vendredi 7 janvier 2011

Intifada tunisienne : 19ème jour-Dernières nouvelles du Zabastan : 4 blogueurs et un rappeur arrêtés

Plus de 5 000 personnes ont participé mercredi après-midi  à l’enterrement de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. La police a empêché le cortège funèbre de défiler devant le siège de la wilaya, où Mohamed s’était immolé. Voici les dernières nouvelles du Zabastan.
Grèves et manifestations
La grève générale de la très grande majorité des  5000 avocats du pays, jeudi 6 janvier, contre la répression de la manifestation du 31 décembre en solidarité  avec la population de Sidi Bouzid a été un succès.  Seuls quelques avocats benalistes l’ont dénoncée comme « politique »…
A Sidi Bouzid, la plupart des lycées et collèges sont en grève. La grève générale des salariés, prévue le 12 janvier, est préparée activement.
A Jbeniana, près de Sfax et à Tala (ouest), la police a dispersé des manifestations de lycéens et d'autres jeunes. Des arrestations musclées ont été signalées dans les deux localités dès mercredi soir. Les affrontements à Jbenania ont commencé le 31 décembre, avec le cycle habituel manifestations-répression-arrestations-tortues-protestations.

Suicides
A Regueb, près de Sfax, un jeune a menacé de se donner la mort par électrocution pour dénoncer la corruption et l'inégalité face à l'emploi.
Un autre jeune s'est immolé à Metlaoui, dans la zone minière de Gafsa..
Mohamed Slimane, 52 ans, un ouvrier du bâtiment, père de deux diplômés chômeurs, a été retrouvé pendu à Chebba, sur le littoral-est. Il était malade et désespéré de recevoir une aide pour se soigner et nourrir sa famille.
À Sidi Bouzid, l'électricité a été coupée dans un quartier après qu'une femme et ses trois enfants sont montés sur  un pylône à haute tension, menaçant de se suicider si les autorités ne faisaient rien pour les aider à sortir de leur situation économique précaire.

Arrestations et censure

Les deux blogueurs tunisois Slim Amamou et Azyz Amamy ont été arrêtés jeudi à Tunis.

Slim est l’un des blogueurs tunisiens les plus connus. Il a dénoncé l’année dernière une opération de phishing des comptes mails des internautes tunisiens. Il a également été parmi les initiateurs de l’opération “Nhar 3la 3ammar” et l’un des organisateurs de la manifestation contre la censure le 22 mai 2010 à Tunis.
La veille de cette manifestation, il a été arrêté avec son cosignataire Yassine Ayari et détenu pendant plus de 12h à la fin desquelles il a été obligé de d’enregistrer une vidéo appelant à l’annulation de la manifestation.


Azyz Amamy, 27 ans, a suivi de près la révolte de Sidi Bouzid, dont il est originaire,  sur son site http://azyz404.blogspot.com, actuellement inaccessible.

 







Le blogueur et militant Hamadi Kaloutcha (http://www.facebook.com/Kaloutcha.Hamadi) a été arrêté à son domicile aux alentours de 6 heures du matin par quatre ou cinq policiers en civil. Un ordinateur portable et une unité centrale ont également été saisis. Les policiers ont déclaré à son épouse qu’ils l’emmenaient au commissariat le plus proche, qu’ils avaient “seulement quelques questions à lui poser” et que “cela ne prendrait que quelques heures”. On est toujours sans nouvelles de lui.

À Bizerte, c'est Sleh Edine Kchouk, militant de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET),et blogueur qui a été arrêté. La police a saisi son ordinateur.
Il semble que ces arrestations soient liées à l’attaque lancée par le groupe Anonymous contre des sites web du gouvernement tunisien (lire ici) 
 
Isabelle Mandraud, journaliste du service international du quotidien Le Monde, spécialiste du Maghreb, s’est vue refuser l’entrée sur le territoire tunisien le 6 janvier 2011. Le quotidien est interdit de distribution en Tunisie depuis l’expulsion de son envoyée spéciale Florence Beaugé en octobre 2009.

 


Le rappeur El General, de son vrai nom Hamada Ben Aoun, de Sfax, 22 ans, a été arrêté hier 6 janvier à son domicile. Son site http://elgeneral74.weebly.com/  n’est plus accessible. En revanche, sa page sur Facebook l’est toujours : https://login.facebook.com/general.offciel . Elle a plus de 15 000 fans.

Écoutez son dernier morceau تونس بلادنا Touns bledna Tunisie notre pays:

 

jeudi 6 janvier 2011

Brecht : Si les requins étaient des hommes/Wenn die Haifische Menschen wären

Bertolt Brecht (1898-1956)
Geschichten des Herrn Keuner, in Kalendergeschichten 1948


