jeudi 3 mai 2012

Élections grecques du 6 mai : une gauche aveugle et paralysée, une extrême-droite qui monte, qui monte, qui monte…

Soixante-sept ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et le procès de Nuremberg, nous voici donc en pleine République de Weimar à la grecque…


Athènes, 3 mai 2012 - Dépourvue de traditions et des pratiques antifascistes, la gauche grecque, pratiquement toutes tendances confondues, assiste impuissante et désemparée à la répétition dans son pays du drame de la République de Weimar non pas comme une farce mais très probablement comme une tragédie annonciatrice de grands malheurs européens. Les faits récents en témoignent : après avoir investi, pendant ces derniers mois,  ses espoirs dans cette gauche se situant à la gauche de la social-démocratie néolibérale (PASOK), la petite bourgeoisie grecque ruinée et aux abois s’en détourne en un temps record et est maintenant en train de chercher a l’autre extrémité de l’échiquier politique les solutions radicales à ses problèmes historiques et cataclysmiques…
En effet, il a suffit que les formations de la gauche plus ou moins radicale (KKE, Syriza, Antarsya, Gauche Démocratique…) se montrent incapables d’exploiter le fait qu’elles monopolisaient de fait l’opposition au  gouvernement dit d’Union Nationale du banquier Loucas Papadimos, pour que des pans entiers de la société grecque lui tournent, en quelques semaines, le dos et s’orientent vers des formations se situant aux antipodes de la gauche radicale, à l’extrême-droite même néonazie ! C’est ainsi que ces partis et coalitions à la gauche du PASOK, voient non seulement se réduire plus que drastiquement ces 50%-54% des préférences qu’elles recueillaient toutes ensemble durant cet hiver, mais aussi que cette réduction se fait en partie au profit d’une extrême-droite violente, raciste et pogromiste, qui veut en découdre avec tout ce qui est rouge ou même rose.  Et tout ça en quelques semaines, pratiquement d’un jour à l’autre!..
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"La Grèce appartient aux Grecs" (manifestation du PASOK)

"La Grèce aux Grecs" (Manifestation d'Aube dorée)
En réalité, tout ce qui se passe depuis des mois en Grèce illustre d’une manière saisissante l’énorme poids de la petite et moyenne bourgeoisie dans la société grecque et l’influence déterminante qu’elle est appelée à exercer sur les événements à venir. Mais attention, il ne s’agit plus seulement de ça. L’extrême paupérisation de cette « société de boutiquiers » à laquelle a conduit l’application de plans d’austérité successives, radicalise à l’extrême  cette petite et moyenne bourgeoisie grecque  désormais en haillons, la pousse loin de ses représentants politiques traditionnels, la transforme en auditoire  bienveillant de tous ceux qui professent des solutions radicales à sa déchéance sociale. En somme, déracinée et désespérée, ruinée et aux abois, cette petite-bourgeoisie grecque en colère est désormais disponible pour soutenir activement tout projet politique qui lui semblerait offrir des solutions radicales à son problème existentiel. Et c’est pourquoi elle suit de plus en plus régulièrement un mouvement de pendule, se tournant d’un extrême politique à l’autre en des laps de temps de plus en plus courts…
Tout ça peut paraitre évident et même « élémentaire » mais pas en Grèce, car c’est, malheureusement, un fait que les classes moyennes grecques ont toujours été et restent totalement absentes en tant que telles des analyses, des projets et des pratiques de l’ensemble des formations politiques de gauche de ce pays ! Cependant, cette tare qui pourrait passer presque inaperçue en « temps normal », devient à cette heure de la vérité qu’est l’actuel moment historique, un handicap colossal pouvant conduire au désastre  non seulement le mouvement ouvrier mais aussi des générations entières des salariés et des citoyens grecs.
Les conséquences de cette « spécificité » de la gauche grecque sont déjà visibles et dramatiques. Faisant coïncider le marais petit-bourgeois grec avec le « peuple » mythique et fourre-tout de ses origines (staliniennes) idéologiques, qui est –nécessairement- toujours du bon coté, la gauche grecque se découvre maintenant totalement démunie de moyens de compréhension de ce qui est en train d’arriver à la base de la société grecque. C’est ainsi qu’elle prend, depuis quelques mois, des vessies pour des lanternes en identifiant comme étant nécessairement de « gauche » les manifestations de la colère petite-bourgeoise  dont la couleur politique n’est absolument pas donnée d’avance puisqu’elle est –par excellence- le plus critique des enjeux de l’affrontement entre le capital et le monde du travail.

Les résultats de cette « incompréhension » pavent déjà le chemin de cette inversion de tendance (aux dépens de la gauche et au profit de l’extrême-droite) mentionnée au début de ce texte. Confondant par exemple toute critique virulente (ou même violente) du parlementarisme bourgeois avec une opposition radicale de gauche au régime bourgeois, la gauche grecque a abdiqué d’avance de son devoir historique de se battre jour après jour pour gagner à son projet politique ces couches petites-bourgeoises, qui aiment promettre la potence aux 300 « traitres » du Parlement grec. Et c’est ainsi qu’elle n’a  ni reconnu ni vu venir des concurrents politiquement diamétralement opposés à elle, qui, eux, se battent très consciemment et méthodiquement pour gagner à leur cause cette petite-bourgeoisie aux abois….
Cette situation déjà très inquiétante devient pourtant plus qu’alarmante du moment que la force qui monte en flèche parmi ces « concurrents politiquement diamétralement opposés » est un ex-groupuscule ultra-violent de tueurs néonazis, appelé « Aube Dorée » (Chryssi Avghi) !  Force est d’avouer que sauf rares exceptions héroïques à l’intérieur de SYRIZA et d’ANTARSYA, la gauche grecque semble totalement désarmée devant ce péril néonazi qui constitue une nouveauté absolue dans l’histoire de la Grèce moderne. En effet, tant dans le subconscient collectif que dans la tradition de la gauche grecque, le « fasciste » n’a rien à voir avec le membre de l’Aube Dorée. C’est plutôt l’eternel « mouchard du quartier » légué à l’histoire du pays par tant de dictatures militaires et autres régimes policiers de vainqueurs de guerres civiles.
Cependant, le flic ou le mouchard qui n’est en dernière analyse qu’un fonctionnaire d’Etat, ne peut en aucune manière être assimilé  ni a un fasciste ni a un néonazi. Et à plus forte raison à un mouvement et un parti néonazi. Alors, habituée comme elle est à appeler « fascistes » ceux qui n’étaient que des simples serviteurs subalternes des régimes forts, la gauche grecque semble maintenant totalement impréparée et sans défenses devant un mouvement politique néonazi qui prétend avoir les mêmes ennemis qu’elle (les plans d’austérité, les gouvernements des partis néolibéraux, la Troïka, les bureaucrates de Bruxelles,…) et qui en plus leur attribue  souvent les mêmes noms (Ploutocratie, impérialisme, capitalisme cosmopolite, traitres de la patrie,…). Le résultat de cette « impréparation » est déjà tragique. Cette gauche grecque semble incapable non seulement de contrecarrer mais même d’expliquer la montée en flèche de l’Aube Dorée (en 3-4 mois, elle est passée de 1% a 6,5% des préférences des Grecs) et tout laisse, malheureusement,  présager son développement encore plus foudroyant dans les mois à venir.


