vendredi 9 novembre 2012

Du Larzac à Notre Dame des Landes : occupons les terres !

Attac France exprime sa solidarité à celles et ceux qui luttent aujourd'hui à Notre-Dame-des-Landes, appelle les citoyen-ne-s à fonder, partout en France, des comités locaux en soutien à la mobilisation contre ce projet d'aéroport, et à un large rassemblement le samedi 17 novembre.


Notre-Dame-des-Landes devient le symbole d’un monde en crise profonde et des résistances qui opposent des alternatives de vie à des projets mortifères. “Tout y est, souligne Geneviève Azam, membre du Conseil scientifique et de la commission écologie&société d'Attac France, accaparement et bétonnage des terres, destruction du bocage, des zones humides et de la biodiversité, le tout orchestré au profit d’une multinationale, Vinci, devenue grand aménageur et assurant la confusion entre intérêts publics et privés”.

Ce projet, conçu y a quarante ans, hors crise énergétique, hors crise climatique, hors crise alimentaire, hors crise financière, hors développement d’autres moyens de transport internes que l’avion, se voulait un projet de désenclavement d’une région, pointe occidentale d'une Europe à six membres.

Contre vents et marées, il s’accélère alors que l’Europe s’est élargie, que la globalisation est en crise et alors que l’avenir est à la relocalisation des activités. Une fois les milliards enfouis, ce projet risque bien de connaître le même sort que le paquebot France mis à l’eau une dizaine d’années auparavant, et qui a fini dépecé et envoyé à la ferraille.

Face à de telles passions destructrices, une résistance locale n’a cessé de dénoncer le projet et de produire une expertise attestant son irrationalité économique, sociale, environnementale. Le conflit prend désormais une dimension nationale et internationale, qu’il faut renforcer autant que nous le pouvons. “C’est pourquoi, le 17 novembre, nous serons présents à Notre-Dame-des-Landes pour la manifestation de réoccupation, décidée après l’expulsion manu militari des occupants de la ZAD [zone d'aménagement différé, rabaptisée zone à défendre] et la destruction des expériences collectives d’occupation des sols” affirme Aurélie Trouvé, co-présidente d'Attac France.

“Nous avons en mémoire le conflit qui a opposé les paysans du Larzac et des citoyens venus du monde entier à l’extension du camp militaire” rappelle Geneviève Azam. Au-delà des différences d’époque et de contexte, ces luttes ont en commun une résistance contre des décisions politico-administratives et une fuite en avant dangereuse : au Larzac contre une militarisation pensée comme au temps de la guerre froide, des guerres coloniales et de l’affrontement des blocs, à Notre Dame des Landes contre un projet démentiel d’aéroport international imaginé à la fin des Trente Glorieuses. Le Larzac est un symbole d’une convergence des luttes, des paysans travailleurs aux ouvriers des Lip, des associations non-violentes et antimilitaristes aux associations kanakes. L’annulation du projet a été obtenue en 1981 après une mobilisation très large, locale, nationale et internationale.

C’est la même ambition que nous avons pour Notre-Dame-des-Landes. C’est pourquoi, Attac appelle à développer, partout où c’est possible, des comités locaux contre cet aéroport. Et nous nous engageons, dans le mouvement altermondialiste, à internationaliser ce conflit qui fait écho à bien d’autres grands projets inutiles et imposés. Dès la fin de cette semaine, à Florence (Italie), lors de la rencontre des mouvements sociaux européens du 8 au 11 novembre, où les forces mobilisées contre ces grands projets inutiles et imposés se rassembleront.

Paris le 6 novembre 2012


mercredi 7 novembre 2012

Les élus d'Euskadi-Nord (Pays Basque français) demandent la libération d'Aurore Martin



Les élus d'Euskadi-Nord (Pays Basque français) demandent la libération d'Aurore Martin
Bake Bidea, le chemin de la paix, lance une pétition pour la libération d'Aurore à partir de cette lettre, signée par les élus.
Élus ou pas élus, nous voulons qu'Aurore revienne. Parce que nous tenons à elle. Et parce que nous réclamons le droit inaliénable à la justice et à la liberté.
Ajoutons notre nom à la liste!

http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2012N31490

 Bayonne, le lundi 5 novembre 2012,

Monsieur le Président de La République française,

               Comme le vous savez, Aurore Martin, militante basque de Batasuna a été remise par la gendarmerie nationale aux mains des autorités judiciaires espagnoles dans le cadre de l’exécution d’un Mandat d’Arrêt Européen (MAE). Elle est aujourd’hui incarcérée à la prison madrilène de Soto del Real.

               L’exécution de ce Mandat d’Arrêt Européen a lieu dans un contexte politique particulier en Pays Basque. En effet, il y a un an, la Conférence de Paix qui s’est déroulée à St Sébastien, au Palais d’Aiete, sous l’égide de Kofi Anann et avec la participation notamment de Jonathan Powell et de Pierre Joxe, a débouché sur l’arrêt définitif des actions armées de l’ETA. Aujourd’hui, nous considérons qu’il existe une opportunité réelle pour qu’un processus de paix puisse se dérouler jusqu’à son terme.

