mardi 28 décembre 2010

Répression d'une manifestation à Tunis : photos

 Hier lundi 27 décembre, la police a réprimé une grande manifestation d'ouvriers organisée au centre-ville de Tunis par des syndicats de travailleurs répondant à l'appel de l'Union Générale Tunisienne du Travail, pour exprimer leur solidarité avec les habitants du Gouvernorat de Sidi Bouzid où des manifestations ont lieu depuis 11 jours pour protester contre ce qui a été qualifié de propagation du chômage et de la corruption.
Des accrochages ont opposé des centaines de manifestants à la police près du siège de l'UGTT, après que les manifestants avaient essayé de briser le cordon sécuritaire pour aller manifester sur l'avenue du 7-Novembre (ex-avenue Bourguiba) au centre de la capitale, ce qui a fait quelques blessés.
Les manifestants ont essayé de briser les cordons de police qui les ont encerclés et  empêchés de défiler dans les rues de la capitale.

Les accrochages entre les policiers et les manifestants ont fait quelques blessés
Les manifestants ont scandé des slogans "Non à la prolongation (Tamdiid)-Non à l'héritage dynastique (Tawrit)" (allusion au changement de la Constitution imposé par Ben Ali pour pouvoir se représenter à l'élection de 2014 et à ses projets de choisir un successeur parmi ses proches) 

Les grands renforts policiers ont réussi à empêcher les manifestants de gagner l'Avenue Habib Bourguiba



Les manifestants n'ont pas réussi à briser le barrage des forces de sécurité qui se spnt déployées en grands nombres devant le siège de l'UGTT


Ces manifestations ont été décrites comme une intifada des pauvres et des affamés (Intifadat al fouqarrae oual joua'a)
Les forces de police ont utilisé des matraques pour disperser les manifestants
Slogans contre la corruption et demandant des emplois
Les femmes ont participé à la manifestation
Les manifestants sont restés  pacifiques
La police surveillait les mouvements des manifestants

Source:  Al-Jazeera et Tlaxcala

Le visage du sous-commandant Marcos et le cri de Perla

Une multitude de visages, un seul cri : deux vidéos


 


lundi 27 décembre 2010

Un nouveau conte de Noël : Bethléem sous l’occupation

par le Département des négociations de l’OLP, 15/12/2010. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Couper Bethléem de Jérusalem et du reste du monde n’apportera pas la paix
Mgr. Fouad Twal, Patriarche latin de Jérusalem

Par bien de côtés Bethléem est devenue la quintessence de la ville palestinienne sous occupation israélienne : sa population est quotidiennement soumise à des chicaneries. Son site historique est défiguré par l’avancée des colonies illégales et par le Mur, qui creuse une profonde entaille à travers tout le pays, détruit ses antiques liens politiques, sociaux, économiques et religieux avec Jérusalem et le reste de la Cisjordanie. Ses perspectives économiques s’assombrissent d’année en année. Pour les habitants de Bethléem et des environs, Noël devient, d’année en année, moins une occasion de fête qu’une raison de réfléchir à l’immense tragédie qui s’est abattue sur la Ville Sainte, patrie d’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde.
C’est un fait : l’occupation israélienne a restreint de façon dramatique la liberté de circulation des Palestiniens ainsi que l’accès aux églises de Terre Sainte. Après l’érection du Mur dans la partie nord de la vile, Bethléem et Jérusalem sont complètement coupées l’une de l’autre.
Le Gouvernorat et la ville sous occupation
Ni le Gouvernorat de Bethléem, ni la ville même ne sont à l’abri des effets destructeurs de l’occupation israélienne et de la colonisation persistante du territoire palestinien. On est devant une politique du fait accompli qui rend impossible la solution à deux États. Israël poursuit sa politique où se mêlent occupation, colonisation et apartheid, pour étouffer et morceler la ville et ses environs immédiats. Cela inclut la confiscation permanente du territoire palestinien pour y construire des colonies israéliennes et le Mur - en violation du droit international. S’y ajoutent des entraves physiques et administratives à la liberté de circulation des Palestiniens par le biais d’un réseau de plus en plus fourni de points de contrôle et de barrages routiers et par un régime punitif de  laissez-passer limitant les lieux où les Palestiniens peuvent résider, aller et travailler.
Seuls 13% du territoire du Gouvernorat de Bethléem sont encore sous contrôle palestinien.
- Rien qu’à Bethléem même, l’armée israélienne a érigé 32 barrières - points de contrôle inclus (comportant des tourniquets !!), des rues barrées, des tas de terre en travers de routes et des portails qui font obstacle à la liberté de circulation et à l’accès des marchandises et des personnes. Selon le Rapport international sur la liberté religieuse de 2010 publié par le Département d’État US « le gouvernement israélien a continué durant la période concernée d’appliquer des restrictions à la liberté qui ont sérieusement empêché les chrétiens et musulmans d’accéder aux lieux de culte de Cisjordanie et de Jérusalem. »
Les colonies illégales sont à elles seules au nombre de 17 et des avant-postes sont abondamment disséminés dans tout le Gouvernorat de Bethléem, regroupant au total près de 91 500 colons. Le plus connu est Avigdor Lieberman, le Ministre israélien des Affaires étrangères, qui habite la colonie illégale de Noqdim dans la partie Ouest de la zone de Bethléem.
Dans le cadre de son entreprise de colonisation, l’État d’Israël contrôle militairement un grand nombre de sites historiques palestiniens, dont plusieurs sont enregistrés sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO pour la Palestine. Dans le district de Bethléem on trouve la mosquée Bilal Ibn Rabah [ancien esclave noir devenu le premier muezzin de l’Islam, NdlT], le tombeau de Rachel [deuxième femme de Jacob, mère de Joseph et Benjamin], l’Hérodéion [ou Hérodium ; un ancien palais d’Hérode, monarque de Galilée à l’époque où Jésus est né] et le site archéologique des grottes de Qumrân, où ont été découverts les manuscrits de la Mer Morte. L’UNESCO a récemment confirmé que ces sites étaient palestiniens
Depuis 1993 les Palestiniens doivent être en possession d’un laissez-passer, établi au cas par cas, pour entrer à Jérusalem-Est pour quelque raison que ce soit. Il n’est accordé - s’il l’est- que pour une durée déterminée.
Le taux de chômage à Bethléem se situe à 23% environ, situation due essentiellement à la construction du Mur autour de Bethléem et à la coupure avec Jérusalem, surtout dans le domaine du tourisme, du commerce et de l’agriculture.

