lundi 5 octobre 2009

Maintenant il s’agit de négocier avec l’Iran –honnêtement et sur la base du droit!

Menacer d’une guerre et avoir recours aux services secrets, c’est du terrorisme, et c’est insupportable
par Karl MÜLLER, Zeit-Fragen, 21/9/2009. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : Jetzt ehrlich und auf der Grundlage des Rechts mit Iran verhandeln!

Le 1er octobre commencent des négociations entre les cinq puissances nucléaires siégeant au Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran. Le monde attend que ces négociations soient menées sur la base des traités internationaux et avec la volonté résolue de parvenir à une solution pacifique.


En politique, la morale consiste en premier lieu à respecter le droit et à l’appliquer; à créer et garantir des conditions conformes au droit. Parmi les nations surarmées deux Etats, les USA et Israël, et leurs gouvernements, ainsi que leurs alliés, se sont distingués au cours des dernières années et décennies par leur non-respect du droit international, faisant ainsi preuve d’une totale imprévisibilité et plongeant le monde dans un état permanent de tension et de choc.

Ils ont contrevenu consciemment et de manière éclatante à la Charte des Nations Unies dont l’article 2, paragraphe 4, énonce que «les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.»

Les violations graves et répétées du droit imputables au gouvernement israélien ont été attestées plusieurs fois par des commissions d’enquêtes et institutions internationales, en dernier lieu par la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les actes commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza fin 2008/début 2009.

La menace d’utiliser la force contre l’Iran, en violation du droit international, et les actions illégales et violentes des services secrets en cours sur le territoire iranien durent depuis des années déjà et depuis des années des indices et témoignages à prendre très au sérieux font état de préparatifs de guerre de la part des gouvernements israélien et US.

C’est pourquoi il est plus que justifié que de nouveaux indices d’un danger de guerre imminent, par exemple ceux que nous citons dans l’appel ci-après, pris parmi d’autres uniquement à titre d’exemple, aient poussé des personnalités pacifistes à élever leur voix pour une mise en garde.

Personne de l’extérieur ne sait avec certitude ce qui est en projet ou déjà décidé dans les officines de Washington et Tel Aviv. Mais l’éternel retour de possibles scénarios de guerre devient déjà en soi insupportable, dès lors qu’il ne sont pas assortis de contre-projets et de modalités de règlement pacifique. Les «discussions» se déroulent alors par-delà le droit et l’aspect humain, et de pareils «projets», même s’ils ne sont encore que des idées, terrorisent les peuples du monde.

Et ceci d’autant plus qu’on menace ouvertement d’une guerre atomique. Dès mars 2006 Stephen M. Osborn qui, dans les années 50 du siècle dernier, était présent lors de la mise à feu de bombes atomiques dans le Pacifique, faisant des populations autochtones de simples cobayes, avait exposé dans ces pages ce que signifie pour l’humanité l’emploi de «bunker busters» (bombes anti-bunkers à charge pénétrante) atomiques ­contre des installations nucléaires iraniennes. Il écrivait, il y a trois ans et demi: «Si l’on tire des ‹bunker busters› en Iran, des centaines de milliers de tonnes de terre, d’eau et de rochers seront vaporisés, et cette ‹soupe radioactive›, dispersée par les vents, tuera ou rendra malades des peuples entiers [...] Les cas de cancers et maladies diverses augmenteront de façon prononcée dans le monde entier.»

Tout ceci et bien d’autres choses encore doivent mettre tous les gouvernements dans l’obligation de déclarer haut et fort que l’option guerrière est définitivement exclue et d’exiger le retour sur le terrain du droit.

Le 1er octobre, toutes les puissances nucléaires, l’Allemagne et l’Iran engageront des négociations directes au Conseil de sécurité. Ces derniers jours se sont fait entendre dans les médias des signaux qui pourraient servir de point de départ à un règlement pacifique du conflit au Proche-Orient.

• Le 16 septembre, le magazine US Newsweek («Intelligence Agencies Say No New Nukes in Iran») écrivait que les services secrets du Président des USA avaient confirmé en novembre 2007 que l’Iran avait abandonné son programme nucléaire militaire depuis 2003.
• Le 17 septembre, plusieurs agences de presse occidentales (Reuters, AFP) annonçaient que le ministre de la Défense israélien, Ehoud Barak, avait «changé de langage relativement à l’Iran» dans une interview accordée au quotidien «Yediot Aharonot». Selon Barak, l’Iran ne représenterait pas une menace sérieuse pour l’Etat juif: «Israël est fort, je ne vois personne qui puisse être une menace pour son existence.»
• Le même jour, la chaîne allemande Phoenix publiait un communiqué de presse où elle attirait l’attention sur une interview (retransmise le 20 septembre) du Président du Service fédéral de renseignement (BND), Ernst Uhrlau. Dans cette interview, le chef des services secrets allemands démentait une annonce, faite précédemment, selon laquelle ses services auraient prétendu que l’Iran était sur le point de fabriquer une bombe à uranium: «Cette citation ne correspond pas aux déclarations du BND, car l’Iran n’est pas en mesure de se nucléariser dans les six mois qui viennent.»
• Le Président des USA a fondé son renoncement au stationnement de systèmes antimissile en Pologne et Tchéquie entre autres sur le fait que l’Iran rencontrait plus de difficultés que prévu à mettre au point des lance-missiles à longue portée.
• Last but not least: L’Iran lui-même a déclaré par la voix de son ambassadeur en Autriche, dans une interview accordée à la «Wiener Zeitung» du 18 septembre, qu’il ne menaçait pas Israël et ne représentait pas un danger pour ce pays: «L’Iran n’a jamais dit qu’il attaquerait militairement Israël. Quand des représentants de mon pays ont dit qu’Israël ne devait pas exister sous cette forme, ils entendaient par là qu’ils rejetaient le système sioniste et la tyrannie, non qu’ils désiraient éradiquer Israël au moyen d’une attaque militaire.»

On est encore loin de déposer les armes, mais ce sont là des signaux indiquant qu’il existe une autre voie que celle de l’escalade. Et cette autre voie, il faut l’emprunter. Au sein des think tanks qui ont de l’influence sur les gouvernements US et israéliens il doit bien y avoir assez de matière grise pour mesurer les effets catastrophiques d’une nouvelle guerre, vraisemblablement nucléaire de surcroît, et pour rechercher une voie diplomatique et la trouver.

Et assez, aussi, de jugeote pour rejeter des voix comme celle de l’atlantiste allemand Josef Joffe. Il avait, dans la livraison de septembre/octobre 2009 de la revue allemande Internationale Politik et dans la revue US Foreign Affairs qui paraît en parallèle, déliré au sujet des USA, puissance hégémonique mondiale, et de leur «culture de guerre». Il faut aussi rejeter clairement des points de vue tels que celui, paru dans le journal londonien «Times» le 18 septembre, selon lequel les «intentions agressives» de l’Iran seraient une «menace pour l’Occident». De telles affirmations constituent une perversion de la réalité.

«War is obsolete» [la guerre est caduque], déclarait il y a deux ans dans ces colonnes Doug Rokke, vétéran US de la guerre du Golfe et expert en armes à l’uranium. Et de fait, c’est un droit fondamental pour le genre humain que d’avoir des gouvernements qui respectent le droit, renoncent à la violence et résolvent les conflits par le biais de négocia­tions pacifiques. C’est la seule voie acceptable dans un monde civilisé.

“ Chez moi, il n’y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une ’Terre Promise’”

Marek Edelman, le Dernier des Mohicans – La preuve qu’on peut être ‘juif polonais’ sans être sioniste
par Fausto Giudice, 5/10/2009

Español: Marek Edelman, el último de los mohicanos: la prueba viviente de que es posible ser “judío polaco” sin ser sionista

Português: A morte de um resistente - Marek Edelman, o último dos moicanos

My nie chcemy ratować życia. Żaden z nas żywy z tego nie wyjdzie. My chcemy ratować ludzką godność (Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine)

Arie Wilner (alias Jurek) soldat de la ŻOB (Organisation juive de combat), Varsovie, avril 1943

Marek Edelman est mort le 2 octobre 2009. Il était le dernier combattant de l’insurrection du Ghetto de Varsovie de 1943 encore vivant et sans doute le personnage le plus attachant de sa génération.
Marek Edelman était né en 1919 à Gomel, en Biélorussie. Sa famille s’était installée à Varsovie dans les années 1920, après avoir fui l’Union soviétique, où douze de ses oncles avaient été liquidés par les Bolcheviks, pour cause d’opposition socialiste. Son père Natan Feliks, mort en 1924, était proche des troudoviki, ces militants du Parti du travail qui devaient rejoindre le Parti socialiste-révolutionnaire russe après 1917, et sa mère Cecylia Percowska, était une militante du Bund (Algemeyner Yidisher Arbeter Bund in Lite, Poyln un Rusland), l’Union générale des travailleurs juifs, qui était à la fois un parti et un syndicat, socialiste, laïc et opposé à la fois au sionisme (Lénine qualifia les bundistes de « sionistes qui ont le mal de mer ») et aux bolcheviks.