               Cela étant, nous tenons à vous faire part de notre consternation à l’annonce de la remise d’Aurore Martin aux autorités espagnoles ; nous dénonçons la mise en exécution de ce MAE.

               Nous requerrons la libération immédiate d’Aurore Martin, ressortissante française, car les faits visés par l’Espagne ne sont pas répréhensibles en France : appartenance à un parti politique légal en France (Batasuna) et participation à des manifestations publiques.

               Nous vous demandons de prendre en compte les changements intervenus ces derniers mois en Pays Basque, et d’intervenir afin que le gouvernement français réponde de façon positive aux recommandations des experts internationaux réunis l’an dernier à la Conférence de Paix d’Aiete et facilite le déroulement du processus de paix en cours.
               Monsieur le Président, veuillez agréer l’expression de nos sentiments les plus respectueux.
Signataires:

Frédérique Espagnac, Sénateur PS
Jean Jacques Lasserre, Sénateur Modem
Sylviane Alaux, Député des Pyrénées Atlantiques PS
Colette Capdevielle Député des Pyrénées Atlantiques PS
Jean Lassalle, Député des Pyrénées Atlantiques Modem

Mathieu Bergé, Conseiller régional Aquitaine PS
Alice Leyciaguéçahar, Conseiller régional Aquitaine EELV
Marie Christine Aragon Conseiller général des Pyrénées Atlantiques PS
Max Brisson, Conseiller général des Pyrénées Atlantiques UMP/
Adjoint au Maire de Biarritz
Kotte Ecenarro, Vice Président du Conseil général des Pyrénées Atlantiques PS
Alain Iriart, Conseiller général des Pyrénées Atlantiques /Maire de St Pierre d’Irube, Christophe Martin, Conseiller général des Pyrénées Atlantiques PS
Sauveur Bacho, Maire d’Arbérats
Darritchon Léopold, Maire de Labastide Clairence
Florence Gracie, Maire d’Espelette
Pierre Guillemotonia, Maire de Lahonce,
Michel Ernaga, Maire d’Urepel
Marie Josée Espiaube, Maire de Boucau, PCF
Michel Oçafrain, Maire de Banca
Daniel Olçomendy, Maire d’Ostabat
Battitt Sallaberry, Maire d’Hendaye
Peio Setoain, Maire des Aldudes
Jakes Arguindeguy, Adjoint au Maire d’Hasparren
Jean Michel Berra, Adjoint au Maire d’Hendaye
Ttitto Betbeder, Adjoint au Maire de Saint-Martin-d’Arberoue
Martine Bisauta, Ecologiste Adjoint au Maire UMP de Bayonne,
Jean René Etchegaray, Adjoint au Maire de Bayonne
Pierre Favraud, Adjoint au Maire de Boucau, PS
Paul Larroque, Adjoint au Maire de St Pierre d’Irube
Christian Millet Barbé, Adjoint au Maire de Bayonne, représentant de l’UMP
Michel Veunac, Adjoint au Maire de Biarritz Modem
Philippe Aramendy, Conseiller municipal d’Urrugne
Nicolas Blain, Conseiller municipal de Macaye
Kiki Borda, Conseiller municipal d’Arbonne
Santiago Capendeguy, Conseiller municipal d’Ahetze
Yvette Debarbieu, Conseiller municpal Saint Jean de Luz
Dominique Duguet, Conseiller municipal de Ciboure
Panpi Dirassar, Conseiller Municipal d’Espelette
Andde Dubois, Conseiller municipal de Mendionde
Iker Elissalde, Conseiller municipal d’Hendaye
Jean Marc Haritschelhar, Conseiller municipal d’Hasparren
Luxi Oxhandabarats, Conseiller municipal de Gamarthe,
Dominique Mélé, Conseiller municipal d’Urrugne
Marie Ange Thébaud Conseiller municpal de Boucau


mardi 6 novembre 2012

NON AU GAZ DE SCHISTE EN TUNISIE!!..MANIFESTATION DEVANT LE MINISTÈRE DE L'INDUSTRIE

Chers militants et citoyens tunisiens

NOS CRAINTES SE SONT AVÉRÉES JUSTES. ILS L’ONT FAIT !!!!

SHELL a eu le dernier mot au détriment de la santé des Tunisiens et au grand dam de la société civile qui n’a cessée d’attirer l’attention sur les méfaits de l’exploitation du gaz et huile de schiste.
En effet le ministre de l’industrie dans une interview accordée au journal "Le Maghreb" en date du 2 novembre 2012 a affirmé ; je cite: "Les négociations avec la société SHELL sont sur la bonne voie et nous allons lui accorder l’autorisation de l’extraction et l’exploitation du gaz de schiste très prochainement". Cette déclaration irresponsable est de nature à aller à l’encontre des droits fondamentaux des citoyens; car Mr Chakhari semble faire cavalier seul faisant fi de la transparence ainsi que de l’étude d’impact promise publiquement par le ministre de l’environnement.