 
Terres annexées par Israël dans le Gouvernorat de Bethléem
En 1967 Israël a annexé environ 10 km2 dans le district Nord de Bethléem, en violation du droit international. Une grande partie de cette terre a été incorporée illégalement à Jérusalem-Est, dont les frontières municipales ont été étendues. La communauté internationale ne reconnaît pas l’extension unilatérale de Jérusalem-Est effectuée par Israël. L’économie de nombreuses villes et villages palestiniens est dépendante de l’agriculture, mais les terres agricoles ont été illégalement confisquées par Israël pour y bâtir ses colonies et leurs infrastructures ainsi que le Mur. Les ville palestiniennes de Beit Sahour, Bethléem, Beit Jala, Walaje, Husan, Battir, Wadi Fukin, Jaba, Nahalin, Artas et El Khader ont perdu 65% de leurs terres situées à l’Ouest du Mur par exemple Beit Jala a perdu près de 50% de son territoire historique, El Khader, 75%.
Le Mur sépare les habitants de Beit Sahour de la plupart de leurs oliveraies, auxquelles les propriétaires ne peuvent se rendre que rarement, et avec une autorisation spéciale de l’armée israélienne, en empruntant certaines portes pratiquées dans le Mur et ouvertes à certaines heures.
En janvier 2009 l’armée israélienne a déclarées les terres situées au Nord du Mur « zone fermée », ce qui signifie que les propriétaires palestiniens ne peuvent y accéder sans laissez-passer israélien.
Les importantes colonies de Gilo, Har Gilo, Har Homa, Betar Illit, Ephrat, Geva’ot und Bat Ayin ainsi que l’extension de Givat Hadagan et Givat Hatamar dans la colonie d’Ephrata sont toutes situées dans le district de Bethléem. Toutes souhaitent s’étendre. En outre on a appris l’existence de plans pour Givat Yael, une nouvelle colonie située sur le territoire d’Al Walaya.

 
Banksy

La perte de son tourisme, vital pour Bethléem
Au fil des vingt dernières années Bethléem est devenue l’ombre d’elle-même. La ville, naguère ouverte et vivante, n’est plus qu’un ghetto miné par la pauvreté, l’immobilité et l’isolement. Une promenade dans la vieille ville vous fait passer devant une multitude de boutiques fermées, dont les propriétaires, naguère, vendaient leurs marchandises aux Bethléémites et aux touristes. Ces derniers, dans la mesure où un bus les amène encore à Bethléem, y restent exactement deux heures dans le cadre d’une visite qui prévoit expressément ce but, ne passent que peu de temps dans les boutiques, restaurants et hôtels palestiniens - s’ils y entrent- et reviennent dans les hôtels et restaurants israéliens pour y dépenser beaucoup de temps et d’argent. Bref : le potentiel touristique de Bethléem enrichit le secteur touristique israélien. Cette pénible situation est surtout perceptible au moment des vacances et à la saison des fêtes religieuses, de Noël à Pâques, époque où Bethléem devrait attirer le plus grand nombre de touristes.
En rupture avec les accords provisoires bilatéraux palestino-israéliens, (Accords d’Oslo), sur les 185 guides touristiques palestiniens en possession d’une licence octroyée par le Ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités, seuls 40 ont encore le droit de se rendre à Jérusalem, en Israël et sur les sites historiques situés en territoire palestinien sous contrôle israélien. En revanche,  7150 guides israéliens ont un travail à plein temps ou à mi-temps.
Israël continue à construire des colonies et à vendre ses produits aux touristes et pèlerins qui se rendent dans les territoires occupés, minant ainsi l’industrie palestinienne du tourisme.
D’après le Ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités, touristes et pèlerins devraient passer au moins 3 à 4 nuits dans les territoires occupés pour pouvoir contribuer effectivement à la croissance de l’industrie touristique palestinienne. 
La politique instaurée par Israël oblige les touristes qui, durant l’année, se rendent à Bethléem, à quitter la ville par le check-point 300, qui ne possède qu’une seule entrée et sortie pour les bus et les autos, à la différence des étrangers qui se rendent dans les colonies situées dans l’espace bethléémite. Cela crée bien sûr des attentes supplémentaires aux points de contrôle pour les Palestiniens, les touristes et les pèlerins. Il est devenu si compliqué de se rendre à Bethléem que nombre de touristes ne prennent plus la peine d’y aller.
Malgré toutes ces entraves et restrictions imposées par l’occupant, le nombre de touristes qui s’attardent dans les Territoires a augmenté.
 