Wenn die Haifische Menschen wären "Wenn die Haifische Menschen wären, fragte Herrn K. die kleine Tochter seiner Wirtin, "wären sie dann netter zu den kleinen Fischen?"
"Sicher", sagte er. "Wenn die Haifische Menschen wären, würden sie im Meer für die kleinen Fische gewaltige Kästen bauen lassen, mit allerhand Nahrung drin, sowohl Pflanzen als auch Tierzeug. Sie würden dafür sorgen, dass die Kästen immer frisches Wasser hätten, und sie würden überhaupt allerhand sanitärische Maßnahmen treffen, wenn z.B. ein Fischlein sich die Flosse verletzten würde, dann würde ihm sogleich ein Verband gemacht, damit es den Haifischen nicht wegstürbe vor der Zeit.
Damit die Fischlein nicht trübsinnig würde, gäbe es ab und zu große Wasserfeste; denn lustige Fischlein schmecken besser als trübsinnige.
Es gäbe natürlich auch Schulen in den großen Kästen. In diesen Schulen würden die Fischlein lernen, wie man in den Rachen der Haifische schwimmt. Sie würden z.B. Geographie brauchen, damit sie die großen Haifische, die faul irgendwo rumliegen, finden könnten. Die Hauptsache wäre natürlich die moralische Ausbildung der Fischlein. Sie würden unterrichtet werden, dass es das Größte und Schönste sei, wenn ein Fischlein sich freiwillig aufopfert, und sie alle an die Haifische glauben müßten, vor allem, wenn sie sagten, sie würden für eine schöne Zukunft sorgen. Man würde den Fischlein beibringen, dass diese Zukunft nur gesichert sei, wenn sie Gehorsam lernten. Vor allen niedrigen, materialistischen, egoistischen und marxistischen Neigungen müßten sich die Fischlein hüten, und es sofort melden, wenn eines von ihnen solche Neigungen verriete.
Wenn die Haifische Menschen wären, würden sie natürlich auch untereinander Kriege führen, um fremde Fischkästen und fremde Fischlein zu erobern. Die Kriege würden sie von ihren eigenen Fischlein führen lassen. Sie würden die Fischlein lehren, dass zwischen ihnen und den Fischlein der anderen Haifische ein riesiger Unterschied bestehe. Die Fischlein, würden sie verkünden, sich bekanntlich stumm, aber sie schweigen in ganz verschiedenen Sprachen und könnten einander daher unmöglich verstehen.Jedem Fischlein, das im Krieg ein paar andere Fischlein, feindliche, in anderer Sprache schweigende Fischlein, tötete, würde sie Orden aus Seetang anheften und den Titel Held verleihen.
Wenn die Haifische Menschen wären, gäbe es bei ihnen natürlich auch eine Kunst. Es gäbe schöne Bilder, auf denen die Zähne der Haifische in prächtigen Farben, ihre Rachen als reine Lustgärten, in denen es sich prächtig tummeln läßt, dargestellt wären.
Die Theater auf dem Meeresgrund würden zeigen, wie heldenmütige Fischlein begeistert in die Haifischrachen schwimmen, und die Musik wäre so schön, dass die Fischlein unter ihren Klängen, die Kapelle voran, träumerisch, und in der allerangenehmste Gedanken eingelullt, in die Haifischrachen strömten.
Auch eine Religion gäbe es ja, wenn die Haifische Menschen wären. Sie würde lehren, dass die Fischlein erst im Bauche der Haifische richtig zu leben begännen.
Übrigens würde es auch aufhören, dass alle Fischlein, wie es jetzt ist, gleich sind. Einige von ihnen würden Ämter bekommen und über die anderen gesetzt werden. Die ein wenig größeren dürften sogar die kleineren fressen. Dies wäre für die Haifische nur angenehm, da sie dann selber öfter größere Brocken zu fressen bekämen. Und die größeren, Posten innehabenden Fischlein würden für die Ordnung unter denn Fischlein sorgen, Lehrer, Offiziere, Ingenieure im Kastenbau werden.
Kurz, es gäbe erst eine Kultur im Meer, wenn die Haifische Menschen wären." 