ET LA RÉVOLUTION DANS TOUT ÇA !!!
DEVRIONS NOUS SUBIR, ÉTERNELLEMENT, DANS NOTRE CHAIR SANS BRONCHER ? SERIONS NOUS CONDAMNER A ÊTRE , PERPÉTUELLEMENT, LE DINDON DE LA FARCE DES POLITIQUES MERCANTILISTES ?!
C’est autant de questions que les citoyens dignes de ce nom devront se poser !!.

Si nous devons accepter le lessivage de notre environnement, de nos contrées, de nos richesses naturelles, de notre santé et de notre développement économique au profit des multinationales étrangères ainsi que de certains "gros bonnets de la politique"; ALORS ILS SERONT MORTS POUR RIEN !!!!!!!

L’HEURE EST GRAVE, notre jeunesse ainsi que les générations futures nous le reprocheront, IL SERA ALORS TROP TARD !!!!! à moins que...... NOUS TOUS, SANS EXCEPTION AUCUNE, NOUS CRIONS D’UNE SEULE ET MEME VOIX :
NON NON ET NON AU GAZ ET A L’HUILE DE SCHISTE !!!!!

AgriEcoForest Tunisie ainsi que toute la société civile vous attendent. Venez nombreux pour faire barrage à cette trahison , à cet odieux projet,
le MERCREDI 7 NOVEMBRE 2012 à 10 H DEVANT LE MINISTERE DE L’INDUSTRIE ET DU COMMERCE
Immeuble Beya, 40 rue 8011, Montplaisir Tunis


CAR IL Y VA DE NOTRE AVENIR A TOUS !!!! 

Signez la PETITION
Interdire l'exploitation du gaz de schiste en Tunisie


Le gaz de schiste par afp

dimanche 4 novembre 2012

Stop à l'exploitation des prisonniers !

ethecon lance une nouvelle campagne
par  ethecon. Traduit par  Michèle Mialane, Tlaxcala
Original: Ausbeutung Strafgefangener stoppen!
Traductions disponibles : English  Español  

S’inspirant des travaux d’Angela Davis, lauréate du prix International Blue Planet Award décerné par ethecon, citoyenne US-américaine et défenseure des droits de l’homme, la Fondation ethecon (Éthique et économie) s’oppose à l’exploitation croissante des détenus. Ce sont surtout les grandes firmes qui profitent aussi bien du travail des détenus que de la privatisation des prisons. Pour le moment, ce phénomène reste essentiellement US-américain. Mais cette soumission des prisons aux lois de l’exploitation et du profit est de plus en plus fréquemment imitée de par le monde. En Allemagne aussi on débat d’ores et déjà d’une « réforme » de l’institution carcérale qui irait dans ce sens.
 
Aux USA de grandes firmes (Microsoft, IBM, Boeing) ont découvert depuis longtemps déjà un moyen bien particulier de maximiser leurs profits. Elles font fabriquer leurs produits à prix de revient minimum dans les établissements pénitentiaires. Les détenus ne perçoivent en général qu’un tout petit salaire, et parfois aucun. En plus, aucun frais annexe (protection sociale, installations de sécurité au travail). Mais en revanche les firmes bénéficient d’avantages fiscaux parce qu’elles donnent du travail aux détenus. Ces activités n’ont en général rien à voir avec une intégration des détenus au marché du travail à leur sortie ; bien au contraire, cette exploitation à l’abri de murs de la prison pousse à la baisse les salaires de tous les travailleurs et détruit massivement des emplois « normaux ».
 
« Cette exploitation sans scrupules de détenus n’est rien d’autre qu’un esclavagisme moderne », a déclaré Axel Köhler-Schnura, le Président d’ethecon. « Les condamnés sont dépouillés de leurs droits fondamentaux et de leur dignité. En prison, le contrôle et la répression s’exercent de manière absolue.» Par exemple, les détenus n’ont pas le droit de se syndiquer en vue d’obtenir des salaires corrects ou de meilleures conditions de travail. De même ils n’ont pas le droit de grève. S’ils refusent de travailler, ils sont soumis aux sanctions prévues par l’établissement où ils se trouvent.
 
Parallèlement les prisons et les prisonniers se transforment eux-mêmes en source de bénéfices et de profits, grâce à la privatisation des établissements pénitentiaires. Des « fournisseurs de prisons », comme la Corrections Corporation of America (CCA) aux USA, perçoivent de l’État une somme d’argent pour chaque détenu. Non contente de maximiser ses profits en surpeuplant les prisons, la CCA s’y emploie en ne fournissant pas de soins de santé aux prisonniers, ce qui a déjà induit des décès. Des cas documentés de défaut de surveillance par les gardiens - qui ne sont pas intervenus lors de disputes entre détenus - ont également fait scandale. Tout cela montre clairement que la privatisation érode le contrôle exercé par les instances publiques.
 