"Contre tous" (manifestation d'Aube dorée)
Mais, encore plus alarmant que l’essor électoral est déjà le développement organisationnel et surtout l’extension de l’influence sociale et politique des néonazis grecs. Voici donc un événement récent qui en dit long sur cette « impréparation » de la gauche grecque et qui illustre parfaitement la dramaticité de la situation. Voulant répondre aux remous qu’avait provoqué le bon accueil réservé à une forte délégation de l’Aube Dorée par les ouvriers grévistes  des Aciéries, qui mènent une lutte exemplaire depuis bientôt 5 mois sous la direction exclusive des syndicalistes du KKE, le BP de ce parti  a sorti une déclaration fustigeant …« les pseudo-révolutionnaires de l’Aube Dorée et de SYRIZA » !
Comme on pouvait s’attendre, cette déclaration a provoqué maintes protestations car, selon la vieille habitude du KKE,  elle mettait dans le même panier les néonazis et les militants de la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA). Mais, encore une fois est passé pratiquement inaperçu  le fait que pour la direction du PC grec, les néonazis ne sont finalement que des… « pseudo-révolutionnaires » ! C’est à dire, presque inoffensifs et non pas une bande armée et violente servant les intérêts a long terme du capital et ayant pour objectif principal d’atomiser la classe ouvrière en détruisant pour longtemps ses organisations syndicales ainsi que les partis politiques de gauche.
Une telle méconnaissance de la nature des organisations fascistes de la part de la gauche grecque est surement annonciatrice de grands malheurs à venir. Et le pire c’est que ces malheurs ne se limiteront au niveau électoral. En effet, après avoir fait des immigrés le cible prioritaire de leurs expéditions militaires meurtrières, et encouragés par l’impunité scandaleuse dont ils jouissent,  les néonazis grecs  étendent désormais leur  « champ d’action »  à tout ce qui bouge à gauche  et même au-delà (PASOK inclus), sans faire de distinction entre radicaux et réformistes. Leur projet est clair : se poser en alternative jusqu’au-boutiste au « système » et terroriser les foules usant une violence inouïe. Et tout ça sans jamais cacher leurs références hitlériennes.  Même s’il est provisoire, le bilan de leur stratégie crève les  yeux : Ça marche ! Ils attirent du monde et ils ont le vent en poupe…
Le pourquoi de ce succès  cauchemardesque n’est pas dû seulement à la crise et au manque de traditions et de culture antifascistes dans la société et la gauche grecque.  Ce succès est aussi explicable par le fait que l’extrême-droite grecque profite des traditions racistes, chauvines, obscurantistes et réactionnaires cultivées et soigneusement entretenues depuis des décennies par l’idéologie et surtout la pratique « officielle », celle de l’Etat grec et de ses partis dominants. Ce n’est pas seulement que l’Etat grec est le seul en Europe (et au-delà) à ne pas être encore  séparée de l’église (ultraconservatrice) !  C’est aussi que les SS grecs du temps de l’occupation nazie, sont toujours reconnus comme…résistants et touchent régulièrement leur pension pour les services rendus à la patrie  reconnaissante.  C’est que des cadres des partis au gouvernement se permettent de déclarer publiquement qu’on devrait faire des immigrés basanés  du « schampoing colorant » (allusion modernisée aux « juifs transformés en savon » à Auschwitz) et que des personnalités d’un parti de gauche proposent, sans provoquer des réactions, de résoudre la question de l’immigration, en parquant les immigrés sans nourriture sur « des rochers de la mer Egée » !  Si on ajoute à tout ça, que, voulant contrecarrer l’influence grandissante de l’extrême-droite raciste, les gouvernants jouent de plus en plus aux apprentis sorciers, lançant quotidiennement des véritables pogroms contre les immigrés et parlant d’eux à la TV comme s’ils étaient moins que des bêtes sauvages à exterminer, on peut comprendre tant la banalisation en cours des néonazis  que leur succès auprès des foules désorientées et ruinées à la recherche d’ alternatives radicales et surtout vengeresses.  
Alors, doit-on conclure que la Grèce est condamnée d’avance à devenir la proie facile de l’extrême-droite et à subir la « normalisation » de sa société encore rebelle aux diktats de la Troïka ? La réponse est Non. Rien, absolument rien n’est décidé d’avance, tout reste encore possible et  aucun fatalisme n’est permis.  Mais, à deux conditions fondamentales: que la gauche grecque a) dépasse rapidement sa fragmentation et son sectarisme viscéral et apprenne d’urgence à unir ses forces devant l’ennemi de classe commun, et b) forme un front unique de lutte antifasciste avant qu’il ne soit trop tard.
Cependant, le temps presse désespérément, la société grecque –et la classe ouvrière- se désagrège rapidement et c’est archi-faux de penser que l’approfondissement de la  crise conduira fatalement à l’effondrement du régime et peut être du système lui-même. D’ailleurs, tant que l’actuelle situation clairement prérévolutionnaire ne se transforme pas en  situation révolutionnaire (par les soins de la gauche radicale) alors oui, c’est presque fatal qu’elle vire à la contre-révolution, qu’elle devienne contre-révolutionnaire ! Et les signes de ces dernières semaines sont inquiétants : les deux grands partis gouvernementaux et néolibéraux voient leur chute libre arrêtée et reprennent confiance, tandis qu’à droite apparaissent de nouvelles formations politiques qui disputent aux partis de gauche le monopole de l’opposition aux mesures d’austérité. C’est vrai que pour l’instant, on n’est qu’au début de cette inversion de tendance et que la gauche grecque dispose encore d’un certain capital de confiance populaire. Cependant, attention : on assiste déjà en Grèce à une accélération exceptionnelle du cours de l’histoire et les renversements de situations se font désormais en l’espace de quelques semaines.  Ceux qui ne comprennent pas cette caractéristique fondamentale des périodes « anormales » de l’histoire, comme celle qu’on traverse actuellement en Grèce, sont condamnées non seulement à ne pas comprendre ce qui se passe aux tréfonds de la société mais aussi à être pris en permanence au dépourvu par les événements sociaux et politiques « imprévus ». En somme, à être défaits avant même de livrer bataille…
Nous voici donc devant une autre grande faiblesse de la gauche grecque : pour elle, le temps politique et social reste toujours le même, inchangé et immobile, c’est un temps plat ou tout accélération de l’histoire est inconcevable et exclue d’avance ! C’est alors parce que le moment historique actuel ne diffère pas de n’importe quel autre que la direction du KKE (comme d’ailleurs celle trop réformiste de la Gauche Démocratique) présente comme unique solution à la crise le renforcement graduel de ce parti, feignant ainsi d’ignorer que tout (y inclus  le sort du KKE lui-même) se joue non pas dans un futur indéfini mais aujourd’hui, dans les mois à venir. De même, la coalition d’extrême-gauche ANTARSYA, bien que moins aveugle et sectaire que le KKE, ne voit pas comment elle pourrait s’allier maintenant à d’autres formations de gauche car trop faible pour l’instant pour faire le poids face par exemple à SYRIZA. Elle conseille donc…patience, feignant d’ignorer que l’histoire ne fait pas patience et nous promet des lendemains désastreux si on remet pour demain ce qu’on doit faire aujourd’hui. Enfin, la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA), bien que la plus unitaire de tous, se contente avec ses successives propositions d’alliances électorales, plutôt de mettre au pied du mur les autres formations de gauche que d’œuvrer concrètement pour la création d’un front unique de gauche qui regroupe, organise et coordonne, en vue de les rendre efficaces, les résistances partout à la base de la société grecque, dont on a tant besoin aujourd’hui et pas demain…
Le fait est donc que remettre à demain les décisions et les choix que l’urgence sociale et politique nous impose de prendre et de faire aujourd’hui c’est faire preuve d’une irresponsabilité criminelle envers la gauche grecque et internationale, les travailleurs grecs et européens. Car c’est maintenant et pas « plus tard », dans les combats d’aujourd’hui et pas d’un demain qui peut être n’existera plus, que va se jouer le sort  pas seulement de nous-mêmes mais des générations à venir. Pas seulement de telle ou telle conquête des salariés mais de l’existence même des organisations du monde du travail dans son ensemble, de l’existence de la classe ouvrière en tant que telle ! Ne pas comprendre tout ça, les vrais enjeux de l’affrontement en cours, c’est alors ne pas avoir une idée claire, ne pas comprendre la profondeur et l’intensité exceptionnelle, les dimensions véritablement historiques de  l’actuelle offensive  du capital contre les travailleurs et les travailleuses, contre l’immense majorité de « ceux d’en bas » de nos sociétés. En somme, ne pas comprendre que c’est parfaitement concevable et réaliste la perspective d’un demain qui verrait notre sort déjà réglé, d’un demain qui ne nous laisserait plus aucune chance de nous battre pour les décennies à venir…
Notre conclusion est donc catégorique : pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir. En conséquence,  elle doit tout d’abord prendre conscience que l’affrontement actuel n’est pas une simple répétition des précédents, mais quelque chose de nouveau qualitativement différent, qu’il est ici pour rester, qu’il aura une grande durée, et surtout qu’il est un combat global s’étendant sur toute la sphère des activités humaines. Si elle prend conscience de tout ça, de cette réalité absolument nouvelle, alors elle saura rendre son combat non seulement unitaire et radical au maximum mais aussi enraciné aux profondeurs  de la société dans un mouvement organisé de longue haleine et autour d’un projet alternatif pour une Europe des peuples et des travailleurs qui reste toujours à inventer. 
Mais attention : Camarades, le temps presse et ce qui est encore possible aujourd’hui ne le sera probablement pas demain…
 
 Aube dorée rêve d'un score à la Marine Le Pen aux élections de dimanche prochain

mercredi 2 mai 2012

1933 : Quand le Premier mai endossa la chemise brune

par Ernst Piper. Traduit par  Michèle Mialane, Tlaxcala
Il y a 75 ans [article écrit en 2008] Adolf Hitler transformait sans autre forme de procès la Journée de luttes des travailleurs en fête nazie - pour, dès le lendemain, interdire les syndicats indépendants. Et les remplacer par le « Front allemand du Travail », historiquement le premier syndicat unique totalitaire et à l’époque la plus grosse organisation mondiale.
En mars 1933 Adolf Hitler, Chancelier du Reich et sorti renforcé (mais toujours pas majoritaire : 44% des voix, Ndlt) des dernières élections au Reichstag, recourait aux pleins pouvoirs pour mettre le Parlement hors-jeu. En avril le boycott des commerces juifs inaugurait avec ostentation le processus d’exclusion des Juifs. Il s’en prit ensuite à l’une des deux principales forces (l’autre étant les Églises) échappant au contrôle de l’État : les syndicats. Le premier mai, ceux-ci célébraient traditionnellement  la « Journée de luttes de la classe ouvrière » - mais en l’année Un du Troisième Reich tout changea. 
 