Si les requins étaient des hommes
Si les requins étaient des hommes, demanda à Monsieur K... la petite fille de son hôtesse, est-ce qu'ils seraient plus gentils avec les petits poissons ?
Bien sûr, répondit-il, si les requins étaient des hommes, ils feraient construire dans la mer pour les petits poissons d'énormes boîtes remplies de toutes sortes de nourriture, des plantes et de la viande. Ils veilleraient à ce que les boites aient toujours de l'eau fraîche et ils prendraient toutes sortes de mesures d'hygiène. Si par exemple un petit poisson se blessait à la nageoire, on lui ferait tout de suite un pansement, pour qu'il ne meure pas prématurément. Pour que les petits poissons ne deviennent pas moroses, il y aurait de temps en temps des fêtes nautiques fastueuses, car les petits poissons lorsqu'ils sont de bonne humeur, ont meilleur goût que lorsqu'ils sont moroses.
Naturellement, il y aurait aussi des écoles dans ces grandes boîtes. Dans ces écoles, les petits poissons apprendraient comment s'y prendre pour entrer dans la gueule des requins. Ils auraient besoin, par exemple, de savoir de la géographie pour pouvoir trouver les requins qui paressent ça et là. Mais l'essentiel serait bien évidemment l'éducation morale des petits poissons. On leur apprendrait que ce qu'il y a de plus grand et de plus beau, c'est qu'un petit poisson sache se sacrifier avec le sourire et de croire les requins, surtout lorsque ceux-ci affirment qu'ils vous préparent des lendemains qui chantent. On apprendrait aux petits poissons que ces lendemains qui chantent ne sont possibles qu'à la condition qu'ils apprennent à obéir. Il faudrait aussi que les petits poissons se gardent de toutes tendances matérialistes, égoïstes et marxistes et qu'ils informent les requins sur-le-champ si l'un d'entre eux semblait céder à ces penchants.
Si les requins étaient des hommes, ils feraient naturellement la guerre entre eux pour conquérir des boîtes à poissons étrangères et des petits poissons étrangers. Ils feraient la guerre par petits poissons interposés. Ils apprendraient aux petits poissons qu'entre eux et les petits poissons d'autres requins il y a une différence. Comme chacun sait, diraient-ils, les petits poissons sont muets mais ils se taisent dans des langues tout à fait différentes et c'est pourquoi il leur est impossible de se comprendre. Ils accrocheraient une médaille sur la nageoire de tout petits poissons qui pendant la guerre tueraient quelques autres petits poissons, des petits poissons ennemis, des petits poissons qui se taisent dans une langue étrangère et ils leur donneraient le titre de héros.
Naturellement, si les requins étaient des hommes, ils pratiqueraient les arts. Il y aurait de beaux tableaux représentant dans des couleurs magnifiques des dents de requins, leurs gueules seraient représentées comme d'admirables jardins dans lesquels il fait bon s'ébattre. Au fond de la mer, les théâtres montreraient d'héroïques petits poissons entrant avec enthousiasme dans la gueule des requins, et la petite musique serait si belle que, bercés par ses accents, les petits poissons, musique en tête, plongés dans les rêves et les pensées les plus suaves, se précipiteraient dans la gueule des requins.
Bien sûr, on pratiquerait une religion, si les requins étaient des hommes. Ils enseigneraient que la vraie vie pour les petits poissons ne commence que dans le ventre des requins. D'ailleurs, si les requins étaient des hommes, l'égalité qui règne présentement chez les petits poissons cesserait. Certains d'entre eux recevraient une fonction et seraient placés au-dessus des autres. Ceux qui sont un peu plus gros auraient même le droit de manger les plus petits. Les requins n'y verraient que des avantages car ainsi ils pourraient manger de temps en temps des morceaux plus gros. Et les poissons plus gros, ceux qui auraient des fonctions, veilleraient à ce que l'ordre règne parmi les petits poissons, en devenant enseignants, officiers, ingénieurs. En un mot, la civilisation dans la mer ne serait possible que si les requins étaient des hommes.



Côte d'Ivoire : "Vos peuples sont en danger. Ne vous trompez pas de guerre !" Appel à la CEDEAO

