mardi 26 juin 2012

Manolis Glezos, combattant antifasciste et député de Syriza : "Nous devons sortir de l'esclavage du capital"

par Antonio Cuesta,  Gara, 25/6/2012 . Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Manolis Glezos est un combattant infatigable au long cours, député de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) et célèbre pour l'action qui a donné le coup d’envoi à la Résistance en 1941, lorsqu’il arracha le drapeau nazi planté par les forces d'occupation allemandes sur l’Acropole d’Athènes.
Manolis Glezos note que, même si la coalition de gauche n'a pas remporté les élections législatives, elle a quand même connu une victoire car pour la première fois apparaît une gauche qui "ne veut pas conduire le peuple, mais marcher à ses côtés". Il assure vouloir que la Grèce reste dans les institutions européennes, mais avec un autre modèle, l'Europe des peuples et non celle des multinationales.
A presque 90 ans, vous êtes toujours un militant de gauche de premier plan. Comment évaluez-vous les résultats électoraux obtenus par Syriza le 17 juin?
Je pense que notre défaite est due à trois raisons principales : la première, que tout le monde connait, a été la forte pression à laquelle nous avons été soumis de la part des médias et des dirigeants européens ont fait tout ce qui a été en leur pouvoir pour terroriser les gens face à la perspective d’une victoire de Syriza. La seconde raison est qu’en Grèce, il n'ya pas de vote par correspondance, et une grande partie des électeurs sont inscrits sur leurs lieux de naissance, et qu’ils doivent donc aller voter là-bas. Ces deuxièmes élections en un peu plus d'un mois, ont fait que beaucoup de nos gens n’ont pas pu aller voter par manque d'argent pour le voyage. D'où la forte abstention. Et troisièmement, beaucoup de dirigeants de Syriza message ou n'ont pas tenu un discours homogène ou n’ont pas réussi à bien l'expliquer, surtout dans le domaine économique, ce qui a été exploité par les médias pour tromper les gens, en présentant des messages fragmentés ou apparemment contradictoires. Mais malgré tout cela, ces élections ont été une victoire pour Syriza. C’est la naissance d’une nouvelle gauche, qui n'a rien à voir avec les courants idéologiques du XXe siècle. La nouvelle gauche ne veut pas conduire le peuple, mais marcher à ses côtés, en cherchant tous ensemble les solutions dont on a besoin, pour arriver au pouvoir tous unis.
Combien de temps faudra-t-il pour qu’éclate la colère sociale contre la politique du nouveau gouvernement, dirigé par le parti conservateur Nouvelle Démocratie?
Il est difficile de mettre une date. Comme c’est la première fois qu’on assiste à une percée si importante de la gauche, je pense que les puissances internationales ne vont pas faciliter les choses pour le mouvement populaire et vont essayer de le freiner par des concessions au nouveau gouvernement. Certes, nous recevrons plus d'aide que prévu, pour essayer ainsi de marginaliser la gauche. Mais cela signifiera que nous serons enchaînés à la dette pour plus d'une décennie. Peut-être les retraites et les salaires ne seront pas abaissés  pour éviter les manifestations, mais l'avenir de notre peuple sera de toute façon hypothéqué.
Quelle sera l'attitude de Syriza dans cette nouvelle étape?
Nous sommes prêts à combattre, au Parlement et dans la rue. Nous dévoilerons ce qui se passe vraiment en Grèce. Nous allons nous concentrer sur la reconquête de la souveraineté de l'État grec. Nous n'avons pas besoin de sauveurs, ni des prêteurs ni des marchés. Nous ne sommes pas en train de dire qu’il faut nous isoler, notre politique est avec l'Union européenne.
Vos positions sur l'Union européenne sont parfois ambiguës. Pourriez-vous préciser si vous êtes favorables ou non à une poursuite du chemin dans les institutions européennes?
Nous sommes un pays européen et nous voulons appartenir à ses institutions, mais aussi travailler pour un autre modèle. Nous allons nous battre pour une Europe des peuples plutôt que des multinationales. Ils nous disent que nous devons quitter l'UE si nous ne sommes pas d'accord avec ces politiques, mais nous ne sommes pas non plus en faveur des politiques de la Grèce et nous ne sortons pas d’elle pour autant. Nous voulons y rester, et que tous les pays y restent. Comme avec l'ONU, où aucun pays n’envisage de la quitter, même s’il n’est pas d’accord avec ses règles de fonctionnement. Le problème n'est pas celui de l'euro ou de la drachme. L’important n'est pas de sortir d’une monnaie mais de sortir du capitalisme. J'ai été dans de nombreuses prisons, certaines meilleures et d’autres pires, dans certaines on avait du café, dans d’autres non. Beaucoup de prisonniers avaient envie d'aller dans les meilleures prisons, mais pour moi, il a toujours été clair que ce que je voulais, c’était sortir.  Ce dont il faut sortir, c’est l’esclavage du capital.
Manolis Glezos avec Alexis Tsipras. Foto Fotis Vrotsis
Maintenant que Syriza a grandi et occupe la place de principal parti d'opposition, ne court-elle pas le risque de s’embourgeoiser et de finir comme le PASOK, qui avait initialement un programme vraiment à gauche?
Non, cela n'arrivera pas avec Syriza. Notre coalition est composée de forces réparties sur un éventail idéologique large, qui va de groupes anarchistes à des secteurs de la gauche du PASOK, en passant par des trotskistes et des maoïste. Syriza est appelée à régénérer la gauche, ce qui est une nouveauté. Il ne s’agit pas, comme je l'ai dit, de conduire le peuple, mais de marcher avec lui. C'est ce qui nous distingue. Ce n’est pas une politique improvisée, derrière cette conception il y a de nombreux débats, qui continuent, sur le moyen d'arriver au pouvoir avec le peuple. Juste un exemple. Au cours de cette dernière campagne électorale ont eu lieu d'innombrables réunions où les gens ont apporté des contributions et des suggestions, ce qui a donné lieu à un échange fructueux d'idées. Avec tout cela on a confectionné le programme qui a pris en compte 80% des décisions prises lors des diverses réunions. Nous avons préféré les convoquer dans les villages et les quartiers, de manière à ce qu’elles ne soient pas trop grandes et aboutissent à quelque chose.
Vous avez déjà mené à la fin des années 80 une expérience de démocratie directe dans votre village. Comment ce projet a-t-il fini ?
Mon village, Apiranthos est situé sur l'île de Naxos et a une population de 1 100 habitants. Après  ma victoire aux élections locales on a décidé de créer une constitution locale qui établisse les bases d'une approche participative, en ce que l'assemblée des citoyens avait le contrôle total sur les affaires de la ville. Nous sommes arrivés à avoir cinq musées, trois bibliothèques, deux universités, deux collèges et une station météo. Le projet a été liquidé quand le gouvernement central a unifié les entités locales et les petites municipalités ont disparu.  Maintenant, tous les villages de Naxos fonctionnent sous un seul conseil municipal dominé actuellement par Nouvelle Démocratie.


Le 30 mai 1941, Manolis Glezos monta au sommet de l’Acropole et déroba le drapeau nazi qui flottait sur la ville depuis le 27 avril 1941, date de l’entrée des troupes allemandes dans Athènes. Il avait alors 17 ans. Ce geste fut le premier acte de résistance en Grèce, ce qui lui valut d’être condamnés à mort par contumace par les nazis. Le 24 mars 1942, il fut arrêté par les Allemands et torturé longuement, avant de s’évader en 1944. Le 3 mars 1948, en pleine guerre civile grecque, il fut jugé pour ses convictions politiques et condamné à mort à plusieurs reprises par le gouvernement de droite. Mais ces peines capitales ne furent pas appliquées en raison des réactions à l’étranger et finalement réduites à une condamnation à perpétuité en 1950. Encore en prison, Manolis Glezos fut élu membre au Parlement hellénique en 1951 comme candidat de la Gauche démocratique unie (EDA) ; il fut relâché en 1954. Le 5 décembre 1958, Glezos fut de nouveau arrêté et condamné cette fois pour espionnage, un prétexte courant pour persécuter les militants de gauche pendant la Guerre froide. Au cours de son deuxième emprisonnement pour raisons politiques après la guerre, il fut réélu député d’EDA en 1961, avant d’être relâché en 1962. Lors du coup d’État du 21 avril 1967, Glezos fut arrêté à 2 heures du matin, avec les autres dirigeants politiques grecs. Il fut libéré en 1971. Lors des élections législatives de 1981 et de 1985, il fut élu député sur les listes du PASOK. Au total, pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile grecque et le régime des colonels, Manolis Glezos passa 11 ans et quatre mois en prison et 4 ans et 6 mois en exil. (Note de Tlaxcala)
 