La mosquée Bilal Ibn Rabah/ Le tombeau de Rachel
À l’entrée Nord de Bethléem se trouve le site historique de la mosquée de Bilal et de la tombe de Rachel. Un lieu important pour les chrétiens, les Juifs et les musulmans. L’armée israélienne n’autorise qu’aux seuls Juifs l’accès à ce site, entouré de hautes murailles, ce qui constitue une violation à la fois des Accords d’Oslo, des conventions de l’UNESCO et du droit international.
Le tracé du Mur s’enfonce de 2 km dans la partie Nord de la commune de Bethléem ; il encercle la mosquée de Bilal et le tombeau de Rachel, affectant tous les Palestiniens du voisinage. 70 à 80 commerces situés dans le périmètre ont dû fermer. Les habitants du quartier où se trouvent la mosquée de Bilal et le tombeau de Rachel sont principalement des chrétiens palestiniens. Ce quartier est désormais enclos par le Mur, obligeant ses habitants à déménager ailleurs dans Bethléem, pour des raisons économiques et psychologiques.
Attrapez-le ! Il veut faire le mur!

Le blocus israélien constitue une gêne pour les fêtes chrétiennes
Selon le Rapport international sur la liberté religieuse de 2010, le Mur gêne énormément l’accès des Bethléémites au tombeau du Christ à Jérusalem et rend difficile aux Palestiniens qui vivent à Jérusalem de se rendre sur les sites chrétiens situés à Béthanie et Bethléem.
Ce rapport constate aussi la gêne que représente le Mur pour les déplacements des prêtres et religieux entre les églises et monastères de Jérusalem et de Cisjordanie, voire entre leur résidence et les lieux de culte où ils célèbrent.
Le Mur gêne également beaucoup les Palestiniens chrétiens et musulmans qui souhaitent assister à la fête du monastère de Saint-Élias [grec orthodoxe, Ndl], traditionnellement célébrée en juin. Beaucoup ne peuvent plus du tout se rendre au monastère, situé seulement à 4 km de Jérusalem.
La deuxième station de la procession de Noël, à laquelle prennent part les patriarches et qui part de Bethléem et passe normalement à quelques mètres de là ne peut plus, depuis l’érection du Mur, suivre ce trajet et attendre là l’arrivée des patriarches.
Les restrictions apportées par Israël à la liberté de circulation des Palestiniens touchent aussi la procession du 15 août, fête de l’Assomption de Marie, qui se termine à l’église du même nom sur le Mont des Oliviers, car il empêche les chrétiens de Bethléem d’y prendre part.
À l’occasion de Noël, nous autres Palestiniens adressons un appel particulier à tous les chrétiens du monde : aidez-nous à résister à l’enclosure de la Palestine en général et de Bethléem en particulier. Nous demandons instamment au monde entier de redoubler d’efforts pour ouvrir à Noël Bethléem et le reste de la Palestine occupée aux visiteurs, rétablir les anciennes liaisons entre Jérusalem et Bethléem et apporter à la Palestine la paix et la justice, afin que nous puissions fêter ensemble les jours saints.

dimanche 26 décembre 2010

"Tunisia has big problems": ce que l'ambassadeur US à Tunis pensait de Ben Ali en 2009

Nommé Coordinateur principal adjoint au contre-terrorisme par le Président Obama, Robert F. Godec a été ambassadeur des USA en Tunisie de 2006 à 2009. Auparavant il était secrétaire assistant adjoint au Bureau des Affaires du Moyen-Orient du Département d’État et coordinateur adjoint pour la Transition en Irak. Il est entré dans la carrière diplomatique en 1985. Dans ses câbles diplomatiques envoyés à Washington depuis Tunis, et révélés par Wikileaks, il ne mâche pas ses mots sur le régime Ben Ali, dont il écrit qu’il « brasse du vent ». Extraits du câble titré : Troubled Tunisia: What should we do? (Tunisie agitée: que faire ?) du 17 juillet 2009.

Tunisia has big problems. President Ben Ali is aging, his regime is sclerotic and there is no clear successor. Many Tunisians are frustrated by the lack of political freedom and angered by First Family corruption, high unemployment and regional inequities. Extremism poses a continuing threat.
Compounding the problems, the GOT brooks no advice or criticism, whether domestic or international. Instead, it seeks to impose ever greater control, often using the police.
Despite Tunisia's economic and social progress, its record on political freedoms is poor. Tunisia is a police state, with little freedom of expression or association, and serious human rights problems. The GOT can point to some political progress in the last decade, including an end to prior review of books and ICRC access to many prisons. But for every step forward there has been another back, for example the recent takeover of important private media outlets by individuals close to President Ben Ali.
The problem is clear: Tunisia has been ruled by the same president for 22 years. He has no successor. And, while President Ben Ali deserves credit for continuing many of the progressive policies of President Bourguiba, he and his regime have lost touch with the Tunisian people.
Tunisians intensely dislike, even hate, First Lady Leila Trabelsi and her family. In private, regime opponents mock her; even those close to the government express dismay at her reported behavior. Meanwhile, anger is growing at Tunisia's high unemployment and regional inequities. As a consequence, the risks to the regime's long-term stability are increasing.