Les détenus sont le groupe de population le plus fortement marginalisé. Loin des yeux du public, leurs conditions de vie et de travail restent très majoritairement ignorées, tant qu’un scandale ne prend pas des proportions telles qu’il devient impossible de le tenir caché. Or la valeur d’une société se mesure à sa capacité de garantir les droits humains même des groupes marginalisés.
 
 Selon Bettina Schneider, directrice d’ethecon, « le plus scandaleux, c’est le lobbying auquel se livre la CCA. » Pour obtenir des lois plus répressives et des peines d’incarcération plus longues, la firme a dépensé, rien qu’entre 2006 et 2008, plus de 2,7 millions de dollars US. En l’occurrence elle ne se soucie nullement de réinsérer les condamnés ni de protéger la société, mais uniquement de garantir et d’accroître ses profits. L’an dernier, le chiffre d’affaires de la CCA s’est élevé à 1,7 milliards de dollars US. Et la tendance est à la hausse. Parallèlement les USA remportent de loin la palme du taux de détenus par habitant.
 
ethecon vous informe sur cette campagne par un tract et fait circuler des pétitions et des protestations en ligne. Ces dernières sont téléchargeables sur le site www.ethecon.org .
 
La fondation ethecon est surtout connue par son « Internationales ethecon Blue » et son « Black Planet Award » qu’elle décerne chaque année à Berlin. Ces dernières années, les récompenses d’ethecon sont allées à Diane Wilson (USA, 2006), Vandana Shiva (Inde, 2007), José Abreu et Hugo Chávez (Venezuela, 2008), Uri Avnery (Israël, 2009), Elias Bierdel (Autriche, 2010) et Angela Davis (USA, 2011). Les « black awards » d’ethecon ont stigmatisé les managers et actionnaires des firmes MONSANTO (USA, 2006), NESTLÉ (Suisse, 2007), Blackwater (Xe) (USA, 2008), Formosa Plastics Group (Taiwan, 2009), BP (Grande-Bretagne, 2010) et Tepco (Japon 2011).
 
Cette année, le Blue Planet distingue l’antimondialiste et auteur suisse Jean Ziegler. Le Black Award va à Ivan Glasenberg, PDG, et à d’autres responsables du groupe de matières premières Glencore. Les deux prix ethecon seront remis au cours d’une cérémonie publique dans le cadre de la réunion annuelle d’ethecon, le samedi 17 novembre sur le Pefferberg à Berlin. Cette festivité débute à 14 heures dans la Grande salle (« blue room »), 176, Schönberger Allee. L’entrée est gratuite, mais en raison de l’affluence il est recommandé de s’inscrire.
 
Le Professeur Ziegler viendra recevoir son prix personnellement. Celui des managers et actionnaires principaux de Glencore leur sera remis plus tard dans le cadre de journées d’action publiques en collaboration avec des mouvements sociaux internationaux.
 
À l’inverse de nombreuses fondations créées par des Églises, des familles, des partis ou des États, ethecon est l’une des rares fondations « issues de la base »; ses 31 membres fondateurs et fondatrices actuels se sentent responsables à l’égard des générations futures; elle a pour devise « Un monde sans exploitation ni oppression ». Cette fondation récente est financée par les membres fondateurs, des dons, et les membres de soutien.
 
Seule l’élaboration et la mise en place de modèles économiques et sociaux respectueux de l’environnement et de la dignité humaine peuvent éviter les catastrophes écologiques et sociales qui nous menacent. ethecon - Stiftung Ethik & Ökonomie travaille dans une perspective à long terme bien au-delà de la relève des générations.
 

Jamais l’apartheid n’a disparu en Afrique du Sud : il a été la matrice d’un ordre mondial fondé sur la violence et l’illusion

par John Pilger, 19/09/2012. Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
L’assassinat de 34 mineurs, la plupart tués d’une balle dans le dos, par la police sud-africaine, a mis fin à l’illusion d’une démocratie post-apartheid. Il éclaire le nouvel apartheid mondial, auquel l’Afrique du Sud sert de modèle aussi bien historique qu’actuel.
 
En 1894, longtemps avant que cet infâme vocable afrikaans ne prédise à la majorité du peuple sud-africain « un développement séparé », un Anglais, Cecil Rhodes, surveillait l’application du Gren Gley Act dans ce qui était alors la colonie du Cap. Cette loi avait pour but de contraindre les agriculteurs noirs à rejoindre l’armée de main d’œuvre à bon marché essentiellement destinée à exploiter les mines d’or et autres minéraux précieux qu’on venait de découvrir. Grâce à ce darwinisme social, la société de Rhodes, la De Beers, acquit rapidement un monopole mondial, enrichissant fabuleusement son propriétaire. Fonctionnant en accord avec le libéralisme britannique et US-américain, celui-ci devint un philanthrope adulé, un mécène de nobles causes .
 
