mardi 7 octobre 2014

Mexique-"Y el señor andaba bailando": la nuit d'Iguala

Español México – "Y el señor andaba bailando": la noche de Iguala

 par Fausto Giudice, 7/10/2014
Un maire mafieux, complice d'un gouverneur d'État mafieux, couvert par un Président mafieux, donne l'ordre à ses hommes de tuer puis va danser, pendant que les tueurs agissent dans la nuit, tuant, blessant, kidnappant des jeunes étudiants en lutte, mais aussi des passants, des footballeurs, des passagers de taxi, bref tout ce se trouve sur le parcours de leurs projectiles. Bilan provisoire de l'horreur qui vient d'ensanglanter la ville d'Iguala de la Independencia : 49 morts, 17 blessés, 22 policiers municipaux détenus, un maire en fuite, recherché par Interpol, et un pays tétanisé par ce nouvel épisode la chronique noire d'une plongée dans l'abîme. Retour sur les événements de la nuit d'Iguala.

D'abord un peu d'histoire et de géographie.

Les scènes se passent dans l'État du Guerrero, dans le sud du Mexique, nommé d'après Vicente Guerrero, le 2ème président éphémère (8 mois) du Mexique indépendant au destin tragique : venu au pouvoir par un coup d'État, il fut destitué par un autre coup d'État et capturé puis fusillé par un acte de traîtrise (une invitation à déjeuner) préfigurant un acte similaire qui provoquera la mort, presque un siècle plus tard, d'Emiliano Zapata. Le Guerrero, connu à l'étranger, pour son haut lieu de cauchemar climatisé touristique d'Acapulco –une Babylone du Pacifique – est à l'image du reste du Mexique : livré à la prédation sauvage de la part d'un conglomérat de groupes criminels –narco-gangs, partis politiques, policiers pourris, bureaucrates corrompus, entrepreneurs mafieux, élus par achat de votes - collaborant tous entre eux. Ce pauvre Mexique, "si loin de Dieu et si proche des USA", est aujourd'hui réduit à l'état d'une Colombie, où les frontières entre "politique" et "parapolitique" (terme colombien désignant les représentants parlementaires des groupes paramilitaires auxquels l'armée et la police sous-traitent le "sale travail") se sont effacées, connaît une très forte conflictualité sociale. Les conflits qu'il vit portent sur des thèmes universels : la terre, l'eau, l'éducation, la santé, bref la défense des communs contre la prédation qui, au nom du marché, détruit le cadre de vie et les conditions mêmes de survie de la population. Une des batailles les plus spectaculaires qui se livre depuis des années concerne l'éducation. Dans ce domaine comme dans d'autres (la structure agraire) les régimes qui se sont succédé au Mexique depuis 20 ans ont tous poursuivi le plan visant à démanteler les acquis de la Révolution mexicaine de 1910, autrement dit l'éducation libre et gratuite pour tous. 

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Une des structures les plus importantes issues de la Révolution sont les écoles normales rurales, qui forment les instituteurs ruraux, généralement eux-mêmes issus de milieux paysans et indiens (les Mexicains disent "indigènes"). Vivant en internat, les normaliens alternent formation théorique et pratique, passant la quatrième année de leur cursus comme instituteurs-stagiaires dans une école primaire rurale. Le gouvernement d'Enrique Peña Nieto veut tout simplement les liquider comme "résidu anachronique", arguant que, désormais, on n'en a plus besoin.
Cela entraînerait tout bonnement la disparition de l'école de base dans toutes les zones rurales abandonnées par l'État. Les normaliens font donc de la résistance depuis plusieurs années, payant un lourd tribut : 2200 d'entre eux ont été arrêtés depuis 2000.
http://normalesruralesenreexistencia.files.wordpress.com/2013/11/img_1933.jpg Les luttes des normaliens sont des luttes de survie, donc violentes. Les lieux et objets emblématiques de ces luttes sont les autobus, les péages d'autoroutes et les boîtes en fer blanc. Explications : les normaliens ont en permanence la fringale et le ventre vide, vu que le gouvernement leur coupe les vivres. Ils sont obligés de financer eux-mêmes leurs déplacements entre les écoles où ils sont internés, leur lieu d'origine et les localités où ils font leurs stages. Ils récupèrent donc des autobus privés ou publics, occupent – "libèrent" - des péages d'autoroutes, dont ils demandent aux préposés de dégager et démontent les caméras de surveillance et organisent des "coperachas", des collectes d'argent, parfois un peu trop insistantes, ce qui déclenche parfois des bagarres généralisées, par exemple avec les chauffeurs de taxis collectifs, de bus ou de camions qui s'insurgent contre ce "racket". Les malheureux chauffeurs ont des circonstances atténuantes: ils sont déjà soumis aux exigences de "mordida" (orig. morsure), le bakchich traditionnel prélevé sous tout prétexte par les policiers, et au racket des gangs criminels. Mais le plupart des gens sollicités acceptent sans problèmes de mettre un petit billet dans les boîtes de conserves tendues par les normaliens en lutte, qui pourraient être leurs enfants ou leurs petits frères.