lundi 25 juin 2012

Paraguay : le dessin du jour

Avec le coup d'Etat contre Lugo, le Paraguay redevient ce qu'il n'a jamais cessé d'être: un latifundium


dimanche 24 juin 2012

Paraguay: les mêmes vieilles soupes dans des marmites neuves et...légales


Coup in Paraguay
Osvaldo Gutierrez Gomez, Cuba



Il y aurait beaucoup à dire sur les erreurs, les faux-pas et l'aveuglement de Fernando Lugo, cet archevêque  défroqué devenu président du Paraguay sans jamais avoir goûté à la théologie de la libération. On est donc parfaitement en droit de ne pas aimer l'homme. Mais la question n'est pas là. Lugo était un président démocratiquement élu et il vient d'être renversé par un coup d'Etat légal mené par le Sénat le plus corrompu de l'Amérique latine en attendant que le redoutable Horacio Cartes, un narco-businessman bien vu de Washington, soit "triomphalement" élu d'ici 9 mois. Pour l'instant, c'est la girouette de service, le fat Federico Franco qui joue les intérimaires.
Le Paraguay est décidémment un pays maudit. Sa population a été victime d'un génocide mené par la Triple Alliance (Brésil-Argentine-Uruguay) qui, de 1868 à 1870, extermina 90% de sa population! Puis, au XXème siècle, il a été saigné à blanc par le cauchemardesque vampire bavarois Alfredo Stroessner, qui exerça sa satrapie de 1954 à 1989.
Au XXIème siècle, le Paraguay reste un grand latifundio/ranch colonial aux relents esclavagistes, possédé par une poignée de familles qui contrôlent tout et achètent des fonctionnaires et des élus comme on achète des cigarettes. Il est devenu une terre d'élection pour les prédateurs criminels qui ont nom Monsanto et Cargill et s'y livrent à une orgie d'expérimentations de cultures mutantes sur des terres volées aux communautés paysannes et indiennes. Ces marchands de morts, acoquinés à l'oligarchie locale, ne sont d'ailleurs pas étrangers à la manoeuvre du coup d'Etat "légal". Fernando Lugo, comme Manuel Zelaya au Honduras, n'est pas allé plus loin que ses velléités d'émancipation sociale. Résultat: en ne s'appuyant pas sur un mouvement populaire organisé, il s'est livré aux salopards qui tirent les ficelles. Ceux-ci l'ont donc impudemment déboulonné en invoquant qu'il encourageait à l'horrible "lutte des classes".
Mais le peuple paraguayen n'a pas dit son dernier mot. Rédaction BASTA!
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vendredi 22 juin 2012

"Colombie, à balles réelles": un documentaire inédit de Roméo Langlois روميو لانغلوا: كولومبيا-اعتقال على خط النار

"Syriza doit lancer un audit citoyen de la dette grecque"

Lettre d'Eric Toussaint à Syriza
Syriza, qui est dans l’opposition tout en étant sortie des élections avec un impressionnant soutien populaire, devrait mener une campagne active d’opposition et de propositions dans les mois qui viennent en favorisant les mobilisations populaires et en utilisant le parlement comme un moyen de lutte politique.
De même il est important que Syriza continue à s’adresser à l’opinion publique internationale et renforce les liens avec les mouvements politiques et sociaux qui, en dehors de la Grèce, sont prêts à s’engager activement aux côtés du peuple grec.
Parmi les priorités, Syriza, outre le refus de la poursuite de l’application des mesures antisociales d’austérité et des accords avec la Troïka, devrait prendre l’initiative de lancer un audit de la dette pour déterminer la partie illégitime afin de refuser de la payer si Syriza formait (dirigeait) un gouvernement suite à une nouvelle crise politique.
Syriza doit donc prendre la responsabilité de lancer un audit avec l’appui des mouvements sociaux en Grèce et en cherchant des collaborations et des appuis actifs en dehors de la Grèce. Il faut déterminer le champ de l’audit en donnant la priorité à démontrer l’illégitimité de la dette à l’égard de la Troïka, qui progressivement va représenter une partie de plus en plus importante.
Dans un an ou deux, la dette à l’égard de la Troïka pourrait représenter 3/4 du total de la dette publique grecque.
Si Syriza fait cela, le CADTM soutiendra au maximum cette démarche.

jeudi 21 juin 2012

Affrontements entre ouvriers du textile en grève et policiers au Bangladesh

Des centaines d’usines de vêtements ont cessé toute fabrication depuis le 16 juin au Bangladesh, après plusieurs jours de protestation violente des ouvriers. La police a tiré des gaz lacrymogènes et utilisé des canons à eau pour disperser les employés, qui réclament de meilleurs salaires pour compenser la hausse des prix des produits alimentaires de base. Actuellement, le salaire horaire moyen dans le textile au Bangladesh est de 0,16 €, suite à la grève historique de juin 2010 qui avait conduit à certaines augmentations de salaires (Égypte: 0,24 €, Maroc/Tunisie: 0,83 €, Turquie : 1 €, Chine: 0,15 €...)


Le secteur textile emploie trois millions et demi de personnes, en grande majorité des femmes. Il représente 80 % des exportations annuelles du pays. Les usines de la ceinture industrielle de la capitale Dacca approvisionnent Wal-Mart, Tesco, H&M, Zara, Carrefour, Gap, Marks & Spencer, Levi Strauss, Metro, JCPenny, Khol’s etc.



Révolution par l’aiguille au Bangladesh

Alors que les grandes marques occidentales de vêtements s’approvisionnent dans les usines bangladaises, les ouvriers du textile multiplient grèves et manifestations pour obtenir des salaires décents.
par Yasmina Hamlawi, Le Monde Diplomatique,  avril 2011
Bicyclettes téméraires, camions chargés de ballots à l’équilibre incertain, bus débordant de passagers, motos chevauchées par des familles entières : de jour comme de nuit, la seule route reliant Dacca au nord du pays ne désemplit pas. De part et d’autre de la chaussée cabossée, femmes et jeunes filles longent la nationale 3, leur pas régulier et résigné évoquant une procession religieuse. Les files se brisent pour s’enfoncer dans les terrains vagues au milieu desquels se dressent, telles des fourmilières géantes, les usines de confection.
Chaque matin, trois millions de personnes prennent la route des quatre mille établissements de la ceinture industrielle de la capitale. Plus des trois quarts d’entre elles sont des femmes : piqueuses, tailleuses, couturières, manutentionnaires… D’un faible coût, le travail des ouvrières du Bangladesh aiguise l’appétit des grandes enseignes de la distribution et des marques de textile occidentales. Wal-Mart, H & M, Tommy Hilfiger, GAP, Levi Strauss, Zara, Carrefour, Marks & Spencer… y ont délocalisé leur production ou passent par des intermédiaires.
Caractérisé par un investissement minimal et une main-d’œuvre massive, le secteur du textile constitue l’un des piliers économiques de l’Asie. De nombreux pays de la région amorcent ainsi leur phase d’industrialisation. Le Bangladesh s’est lancé dès la fin des années 1970, avant que l’habillement ne connaisse un boom dans les années 1990. Les premières femmes à répondre à l’appel ont été les épouses divorcées ou répudiées, et les veuves. Leurs enfants sous le bras, elles ont fui la misère des zones rurales pour gagner Dacca. Précarisées et sans revenus, elles n’ont plus peur de la grogne des milieux traditionalistes, qui considèrent cet exode rural au féminin comme dangereux pour les structures d’une société patriarcale et musulmane.
Les autres ont suivi : celles qui rêvaient d’un avenir meilleur, celles qui voulaient échapper aux mariages arrangés ou offrir une éducation à leurs enfants… Les usines de confection ont ainsi participé à la restructuration de la société par l’émancipation des femmes les plus pauvres. Alors que, dans les années 1970, les ouvrières étaient mal considérées, la tendance s’est inversée : désormais, elles dictent leurs conditions pour le mariage et s’offrent leur dot.
La crise économique a frappé de plein fouet nombre de pays exportateurs de textiles d’habillement, mais le Bangladesh a su tirer son épingle du jeu. M. Zillul Hye Razi, conseiller commercial de la délégation de la Commission européenne au Bangladesh, explique que « la réaction de beaucoup d’entreprises a été de s’y implanter, car la main-d’œuvre est l’une des moins chères de la planète »

Troisième fournisseur de l’Europe en vêtements et textiles.