Aujourd’hui encore, les bourses de Rhodes destinées aux étudiants d’Oxford sont très appréciées des élites libérales. Leurs bénéficiaires doivent faire preuve de « force de caractère morale » et montrer « sympathie et soutien aux faibles, abnégation, amabilité et sens de la camaraderie. »L’ex-Président Clinton est l'un d'eux, de même que le général Wesley Clark, qui commanda l’attaque de la Yougoslavie par l’OTAN. Le mur que l’on désigne comme mur de l’apartheid a été érigé pour le profit du petit nombre, avec en tête les membres les plus ambitieux de la bourgeoisie.
 
Ce fut une sorte de tabou durant les années de l’apartheid racial. Les Sud-Africains d’origine britannique pouvaient ainsi se targuer d’une opposition apparente à l’obsession raciste des Boers qui leur permettait de mépriser ces derniers, tout en leur servant de façade pour maintenir un système inhumain de privilèges fondés sur la race, mais plus encore sur la classe.
 
Les nouvelles élites noires sud-africaines, dont le nombre et l’influence avaient crû  sans cesse durant les dernières années de l’apartheid, ont bien compris le rôle qu’elles allaient jouer après la « libération ». Leur « mission historique », comme l'écrivait Frantz Fanon dans son classique prophétique, Les damnés de la terre , n’est pas « une vocation à transformer la nation, mais prosaïquement de servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd’hui du masque néocolonialiste» (texte des Éditions Maspéro, 1968, p.98)
 
Voilà qui allait comme un gant aux figures dominantes de l’ANC (African National Congress), telles Cyril Ramaphosa, le patron du syndicat « National Union of Mineworkers» et maintenant entrepreneur et multimillionnaire, qui a négocié personnellement le « deal » de partage des pouvoirs avec le régime de F. W. Klerk, et Nelson Mandela lui-même, qui a accepté ce « compromis historique » impliquant que la majorité attendrait longtemps l’égalité en droits et les pauvres d’être délivrés de l’indigence. Ce fut manifeste dès 1985: un groupe d’industriels sud-africains, sous la conduite de Gavin Reilly, Président de l’Anglo-American Mining Company, rencontra en Zambie des personnalités de premier plan de l’ANC. Les deux parties se mirent d’accord pour remplacer l’apartheid racial par un apartheid économique, connu sous le nom de « liberté du marché ».
 
Par la suite, des rencontres secrètes eurent lieu dans une superbe demeure anglaise, la Mells Park House, où un futur Président d’Afrique du Sud but du whisky pur malt en compagnie de chefs d’entreprises qui avaient soutenu l’apartheid. C’est le géant britannique Consolidated Goldfields qui fournit le lieu de rencontre et le whisky. Le but était de couper les « modérés » - comme Mbeki et Mandela - des masses de plus en plus révolutionnaires des townships, où l’atmosphère rappelait les émeutes qui avaient suivi les massacres de Sharpeville en 1960 et Soweto en 1976 - sans l’aide de l’ANC.
 
En 1990, dès que Mandela fut libéré, la«  promesse infrangible » de nationaliser les monopoles ne se fit plus guère entendre. À New York, au cours de sa tournée triomphale aux USA, Mandela déclara : « L’ANC réintroduira le marché en Afrique du Sud. » Lorsqu’en 1997 - il était alors Président - je lui rappelai  cette promesse au cours d’une interview, il me fut clairement répondu : « La politique de l’ANC, c’est la privatisation.»
 
Bercés par le doux jargon de l’entreprise, les gouvernements de Mandela et Mbeki empruntèrent leurs mots d’ordre au FMI et à la Banque mondiale. Tandis que le fossé entre la majorité vivant sans eau courante sous des toitures de zinc et la nouvelle élite aisée dans ses propriétés gardiennées se creusait jusqu’à devenir un abîme, Washington félicitait le Premier ministre Trevor Manuel pour ses « succès macro-économiques ». En 2001 Georges Soros remarquait que l’Afrique du Sud avait été livrée « aux mains du capital international ».
 
Peu avant le massacre des mineurs, qui travaillent pour un salaire de misère dans une mine de platine dangereuse appartenant aux Anglais, l’érosion de l’indépendance économique de l’Afrique du Sud avait été clairement démontrée par la décision du Président Jacob Zuma de stopper l’importation du pétrole iranien, soit 42%, sous la pression de Washington. Le pétrole a déjà subi une forte hausse et le peuple s’est encore appauvri.
 
Cet apartheid économique est maintenant imité dans le monde entier, puisque les pays pauvres se plient aux exigences des « intérêts » occidentaux au lieu d’obéir aux leurs. L’arrivée du concurrent chinois pour l’acquisition des ressources africaines, bien qu’il s’abstienne des menaces militaires et économiques dont sont coutumiers les USA, a fourni un nouveau prétexte pour accroître l’expansion militaire US-américaine et envisager une nouvelle guerre mondiale, ainsi que le prouve le budget militaire et d’armement d’Obama: avec ses 737,5 milliards de dollars, c'est  le plus élevé de tous les temps. Le premier Président afro-américain au pays de l’esclavage préside à une économie de guerre permanente, à un chômage de masse et à l’abandon des droits civiques: un système qui n’a rien contre les Noirs et les basanés, tant qu’ils sont au service de la bonne classe sociale. Mais ceux qui ne se soumettent pas ont toutes les chances de finir sous les verrous.
 