Marek Edelman en 2006. Photo Sławomir Kamiński/Agencja Gazeta

Il adhère d’abord au Socjalistiszer Kinder-Farband, l’Union des enfants du Bund, avant de rejoindre Tsukunft (Avenir), l’Union des jeunesses bundistes en 1939. Sa mère étant morte en 1934, il a commencé à travailler pour gagner sa vie dès l’âge de 15 ans.

En juillet 1942, dans la Pologne occupée, Edelman participe à la création de l’Organisation juive de combat (Żydowska Organizacja Bojowa), qui regroupe des militants de partis et de groupes juifs de gauche, dont les socialistes sionistes de Hashomer Hatzaïr. L’Union militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy) créée en 1939, après l’occupation de la Pologne, par des officiers juifs de l’armée polonaise proches du Betar, l’organisation des sionistes de droite de l’aile révisionniste de Jabotinsky, refuse de rejoindre l’OJC, mais ses combattants se retrouveront aux côtés de ceux de l’OJC pour déclencher l’insurrection de Ghetto de Varsovie le 19 avril 1943.
Marek Edelman, qui dirigeait le groupe de combat de l’usine de brosses, prend le commandement des combattants au lendemain du suicide, le 8 mai 1943, du commandant Mordechai Anielewicz, encerclé par les SS dans le bunker de l’OJC au 18 de la rue Mila, suicide célébré avec enthousiasme en Israël, où on le considère come le Massada du XXème siècle, mais critiqué par Edelman comme un « geste d’hystérie collective ».
Quelques jours avant la chute finale du Ghetto, le 16 mai 1943, Edelman réussit à fuir le ghetto avec une quinzaine de survivants des combats féroces mettant aux prises quelques centaines (entre 800 et 1000) de jeunes mal armés (un fusil pour 10 combattants, arme principale : des cocktails Molotov) à 6000 SS et soldats allemands et ukrainiens surarmés, « travaillant » au lance-flammes pour liquider l’insurrection.
En 1944, Edelman participe à la tête d’un détachement de l’Organisation juive de combat à l’insurrection de Varsovie dirigée par l’Armée populaire (Armia Ludowa), prenant part aux combats pour la libération de la Vieille Ville.

Après la guerre, il engage des études de médecine à Łódź, où exercera comme cardiologue de 1951 à 2008. Dans la Pologne devenue communiste, le Bund avait refusé de s’intégrer au Parti communiste polonais et s’était autodissous « volontairement » en 1949.

Alors que la plupart des juifs survivants à l’occupation de la Pologne choisissent d’émigrer par vagues successives – après les pogroms de 1946 ou après la campagne antisémite lancée par le régime face a mouvement étudiant de mars 1968 -, Marek Edelman refusera toujours de quitter la Pologne et ne se rendra en Israël que de rares fois, pour des visites familiales. Il sera d’ailleurs toujours « mal vu » en Israël, étant considéré comme un « mauvais juif », les sionistes préférant honorer la mémoire de Mordechai Anielewicz, qui avait été un militant de Hachomer Hatzaïr, le groupe socialiste sioniste issu du scoutisme juif et qui fournira nombre de combattants au groupe Palmach, l’unité d’élite de la Haganah, l’organisation clandestine sioniste à l’origine de la fondation de l’armée israélienne.

En 1976, Edelman, qui a toujours refusé à la fois d’émigrer en Israël ("Chez moi, il n’y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une ’Terre Promise’", a-t-il un jour déclaré) et d’adhérer au Parti communiste, rejoint le Comité de défense des ouvriers (KOR), qui sera à l’origine de la naissance du syndicat Solidarnosc, auquel il adhèrera, ce qui lui vaudra d’être interné pendant 5 jours lors de la proclamation de l’état d’urgence par le général Jaruzelsky en décembre 1981. Il participera activement au processus qui a conduit à la fin du régime communiste en Pologne, et rejoindra en 1991 l’Union pour la liberté, un des avatars de Solidarnosc, aux côtés de Tadeusz Mazowiecki et de l’historien Bronislaw Geremek.

Honoré tardivement – il reçoit l’Ordre de l’Aigle blanc polonais en 1998 et la Légion d’Honneur française des mains de Bernard Kouchner en 2008 -, Marek Edelman était un homme avare de discours et de gesticulations. Se considérant comme le « gardien des tombes juives » de la Pologne martyre, il avait pris l’habitude de venir se recueillir à titre privé devant le Monument aux Héros du ghetto chaque 19 avril, y déposant un bouquet de jonquilles, après une marche à travers les rues de l’ancien ghetto. Répondant en 2008 à une journaliste israélienne qui lui demandait s’il ne craignait pas que sa mort sans doute prochaine "ne fasse tomber dans l’oubli l’insurrection du ghetto de Varsovie", il déclarait : "Non, cet événement a laissé trop de traces dans l’histoire, la littérature, et l’art. C’est en Israël qu’on risque d’effacer notre souvenir."

Marek Edelman était le Dernier des Mohicans, la preuve vivante et trop rare qu’on pouvait être Juif polonais (ou Polonais juif) sans être pour autant sioniste.


Voici la lettre qu’il adressa "à tous les chefs d’organisations palestiniennes militaires, paramilitaires ou de guérilla, à tous les soldats de groupes militants palestiniens » le 1er août 2002, lettre qui lui attira de féroces critiques de la part des sionistes, qui lui reprochèrent d’avoir qualifié les « terroristes » palestiniens de « partisans » :

« Je m’appelle Marek Edelman. Je suis l’ancien commandant adjoint de l’Organisation militaire juive en Pologne, l’un des chefs de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Dans l’année mémorable de cette insurrection, en 1943, nous luttions pour la survie de la communauté juive à Varsovie. Nous nous battions pour notre vie, pas pour un territoire, ni pour une identité nationale. Nous nous battions avec une détermination désespérée, mais nos armes n’étaient jamais dirigées contre des populations civiles sans défense, nous n’avons jamais tué des femmes et des enfants. Dans un monde dépouillé de principes et de valeurs, malgré le danger constant de la mort, nous sommes justement restés fidèles à ces principes et valeurs.

Nous étions isolés dans notre combat et, néanmoins, l’armée puissante à laquelle nous faisions face n’a pas réussi à détruire les garçons et filles à peine armés que nous étions. Notre lutte à Varsovie a duré plusieurs semaines, puis nous nous sommes battus dans la clandestinité et pendant l’insurrection de Varsovie, en 1944.

Cependant, nulle part au monde, un groupe de partisans ne peut remporter une victoire définitive, nulle part une guérilla ne peut être défaite par des armées, aussi bien équipées soient-elles. Votre guerre ne peut non plus apporter une solution. Le sang sera versé pour rien, et des vies seront perdues des deux côtés.

Nous n’avons jamais manqué d’égards pour la vie. Nous n’avons jamais envoyé nos soldats à une mort certaine. La vie est éternelle. Nul n’a le droit de l’ôter à la légère. Il est grand temps pour tout le monde de comprendre précisément cela.

Regardez autour de vous. Regardez l’Irlande. Après cinquante ans d’une guerre sanglante, la paix est arrivée. D’anciens ennemis mortels se sont assis à la même table. Regardez la Pologne, Walesa et Kuron. Sans coup férir, le système criminel communiste a été défait. A la fois vous et l’Etat d’Israël devez changer radicalement d’attitude. Vous devez vouloir la paix pour sauver des centaines et peut-être des milliers de gens, pour créer un meilleur avenir pour ceux que vous aimez, pour vos enfants. Je sais de ma propre expérience que l’actuel déroulement des événements dépend de vous, les chefs militaires. L’influence des acteurs politiques et civils est beaucoup plus petite. Certains d’entre vous ont étudié à l’université de ma ville, Lodz, et certains d’entre vous me connaissent. Vous êtes assez sages et intelligents pour comprendre que, sans paix, il n’y aura pas d’avenir pour la Palestine, et que la paix ne peut être obtenue qu’au prix de concessions des deux côtés.

Je demande aussi à [l’ex-] président Bill Clinton, à [l’ancien] ministre Bernard Kouchner et au [député] Daniel Cohn-Bendit de soutenir mon appel. Je voudrais vous rappeler notre position commune au sujet de la guerre en Yougoslavie. Peut-être cette guerre, la guerre qui ne peut être gagnée, peut-elle être stoppée et remplacée par des pourparlers qui mènent à un accord.

Peut-être devrions-nous chercher un médiateur, qui n’a pas besoin d’être un politique, mais plutôt une personnalité d’autorité morale irréfragable, quelqu’un qui place la vie dans la dignité et la paix pour tout le monde au-dessus de tout objectif politique. »

samedi 3 octobre 2009

Mexico, 2 Octobre 1968 : la nuit de Tlatelolco. Nous n'oublions pas !