Le Bangladesh est le troisième pays fournisseur de l’Union européenne en textile d’habillement, après la Chine et le Vietnam, et réussit l’exploit de devancer son colossal voisin, l’Inde. Le secteur s’est développé au point de représenter 13 % du produit intérieur brut (PIB) et 80 % des exportations. Une manne pour ce petit pays oublié des dieux : la densité de population la plus élevée au monde, sur un territoire grand comme un confetti (144 000 kilomètres carrés), sans les richesses naturelles de la Birmanie voisine et s’ouvrant sur un golfe du Bengale périodiquement balayé par les cyclones. Les bouleversements environnementaux poussent à l’exode rural et à l’explosion urbaine, avec la paupérisation et l’insécurité que cela entraîne. Cerné par deux géants qui l’écrasent, l’Inde et la Chine, le Bangladesh croit peu en son avenir. Ses politiciens eux-mêmes s’enrichissent autant qu’ils le peuvent avant que le navire ne sombre : Transparency International classe le pays parmi les plus corrompus du monde (1).
L’incurie du gouvernement pèse lourdement sur les Bangladais, dont 40 % vivent sous le seuil de pauvreté — 1,25 dollar par jour —, reléguant le pays à la 146e position sur les 182 classés selon l’indice de développement humain (IDH) (2). Un profond mal-être a gagné l’ensemble de la population. En témoignent les mouvements de protestation qui secouent sporadiquement le pays. Les émeutes de la faim de 2008 restent l’un des plus marquants. Les ouvriers et ouvrières du textile — près de 40 % de la main-d’œuvre industrielle — se révoltent souvent, écœurés par la distorsion entre leurs salaires et les gains empochés par les entrepreneurs regroupés dans l’Association des fabricants et des exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA). Les dernières manifestations, amorcées en mai 2010, ont mobilisé plus de cinquante mille travailleurs. S’étalant sur de longs mois, elles continuent à faire irruption par intermittence. Systématiquement réprimées par les forces armées, elles se sont déjà traduites par des dizaines de morts et des centaines de blessés.
Dès le départ, les travailleurs exigent une augmentation salariale pour obtenir 5 000 takas (51 euros) par mois contre 1 662 takas (17 euros) habituellement payés, afin de compenser l’inflation touchant les denrées de première nécessité. A titre de comparaison, au Vietnam les ouvriers gagnent au minimum 75 euros et en Inde, 112 euros (3). Les manifestants réclament en outre le respect du droit du travail : journée de repos hebdomadaire, congé maternité, juste rémunération des heures effectuées et des heures supplémentaires, respect des droits syndicaux, etc.
Reena est inquiète. Ses mains triturent le tissu coloré de sa khamiz — longue tunique portée avec un salwar, un pantalon bouffant. Elle nous a donné rendez-vous de nuit et tient à garder l’anonymat. Elle raconte : « Je travaille depuis douze ans de 8 heures du matin à minuit. Je gagne 2 600 takas par mois [à peine 27 euros] pour faire vivre mes trois filles, mes beaux-parents et mon mari, qui est sans travail régulier. Je dois verser en plus 50 takas au superviseur pour qu’il me laisse tranquille, car les postes sont très convoités. » Les horaires atteignent quatre-vingts heures par semaine, là où la loi en prévoit quarante-huit avec un jour de congé. Quand, soudain, il faut répondre aux commandes des grandes enseignes étrangères, les employés, penchés sur leurs machines, doivent accomplir jusqu’à dix-sept ou dix-neuf heures d’affilée ; ce temps supplémentaire, trop souvent non indemnisé, ne relève que rarement du volontariat.
Au début, la première ministre, Mme Hasina Wajed, a exprimé devant le Parlement sa compassion pour les travailleurs du textile, s’indignant de leur salaire « insuffisant », voire « inhumain » (4). Mais le ton s’est durci lorsque ces derniers se sont refusés à regagner leurs usines après l’annonce de l’augmentation concédée dans le cadre de l’accord du 29 juillet 2010. A la demande du patronat, elle a envoyé l’armée pour mettre fin « à l’anarchie et aux dégradations ». Les industriels rabâchent leur incapacité à satisfaire les demandes salariales, arguant que le Bangladesh ne peut offrir la même compétitivité que les autres géants du textile — le Vietnam ou la Chine — en raison d’un coût de production plus élevé : défaillances d’approvisionnement en énergie, carences d’infrastructures, notamment de transport… toutes supportées, au final, par le bas de la pyramide : les employés.
Applicable depuis le 1er novembre 2010, l’accord élaboré par un conseil officiellement constitué de représentants des salariés et des employeurs a fait passer le salaire minimum à 3 000 takas mensuels — 30 euros. Une révision pourtant loin de satisfaire les ouvriers, qui, même après cette revalorisation, restent les moins bien payés d’Asie : l’Asia Floor Wage (5) estime à 144 euros mensuels (10 000 takas) le revenu minimum vital, 5 000 takas suffisant à peine pour une personne sans charge familiale. Certains craignent par ailleurs que cette nouvelle législation ne soit pas mieux respectée que les précédentes. La grogne contre les bas salaires persiste et le sang continue à couler dans les faubourgs de Dacca : en décembre 2010, on relevait quatre morts lors de violentes manifestations.

Les ouvriers les plus mal payés
de toute l’Asie

Ni les dirigeants des grèves ni les délégués indépendants n’ont eu leur mot à dire durant les négociations : arrêtés, menacés, ils ont été écartés du dialogue avant qu’un fantoche ne les remplace. Bien que le Bangladesh ait ratifié dès 1967 la convention de 1948 sur « la liberté syndicale et la protection du droit syndical », « très rares sont les organisations de défense des travailleurs qui reçoivent l’accréditation officielle. Celles qui l’obtiennent sont de mèche avec le gouvernement et les employeurs. Quant aux autres, elles vivotent dans l’ombre, sous le terme vague d’ “association de travailleurs”, et subissent un harcèlement permanent. Les travailleurs sont fermement dissuadés de les rejoindre », explique M. Faiezul Hakim, président de la Fédération syndicale du Bangladesh (BTUF). Mme Mishu Moshrefa, présidente du Forum pour l’unité des travailleurs du vêtement (GWUF) et première femme à diriger une organisation de défense des ouvrières du secteur, a été arrêtée en décembre 2010. Sa popularité exaspère le gouvernement, qui l’a déjà fait emprisonner à plusieurs reprises — en l’accusant d’entente avec un ennemi extérieur — et l’empêche de communiquer avec la presse étrangère.
Le Bangladesh vend un milliard de tee-shirts par an aux pays de l’Union européenne et leur exporte 85 % de ses produits textiles. Il a profité du système de préférences généralisées (SPG), qui donne aux pays les moins développés un accès préférentiel unilatéral — sans taxes — au marché communautaire. Pourtant, la délégation européenne, quand on l’interpelle, relativise les mauvaises conditions de travail. « Nous n’exerçons aucune pression formelle, ce serait contre-productif. Nous agissons plutôt par le biais de conseillers », se justifie M. Hye Razi. Il souligne que le secteur « a un impact économique et social énorme sur le pays, sur trois millions de travailleurs, essentiellement des femmes qui sont devenues le soutien de leurs familles restées au village. Si vous appelez l’emploi de main-d’œuvre bon marché de l’exploitation, et que vous voulez changer les choses, il ne faut pas perdre de vue le nombre de personnes qui pourraient en être affectées et perdre leur emploi ».
Les grèves répétées ont fragilisé le secteur au point de terrifier les propriétaires d’usine, car les importateurs n’hésitent pas à relocaliser une commande en cas de contrariété. La pratique du sourcing veut que les commandes soient non pas concentrées dans un seul pays, mais réparties selon les prix et les savoir-faire de plusieurs, évitant ainsi aux grandes enseignes de dépendre d’éventuels aléas de production dans l’un d’entre eux.
Pour apaiser les consommateurs occidentaux, les enseignes les plus en vue ont adopté des codes de bonne conduite. Pour Reena, ce ne sont là que de faux-semblants : « Lorsqu’un acheteur étranger visite l’usine, on doit mentir sur les heures effectuées, et les mineurs sur leur âge. Je suis obligée de signer ma fiche de paie, alors que je n’en reçois qu’une partie. Et dès que les acheteurs ont passé le coin de la rue, on nous arrache les bouteilles d’eau, qui coûtent très cher ici. » Le délégué d’Auchan Textile au Bangladesh s’est dérobé à nos questions ; de son côté, M. Hye Razi concède que « des changements impulsés par des acheteurs donneraient probablement plus d’oxygène aux employeurs et aux ouvriers ».
Surgit également l’incroyable casse-tête des sous-traitances en cascade, qui brouillent les liens entre commanditaires et ouvriers, faisant passer à la trappe l’application des codes de bonne conduite. La sécurité des ouvriers est la première à en pâtir. Chaque année, plusieurs usines sont la proie des flammes ; des drames se jouent dans des bâtiments surpeuplés et délabrés. Le dernier incendie, survenu le 14 décembre 2010 dans une usine des faubourgs de Dacca appartenant au groupe Hameen, qui sous-traite notamment pour Carrefour et H & M, a fait vingt-huit morts. Un accident loin d’être isolé, selon Mme Carole Crabbé, de Campagne Vêtements propres. Les marques, les employeurs et le gouvernement s’en rejettent mutuellement la responsabilité.
Mme Rubayat Jesmin, spécialiste des affaires économiques de la Commission européenne à Dacca, ne mâche pas ses mots : « Tout relève de la responsabilité des propriétaires d’usines, des acheteurs et, au final, des consommateurs. Quand ceux-ci achètent un sweat-shirt qui coûte 6 euros, ils doivent se douter qu’il a été fabriqué par des personnes qui travaillent dans de mauvaises conditions ! »

(1) Selon le dernier classement de l’organisation, en 2010, le Bangladesh arrive en 134e position sur 178 pays.
(2) Classement établi par le Programme des Nations unies pour le développement (chiffres de 2009).
(3) Chiffre de Campagne Vêtements propres, organisation non gouvernementale basée en Belgique.
(4) The Daily Star, Dacca, 28 juillet 2010.
(5) Association régionale réclamant des salaires décents pour les ouvriers du textile.