Premier mai 1933 à Tempelhof: Ce genre de  gravures, d'après un tableau de Hans HAAS,  répandit l'esthétique totalitaire du régime nazi partout (Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz)
Le premier mai 33, Berlin, capitale du Reich, se para de drapeaux, guirlandes et slogans. « Nous voulons travailler et construire ensemble », proclamait une banderole déployée au-dessus de la Friedrichstraße. Dès le petit matin des groupes de jeunes venus de tous les arrondissements défilèrent en direction du parc d’attractions central pour « la plus grande manifestation de jeunesse jamais vue à Berlin », selon un témoin de l’époque. 1200 choristes du Berliner Sängerbund (Chorale de Berlin) entonnèrent le "Deutschland, du mein Vaterland” (Allemagne, ô ma patrie). Goebbels, Ministre de la Propagande, s’adressa aux centaines de milliers de présents, puis l’on chanta le Horst-Wessel-Lied. Mais l’orateur du jour, ce fut Paul von Hindenburg, le Président du Reichstag - Hitler voulait montrer à ce vieillard de 85 ans l’enthousiasme des jeunes pour le nouveau gouvernement. Les mots qu’adressa aux jeunes gens le chef de l’État ne rappelaient guère les discours classiques du Premier mai : « Seuls la discipline virile et l’esprit de sacrifice que l’armée allemande a toujours pratiqués peuvent donner naissance à une génération qui sera à la hauteur des grandes tâches auxquelles l’histoire va confronter le peuple allemand. » Pour finir, Hitler invita les « jeunes gens et jeunes filles allemands » à acclamer bien fort le « grand soldat et commandant en chef de la guerre mondiale.»
Parade aérienne au-dessus du rassemblement populaire
Vers midi des délégations ouvrières venues de tous les länder commencèrent à arriver à l’aéroport de Tempelhof, où elles furent accueillies par Hindenburg et Hitler. L’après-midi, plus d’un million de personnes se pressaient déjà à Tempelhof. On avait convoqué les ouvriers dans leurs usines, puis on les avait fait marcher en formation serrée vers le Tempelhof Feld, où ils se groupèrent en dix grands blocs. Des poètes ouvriers se produisirent, suivis par une parade aérienne à laquelle prit part une escadrille ainsi qu’un dirigeable « Graf Zeppelin », «  symbole du travail allemand ». Le rassemblement culmina le soir avec un grand discours de Hitler qui cria à la foule: «Le symbole de la lutte des classes, de ces éternels conflits et querelles, fait désormais place au symbole de l’union sacrée et du soulèvement national.» Le grand message, c’était : « Peuple allemand, tu seras fort quand tu seras uni. » Une phrase qui pouvait toucher nombre de sceptiques envers le mouvement national-socialiste. La première tentative d’établir une démocratie en Allemagne, lancée sous les auspices défavorables d’une défaite, n’avait pas été un grand succès. Les luttes entre partis avaient été âpres, et trop souvent sanglantes. Et voilà que Hitler promettait de dépasser ces luttes intestines et d’unir le peuple. Le « socialisme national » réconcilierait social et peuple. Une loi nazie avait fait du Premier mai une « fête du Travail national » À Tempelhof Hitler déclara que le plus beau jour du printemps ne saurait être un symbole de lutte. Il devait au contraire célébrer le travail constructif et donner le signal « au peuple de s’unir pour progresser » Une idéologie agressive prônant une communauté nationale aux couleurs national-socialistes. L’individu ne comptait pas, il n’était qu’un membre d’une vaste communauté. Cette communauté était fondée sur l’exclusion. L’appartenance était définie selon les principes racistes du national-socialisme. C’est pourquoi on cherchait d’une part à « ramener au bercail» les Sarrois et les Autrichiens, mais on en excluait brutalement les compatriotes juifs considérés comme « parasites du peuple allemand ». L’égalité, c’était l’homogénéité.
Réclame pour les autoroutes du Reich. Un monde aux couleurs vives , sans carrefours gênants pour les autos - telle était la propagande du Reich. Pour les ouvriers qui construisaient ces voies, la réalité était beaucoup plus sombre: ils devaient travailler dans de très mauavaises conditions (Bildarchiv Prussischer Kulturbesitz)
Des autoroutes au moindre coût salarial 
Dans la deuxième partie de son discours du 1er mai 1933 Hitler annonça de vastes mesures contre le chômage. Le volet le plus populaire, aujourd’hui encore, reste la construction des autoroutes ; on oublie souvent qu’elles furent liées à un vaste « secteur sous-payé.» Les ouvriers furent contraints d’y travailler, ce qui en plongea beaucoup dans la misère, car les salaires qu’ils percevaient étaient bien moins élevés que les aides sociales. Beaucoup ne pouvaient plus nourrir leur famille. Ceux qui refusaient allaient en camp.
La fête berlinoise du 1er mai se termina peu avant minuit par un gigantesque feu d’artifice et l’hymne national. Le lendemain matin, le peuple allemand découvrit le revers de la médaille. Le 2 mai vers dix heures des commandos motorisés de l’organisation national-socialiste des comités d’entreprise et de la SA débarquèrent dans tout le pays devant les Maisons des syndicats. Celles-ci furent prises d’assaut, les organisations dissoutes et leurs avoirs confisqués. Et ce fut pour un temps la fin du mouvement syndical indépendant en Allemagne. Après la « prise du pouvoir » par les nazis, la direction de l’ADGB (Allgemeiner Deutscher Gewerkschaftsbund, Confédération générale des syndicats allemands), avait cherché son salut dans un virage opportuniste. Theodor Leipart , Président de l’ADGB depuis 1921, avait déclaré dès 1932 que le syndicats ne désiraient pas rester « enchaînés à des partis ». Au printemps 1933 on voulait se mettre « au service du nouveau gouvernement. » D’abord l’ADGB avait laissé à ses adhérents le choix d’assister ou non à la fête de mai des nationaux-socialistes, mais le 19 avril le Comité fédéral décida d’obliger tous les syndiqués à y participer. Le dirigeant du SPD, Otto Wels, avait dit à Leipart : « Plutôt laisser placarder par la force la croix gammée sur les toits que d’y hisser volontairement le drapeau noir-jaune-rouge. » Leipart ne répliqua pas, mais c’était un homme brisé, qui n’avait plus la force de résister.
 
On brise les syndicats indépendants: le 2 mai 1933 la SA occupe la maison des syndicats  au 14/15 de la rue Engelufer (aujourd'hui Engeldamm) à Berlin
La première organisation mondiale
Les permanents de l’ADGB furent arrêtés ; beaucoup furent torturés et un bon nombre assassinés. Les millions de syndiqués de base furent incorporés d’office au DAF (Deutsche Arbeitsfront, Front allemand du travail), créé le 10 mai 1933. Le DAF regroupait tous les ouvriers, employés et chefs d’entreprise, soit 25 millions de personnes en 1941, ce qui en faisait la première organisation mondiale. La DAF ne passait pas de conventions collectives, les salaires étant fixés par des « fidéicommis du travail ». Les entrepreneurs n’étaient que des « dirigeants d’entreprise », ouvriers et employés devenant des « suivants ». Tous ensemble formaient une « communauté d’entreprise.»
Le 3 mai 1933 le Reichsverband der Deutschen Industrie (Union industrielle du Reich) élut à sa tête Adrian von Renteln. Ce dernier était parallèlement le chef du "NS-Kampfbundes des Gewerblichen Mittelstandes » (Association national-socialiste de combat des petites et moyennes entreprises) et Président de la Chambre allemande de commerce et d’industrie. Il occupa une position de décideur au sein du DAF nouvellement créé. Ce seul exemple montre l’étroite intrication des diverses associations économiques. Leur tâche principale consistait alors à assurer la reconversion de l’économie allemande en industrie de guerre.
Steine klopfen
Casser des cailloux: Ouvriers en train de terminer un nouveau tronçon d'autoroute en 1936. Les nazis créèrent pour leur programme de construction un énorme secteur "au moindre coût salarial". Les ouvriers furent finalement contraints d'y entrer. Nombre d'entre eux tombèrent dans la misère, car les salaires y étaient très inférieurs aux aides sociales. Ceux qui refusaient étaient rapidement envoyés en camp de concentration (Bildarchiv Preussischer Kulturbesitz)
L’Histoire ne vous a rien appris
Dix jours après la fête du Premier mai, on allumait des bûchers dans plus de 50 villes allemandes. On jeta dans les flammes les œuvres de Heinrich Mann, Kurt Tucholsky, Stefan Zweig, Franz Werfel et bien d’autres. Aux yeux des nouveaux maîtres ils représentaient « l’esprit anti-allemand ». Le plus grand autodafé eut lieu place de l’Opéra à Berlin. En la personne des étudiants qui avaient organisé cette action, Goebbels salua « l’avant-garde du véritable esprit révolutionnaire allemand ».
Et, de fait, dans bien des villes c’étaient principalement des étudiants qui avaient pris l’initiative des autodafés et des purges de bibliothèques, parfois aussi de «clouer au  pilori » les livres qui déplaisaient et de chahuter les cours de professeurs non nazis. Après le boycott des commerces juifs et l’assaut contre les sièges des syndicats, le nouveau régime montrait une nouvelle fois sa volonté d’imposer ses objectifs par la force. Il ne rencontra pratiquement aucune résistance.
À l’étranger en revanche les violences déchaînèrent une vague d’indignation. Beaucoup pensèrent à juste titre que ce terrorisme à l’égard des opinions divergentes révélait le véritable visage du nouveau régime. Helen Keller, l’écrivaine américaine aveugle, très populaire en raison de ses engagements sociaux, écrivit une lettre ouverte : « Si vous croyez qu’on peut tuer une idée, c’est que l’histoire ne vous a rien appris (...). Les droits sur mes ouvrages que j’ai offerts à des soldats allemands revenus aveugles de la Guerre mondiale n’étaient que l’expression de mon amour et de ma compassion pour le peuple allemand. Ne croyez pas qu’ici nous ignorons ce que vous faites aux Juifs. Dieu ne sommeille pas, et son jugement vous atteindra un jour. » Les Allemands mirent douze ans à comprendre combien elle avait raison.
 