Olivier Besancenot n'était pas encore né. Nous étions réunis dans un amphithéâtre de la Sorbonne, en ces premiers jours d'octobre 1968 où la nouvelle nous était parvenue : des étudiants avaient été massacrés à Mexico. Combien ? Personne ne le savait. 40 plus tard, on ne le sait toujours pas. Ce jour-là, à La Sorbonne, on discutait pour savoir ce qu'on pourrait faire. Une manifestation, évidemment. Un des prédécesseurs d'Olivier Besancenot, leader de la Ligue Communiste, fit un discours pour expliquer que, dans la situation de "reflux du movement révolutionnaire", une manifestation de rue n'était pas opportune. Les gens se quittèrent, dégoûtés. Finalement, les militants trotskystes firent une manifestation de rue, tout seuls, et qui passa totalement inaperçue. Sauf des flics, bien sûr.

C'est dans la nuit de Tlatelolco, dans le sang et l'horreur, qu'est né ce qui allait devenir, 25 ans plus tard, le mouvement zapatiste. Un mouvement qui bouleverse tous les stéréotypes de l'extrême-gauche révolutionnaire, qui décoiffe les avant-gardes et remet les pendules à l'heure.

À tous ceux d'entre vous qui n'étaient pas encore nés en octobre 1968, à tous ceux qui sont passés à côté, à tous ceux qui ont oublié, nous recommandons la lecture de cet article :
sur la page de Tlaxcala consacrée à cet événement, avec des photos, des textes d'information et d'analyse, des poèmes et des chansons

Que faire ? Et avec qui ? Blog d’adieu et prochains rendez-vous

Jutta Ditfurth prend congé des lecteurs du blog qu'elle a tenu pendant la campagne électorale allemande et leur fixe de nouveaux rendez-vous. Lire ici
Was tun? Und mit wem? Abschiedsblog und Einladung zu den nächsten Terminen und Veranstaltungen von und mit Jutta Ditfurth und der Ökologischen Linken

INVITATION AUX "ENTRETIENS POUR UNE RÉBELLION"

J'invite tou-tes ceux-lles qui se sont retrouvés dans mes blogs à participer aux Entretiens pour une rébellion de la Gauche écologiste. Cette rencontre est aussi une zone antinationale et antiréformiste.

Thème : "Après la crise économique mondiale, quoi ? Calme ? Insurrection ? Résistance ?"

Date: Samedi 10/10/2009,15h jusqu'à Dimanche 11/10 16h

Lieu : Frankfurt/Main. Entrée libre. Le lieu de la rencontre vous sera communiqué en réponse à votre inscription auprès de jutta.ditfurth@t-online.de

Contenu : Voilà dans quel pays nous vivons : des millions de nouveaux chômeurs, plus de protection, l’esclavagisme au travail et le vol de notre salaire. Un capital, allemand y compris, qui se livre à des razzias dans le monde entier. Un « changement » climatique qui met la vie en péril. Un État nucléaire surarmé. Des guerres auxquelles les Allemands participent. Et la sécurité dans un État policier. 2010. Si l'objectif de toute politique de gauche est de « renverser tous les rapports où l’homme est en son essence humilié, asservi, abandonné, méprisable » (Marx 1844), où en sommes-nous aujourd'hui ?


EINLADUNG ZUM BUNDESWEITEN »REBELLIONSGESPRÄCH«

Ich lade diejenigen, die mit dem Inhalt meiner Blog-Beiträge etwas anfangen konnten, zum bundesweiten Rebellionsgespräch der Ökologischen Linken ein. Auch diese Diskussion ist eine antinationale und reformismusfreie Zone…

Thema: »Was kommt nach der Weltwirtschaftskrise? – Ruhe? Aufruhr? Widerstand?«

Datum: Sa. 10.10.2009,15:00 Uhr bis So. 11.10.2009,16:00 Uhr

Ort: Frankfurt/Main. Eintritt kostenlos. Mit der Anmeldebestätigungwird der Ort bekannt gegeben.

Anmeldung bitte über: jutta.ditfurth@t-online.de

Zum Inhalt: Das Land in dem wir leben: Millionen neue Arbeitslose, Schutzlosigkeit, Sklavenarbeit und Lohnraub. Weltweite Raubzüge auch deutschen Kapitals. Lebensgefährlicher Klima»wandel«. Ein aufgerüsteter Atomstaat. Kriege mit deutscher Beteiligung. Mit Sicherheit in einer Überwachungsgesellschaft. 2010.Wenn es das Ziel allen linken politischen Handelns ist, »alle Verhältnisse umzuwerfen, in denen der Mensch ein erniedrigtes, ein geknechtetes, ein verlassenes, ein verächtliches Wesen ist« (Marx 1844) – wo stehen wir heute?

Tegucigalpa, ville de furie


par Allan McDONALD Traduit par Thierry Pignolet, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Original : Tegucigalpa, la ciudad de la furia

Sur l’auteur




Le jour se lève.

J'ai traversé mes souvenirs d’un pas ferme et me suis arrêté au coin de l'histoire, sous le feu de couleur vert olive, pour que les chars d’assaut passent en trombe. Je me suis alors rappelé mon enfance de lumières perdues, quand je jouais à disséquer ce jardin de fleurs sous le regard lumineux et incandescent de Dieu, et j'ai revu mes figurines de plastique des céréales de Cornflakes, d'une époque révolue où jouer aux petits soldats était une joie de la vie. Aujourd’hui, c’est une angoisse de les voir en réalité, une horreur de voir leurs yeux effrayants de dévastation et leurs cuirasses de métal sur la poitrine -comme les animaux mythologiques d’une ère néolithique déjà vaincue par les paléontologues de la fin du monde.

La ville de Tegucigalpa est un camp de concentration, une ville minée par la haine, un gros village empêtré dans des bottes qui détruisent à chaque pas l’herbe de l’espérance, s’acharnant pour qu’elle ne repousse plus jamais. Même si la fleur de la résistance croît dans l'asphalte de leurs pas tordus.

Sur chaque trottoir, dans chaque rue, dans chaque allée s'engouffre avec force la lutte contre ces monstres de métal brillant, astiqués avec les chemises de misère de ce Honduras ; dans chaque carabine il y a la haine et l'utopie; dans chaque T-shirt vert il y a le corps du délit ; dans chaque regard il y a une larme d'amour pour libérer le pays d’orangs-outangs de contrefaçon, issus d'une jungle phosphorescente de vers luisants politiciens sans éclat.

Le feu passe au rouge, il est temps que s'arrêtent les caravanes de fer pourri et les dinosaures de la poubelle universelle de l'histoire, il est temps d'allumer cette lumière rouge de la dignité qui mettra fin à la fureur effrénée de cette écurie métallique qui écrase un espoir selon eux existant -car ils sont convaincus que tout le pays se résume à un M-16.

Mes figurines de plastique sont tombées dans le jardin et se sont perdues entre le tas de feuilles mortes et les tourbillons secs de l'hiver. Je cours chercher de l’aide chez mon papa. Ce sont mes seuls jouets et le vieux, qui lit un petit livre d'Honoré de Balzac, me chuchote à l'oreille, comme un secret d'État sans président : « Laisse-les là, le plastique fond au soleil du matin ».

Il fait jour.

Aube sur Tegucigalpa. Photo Enzo Gallardo

Islande : « Si la dette ne peut pas être payée, elle ne le sera pas ! »


par Olivier BONFOND, CADTM, 2/10/2009



L’Islande, petit pays sans armée de 320 000 habitants, vient d’annoncer qu’il conditionnerait le remboursement de sa dette à ses « capacités de paiement ». Si la récession perdure, l’Islande ne remboursera rien. Même s’il convient de nuancer la portée de cette décision, d’autant qu’il faudra vérifier qu’elle est effectivement appliquée, elle représente cependant une réelle opportunité dont les mouvements sociaux, du Nord et du Sud, devraient se saisir pour obliger leurs gouvernements à remettre enfin en cause le paiement inconditionnel de la dette publique.

Après 15 années de croissance économique, après avoir été considérée comme un des pays les plus riches de la planète, l’Islande a connu fin 2008, selon le FMI, la plus grosse crise bancaire dans l’histoire d’un pays industrialisé[1]. Cela n’a rien d’un hasard. Ces dernières années, L’Islande a appliqué ce qu’on peut appeler un « pur néolibéralisme ». Le secteur bancaire, intégralement privatisé en 2003, a tout fait pour attirer les capitaux étrangers. Ils ont notamment développé les fameux comptes en ligne qui, via la réduction des coûts de gestion, permettent d’offrir des taux d’intérêt relativement intéressants. En à peine 4 ans, la dette extérieure des trois principales banques islandaises a plus que quadruplé, pour passer de 200% du PIB en 2003 à 900 % du PIB en 2007 ! Quand les marchés financiers se sont effondrés en septembre 2008 et que ces trois banques sont tombées en faillite, elles étaient évidemment dans l’impossibilité d’assumer leurs engagements, d’autant que l’effondrement de 85% de la valeur de la couronne face à l'euro n’a fait que décupler la dette. Vu l’ampleur de la faillite bancaire, plus personne n’a voulu leur prêter de l’argent ou financer un quelconque sauvetage. Les robinets se sont fermés.