Venons-en à Iguala de la Independencia. C'est une ville de 120 000 habitants, à mi-chemin de Mexico et d'Acapulco. Elle est entrée dans l'histoire puisque c'est là que fut signé et proclamé le Plan d'Iguala, déclaration d'indépendance du Mexique, fruit d'un accord entre Iturbide, le monarchiste qui se voulait empereur et Guerrero, le libéral, républicain et franc-maçon. Et c'est à Iguala, en ce même jour historique du 24 février 1821, que le tailleur et coiffeur José Magdaleno Ocampo inventa le drapeau mexicain. Jamais depuis la conquête espagnole Iguala n'avait si peu mérité son nom originel en langue nahuatl (la langue des Aztèques) de yohualcehuatl, qui signifie "là où la nuit apporte la sérénité".
Ce qu'a apporté la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre 2014 à Iguala, a été tout le contraire de la sérénité. Dans l'après-midi, les normaliens en lutte de l'École normale rurale Raúl Isidro Burgos d' Ayotzinapa, à 126 km de là, étaient arrivés en ville pour collecter de l'argent afin de financer leur déplacement collectif vers la capitale, pour y participer à la grande manifestation prévue le jeudi 2 octobre, en commémoration du massacre de Tlatelolco. Le 2 octobre 1968, plusieurs centaines d'étudiants en lutte de la capitale avaient été massacrés par des snipers des escadrons de la mort sur la Place des Trois-Cultures. Ce traumatisme n'a jamais été guéri, le crime étant resté impuni à ce jour, 46 ans plus tard. Symbole de la criminalité du pouvoir en place, Tlateloco déclenche une prise de conscience qui conduit certains militants étudiants à rejoindre la voie de la lutte armée, dans laquelle divers militants se sont engagés durant les années 1960. Parmi eux Lucio Cabañas et Genaro Vázquez, étudiants de cette même école d'Ayotzinapa. Lucio fonda le Parti des Pauvres et tomba au combat le 2 décembre 1974, âgé de 36 ans. Genaro, plus âgé que lui (il avait 7 ans de plus) et avec une déjà longue expérience de lutte syndicale, passa à la lutte armée en 1968, après avoir été libéré de prison par ses camarades, créant l'Asociación Cívica Nacional Revolucionaria (ACNR). Il est mort le 2 février 1972 à Morelia, dans des circonstances restées mystérieuses à ce jour : il semble qu'il ait été laissé mourir par les militaires qui avaient découvert son identité suite à un accident de voiture dans lequel il avait été gravement blessé.

Cabañas et Vázquez sont considérés comme des héros, au même titre que Che Guevara ou Emiliano Zapata, par les normaliens en lutte d 'aujourd'hui Ce vendredi-là, les normaliens se retrouvent en plein Iguala face aux policiers municipaux accompagnés de tueurs du gang criminel Guerreros Unidos, sous les yeux de militaires et de policiers fédéraux complices, qui laisseront faire. Les tueurs attaquent et tirent. Les normaliens se dispersent, les tueurs les poursuivent. Bilan de la nuit : 6 morts, 17 blessés graves et une soixantaine de normaliens disparus, c'est-à-dire kidnappés par les escadrons de la mort. La réaction de toute la société mexicaine est un mélange d'indignation et de résignation rageuse. Tout le monde se met à enquêter : la "justice" – le procureur ordonne l'arrestation de 22 policiers municipaux -, les citoyens, les médias. Quelques jours plus tard une douzaine de kidnappés réapparaissent, vivants. On vient de retrouver les corps des 43 autres, brûlés, dans 6 fosses communes.

Les travailleurs de l'Ecole normale d'Ayotzinapa exigent :
-le châtiment des assassins de normaliens
-la destitution des fonctionnaires complices
Ayotzinapa unie jamais ne sera vaincue

Entretemps, les normaliens ont participé activement et en masse au grand rassemblement du 2 octobre sur le Zócalo de Mexico en commémoration de Tlatelolco.
Zócalo, 2 octobre. Photos Argelia Zacatzi Pérezmezcali
Les normaliens exigent de revoir en vie leurs camarades disparus
Por mi raza hablará el espíritu (« pour ma race parlera l'esprit »), la devise de l'Université nationale autonome du Mexique forgée par l'écrivain José Vasconcelos qui en fut le recteur de 1920 à 1921. La « race » fait référence à la « race cosmique » décrite par Vasconcelos, celle issue, en Amérique latine, du métissage de deux cultures (européenne et amérindienne). Elle n'a rien à voir avec le "concept" européen de "race"

Pour demain mercredi 8 octobre, est prévue au même endroit une grande manifestation contre la boucherie d'Iguala, qui s'ajoute à la longue liste qui va de Tlateloclo à Acteal, en passant par Aguas Blancas en 1995 et le massacre d'étudiants dit du Jour de Corpus Christi, le 10 juin 1971, effectué par le groupe clandestin des Halcones, les "faucons" formés par la CIA, crime pour lequel le président d'alors, Luis Echeverría Álvarez, inculpé en 2005, a bénéficié d'un non-lieu pour "absences de preuves" en 2009. Faudra-t-il attendre l'an 2048 pour que des poursuites soient engagées contre le président Enrique Peña Nieto, auquel les deux premiers responsables du massacre d'Iguala sont étroitement liés ?