La situation insolite et inédite de deux « Présidents » et deux « gouvernements » à la tête de la même Côte-d’Ivoire est certainement déconcertante. Mais bien plus préoccupante est la conformité de vues entre les dirigeants des pays membres de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le reste de la « communauté internationale » sur les sanctions à infliger au Président Laurent Gbagbo, dont le recours à la force, s’il refuse de céder le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara.
La CEDEAO mettra-t-elle cette dernière menace à exécution en assumant ainsi, de manière ouverte, le rôle de bras armé de l’impérialisme collectif qui se cache derrière l’appellation pompeuse et trompeuse de « communauté internationale » ?
La paix en Côte d’Ivoire et en Afrique, d’une manière générale, est au prix de la lucidité, de la solidarité et du courage politique dont nos dirigeants feront preuve dans un monde globalisé injuste et violent.
Nous tenons à rappeler aux chefs d’État africains qu’ils se trompent d’ennemi et de guerre pour les raisons suivantes, valables pour la quasi totalité de nos pays :
1 – L’échec notoire du système électoral prôné
Il y a dix ans, dans la Déclaration de Bamako sur la Démocratie, les Droits et les Libertés en date du 03 novembre 2000, les Ministres et les Chefs de délégation des États et gouvernements ayant le français en partage relevaient, en plus des « acquis indéniables », des insuffisances et des échecs qui ont pris aujourd’hui des proportions alarmantes. Ils ont pour noms : « récurrence des conflits, interruption de processus démocratiques, génocide et massacres, violations graves des droits de l’Homme, persistance de comportements freinant le développement d’une culture démocratique, manque d’indépendance de certaines institutions et contraintes de nature économique, financière et sociale, suscitant la désaffection du citoyen à l’égard du fait démocratique ».
Y a-t-il lieu d’envisager une intervention militaire en Côte d’Ivoire, au nom d’un système électoral si défaillant ?
2 – Les pièges du système néolibéral
Ce système électoral inadapté et cruellement dépendant de l’«expertise» et de financements extérieurs est au service d’un modèle économique particulièrement désastreux en Afrique. Il rime avec pillage des richesses du continent, chômage endémique, pauvreté, injustices, corruption et violences. Les taux de croissance salués par la « communauté internationale » n’ont pas d’incidence sur la situation de l’immense majorité des Africains.
Alors au nom de quel projet de société, la CEDEAO devrait-elle s’engager dans une intervention militaire en Côte d’Ivoire ?
3 – Des « démocraties » minoritaires
L’enthousiasme et les espérances que les premières élections suscitèrent ne sont plus au rendez-vous comme l’attestent les taux de participation aux élections présidentielles généralement inférieurs à 50%, sauf dans les pays en crise (Guinée, Côte d’Ivoire par exemple) où les populations caressent l’illusion d’instaurer la paix par le vote.
Au lieu du rôle de gendarme que la « communauté internationale » lui confie au risque de la discréditer, la CEDEAO ne devrait-elle pas chercher d’abord à conférer à la démocratie un sens qui réconcilie les Africains avec la politique ?
4 – Des graves régressions politiques
L’État postcolonial qui se voulait souverain est devenu l’État sous-tutelle des institutions de Bretton Woods, chargé de libéraliser, de privatiser et de gérer ensuite les conséquences sociales dramatiques de cette politique. L’impopularité des gouvernants démocratiquement élus tient en grande partie aux réformes contraignantes et souvent erronées du FMI et de la Banque mondiale qui dégagent leur responsabilité en cas de soulèvement des populations.
Faut-il que la CEDEAO, au nom d’une démocratie que les argentiers foulent au pied, ajoute davantage à l’injustice et à la souffrance du peuple ivoirien ?
5 – Dépolitisation, personnalisation et ethnicisation
Pour ou contre Untel ou Untel sont les termes de la démocratie au rabais qui est servie aux peuples mineurs que nous sommes dans l’imaginaire de l’Occident. Et, malheureusement, ça marche.
Rares sont les acteurs politiques qui se donnent la peine de familiariser l’électorat avec les enjeux économiques, pétroliers, miniers, géopolitiques et militaires qui engagent le destin de notre continent.
Qu’y a-t-il d’étonnant si à partir de ce moment les électeurs se saisissent de repères tels que l’ethnie et la religion ?
6 – L’imposture de la « communauté internationale»
On n’aura jamais autant entendu parler de la « communauté internationale » en Afrique que ces dernières semaines. Alors, le citoyen ordinaire se demande : « Qui est-elle ? »
Elle est une dangereuse construction de l’après guerre froide. Elle se pose en garant du droit international, mais ses exigences varient selon les lieux et les circonstances. Ses membres sont, entre autres…
  • le Conseil de Sécurité, une institution non démocratique dont les résolutions sont ignorées par l’État d’Israël, protégé par les Etats-Unis,
  • les États-Unis d’Amérique, qui ont envahi l’Irak au nom d’armes de destruction massive qui n’existaient pas,
  • l’Union Européenne (UE), dont les desseins sont clairs à travers les Accords de Partenariat Economique (APE) qu’elle tient à imposer aux pays ACP,
  • la France, dont les forfaits sont brillamment illustrés par le documentaire de Patrick Benquet : La Françafrique,
  • le FMI et la Banque mondiale, qui dans un monde autre que celui-ci devraient être traduits devant la justice internationale pour crime contre l’Afrique.
Quant à l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO, leur fonctionnement est à l’image des États qui les composent : frileuses, financièrement dépendantes, elles sont plus à l’écoute des grandes puissances et des institutions de Bretton Woods que de leurs peuples, de plus en plus désemparés et en danger.
Aux conséquences incommensurables des sanctions économiques, faut-il ajouter celles désastreuses de la violence militaire en Côte d’ Ivoire?
7 – L’instrumentalisation de la souffrance et du désarroi des Africains
Les électeurs et les électrices ivoiriens et africains sont, en somme, des victimes collatérales de la guerre économique qui fait rage à l’échelle de la planète. La pauvreté que le modèle économique dominant leur impose et leur souffrance sont instrumentalisés dans le cadre d’élections dites « transparentes », « régulières » et « démocratiques » qui, comme nous l’avons déjà souligné, ne répondent en rien à leur quête légitime de dignité.