Rio+20 : Quand l’économie et le capitalisme se peignent en vert


Esther Vivas إستر فيفاس

Le vert fait vendre. De la « révolution verte » en passant par la « technologie verte » et la « croissance verte » aux « pousses vertes », censées nous faire sortir de la crise. Dernière trouvaille en date ; l’« économie verte ». Une économie qui, contrairement à ce que son nom indique, n’a rien de « vert », mis à part la couleur des dollars qu’espèrent gagner ceux-là même qui en font la promotion.
Il faut dire que la nouvelle offensive du capitalisme global, visant à privatiser et à transformer massivement en marchandises les biens communs, trouve dans l’économie verte sa plus haute expression. Dans un contexte de crise économique comme celui d’aujourd’hui, il s’agit précisément d’une des stratégies du capital pour récupérer des taux de profits élevés, en privatisant les écosystèmes et en transformant le « vivant » en marchandise.
 
L’économie verte constituera, justement, le thème central à l’agenda du prochain Sommet des Nations Unies sur le Développement Durable, Rio+20. Il aura lieu du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro, vingt ans après le Sommet de la Terre de l’ONU qui s’était déroulé en 1992 dans cette même ville.
 
Deux décennies plus tard, où en sommes-nous ? Que sont devenus des concepts tel que le «développement durable », qui est accolé à ce sommet ? Où en est la ratification de la Convention sur le Changement Climatique qui avait jeté les bases du Protocole de Kyoto ? Ou encore la Convention sur la Diversité Biologique qui fut élaborée à l’époque ? Ce ne sont plus que des chiffons de papier, ni plus ni moins. La situation aujourd’hui est pire qu’à l’époque.


Un participant au Sommet des Peuples pour la Justice sociale et environnementale en défense des biens communs, qui se tient parallèlement au sommet officiel, Rio de Janeiro, 15 juin 2012. Photo Silvia Izquierdo/AP
 
Au cours de toutes ces années, non seulement on n’est pas parvenus à freiner le changement climatique, la perte de biodiversité, la déforestation, etc., mais ces processus n’ont fait, au contraire, que s’aggraver et s’intensifier. Nous assistons ainsi à une crise écologique sans précédent qui menace l’avenir de l’espèce humaine et de la vie sur cette planète. Une crise qui joue un rôle central dans la crise de civilisation que nous traversons.
 
Cette crise environnementale met en évidence l’incapacité du système capitaliste à nous sortir de l'impasse dans laquelle nous a conduit sa logique de croissance illimitée, de profit à court terme et de consumérisme compulsif. Cette incapacité à offrir une issue réelle, nous avons clairement pu la constater lors des échecs des sommets sur le climat à Copenhague (2009), Cancún (2010), Durban (2011), ou lors du sommet sur la biodiversité à Nagoya au Japon (2010). A chaque occasion ce sont des intérêts politiques et économiques particuliers qui se sont imposés sur les besoins collectifs de l’humanité et sur l’avenir de la planète.
 
Dans ces sommets, on a adopté des fausses solutions face au changement climatique ; des solutions technologiques comme le nucléaire et les agro-carburants, ou encore la capture et le stockage sous terre des émissions de CO2. Autant de mesures destinées à masquer les causes structurelles qui nous ont conduites à la crise écologique actuelle. Ces fausses solutions ne cherchent qu’à faire du profit avec cette crise et elles ne feront rien d’autre que l’aggraver.
 
Les liens étroits entre ceux qui possèdent le pouvoir politique et le pouvoir économique expliquent cette absence de volonté à adopter des réponses efficaces. Les politiques ne sont pas neutres. Une solution réelle implique un changement radical du mode de production, de distribution et de consommation actuel, une confrontation ouverte avec la logique productiviste du capital. Autrement dit : toucher au noyau dur du système capitaliste. Ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique ne sont pas disposés à faire une telle chose car ils ne veulent pas « tuer la poule aux œufs d’or ».
 
Aujourd’hui, vingt ans plus tard, ils veulent nous vendre leur « économie verte » comme une solution à la crise économique et écologique. C’est un autre grand mensonge. L’économie verte ne cherche qu’à faire du profit avec la nature et avec la vie. Il s’agit d’un processus d’appropriation néo-colonial des ressources naturelles – du moins celles qui ne sont pas encore privatisées – afin de les transformer en marchandises que l’on achète et que l’on vend.
 
Ses promoteurs sont, précisément, ceux qui nous ont conduit à la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons : les grandes entreprises multinationales, avec le soutien actif de gouvernements et d’institutions internationales. Ces mêmes compagnies qui monopolisent le marché de l’énergie (Exxon, BP, Chevron, Shell, Total), de l’agro-industrie (Unilever, Cargill, DuPont, Monsanto, Procter&Gamble), des pharmaceutiques (Roche, Merck), de la chimie (Dow, DuPont, BASF), sont les principales à impulser l’économie verte.
 
Nous assistons à une nouvelle attaque contre les biens communs et les perdants seront les 99% de notre planète. Et tout particulièrement les communautés indigènes et paysannes du Sud, celles qui protègent et vivent de ces écosystèmes. Elles seront expropriées et expulsées de leurs territoires au profit des entreprises multinationales qui veulent tirer profit de ces écosystèmes.
 
Le Sommet Rio+20 est destiné à garantir ce que l’on pourrait appeler « une nouvelle gouvernance environnementale internationale », qui consolide la marchandisation de la nature et permette un plus grand contrôle oligopolistique sur les ressources naturelles. En définitive, il s’agit de déblayer le terrain pour les entreprises multinationales afin qu’elles s’approprient les ressources naturelles en légitimant des pratiques de pillage et d’usurpation. La réponse est entre nos mains ; dire « non » et démasquer un capitalisme et une économie qui ne font que se peindre en vert.

mercredi 20 juin 2012

Colombie empalée : féminicide et terrorisme d'État

Le brutal assassinat, avec torture et viol de Rosa Elvira Cely, en plein Parc National de Bogotá, a provoqué une vague justifiée d’indignation à travers  tout le pays. Au cri de « Pas une Rosa de plus! », des milliers de Bogotan@s se sont rassemblé-e-s le 3 juin sur le site du macabre assassinat pour rendre hommage à cette victime et pour protester avec véhémence contre la violence envers les femmes. Lire l'article
"Si tu en touches une, tu nous touches toutes
Aucune agression sans riposte
Ne pas toucher, ne pas violer, ne pas tuer"

mardi 19 juin 2012

Syriza triomphe et… perd les élections. Mais ce n’est peut-être que partie remise…

