’incarcération à la prison centrale de Bamako de notre camarade Nouhoum Keita. Il a été interpellé après avoir dénoncé sur l'antenne d'une radio l'existence d'un passeport falsifié à son nom et sa décision de porter plainte contre X.
De victime il se retrouve ainsi coupable (lire ci-dessous un petit résumé).
Journaliste à la radio associative Radio Kayira, membre de la Coalition des alternatives africaines, dette et développement (CAD Mali), militant infatigable pour les droits et la justice sociale, Nouhoum Keita est bien connu de nombre de nos associations (notamment de la plate-forme Dette & Développement qui regroupe 27 associations et syndicats français) avec lesquelles il a participé aux forums sociaux, aux manifestations contre les privatisations des services publics, pour l’annulation de la dette, contre les nouveaux accords économiques et commerciaux…
Cette arrestation se situe dans un contexte général de pressions et d'intimidations contre les mouvement sociaux au Mali. Et ce au moment même où la population malienne subit de plein fouet les conséquences des orientations libérales de son gouvernement (privatisation du chemin de fer, de la filière coton, expropriation des paysans de l’Office du Niger…).
La mobilisation sociale s'organise au Mali pour exiger sa libération avec le soutien de l'Union des journalistes du Mali. Un sit-in a eu lieu hier devant le siège de la radio, une marche de protestation est prévue la semaine prochaine.
Nous nous associons à ce mouvement et, avec lui, exigeons la libération immédiate et sans condition de Nouhoum Keita et l’éclaircissement rapide de cette affaire.
A Paris, le 5 mars 2008
Attac France, CADTM France, Survie
Contact : Zoul /
contact@survie-paris.org. / 06.88.93.35.71 – Anne : 06 72 35 77 85
Ecouter Nouhoum Keita, interviewé lors du forum social du Burkina Faso, en 2007 :
http://www.afriradio.net/audio12.html
Message de soutien à adresser à Radio Kayira - fax : 00 223 20 24 87 82.
Message de protestation à la présidence du Mali :
presidence@koulouba.pr.ml
A l’ambassade du Mali en France : Fax : 01.45.48.55.34

Résumé :
Il y a 6 mois, ayant appris l'existence d'un faux passeport établi à son nom utilisé dans le cadre d'une malversation financière, Nouhoum Keita est parti s'en plaindre à la police. Entendu par le tribunal, il a été soumis à une confrontation avec la personne victime de cette escroquerie qui a formellement reconnu que Nouhoum n'avait rien à voir dans cette affaire. Le tribunal a alors signé un mandat de dépôt, Nouhoum a été déféré puis relâché le même jour, en liberté provisoire.Le 25 février dernier, il annonce sur l'antenne d'une radio libre de Bamako qu'il entend constituer un dossier et porter plainte contre X. A 10 heures, le lendemain, il est arrêté et déféré à la prison centrale de Bamako, sans autre forme de procédures par le magistrat en charge du dossier. L'Union des journalistes a immédiatement engagé une procédure de mise en liberté provisoire. Une demande de mise en liberté provisoire a été signée par le magistrat le 28 février et remise au procureur général qui n'a pas réagi jusqu'à préseNT;

Lisez l'intervention de Nouhoum Keita
au cours d’une conférence de presse à la Maison de la presse du Mali en octobre 2008

jeudi 5 mars 2009

Vie quotidienne au Benaliand

Du poste de police de La Goulette à Bouchoucha
Par Saadia Ali , Tunis, 4/3/2009

Dans la fourgonnette, nous avons été mis à l’arrière, deux hommes et moi-même. Le conducteur et son adjoint étaient à l’avant. Ce dernier buvait bière sur bière. Il avait sa réserve sous le siège. Dès qu’ils voyaient une femme conduire, ils sortaient leurs têtes pour de la drague. Vulgaires.

Et voila ce que j'ai vu de mes propre yeux au poste de Bouchoucha à Tunis le temps d’une nuit de garde à vue : Les gardiens qui donnent des coups de pied à des femmes âgées. La cause de leur détention, je l’ai sue : elles demandent la charité dans la rue. La police leur retire l'argent et le lendemain, elles sont emmenées au tribunal, condamnées à une amende et relâchées.
Beaucoup de jeunes filles pauvres sont ramenées de restaurants de Tunis. Comme elles ont faim, elles rentrent et demandent à des hommes de leur offrir un repas. Ensuite, elles sont dénoncées et embarquées par la police après un contrôle d’identité.
Et tous ces malheureux embarqués à Bouchoucha : j'ai vu deux hommes, un accroché aux barreaux de la cellule comme Jésus, et l'autre, dans le couloir, menotté et accroché au sol sur le ciment et ils n’ont cessé de hurler de souffrance.
Moi, je n’ai pas dormi de la nuit. Une femme m’a raconté que lorsqu’elle avait été arrêtée, elle a été gardée à vue dans la même cellule qu’un assassin. Elle a eu si peur de lui qu’elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, craignant d’être tuée à son tour.
A Bouchoucha, seuls les premiers arrivés ont droit à de la « nourriture », mais c’était tellement écoeurant que je n’y ai pas touché. Quant à l’eau, il y a deux bouteilles même pas remplies, et sans verre, pour toutes les prisonnières qui se les repassent et doivent boire au goulot.
Il y avait des matelas pas très nets dans certaines cellules, mais pas assez pour tout le monde, pas même pour les femmes âgées ou les malades. Les fenêtres sont cassées en plein hiver et la pluie tombait à l’intérieur.
Les gardiens sont des hommes qui utilisent de gros mots, très vulgaires. Cette violence donne le frisson.
Le lendemain matin c’est à coups de pieds que tout le monde a été réveillé pour aller au tribunal. Il y en a en uniforme noir, plus les civils, plus la police qui est en bleu. Ils ont tous l’autorisation de frapper. On nous a fait sortir dans la courette. Je ne comprenais rien.
Ils crient tous en même temps, bousculent les gardés à vue, donnent des ordres dans tous les sens, nous embrouillent la tête. A la moindre erreur, c’est le tabassage et les humiliations. Tous les hommes ont été menottés, pas moi.
Dans la fourgonnette pour le tribunal, j’étais assise entre le conducteur et son adjoint. Les hommes ont été mis à l’arrière.
Quelques jours plus tard, alors que j’étais en liberté, j’ai vu un jeune qui avait l’âge d’être mon fils, avec un nez éclaté, on voyait l’os ! Amicalement, je lui ai demandé s’il s’était bagarré. Il m’a dit « non, j’avais bu et j’ai été contrôlé. Le policier a mis son nez dans ma bouche. Quand il a compris que j’avais bu, il m’a éclaté le nez ». Je lui ai demandé s’il allait porter plainte. Il m’a dit « porter plainte où ? » « Il n’y a qu’auprès de Dieu que je puisse porter plainte ! »
Les souvenirs de Bouchoucha m’ont travaillée. J’ai repensé à ces vieilles mendiantes, systématiquement dépouillées par la police de l’argent qu’elles avait récolté, et remises en liberté… pour aller mendier ! Et encore arrêtées, et dépouillées. Au fait, c’est la police, c’est l’État qui les utilise pour mendier ?
Et puis, où aller dans ce pays ? Vous allez dans une mosquée, vous êtes arrêté, vous allez dans un café pour boire ou dans un restaurant pour manger, vous êtes arrêté, de la même façon…