La Tunisie a de gros problèmes. Le Président Ben Ali est vieillissant, son régime est sclérosé et il n’y a pas de successeur évident. De nombreux Tunisiens sont frustrés par le manque de libertés politiques et éprouvent de la colère envers la famille présidentielle, la corruption, le chômage élevé et les inégalités régionales. L’extrémisme fait peser une menace permanente. [...] La Tunisie est un État policier, avec peu de liberté d’expression et d’association, et de graves problèmes de droits humains. [...] Pour chaque pas en avant, il y en a un autre en arrière, par exemple le récent rachat d’importants médias privés par des personnes proches du président Ben Ali.


[Ben Ali] et son régime ont perdu le contact avec le peuple tunisien. Ils ne tolèrent pas de conseils ou de critiques, ni nationales ni internationales. Ils s’appuient de plus en plus sur le contrôle par la police et se concentrent sur la préservation du pouvoir. La corruption dans les premiers cercles s’accentue. Même les Tunisiens moyens sont à présent très conscients de cela, et le choeur de leurs plaintes s’amplifie [...]. Les Tunisiens n’aiment vraiment pas, voire détestent la première dame Leila Trabelsi et sa famille. En privé, les opposants au régime se moquent d’elle. Même dans les cercles proches du pouvoir on exprime de la consternation face à ses frasques. Entretemps, la colère monte face au taux de chômage qui grimpe et aux inégalités régionales. En conséquence, les risques pour la stabilité à long terme du régime sont en augmentation.


Robert F. Godec, TROUBLED TUNISIA: WHAT SHOULD WE DO?, 17/07/2010
Retrouvez tous les câbles wikifuités sur la Tunisie ici

Tunisie: l'intifada s'étend. Après Sidi Bouzid, Menzel Bouzayane تونس : انتشار الانتفاضة. بعد سيدي بوزيد ، منزل بوزيان

Tunisie: un mort et des blessés dans des affrontements à Menzel Bouzayane

par  Kaouther LARBI (AFP), 24/12/2010

TUNIS — De violents affrontements ont opposé vendredi des manifestants et la police dans la région de Sidi Bouzid (centre-ouest tunisien) faisant un tué et des blessés, a-t-on appris de sources officielle et syndicale.

Le ministère de l'Intérieur a fait état d'un mort et deux blessés parmi les "assaillants" et de plusieurs blessés parmi les agents de sécurité, dont deux sont dans le coma.

Selon une source syndicale contactée par l'AFP, les affrontements qui se sont produits à Menzel Bouzayane, une localité à 60 km de Sidi Bouzid, en proie à des troubles sociaux depuis plusieurs jours, ont fait un mort et dix blessés. Mohamed Fadhel, syndicaliste de l'enseignement secondaire a affirmé que le manifestant décédé, Mohamed Ammari, 18 ans, a été touché à la poitrine.

Plus de deux milles habitants de Menzel Bouzayane (280 km au sud de Tunis) ont participé à cette manifestation, décrite comme "très violente" par M. Fadhel.

Dans un communiqué diffusé par l'agence gouvernementale TAP, le ministère de l'Intérieur affirme que "des groupes d'individus ont incendié la locomotive d'un train et mis le feu à trois véhicules de la garde nationale, avant d'attaquer le poste de la garde nationale de la ville".

Après avoir essayé de les dissuader, des agents de la garde nationale ont été amenés "à recourir aux armes dans le cadre de la légitime défense", selon la même source.

M. Fadhel a indiqué que des renforts de police dépêchés de Sidi Bouzid, ont encerclé la ville de Menzel Bouzayane en en interdisant les accès ajoutant que les forces de l'ordre ont procédé à une vague d'arrestation.

La région de Sidi Bouzid est en proie à des troubles sociaux à la suite d'une tentative de suicide d'un Tunisien de 26 ans, diplômé de l'université.

Le 17 décembre, Mohammed Bouazizi, vendeur ambulant de fruits et légumes, s'est fait confisquer sa marchandise par la police municipale, n'ayant pas les autorisations nécessaires.

Désespéré, le jeune homme s'était aspergé d'essence pour s'immoler par le feu. Grièvement brûlé, il a été transféré dans un centre médical près de Tunis.

Ce premier incident a provoqué des protestations qui ont dégénéré en affrontements entre la police et des habitants.

Le pouvoir avait affirmé que ces heurts n'étaient qu'un "incident isolé" et dénoncé leur exploitation à des fins politiques "malsaines" par l'opposition.

Le 22 décembre, un jeune Tunisien de Sidi Bouzid, s'était électrocuté au contact de câbles de haute tension après avoir escaladé un poteau électrique en criant qu'il ne voulait "plus de misère, plus de chômage", selon Ali Zari, un dirigeant syndicaliste.