L’Union européenne et le FMI « conseillent » alors au gouvernement islandais de socialiser les pertes du secteur financier en reprenant à sa charge les dettes des banques. Pour trouver les financements nécessaires au remboursement de cette nouvelle dette nationalisée, les « conseils » du FMI sont clairs : couper dans les dépenses publiques, en particulier dans la santé et l’éducation, augmenter les impôts sur le travail et les taxes indirectes, et appliquer une politique monétaire restrictive (augmentation très forte des taux d’intérêt). Ces politiques ressemblent comme deux gouttes d’eau aux mesures d’ « ajustement structurel » que les pays du Sud appliquent depuis plus de 25 ans maintenant, avec les résultats que l’on sait.



Le montant de la dette islandaise le vendredi 2 octobre 2009 à 17h 50


Il s’agit en plus de ne pas traîner. l’Islande est en effet censée trouver, d’ici l’automne 2009, les fonds pour rembourser sa dette, en particulier à l’égard des investisseurs britanniques et hollandais, faute de quoi, l’adhésion de l’Islande à l’Union européenne serait menacée. S’ils acceptent ce « deal », ou plutôt cette menace, cela impliquerait une austérité maximum et provoquerait une explosion de la dette extérieure publique de l’Islande qui atteindrait 240% du PIB.

Le néolibéralisme n’a pas tenu ses promesses, c’est le moins qu’on puisse dire : explosion du chômage et de la dette publique, surendettement des ménages, dont certains se voient expulsés de leurs maisons, taux d’intérêts prohibitifs, etc. Alors que les mobilisations avaient déjà forcé le gouvernement à démissionner en janvier 2008, cette attitude du FMI n’a évidemment fait qu’accroître le mécontentement général, et des manifestations, phénomène rarissime pour ce pays, se sont amplifiées, en particulier devant l’Althing, le parlement islandais. Dans ce contexte, ce même Parlement a adopté fin août une résolution stipulant que le gouvernement consacrera maximum 6% de la croissance de son PIB au titre du remboursement de la dette. Et si la croissance économique n’est pas au rendez-vous, l’Islande ne paiera rien.

Soyons réaliste, cette mesure ne constitue pas un acte que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire. Premièrement, il faut souligner que l’Islande se retrouve dans cette situation parce qu’elle a accepté de nationaliser une dette privée. Ensuite, un taux de croissance économique ne devrait pas automatiquement signifier des capacités de paiement accrues. La répartition des richesses créées et les priorités du budget doivent être décidées en fonction des besoins des citoyens et non selon les intérêts des créanciers. Plus important : la dette n’est en rien annulée. Au mieux, le remboursement sera reporté dans le temps. Il n’y a pas d’audit en vue et donc pas non plus de possibilité de remettre en cause la légitimité et la légalité de cette dette.

Cependant, cet acte montre une chose essentielle : lorsqu’il y a une volonté politique, souvent voire toujours née de mobilisations sociales importantes, il est possible de désacraliser le caractère non négociable du remboursement de la dette publique et de prendre des mesures concrètes qui vont à l’encontre des intérêts des créanciers.

Les mouvements sociaux, du Sud et du Nord, devraient donc se servir de cet exemple et pousser leurs gouvernements à arrêter de rembourser en invoquant les arguments juridiques de l’ « état de nécessité » et de « force majeure » : les peuples ne sont pas responsables de la crise capitaliste actuelle et, vu la conjoncture, rembourser signifie concrètement la dégradation générale des conditions de vie pour les peuples du Nord et la mort, au sens premier du terme, pour des millions de gens dans le Sud. Quand Geir Haarde, le Premier Ministre, déclare qu’« il y a beaucoup d’arguments légaux qui justifient de ne pas payer »[2], il a tout à fait raison. Ne l’oublions pas, comme le stipule l’article 2 de la Déclaration sur le droit au Développement de 1986, Les États ont « le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées ayant pour but l'amélioration constante du bien-être de l'ensemble de la population ». Poser un moratoire immédiat sur le remboursement et lancer un réel processus d’audit, transparent et démocratique, afin d’avancer vers la répudiation de cette dette odieuse, illégitime et qui asservit les peuples, est plus que jamais à l’ordre du jour, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. « One solution, repudiation! »

Pour plus d’informations sur les mobilisations en Islande, voir le film de Patrick Taliercio « Comment l’Islande a changé de gouvernement », aux éditions 68 Septante, collection VID #02 (plus d’informations : www.6870.be - edition@6870.be)



[1] « Selon le FMI, la faillite des banques pourrait coûter aux contribuables plus de 80% du PIB. Relativement à la taille de l’économie, cela représenterait environ 20 fois ce que le gouvernement suédois a payé pour sauver ses banques au début des années 1990. Cela équivaudrait à plusieurs fois le coût de la crise bancaire au Japon il y a une dizaine d’années» (“According to the IMF, the failure of the banks may cost taxpayers more than 80% of GDP. Relative to the economy’s size, that would be about 20 times what the Swedish government paid to rescue its banks in the early 1990s. It would be several times the cost of Japan’s banking crisis a decade ago”. « Cracks in the crust », The Economist, 11 décembre 2008.

[2]
« Cracks in the crust », The Economist, 11 décembre 2008

vendredi 2 octobre 2009

Redonner leur sens aux mots : La Première guerre mondiale des mots

Palestine Think Tank et Tlaxcala déclarent la guerre à la désinformation
par
Mary RIZZO, 2/10/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Reclaiming Significance: Palestine Think Tank and Tlaxcala declare the First Word War
Deutsch: Der erste Wortkrieg: Die Bedeutung zurückerobern - Palestine Think Tank und Tlaxcala erklären den Krieg gegen die Desinformation


Il y a des mots qui sont utilisés comme gâchettes émotionnelles et œillères mentales. Ils ont pour but d'orienter l'esprit dans une direction particulière où ses facultés critiques sont temporairement congelées, de sorte que la terminologie elle-même reste vivace et déclenche de fait une réaction émotionnelle de l'auditeur, mais que ses connotations soient modifiées en totalité ou en partie, par quiconque propage le message. Il existe de nombreux termes et phrases courtes qui font partie de notre lexique et qui ont été utilisée dans le but d'influencer nos opinions et, par conséquent, d’obtenir notre soutien «moral» à certains objectifs politiques ou idéologiques, avec une intention évidente : capter notre consensus, implicite ou explicite, car le consensus est un des commandements de la «démocratie».

Les instruments linguistiques de persuasion sont utilisés en particulier dans les domaines les plus sophistiqués des Psyops (opérations psychologiques déclenchées par des gouvernements, en particulier en temps de guerre ou de crise), mais ils sont aussi utilisés dans la communication journalistique de base et deviennent partie intégrante du « discours public ». Puisque le langage est l'instrument que nous utilisons tous, sa codification est indispensable pour qu'il n'y ait pas lieu de définir tous les termes, en facilitant la communication des idées, mais il y a ceux dont la tâche est de tordre ces termes pour en faire des armes et des dispositifs fonctionnels de propagande. L'expérience nous apprend que la hasbara israélienne (la «propagande plus», un terme inventé par un ami psychologue), est organisée à plusieurs niveaux pour créer un consensus qui réitère un postulat exclusif, qui peut être défini comme « Israel über alles», et cela est réalisé par l'utilisation de la rhétorique et du langage.


Ce langage imprègne tellement la pensée occidentale contemporaine que le ministère de la Vérité d'Orwell semble être rien de moins que la prédiction de ce que le ministère de la Hasbara (et l'ensemble de ses filiales et annexes plus ou moins formelles ou officielles de par le monde) fait jour après jour. Quand on regarde le JT du soir, on hausse à peine un sourcil plus lorsqu'on enregistre des actes commis contre des populations civiles vivant sous occupation militaire – des crimes de guerre en tout cas, qui sont présentés comme des actes légitimes et nécessaires, ou même carrément comme des actes humanitaires. Ces mêmes atrocités sont colportées comme des étapes vers la paix et la coexistence et l'élément de la souffrance humaine est effacé ou nié. Mais quand la victime de la souffrance est un Occidental ou un ressortissant "du même camp démocratique ", c’est le mécanisme inverse qui est déclenché et nous sommes induits à ressentir une indignation morale. Nous, qui sommes les clients des médias occidentaux, sommes nourris à la cuillère de certaines informations qui seraient moralement répugnantes si les rôles étaient inversés et si, plutôt que d'être les auteurs, nous étions les victimes. Ceux qui composent et compilent leurs reportages accordent une plus grande valeur intrinsèque à la vie de ceux qu'ils estiment faire partie de leur public et ils rassemblent les informations qui renforcent ce préjugé pour produire une pensée normative. Quand un soldat occidental tombe, il est traité en héros, peu importe où il était ni ce qu'il faisait à ce moment-là, la même chose est vraie vaut pour les Israéliens qui occupent des terres «nettoyée» de leur population non-juive. Chaque fois que la cible d’une action violente est montrée, sa stature morale est directement proportionnelle à la façon dont elle correspond à notre propre image de nous-mêmes. Lorsque les victimes signalées font partie des «méchants» officiels, nous sommes presque exhortés à ressentir un soulagement et une poussée de patriotisme qui nous envoie un message indiquant que «ce sont bien les bons qui ont gagné». De même, nous sommes appelés à soutenir et défendre quelqu'un qui vit à Sderot, traité comme si ses difficultés, ses crises de nerf et sa crânerie étaient naturellement notre première préoccupation. Pendant la guerre menée contre Gaza, un groupe d'adolescents se plaignant de se sentir confinés entre leurs écoles, leurs domiciles et leurs abris ont reçu le même espace et la même importance dans les médias dominants que des parents palestiniens accablés de douleur face à la destruction de leurs maisons et l’assassinat de leurs enfants par des soldats et des armes israéliens. Il serait absurde dans quelque contexte que ce soit de faire une quelconque équivalence entre ces deux niveaux de souffrance, mais on attend de nous que nous ne bronchions pas face à ce genre de reportages.