Voilà la voie sud-africaine et américaine qu’incarne Obama, le fils de l’Afrique. L’hystérie des libéraux, exposant que le candidat républicain Mitt Romney est plus extrémiste qu’Obama, n’est rien d’autre que l’éternel choix du « moindre mal » et ne change rien au problème. Ironie de l’histoire, l’élection de Romney à la Maison Blanche réveillera sans doute aux USA une contestation massive que le seul succès d’Obama était d’avoir fait taire.
 
Bien qu’on ne puisse comparer Mandela et Obama - l’un étant une icône de la solidité personnelle et du courage, l’autre un artefact pseudo-politique - l’un comme l’autre ont créé l’illusion qu’ils allaient faire naître un monde nouveau où règnerait la justice sociale, et qui constitue un élément de la vaste illusion, selon laquelle tout effort humain doit être marchandisable, et qui confond médias avec information et conquête militaire avec buts humanitaires. Ce n’est qu’en abandonnant ces fantasmes que nous pourrons vaincre l’apartheid dans le monde entier.
 
 

samedi 3 novembre 2012

Petite leçon de basque

Engunsentia : aube, aurore. Iraultza: révolution. Iraultzaren: de la révolution (génitif)
Iraultzaren egunsentia: aurore de la révolution

vendredi 2 novembre 2012

Tapis rouge pour un criminel de guerre

Tapis rouge pour un criminel de guerre

Par ISM-France, 1-11-2012


François Hollande a donc reçu le premier ministre de l'Etat sioniste mercredi 31 octobre à l'Elysée. Lors de la conférence de presse qui a suivi leur rencontre, les deux dirigeants ont fait assaut d'amabilités, exprimant leurs convergences de vues, entre autres sur l'Iran. Un Iran doté de l'arme nucléaire "est une menace qui ne peut pas être acceptée par la France", a déclaré F. Hollande. "Nous avons fait voter plusieurs sanctions et nous sommes prêts à en faire voter d'autres, autant qu'il sera nécessaire. Nous voulons avoir des actes et des gestes concrets" apportant "la preuve qu'il y abandon de cette recherche" d'une arme nucléaire, a-t-il ajouté. Faut-il rappeler à F. Hollande que la véritable menace, c'est l'arme nucléaire que détient l'Etat sioniste belliqueux, qui contrairement à l'Iran, refuse toute inspection de ses installations par l'AIEA et n'a pas signé le Traité sur la non-prolifération des armes atomiques ?
En prévision des prochaines élections législatives que l'Etat sioniste organisera le 22 janvier 2012, Netanyahu est venu sans vergogne faire son cirque sur la reprise du "processus de paix" et des négociations avec les Palestiniens, insistant sur sa détermination de les ouvrir "sans conditions", accusant ainsi implicitement les Palestiniens d'être les empêcheurs de faire la paix puisque le président de l'Autorité palestinienne Abbas refuse, depuis 2010, de les reprendre tant que l'expansion de la colonisation en Cisjordanie occupée ne sera pas gelée.
"Je n'ai aucune condition (...). Si vous voulez tester cela, le président Hollande peut inviter le président (de l'Autorité palestinienne Mahmoud) Abbas à l'Elysée, je le rencontrerai là,", a dit B. Netanyahu lors du point de presse.
"Voilà une belle proposition,", s'est empressé de répondre F. Hollande. Faut-il lui rappeler la colonisation acharnée de la terre palestinienne et les centaines de colonies illégales en pleine expansion qui hébergent plus de 500.000 envahisseurs proliférant et prospérant sur les terres volées aux Palestiniens indigènes ? Faut-il lui rappeler que les Palestiniens vivent quotidiennement sous le joug d'une occupation militaire impitoyable ? Faut-il lui rappeler qu'il ne pourra pas y avoir de "processus de paix" tant que justice ne sera pas rendue aux Palestiniens ?

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B. Netanyahu et F. Hollande, lors d'un point presse commun, le 31 octobre 2012 (CHAMUSSY/SIPA)
Toujours en symbiose touchante avec le criminel sioniste qui, il y a à peine deux semaines, autorisait une énième attaque de la Bande de Gaza qui a fait 15 martyrs et des dizaines de blessés, et qui en aurait fait sûrement beaucoup plus sans la riposte courageuse de la résistance palestinienne, Hollande a apporté son soutien à Netanyahu en conseillant aux Palestiniens de ne pas "aller chercher à l'ONU ce qu'ils ne peuvent pas obtenir par la négociation", faisant référence à la requête de l'autorité palestinienne d'un statut d'Etat non-membre à l'Assemblée générale des Nations-Unies, qui lui permettrait d'engager des procédures contre l'entité sioniste à la Cour pénale internationale, par exemple. Faut-il lui rappeler qu'un peuple occupé n'a pas à négocier avec son occupant, mais à s'en débarrasser par tous les moyens à sa disposition jusqu'à reconquérir son droit à l'auto-détermination et à vivre, dignement et librement, sur sa propre terre ?
Aujourd'hui à Toulouse, F. Hollande accompagne B. Netanyahu à une cérémonie d'hommage aux victimes juives de Mohammed Merah. Faut-il lui rappeler qu'en mars dernier, à Toulouse et à Montauban, ce ne sont pas uniquement un enseignant et trois enfants franco-israéliens qui ont été tués, mais aussi Imad Ibn-Ziaten, Abel Chennouf et Mohamed Legouad (photos ci-dessous), tous trois français d'origine maghrébine ?