Le ministre de Développement, Mohamed Nouri Jouini s'est déplacé jeudi à Sidi Bouzid, pour annoncer des mesures présidentielles pour la création d'emplois et le lancement de projets d'un montant de 15 millions de dinars (1 dinar= 0,52 euro).

Lors d'une conférence de presse, le Parti démocratique progressiste (opposition légale) a appelé vendredi à mettre fin à la compagne d'arrestation et à l'ouverture d'un dialogue avec les composantes de la société civile et les jeunes chômeurs.
En solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid, des militants de droits de l’homme, des syndicalistes et des étudiants se sont rassemblés, samedi25 décembre, place Mohamed Ali à Tunis. Voici quelques vidéos prises par Azyz Ammami lors de ce rassemblement.
Au même moment, une manifestation de solidarité avait lieu à Paris. Vidéo de nawaat.org.
Commentaires
Tunisie/Sidi Bouzid, non à un développement à deux vitesses
par HJ, GlobalNet, 20/12/2010

La région de Sidi Bouzid a vécu le week-end dernier quelques remous, au lendemain de la tentative de suicide d’un jeune commerçant ambulant, diplômé de l’université, rapportent les agences de presse internationales.

Rongé par le désespoir, le jeune homme, âgé d'une vingtaine d'années, a tenté de s'immoler par le feu après s'être aspergé d'essence devant le siège du gouvernorat. Atteint de brûlures graves, il a été transporté à l'hôpital où il est "entre la vie et la mort". Un drame qui a mis cette ville du Centre-ouest de la Tunisie, à 265km de Tunis, dans l’émoi, et provoqué la colère de ses habitants, à en croire l'AP et Reuters.

Ce drame social regrettable pose encore une fois la problématique du développement régional en Tunisie, voire du modèle de développement dans son ensemble adopté depuis des décennies dans notre pays, qui a longtemps favorisé la capitale et les villes côtières aux dépens des régions de l’intérieur. Puisque, les efforts qui y sont consentis n’ont pas encore produit des résultats escomptés, et ces régions, notamment celles du Centre-ouest, sont encore dépourvues d’un tissu économique digne de ce nom, et souffrent d’un fort taux de chômage, dépassant de loin le taux national qui est aux alentours de 13.3%.

De nombreuses études menées, pour le compte du gouvernement, montrent le hiatus qui  ne cesse de se creuser entre les différentes régions de la Tunisie. La majeure partie des investissements et des projets est concentrée à Tunis et sur le littoral, là où il y a toutes les commodités et l’infrastructure de base, aux dépens des villes de l’intérieur dont les besoins en termes de développement socio-économique restent, grosso modo,  insatisfaits.

La décentralisation des universités, en ce sens que la majorité des régions sont d’ores et déjà dotées d’un établissement d’enseignement supérieur, n’a pas été accompagnée par une décentralisation au niveau des capitaux, et des projets.

Le Centre-ouest, dont Sidi Bouzid, qui reste le plus grand pourvoyeur de migrants pour le pays, est en train de se vider de ses jeunes, voire de ses forces vives qui préfèrent mettre le cap sur d’autres régions, du Centre-est notamment,  où ils estiment avoir plus de chances de trouver un  emploi et de construire un avenir, sans plus jamais revenir. Cette région connait un solde migratoire négatif de -36.9%, à en croire la dernière enquête de l’INS sur la population et l’habitat. Au cours du quinquennat 2004-2009, 45.2 mille personnes ont quitté le Centre-ouest, contre 8.3 mille qui s’y sont installées.

Éminemment agricole, la région demeure confrontée à un taux de chômage important, et ses jeunes ont toutes les peines du monde à intégrer  la vie active. Comment éviter que ces jeunes ne sombrent dans la désespérance. Et bien, il faut impérativement leur mettre le pied à l’étrier, et les doter des attributs d’une vie décente, génératrice d’équilibre et de paix sociale.

Il est temps de revoir en profondeur notre modèle de développement et le découpage administratif du pays, comme le préconisent instamment de nombreux économistes, au vu des disparités régionales qui vont grandissantes. Sidi Bouzid est une région agricole et d’élevage, un atout qui reste à préserver et à développer, selon une stratégie agricole viable à même de contribuer à la sécurité alimentaire de la région, et du pays. Mais, elle ne peut pas continuer à vivre de la seule agriculture. Il faut qu’elle soit dotée d’un tissu économique incluant les secteurs industriel et tertiaire. Il serait ainsi opportun d’y développer des unités d’industrie agro-alimentaires, ou autres usines qui soient adaptées à sa vocation et son positionnement géographique.

On entend toujours dire dans le discours officiel, que des réseaux routiers et autoroutiers seront érigés dans les coins et recoins de la Tunisie, pour désenclaver les régions de l’Intérieur, dont celles du Centre-Ouest, et les arrimer à la locomotive de développement intégral. Sauf que ces régions ont des préoccupations immédiates qui méritent des réponses urgentes. Il ne s’agit pas de planifier des projets à l’horizon de 2030 ou 2050. Les jeunes de Sid Bouzid, et d’autres régions de la Tunisie, ont à cœur de construire leur avenir dès aujourd’hui. Ils souhaitent gagner leur vie, fonder un foyer, avoir un rôle actif dans la société, contribuer et  profiter du développement de leur région. Ils en ont assez d'être en quelque sorte des laissés-pour-compte.