Traductions disponibles : Español  
Athènes, 19 juin 2012- Il s’en est fallu d’un rien - 2,77% des voix - pour que la Coalition de la Gauche Radicale  (SYRIZA) gagne les élections grecques et parachève triomphalement l’extraordinaire montée en flèche de son score électoral qui est passé de 4,5% à presque 27% en moins de 3 ans ! Cependant, la droite coalisée de Nouvelle Démocratie et ses acolytes de tout bord (les vieux sociaux-libéraux du PASOK et les apprentis sociaux-démocrates de la Gauche Démocratique) ont le droit de pousser un ouf de soulagement : la menace de la formation d’un gouvernement de gauche abolissant les mesures d’austérité vient de s’éloigner, au moins pour l’instant…
Le soulagement est d’ailleurs général parmi ceux d’en haut qui nous gouvernent et nous affament. L’euro s’envole, les marchés respirent, Mme Merkel exulte et l’Internationale dite « socialiste » des Papandreou et Hollande se félicite de la « défaite » de ces empêcheurs de tourner en rond nommés Tsipras & Co. Alors, fin du cauchemar qui a vu les cobayes grecs se révolter et occuper le « laboratoire Grèce » ?  La réponse est un Non catégorique. Le cauchemar est ici pour y rester et tout indique que le nouveau gouvernement grec sera fragile et faible, miné par ses contradictions internes, la crise qu’il ne maitrise pas et, surtout, par la résistance  grandissante du peuple grec…
D’ailleurs, une analyse un peu plus approfondie des résultats électoraux de SYRIZA témoigne des lendemains qui déchantent pour les partisans des plans d’austérité.  SYRIZA prend le large dans les tranches d’âge de 18 a 45 ans et s’assure un vrai triomphe dans  les grands centres urbains comme le grand Athènes, Le Pirée ou Patras où vit et travaille plus de la moitie de la population grecque. En somme, SYRIZA s’assure le soutien de la population active et jeune tandis que les partisans de la Troïka et de l’austérité (La Nouvelle Démocratie et PASOK) survivent grâce à l’appui de la grande majorité des gens âgés (+ 65 ans) et des ruraux. Une réalité sociale politique de très mauvais augure pour la réaction grecque et ses patrons internationaux si on pense que ce sont exactement ces tranches d’âge  et ces populations urbaines qui  traditionnellement font l’histoire des pays du Nord…
 
S’il y a donc une leçon à tirer de ces élections grecques, c’est que SYRIZA domine désormais chez les travailleurs et les chômeurs, dans la jeunesse et les quartiers populaires, les bastions historiques de la gauche communiste, là où le PC (KKE) gardait jusqu'à peu une présence incontestée. Le changement est de taille, il est historique, vu que ce KKE qui dominait SYRIZA jusqu'il y a encore 2-3 mois, est maintenant réduit a une influence électorale marginale (4,5%) après avoir subi une véritable hémorragie de militants et sympathisants au profit de la Coalition de la Gauche Radicale.
A vrai dire, la recomposition de fait du paysage de la gauche  grecque est  presque totale, si on ajoute une autre hémorragie, encore plus grande, celle subie par la coalition des organisations d’extrême-gauche ANTARSYA au profit toujours de SYRIZA. Etant réduite à un éloquent 0,33% des voix, ANTARSYA doit maintenant tout faire pour éviter que sa crise ne conduise à un dramatique gâchis de milliers de militants révolutionnaires au moment où toute la gauche radicale grecque en a le plus besoin…
 
Cependant, il serait totalement faux de croire que SYRIZA aura désormais la vie facile, qu’elle peut se prévaloir de la fidélité permanente de ses 2 millions d’électeurs.  Au moindre faux pas de sa direction, SYRIZA risque de tout perdre en un temps record car l’écrasante majorité de ses électeurs l’a soutenue non pas pour des raisons « idéologiques » mais pour qu’elle donne - et applique - des solutions radicales à ses problèmes vitaux.  C’est pourquoi d’ailleurs, SYRIZA a énormément accéléré sa montée en flèche à partir du moment où elle a mis comme objectif de sa campagne de gagner les élections et de former un gouvernement de gauche qui allait abroger tout de suite les mesures d’austérité.  Et c’est, à l’inverse, pourquoi SYRIZA a perdu, pendant les derniers trois jours de la campagne, son avance - et avec elle les élections -  parce que sa direction a tenté d’amadouer ses adversaires en rendant son programme et son discours moins radical.
 
Attention donc au « faux pas » car les conséquences en seraient maintenant cataclysmiques : ceux qui profiteraient ne seraient pas les ex-grands partis traditionnels, mais les tueurs néonazis « qui sont ici pour y rester ». Pas seulement dans les urnes mais surtout dans les rues où ils multiplient déjà les agressions assassines contre les immigrés et les militants de gauche. Malheureusement, l’impréparation de la gauche grecque devant la peste brune a permis que le serpent néonazi soit désormais bien sorti de son œuf. Il n’est pas encore trop tard pour que cette gauche grecque se décide au plus vite à affronter le monstre naissant rien que pour assurer sa propre autodéfense…
 
Tout cela étant dit, il reste à tirer 2-3 grandes leçons de l’expérience de cette SYRIZA, formée, il y a bientôt 9 ans, de l’alliance ou plutôt du « mariage » d’un parti réformiste de gauche (Synaspismos) avec une douzaine d’organisations et courants d’extrême-gauche. La première leçon est que l’unité est possible. La deuxième que cette unité paye. Et la troisième, que l’unité est possible et payante à condition que ce soit une unité fondée sur la radicalité ! Par les temps qui courent, une expérience comme celle de SYRIZA mérite toute notre attention et – évidemment - notre solidarité internationaliste active. Car en Grèce la victoire de la gauche radicale reste possible, et peut n’être que partie remise…
 
 
Carte électorale du 6 mai (à gauche) et du 17 juin 2012 (Bleu N.D, vert PASOK et rose SYRIZA)
 

vendredi 15 juin 2012

Avant les élections en Grèce: ce que veut Syriza







Alexis Tsipras, par oursoula

Je maintiendrai la Grèce dans la zone euro
par Alexis Tsipras Αλέξης Τσίπρας. Traduit par  Fausto Giudice
Original: I will keep Greece in the eurozone
Traductions disponibles : Español  Português    

Qu'il n'y ait aucun doute, mon mouvement - Syriza - s'est engagé à maintenir la Grèce dans la zone euro.
Le président Barack Obama avait raison quand il a dit vendredi dernier: "Faisons maintenant  tout notre possible pour croître, quitte à verrouiller un plan à long terme pour stabiliser notre dette et nos déficits, et commencer à les faire diminuer d’une manière constante et  sensée." Cela vaut pour mon pays, aussi. La nécessité d'accorder à la Grèce une chance de croissance réelle et de nouvel avenir est maintenant plus largement acceptée que jamais.
Je crois fermement que nous obtiendrons un mandat démocratique clair du peuple de la République hellénique dimanche prochain. Avec ce mandat, nous prendrons des mesures immédiates pour mettre fin aux systèmes politique et réglementaires  grecs, qui sont corrompus et inefficaces et  qui ont ravagé notre économie au cours des dernières décennies. Le peuple de Grèce attend également de nous que nous prenions la responsabilité immédiate d’enrayer la crise humanitaire qui affecte notre pays.
Syriza est aujourd'hui  le seul mouvement politique en Grèce qui peut assurer la stabilité économique, sociale et politique à notre pays. La stabilisation de la Grèce à court terme bénéficiera à la zone euro dans un moment critique de l'évolution de la monnaie unique. Si nous ne changeons pas de voie, l'austérité menace à coup sûr de nous contraindre à sortir de l’euro.
Seule Syriza peut garantir la stabilité grecque, parce que nous ne portons  pas le bagage politique des partis de l'establishment qui ont conduit  la Grèce au bord de la ruine. C'est pour cette raison que les électeurs soutiennent notre engagement à tirer notre pays du gouffre. Nous allons mettre la Grèce sur une nouvelle voie de croissance par un gouvernement transparent. Une Grèce rénovée contribuera à refonder une Europe plus proche, plus unie. Les développements du  week-end  en Espagne confirment que la crise est paneuropéenne et que  la façon dont elle a été traitée jusqu'à présent a été totalement inefficace.
Le peuple de Grèce veut remplacer le vieux Mémorandum  d'entente (signé en mars avec l'UE et le Fonds monétaire international), qui  a échoué, par  un "plan national de reconstruction et de croissance". Cela est nécessaire à la fois pour éviter une crise humanitaire en  Grèce et pour sauver la monnaie commune.
Les problèmes fiscaux systémiques de la Grèce sont, en grande partie, un problème de faibles recettes publiques. Une myriade  d’allégements fiscaux et d’exemptions accordés aux intérêts particuliers par les administrations précédentes, avec un taux d'imposition effectif faible sur les revenus des particuliers  et du  capital, expliquent en grande partie le problème. Tout comme la méthode très inefficace de recouvrement de l'impôt.
Selon Eurostat, la Grèce est en-dessous de la moyenne des recettes publiques en pourcentage du produit intérieur brut de 4 pour cent. Le système politique bipartisan a passé des décennies à ignorer complaisamment le besoin urgent d'une réforme fiscale efficace. Il a concentré ses efforts de recouvrement des impôts sur la seule source fiscale épuisable : les ménages à faibles et moyens revenus.