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Que Netanyahu ne veuille se recueillir que devant des victimes juives, soit. Qu'attendre de plus du dirigeant d'une petite entité coloniale qui s'acharne depuis plus de 60 ans au nettoyage ethnique d'un peuple indigène ? Mais que le Président français se prête à une instrumentalisation islamophobe téléguidée par un chef d'Etat étranger, c'est inacceptable. Et c'est un signe de plus qu'une partie de la gauche française reste gangrénée par l'idéologie colonialiste.
Les militants pro-palestiniens ont réagi dignement devant ces parades écœurantes. Des centaines de manifestants se sont rassemblées à Paris, Toulouse et Montauban, pour protester contre la visite du chef de l'entité raciste, génocidaire et illégitime et lui crier haut et fort qu'il n'est pas le bienvenu.

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Paris, Place de l'Opéra, mercredi 31 octobre
A Paris, les manifestants brandissant des drapeaux palestiniens ont scandé : "Netanyahu casse-toi, la Palestine n'est pas à toi", "Nous sommes tous des Palestiniens" et exigé la fin du blocus de Gaza et de la colonisation.
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A Toulouse, Place du Capitole
A Toulouse et à Montpellier, c'est aux cris de "Etat d'Israël Etat criminel, Hollande complice", "Sionistes racistes, c'est vous les terroristes" ou "Il doit finir le temps des colonies, Israël hors de Palestine" que les manifestants ont protesté contre la politique de l'Etat d'apartheid
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Place de la Comédie, à Montpellier

jeudi 1 novembre 2012

La militante basque Aurore Martin a été remise aux autorités espagnoles

Arrêtée ce jeudi après-midi, la militante du mouvement Batasuna a été remise à 20 h 45 aux autorités espagnoles

Aurore Martin

Aurore Martin a été  remise aux autorités espagnoles, a-t-on appris à 20h45 de source gendarmerie. La jeune femme est désormais en Espagne.
Membre de Batasuna, Aurore Martin a été interpellée ce jeudi à Mauléon en exécution d'un mandat d'arrêt européen émis par l'Espagne.
Cette arrestation intervient plus d'un an après une première tentative avortée à Bayonne.

La militante membre de Batasuna mouvement radical basque interdit en Espagne mais autorisé en France, avait épuisé tous les recours légaux (ici la Cour européenne des droits de l'homme ) contre le mandat de Madrid. Elle avait été interpellée sans difficulté vers 16H00 par des gendarmes, à l'occasion d'un contrôle routier fortuit.

À lire aussi
La militante basque française Aurore Martin interpellée à Mauléon (64)
Le recours d'Aurore Martin rejeté par la Cour européenne des droits de l'homme
Ils se mobilisent pour Aurore Martin

La lumière d’Aurore, une jeune femme qui a décidé de ne pas se soumettre - Michel Porcheron
Aurore Martin, jeune et jolie Basque de 31 ans, de la région de Saint-Jean Pied de Port, aurait pu avoir une vie comme beaucoup de ceux et celles de sa génération et du Pays Basque Nord. Sans grands espoirs particuliers en vue. ...

Le groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse  condamne fermement l’arrestation d’Aurore Martin, ainsi que sa remise aux  autorités judiciaires espagnoles.
En juin 2011, Corsica Libera avait   participé au mouvement de soutien en faveur de la jeune militante. L’essentiel  du paysage politique basque, de l’UMP au Parti Socialiste, avait alors fustigé  le recours au Mandat d’Arrêt Européen dans une affaire relevant typiquement du  délit d’opinion.
Rappelons qu’il est simplement reproché à Aurore Martin une  participation à des activités publiques de Batasuna, parti qui n’a jamais été  considéré comme illégal en droit français.
L’attitude des autorités  parisiennes est contraire à la fois au droit et à la raison. Elles se  déshonorent totalement aux yeux de la communauté internationale.
Corsica  Libera réaffirme sa fraternelle solidarité à Aurore Martin, à ses proches, ainsi  qu’à sa formation politique.
Pour le groupe Corsica Libera,
Jean-Guy  Talamoni 