mardi 1 mai 2012

"Au fond vous n’avez pas abandonné la lutte des classes qui dresse les uns contre les autres les ouvriers et les patrons" (Sarkozy, 1er mai 2012)

Henri Guaino, l'homme qui écrit les discours de Sarkozy, a fait très fort. Voici le discours écrit par Guaino pour par Sarkozy et prononcé par ce dernier Place du Trocadéro à Paris, le mardi 1er mai 2012. Le président-candidat s'est permis quelques improvisations par rapport au texte, lançant par exemple :"Nous ne voulons pas de la jalousie, de l'amertume, de la haine, de la lutte des classes, du socialisme." Un vrai discours de lutte de classes.

Mes chers concitoyens, Écoutez le Général de Gaulle. C’était le 1er mai 1950 devant la foule des Français de toutes conditions réunie sur la pelouse de Bagatelle ! « A la bonne heure ! Nous sommes bien vivants ! Il n’est que de nous voir pour être sûr que notre peuple n’est aucunement disposé à terminer sa carrière. Il n’est que de nous voir pour discerner où les travailleurs mettent aujourd’hui leur espérance. La masse immense que voilà prouve aux insulteurs que rien n’est perdu pour la France. » Avec le Général de Gaulle ils écrivaient l’Histoire. Nous aussi ! Face aux insulteurs qui nous ont dénié le droit de parler aux Français le 1er mai comme s’ils en étaient les propriétaires, le Général De Gaulle nous a montré la voie. Regardez les cortèges ! Ils ont choisi de défiler avec le drapeau rouge ! Nous avons choisi de nous rassembler sous le drapeau tricolore ! Ce drapeau tricolore c’est celui de Lamartine quand il disait : « Le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec nos libertés et nos gloires alors que le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple ! »

Je n’accepterai jamais de recevoir des leçons de morale de la part de ceux qui brandissent le drapeau qui a été l’étendard de tant de tyrannies et qui a enveloppé dans ses plis parmi les plus grands crimes de l’Histoire. Le drapeau rouge, c’est le drapeau d’un parti. Le drapeau tricolore, c’est le drapeau de la France. A ceux qui préfèrent leur parti à la France, nous opposerons toujours ceux qui préfèrent la France à leur parti. Si nous sommes réunis ici en ce 1er mai, jour de la Fête du travail, c’est bien parce que nous assumons la France dans toute sa diversité, parce que nous assumons toute son histoire, toutes ses familles spirituelles, toutes ses sensibilités. Il n’y a pas pour nous un peuple de droite et un peuple de gauche. Il n’y a pas pour nous une histoire de droite et une histoire de gauche. Il n’y a pas aujourd’hui, dans la rue, d’un côté les héritiers des Canuts lyonnais, des mineurs de Germinal, des défenseurs de Dreyfus et de l’autre côté, les héritiers des maîtres de forges et des antidreyfusards. Il n’y a pas d’un côté les héritiers de la Révolution, du Front Populaire et du Conseil National de la Résistance, et de l’autre côté les héritiers de ce qu’il y a eu de pire dans l’histoire de France. Je n’ai pas entendu monter des cortèges où l’on brandissait des drapeaux rouges la grande voix de Jaurès défendant les mineurs de Carmaux, ni la grande voix de Léon Blum réclamant les congés payés, ni celle de Jean Moulin devant le CNR, ni celle de Zola demandant justice pour Dreyfus. Je n’ai pas entendu plaider la grande cause des travailleurs. J’ai entendu surtout des slogans politiques. Mais je veux le dire à tous ceux qui nous contestent le droit de nous rassembler aujourd’hui : nous nous considérons comme les héritiers de ceux qui ont lutté pour le droit de grève, pour la liberté syndicale et pour les congés payés. Nous nous considérons comme les héritiers de ceux qui ont défendu Dreyfus et de ceux qui ont créé la sécurité sociale. Je veux le dire à tous ceux qui ont défilé aujourd’hui, non pas pour le travail mais contre nous : nous nous considérons comme acteurs du progrès social autant que vous et sans doute plus que vous. Vous avez abîmé le travail en prétendant le défendre. Vous avez appauvri les travailleurs en prétendant les protéger. Vous avez fait les 35 heures. Vous avez avancé l’âge de la retraite à 60 ans sans en avoir le 1er centime. Vous avez alourdi le coût du travail. Je le dis aux partis de la gauche et aux syndicalistes qui se sont fourvoyés dans la politique : nous sommes tous les héritiers de ceux qui se sont battus pour nos droits, pour notre dignité et pour notre liberté. Mais ce que vous avez fait ne vous donne aucun titre à vous en arroger le monopole. Les 35 heures ont non seulement affaibli nos entreprises mais elles ont aussi détruit des centaines de milliers d’emplois. La retraite à 60 ans a mis notre système de répartition au bord de la faillite.


L’alourdissement du coût du travail accélère les délocalisations et pèse sur le pouvoir d’achat. Vous voulez continuer à faire financer la protection sociale par le travail. C’est une erreur économique qui met en danger les emplois de ceux qui sont exposés à la concurrence étrangère. Vous essayez de faire croire que nous pouvons sortir de la crise sans effort. Vous mentez aux travailleurs parce que si l’on ne s’en sort pas par le travail, c’est le pouvoir d’achat que vous remettez en danger. Vous refusez le partage des bénéfices entre les actionnaires et les salariés comme vous avez refusé la participation au Général De Gaulle parce qu’au fond vous n’avez pas abandonné la lutte des classes qui dresse les uns contre les autres les ouvriers et les patrons. Je veux m’adresser aux syndicats. Je veux leur dire qu’il n’y a pas de démocratie sans liberté syndicale. Je veux leur dire que dans une société comme la nôtre où les tensions sont si vives, où la difficulté à s’écouter et à se parler est si grande, le dialogue social est à mes yeux indispensable. Tout le monde a quelque chose à gagner à la discussion. Tout le monde a quelque chose à apprendre de celui qui a un point de vue différent, une expérience différente. Tout le monde a quelque chose à gagner à l’effort pour trouver un accord. Sans doute faut-il réfléchir à d’autres formes de négociation collective, à d’autres manières de travailler ensemble comme cela se faisait jadis quand Jean Monnet et le Général De Gaulle mettaient en avant l’ardente obligation du Plan. Je n’oublie pas quel rôle décisif ont joué les partenaires sociaux dans la reconstruction de l’après-guerre et dans les Trente Glorieuses. Pour affronter la mondialisation, pour faire face aux bouleversements incessants du monde et aux crises gigantesques qui ébranlent les nations et les continents, pour inventer le nouveau modèle social qui permettra à la France de rééditer au XXIe siècle l’exploit des Trente Glorieuses, toutes les forces vives de la nation doivent être mobilisées. Pour faire face, la France doit être soudée, la France doit être unie, la France doit se rassembler. Alors, je le dis aux syndicats : posez le drapeau rouge et servez la France, servez les travailleurs qui vous font confiance. Car il n’y aura pas d’avenir pour les salariés, il n’y aura pas d’avenir pour le travail, il n’y aura pas d’avenir pour notre protection sociale si la France s’affaiblit, si la France s’appauvrit, si la France décroche. On ne peut pas séparer le destin de chacun du destin de tous. Il n’y a pas d’un côté des destins individuels et de l’autre, le destin de la France. Les deux sont liés.