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°8) - Moi, Modibo, expulsé "comme un animal"

par Marie Barbier , L'Humanité
Témoignage. Depuis Bamako où il a été expulsé depuis une semaine, Mobido Sissoko, 41 ans dont vingt en France, témoigne de son expulsion, alors qu’il était en grève de la faim.
Il a le souffle court, parle lentement. Gêné. Depuis une semaine, Modibo Sissoko est de retour à Bamako, capitale du Mali, après vingt ans d’absence. Il souffle : « J’ai rien ici. Je connais pas. » Et s’inquiète : « Comment je vais récupérer mes affaires qui sont restées en France ? ». À quarante et un ans, cet homme a vécu autant à Paris qu’à Bamako. Arrivé en 1989 en France, il a travaillé pendant vingt ans dans le bâtiment. Plusieurs fois licencié parce que sans papiers, il avait néanmoins obtenu de son dernier employeur une promesse d’embauche, indispensable à sa demande de régularisation par le travail. Rendez-vous était fixé en préfecture le 12 mars.
Mais fin janvier, Modibo Sissoko est arrêté à proximité de son foyer à Viry-Chatillon. À la suite d’un refus d’embarquer, il est sous le coup d’une interdiction du territoire français de trois ans prononcée par le tribunal de grande instance de Lyon en 2007. Il a beau montrer sa convocation en préfecture, rien n’y fait, Modibo est placé au centre de rétention administrative (CRA) de Palaiseau, en attendant sa probable expulsion. Le 14 février, les retenus du centre votent la grève de la faim. « Dans le centre, les sans-papiers sont traités comme des criminels, explique Modibo. On remplit les caisses de l’État en payant des impôts et après on est traités comme des chiens. »
Vendredi 20 février, Modibo est « extrait », comme dit le vocabulaire officiel, du CRA pour être « éloigné du territoire ». Mais le commandant de bord le débarque. Selon la préfecture, son comportement n’était pas de nature à ce que le vol se déroule sereinement. Selon le Réseau Éducation sans frontières (RESF), le commandant de bord aurait refusé d’embarquer sans assistance médicale une personne affaiblie par une semaine de grève de la faim. Modibo est ramené au CRA. Son répit est de courte durée. Deuxième tentative d’expulsion le lundi. Modibo Sissoko, escorté par six policiers, dit alors avoir été violemment « agressé » : « J’avais les pieds scotchés au siège, les mains menottées dans le dos. J’étais attaché comme un animal. Plié en deux, je n’arrivais pas à respirer. »
Au point que plusieurs passagers interviennent. L’Association malienne des expulsés (AME) qui a accueilli Modibo à l’aéroport a recueilli le témoignage de l’un d’entre eux, prêt à témoigner devant la justice. « Il a été touché violemment, confirme Alassane Dicko, secrétaire permanent de l’association, employant un euphémisme par peur des poursuites. L’un des passagers nous a dit qu’il hurlait comme une bête. » Les passagers organisent une collecte : 560 euros pour que Modibo ne rentre pas sans rien à Bamako.
Depuis son « rapatriement » comme il dit, Modibo dit « avoir mal partout », particulièrement au dos. Il doit aller voir un médecin aujourd’hui. L’Association malienne des expulsés s’inquiète du changement de nature des expulsions : « Depuis décembre, les expulsés ont changé, remarque Alassane Dicko. Nous voyons arriver de plus en plus de gens qui étaient depuis très longtemps en France, quinze ans, même vingt-deux ans la semaine dernière. L’un vient de sortir du bureau, il a sa femme et ses enfants en France, il ne comprend pas ce qui lui arrive. »

mercredi 4 mars 2009

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°7) - AREVA et le soudeur leucémique, un conte de Carême

Il était une fois un salarié, appelons-le Michel, qui travaillait comme soudeur dans une entreprise de sous-traitance, laquelle travaillait pour une entreprise de l'industrie nucléaire en France, filiale d'AREVA, à savoir la COMHUREX, à Narbonne.
Au cours d'un des contrôles, une contamination à l'uranium fut révélée. L'entreprise ne dit rien au salarié. Il perdit sa place un peu plus tard après quelques ennuis de santé. Sept ans plus tard, une leucémie se déclara.
Le médecin lui demanda son passé professionnel et demanda à voir le dossier de la période nucléaire. Après beaucoup d'efforts, Michel put enfin récupérer son dossier pour y découvrir... la contamination dont il avait été victime.
La maladie professionnelle fût reconnue, mais Michel décida alors de commencer un combat pour faire reconnaître une faute de l'employeur.
Ce combat dure depuis 14 ans !!!
Tout récemment encore, un expert mandaté par le Tribunal décida de visiter l'établissement où s'était passé l'évènement. Michel demanda à être accompagné par un expert, afin de faire face aux experts scientifiques et juridiques de l'usine. L'expert accepta.
Une fois devant l'usine, le directeur refusa que Michel soit accompagné, l'expert s'inclina devant la demande et Michel dût faire face seul à tous les experts.
Ainsi va la justice en France quand il s'agit du nucléaire !!!
Jeudi 26 mars à 9h, nous serons tous au tribunal de Narbonne pour soutenir Michel contre AREVA et sa filiale.
Des rencontres sont prévues durant la matinée
La présence de la CRIIRAD qui a suivi le dossier est d'ores et déjà annoncée

mardi 3 mars 2009

La condamnation d’Alfredo Astiz par la justice italienne est confirmée en cassation : prison à vie pour le tortionnaire argentin

Vols de la mort et disparus
par Gennaro CAROTENUTO, 27/2/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Cela semble être une réponse des juges à la frivolité de Silvio Berlusconi, qui, quelques jours auparavant, avait blagué sur les vols de la mort sous la dictature argentine* . Hier jeudi 26 février, la Cour de Cassation de Rome a confirmé la condamnation définitive à la réclusion à perpétuité pour Alfredo Astiz, assassin de trois citoyens italiens, Angela Maria Ajeta, Giovanni et Susanna Pecoraro, torturés et assassinés par le même Astiz. Celui-ce était à l’époque lieutenant de marine, connu sous le surnom d’ « Ange de la Mort », à l’ESMA, l’École de mécanique de la marine militaire argentine convertie en camp de concentration et d’extermination et aujourd’hui Musée de la mémoire.