Il en va exactement de même avec les justifications israéliennes de leur statut d’ «armée la plus morale du monde», que nous étions censés accepter sans tenir compte de ce que nous montraient les photos qui ont filtré de l'enfer de Gaza. Pour reprendre les mots du Premier Ministre d'Israël immédiatement après quelques protestations publiques : «En tant qu’ armée morale sans égal, les FDI ont pris soin d'agir en conformité avec le droit international et fait tout leur possible pour éviter de porter atteinte aux civils qui n'étaient pas impliqués dans les combats, y compris à leurs biens et, à cette fin, entre autres, ont distribué beaucoup de tracts et aussi utilisé les médias locaux et le réseau téléphonique local afin de délivrer à temps des avertissements généraux et détaillés à la population civile. Les FDI ont également pris des mesures pour répondre aux besoins humanitaires de la population civile dans la bande de Gaza au cours des combats. "


Big Brother, par Abbé Nozal, Tlaxcala

Ce qui est caché dans ce communiqué de presse, outre le jugement de valeur sur le fait d’être une armée morale sans égal, est le caractère abject du contenu de ces tracts "humanitaires" et de "l'utilisation" des médias et du réseau téléphonique locaux. Les flyers avertissaient les habitants de l'intention de destruction qui allait bientôt suivre si les gens (pris au piège comme ils l’étaient) ne « partaient » » » » pas tout simplement. Cela démontre une intention préméditée de causer des dégâts et c’était un avertissement de mort et de destruction de biens appartenant à des civils. En ce qui concerne l'utilisation des téléphones, dans un article paru dans USA Today, il a été signalé que les Palestiniens ont reçu des appels à la fois sur leurs téléphones portables et fixes, les avertissant que leur maison allait être bombardée. Les appels n'ont pas pu être retracés ou bloqués car ils venaient de fournisseurs internationaux. Les responsables israéliens ont prétendu que c'était un service rendu aux Palestiniens, (avant évidemment le vrai service rendu), et pourtant, le Commandant Jacob Dallal, le porte-parole militaire interrogé, a refusé de répondre à la question de savoir comment l'armée israélienne obtient les numéros de téléphones mobiles à Gaza.

Quant à "l'utilisation" des médias locaux, elle a consisté en un piratage d’Al Aqsa TV par les FDI ainsi que l’irruption par la force dans les stations de radio locales, dont celles du Hamas, du FPLP et du Jihad islamique. Selon un récit de Kamal Abu Nasser, lors d'émissions sur La Voix de Jérusalem, les FDI interrompaient les émissions toutes les heures pour diffuser des messages rejetant la faute sur le Hamas pour tous les problèmes à Gaza. Cette affirmation a été confirmée par de nombreux habitants de Gaza qui était devenus dépendants de la radio pour rester connectés avec le monde, et au lieu de cela ont été bombardés de propagande par ceux-là mêmes qui larguaient des bombes sur leurs têtes.

Les proclamations israéliennes sur les avertissements détaillés et l'aide humanitaire peuvent également être facilement déconstruites. L'armée israélienne n'a pas même expliqué aux médecins quel type d'armes avaient été utilisées et la façon de traiter les plaies très étrange qui étaient typiques de l’usage de DIME et de phosphore blanc. Comme tout le monde le sait maintenant, la bande de Gaza était sous blocus total par terre, mer et air, les seules marchandises y entrant le faisaient par les tunnels, que les Israéliens et les Américains se sont empressés de définir comme étant utilisés pour la "contrebande d'armes», et pas simplement le seul moyen de faire passer des marchandises de toutes sortes quand tous les accès en surface étaient coupés à la fois par Israël et l'Égypte, où des forces de sécurité dépendant du Fatah étaient également stationnées. La lecture de toute déclaration faite par Israël demande toujours beaucoup d'efforts. La vérité est là, mais c'est le contraire de ce qui est déclaré. Pourtant, ces déclarations sont prises au pied de la lettre et même élevées au rang de déclarations humanitaires.


Est-ce que ceux qui les rédigent et les diffusent croient que nous sommes aveugles, sourds et muets? Ou sommes-nous tout cela et plus encore? Est ce que notre positionnement sur le globe comme des êtres privilégiés "en dehors de l'axe du mal" a éliminé la possibilité de nous voir comme d'autres pourraient nous voir et nous exempte d'être dégoûtés de l'importance que nous nous donnons à nous-mêmes et du mépris pour les autres? Sommes-nous devenus les monstres insensibles dont nous avons l’air, ou sommes-nous simplement assez endoctrinés et soumis au lavage de cerveau pour nous interdire de penser de manière critique?

Puisque les médias de masse ne peuvent pas censurer et empêcher tout de venir à la surface, ceux qui les contrôlent se mettent à couvert en fournissant l'interprétation canonique des événements que nous sommes appelés à accepter comme des «faits» ou même «la vérité». Si nous sommes encore en mesure de voir, l'objectif des experts en hasbara est de nous empêcher de réfléchir. C'est pourquoi ces déclencheurs de peur et ces phrases-choc sont si pratiques. Ils font le travail pour notre cerveau. Il nous est nécessaire de nous sentir «informés» mais pas nécessaire de conceptualiser et de penser (ce qui serait à leur désavantage). Une fois que nous avons cessé de réfléchir, nous garderons le silence face à la violence utilisée pour opprimer les faibles.

Les régimes totalitaires ont toujours dépendu de l'ignorance ou de la peur pour les aider à effectuer leur travail d'établissement, de consolidation et de maintien de leur domination sur ceux qui autrement se révolteraient contre eux. La même chose semble être vraie dans les "démocraties" d'aujourd'hui. Des pressions s'exercent sur les organisations caritatives islamiques, les groupes qui combattent l'occupation sont classés comme mouvements terroristes et les relations diplomatiques sont également tributaires de la bénédiction de ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Des conditions sont fixées, qui interdisent de soutenir ouvertement les mouvements politiques et même les gouvernements qui sont critiques envers l'État sioniste, comme si cela était le baromètre de la validité de toute une nation à l’échelle mondiale. Bref, même les démocraties (là encore, pour citer mon ami psychologue, les «démonocraties ») mettent en œuvre un endoctrinement fort pour instiller leur avantage hégémonique politiquement, économiquement et même moralement. Ils utilisent les médias, tant pour l'information que pour le divertissement, pour endoctriner et de former leur modèle d'un bon citoyen afin que la société soutienne pleinement les plans politiques du gouvernement, quels qu’ils soient. L’effet de ce lavage de cerveau se fait sentir à travers tout le spectre social, jusqu’à nos enfants, qui sont invités à saluer de manière acritique les « héros de la paix » armés jusqu'aux dents en Afghanistan et en Irak. Il semble bien qu’Orwell avait raison, en fin de compte.


Lutter contre la rhétorique vide, déconstruire les mensonges un à un et reprendre le pouvoir de notre pensée critique est une chose qui n'est plus un luxe mais une nécessité absolue. Pour contribuer à cet idéal de conscientisation, Palestine Think Tank et Tlaxcala lancent une série d'essais qui examinent beaucoup de ces termes et phrases, un et une à la fois, afin de construire un lexique de substitution et de présenter une lecture plus précise des mots qui nous entourent pour le moment principalement comme déclencheurs propagandiste d’émotions. Nous demandons à nos contributeurs, membres et associés de réfléchir et d’écrire sur ces questions, et nous invitons également nos lecteurs à contribuer par des textes pour publication, traduction et diffusion.

Quel termes nous intéressent-ils ? Il y en a en fait beaucoup parmi lesquels choisir, le choix est donc laissé aux auteurs. En aucun cas nous ne voulons limiter les essais à un seul sur chaque thème, car chaque auteur peut souhaiter contribuer avec son propre point de vue ou ses arguments pour affronter un thème déjà abordé. Nous espérons que cet effort de coopération internationale peut contribuer à une meilleure compréhension des problèmes mondiaux, et une plus grande conscience de la façon dont nous jouons un rôle actif, ne nous contentant pas seulement de rejeter les définitions erronées qui nous sont données, mais nous mettant en capacité de donner un contenu à ces termes et de les comprendre dans leur véritable dimension.