8 – L’opacité des enjeux
Personne ne peut croire un seul instant que l’auteur du discours de Dakar sur l’homme africain et père de l’immigration choisie se soucie des droits des Africains et de la démocratie en Afrique. L’ancienne puissance coloniale a surtout besoin de préserver ses intérêts en Côte d’Ivoire qui, aujourd’hui comme au lendemain des indépendances, lui sert de point d’ancrage ainsi que de tremplin dans la sous région.
Quant aux États Unis d’Amérique, une partie de la réponse à leur demande – considérable – en pétrole se trouve dans le Golfe de Guinée.
Y a-t-il un lien quelconque entre ces desseins et la démocratie que les peuples d’Afrique appellent de tous leurs vœux ?
9 – La crise systémique du capitalisme
Les dirigeants africains sont victimes du discours mensonger du « win-win » qui prétend que tout le monde peut gagner dans la mondialisation néolibérale, dont la faillite est désormais évidente. Aussi s’efforcent-ils d’entrer dans le moule préfabriqué de la « croissance accélérée », de la « bonne gouvernance », de la « démocratie », etc.
L’histoire qui est train d’être écrite à coup de larmes et de sang en Côte d’Ivoire n’est pas qu’une crise politique et institutionnelle grave, dont l’issue dépendrait des seuls acteurs ivoiriens. Elle est l’une de ces guerres de « basse intensité » que l’ordre cynique du monde impose aux peuples dominés, tout en ne jurant que par la « démocratie », les « droits de l’homme » et les « libertés ».
10 –  La crise de leadership mondial et la question de l’éthique
Face à la crise structurelle et systémique du capitalisme mondialisé, il n’y a pas d’homme providentiel en Côte-d’Ivoire, ni même aux États-Unis où l’élection de Barack Obama a pu faire croire le contraire. Le Président américain et son homologue français, Nicolas Sarkozy, qui visiblement n’ont que des certitudes quand il s’agit de la démocratie en Afrique, sont confrontés aux pires difficultés dans leurs propres pays, du fait de la nature inique de ce système économique dans lequel les africains sont embarqués à leur insu. La dé-protection de nos économies, la concurrence déloyale et surtout la mise en échec délibéré de l’État au nom de la croissance et de la compétitivité sont autant d’options qui n’ont rien d’éthique.
L’ordre actuel du monde n’a pas besoin d’Alassane Dramane Ouattara et encore moins de Laurent Gbagbo, mais des richesses et de la position géostratégique de la Côte-d’Ivoire en Afrique de l’Ouest.
Espérons que cette réalité cruelle, qui n’est un secret pour personne, contribuera à dépassionner le débat et à inciter les protagonistes de la crise ivoirienne, et de manière générale les décideurs politiques africains, à plus de lucidité et de maturité politique.
Déclaration
Face à cette offensive sans précédent de la « communauté internationale » contre un État souverain au nom de la démocratie et face à l’instrumentalisation de la CEDEAO,
Nous exprimons :
  • Notre solidarité avec le peuple frère et meurtri de Côte d’Ivoire qui est le véritable perdant de la « démocratie » formelle, dictatoriale et belliqueuse que les puissances occidentales imposent aux autres à coups de chantage au financement et de corruption.
  • Notre profond désaccord avec l’usage de la force contre un État souverain au mépris des vies humaines, de la cohésion sociale et la paix, déjà malmenées.
  • Notre conviction que la « communauté internationale » n’est qu’une coalition de puissances et d’intérêts qui fait la loi à travers le Conseil de Sécurité, les institutions financières et autres instances.
  • Notre désapprobation de l’alignement de l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO sur des positions compromettantes et dangereuses.
  • Notre indignation face à l’ingérence arrogante et décomplexée des Nations Unies, qui outrepassent leur rôle en Côte d’Ivoire, et face aux pressions et aux sanctions, dont celles scandaleuses du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale, qui oublient qu’ils ont une part considérable de responsabilité dans la situation dramatique de l’Afrique.
  • Notre consternation face à la violation des droits politiques des Africains, qui devraient être les seuls juges de l’état de leurs pays et de la conduite de leurs dirigeants, et face à l’infantilisation de l’électorat africain par un système qui érige le vote en une fin en soi.
  • Notre révolte face aux supercheries des puissants de ce monde, notamment la France et les États-Unis, qui inversent les rôles en Côte d’Ivoire en s’érigeant en sauveurs des peuples et faiseurs de paix, alors qu’ils sont fauteurs de guerre. L’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, pour ne citer que les faits plus récents, sont devenus de véritables bourbiers attestant que la démocratie ne s’exporte pas.
  • Notre dépit vis à vis de la Cour Pénale Internationale (CPI) qui ignore que les victimes des massacres pré et post électoraux sont d’abord des hommes et des femmes que le système, dont elle est l’une des armes, affame, exclut et tue à petit feu par millions.
  • Notre conviction que la réforme en profondeur du système des Nations Unies, que les mouvements sociaux appellent de leurs vœux, s’impose non pas seulement en termes de représentation du continent, mais d’éthique.
  • Notre conviction que la situation dramatique en Côte d’Ivoire justifie l’évaluation dans les meilleurs délais des pratiques démocratiques en Afrique.
  • Notre détermination à éveiller les consciences, notamment celles des femmes et des jeunes, de telle sorte que le vote influe sur les politiques économiques qui sont à l’origine du chômage, de la faim et de l’exil.
  • Notre volonté de faire du Forum Social Mondial (FSM) de Dakar (du 6 au 11 février 2011) le lieu par excellence de la confrontation des idées sur les alternatives au capitalisme mondialisé et destructeur.
Personne ne doit mourir en Côte d’Ivoire, ni ailleurs en Afrique, au nom d’une démocratie décrédibilisée et dévoyée parce que conçue, financée et évaluée de l’extérieur par des puissances d’argent en quête de dirigeants « sûrs ».
Alors, trêve d’ingérence, d’arrogance et d’humiliation ! Chaque peuple s’indigne, résiste et se libère en se référant à son histoire et son propre vécu des injustices et d’asservissement.