L'ESMA


Astiz a déjà été condamné à la prison à vie en France pour l’assassinat de deux religieuses, Alice Dumont et Léonie Duquet, lorsque l’Ange blond s’était infiltré dans le premier groupe des Mères de la Place de Mai, qui se réunissait à l’Église de Santa Cruz à Buenos Aires, se faisant passer pour le frère d’une disparue, séquestrant, torturant et assassinant douze personnes. Il est actuellement enfermé en Argentine dans l’attente de son procès**.

Il était en outre l’un des collaborateurs les plus proches de l’amiral Massera, dans le système des vols de la mort, où les prisonniers politiques, après avoir été torturés, étaient jetés vivants dans l’Océan Atlantique.
Dans son réquisitoire final, le substitut du Procureur général de la Cour de Cassation, Luigi Ciampoli, a requis et obtenu la confirmation de la condamnation à la perpétuité pour Astiz, déjà condamné le 24 avril dernier par la Cour d’Assises de Rome pour « la férocité inhumaine documentée par des faits et des témoignages », en même temps que Jorge Eduardo Acosta, Antonio Vanek et Jorge Raul Vildoza, qui n’ont pas fait appel de leur condamnation.

Angela Maria Ajeta était la mère d’un dirigeant de la Jeunesse Péroniste Dante Gullo, d’origine calabraise et tant la Région Calabre que la Province de Cosenza et et l’État italien s’étaient constitués partie civile dans le procès. Elle avait été capturée, torturée et assassinée pour exercer un chantage sur son fils.
Giovanni Pecoraro n’était pas non plus un guérillero mais un simple entrepreneur du bâtiment. Sa faute avait été de vouloir rencontrer sa fille Susanna, elle aussi militante de la Jeunesse Péroniste, une organisation non armée, tout comme 95% des 30 000 disparus, qui n’appartenaient pas à organisations de guérilla. Susanna, enceinte, fut exécutée après avoir donné naissance à une fille, dont la trace n’a été retrouvée qu’en 2007 par les Grands-mères de Mai, l’organisation qui s ‘occupe de retrouver les enfants de disparus que les militaires ont fait disparaître à leur tour en les faisant adopter.

Pour la défense d’Astiz, aucune de ces personnes n’est morte mais elles ont simplement fait disparaître leurs propres traces.

On attend maintenant une confirmation de la demande d’extradition d’Astiz par la justice italienne. Courageux pour ce qui était de trahir les mères, torturer des hommes entravés et des femmes enceintes et les jeter ensuite dans l’Océan avec les vols de la mort – ceux sur lesquels plaisante Silvio Berlusconi (membre de la loge P2 tout comme l’amiral Massera) -, Astiz s’est aussi rendu célèbre pour avoir été le premier officier argentin à se rendre à l’armée britannique durant la guerre des Malouines (Falklands) en 1983. Pendant que des centaines de jeunes appelés se faisaient massacrer ou mouraient de froid, lui ne tira pas un seul coup de feu.


NdT :
*Au Palais des Sports de Cagliari, Berlusconi, répondant à ceux qui l’accusaient d’être un dictateur, a fait une blague sur la dictature argentine, disant des prisonniers politiques jetés dans le Rio de la Plata depuis des avions par leurs tortionnaires : “Ils les emmenaient en avion avec un ballon…Ils ouvraient la porte et, s’il faisait beau, ils les envoyaient jouer dehors. »
** À notre connaissance, Astiz a été remis en liberté en décembre 2008.

Alfredo Astiz
Alfredo Astiz naît le 17 novembre 1950. Lieutenant de frégate affecté à l’École Mécanique de la Marine (ESMA), il est chargé d’un groupe d’infiltration. Très vite, il tentera de noyauter le groupe des Mères de la Pace de Mai sous le nom de Gustavo Niño, prétextant un frère disparu.
En décembre 1977, Astiz est impliqué dans la disparition de deux sœurs françaises, Sœur Alice Domon et Sœur Léonie Duquet, dont les corps ne seront jamais retrouvés.
En 1978, il est en France sous le nom d’Alberto Escudero, où il est chargé d’infiltrer les milieux réfugiés argentins.
En juin 1979, il est nommé attaché naval adjoint en Afrique du Sud.
Lors de la Guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre, il est responsable de l’île principale de Géorgie, et signera l’acte de reddition le 10 juin 1982. Il sera fait prisonnier par les Anglais.
Le 22 décembre 1987, Alfredo Astiz est promu capitaine de corvette.
En janvier 1998, le Président Carlos Menem signe le décret destituant l’officier en raison d’une attitude irresponsable ayant entraîné une très grave situation affectant le prestige de la marine, ainsi que d’autres institutions.
En 1985, la France lance un mandat d’arrêt international contre l’« Angle blond », dans l’affaire concernant Soeur Alice Domon et Soeur Léonie Duquet, enlevées les 8 et 10 décembre 1977. En l'absence de convention d'extradition entre la France et l’Argentine, Astiz reste toutefois en Argentine.
En 1987, en Argentine, s’ouvre finalement au Tribunal Fédéral de Buenos Aires le procès concernant les deux religieuses. La plainte concerne 21 officiers et sous-officiers de la Marine, dont Alfredo Astiz. Seize témoins comparaissent mais tous sont d’anciens militants Montoneros, une organisation appartenant à la guérilla sous la dictature. Ils seront qualifiés de “partisans” et leurs témoignages ne seront pas pris en compte. L’Ange blond ressort libre du procès, acquitté pour faute de preuves.
Le 20 octobre 1989, la France annonce le procès par contumace d’Alfredo Astiz, pour son implication dans les disparitions des deux religieuses. La Chambre d’accusation de Paris renvoie Astiz, accusé de complicité d’arrestations illégales et de séquestration de personnes avec tortures corporelles, devant la Cour d’Assises. Le 16 mars 1990, le procès s’ouvre devant la Cour d’Assises de Paris. Astiz est condamné à la prison à perpétuité. Par cette condamnation, la France “emprisonne” Astiz en Argentine, car tout pays engagé par une convention d’extradition avec la France peut désormais l’arrêter.
En juillet 2001, puis en novembre de la même année, sont lancés deux mandats d'arrêt internationaux contre Alfredo Astiz. Le premier dans une affaire italienne (l’enlèvement de Angela Maria Aieta, Juan Pecoraro et sa fille Susanna), et le second par la justice suédoise (l’enlèvement et le meurtre de Dagmar Hagelin). Les deux demandes seront rejetées quelques mois plus tard.
En juillet 2003, encore une fois, Astiz est arrêté chez lui, à Mar del Plata. Le même jour est abrogé le décret argentin interdisant l’extradition. La France demande le surlendemain son extradition. Début septembre, Astiz est remis en liberté, pour être réarrêté le 16. L’Argentine refuse l’extradition vers la France le 23 septembre 2003. Astiz ressort, encore une fois, libre.
Source : Trial Watch