Laissez les partis ! Ceux que vous soutenez ne vous le rendront pas. Laissez les partis ! Votre rôle n’est pas de faire de la politique. Laissez les partis ! Votre rôle n’est pas de défendre une idéologie. Votre rôle est de défendre les salariés, de défendre le travail. Laissez les partis ! Dans la République, ce ne sont pas les syndicats qui gouvernent. C’est le gouvernement. Ce ne sont pas les syndicats qui font la loi. C’est le Parlement. Dans la République, c’est le peuple qui décide. Dans la République, quand il y a blocage, on donne la parole au peuple. C’est cela la République ! Laissez le drapeau rouge et laissez les partis ! Remplissez la mission qui est la vôtre dans une démocratie ! Remplissez la mission qui est la vôtre dans la République ! En regardant le monde tel qu’il est, En construisant l’avenir sur les réalités, En comprenant que dans un monde qui bouge autant, il n’est pas possible de rester immobiles. Si nous voulons que rien ne change quand tout change autour de nous, nous perdrons tout. C’est tromper les salariés. C’est mentir aux salariés que de leur faire croire que l’on peut faire l’économie du changement. Et c’est leur faire prendre un risque énorme. Regardez ce qui arrive aux pays qui n’ont pas fait à temps les changements nécessaires, qui n’ont pas pris à temps les décisions qui s’imposaient. Regardez ce qui se passe en Grèce et en Espagne ! A la fin, c’est toujours le travail qui paye. Regardez l’explosion du chômage, la baisse des salaires, la baisse des retraites ! Qui veut cela pour la France ? Qui veut cela pour les salariés français ? Qui veut cela pour les retraités qui ont travaillé toute leur vie ? Je veux un nouveau modèle social où les syndicats, au lieu d’être une force de conservation, seront une force de transformation sociale, mais où la négociation collective descendra jusque dans l’entreprise, où il sera possible, avec l’accord de tous, de déroger aux règles générales quand le carnet de commandes de l’entreprise l’exigera. Je veux un nouveau modèle français où chacun prendra ses responsabilités, où l’entreprise ne sera plus mise en difficulté simplement parce que les règles générales seront inadaptées à son cas particulier. Je veux un nouveau modèle Français où les rapports sociaux dans l’entreprise seront différents, où le rôle des syndicats dans l’économie sera différent, où il y aura davantage de souplesse mais une souplesse négociée qui permettra d’éviter bien des faillites, bien des licenciements, bien des conflits, bien des souffrances. Mes chers concitoyens, Si nous avons voulu nous rassembler aujourd’hui, ce n’est pas pour manifester contre quiconque. Si nous avons voulu nous rassembler aujourd’hui, c’est parce que pour nous, dans les choix que nous allons devoir faire pour l’avenir, la question du travail est centrale. C’est par le travail que nous sortirons de la crise. C’est par le travail que nous rembourserons nos dettes. C’est par le travail que nous retrouverons le chemin de la croissance. C’est par le travail que nous garantirons le pouvoir d’achat. C’est par le travail et par le mérite que nous pourrons reprendre la maîtrise de notre destin individuel et collectif. Je veux un nouveau modèle social français où le travail sera reconnu comme valeur, où l’on ne découragera pas le travail, où l’on n’empêchera pas ceux qui veulent travailler de travailler, où l’on ne partagera pas le travail parce que c’est le travail qui crée le travail, où le travail ne sera plus abîmé par les dumpings et les concurrences déloyales, où le travail sera protégé. Si j’ai mis les frontières au centre de mon projet c’est parce que les frontières expriment ce refus du laisser-faire et du laisser-aller. Si il n’y a plus de frontières entre l’Europe et le reste du monde, Si tout est ouvert, Si le rapport aux autres n’est plus maîtrisé, Si entre chez nous et chez les autres, entre le dedans et le dehors, il n’y a plus rien, Si le travail français avec toutes ses charges, avec toutes ses règles est mis en concurrence avec le travail de pays qui ne respectent aucune règle, qui pratiquent des dumpings monétaires, sociaux, environnementaux, où les salaires sont très bas, où il n’y a pas de sécurité sociale, pas de droit du travail, où l’on fait travailler les enfants, les prisonniers, comment le travailleur français et Européen pourront-ils résister ? Comment demander à un ouvrier de l’industrie de travailler davantage, de faire des efforts de productivité s’il doit vivre toujours dans l’angoisse de la délocalisation parce qu’il sait que tous les efforts qu’il pourra faire ne compenseront jamais l’iniquité de la concurrence ? Se résigner à l’effacement des frontières, c’est le premier acte par lequel une nation renonce à maîtriser son avenir. Il faut des frontières à l’Europe. Il faut des frontières à la France. Non pour s’enfermer, mais pour s’affirmer dans le monde. Pour clarifier les rapports avec les autres. La frontière, c’est le droit opposé à la force. C’est la règle opposée au désordre. C’est la régulation au lieu du laisser-faire. Les frontières, cela peut paraître loin des préoccupations quotidiennes de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur. Pourtant, ce sont bien les conditions de la concurrence qui rendent la vie si dure et c’est notre capacité à nous protéger qui la rendra moins dure. Si l’euro est trop fort, si l’immigration n’est pas maîtrisée aux frontières de l’Europe, si nos marchés publics sont ouverts alors que les autres ne le sont pas, si nous ne pouvons pas en réserver une part à nos PME, s’il n’y a pas de traçabilité des produits que nous importons, alors la vie pour ceux qui travaillent continuera d’être difficile, alors tous ceux qui travaillent continueront de percevoir l’avenir non comme une promesse mais comme une menace. Je veux un nouveau modèle social français où tous les secteurs se sentiront solidaires les uns des autres, où tout le monde aura conscience que c’est en faisant front ensemble que l’on pourra relever le défi de la mondialisation, que la compétitivité de la Nation se fabriquera tout autant dans le secteur exposé à la concurrence que dans le secteur abrité et que l’on peut ni les séparer ni les opposer, même si les premiers ont davantage besoin d’être protégés que les seconds parce que lorsque l’entreprise ferme, ils perdent tout.