Puissent les souffrances infligées aux peuples d’Afrique servir de levain pour l’émergence de valeurs, de structures et d’institutions démocratiques, pacifiques et humanistes ici et de par le monde.

Premiers signataires
  • Aminata Dramane TRAORE (Forum pour un Autre Mali)
  • Demba Moussa DEMBELE (Forum Africain des Alternatives)
  • Samir AMIN (Forum du Tiers-Monde)
  • Pr Jean Bosco KONARE (Enseignant)
  • Ray LEMA (Artiste musicien)
  • Cati BENAÏNOUS
  • Ismaël DIABATE (Artiste peintre)
  • Bernard FOUNOU (Forum du Tiers-monde)
  • Nathalie M’Dela MOUNIER ( Ecrivain)
  • Antonia REIS (Interprète)
  • Clariste SOH-MOUBE (Centre Amadou Hampâté Bâ)
  • Mohamed EL BECHIR BEN ABDALLAH (Président de la Coordination des Partants Volontaires à la Retraite- CPVR)
  • Borry KANTE (au nom de toute la CPVR – 5666 adhérents)
  • Taoufik BEN ABDALLAH (Enda Tiers-Monde)
  • Patrick Anges GOGOGNON (Étudiant, candidat à la Maitrise en bioéthique, Université de Montréal)
  • Hamidou MAGASSA (CERNES)
  • Abdoulaye NIANG, Ph.D (President & Founder  The Niang Abdoulaye Foundation)
  • Karine BALLON ( Documentaliste)
  • Kakadou N’DIAYE (Universitaire)
  • Joel MARSEILLE (Enseignant)
  • Mme Chantal CAMPOS (Marchand d’Art)
  • Pierre LERAY(Éducateur retraité)
  • Mme Annouk LE FLOCH (Bibliothécaire)
  • Jacques ROCHARD (Enseignant retraité)
  • Mme Madeleine ROCHARD (Enseignante retraitée)
  • Mme Albertine COURTIADE (Professeur retraitée)
  • Latévi Georges LAWSON-BODY (Enseignant chercheur)
  • Tcherno Hamadou BOULAMA ( Journaliste)
  • Jean Prosper BOULADA (Traducteur-Interprète)
  • Me Abdoulaye SANGARE (Avocat)
  • Claire MALBOS (Artiste)
  • Boubacar COULIBALY (FORAM)
  • Ousmane AMION GUINDO (Ingénieur d’agriculture)
  • Mme Edwige KOUASSI
  • Narcisse ZAHIBO (Enseignant-chercheur)
  • Christian BENATREAU (chargé de mission)
  • Benoni Benjamin ECKONGO (Ingénieur en radioélectricité)
  • Bernard MASSART (Professeur)
  • Jean Pierre LECOMTE
  • Emmanuel Isidore BOCCO (Enseignant)
  • Dr Nathalie CALLEDE
  • Bruno ELLA-ONDO (Géopolitologue)
  • Kokouvi Edem N’TSOUKPOE (Doctorant)
  • Jacqueline PIRROTINA
  • Brou Narcisse GODRIN-KOUADIO (Ingénieur Télécoms)
  • Cloclo RENOU
  • Mme Nora PETTEX (Traductrice)
  • Orphé ADOM (Manager)
  • Stephane MALBOS (Navigant retraité)
  • Mme Lydie ROY (Référente famille)
  • Olivier VILAIN (Journaliste)
  • Mouloud MAHROUG (EDF)
  • Hervé BORDERAN (Informaticien)
  • Faustin ZE ONDO (Cadre)
  • René BEAUCHAMP
  • André LENDOYE
  • Sette DIOP (Chercheur)
  • Hervé AYRAULT (Artiste)
  • Pr. Mbuyi KABUNDA(Directeur de l´Observatoire d´Études sur les Réalités Sociales Africaines AM/FCM Madrid)
  • Edwige HAUBEKY
  • Désiré Roch BIY-NZE (Ingénieur en informatique)
  • Fausto GIUDICE (Traducteur)
  • G. TENE-SOP (Ecologue)

Après les Tunisiens, les Algériens s'y mettent! Mais que font donc les Marocains ?

Versailles, 14 juillet 1789
 Louis XVI  : "Mais, c'est une révolte ?"
Le Duc de Liancourt : "Non Sire, c'est une révolution !"
Carthage-Club des Pins, janvier 2011
Boutef-Zaba : "Mais, ce sont des émeutes ?"
Ben Liankour : "Non, Ya Si Raïs,, c'est une insurrection, une intifada (dépoussiérage)!"

L'Algérie entre à son tour dans un nouveau cycle de révoltes, évidemment qualifiées par l'ensemble des médias de la planète, selon un usage qui relève de la paresse intellectuelle dominante, d'"émeutes". Qui dit émeute, dit feu de paille vite et bien écrasé. Mais cette fois-ci, les régimes de Tunis et Alger ne pourront peut-être pas écraser la révolte aussi facilement.
Basta!

Ras-le-bol, émeutes, désespoir : L'Algérie de Bouteflika, douze années au pouvoir pour en arriver là...
par Farid Alilat, Dernières Nouvelles d'Algérie, 6/1/2011

Alger, Ouargla, Djelfa, Bejaïa, Boumerdes, Oran, Sétif…Il ne se passe pas un jour, mais pas un jour, sans que l’on signale des émeutes qui éclatent aux quatre coins d’Algérie. Crise de logement, mal-vie, hausse des produits de consommations, chômage, routes défectueuses, gouvernants démissionnaires, injustice, les raisons de ces poussées de colères violentes sont tellement nombreuses qu’il serait fastidieux de les énumérer. Si ces émeutes sont l'expression d'une large frustration et d'un ras-le-bol, elles ne sont pas moins l'échec cuisant du pouvoir incarné par le président Bouteflika depuis 12 ans.