Lire Tristan Mendès France, Gueule d’ange , sur l’ex-tortionnaire argentin Alfredo Astiz, éditions Favre, 2003

Source : VOLI DELLA MORTE E DESAPARECIDOS : A ROMA ERGASTOLO PER L’ANGELO DELLA MORTE


lundi 2 mars 2009

Gwadloup : Autour du meurtre de Jacques Bino

Mardi 24 février, les sections SNADGI-CGT de nombreux sites des impôts ont organisé un vénéré pour Jacques Bino.
Jaki était connu pour son engagement, son intelligence et son grand calme, à la fois par des anciens collègues qui l’ont connu lorsqu’il était en poste en France – en Seine Saint-Denis de 1989 à 1993 - et des camarades cégétistes qui ont eu l’occasion de travailler anlyanné avec le fondateur de la première section CGTG (CGT Guadeloupe) des impôts et membre du mouvement Akiyo.
A Paris aussi, à 7 000 km de la Guadeloupe, l’émotion était palpable. Rendre hommage à la mémoire de Jacques était aussi une manière pour les militants de la CGT de soutenir la lutte du peuple guadeloupéen et de dénoncer la volonté délibérée du gouvernement Fillon de pourrir le climat social plutôt que d’appuyer, par les moyens à sa disposition, les revendications de justice sociale des citoyens de la Guadeloupe.
L’excellent blog
Chien créole de Frédéric “Trikess” Gircour, après avoir relaté l’arrestation – le 20 février – puis la libération de Patrice, un habitant de la cité Henri IV de Lapwent violemment interpelé à son domicile, interrogé et rapidement innocenté, continue de suivre les développements de l’enquête autour du meurtre de Jacques qui était un des membres du Lyannaj Kont Pwofitasyon.
Samedi 28 février, cinq nouveaux suspects ont été déférés au parquet. Le Chien créole a rencontré l’avocat du principal accusé – mais toujours présumé innocent – et a pu participer à la conférence de presse organisée par le procureur de la République au palais de justice de Lapwent. On retient de tout cela un sentiment très mitigé tant les faits semblent beaucoup plus embrouillés et bien plus flous que ceux annoncés, quelques heures après l’homicide dont a été victime Jacques Bino, par le ministère de l’intérieur.
D’une part le procureur a confirmé qu’il y avait bien, au moment où la voiture dans laquelle se trouvait Jacques Bino a tenté de faire demi-tour à un barrage, une fusillade entre des agents de la BAC et des jeunes émeutiers. Sans accuser les forces de police – elles sont, elles aussi, présumées innocentes jusqu’à preuve du contraire, le témoignage recueilli par Frédéric Gircour quelques heures après les faits (voir son billet du 18 février) affirme que le coup de feu qui a touché Jacques Bino au thorax ne venait pas du barrage. Cela ne permet pas, au stade actuel, d’accuser qui que ce soit ; en revanche, cela pourrait peut-être innocenter quelque coupable idéal jeté en pâture afin de clore l’enquête le plus rapidement possible, quitte à y sacrifier la vérité.
D’autre part, le principal suspect, qui s’est présenté de manière spontanée aux forces de police après avoir appris qu’il était recherché, n’a pas, après 48 heures de garde à vue – dont 24 heures sans voir sans avocat, reconnu les faits qui lui sont reprochés. La police scientifique aurait retrouvé à son domicile deux balles du même type que celles ayant mortellement touché Jacques Bino (des balles Brenneck de calibre 12 interdites à la vente en Guadeloupe depuis 2004 d’après Frédéric Gircour) mais pas l’arme ayant servi à tirer. Le suspect se serait débarrassé de son fusil à pompe mais pas des balles ?
Restent des témoignages “très précis” d’après le procureur. Il faut espérer qu’ils le soient plus que ceux ayant servi à saccager l’appartement de la grand-mère du jeune Patrice, cet étudiant en droit évoqué plus haut qui doit sa liberté au fait qu’il était en train de dialoguer sur MSN Messenger au moment des faits.
Il y a près de 42 ans, dans le contexte de la grève des ouvriers du bâtiment pour obtenir 2% d’augmentation, tombait un autre Jacques, Jacques Nestor, militant syndical et membre du GONG. Comme les 80 à 100 victimes des massacres de mai 1967, il n’a pas à ce jour obtenu justice. Jacques Bino, en tant que membre du LKP, en tant qu’héritier des luttes passées en pays Gwadloup, demandait justement à ce que soient poursuivis les responsables des massacres de mai 67 et à ce que réparation soit donnée aux victimes et à leurs ayant-droits. C’est à notre tour de demander à ce que les responsables les plus directs de la mort de Jaki soient poursuivis et condamnés. C’est à notre tour de veiller à ce que sa famille obtienne justice et protection.

En France, le syndicat SNADGI-CGT centralise les dons pour venir en aide à Marie-Antoinette Datil, veuve de Jacques Bino, et à leur fils Cédric. Les chèques sont à adresser à l’ordre de SNADGI CGT SOLIDARITE en indiquant Solidarité Jacques Bino au dos et à envoyer à BS CGT – 263 rue de Paris – 93516 Montreuil Cedex.
A la Guadeloupe, contactez la CGTG – 4 Cité artisanale Bergevin – 97110 Pointe-à-Pitre – tél. : 0590 82 34 61.

Solidarité avec celles et ceux de Ouzioua, Taliouine, Marrakech, Sidi Ifni, Fès, Khénichet, Imintanout, Khénifra, du Rif…

Réseau de solidarité avec les militants du Souss (RSMS)
Solidarité Maroc 05 AZLS Tlaxcala
Lettre n°2 Gap-Carcassonne-Paris, 2 mars 2009

À Imintanout, on ne célèbrera pas la Fête du Trône…


NOUS AVONS APPRIS AVEC SOULAGEMENT QUE LES MILITANTS DU SOUSS INCULPÉS DANS LES DOSSIERS 1245/08 ET 1348/08 ONT ÉTÉ RELAXÉS LE 26 FÉVRIER.