Je veux un nouveau modèle social français où le travail sera enrichi par la formation, par l’innovation, par l’investissement, où chaque jeune pourra choisir l’alternance comme une filière d’excellence, où chacun pourra obtenir un stage dans une entreprise où le mur qui se dresse entre l’entreprise et le jeune apprenti qui n’a pas de relations sera abattu. Je veux un nouveau modèle français où plus aucun enfant n’entrera au collège sans savoir lire, écrire et compter, où l’école sera attentive aux fragilités de chacun, où les professeurs seront davantage présents au collège et au lycée pour que les élèves puissent s’appuyer sur eux. Je veux un nouveau modèle français où l’État ne sera plus un État bureaucratique mais un État entrepreneur servant d’appui à tous les entrepreneurs et à tous les créateurs. Je veux un nouveau modèle français où parce que le travail sera plus créatif, plus productif, il sera plus compétitif, plus fort face à la concurrence. Je veux un nouveau modèle français où le coût du travail sera allégé, où tout le monde aura compris que plus le travail coûte cher, plus il a vocation à être délocalisé. Que plus le travail coûte cher, moins il supporte la concurrence. Je veux un nouveau modèle français où le poids des normes et des règles qui pèsent si lourdement sur le travail sera allégé parce qu’au lieu de protéger le travail, l’excès de normes finit par le détruire. Je veux un nouveau modèle français où l’on ne cherchera pas à diminuer le coût du travail en abaissant les salaires parce qu’en France, le salaire n’est pas trop haut, il est trop bas. Parce que la baisse des salaires, c’est entrer dans le cercle vicieux de la déflation et de la dépression. Il faut augmenter les salaires et il faut diminuer le coût du travail. Voilà le défi ! Augmenter les salaires, cela se fera grâce à la suppression de la prime pour l’emploi. Diminuer le coût du travail, cela se fera en finançant une réduction des cotisations familiales par la TVA. Ainsi les importations seront taxées et elles contribueront au financement et de la protection sociale. Les exportations ne seront pas taxées et elles seront plus compétitives. La TVA anti délocalisation, c’est une TVA pour freiner les délocalisations, pour protéger l’emploi français. Ils étaient nombreux à gauche avant la campagne présidentielle à approuver cette idée. Où sont-ils ? On ne les entend plus ! La gauche, celle que l’on entend, a crié à l’injustice parce qu’il s’agit de faire payer le consommateur. Mais les délocalisations, ce n’est pas injuste ? Le chômage, ce n’est pas injuste ?
Celui qui n’a plus de travail que peut-il consommer ? Et puis, il y a l’autre voie, celle de la participation que le Général De Gaulle a ouverte contre la gauche, contre les syndicats, contre toutes les forces du conservatisme. Nous avons fait la prime dividende parce que le dialogue social n’avait débouché sur rien, parce que personne ne voulait bouger ni le patronat, ni les syndicats. Je veux un nouveau modèle français où le capitalisme des entrepreneurs aura remplacé le capitalisme financier, où l’entreprise sera redevenue une communauté humaine consciente de partager une destinée commune, où chacun sera récompensé de ses efforts, où les profits seront partagés, où la participation aura suffisamment progressé pour faire oublier ce reste de lutte des classes qui empoisonne encore nos relations sociales. Je veux un nouveau modèle français où la réussite ne sera plus regardée avec suspicion mais comme un exemple, où le talent et le mérite seront récompensés, où chacun pourra conserver assez du fruit de ses efforts pour pouvoir se constituer un patrimoine et le transmettre un jour à ses enfants, où le travail engendrera le patrimoine, où le patrimoine sera la récompense du travail. Je veux dire à tous ceux qui ne connaissent pas la France du travail que lorsque la France du travail considère son patrimoine elle ne le regarde pas comme une valeur pécuniaire mais comme des dizaines d’années de labeur, de sueur et d’effort. Elle y voit toutes les peines, tous les sacrifices quelle y a mis. Elle le regarde avec émotion car lorsque l’on se retourne ainsi sur sa vie on est ému en pensant à ce que l’on a réussi à construire. Je veux dire à cette France du travail qu’elle n’a pas à s’excuser pour son patrimoine, qu’elle n’a pas à s’excuser pour ses efforts, qu’elle n’a pas à s’excuser pour son mérite, et que ce qu’elle possède elle l’a gagné. Son patrimoine c’est le sien, ce n’est pas le patrimoine de l’Etat. C’est le patrimoine de la Nation, c’est le patrimoine de tout un peuple de travailleurs. On n’a pas le droit de le lui prendre, on n’a pas le droit de le lui confisquer. Revenir sur l’exonération des droits de succession, durcir les conditions des donations, remettre en cause le quotient familial, matraquer fiscalement les classes moyennes pour payer une folie dépensière, ce serait briser pour longtemps le rêve de la France du travail. A tous ceux qui ne connaissent pas cette France du travail je veux leur dire que c’est une France qui n’est pas avide, qui n’est pas cupide, qui n’est pas malhonnête, qui n’est pas immorale et c’est justement pour cela qu’elle ne supporte plus les mises en cause de la France. La France est un des pays les plus accueillants et les plus généreux du monde. Elle ne mérite pas qu’on la critique sans arrêt, elle ne mérite pas qu’on la stigmatise. Elle mérite qu’on la respecte. Je veux un nouveau modèle français où chacun aura sa chance, où ceux qui auront été brisés par les accidents de la vie auront droit à un nouveau départ, où la deuxième chance sera généralisée, où les familles de bonne foi qui seront surendettées pourront bénéficier de la faillite civile comme les entreprises. Le retour de l’égalitarisme, du nivellement par le bas briserait ce rêve d’égalité des chances.
Je veux un nouveau modèle français où la spéculation et l’assistanat ne rapportent pas plus que le travail, où celui qui ne travaille pas ne vit pas mieux que celui qui travaille dur, où celui qui a travaillé et cotisé toute sa vie n’a pas moins de droits que celui qui n’a jamais travaillé et jamais cotisé, parce que c’est décourageant et parce que c’est immoral. Je veux un nouveau modèle français où ceux qui ont travaillé toute leur vie peuvent vivre sans être à la charge de leurs enfants, où ils peuvent se soigner. Il n’est pas juste que les aides soient trop souvent réservées à ceux qui n’ont pas travaillé et que ceux qui ont travaillé soient moins aidés. Il n’est pas juste que le petit retraité qui vit avec le minimum vieillesse, on ne l’aide pas pour qu’il puisse se soigner. Je veux réparer cette injustice. C’est pour respecter ceux qui ont travaillé que j’ai préféré reculer l’âge de départ à la retraite plutôt que de diminuer les pensions. C’est pour respecter ceux qui ont travaillé que j’ai conservé l’indexation intégrale des retraites sur les prix. C’est pour réparer une autre injustice qui attendait d’être réparée depuis 60 ans que je me suis engagé à faire payer les retraites le 1er de chaque mois parce qu’il était profondément injuste que l’État fasse sa trésorerie sur le dos des retraités et parce que cela plongeait beaucoup de petits retraités dans des difficultés inextricables quand toutes les échéances tombaient au début du mois. Je veux un nouveau modèle français où l’école sera une école de l’exigence qui apprendra aux enfants à tracer la frontière entre le bien et le mal, entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, entre la vérité et le mensonge, entre le beau et le laid, et qui leur inculquera le goût de l’effort et le respect du travail, qui leur fera éprouver la joie de la connaissance comme la récompense du travail de la pensée. Parce que c’est sur le socle des valeurs que la famille et l’école transmettent aux enfants que se construit un modèle social. Françaises, Français, mes chers compatriotes, C’est ce projet que je veux construire avec vous. Ce projet n’est rien d’autre que le rêve d’une nation Française rassemblée, fière de ses valeurs, de son identité, confortée en son idéal de mode de vie, rassurée dans sa volonté de rester différente. Oui, peuple de France, nous sommes différents et nous voulons le rester. Nous sommes la République et pas seulement la démocratie. Nous ne voulons à aucun prix du communautarisme parce que nous sommes républicains. Nous sommes les héritiers d’une grande culture, les enfants de Voltaire, de Chateaubriand, de Victor Hugo, de Maupassant.
Nous ne voulons pas de l’aplatissement culturel du monde. Nous voulons garder notre langue, notre littérature, notre musique, notre cinéma. Nous sommes les héritiers d’une grande histoire. Les héritiers de Jeanne d’Arc, de Bonaparte, du Général de Gaulle, les héritiers de la Renaissance, de la Résistance, des Trente Glorieuses. Nous ne voulons pas d’une petite ambition, nous voulons de grands projets, de grands rêves. Nous sommes le peuple de France. Nous avons reçu de nos parents et de nos grands-parents en héritage, comme un trésor, la réconciliation Franco-allemande, la paix en Europe, des territoires où se dressent partout des cathédrales et des églises, des valeurs, un art de vivre, une éducation. Cet héritage nous n’y renoncerons jamais. Nous sommes la France. C’est tout le sens de mon projet. Ce projet je veux l’accomplir avec tous ceux qui travaillent, avec tous ceux qui ont travaillé toute leur vie et qui connaissent la valeur du travail. Je veux rendre hommage à tous ceux qui contribuent à faire de la France un grand pays. Je veux rendre hommage à ceux de nos compatriotes issus de l’immigration qui ont fait des efforts pour s’intégrer, qui veulent devenir des Français comme les autres, qui travaillent dur, qui transmettent à leurs enfants des valeurs élevées, qui les éduquent avec une grande exigence morale et dans l’amour de la France. Je veux le dire aussi : c’est pour que la République puisse tenir sa promesse à leur égard qu’il faut ralentir les flux migratoires, c’est pour que le creuset français continue de fonctionner qu’il faut diminuer les entrées. Nous le devons à ceux qui sont là et qui ont fait tant d’efforts. Nous avons traversé bien des épreuves depuis cinq ans, côtoyé bien des précipices, mais nous avons réussi à ne pas être emportés. Après avoir été si absorbés par le présent, voici le moment de nous tourner vers l’avenir. Nous avons commencé à le préparer. Nous avons fait des réformes qui attendaient depuis si longtemps d’être accomplies. Maintenant, cet avenir nous devons le construire. Vous l’aurez compris, le nouveau modèle français que je vous propose n’est pas celui de la jalousie, ce n’est pas celui de l’amertume, qui conduise toujours à rabaisser celui qui s’élève. Ce que je vous propose, ce n’est pas la fermeture, le repliement sur soi, la frilosité, ce n’est pas la haine de soi et la haine des autres. Ce que je vous propose, ce sont des frontières qui nous protègent pour ne plus subir et pour agir.
Ce que je vous propose, c’est le contraire du laissez-faire, de l’abandon qui nous ont conduits à toutes les crises que nous avons connues depuis quatre ans. Ce que je vous propose, c’est de refonder la République du mérite, celle de Jules Ferry et du Général De Gaulle. En face, une gauche rattrapée par ses vieux démons. Une gauche dont une partie en appelle déjà à la rue pour faire pression sur l’autre partie sommée d’obtempérer. A quelle revendication le candidat socialiste cédera t-il ? Après avoir vendu les ouvriers du nucléaire pour un accord électoral avec les verts, que vendra t-il d’autre ? Prendra t-il le SMIC à 1700€ ou bien l’interdiction des licenciements ? C’est parce que tout cela est en cause que je vous appelle à un sursaut national. Écoutons encore le Général de Gaulle : « Travailleurs ! C’est avec vous, d’abord, que je veux bâtir la France nouvelle. Quand encore une fois, ensemble, nous aurons gagné la partie, en dépit des excitations des destructeurs et des intrigues des diviseurs, on apercevra tout à coup une nation joyeuse et rassemblée où, je vous en réponds, vous aurez votre digne place. Alors, on verra sortir, des voiles qui le cache encore, le visage radieux de la France ! » C’était le 1er mai 1950 à Bagatelle. Je n’ai pas trouvé qui exprimait mieux ma pensée en cet instant où se joue le destin de la France. Il reste trois jours ! Trois jours pour expliquer ! Trois jours pour convaincre ! Trois jours pour entraîner ! Trois jours pour que chacun comprenne que dimanche il ne votera pas pour un candidat mais pour lui-même, pour son avenir et pour celui de ses enfants ! Trois jours pour gagner ! Vive la République ! Vive la France !