Un changement du calendrier et des priorités de développement s’impose. On a bien introduit les plans de développement dits mobiles (ou glissants) pour réadapter le processus de développement aux mutations nationales et internationales. Qu’une partie de ces fonds soit débloquée en faveur de ces régions en mal d’essor. Nos compatriotes de l’Intérieur ne demandent pas la lune, ils ont juste besoin d’avoir des raisons de garder espoir, de rester chez eux, et de vivre en toute tranquillité.

L’Etat doit assumer son entière responsabilité. Il doit doter ces régions des commodités nécessaires et y créer une plateforme propice afin qu’elles puissent polariser les investissements, et être un vivier de production et de création de richesses. C’est seulement ainsi que le secteur privé daignera  tourner son regard vers l'arrière-pays pour y lancer des projets et créer des emplois.

La Tunisie est un petit pays d’à peine 164 mille km2, et d’un peu plus de dix millions d’habitants. Tout Tunisien est en droit d’aspirer à une vie digne, et d’exiger un partage équitable des fruits de la croissance. 



Bonus détente
"Le chômage n’est pas un problème politique"...!!!
En prime, nous vous offrons l'inimitable éditorial du quotidien "indépendant" Le Temps de Tunis, qui se passe de tout commentaire.

Revendications de jeunes…

 Raouf KHALSI - raoufkhalsi@letemps.com.tn - Il est difficile aujourd’hui d’être jeune. C’est le problème du millénaire. De surcroît le combat contre le chômage est le défi majeur du millénaire. On voit partout, même dans les pays les plus riches, ces images de précarité, ces expressions de désespoir, qu’amplifie d’ailleurs un certain questionnement existentiel.

Que des jeunes manifestent à Sidi Bouzid pour crier leur rage face à des horizons qui ne s’éclaircissent pas à leurs yeux, cela s’inscrit dans l’ordre normal des choses.

Et quelque part, c’est également  le signe d’une société dynamique, même si ces manifestations de mécontentement ne doivent pas déborder de leur cadre et ne doivent surtout pas être instrumentalisées. Il ne s’agit guère de problème politique. Car le chômage n’est pas un problème politique, mais un problème social et économique. Chercher à le détourner de ces normes basiques, c’est déjà  le dénuer de sa substance. Et, surtout, ce serait lui voler sa légitimité  revendicative.

Soixante dix mille postes à créer chaque année : l’Etat s’y attèle (sic). Tout les programmes, le plan quinquennal et, surtout, toute la dimension du programme  présidentiel ont pour point de départ et point d’arrivée cet objectif titanesque, et pour valeur cardinale l’exclusive adéquation  entre le social et l’économique.

Sans doute, peut être, le progrès intégral n’est-il pas encore réalisé  car le Changement a hérité de disparités régionales très  marquées, par ailleurs accentuées par un certain centralisme étatique des temps de l’ancien régime. Mais ce qui est sûr, c’est que le développement régional est incontournable et qu’il lui faudra du temps pour réaliser  le rééquilibrage. Pour cela, il faudra que nous nous sentions tous concernés par les aspirations des jeunes. Le secteur public doit être plus transparent et le privé doit inspirer plus de confiance. En tous les cas, il faut bien écouter ces jeunes. Les écouter c’est déjà instaurer le dialogue et leur faire éviter les dérives et l’instrumentalisation politicienne. Les jeunes sont en effet la solution et non le problème. Et le premier à le dire c’est bien Ben Ali.
Source : http://www.letemps.com.tn/article.php?ID_art=51285

samedi 25 décembre 2010

Pour comprendre la crise et y répondre : un texte de Karl Heinz Roth

La crise mondiale : son déroulement jusqu’ici, comment elle semble évoluer et les perceptions et possibilités d’action de la base
par Karl Heinz Roth
Version écrite d’une conférence faite entre mi-septembre et la fin novembre 2009 dans plusieurs villes de langue allemande. Les points forts variaient avec la composition sociale de l’auditoire. Cette version présente en quelque sorte un aperçu de ces diverses variantes.
 
Il y a plus de deux ans - en août 2007- la crise économique que traverse le monde a atteint un premier sommet avec l’effondrement des marchés financiers. Mais c’est seulement dans la première quinzaine de septembre 2008, lorsque les deux premières banques hypothécaires des USA, la première compagnie mondiale d’assurances et deux banques d’investissement de première grandeur se sont à leur tour effondrées que nombre de gens se sont avisés que cette évolution pouvait avoir des conséquences directes sur leur situation sociale et professionnelle. Au cours de ces quelques semaines c’est tout le système capitaliste mondial qui é été ébranlé. Aujourd’hui cette crise domine et angoisse le monde entier. On redécouvre que les cycles et crises de l’accumulation du capital déterminent la vie sociale. Et l’on débat avec de plus en plus de virulence pour savoir qui paiera la casse sociale et les énormes dépenses engagées par les budgets publics pour les « paquets de sauvetage » et programmes de relance par l’incitation fiscale lancés durant la première phase de la crise.
 Face à cette situation j’ai, à la fin de l’été dernier, remis à plus tard mes projets en cours. J’ai commencé à documenter le déroulement actuel de la crise, recherché ses causes profondes et l’ai comparée aux précédentes crises mondiales du capitalisme industriel. Je présenterai les résultats de ces recherches dans le premier point fort de cet article, pour fixer son cadre d’analyse[1]. Mais je ne m’arrêterai pas là. Dans la deuxième partie je tirerai un bilan des développements  de ces derniers mois et m’attacherai à la question qui nous brûle la langue à tous : comment cette crise va-t-elle évoluer - peut-on envisager une amélioration ou même une reprise économique rapide ou devons-nous nous préparer à une dépression prolongée ? Ensuite (troisième partie) je tenterai d’éclairer un peu  comment les gens d’en bas vivent la crise. Enfin, dans la quatrième et dernière partie, je proposerai à la discussion quelques hypothèses de possibilités d’actions visant à une alternative.