Début de polémique après l'arrestation de la militante basque Aurore Martin

 
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Aurore petite colombe rebelle
Ta fuite s’est brutalement arrêtée
Les traitres au pouvoir
dans la gueule du loup
t’ont jetée.
Symbole de la liberté et de la justice
Tu résistais bec et ongles
Telle une combattante de l’ombre.
Ton combat à présent commence
Et le nôtre à travers toi continue.
Ta prison est notre prison
La solidarité sortira des tombes
Et comme une gerbe jaillira
De toutes ses forces fécondes
Elle t’éclaboussera de ses actions
De ses pensées de son amitié,
te réchauffera le cœur en tes jours
de liberté privée.
Aurore petite sœur de malheur
Mon aigle messager est sur le qui-vive
Il est déjà près de toi avec
ses forces vives
Résiste ! Aie confiance !
Nos soutiens en lui te confirment
Notre présence
Sois forte petite Aurore
Ton combat est digne
Justice et vérité en seront les insignes
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Carole Radureau ( 02/11/2012)

 


Le référendum islandais et les silences médiatiques

par  Mauro Santayana , 22-10-201. Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: O referendum islandês e os silêncios da mídia
Traductions disponibles : English 
 


Les grands médias passent sous silence le processus de changement en cours à Reykjavik, en Islande

Les citoyens de l’Islande ont approuvé le samedi 20 octobre par référendum, à près de 70 %, une nouvelle Constitution, rédigée par 25 délégués, presque tous de simples citoyens désignés par un vote direct de la population, qui instaure notamment la nationalisation des richesses naturelles. L’Islande fait partie des énigmes de l’histoire. Située dans une zone baignée par le courant du Gulfstream qui parcourt l’Atlantique Nord, l’île, d’une superficie de 103.000 km², n’est habitée que dans sa partie littorale. L’intérieur, au relief accidenté comptant 200 volcans en activité, est aussi hostile qu’inhospitalier. Mais il s’agit d’une des plus anciennes démocraties au monde, dotée d’un parlement (Althingi) qui siège depuis plus de mille ans. Même sous tutelle de la Norvège et du Danemark jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Islandais ont toujours réussi à préserver une significative autonomie pour ce qui relève de leurs affaires internes.

En 2003, sous la pression néolibérale, l’Islande a privatisé son système bancaire, jusque-là public. Suivant leurs intérêts, les grandes banques usaméricaines et anglaises, déjà engagées sur le marché secondaire dans la spirale des subprimes, ont transformé Reykjavik en grande plate-forme financière internationale et en une des plus grandes victimes du néolibéralisme. Avec juste 320.000 habitants, l’île est devenue un paradis fiscal pratique pour les grandes banques.

Des groupes comme Lehman Brothers se servaient du crédit international du pays dans le but d’attirer des investissements européens, essentiellement britanniques. Cet argent était alors injecté dans le tourbillon financier dirigé par les banques usaméricaines. La faillite de Lehman Brothers a mis l’Islande en première ligne car elle a du, de ce fait, assumer une dette dix fois supérieure à son Produit Intérieur Brut. Le gouvernement s’est vu dans l’obligation de renationaliser ses trois banques, dont les dirigeants ont été renvoyés devant les tribunaux et certains condamnés à des peines de prison.

Afin d’assurer le remboursement de cette dette colossale, le gouvernement a décidé que chaque Islandais, quel que soit son âge, devrait payer 130 euros chaque mois pendant 15 ans. Le peuple a exigé la tenue d’un référendum sur ce point et, par 93 % des suffrages, a refusé de payer une dette dont la responsabilité incombait au système financier international, à partir de Wall Street et de la City de Londres. La dette extérieure du pays, forgée par l’irresponsabilité des banques associées aux plus grandes institutions financières mondiales, a conduit la nation à la cessation de paiement et plongé les Islandais dans le désespoir. La crise a pris une dimension politique avec la volonté du peuple de tout changer. Une assemblée populaire, formée spontanément, a décidé d’élire une assemblée constituante composée de 25 citoyens, sans étiquette politique de parti, afin de rédiger la nouvelle Constitution du pays. Pour pouvoir se déclarer candidat à cette assemblée, le soutien de 30 personnes suffisait. Il y a eu près de 500 candidats. Les élus ont consulté la population qui pouvait, via internet, formuler des propositions et observations sur le texte. Le gouvernement a pris acte de cette initiative et officialisé le travail de cette assemblée en soumettant le document final à l’approbation par le référendum qui s’est tenu le 20 octobre.

En étant approuvé par plus de deux tiers des votants, le texte constitutionnel doit ensuite être ratifié par le Parlement. Bien que l’Islande soit un petit pays, éloigné tant de l’Europe que de l’Amérique, avec une économie dépendante de marchés extérieurs, (elle exporte du poisson, surtout de la morue), son exemple pourrait inspirer d’autres peuples, asphyxiés par l’irrationalité de la dictature financière.

Pendant ces quelques années, où les Islandais ont résisté à la pression des grandes banques internationales, les grands média internationaux ont passé sous un silence convenu le processus en cours à Reykjavik. Voilà la meilleure preuve que les Islandais sont peut-être en train d’ouvrir une voie vers une pacifique révolution mondiale des peuples.