Manifeste de l’Assemblée EuropeanRevolution-Tunisie بيان مجلس الثّورة الأوروبيّة بتونس Manifiesto de la Asamblea EuropeanRevolution-Túnez Manifesto dell'Assemblea EuropeanRevolution-Tunisia Manifesto da Assembleia EuropeanRevolution-Tunísia Manifest der Versammlung EuropeanRevolution-Tunesien Διακήρυξη της Συνέλευσης EuropeanRevolution - Τυνησία Manifest Zgromadzenia EuropeanRevolution -Tunezja

La crise en Europe : et la Tunisie ? Débat public et projection du film Indignados, de Tony Gatlif



jeudi 19 avril 2012

Décès de Hamza BEKKALI, jeune étudiant de 20 ans

Halte à l'impunité et au mépris du makhzen, protégeons la vie de tous les Marocains 

Par NODE, Paris le 17 /4/2012  

 Nous avons appris avec grande tristesse et amertume le décès de Hamza BEKKALI, jeune étudiant de 20 ans, à Meknès. 
Tout d'abord, nous présentons toutes nos condoléances à la famille de la victime et à tous ses proches notamment à sa mère Salwa EL GHERBAOUI et à son Père Mohammed BEKKALI. Selon les premières informations qui nous nous sont parvenues, Hamza a succombé à une hémorragie interne après avoir été frappé au niveau de la tête par un policier lors des violences qui ont suivi le Match WAC-FAR à Casablanca le Samedi 14 Avril 2012. 

Selon les proches de la victime, Hamza a été transporté dans un état grave à l'hôpital qui a refusé de le soigner sous prétexte qu'il n'avait pas les moyens d'en payer les frais. C'est un scandale, mais un scandale malheureusement ordinaire dans un pays où l'accès aux soins est pourtant un droit garanti par la constitution. 

 L'association NODE Maroc, qui lutte pour un Etat de Droit au Maroc, condamne avec fermeté toutes formes de violence et notamment les violences policières et appelle à ouvrir immédiatement une enquête pour élucider les circonstances de cette affaire et mettre la lumière et toute la lumière sur les causes du décès du jeune Hamza pour en désigner et punir les responsables directs. 

 Témoignage de la maman de Hamza

 Hommage à Hamza

mardi 17 avril 2012

Dominique Grange chante : Dégage! Dégage! Dégage!

Dégage! Dégage! Dégage!
Dominique Grange
Réalisation: Pizko (Carneperro Prod)
Paroles et musique: Dominique Grange
Arrangements! Pizko
Enregistré au Studio Carneperro, Paris

mercredi 11 avril 2012

L’histoire et la culture selon Ali Abunimah, par Gilad Atzmon




Dans le clip ci-dessus je réfléchis sur l’attitude d’Ali Abunimah vis-à-vis de l’histoire et de la culture.
Je soutiens que si Israël se définit comme l’État des juifs et ses chars d’assaut sont décorés avec des symboles juifs, nous sommes en droit de nous demander qui sont les Juifs et que sont le judaïsme et la judéité. Dans mes écrits j’essaie de comprendre le rôle et l’impact de la culture juive dans la politique israélienne et la politique juive, car je le crois nécessaire pour atteindre la paix dans la région et au-delà.
Cependant Ali Abunimah n’est pas d’accord. En réponse à un exposé que j’ai fait en Décembre 2010 pendant la Conférence de Stuttgart pour un seul État, il a suggéré que l’histoire et la politique sont étrangères à la culture, laquelle est une position inhabituelle qui contredit tous les principes intellectuels et philosophiques de l’humanité, de l’histoire, de la politique et de la culture.
Abunimah dit : « Parler de la culture juive est une erreur, parce que ces mêmes arguments pourraient utilisés contre n’importe qui. Nous pourrions donner la faute à la culture allemande pour l’histoire de l’Allemagne... ».
Quelqu’un devrait dire à Abunimah que c’est exactement ce que font les intellectuels, les historiens et les politologues : ils enquêtent sur l’origine des pensées politiques dans la culture, l’idéologie, la religion et le patrimoine. Par exemple, ceux qui étudient l’époque nazie essaient de comprendre ce qu’elle devait à l’influence de Wagner, des symphonies allemandes, de la culture protestante, de la philosophie allemande, du traité Des Juifs et leurs mensonges de Martin Luther, d’Hegel et de l’esprit allemand, du pré romantisme allemand, de la Lebensphilosophie, de Heine, d’Athènes contre Jérusalem et ainsi de suite.
Pour moi il est évident qu’Abunimah n’a pas bien réfléchi sur ce qu’il a dit. Mais il n’est jamais trop tard pour admettre une erreur et la rectifier.

Collection Résistances, Editions Demi Lune
Traduit de l'anglais par Marcel CHARBONNIER
Traduction française de l’ouvrage de Gilad ATZMON The Wondering Who? également disponible dans la boutique en ligne du Réseau Voltaire.



APPEL À UNE RÉUNION INTERNATIONALE DE SOLIDARITÉ AVEC LA RÉVOLUTION SYRIENNE A REGUEB (TUNISIE)/LLAMAMIENTO A UNA REUNIÓN INTERNACIONAL EN SOLIDARIDAD CON LA REVOLUCIÓN SIRIA EN REGUEB (TUNEZ)

Plus d'un an s'est écoulé depuis le début de la révolution en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, qui a éclaté en Tunisie et s'est propagée dans toute la région jusqu'à la Syrie. Ben Ali, Moubarak et Kadhafi sont partis et avec eux leurs dictatures féroces soutenues par l'Union européenne et les États-Unis. La révolution connaît l'un de ses moments les plus critiques avec ce qui se passe en Syrie. Bachar ne cesse de tuer son peuple, et les grandes puissances mondiales veulent profiter de cette situation . Pour cette raison, au titre de la solidarité avec le peuple syrien qui souffre d'une dictature brutale et pour dénoncer ces puissances, nous faisons appel  à toutes les organisations politiques, syndicales et civiles pour participer le 1er Mai à une réunion internationale à Regueb pour discuter de la situation actuelle en Syrie et organiser une campagne de solidarité avec la révolution syrienne.

Ce n'est pas une coïncidence que nous ayons choisi Regueb pour cette réunion. Il y a un peu plus d'un mois, les soi-disant amis de la Syrie se sont réunis en Tunisie pour donner honteusement leur soutien au plan impérialiste en Syrie. Ce ne sont pas des amis de la Syrie, sont les mêmes qui ont soutenu avec leur argent et des armes Ben Ali et tous les dictateurs de la région et maintenant que le peuple se lève, ils essaient par tous les moyens de mettre fin à ces révolutions. Face à cette politique nous voulons impulser un rassemblement international d'organisations qui soutiennent la révolution et le peuple syrien dans leur lutte légitime sans la jeter dans la gueule de l'impérialisme.

Nous appelons à participer à Regueb de cette initiative internationale, le 1er mai, qui cherche à donner un soutien
clair à la révolution syrienne en dénonçant l'intervention impérialiste. Nous avons choisi cette date du 1er mai comme une date symbolique pour les travailleurs du monde.

L’appel est soutenu à Regueb par :
UGTT (Union Gén.  Trav. Tun)        
Lluita Internacionalista « LI » - Espagne -   
Association civile « Dialogue » - Regueb -
L’association « Fidèles aux familles des martyrs et des blessés de la révolution » 
UDC (union des diplômés chômeurs)
Mouvement du peuple
POCT
Bath
Mouvement des nationalistes démocratiques
Associations Liberté et développement, Citoyenneté, Voix d’Ève, Association du développement et de la promotion de Regueb (ADPR).

 Programme :
Dimanche 29 avril : Réception des invités et des militants et  rencontre avec les blessés.
Lundi 30 avril : Réunion de travail entre les militants et les représentants de l’UGTT, des associations, et des partis politiques  soutenant  le peuple syrien.
Mardi  1er mai : Meeting public  auquel participeront des militants et des enseignants, couronné par une manifestation de soutien au peuple syrien.