Tsipras à Berlin, par Kostas Koufougiorgos: "Bonjour, Messieurs ! Je m'appelle Tsipras et je recherche des alliés allemands pour mes idées de réfomes...!"
Conformément à notre plan pour la reconstruction et la croissance, nous nous sommes engagés à suivre un programme de stabilisation fiscale pragmatique et socialement juste. Ce programme s'articule comme suit : stabilisation des dépenses publiques à environ 44 pour cent du PIB et réorientation ces dépenses pour s'assurer qu'elles sont faites à bon escient; augmentation des revenus de la fiscalité directe aux niveaux européens  moyens (plus de 4 pour cent du PIB) sur une période de quatre ans, et réforme du régime fiscal de manière à identifier la richesse et le revenu de tous les citoyens, et à répartir équitablement le fardeau de la fiscalité.
Le manque de transparence financière prévaut, alors même que les banques grecques ont été recapitalisées par des prêts de la troïka (l'UE, le FMI et la Banque centrale européenne). Nous ferons en sorte que les banques viables soient recapitalisées dans la transparence et d'une manière entièrement compatible avec l'intérêt public. C'est la seule façon de s'assurer que le système financier dans son ensemble retourne  à la pleine stabilité.
Arthur Miller a écrit qu "une époque peut être considérée comme finie lorsque ses illusions de base sont épuisées". L'illusion de base d’une bonne gouvernance sous l'ancien régime du système bipartisan a été épuisée. Il est maintenant tout à fait incapable d'assurer le retour de notre pays à la croissance et à la pleine participation à la zone euro. Dimanche prochain nous allons faire entrer la Grèce dans une nouvelle époque de croissance et de prospérité.
Cette nouvelle époque commence lundi prochain.

A gauche toute pour sortir de la crise ! Programme de Syriza pour les élections du 17 juin en Grèce


Voici le résumé en 10 points du programme de la coalition de gauche Syriza pour les élections législatives grecques du 17 juin 2012, traduit par Okeanos
Chambardement en Grèce/Changement en Europe
1. Créer un bouclier pour protéger la société contre la crise
  • Pas un seul citoyen, sans un revenu minimum garanti ou des prestations de chômage, des soins médicaux, une protection sociale, un logement et un accès à tous les services d’utilités publiques;
  • Des mesures de protection et de secours pour les ménages endettés ;
  • Le contrôle et la réduction des prix, la réduction de la TVA, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité.
"Les mémorandums appartiennent au passé
Nous ouvrons la voie de l’espoir
Chambardement en Grèce/Changement en Europe"
2. Éliminer le fardeau de la dette
La dette est d’abord et avant tout un produit des rapports de classe et est dans son essence même inhumaine. Elle est produite par l’évasion fiscale des riches, le pillage des fonds publics et l’achat exorbitant d’armes et d’équipements militaires.
  •     Un moratoire sur le service de la dette  ;
  •     Une négociation pour l’annulation de la dette, avec une provision pour les fonds d’assurance sociale et la protection des petits épargnants. Cela doit être suivi en exploitant tous les moyens disponibles tels qu’un audit de contrôle et la suspension des paiements ;
  •     Le règlement de la dette restante avec des dispositions pour le développement économique et l’emploi ;
  •     Une réglementation européenne de la dette des Etats européens ;
  •     Un changement radical du rôle de la Banque centrale européenne ;
  •     L’interdiction de produits bancaires spéculatifs ;
  •     Une taxe européenne sur l’impôt sur la fortune, les transactions financières et les profits.

3. Redistribution des revenus, fiscalité sur la richesse et abolition des frais inutiles
  •     Réorganisation et consolidation des mécanismes de recouvrement fiscal ;
  •     Imposition des fortunes de plus de 1 millions d’euros et des hauts revenus ;
  •     Augmentation progressive, jusqu’à 45%, de l’impôt sur la redistribution de bénéfices ;
  •     Taxation des transactions financières. Taxe spéciale sur les produits de luxe ;
  •     Suppression des exonérations fiscales des armateurs et de l’Eglise orthodoxe grecque ;
  •     Suppression de la confidentialité des banques et des marchands, traque à  la fraude fiscale et aux cotisations sociales ;
  •     Interdiction des transactions effectuées par le biais de sociétés off-shore ;
  •     Quête de nouvelles ressources via :
    - l’exploitation efficace des fonds européens ;
    - la demande remboursement des créances issus de l’occupation allemande et dee réparations allemandes de la Seconde Guerre mondiale ;
    - une forte réduction des dépenses militaires.
4.  Productivité, reconstruction sociale et environnementale
  •     Nationalisation / socialisation des banques et intégration d celles-ci dans un système bancaire public sous le contrôle du social et des travailleurs dans le but de servir le développement. Le scandale de la recapitalisation des banques doit cesser immédiatement.
  •     Nationalisation de toutes les entreprises publiques, d’importance stratégique, qui ont été privatisées à ce jour. Administration de ces entreprises publiques basée sur la transparence, le contrôle social et de la planification démocratique. Aide pour la fourniture de biens publics.
  •     Protection et la consolidation des PME du secteur social et des coopératives.
  •     Transformation écologique du modèle de développement. Cela inclut une transformation dans les secteurs de la production d’énergie, la fabrication, le tourisme et l’agriculture. Tous ces secteurs doivent être réformées selon les critères de l’abondance alimentaire et de la satisfaction des besoins sociaux.
  •     Développement de la recherche scientifique et de la spécialisation productive.
5. Un emploi stable avec des salaires décents et une assurance sociale
La dégradation constante de la main-d’œuvre, couplée avec des niveaux de salaires embarrassantes n’attire pas les investissements dans le développement ni dans l’emploi.
  •   Un emploi bien payé, bien réglementé et bien assuré ;
  •   Un retour immédiat du salaire minimum et un retour des salaires réels dans les trois ans ;
  •  Un retour immédiat des conventions collectives de travail ;
  •  L’instauration de mécanismes de contrôle puissants qui protègent l’emploi ;
  • La confrontation systématique des relations de déréglementation des licenciements et du travail.
6. Plus de démocratie. Les mêmes droits démocratique et sociaux pour tous
Il y a un déficit démocratique dans le pays. La Grèce s’est progressivement transformée en un Etat policier autoritaire.
  •     Une refondation de la souveraineté populaire et une mise à niveau du pouvoir parlementaire au sein du système politique ;
  •     Une incitation à un système électoral proportionnel ;
  •     La séparation des pouvoirs ;
  •     La révocation de la loi pour la responsabilité ministérielle et l’abolition des privilèges économiques du parlementaire ;
  •     Une réelle décentralisation et un gouvernement local avec des ressources et des compétences élargies ;
  •     L’introduction de la démocratie directe et d’institutions d’auto-gestion sous le contrôle du social et des travailleurs à tous les niveaux ;
  •     Des mesures contre la corruption politique et économique ;
  •     La fondation de droits syndicaux démocratiques, politiques et commerciaux ;
  •     L’amélioration des droits des femmes et  des jeunes dans la famille, au travail et dans l’administration publique ;
  •     L’accélération du processus d’asile ;
  •     L’abolition du règlement de Dublin II et l’octroi de papiers aux immigrants ;
  •     L’inclusion sociale des immigrants et de l’égalité des droits ;
  •     La réforme démocratique de l’administration publique avec la participation active des fonctionnaires ;
  •     La démilitarisation et la démocratisation de la police et des garde-côtes ;
  •     Le démantèlement des forces spéciales.
7. Un État-providence puissant
Les lois anti-assurance ont fait baisser les services sociaux et la chute abrupte des dépenses sociales a rendu la Grèce un pays où règne l’injustice sociale.
  •     Programme immédiat de sauvetage du système de retraite qui comprend le financement tripartite et le retour progressif des portefeuilles des fonds de pension  dans un système public et universel d’assurance sociale ;
  •     Hausse des allocations de chômage jusqu’à ce que le taux de substitution atteigne les 80% du salaire. Aucun chômeur ne doit être laissé sans indemnité de chômage ;
  •     Introduction d’un revenu minimum garanti ;
  •     Système unifié de protection sociale complet couvrant les strates sociales vulnérables.
"Ils ont décidé sans nous
Nous avançons sans eux
Chambardement en Grèce/Changement en Europe"
8.  La santé : un bien public et un droit social
La santé doit être fournie gratuitement et sera financée par un système de santé publique via les mesures  suivantes (immédiates) :
  •     Soutien et mise à niveau des hôpitaux ;
  •     Mise à jour des infrastructures de santé de l’Assurance Sociale (IKA) ;
  •     Développement d’un système intégré de soins de premier niveau médical ;
  •     Arrêt des licenciements ;
  •     Couverture des besoins en traitement médical (personnel et équipements) ;
  •     Accès gratuit et sans coût d’un traitement médical pour tous les résidents dans le pays ;
  •     Traitement pharmaceutiques et examens médicaux gratuits pour les retraités à faible revenu, les chômeurs, les étudiants et ceux qui souffrent de maladies chroniques.
9. Protection de l’éducation, de la recherche publique, de la culture et des sports des politiques du Mémorandum.
  •     Consolidation de l’enseignement universel, public et gratuit ;
  •     Couverture des besoins les plus urgents en infrastructure et en personnel aux trois niveaux ;
  •     Ecole obligatoire jusqu’à 14 ans ;
  •     Révocation de la loi Diamantopoulou (ndlr : Anna Diamantopoulou avait demandé l’abolition de la loi sur  »l’asile académique », qui interdit l’accès des campus à la police. Cette abolition a été votée le 24 août 2011. On reparlait de « junte » à cette époque, puisque cette loi avait été mise en place suite à la révolte des étudiants qui avait été le point de départ de la fin de la junte militaire);
  •     Consolidation de l’autonomie des universités ;
  •     Préservation du caractère académique et public des universités.
10. Politique étrangère indépendante et engagée dans la promotion de la paix.
L’adaptation de la politique étrangère aux exigences des États-Unis et des Etats puissants de l’UE met en danger l’indépendance du pays, la paix et la sécurité.
  •     Une politique étrangère multidimensionnelle et qui prône la paix ;
  •     Le désengagement de l’OTAN et la fermeture des bases militaires étrangères ;
  •     La fin de la coopération militaire avec Israël ;
  •     L’aide aux tentatives des chypriotes de réunifier l’île ;
  •     En outre, sur la base du droit international et sur le principe de résolution pacifique des conflits, poursuite d’une solution aux relations gréco-turques, d’une solution au problème de la dénomination officielle de l’ARYM et de l’identification de la zone économique exclusive de la Grèce