NOUS CONTINUONS À EXPRIMER NOTRE SOLIDARITÉ TOTALE AVEC LES 8 MILITANTS D´OUZIOUA ET DE TALIOUINE QUI SERONT TRADUITS DEVANT LE TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE À TAROUDANT LE 12 MARS 2009 POUR AVOIR PARTICIPÉ À UNE MANIFESTATION PACIFIQUE.
NOUS PROTESTONS CONTRE LA GÉNÉRALISATION DE RÉPRESSION ET D’INCARCÉRATION À L’ENCONTRE DES MILITANTS ASSOCIATIFS DONT LE SEUL CRIME EST DE LUTTER POUR LES DROITS POLITIQUES ET CIVILS, POUR LA VÉRITÉ, LA JUSTICE ET LE MIEUX VIVRE DE LA POPULATION :

- Ainsi, nous demandons d’urgence la libération de Zahra Bodkor et des étudiants de Marrakech détenus injustement depuis 9 mois pour avoir réclamé de meilleures conditions d’études et de vie

- Nous demandons la libération des détenus de Sidi Ifni, incarcérés dans des conditions inhumaines depuis 8 mois pour avoir protesté contre le manque de perspective d’avenir de la population, en particulier celle des jeunes. Ils seront traduits en justice le 5 mars

- Nous demandons la relaxe des paysans pauvres et des ouvriers agricoles de Khénichet, obligés de se réfugier sur les hauteurs à cause des inondations, sans aide ni secours, qui n’en pouvaient plus de supporter la pluie et le gel, condamnés de deux à dix mois de prison et de lourdes amendes, pour avoir demandé la justice et l’aide.

- Nous demandons la relaxe des 13 habitants d'Imintanout (région de Chichaoua), l'un des villages les plus dévastés lors des inondations d'octobre, arrêtés pour avoir protesté contre le retard de l'aide alimentaire .

- Nous demandons la libération du militant Chekib Khiari, reconnu et respecté par tous les habitants du Rif et bien connu à l'étranger, en garde à vue depuis le 17 février pour avoir révélé la vérité à propos de trafic de drogue, déclaré prisonnier d’opinion par Amnesty International .

- Nous demandons la libération des 10 étudiants de l’université de Fès, humiliés, réprimés violemment et incarcérés pour s’être mobilisés contre le pacte national dont l’ objectif final est la privatisation de l’université marocaine.

- Nous demandons la libération des dix élèves du lycée Abou El Kacem Ezzayani de Khénifra, incarcérés pour avoir fait exploser un pétard lors de la fête de l’Achoura, et considérés comme une "bande" puisqu’ils étaient dans la même classe ! Incarcérés à Sidi Saïd à Meknès, ils seront jugés le 17 mars.

- Et nous demandons la libération de tous ceux qui se trouvent également humiliés, réprimés, emprisonnés mais dont nous n’avons pas entendu parler…

L’hiver a été rude au Maroc, il y a eu des morts de froid et de faim dans la neige, des morts sous leur maison écroulée ou emportés par les eaux, des malades sans aide médicale, des femmes enceintes qui perdent leur bébé (faute de moyens de transport et de centre de santé proche)…, et il y a eu la répression…
Nous espérons que le printemps apportera l’espoir d’une vie un peu meilleure dans le cœur de ceux qui souffrent « dans le plus beau pays du monde » …
Merci à toutes celles et tous ceux qui envoient des lettres de protestation.

Réseau de solidarité avec les militants du Souss*
Solidarité Maroc 05
Gap, Hautes-Alpes, France
Alliance zapatiste de libération sociale
Carcassonne-Paris
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
Monde
MESSAGES DE PROTESTATION À ENVOYER PAR FAX À :
M. Le Premier Ministre : - Fax : 00 212 037761777
M. Le Ministre de la Justice : - Fax 00 212 037723710
M. Le Ministre de l’Intérieur: Fax 00 212 037766861 ou bien 212 037767404
M. le gouverneur de Taroudant Fax 00 212 028852018
M. le Wali (Préfet) d’Agadir Fax 00 212 028840249

Ou bien votre protestation à :
Premier ministre :
courrier@pm.gov.ma,
Ministre de la Justice :
courrier@mj.gov.ma
Ministre de l'Intérieur :
courrier@mi.gov.ma
Ou bien aux adresses suivantes :
Le ministre de la Justice :
http://www.annuaires.justice.gouv.fr/inc_alias/contact.php?contact=annuaires
Le ministre de l'Intérieur :
http://www.interieur.gouv.fr/sections/contact/ministre/ministre
Le Premier ministre :
http://www.pm.gov.ma/fr/contact.aspx

* Si vous voulez rejoindre le Réseau, écrivez à solidmar05[at]gmail.com

mercredi 25 février 2009

Manifeste pour les « produits » de haute nécessité

Les rapports entre Guadeloupéens et Martiniquais, peuples issus de la traité négrière et toujours colonisés par la France en ce XXIème siècle, ne sont pas sans rappeler les rapports entre Français et Allemands au XIXème siècle : les premiers faisaient les révolutions, les seconds les théorisaient. La Guadeloupe est soulevée depuis le 20 janvier dernier en une grève générale qui mobilise à la fois salariés, chômeurs et consommateurs, sous la direction d'une coordination originale regroupant 50 organisations et mouvements, sociaux, politiques et culturels. Cette coordination, appelée Lyannaj kont pwofitasyon défend un vaste programme revendicatif en 149 points qui exprime, au-delà de revendications immédiates d'augmentations de salaires et de baisse des prix des produits de consommation, une vision d'un autre possible. À la Martinique, où une grève de moindre ampleur a été déclenchée deux semaines après la Guadeloupe, neuf intellectuels et artistes, dont les plus connus sont les écrivains Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, vient de publier une manifeste qui propose des perspectives philosophiques et poétiques aux mouvements sociaux de la Caraïbe et d'ailleurs.Ce manifeste mérite réflexion et débat. (FG)
C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj [1] qui est d'allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé – est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

GRÈVE LÉGITIME
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent. Dès lors, derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose
Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La "hausse des prix" ou "la vie chère" ne sont pas de petits diables-ziguidi [2] qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires – non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte "d'épuration éthique" (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être "consommateur" ou bien être "producteur". Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait
André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste. Alors, quand le "prosaïque" n'ouvre pas aux élévations du " poétique ", quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont "le pouvoir d'achat" ou "le panier de la ménagère". Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les "produits de premières nécessités", d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une "haute nécessité". Par cette idée de "haute nécessité", nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces "produits" de haute nécessité ?
C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le "déterminant" ou bien le "décisif" s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses. L'imbroglio des pseudo-pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos "présidents locaux" pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudo-pouvoirs.
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée [3] et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement... Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay [4] aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du "Marché" et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par " l'esprit colonial " et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.