Pour lire d'autres articles de la Première guerre mondiale des mots, cliquez
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La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala. Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.

jeudi 1 octobre 2009

Référendum irlandais : pourquoi nous votons Non au Traité de Lisbonne

Discours de Des Dalton, vice-Président du parti irlandais Republican Sinn Fein, le 8 septembre 2009 à Vienne en Autriche. La réunion publique, intitulée « Le second référendum sur Lisbonne en Irlande », a vu la participation d'environ 200 personnes.
Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original :
Vote No to Lisbon Treaty
Sur l’auteur

Ayant déjà rejeté le traité de Lisbonne l'année dernière, les Irlandais sont forcés de voter une seconde fois. Plutôt que d'accepter le vote du peuple au référendum de 2008, le gouvernement irlandais a choisi d'ignorer ce vote. Sur ordre des commissaires au pouvoir à Bruxelles, ils imposent un second référendum – comme ils l'ont fait pour le traité de Nice en 2003 – en fait, ils se sont rangés du côté de l'élite politique européenne en opposition avec leur propre peuple. Le traité de Lisbonne n'a pas été renégocié et par conséquent, il n'a aucunement été modifié.

Leur campagne est basée sur la peur et la désinformation avec pour but de pousser les gens dans des États-Unis d'Europe militarisés. Les médias dominants sont des représentants volontaires de cette fabrique du consentement – pour paraphraser l'universitaire et militant US Noam Chomsky – avec juste un simulacre d'équilibre pour laisser de la place à ceux qui appellent à voter Non.

Six points essentiels sont au cœur de l'argumentation pour le rejet de Lisbonne :

1. Anthony Coughlan, à la tête des militants irlandais pour le Non, résume clairement, et en termes concrets, ce que signifie le traité de Lisbonne : « Les dispositions de Lisbonne qui supprimeraient la vieille Communauté Européenne que nous (l'Irlande) avons rejointe en 1973, instaurent légalement une nouvelle Union Européenne dont la forme constitutionnelle est celle d'une fédération supranationale et fait de nous tous de véritables citoyens de cette nouvelle entité étatique ».

Avec le Traité de Lisbonne, les gens deviendront des citoyens d'une Union Européenne fédérale. En cas de conflit, les droits et les devoirs des Irlandais en tant que citoyens seront subordonnés à leurs droits et devoirs envers le nouveau super-État de l'Union Européenne avec tout ce que cela implique.

2.Il est demandé au peuple irlandais de s'engager pour un État de l'Union Européenne dans lequel les lois seront d'abord passées sur la base de la taille de la population de chaque État membre. Par exemple, le nombre de voix pour l'Allemagne passera de 8 % à 17 % du vote total de l'UE tandis que les 26 autres États chuteront de 2 % à 0,8 %. Ce qui signifie que l'Allemagne aura 20 fois plus de votes que les 26 autres états tandis que la Grande-Bretagne, la France et l'Italie en auront 15 fois plus.

3. Le droit des 26 États membres de « proposer », son candidat à un poste de membre de la Commission de l'UE – le seul organe qui dispose du monopole de proposition pour toutes les lois de l'UE – serait remplacé par le droit de ne plus faire que des « suggestions ». La décision finale serait prise par le Président de la Commission européenne qui sera nommé par les États les plus grands. Ce qui signifie remplacer un processus de nomination ascendant par un processus descendant.

4. Le Traité de Lisbonne supprimerait le veto national que l'Irlande possède actuellement dans 30 nouveaux domaines politiques, passant la main au pouvoir européen pour faire des lois contraignantes pour le peuple irlandais dans des domaines tels que les services publics, le maintien de l'ordre, la criminalité, la justice, la santé publique, les transports, etc. Le Traité de Lisbonne est une charte pour l'économie libérale qui a causé l'effondrement économique que nous connaissons aujourd'hui. Ce qui aura des conséquences graves dans deux aspects importants. Premièrement, dans les changements de la politique économique et monétaire. Le Traité de Lisbonne ainsi que les dispositions des traités existants réduiront de façon substantielle, le contrôle démocratique que les citoyens pourraient avoir sur les mesures prises pour réduire les déficits budgétaires et les besoins d'emprunt. Actuellement, en Irlande, le gouvernement est en train de sacrifier les services publics et le niveau de vie des actifs pour sauver les banques. Cependant, la pression publique et la mobilisation du peuple peuvent changer le gouvernement et les mesures économiques qu'il a prises.

Par exemple, utiliser des investissements majeurs dans des projets publics pour stopper l'expansion du chômage et créer de nouveaux emplois. Une Commission européenne néo-libérale pourrait utiliser les pouvoirs qui lui ont été donnés par Lisbonne pour forcer les États à se conformer aux conditions budgétaires. Elle punirait les gouvernements qui souhaiteraient investir dans l'éducation, les services de santé et les transports publics. Et Monsieur et Madame Tout-le-Monde paieraient pour une crise capitaliste avec des coupes dans les services et les niveaux de vie, tout en cautionnant – comme la Commission européenne l'a déjà fait – les sauvetages pour plusieurs milliards d'Euros des banques et des spéculateurs.

En ce qui concerne les droits des travailleurs, la Cour de Justice européenne, dans un certain nombre de jugements importants, a mis les besoins et les priorités de marché au-dessus de ceux des salaires et des conditions de travail justes pour les personnes actives.

Les affaires Laval et Ruffert ont constitué deux jugements significatifs où la Cour de Justice européenne a statué que des entreprises employant des travailleurs d'un État membre dans un autre étaient autorisées à payer à ces travailleurs, des salaires largement plus bas que ceux négociés et conclus dans l'État d'accueil. Elle a basé ce jugement sur la primauté donnée par la législation de l’UE à la liberté de mouvement des biens, du travail et du capital.

Malgré l'affirmation que la « charte des droits fondamentaux » a été promue comme protection des droits des travailleurs. Cependant l'article 52 de la Charte – le libellé de cet article est fondé sur la jurisprudence de la Cour de Justice européenne – montre clairement que ces droits –droit de grève inclus – devront être exercés dans les conditions et les limites » du Traité de l'Union européenne et des traités de la Communauté. En résumé, il n'y aura pas de nouveaux droits pour les travailleurs avec Lisbonne et les droits promis seront soumis et inférieurs aux droits des employeurs et des entrepreneurs d'exploiter leurs employés pour des salaires plus bas et des conditions d'emploi inférieures.

5. Malgré ce que l'on nous dit, le ciel ne va pas tomber sur la tête de l'Irlande si nous rejetons Lisbonne une seconde fois. S'il y a un deuxième vote pour le Non, la République tchèque et la Pologne ne ratifieront pas le traité. Il se pourrait même que l'Allemagne elle-même ne l'ait pas ratifié au moment du référendum.

6. Même sans Lisbonne, la militarisation de l'Union européenne est une priorité, l'Agence européenne de défense est en réalité un moyen pour l'industrie d'armement européenne d'influencer la politique et les budgets européens. Des représentants de deux des plus grands fabricants d'armes d'Europe, BAE et Thales, figuraient avec des anciens politiciens, dans un groupe de travail qui a rédigé les clauses de sécurité et de défense de la Constitution européenne.

Le Traité de Lisbonne accroît l'importance politique de l'Agence européenne de défense. L'article 28 a mandaté l'agence pour prendre « toute mesure utile » qu'elle considérait nécessaire pour « renforcer la base industrielle et technologique » de la défense européenne. L'agence a également pour mission d'aider les gouvernements de l'UE à soutenir l'industrie de l'armement, en contrôlant leur observance des engagements de dépenses croissantes en équipement militaire, imposés par Lisbonne. Dans le traité, ces dépenses se rapportent à des « engagements de capacité ».

Comme rapporté dans le Sunday Business Post le 16 août, L'Institut d'Etudes de Sécurité de l'Union européenne (IESUE), le groupe de réflexion de politique étrangère de l'Union Européenne indique que l'Union européenne a besoin de « construire une double capacité civile et militaire solide »pour la prochaine décennie. Le Haut Représentant de l'UE –le Ministre des Affaires étrangères de facto de l'après-Lisbonne – Javier Solana, y a ajouté son poids : « Nous devons avoir le personnel et les capacités, autant civiles que militaires, pour soutenir ces ambitions politiques », écrit Solana.

Nous sommes en droit de demander dans quel but cette force militaire accrue va être utilisée. Est-ce pour combattre les « guerres de ressources du 21ème siècle » que le Président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, avait pronostiquées dans les années 1990. Pour être utilisée par le nord développé et riche contre le sud en développement et pauvre et posséder leurs ressources naturelles.

Notre campagne fait partie intégrante de la lutte contre l'impérialisme. Tout comme nous nous opposons à l'impérialisme britannique en Irlande, nous devons aussi nous opposer au nouvel impérialisme de l'UE. Le but du Traité de Lisbonne comme de la Constitution européenne est de construire un super-État anti-démocratique, militarisé et ultra-capitaliste. L'économiste irlandais, feu Raymond Crotty a décrit le projet européen comme « un impérialisme par d’autres moyens ».