Au moment ou l’État étale les chiffres d’une santé financière insolente, presque grossière, des Algériens sortent dans les rues pour crier leur ras-le-bol. Au moment les réserves de changes du pays ont atteint la somme de 155 milliards de dollars, oui 155 milliards, des Algériens défient l’État pour le rappeler à ses devoirs, pour signifier à ses représentants qu’ils ont failli à leurs promesses.
Ils le défient parce qu’ils manquent de logements, qu’ils souffrent du chômage, qu’ils n’ont pas accès aux soins adéquats dans les hôpitaux, que leurs salaires ne sont pas suffisants pour garantir leur subsistance, que leurs enfants se rendent à l’école à pied faute de moyens de transport, que leurs gosse fuient l’Algérie à bord de bateaux-cercueil, qu’ils ne peuvent pas supporter de voir une minorité s’enrichir quand eux trainent le diable par la queue, parce qu’ils n’ont plus confiance en leurs maires, leurs chefs de daïras, leurs juges, leurs walis, leurs députés, leurs ministres, leurs président…
Dans cette Algérie qui possède 155 milliards de dollars de réserves de changes, dans cette Algérie qui a engrangé plus de 600 milliards de dollars depuis 2000, dans cette Algérie qui a dépensé plus de 200 milliards de dollars depuis 1999 et qui compte encore dépenser 285 autres milliards à l’horizon 2014, il existe manifestement une ligne distincte qui sépare deux communautés : celle des privilégiés et celle des démunis. L’Algérie d’en haut et celle d’en bas.
D’un côté, ceux qui profitent de la rente pétrolière, de l’autre ceux qui n’en ont pas droit. On a beau retourner la question d’un sens comme dans un autre, on ne peut pas comprendre que des villes s’embrasent, que des Algériens réclament violemment des conditions de vie décentes alors même que leurs pays est immensément riche. Plus riche qu’il n’a jamais été depuis son accession à l’indépendance en juillet 1962. Plus riche que la Tunisie et le Maroc réunis.
Songez qu’en 2011, une femme de la cité des Palmiers, un quartier d’Alger situé à un battement d’aile d’oiseau du siège de la présidence de la république, affirme que « l’indépendance n’est pas encore arrivée » dans son quartier parce qu’elle vit avec son mari et ses 7 enfants dans un réduit de 15 mètres carrés et que sa cuisine donne directement sur des égouts et un tas d’immondices !
Songez que dans l’Algérie d’aujourd’hui, des centaines d’Algériens s’aventurent sur des rafiots, au péril de leurs vies, pour rejoindre la méditerranée simplement parce qu’ils ont désespéré de vivre chez eux et qu’ils cherchent un pays de rechange !
Songez que dans l’Algérie d’aujourd’hui des gosses à peine sortis de la puberté roulent dans des voitures qui coûtent 6 millions de dinars (80 000 euros), s’achètent des villas à 400 millions de dinars (5 millions de dollars) alors d’autres quittent l’école à l’âge de 12 ans pour aller vendre des galettes de pain sur la route, pour garder des troupeaux de chèvres et de moutons ou pour ramasser des tas de ferrailles pour la revente parce que leurs parents n’ont pas assez d’argent pour nourrir cinq, six, sept bouches.
Si ces émeutes sont la manifestation d’un ras-le-bol général, elles ne constituent pas moins un aveu d’échec du système de gouvernance mis en place par le président Bouteflika depuis son accession au pouvoir voila bientôt 12 ans. C’est un échec cuisant parce que Bouteflika a promis à ces concitoyens «  une Algérie fière, forte et sereine » et c’est tout le contraire qui s’offre aujourd’hui à ces citoyens.
Douze ans à la tête de l’État, des milliards de dollars dans les caisses, une situation sécuritaire largement maitrisée pour enfin en arrivée là ? Que l’actualité qui domine l’Algérie en janvier 2011 est l’émeute et la violence ? Que l’image qu’on retient de l’Algérie est celle d’un pays corrompu, d’un pays où sa caste dirigeante est rejetée par son peuple ? Douze années pour en arriver là ?
Un président absent, aphone et vieillissant qui s’accroche au pouvoir à 73 ans alors qu’il aurait pu sortir par la grande porte en organisant une transition démocratique qui assure la stabilité à son pays et l’avenir de ses enfants. Une classe politique discréditée parce que le pouvoir ne lui a laissé aucune chance d’exister en lui fermant les portes de l’audiovisuel, en lui interdisant les espaces d’expression publique. Une économie qui repose sur la seule rente pétrolière.
On n’ose pas imaginer ce qui aurait pu se passer si le pays n’avait pas eu ce don du ciel qui est le pétrole et si le prix de celui-ci était restait à 10, 15 dollars, prix auquel il était cédé durant les années 1990, les années de feu et de terreur en Algérie. On n’ose pas imaginer comment Bouteflika, ses gouvernements, ses ministres auraient géré l’Algérie au cours des 12 dernières années s’ils n’avaient pas bénéficié de cette providence pétrolière qui s’est déversée sur le pays.
Mais voilà, même avec cette providence, même avec ces milliards de dollars, on en a fait de l’Algérie un pays de l’émeute et du désespoir.

Rassemblements de solidarité avec le peuple tunisien aujourd'hui dans le monde

BRUXELLES
18h au Centre International, 171, Boulevard Maurice Lemonnier

STRASBOURG
18 heures devant le consulat de la Tunisie, 6, Rue Schiller 67000

GENEVE
18 h PLACE MOLARD

PARIS
18 HEURES PLACE de la FONTAINE DES INNOCENTS
Métro  Châtelet / les Halles, ligne 4 ou RER A

LYON
12H 30, DEVANT LE CONSULAT DE TUNISIE, 4, avenue du Maréchal Foch


MARSEILLE
18h devant le consulat de Tunisie, Boulevard d'Athènes

LILLE 
18 h PLACE Général  DE GAULLE 

TOULOUSE

18h devant le Consulat de Tunisie, 19 allées Jean Jaurès

NANTES
18 h devant la Préfecture

RENNES
18H 30 Place de la Mairie

NAPOLI
Cinema Occupato Astra 18:00 - 20:30
proiezioni video - diffusione materiale - interverranno: Marzouk Mejri, Naser Jalel

ALGER
Le syndicat SNAPAP (23 rue boualem zeriat Belfort El-Harrach ALGER Télé Fax: 021 52 03 72 Email: snapap-_snata@yahoo.com Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. www.maisondessyndicats-dz.com ) organise une rencontre syndicale dans son siège à la maison des syndicats et une délégation à l’Ambassadeur de Tunisie à Alger, pour remettre une lettre de protestation.
 