  Spots de campagne
 Premier spot
Transcription (merci à Mehdi Zaaf) :

    Depuis le 24 avril 2010, le jour où ils nous ont amené le FMI, tu te souviens combien de fois ils nous ont effrayé, nous disant que nous allions sortir de l’Euro et que nous allions revenir à la drachme ?

    Que nous n’obtiendrions pas le prochain versement / la prochaine dose ?

    Que l’on faisait faillite et que les mémorandums allaient nous sauver ?

    Tellement de fois que cela ne nous fait même plus peur.

    La force électorale acquise le 7 mai, nous a ouvert une nouvelle voie, loin de la seule véritable terreur qui menace nos vies : leurs politiques et leurs mémorandums.

    Le 17 juin, nous faisons des mémorandums un artefact du passé. Nous ouvrons la voie de l’espoir.

    Syriza, front social unitaire
Deuxième spot
Transcription :

    06/05/2012

    depuis le jour ou nous avons dit NON à leur mémorandum , vous avez vu combien de fois ils ont modifié ce qu’ils disaient avant.

    Avant
    E. Venizelos, le 30/08/2011 : « Nous ne renégocions pas le cadre(…) »
    Après
    E. Venizelos, le 05/05/2012 : « … Le pays va dans la vers la révision des règles malsaines du contrat… »

    Avant
    A. Samaras, le 11/02/2011 : « …De la même manière que nous avons condamné le 1er mémorandum, nous refuserons le mémorandum 2, qui est pire …

    A. Samaras, le jour du vote du 2ème mémorandum, le 12/02/2011, un jour plus tard, au parlement : « A.Samaras a voté oui pour tout »

    Après
    A. Samaras, le 07/05/2012 : « … pour changer la politique du mémorandum à travers des rénégociations… »

    Ils ont changé si souvent que désormais, nous savons le niveau de puissance qu’ont nos droits et nos votes .

    Le 17 juin, nous faisons des mémorandums un artefact du passé. Nous ouvrons la voie de l’espoir.

    Syriza, front social unitaire

samedi 2 juin 2012

L’audit citoyen de la dette au centre des confrontations de classe grecques et internationales

Traductions disponibles : Português  
Intervention au séminaire sur l’audit de la dette qui s’est tenu a Francfort le 18 mai 2012.
  
L’audit citoyen de la dette publique a constitué, pratiquement dès le début de la crise de la dette en Grèce, non seulement un argument du débat politique mais surtout un acteur de l’actualité politique et sociale. Cette particularité grecque est due à deux facteurs : d’abord, au fait que depuis décembre 2010, il y a eu une campagne pour l’audit citoyen de la dette, la première campagne de cet ordre non seulement en Europe mais dans tout l’hémisphère nord de la planète. Ensuite, au fait que cette campagne a rencontré dès ses débuts un net succès populaire, ce qui a eu comme conséquence de rendre la question de l’audit de la dette presque incontournable.
Un événement politique de taille, tout à fait récent, vient de confirmer cette affirmation. Je me réfère à l’inclusion de « la formation d’une Commission Internationale d’audit de la dette » parmi les cinq points programmatiques de base, énoncés par le leader de la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA) Alexis Tsipras au début de sa tentative –avortée- de former un gouvernement de gauche. Ce qui a suivi cette déclaration de Tsipras illustre bien la très importante place qu’occupe la question de l’audit citoyen de la dette dans l’affrontement politique en cours en Grèce. D’abord, Antonis Samaras, président de Nouvelle Démocratie, la droite traditionnelle qui s’alterne au pouvoir avec le Pasok social-démocrate, et ensuite Fotis Kouvelis, président de la Gauche Démocratique, scission de droite de Syriza, ont fait de cette Commission d’audit un véritable Casus Belli contre SYRIZA, la plus « extrémiste » et « folle » de ses propositions, « celle qui conduit la Grèce hors de l’Europe Unie et à la destruction » !!!
Bien que la suite des événements reste imprévisible, une chose est désormais sûre : la question de l’audit indépendant de la dette grecque plane au-dessus des péripéties de la lutte de classe grecque, en traçant une des lignes de démarcation entre ceux qui sont pour et contre les politiques d’austérité, ceux qui sont pour et contre le respect des divers engagements pris envers la Troika et les autres tuteurs de l’État grec. Ce n’est donc pas un hasard si les formations de droite et d’extrême droite qui partagent ce rejet des plans d’austérité (même les néonazis !), se déclarent en faveur de l’audit de la dette, arrivant même à parler de la dette illégitime et odieuse, ou encore à citer longuement le Cadtm et Eric Toussaint !
Cette situation s’explique si on tient compte du fait que, selon une enquête de l’été passé, on calcule à un peu plus de 3 millions (environ 30% de la population grecque) les Grecs qui non seulement se déclarent partisans de l’audit citoyen de la dette publique mais disent partager la « philosophie » et les objectifs de la Campagne pour une Commission d’audit ! Evidemment, ceci n’est pas dû uniquement à l’activité de notre campagne, mais illustre quand même bien son impact auprès de la population. À ce point, je crois pourtant que s’impose la réflexion suivante : bien qu’étant en apparence plutôt ingrate et réservée aux spécialistes (économistes, juristes…), la campagne pour l’audit citoyen de la dette a toujours inspiré de l’enthousiasme et a attiré des foules même beaucoup plus que des campagnes pour des causes qui, à première vue, semblent plus « compréhensibles » et proches des préoccupations des citoyens. Cette constatation on l’a faite d’abord en Grèce, mais ce qui est maintenant en train de se passer dans des pays comme la France ou l’Espagne renforce notre conviction qu’on est ici devant un phénomène général.
L’explication de cette réaction inattendue de vastes secteurs de la population est double : d’abord, il y a la dette elle-même qui constitue « la mère de tous les problèmes » actuels, de l’aveu même tant de « ceux d’en haut » que de « ceux d’en bas ». Par conséquent, tout ce qui a trait à ce problème et à sa solution devrait nécessairement provoquer l’intérêt sinon l’adhésion des gens. Ensuite, il y a la « philosophie », le noyau dur de la dynamique potentielle de l’audit citoyen de la dette publique. En des moments de crise profonde et encore plus quand cette crise oblige de fait, comme actuellement en Grèce, des pans entiers de la société à envisager sérieusement de prendre en mains leur destin afin de… survivre, on assiste au phénomène suivant : la sympathie de masse déjà existante pour l’audit citoyen se transforme en besoin de s’approprier sa « philosophie » profonde en vue de la traduire en actes là ou les citoyens habitent, travaillent, étudient, s’amusent, se soignent, communiquent, se meuvent… en somme, là où ils vivent, respirent et agissent collectivement.
En Grèce, on a assisté à un début de commencement de cette transformation de la sympathie en actes au moment où le mouvement populaire a atteint son paroxysme. C’est-à-dire au sommet du mouvement des Indignés, des Aganaktismeni grecs, en juin 2011. À ce moment, la campagne grecque d’audit de la dette était véritablement assiégée par des milliers de gens mobilisés qui nous demandaient que faire et offraient leurs services pour dévoiler des scandales. C’étaités de citoyens afin d’exercer leur droit de contrôle des activités de « ceux d’en haut » dans les quartiers, les municipalités, les lieux de travail, les écoles et les universités, les hôpitaux, etc, etc.
Malheureusement, cet encouragement n’a a jamais été accordé par la Campagne d’audit, et le résultat fut qu’une grande occasion d’un début exemplaire d’auto-organisation de la population mobilisée a été perdue. Reflux du mouvement aidant, la conséquence pour la campagne d’audit elle-même fut très négative. Privée des bénévoles « anonymes » qui pourraient l’aider à contourner les problèmes qu’elle rencontre (p.ex. ces bénévoles travaillant dans les ministères qui non seulement connaissaient de première main les « affaires » mais pourraient aussi se procurer des documents pour dévoiler les responsabilités), la Campagne grecque d’audit a été contrainte de se replier sur elle-même, sans jamais pouvoir honorer ses promesses initiales.
Pour nous, la leçon à tirer de l’expérience grecque est très claire : si elle veut remplir sa mission libératrice qui consiste à mettre en mouvement la population auto-organisée, la campagne d’audit citoyen de la dette ne peut ni être une affaire d’experts ni se limiter à un contrôle (d’ailleurs pratiquement impossible) au sommet, c’est-à-dire de la dette publique. Elle doit, dès ses débuts, associer à son travail la population en l’encourageant à pratiquer ses propres audits, c’est-à-dire « l’ouverture des livres » là où elle habite et travaille, communique et vit. Sans cet enracinement aux tréfonds de la société, la campagne d’audit est condamnée d’avance à s’arrêter à mi-chemin de son parcours tandis que l’enthousiasme initial sera progressivement remplacé par le découragement.
Exactement parce que partout ailleurs on n’en est pas là, parce que le mouvement des campagnes d’audit est encore en pleine expansion presque partout en Europe, il faut profiter des expériences des autres pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Car, et ne l’oublions pas, ces campagnes représentent aujourd’hui un grand espoir tout en ouvrant le chemin vers ce mouvement européen unitaire et de masse qui seul pourra rendre les travailleurs et les peuples d’Europe capables d’affronter et de vaincre la coalition de leurs adversaires de classe…