vendredi 24 décembre 2010

Joyeux Noël et …

…une bonne et leakeuse année !



Attrapez-le! Il essaye de faire le mur !
Banksy


Beto Cartuns
Marian Kamenský
Ismail Dogan

"J'en ai eu marre de Noël". Signé: Le Père Noël. Ludus

Tunisie: Soulèvement à Sidi Bouzid après l'immolation par le feu d'un jeune chômeur diplômé فيديو: سيدي بوزيد، مسيرة ضخمة وتجمع إحتجاجي لليوم الثاني على التوالي

Des centaines d'habitants de Sidi Bouzid (210 km au sud-ouest de Tunis) ont manifesté le samedi 18 décembre devant le siège du gouvernorat, pour manifester leur colère et leur solidarité avec le jeune chômeur Mohamed Bouazizi, diplômé de l'Institut supérieur d'informatique de Mahdia, qui s'était immolé par le feu au même endroit la veille, pour protester contre confiscation par les autorités de son stand de vente de fruits et légumes. Les manifestants ont traversé la ville en scandant de nombreux slogans. On ignore si Mohamed est mort ou vivant, mais sa famille dit qu'on lui a refusé de le voir. 4 policiers ont été suspendus suite à cette affaire. Alors que les manifestations continuaient dimanche, des centaines de policiers ont été envoyés en renfort à Sidi Bouzid.
L e dernier message de Mohamed Bouazizi sur le mur de sa page Facebook:
Je m'en vais maman, pardonne-moi, les reproches sont inutiles, je suis perdu sur un chemin que je ne contrôle pas, pardonne-moi, si je t’ai désobéi, adresse tes reproches à notre époque, pas à moi, je m'en vais et mon départ est sans retour, j’en ai marre de pleurer sans larmes, les reproches sont inutiles dans cette époque cruelle, sur cette terre des hommes, je suis fatigué et je ne retiens rien du passé, je m'en vais en me demandant si mon départ m’aidera à oublier.
تجمع صباح اليوم السبت 18 ديسمبر 2010 مئات المواطنين امام مقر ولاية سيدي بوزيد تعبيرا عن غضبهم وتضامنهم مع محمد البوعزيزي الشاب العاطل عن العمل الذي اضرم النار في جسده يوم امس امام مقر الولاية وقد جاب المواطنون بعض شوارع المدينة رافعين عدة شعارات احتجاجية علما ان اخر المعطيات الواردة عن الحالة الصحية للشاب محمد البوعزيزي غامضة جدا وحسب معلومات متدولة بين الاهالي فان عائلة الشاب منعت من زيارته ليلة البارحة في مستشفى صفاقس وبعضهم يروج ان بعض افراد العائلة تعرض للاعتداء عند تمسكه بالدخول الى غرفة المريض وهو ما يؤكد فرضية وفاته كما يتداول الاهالي خبر ايقاف 4 من اعوان الشرطة البلدية في سيدي بوزيد على خلفية هذا الحادث للتحقيق معهم

وسنعمل على مد الراي العام بكل المعطيات الجديدة حال توفرها علما ان الاعتصام متواصل الى حد الساعة منتصف النهار

نقابي – سيدي بوزيد
آخر كلمات كتبها محمد بوعزيزي على حائطه في الفيسبوك قبل اقدامه على محاولة الإنتحار بحرق نفسه أمام مقر ولاية سيدي بوزيد
مسافر يا أمي، سامحني، ما يفيد ملام، ضايع في طريق ماهو بيديا، سامحني كان عصيت كلام أمي، لومي على الزمان ما تلومي عليّ، رايح من غير رجوع, يزي ما بكيت و ما سالتش من عيني دموع، ما عاد يفيد ملام على زمان غدّار في بلاد الناس، أنا عييت و مشى من بالي كلي اللي راح، مسافر و نسأل زعمة السفر باش ينسّي
محمد بو عزيزي