MONTRÉAL

17:30 devant le Consulat de Tunisie, 1255 University (Station McGill)
QUÉBEC
17:30 devant la Société Radio-Canada 888, rue Saint-Jean Québec (Québec) G1R 5H6 angle rue St-Jean et Duffrein
Dans les prochains jours

PAYS-BAS
دعوة
ندعو الجميع للتظاهر تضامنا مع الاحتجاجات التي عمت كامل البلاد التونسية على الفساد والظلم والحيف الاجتماعي.
التاريخ: يوم السبت 8 يناير الجاري
الوقت: من الساعة 11:00 إلى الساعة 13:00.
المكان: أمام البرلمان الهولندي بدنهاخ
- جمعية التواصل –
Uitnodiging
Demonstratie tegen corruptie in Tunesië
Datum: aanstaande zaterdag 08/01/2011
Tijd: van 11:00 tot 13:00 uur
Plaats: voor de Tweede Kamer in Den Haag

MAROC
Sit-in de Solidarité avec le peuple tunisien
Lundi 10 janvier à 17h devant l’Ambassade de Tunisie
6, avenue Abdelkrim Benjelloun -ex Fès, 10000 Rabat
وقفة تضامنية مع الشعب التونسي أمام سفارة تونس بالرباط
6 شارع فاس - زنقة إفران 
يوم الإثنين 10 يناير 2011 على الساعة الخامسة مساء
Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)
الجمعية المغربية لحقوق الإنسان

Dernier réveillon à Carthage

par Omar Khayyam, 1/1/2011
Ce sont les dernières minutes de 2010 en Tunisie. Un air de tristesse et d’angoisse enveloppe le majestueux Palais de Carthage. Les centaines de gardes présidentiels sont, comme toujours,  sur le qui-vive, mais leur nervosité ce soir est perceptible même pour l’observateur distrait. Le général est seul. Une voix insistante, obsédante lui dit qu’il est en train de célébrer son dernier réveillon au Palais de Carthage. La prédiction de sa voyante, Al-Hajja Zohra, lui revient soudainement à l’esprit. Le regard hypnotisant de la vieille dame illuminée lorsqu’elle prononça sa phrase fatidique reste à jamais gravé dans la mémoire du général.
Les appartements présidentiels ne sont égayés par aucune musique, aucun rire ni même l’esquisse d’un sourire. Les bouteilles de champagne, qui d’habitude profitaient du 31 décembre pour éclater de joie,  restent étrangement silencieuses. Les débordements se passent ailleurs. 
Ben Ali en son Palais en 2007
Leïla a disparu du Palais depuis quelques jours. Elle l’a laissé seul avec ses téléphones qui n’arrêtent pas de sonner. Dès qu’il décroche le téléphone, le général ne dit pas "bonsoir" ou "bonne année", mais crie comme un chien enragé: "Encerclez-les !", "Tabassez-les !" ou "Arrêtez-les !". Il profite des courts moments de silence, entre deux coups de fil, pour allumer la énième cigarette et boire un peu de café. Le tabac et le café noir ne font qu’empirer son état de nervosité extrême.
À minuit, il est encore au téléphone. Tous ses subalternes lui affirment que la fièvre qui agite plusieurs villes  du pays, depuis deux semaines, est retombée pendant les dernières heures de 2010, mais le général ne fait plus confiance à personne. Il ne cesse de donner l’ordre à ses forces de répression de continuer les patrouilles et les ratissages nocturnes. 
Finalement, les téléphones se calment dès la deuxième heure du premier jour de 2011, mais le général ne dort pas. Il sait , mieux que personne, que la nuit est porteuse de tous les dangers. Il ne se couchera qu’aux premières lueurs du jour. Il continue de fumer en faisant les cents pas dans les couloirs du Palais. Malgré l’air un peu frisquet de l’aube, il décide d’aller voir la mer. Il se dirige, traînant les pieds, vers l’une des terrasses qui donnent sur la baie de Carthage. Il voit partout des gardes présidentiels, figés comme des statues. Il s’approche du rivage et contemple la mer modérément agitée. En face, sur l’autre rive de la baie, il décèle de petites taches de lumière décorant l’imposante montagne de Boukornine. La douce musique des vagues arrive à calmer, le temps d’une brève trêve, les nerfs extrêmement tendus du général.
Après ce court moment de méditation, il retourne lentement à ses appartements. Soudain, il s’arrête. Il assiste pour la première fois depuis qu’il s’est installé à Carthage à un spectacle insolite: dans ce Palais où, depuis 23 ans, dès qu’on entend le mot culture, on dégaine son révolver, un agent de la garde présidentielle est en train de lire un livre sous un réverbère ! Attrapé en flagrant délit de lecture, l’agent panique et laisse tomber le livre par terre. Le général n’a pas assez de forces pour gronder le garde un peu trop lettré. Il se contente de ramasser calmement le livre. Il lit le titre en remuant silencieusement les lèvres: L’Automne du patriarche