La démocratie fonctionne mieux en termes de responsabilité et d'engagement du peuple, dans le processus démocratique à un niveau national – le Republican Sinn Fein préconise même une décentralisation plus poussée au niveau régional et local. Amener le pouvoir de décision à ce niveau rend la démocratie vivante et appropriée au peuple.

Non seulement nous croyons en la démocratie au sein des nations mais aussi entre elles. En tant que républicains irlandais, nous sommes aussi des internationalistes dédiés à la construction d’une communauté de nations libres. En nous opposant au Traité de Lisbonne, nous ne soutenons pas seulement la démocratie nationale mais aussi l'idéal d'une démocratie internationale et la véritable solidarité entre les nations dans la défense des droits humains.

Le Republican Sinn Fein a pour normes les principes démocratiques de la Proclamation de 1916 et nous considérons l'idée d'une Union européenne militarisée et non démocratique comme une subversion de ces principes. Levez-vous pour les droits des travailleurs, opposez-vous à la militarisation et à l'impérialisme, votez Non à Lisbonne II !

mercredi 30 septembre 2009

Le dernier Dadis Show à Conakry : 157 morts

par Ayman El Kayman, Coups de dent, 29/9/2009




Cette photo, prise à Conakry le 28 septembre 2009, nous dit à peu près tout sur le rapport Nord-Sud. les 4 policiers qui arrêtent un manifestant sont vêtus de bric et de broc. L'un d'eux porte une salopette bleue défraîchie avec l'inscription POLIZEI, c'est-à-dire police en allemand. Sans doute un signe de la "générosité" de l'Europe riche, qui est prête à tout pour pouvoir continuer à s'approvisionner à vil prix en bauxite de Guinée. La Guinée de Sékou Touré avait reçu un don fraternel de brise-glaces de l'Union soviétique. La Guinée post-moderne ne reçoit que ce qu'elle mérite.




Même diversité d'accoutrements des "forces de l'ordre" dans cette autre scène du lundi 28 septembre.


Au moins 157 morts par balles, un millier de blessés, des femmes violées : Conakry, capitale de la Guinée a connu le 28 septembre un lundi noir. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants s’étaient rassemblés dans le plus grand stade de Conakry pour dire leur opposition à l'éventuelle candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à l’élection présidentielle prévue en janvier 2010. Le capitaine Moussa Dadis Camara a pris le pouvoir en janvier, suite à la mort du président-dictateur Lansana Conté. Depuis, Captain Dadis défraie la chronique avec ses prestations ubuesques. Je vous en présente quelques-unes, qui circulent dans toute l’Afrique sous le nom de « Dadis Show ». Elles se passent de commentaire.

Tout d’abord, une interview surréaliste de Captain Dadis par RFI suite au massacre de Conakry.


Dadis attend toujour le peuple
envoyé par pedn. - L'info video en direct.



Best Off des Dadis Shows

« Je suis beaucoup gêné avec les civils »



Captain Dadis humilie l'ambassadeur de Russie


"Nous sommes des révolutionnaires progressistes": Monologue du Captain

Et le meilleur pour la fin !


Conakry, mercredi 10 juin 2009 : Captain Dadis interrompt au cours d’une rencontre publique l’ambassadeur d’Allemagne, Karl Prinz, qui avait eu le malheur de faire part des doutes de l’Union européenne sur la « démocratie » guinéenne, et lui fait la leçon, dans un mélange de français et d’allemand (qu’il a appris au cours de ses stages de parachutiste). Une scène d’anthologie.




Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à mardi prochain !

lundi 28 septembre 2009

Référendum sur le Traité européen en Irlande : « L’UE est une forme moderne du colonialisme »

Des Dalton, adversaire irlandais du Traité de Lisbonne, explique pourquoi il fait campagne pour un deuxième NON le 2 Octobre
par Florian NIEDERNDORFER, derStandard.at, 21/9/2009. Traduit par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Original : "Die EU ist eine moderne Form des Kolonialismus"
Alors que les sondages indiquent que les Irlandais se préparent à voter oui au Traité de Lisbonne, le Mouvement pour le NON appelle à bloquer une seconde fois par voie référendaire le processus de réforme de l’UE. Des Dalton, vice-président du parti irlandais Republican Sinn Fein explique dans une interview accordée au standard.at pourquoi il résiste à la pression en faveur du OUI.


Artikelbild
Des Dalton est depuis sa dix-huitième année membre du Republican Sinn Fein (Sinn Fein républicain, RSF), une scission du Sinn Fein. Le RSF se définit comme «le véritable représentant du républicanisme irlandais » et exige un État irlandais socialiste et fédéral. Officiellement, le RSF a toujours nié les liens qu’on lui prête avec le CIRA (Continuity Irish Republican Army), groupe paramilitaire dissident de l’IRA.



derstandard.at : Au plan économique, il n’est guère de pays qui ait autant profité de l’UE que l’Irlande. Comprenez-vous les gens qui veulent exclure votre pays de l’UE s’il retarde encore la réforme européenne ?



Des Dalton : La campagne en faveur du OUI tente de faire passer le référendum sur le Traité de Lisbonne pour une suite logique de l’appartenance à l’UE, ce qui n’est bien sûr pas le cas, puisque les traités en vigueur restent valables quoi qu’il arrive. Mais surtout il faut mettre en balance avec les subventions reçues par l’Irlande le coût de son entrée dans l’Union, par exemple la mort de la pêche irlandaise et les retombées sur l’agriculture. Depuis l’entrée dans l’Union en 1973 des milliers de paysans ont perdu leur terre. Si l’on parle des retombées positives, il ne faut pas oublier les conséquences négatives



derstandard.at : Mais pensez-vous que l’Irlande doive quitter l’UE, si elle vote NON une seconde fois ?



Des Dalton : Selon le Republican Sinn Fein, l’Irlande n’aurait jamais dû entrer dans l’UE. Pas seulement à cause de la situation en Irlande même, mais surtout à cause de la structure profondément antidémocratique de l’UE. Nous sommes pour un commerce et une coopération entre nations libres, mais sous forme d’une collaboration et non d’une union politique. Et si l’Irlande dit NON une deuxième fois, cela ne la marginalisera pas. Tant il est vrai que la Tchéquie et la Pologne doivent encore ratifier le Traité, et le Parlement allemand aussi donner son accord. Un NON irlandais ouvrirait la voie à des scénarios entièrement neufs.



derstandard.at : Selon un sondage du Sunday Business Post, 62% des Irlandais pensent voter OUI. Tous ceux-là sont aveuglés ?



Des Dalton : Ce que je peux dire pour le moment, c’est que le Traité est un document identique à 90 ou 95% à celui qui a été rejeté par les Français, les Néerlandais et les Irlandais. Si le Traité de Lisbonne est rejeté maintenant pour la quatrième fois, les Européens verraient qu’on ne veut pas d’un super-État européen. Ce qu’il faudra alors est un changement radical dans la manière de penser l’Europe à l’avenir.



derstandard.at : Vous avez ébauché une image du super-État européen. Dans le contexte d’une Irlande divisée, qu’a de si horrible une Europe sans frontières ?



Des Dalton : Cette question ramène aussi à celle d’une démocratie qui fonctionne et à la manière dont elle doit fonctionner. Non seulement l’histoire irlandaise, mais toute l’histoire européenne nous enseigne que la démocratie fonctionne d’autant mieux qu’elle est plus proche de sa base. Des décisions qui concernent directement les gens devraient être prises par des personnes ou des structures très proches des gens concernés et sur qui on peut compter. L’histoire irlandaise a été sanglante et largement déterminée par l’oppression et la domination étrangère. Je ne vois pas l’intérêt d’ôter le contrôle sur l’Irlande à Westminster [Parlement du Royaume-Uni à Londres, NdT] pour le remettre à Bruxelles. Nous considérons l’UE comme une forme moderne du colonialisme, profondément antidémocratique et qui ne sert que les intérêts des États les plus grands. C’est vouloir résoudre la quadrature du cercle que de vouloir à la fois faire entrer de force 500 millions de gens issus de nations différentes, avec des cultures et des langues différentes dans un super-État et prétendre œuvrer pour la démocratie. Nombre de défenseurs du OUI sont assez honnêtes pour l’avouer aussi.



derstandard.at : Vous voulez régionaliser la prise de décision dans l’UE. Comment cela pourra-t-il fonctionner pour des questions comme la protection du climat ou la crise économique actuelle, qui est mondiale ?



Des Dalton : Nous n’excluons pas la collaboration internationale. Elle a toujours existé et existera toujours. M alheureusement, au cours des siècles, elle n’a pas toujours servi les intérêts des populations. Il est évident qu’il faut aborder la protection du climat au niveau mondial, mais pourquoi les gouvernements ne pourraient-ils pas collaborer sans passer de manière antidémocratique par-dessus la tête de leurs administrés ?



derstandard.at : Dans votre discours à Vienne vous avez traité l’UE de « projet impérialiste ». Croyez-vous que les Slovaques ou les Roumains soient vraiment de votre avis ?