أولى صور المواجهات في سيدي بوزيد  




En Sardaigne, un "reality show" ouvrier dans l'Alcatraz italien

“100 jours sur I’ île des 'caissintégrés'”, histoires collectives de résistance des précarisés
Les ouvriers de l'entreprise Vinyls (ancienne Enichem, de Porto Torres), en Sardaigne, ont été mis au chômage. Ils se sont enfermés depuis 300 jours dans l'ancienne prison de haute sécurité de l'Asinara, pour parodier
le célèbre reality show de la télé, “L’isola dei famosi” (L'île des célèbres). Un livre sur les 100 premiers jours  de cette lutte originale vient de paraître. Compte-rendu à lire ici
 

mardi 23 novembre 2010

Le conflit du Sahara occidental : petit diaporama à l'usage des ignorants en français, espagnol, allemand

Brève histoire depuis 1936 en 25 pages (présentation en PowerPoint). De l'occupation espagnole à l'occupation marocaine. Jusqu'à quand ?
Pour voir la présentation, cliquer sur l'image



El conflicto del Sáhara Occidental
Breve historia desde 1936 en 25 páginas (presentación en PowerPoint). De la ocupación española a la ocupación marroquí. ¿Hasta cuándo?
Para ver la presentación, pinche en la imagen









Der Westsahara-Konflikt
Kurze Geschichte seit 1936 in 25 Seiten (PowerPoint Präsentation). Von der spanischen Besatzung bis zur marokkanischen Besatzung. Bis wann?
Auf das Bild klicken, um die Präsentation zu sehen.

jeudi 11 novembre 2010

Sahara occidental occupé : « Fuera Marruecos ! » - Une intifada au fin fond du monde

par FG, 11/11/2010
Il suffit de regarder les vidéos qui arrivent à franchir le mur d’acier élevé par les forces d’occupation pour s’en convaincre : au Sahara occidental occupé par le Maroc, une véritable intifada est en cours. Comme en Palestine en 1987, les protagonistes en sont les chebeb – les jeunes,  y compris les très jeunes – et les femmes. Un seul cri retentit sur les barricades bricolées par les insurgés : « Fuera Marruecos ! », Dehors le Maroc. Et s’ils le crient en espagnol, c’est parce que l’espagnol est leur langue de communication principale avec le monde extérieur, le monde tout court, autrement dit nous.
Il y a quelques jours, les salopards qu’on désigne sous le terme de « makhzen », autrement dit le pouvoir du roitelet M6, ont fait preuve d’un culot et d’un cynisme qui n’ont d’égal que la chutzpah de leurs amis, alliés et complices de Tel Aviv : ils ont profité de l’ouverture du énième round de négociations avec le Front Polisario à New York pour célébrer à leur manière le 35ème anniversaire de la sinistre Marche verte, qu’il faudrait plutôt appeler la Marche noire. Avant même le lever du soleil, ils ont donné l’assaut au campement de Gdeim Izik, où des dizaines de milliers de Sahraouis s’étaient rassemblés au fil des jours pour exprimer leur ras-le-bol de l’occupation. Les forces de répression ont fait preuve de la sauvagerie que permet l’assurance de jouir d’une impunité totale. En effet, l’ensemble des gouvernements des démocraties occidentales, USA, Espagne et France en tête soutiennent inconditionnellement l’occupation illégale du Sahara occidental, qui ressemble de plus en plus à une autre occupation, celle de la Palestine.
Là-bas, les sionistes de Ben Gourion avaient pris la relève de la puissance occupante, l’Empire britannique, au nom de droits historiques inscrits dans la Bible. Ici, le Maroc de Hassan II a pris la relève de l’Espagne dès la mort du Caudillo, au nom de la « marocanité » historique du territoire. Là-bas, les sionistes avaient instrumentalisé la souffrance endurée par les juifs en Europe et la mauvaise conscience des Alliés. Ici, le makhzen a exploité la déshérence des masses marocaines, entraînées dans une aventure qui leur promettait du pain et des roses et abandonnées par une gauche, à ce point terrorisée par le pouvoir royal qu’elle avalisa toutes ses saloperies, condition pour elle pour accéder au « pouvoir », aux honneurs et aux Mercedes noires.
L’intifada palestinienne de 1987 était partie de la base, sur le terrain, loin de Tunis, où siégeaient l’OLP et son chef Arafat, après leur fuite de Beyrouth en 1982. Par la suite, les « représentants » du peuple palestinien avaient tenté de prendre le contrôle et de canaliser ce soulèvement autogéré. Et surtout de l’utiliser pour négocier le bout de gras avec les sionistes. On connait le résultat : il n’est pas glorieux pour les « représentants » du peuple palestinien.

Le Front Polisario, sans avoir atteint le degré de corruption et de dégénérescence atteint par l’OLP de Mahmoud Abbas, est lui aussi loin du terrain de l’occupation et de la lutte, cantonné qu’il est entre Tindouf, Alger et New York. Il n’a pas les moyens d’aider pratiquement la population actuellement soulevée dans les territoires occupés du Sahara. Celle-ci en est donc réduite à « compter sur ses propres forces tout en recherchant l’aide internationale », pour reprendre une expression utilisée par les Vietnamiens durant la guerre contre l’occupant yankee.

Que peut-on faire pour les Sahraouis soulevés ?
Au moins, s’informer et informer autour de soi, car les médias planétaires semblent dans leur écrasante majorité s’être pliés à l’interdiction émise par le makhzen d’informer en direct depuis le Sahara occidental occupé.
Au plus, interpeller nos dirigeants et « représentants » sur leur appui explicite ou tacite à un régime odieux.