VICTIMES D'UN SYSTÈME FLOU, GLOBALISÉ
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production seraient des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables "producteurs" – chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes – incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique. On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.On peut renvoyer la Sara [4bis] et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles [5] d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto [6] de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple "emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création – créaconsommation. En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman [7] de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

NOUS APPELONS À UNE HAUTE POLITIQUE, À UN ART POLITIQUE
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans [8] qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...
Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...
- Ernest Breleur, artiste plasticien
- Patrick Chamoiseau, écrivain
- Serge Domi, sociologue
- Gérard Delver, écrivain
- Édouard Glissant, écrivain
- Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie
- Olivier Portecop, directeur du centre de ressources informatiques (université Antilles-Guyane)
- Olivier Pulvar, maître de conférences à l’université Antilles-Guyane
- Jean-Claude William, professeur de sciences politiques à la faculté de droit de Martinique

NDLR Basta!
1 – Lyannaj : processus d’unification dans la lutte évoquant l’acte amoureux (de lyan : liane, sexe masculin)
2 – Diables-ziguidi : diables surgissant d’une boîte, activés par un ressort
3 – Béké : désigne les membres de l’oligarchie blanche, héritiers directs des esclavagistes, qui contrôlent l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique.
4 - Bokay : près de la maison ; jardin-bokay : jardin potager (désignait le jardin vivrier des esclaves)
4bis - SARA : Société anonyme de la raffinerie des Antilles, appartenant à Total, Rubis, Esso et Texaco, qui assure le plus gros de l'approvisionnement en carburants des départements français des Amériques. Ses bénéfices sont passés de 5 à 50 millions d'Euros entre 2005 et 2007. Le mouvement social actuel en Guadeloupe a commencé par une action des entrepreneurs en décembre visant à obtenir une baisse des prix des carburants, obtenue en Guyane.
5 - Chiquetailles : restes, miettes
6 – Welto : jeu du bonneteau (avec 3 cartes ou des dés dans un gobelet)
7 - Déboulé sans manman : développement impétueux sans retenue (déboulé : défilé de Carnaval, course ; sans manman : sans éducation)
8 – An gwan lodyans : une grande assemblée où tout le monde parle et s’écoute

Ansanm nou ka lité ! Ansanm nou ké gannyé !

Alex Lollia, 49 ans, professeur de philosophie appartenant à la mouvance trotskyste (GRS, IVème Internationale), est secrétaire général de la Centrale des Travailleurs Unis (CTU), un syndicat très actif au sein du LKP (lire ici son long entretien avec Frédéric Gircour, rédacteur de l’excellent blog chien créole). Il a été violemment tabassé par des gendarmes au Gosier, le lundi 16 février en soirée. Il raconte.

AU PEUPLE MOBILISÉ !

Chers Camarades, du Centre Hospitalier de Pointe-à-Pitre, je vous adresse ces paroles pour vous rassurer sur mon état de santé. Je suis obligé de rester à l’hôpital puisque je souffre de lésions cervicales et de complications cardiaques consécutives à la violence des coups qui m’ont été portés par les forces de police. Ma date de sortie n’a pas encore été indiquée mais même si mon corps est atteint, mon esprit reste parfaitement intact et je pense que cette épreuve a encore augmenté ma lucidité et ma détermination.

J’étais comme beaucoup d’autres camarades en lutte sur le terrain et notre démarche était pacifique : c’est celle qui a été définie par le L.K.P.

Je suis un combattant aux mains nues ! Or en face de nous, les forces de police n’ont pas hésité à nous agresser sauvagement. Avec des camarades de l’U.G.T.G. et de la C.T.U., nous faisions tout pour calmer le jeu et encadrer les manifestants qui étaient pour la première fois venus nous apporter leur soutien. Nous avons vu tomber sur nous une véritable tornade de coups de matraque alors que nous avions déjà quitté les abords de la route nationale. Les « mamblos »1 nous ont pourchassés dans les ruelles de Belle-Plaine et même dans la mangrove, ils n’ont pas abandonné leur traque. C ‘est ainsi que j’ai compris qu’ils n’étaient pas seulement venus lever des barrages mais qu’ils étaient venus « casser du nègre » comme ils l’ont dit eux-mêmes. Ils m’ont encerclé et frappé. Je dois vous préciser ce qu’ils m’ont dit car je veux que vous compreniez à qui nous avons affaire. Lors que je recevais des coups de pieds
dans le ventre et que je me traînais par terre, voilà ce qu’ils m’ont dit :

« On a vu ta sale gueule à la télé, on va te la casser et tu ne pourras plus la montrer. On va vous casser sales nègres, chiens de nègres ! »

J’ai vu qu’ils traînaient par les cheveux, une femme du quartier qui manifestait son indignation lorsqu’ils m’ont frappé. Ma seule arme a été de crier, d’hurler ce qui a provoqué la colère des habitants du quartier. C’est comme cela que j’ai pu en réchapper. Je ne sais ce qui est advenu de cette dame et je lui envoie, de mon lit, mon salut militant. Je la remercie d’avoir eu le courage, elle qui m’a sauvé avec les voisins du quartier. On dit que les Guadeloupéens sont des lâches mais voilà un exemple d’engagement et de courage.

Je demande aux militants de resserrer les liens, de s’armer de courage, de renforcer la mobilisation. Il faut encore élargir nos rangs et approfondir notre combat. C’est toute la Guadeloupe qui est derrière nous. La victoire est à portée de mains. Nous avons écrit une belle page dans le combat pour l’émancipation : la liberté commence aujourd’hui !

Du fond de mon lit d’hôpital, je dis à tous mes frères :
« Ansanm nou ka lité ! Ansanm nou ké gannyé ! »

Alex LOLLIA / Pointe-à-Pitre, le 17 Février 2009

Le mot du jour : Détotyé Gwadloup

Petite leçon de créole : La Gwadloup est antotyé (entortillée), il faut la détotyé (détortiller), autrement dit la sortir du pétrin...


mardi 24 février 2009

La leçon guadeloupéenne/Lison gwadloup la

Au soir du 14 juillet 1789, la Bastille est aux mains des insurgés parisiens. Le Duc de Liancourt vient en informer le Roi Louis XVI. Celui-ci lui demande : "Mais, c'est une révolte ?" ; et Liancourt de répondre au Roi : "Non Sire, c'est une révolution !"