Des Dalton : Il faut avoir une vision à long terme , et voir notamment à quel prix les pays d’Europe de l’ Est profitent aujourd’hui de l’Union. En outre, nombre d’aspects de la crise actuelle sont le résultat du laissez-faire de l’Union européenne. Les Européens de l’Est doivent se demander quel prix ils paieront pour l’abandon de leur contrôle sur leur démocratie, leur économie et leur place dans le monde. Toutes les fois où la base a été interrogée sur l’UE, elle a dit NON.

samedi 26 septembre 2009

Wählt ungültig! Warum und wie? Élections allemandes : voter nul ! Pourquoi et comment ?

par Jutta DITFURTH, 24/9/2009. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Wählt ungültig! Warum und wie?
Sur l’auteure

I POURQUOI voter nul ?

Dimanche nous aurons des élections, mais pas le choix. L’offre en matière de partis n’en comporte pas un seul qui pourrait au moins contribuer à rendre notre société plus humaine et la vie des gens vraiment un peu plus facile. Et encore moins un parti qui œuvrerait sérieusement à abroger le capitalisme ou du moins qui soutiendrait ce projet. L’offre consiste en un bloc de partis bourgeois : CDU/CSU, FDP, SPD,Verts et un parti qui s’autoproclame de Ggauche, mais ne souhaite rien tant que d’entrer dans ce bloc.

Non, le capitalisme n’est pas en crise, il est LA crise de milliards de gens. Il assassine et asservit. Il détruit la nature dont nous autres humains avons besoin pour mener une vie saine. Les calottes polaires fondent, la toundra se transforme en usine à poisons, le climat chavire, les mers indéfiniment surpêchées pourrissent sous les déversements toxiques, le réchauffement et l’avalanche des déchets, une ceinture de déserts enserre la terre. Un nombre inimaginable d’êtres humains ont faim, tombent malades, dépérissent et meurent. Même dans les centres capitalistes les ghettos s’étendent.

Lorsque, début 2009, des travailleur-se-s intérimaires furent viré-e-s par centaines de milliers, les syndicats ne lancèrent ni actions de solidarité ni grèves sauvages. Après les élections il y aura de nouveaux chômeurs par millions - quel que soit le gouvernement. Les partis de gouvernement, quelle que soit leur couleur, n’ont d’autre « pouvoir » que de jeter notre argent dans la gueule du capital, pas celui de lui dire « assez » ou de le « réguler » efficacement.

Si l’on veut entrer au gouvernement allemand, il faut d’abord dire oui au capitalisme et à l’OTAN. Et donc aux fondements du massacre de l’homme et de la nature.

La richesse ne provient que de deux sources, le travail humain et la terre - les ressources naturelles. L’essence du capitalisme, et là aussi Marx a raison, c’est de soumettre l’homme et la nature au meilleur compte et par là de les détruire tous deux. Si les conditions de l’exploitation capitaliste diffèrent d’un pays à l’autre, c’est que les histoires de ces pays et les stades de la lutte des classes y diffèrent. Je rappelle ce que le multimilliardaire Warren Buffett disait il y a deux ans au New York Times : « Nous sommes en pleine guerre des classes, c’est vrai, mais c’est la mienne, celle des riches, qui fait la guerre et qui est en train de la gagner.» Il parlait du capitalisme dans son état « normal », avant la crise.

La question n’est donc pas de savoir si nous voulons la lutte des clases, comme le supposent des gens pas très malins, car si nous ne nous défendons pas elle se déroule tout de même, mais menée par ceux d’en haut contre ceux d’en bas.


Nous vivons dans l’œil du cyclone, inondés d’informations-poubelle. Nos journaux télévisés nous parlent de veaux thaïlandais à deux têtes, d’accidents de bus, de tapis rouges, de limousines et de politiciens qui se serrent la main. On nous montre rarement les effets de notre politique « extérieure » et « de développement » ou les crimes commis par le capital allemand aux quatre coins du monde. De mon bureau, j’ai vue sur les deux tours de la Deutsche Bank à Francfort. La Chancelière a arrangé pour Monsieur Ackermann un déjeuner d’anniversaire, tous les politiciens et politiciennes de Francfort sont flattés lorsque des membres de la Deutsche Bank parlotent avec eux. Les crimes que commet la Deutsche Bank aux quatre coins du monde, directement ou indirectement (par le biais d’intrications diverses), ne les intéressent pas. Qui sait ici que la DB - pas dans le Tiers monde », mais à Cleveland, Ohio, USA - a fait expulser 7000 familles, et qu’on ignore largement ce qu’il est advenu des dizaines de milliers d’expulsés, en grande majorité des Afroaméricain-es ?

Si l’on croit que CDU/CSU/SPD/FDP/Verts/Linke nous protégeront contre le capital, on ne sait pas où l’on habite. L’État est un État capitaliste. Dans le Manifeste du Parti communiste Marx et Engels écrivent: « L’État moderne n’est qu’un comité de gestion des intérêts de la classe bourgeoise. »

Quand il y a conflit entre les partis de gouvernement, donc au sein du comité de gestion du capital, c’est essentiellement pour deux raisons :

1. Ces partis sont chacun proches de fractions différentes du capital (énergie, automobile, chimie par exemple)
2. Ils simulent des conflits pour faire croire aux électeurs/trices que l’alternance existe.

L’État capitaliste doit créer un ordre social qui garantisse la stabilité du capitalisme. Donc apaiser la lutte des classes menée par les salariés, et fournir au capital les infrastructures nécessaires. Sans résistance sociale, sans les mouvements ouvrier, féministe, écologique, pacifiste et de défense des droits humains nous n’aurions aucun des droits sociaux et démocratiques qu’il nous faut défendre aujourd’hui plus durement que jamais .

Certains des intervenants ont recommandé de voter « quand même » pour la Linke. Pour qu’elle se démasque lorsqu’elle sera au gouvernement, dit l’un, parce qu’elle est « moins pire » que les autres, prétend le suivant. Est-ce exact ? Non, la Linke est même pire sous certains rapports, parce qu’elle fait semblant d’être du côté des faibles, alors que, lorsqu’elle participe à un gouvernement, elle pratique une gestion humiliante et cynique de la misère, une politique de casse sociale et de destruction de la nature.

Si donc nous voulons « changer toutes les situations qui font de l’homme un être humilié, asservi, abandonné, méprisable» (Marx), il faut ébranler l’ordre établi et nous avons mieux à faire que de hisser nos adversaires à des postes et mandats.

Je ne suis pas une abstentionniste de principe. Il arrive que des gens de gauche puissent voter.

Cette fois ce n’est pas le cas.

II COMMENT voter nul ?

Peut-on/ a-t-on le droit de voter nul ?

Bien sûr. Et si on nous ôtait ce droit, nous le reconquerrions. Nous avons le droit de voter nul, même si, pour nous en empêcher, il n’existe pas de case « vote nul » sur les bulletins. Sauf toutefois pour le vote informatique, sinon le bulletin serait en non-conformité avec le droit.

Mais le bulletin de vote sur papier, lui, ne tient pas compte de votre droit au vote nul : il n’y a pas de case « nul » à cocher. Vous devez faire cela vous-même ! Inutile d’inscrire vos raisons ou des slogans sur le bulletin, au mieux l’un des scrutateurs le lira, et personne d’autre.

Comment voter nul ?

Version brève:

Dans l’isoloir faire une grande croix (de préférence au stylo à bille) sur tout le bulletin de vote.

Version longue :

Se rendre le 27/09 au bureau de vote, muni de sa carte de vote et de sa carte d’identité ou passeport. Si l’on n’a pas reçu de carte d’électeur, demander au service local des élections si l’on figure sur les listes. Ou se rendre simplement , le jour du vote, au bureau dont vous relevez (en cas de besoin se renseigner chez un voisin avec ses papiers d’identité), présenter sa carte d’identité et les commissaires chercheront votre nom sur la liste. Alors on vous donnera un bulletin.

Entrer alors dans l’isoloir. Faire une grande croix au stylo à bille sur tout le bulletin (voir plus haut). Le mettre dans l’enveloppe qu’on vous a donné et le déposer dans l’urne. C’est tout.

Résultat :

- Vous n’avez voté pour aucun des partis qui se mettent à genoux devant le capitalisme et prétendent après les élections qu’ils ont des idées de gauche mais que les « contraintes objectives» les forcent à soutenir le vol de votre salaire, la réduction des prestations sociales de tous ordres, les expulsions, le saccage de la nature, les humiliations qu’on vous inflige et l’exploitation et - par exemple- la guerre en Afghanistan.
- Vous avez protesté et indiqué clairement que vous saviez tout cela d’avance et que l’offre en matière de partis était si médiocre qu’aucun ne vous convenait.
- On ne peut vous reprocher d’être allé à la pêche à la ligne (si ce reproche vous touche), puisque vous êtes entré dans l’isoloir.
- Les votes nuls sont mentionnés dans les statistiques électorales officielles.

> Pour en débattre : Lire Jutta Ditfurth, Zeit des Zorns. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft. München: Droemer Verlag 2009, 272 S., 16,95 Euro


Source : jutta-ditfurth.de et blog.prinz.de - Wählt ungültig! Warum und wie?

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