Hace más de una año que empezaron las revoluciones en el norte de África y en Oriente medio, lo que estalló en Túnez se extendió por toda la zona hasta llegar a Siria. Atrás quedó Ben Ali, Mubarak, Gadafi y sus dictaduras feroces apoyadas por la Unión Europea y Estados Unidos. La revolución vive uno de sus momentos más críticos con lo que está sucediendo en Siria. Bashar no para de asesinar a su pueblo mientras las grandes potencias mundiales quieren sacar partido a su favor de esta situación. Es por este motivo desde la solidaridad con el pueblo sirio que sufre una feroz dictadura y de la denuncia de estas potencias que queremos hacer un llamamiento a todas las organizaciones política, sindicales etc. Para organizar una reunión en Regueb el primero de mayo con la intención de debatir la actual situación en Siria y la organización de una campaña de solidaridad con la revolución Siria.
No es casual que está reunión la queramos llevar a cabo en Regueb. Hace poco más de un mes, los autodenominados amigos de Siria eligieron Túnez para dar vergonzosamente su apoyo al plan imperialista en Siria. Esos no son amigos de Siria, son los mismos que apoyaron con su dinero y sus armas a Ben Ali y todos los dictadores de la zona y ahora que el pueblo se levantó quieren por todos los medios acabar con estas revoluciones y sacar partido de ellas a su favor, no a favor de los pueblos. Contra esta política queremos impulsar un encuentro internacional de organizaciones que apoyen a la revolución y al pueblo sirio en su legítima lucha sin lanzarla a las fauces del imperialismo.
Hacemos un llamamiento internacional a participar en Regueb de esta iniciativa el 1 de mayo, el objetivo es dejar bien claro nuestro apoyo a la revolución Siria y la denuncia a la intervención imperialista. Elegimos el primero de mayo como fecha simbólica para los trabajadores del mundo.
El llamamiento a la reunión internacional en Regueb es apoyado por:
U.G.T.T (Unión General de Trabajadores de Túnez).
Lluita Internacionalista (Estado español).
Asociación civil diálogo de Regueb(Túnez).
Asociación Fieles a las familias de los mártires y de los heridos de la revolución (Regueb).
Programa:
Domingo 29 de Abril: Recepción de los invitados y encuentro con los familiares y heridos de la revolución.
Lunes 30 de Abril: Reunión de trabajo entre los militantes, representantes de la UGTT, de los partidos políticos y asociaciones que apoyan al pueblo sirio.
Martes 1 de Mayo: Mitin público con la participación de las organizaciones y manifestación de apoyo al pueblo sirio.

mardi 10 avril 2012

"J'ai été frappée par les policiers tunisiens" : le témoignage de Julie Schneider, journaliste française

Lors de la manifestation de lundi à Tunis, plusieurs journalistes ont été pris à partie. Témoignage.
De notre correspondante à Tunis, , Le Point,  9/4/2012

De nombreuses arrestations ont eu lieu pendant les manifestations pour la journée des Martyrs, en Tunisie, lundi.
De nombreuses arrestations ont eu lieu pendant les manifestations pour la journée des Martyrs, en Tunisie, lundi. © Fethi Belaïd / AFP

Avenue Habib Bourguiba. 12 h 30. Cela fait pratiquement une heure que les policiers répondent aux manifestants par des gaz lacrymogènes. Certains n'hésitent pas à user de leur matraque. À l'angle de l'avenue de Paris, des arrestations ont lieu, dont celle de Jaouhar Ben Mbarek, bras en écharpe, membre du réseau Doustourna (mouvement associatif indépendant qui se veut le garant des acquis des Tunisiens). Un homme âgé, cheveux blancs et bien habillé, tente d'échapper à la police. Il tombe devant un lampadaire. Le policier lève sur lui sa matraque. Un journaliste intervient pour l'arrêter. Je m'approche. Quelques policiers arrivent. Face au cordon qui s'est mis en place près de l'homme, ils ne font rien.
C'est le flou total. La scène est surréaliste. Des gens courent partout, des gaz lacrymogènes sont envoyés, des policiers chargent, des camions arrivent. Une femme crie, se débat. Elle est maintenue par deux policiers, visage découvert. D'autres portent des cagoules. Je lance un "sahafié", journaliste en arabe. Je prends une photo. Le policier à la gauche de cette femme, portant des lunettes à monture fine, les cheveux courts et un haut marron, abaisse mon appareil. Dans ses yeux, seule la colère transparaît. Je m'exécute et lui reprécise que je suis journaliste. À ce moment-là, des hommes arrivent. Certains ont des uniformes, d'autres non. L'un d'entre eux essaie de m'arracher mon appareil photo. Je maintiens mon boîtier avec ma main droite. Dans ma main gauche, j'ai mon carnet et mon stylo. Je suis bousculée. Je ne peux pas accéder à ma carte de presse qui se trouve dans la poche droite de mon blouson.

Coups dans le dos, dans les fesses

Tout va très vite. En quelques minutes, je me retrouve au sol. Je reçois des coups dans le dos, dans les fesses. Je porte mon sac à dos sur le devant. Plus pratique pour sortir mon matériel. Dans l'agitation, je perds mes lunettes de soleil. Je ne pense pas à repréciser que je suis journaliste, je ne pense qu'à mon appareil photo, à ma carte mémoire, aux clichés que j'ai déjà pris. Le besoin de se focaliser sur quelque chose d'autre est le plus important. Le besoin de ne pas réaliser ce qui se passe supplante le reste. Je ne sais pas combien de temps la scène a duré. Je ne cesse de penser à mon appareil. En tentant de le retenir, mon pouce, coincé dans la lanière, se tord. Depuis, il est gonflé et bleu.
Finalement, au loin, j'entends mon appareil se faire fracasser sur le trottoir. Plusieurs fois. Des gens me hissent et me relèvent. Policiers ? Civils ? Je ne sais pas. Je suis poussée, tirée vers un fourgon de police. Un représentant du Pôle démocratique moderniste intervient et lance que je suis journaliste. Je le répète alors. Rien à faire. Je reçois encore des coups sur la tête. Certains sont donnés avec le plat de la main. D'autres, je ne sais pas. Des matraques peut-être. Aucune idée.

Sourire mesquin

La plupart des policiers s'éloignent pendant que d'autres m'emmènent à l'arrière d'un fourgon parqué non loin. Des personnes continuent de se faire arrêter. Pensant qu'ils cherchent à me mettre en sécurité, je relâche la pression. Je suis de nouveau poussée, j'ai alors l'impression qu'on veut m'embarquer. Je reprécise que je suis journaliste. Je glisse mes doigts dans les barreaux blancs du fourgon bleu pour prendre appui. Ma carte de presse est toujours dans mon blouson. On ne m'a pas demandé de la présenter. Un militant d'Ennahda, que j'ai rencontré à plusieurs reprises lors de meetings ou au siège du parti, apparaît. Il parle aux policiers. Je suis alors relâchée.
Je me dirige vers le lieu où mon appareil a été fracassé. Je retrouve mon objectif, à peu près intact. Un homme vêtu de noir passe, me le prend et le balance sur le sol avant de se retourner et de me lâcher un sourire mesquin. L'objectif est éclaté en plusieurs morceaux. Je ramasse les débris. Des policiers les poussent à coups de pied. Je suis à la recherche de ma carte mémoire, mais rien. Je reste quelques minutes en retrait avec d'autres journalistes pour observer la scène. Des policiers passent sur des scooters. Des camions arrivent. Encore des charges. Toujours des gaz lacrymogènes, dont le goût âpre reste des heures dans la bouche.
Avec le calme, la douleur se fait sentir, devient plus vive. J'ai des hématomes un peu partout. Sur le chemin du retour, je constate que j'ai du mal à marcher. L'avenue de Paris offre le même spectacle de désolation. Des enfants qui se promenaient avec leurs parents crient et pleurent. Les devantures des magasins sont baissées. C'est alors qu'un homme me tend une fleur. Fragile, de couleur fuchsia et odorante, elle contraste avec l'âpreté et la violence ambiantes.
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lundi 9 avril 2012

Tunis, 9 AVRIL 1938

« Nous sommes venus aujourd'hui démontrer notre force, celle de la jeunesse qui ébranlera le colonialisme. Le parlement tunisien ne sera créé que par le martyr des militants et les sacrifices de la jeunesse»
Ali Belhouane, 9 avril 1938 

Tunis, 9 avril 2012 : "L'Etat, c'est une bande de gens armés" (Friedrich Engels)

La violence inouïe déchaînée par la police dans les rues du centre de Tunis ce lundi 9 Avril, Fête Nationale des Martyrs de 1938 - ceux qui tombèrent sous les balles françaises aux cris de "Barlaman tounsi" ("Un parlement tunisien !) - contre des manifestants pacifiques de tous âges et de toutes conditions, cette violence peut sembler à première vue gratuite. Mais elle ne l'était pas. Elle obéit à un plan élaboré par les stratèges de l'ancien régime qui, tapis dans l'ombre, tiennent encore les rênes de l'appareil d’État et préparent leur retour officiel au pouvoir en rendant le gouvernement transitoire issu des élections aussi impopulaire que possible. La troïka qui est formellement au pouvoir est paralysée, comme le lapin devant le serpent. Si elle continue comme ça, elle ne va pas durer très longtemps, pas même jusqu'aux élections de l'année prochaine. Encore quelques très grosses "bavures" comme celle d'aujourd'hui et elle aura perdu toute crédibilité et toute légitimité. Le peuple, alors, devra reprendre la parole et l'initiative.