La Guadeloupe vit depuis le début du mois de décembre 2008 un mouvement d'insurrection pacifique absolument original dans l'histoire des colonies françaises, et qui n'est pas sans rappeler le mouvement déclenché en Oaxaca, au Mexique, il y a trois ans. Comme en Oaxaca, les organisations sociales, politiques et culturelles qui constituent le peuple en marche, sont parvenues à surmonter leurs divergences et égoïsmes pour fusionner en une coordination au nom magnfique : Lyannaj kont pwofitasyon (LKP). Le terme "coordination" traduit mal la dimension érotique du mot créole, qui vient du mot lyann - liane en français -, qui signifie aussi sexe masculin. Le terme évoque donc une unification fusionnelle dans la lutte qui s'apparente à l'acte amoureux. Quant à pwofitasyon, qu'on pourrait traduire par profitation, il évoque à la fois l'exploitation, et le profit qui est le but de cette exploitation.
Les Guadeloupéens donnent en ce moment une leçon à tous, à commencer par les habitants de l'hexagone, sur la seule voie à emprunter pour répondre à la crise que nous ont infligé les profiteurs et exploiteurs, camouflée en "crise hypothécaire" puis en"crise financière", alors qu'il s'agit purement et simplement d'une gigantesque opération visant à maintenir les taux de profits des capitalistes, fortement menacés par les luttes des plus exploités : migrants et prolétaires nomades, précaires, femmes, jeunes.
Ces luttes des dernières années n'ont pas eu l'honneur des médias planétaires. Citons-en quelques-unes : les grèves à répétition des jeunes travailleurs russes et roumains de l'industrie automobile, les grèves à répétition des 30 000 travailleurs de l'usine textile de Mahalla Al Koubra, en Égypte - la plus grande usine du Moyen-Orient -, les grèves à répétition de dizaines de milliers de travailleurs indiens et bangladeshis sur les chantiers des gratte-ciels de Dubaï. On pourrait ainsi allonger la liste indéfiniment.

Mais revenons-en à la France, où nos valeureux syndicats se préparent à une grandiose journée d'action pour le 19 mars. Qui vont-ils mobiliser ? Les chômeurs ? Les précaires et autres intermittents et intérimaires ? Non. Les jeunes ? Non. Le smigrants ? Encore moins. Les femmes ? Un peu. Ils vont comme d'habitude mobiliser principalement les fonctionnaires et les retraités. Le "cartel des 8" organisations syndicales représente toutes ensemble au maximum 7% des salariés de l'hexagone. C'est ici qu'intervient la leçon guadeloupéenne : le LKP a su regrouper 50 organisations et mouvements et pas seulement celles censées représenter les salariés garantis ou les revendications des seuls salariés. Si les organisateurs du mouvement s'étaient limités à ces derniers, ils auraient exclu le gros des troupes, constitué par des jeunes, chômeurs, précaires, intérimaires (24% des jeunes sont officiellement au chômage, en réalité, ils approchent les 50%), qui se regroupent par affinités, et autogèrent leurs besoins culturels, artistiques, vitaux tout simplement. L'Assemblée populaire des Peuples d'Oaxaca avait fait de même, regroupant tout ce que l'État comptait de gens qui bougent, des sociaux-démocrates de gauche aux anarchistes, en passant par les troupes de danse folklorique.
Le mouvement guadeloupéen est l'expression de la vitalité de ce peuple. C'est un mouvement qui chante et qui danse. Français, encore un effort pour devenir guadeloupéens ! Syndicalistes, apprenez à jouer du gwoka !


Ce que l'auteur de cette carte postale de 1920 appelle "Tam-Tam" est un typique gwoka, le même tambour guadeloupéen qui rythme la grève générale de 2009

Lisez ci-dessous l'historique du mouvement, repris du site du LKP. Pour lire le programme des 149 revendications du LKP, cliquez ici. Une lecture très instructive...