Le chapeau de Bolívar, ou les leçons d’économie de Chavez pour l’Europe

Alors que le Venezuela vit la conjonction inédite d’un boom de croissance et d’une baisse de l’inflation, grâce à l’intensification des investissements sociaux, la construction massive de logements, le contrôle des prix en faveur des secteurs populaires; alors que le salaire minimum est le plus élevé du continent, nous publions le point de vue de l’historien Richard Gott, ex-rédacteur en chef du Guardian, auteur entre autres de “In the Shadow of the Liberator: The Impact of Hugo Chávez on Venezuela and Latin America”, Verso, 2001; « Cuba: A New History”, Yale University Press, 2004; et de « Britain’s Empire: Resistance, Repression and Revolt”, Verso, 2011.

Il y a quelques années, alors que je voyageais dans l’avion présidentiel de Hugo Chavez avec un ami français du Monde Diplomatique, on nous demanda notre avis sur la situation en Europe. Un mouvement vers la gauche était-il possible ? Nous répondîmes avec le ton déprimé et pessimiste qui caractérisait les premières années du 21ème siècle. Ni au Royaume-Uni ni en France, ni ailleurs dans l’eurozone, nous ne discernions la possibilité d’une percée politique.
« Dans ce cas, reprit Chávez avec un regard pétillant, nous pourrions peut-être vous venir en aide ». Il nous rappela l’époque de 1830 où les foules révolutionnaires arboraient dans les rues de Paris le chapeau de Simón Bolívar, le libérateur vénézuélien de l’Amérique du Sud qui allait mourir quelques mois plus tard. Le combat pour la liberté, dans le style de l’Amérique Latine, était vu comme le chemin à suivre pour l’Europe.
Paris, 1830. Combat dans la rue de Rohan
Sur le moment, je fus encouragé mais pas convaincu par l’optimisme de Chávez. Ce n’est qu’à présent que je pense qu’il avait raison; il était bon de nous rappeler qu’Alexis Tsipras, le leader du parti de la gauche radicale grecque Syriza, en visite à a Caracas en 2007, avait posé la question de la possibilité de recevoir à l’avenir du pétrole vénézuélien à bas prix, tout comme Cuba et d’autres pays des Caraïbes et d’Amérique Centrale. Il y eut ce bref moment où le maire Ken Livingstone et Chávez manigancèrent un accord pétrolier prometteur entre Londres et Caracas, rompu ensuite par Boris Johnson.
Plus important que la prospection de pétrole bon marché, il y a le pouvoir de l’exemple. Chávez s’est engagé au tournant du siècle, et même auparavant, dans un projet qui rejette les politiques néo-libérales affligeant l’Europe et une grande partie du monde occidental. Il s’est opposé aux recettes de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International et a bataillé avec force contre les politiques de privatisation qui ont abîmé le tissu social et économique de l’Amérique latine et avec lesquelles l’Union Européenne menace à présent de détruire l’économie de la Grèce. Chávez a renationalisé les nombreuses industries, dont celles du gaz et du pétrole, qui avaient été privatisées dans les années 90.
Simon Bolivar, Amérique Latine (1783 - 1830)
de la série Prosopa (Personnes)
de Giannis "Gigas" Thomas et Peggy Kouvari, exécutée en style traditionnel byzantin
2004
Les paroles et l’inspiration de Chávez avaient eu un effet au-delà du Venezuela. Elles ont encouragé l’Argentine à dénoncer sa dette; à réorganiser son économie par la suite et à renationaliser son industrie pétrolière. Chávez a aidé le bolivien Evo Morales à administrer ses industries du gaz et du pétrole en faveur de son pays plutôt que des actionnaires étrangers, et plus récemment à stopper le vol par l’Espagne des profits de sa compagnie de l’électricité. Par-dessus tout il a montré aux pays d’Amérique Latine qu’il existe une alternative au seul message néo-libéral transmis sans fin depuis des décennies par les gouvernements et les médias rivés à une idéologie dépassée.
C’est l’heure où ce message alternatif doit être entendu plus loin encore, doit être écouté par les électeurs d’Europe. En Amérique Latine, les gouvernements qui mettent en oeuvre une stratégie alternative ont été élus et réélus constamment, montrant son caractère efficace et populaire. En Europe, les gouvernements de quelque couleur que ce soit qui appliquent le modèle néo-libéral semblent chuter au premier obstacle, montrant que la volonté du peuple ne suit pas.

Lord Byron (Londres 1788- Messolonghi 1824
Si Chávez et ses coreligionnaires de la nouvelle “Révolution Bolivarienne” ont appelé à un “socialisme du 21ème siècle“, ce n’est ni pour revenir à une économie à la soviétique ni pour continuer l’insipide adaptation social-démocrate du capitalisme, mais comme l’a décrit le président de l’Équateur Rafael Correa, pour rétablir la planification nationale par l’État « en vue du développement de la majorité du peuple “. La Grèce a une occasion merveilleuse de changer l’Histoire de l’Europe et de lancer en l’air ses chapeaux de Bolivar comme le firent les Carbonari italiens à Paris il y a tant d’années. Lord Byron, qui avait l’intention de s’établir dans le Venezuela de Bolivar avant de faire voile pour contribuer à libérer la Grèce, baptisa son bateau « Bolívar »; nul doute que les évènements contemporains lui auraient plu.

Το πρώτο σποτ του ΣΥΡΙΖΑ για τις 17 Ιούνη Le 1er spot électoral de Syriza pour les élections du 17 juin

Το πρώτο επίσημο τηλεοπτικό σποτ του ΣΥΡΙΖΑ είναι εδώ!

Η βασική ιδέα για το σποτ έφτασε μαζί με ένα πραγματικά υψηλού επιπέδου δημιουργικό στην ομάδα επικοινωνίας του ΣΥΡΙΖΑ από μια ομάδα φίλων του ΣΥΡΙΖΑ που αυτοβούλως το έφτιαξαν για βοήθεια.

Μιλήσαμε μαζί τους, συνεννοηθήκαμε, δουλέψαμε στο δημιουργικό, εντάξαμε την ιδέα μέσα στο γενικό concept της καμπάνιας, μας δάνεισε τις φωνές τους η Κάτια Γέρου και ο Αλέξανδρος Μπίστης και ξεκινάμε με το πρώτο τηλεοπτικό μήνυμα του ΣΥΡΙΖΑ Ενωτικό Κοινωνικό Μέτωπο.

Για το δημιουργικό της αφίσας ευχαριστούμε τον φωτογράφο Γιάννη Μπεχράκη και το πρακτορείο Άπειρον όπως και το Αθηναϊκό Πρακτορείο ειδήσεων για την συνεργασία.

Η ομάδα επικοινωνίας του ΣΥΡΙΖΑ

Δημοσίευση: www.left.gr