Le 5 décembre : première réunion à l’appel de l’UGTG avec une proposition de manifestation le 16 décembre pour la baisse du prix de l’essence. Proposition acceptée par l’ensemble des organisations présentes.
Le 16 décembre 2008 : Manifestation dans les rues de Pointe à Pitre contre la vie chère à l’appel de 31 organisations syndicales, politiques et associatives. 7000 personnes défilent dans les rues de Pointe à Pitre. Le sous Préfet reçoit une délégation de 15 personnes et affirme qu’il n’a rien à dire sur les revendications qui lui sont présentées.Meeting devant la mairie de Pointe à Pitre, au cours duquel une analyse de la situation est présentée à la foule. Succès : unité du peuple guadeloupéen en marche.
Le 17 décembre 2008 : Manifestation à Basse Terre – 4000 personnes Refus du Préfet, occupé à un « chanté nwel », de recevoir les dirigeants des organisations.
Entre le 17 décembre 2008 et le 20 janvier 2009 : nombreuses réunions de préparation de la plate-forme de revendications de LIYANNAJ KONT PWOFITASYON (LKP).
Le 19 janvier : Grève illimitée des gérants de station service.
Le 20 janvier 2009 : Grève générale lancée à l’appel de toutes les organisations syndicales, membres du LKP – Nombreux piquets de grève dans les entreprises - Grande Manifestation dans les rues de Pointe à Pitre – 15 000 manifestants.
Le 21 janvier 2009 : Déboulé vers le Centre commercial MILENIS et l’Aéroport Pôle Caraïbe. Grande tension à l’aéroport où un millier de manifestants font face à 400 gendarmes pendant près de deux heures. Tous les services d’enregistrement de bagages sont occupés par les manifestants. Nombreux vols retardés.Le LKP demande l’ouverture de négociations globales avec l’Etat, le Conseil Général, le Conseil Régional et le patronat sur la base de sa plateforme de revendications.
Le 22 janvier 2009 : Invitation du Préfet à une table ronde. Refus du LKP qui réaffirme sa ferme volonté et sa disponibilité immédiate, pour l’ouverture de négociations globales. Il exhorte les travailleurs et le peuple de Guadeloupe, à poursuivre le mouvement de Grève Générale et à accentuer la mobilisation tou patou an Péyi la.
Le 23 janvier 2009 : Réponse à l’invitation du Préfet concernant l’ouverture de négociations globales entre toutes les parties. Les Présidents des conseils Régional et Général et de l’association des maires étant absents, les négociations ne seront pas ouvertes. Le LKP regagne Pointe à Pitre après un passage sur le piquet de grève des transporteurs de passagers devant le Conseil Général.
Le Samedi 24 janvier : Grand DEBOULE dans les rues de Pointe à Pitre – 25 000 manifestants.Invitation à des négociations avec toutes les parties à 16h30 au World Trade Center. Après des négociations ardues avec les forces de l’ordre pour se rendre devant le World Trade Center avec la foule, les échanges commencent effectivement à 18h00 en présence de toutes les parties, (Etat, Collectivités, Patronat et LKP). Discussion ouverte sur l’accord de méthode. Présence exceptionnelle de Canal 10 qui retransmet en léger différé.
Le dimanche 25 janvier : Gran Déboulé « MAS A KONSYANS » « MAS A PWOFITASYON » - 40 000 participants.
Le lundi 26 janvier : Reprise des négociations sur l’accord de méthode – Signature de l’accord de méthode proposé par le LKP. Les échanges sont retransmis en direct par RFO, Canal 10 et les radios.Le mardi 27 janvier : Discussion sur les points de la Plate-forme concernant le niveau et les conditions de vie. Révélations du LKP concernant les pratiques de la SARA. Les échanges sont retransmis en direct par RFO, Canal 10 et les radios.
Le Mercredi 28 janvier : Rupture des négociations par le Préfet après lecture d’un message du Secrétaire d’Etat Yves JEGO. Les échanges sont retransmis en direct par RFO, Canal 10 et les radios.Message d’Yves JEGOA insérer
Le jeudi 29 janvier : Groupes de débrayage qui parcourent Pointe à Pitre et sa périphérie.
Le vendredi 30 janvier : Gran déboulé dans les rues de Pointe à Pitre - 65 000 manifestants.
Le samedi 31 janvier : Concert de solidarité Dominik COCO, Admiral T, Iman, Sainsily, Timalo
Le dimanche 1er février : Gran Déboulé « MAS A KONSYANS » « MAS A PWOFITASYON »Arrivée d’Yves JEGO en Guadeloupe.
Le lundi 2 février : Groupes de débrayage qui parcourent Pointe à Pitre et sa périphérie.Rencontre Jeunesse Guadeloupéenne et LKP à LaKasa
Le mardi 3 février : Groupes de débrayage qui parcourent Pointe à Pitre et sa périphérie.
Le mercredi 4 février 2009 : 1ère rencontre avec Yves JEGO aux Affaires maritimes à Pointe à Pitre– Présentation de la plate-forme de revendications. Les échanges sont diffusés en direct par Radyo Tanbou.
Le jeudi 05 février 2009 : Reprise des négociations à Basse Terre. Yves JEGO demande le départ de la presse et des journalistes après les interventions liminaires.
Le vendredi 06 février 2009 : Poursuite des négociations
Le samedi 07 février 2009 : Déboulé à Basse Terre - 18 000 manifestants.13h00 : reprise des négociations sur la question des salaires. Négociations qui durent toute la nuit.A Pointe à Pitre : concert de soutien avec Patrick Saint Eloi, Simenn’ kontra, Smiley, Timalo, SOFT,...
Le dimanche 08 février 2009 : à 8h00 du matin, après 20 heures de négociations, un accord est trouvé sur les modalités de mise en œuvre de l’augmentation des salaires de 200 €. La partie patronale refuse de signer si cet accord n’est pas assorti d’un engagement formel de l’Etat confirmant sa contribution au financement de l’augmentation de salaire réclamée (cf déclaration d’Yves Jego du 28 janvier 2009). Un rendez-vous est pris à 16h00 afin de procéder à la signature de cet accord après réception de l’engagement de l’Etat.
Départ précipité d’Yves JEGO vers la France alors même que le LKP se rend à la réunion de 16h00 comme prévu à Basse Terre.
Le 09 février : Grand déboulé dans les rues de Basse Terre, Pointe à Pitre en Marie galante. Plus de 100 000 guadeloupéens dans les rues.
Le 10 février : Conseil interministériel à Paris sur la situation en Guadeloupe. François FILLON s’adresse à la nation en déclarant que l’Etat ne peut intervenir dans les relations sociales ni participer à l’augmentation des salaires. François FILLON invalide les engagement de l’État, présentés le 28 janvier par Yves JEGO.Retour d’Yves JEGO en Guadeloupe accompagné de deux médiateurs MM Bessières et Lopez.
Le 11 février : Reprise des négociations à Basse Terre concernant la question des salaires. LKP réclame que les discussions se poursuivent sur la mise en œuvre de l’accord convenu le dimanche 8 février 2009.
Le 12 février : Après avoir rencontré les six délégations patronales, les médiateurs constatent que leur mission est impossible. LKP considère qu’il ne peut s’agir de négociations sur les salaires puisque l’accord du dimanche 8 février est acquis. Il reste à l’Etat à s’entendre avec la partie patronale sur les modalités de financement. LKP ne peut dorénavant que discuter des conditions de mise en œuvre de l’accord. LKP attend une convocation à cet effet.
Vendredi 13 février : Le soir, devant le Palais de la Mutualité, diffusion du documentaire "Les derniers maîtres de la Martinique. Suivi du soutien d'artistes comiques de Guadeloupe.
Samedi 14 février : Le matin > "Happening" de plasticiens devant le Palais de la Mutualité. Vente de matériel médical à destination des handicapés.
L'après-midi : "Déboulé" au Moule et commémoration des travailleurs Guadeloupéens tués au Moule, le 14 février 1952.
Le soir : "Swaré léwòz" avec Akiyo Ka.
Dimanche 15 février : "Mas an konsyans" à Pointe- à - Pitre
Du 16 au 21 : Durcissement de la mobilistation, barrages.
Mardi 17 février : Décès par balle de Jacques BINO (employé des impôts, syndicaliste à la CGTG, membre du "Mouvman Kiltirèl AKIYO",...)
Jeudi 19 février : Rencontre entre les élus parlementaires d'Outre - Mer et le président de la République, Nicolas Sarkozy. Intervention télévisée du président.
Vendredi 20 février : Reprise des négociations entre les réprésentants syndicaux, les "socio-professionnels" et les médiateurs...
Samedi 21 février : Suspension des négociations, en vue d'une reprise le lundi 23. Le matin : Présentation au public, du corps de Jacques BINO au Palais de la Mutualité.
L'après - midi : Présentation du corps de Jacques BINO au Hall des sports de Petit - Canal.
Le soir : Veillée mortuaire de Jacques BINO à Petit - Canal.
Dimanche 22 février : L'après - midi > Enterrement de Jacques BINO.