Ces deux hommes sont :
-        le maire d'Iguala, actuellement "en fuite" et recherché par Interpol : après avoir donné l'ordre à ses sbires de tirer sur les normaliens, dans la soirée, il est allé danser. "Y el señor andaba bailando", commentait une présentarice de télévision. L'homme a le profil classique du "parapolitique" mexicain du XXIème siècle. José Luis Abarca Velázquez  a commencé comme marchands de sombreros sur les marchés, puis s'est retrouvé à la tête de grands supermarchés et d'autres entreprises lucratives. L'explication du mystère de son enrichissement est simple : c'est un blanchisseur d'argent du crime organisé. Avec cet argent, il a pu s'acheter un poste de maire après s'être acheté une place au PRD, le parti de la "Révolution démocratique", qui mérite ses guillemets car il n'est qu'un PRI bis, c'est-à-dire, une machine mafieuse de pouvoir (remarque en passant : les 2 partis sont membres de l'Internationale socialiste, lisez ceci si vous cherchez encore de bonnes raisons de vous foutre en colère. Mais bon, l'IS a quand même attendu le 17 janvier 2011 pour exclure le RCD du dictateur tunisien ben Ali, trois jours après chute et sa fuite, et le 31 janvier 2011 pour exclure le PND de Moubarak, 12 jours avant la chute de celui-ci). Le PRD a bien sûr exclu Abarca de ses rangs…il y a deux jours, ce qui fait rire jaune les Mexicains. Je vous mets sa photo, au cas où vous le croiseriez, Interpol vous donnera une récompense. Sa page existe toujours sur Facebook, où son dernier post, en date du 29 septembre, souhaite un bon dimanche à ses administrés. Vous pouvez écrire à Mark Zuckerberg pour lui demander de supprimer cette page, puisque c'est celle d'un criminel recherché par Interpol…
-        Le gouverneur du Guerrero, Ángel Aguirre Rivero, lui aussi, bien sûr "militant" du PRD et élu en 2011. Lui aussi lié aux Guerreros Unidos, le gang local de narcotueurs  et a pratiqué les retours d'ascenseur avec Abarca, ce qui est normal puisqu'ils mangeaient au même râtelier. Voici deux photos du bonhomme: la première, photoshopée, de sa campagne électorale de 2011 et la seconde, qui le montre sous son vrai visage. Notez l'impudence du candidat, qui a carrément utilisé comme message de sa campagne le subliminal "Unidos transformaremos Guerrrero" (Unis nous transformerons Guerrero), qui évoquait immédiatement ses narcocriminels d'amis, protecteurs et financeurs, les Guerreros Unidos.
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lundi 6 octobre 2014

Alexis Tsipras, version 3.0 : coopté par la Sainte Alliance des Socialos* et des Jèzes**

Español
Alexis Tsipras, versión 3.0: cooptado por la Santa Alianza de los sociatas y los jesuatas

 English
Alexis Tsipras version 3.0: co-opted by the Holy Alliance of Socrats and Jesucrats

 Italiano
Alexis Tsipras, versione 3.0: cooptato dalla Santa Alleanza dei sociocratici e dei gesucratici
 
par Fausto Giudice, 6/10/2014
J’ai découvert l’existence d’Alexis Tsipras il y a pas mal d’années, quand il n’était que le jeune leader inconnu d’un groupuscule gauchiste dont personne n’avait entendu parler en dehors de son pays, la Grèce. C’était au hasard d’une navigation sur la toile, et j’avais trouvé une vidéo d’un groupe d’étudiants se livrant à une sorte de happening bondage sur Tsipras, qui, hilare, se laissait ficeler sur une chaise. 


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Ma première réaction avait été : « Ach ! Die Junge Garde des Sekretariats ! » La jeune garde du secrétariat : c’est ainsi qu’on appelait dans l’Allemagne des années 70 les jeunes socialistes, généralement de tendance gauchiste, qui, une fois passée la trentaine, devenaient des caciques du parti social-démocrate. On a vu le même phénomène dans toute la social-démocratie européenne.
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Pour ma génération, pétrie d’histoire des révolutions écrasées en Europe, la social-démocratie originelle – germanique et scandinave – a au plus tard en 1919 cessé d’être un parti de la classe ouvrière pour devenir, au mieux (dans la Vienne rouge des années 1920) un parti pour la classe ouvrière. Quand la classe ouvrière et les soldats allemands se soulèvent en 1918, emmenés par la Ligue Spartakus de Rosa Luxembourg et Wilhelm Liebknecht, qui dirige la répression ? Le social-démocrate Noske, rapidement surnommé le Bluthund (chien de sang, ou chien de rouge) pour avoir, en tant que ministre de la guerre, déclaré : « Il faut que quelqu'un fasse le chien de sang : je n'ai pas peur des responsabilités ». C’est Noske, appuyé par son parti, dirigé par Friedrich Ebert, bientôt président de la minable république de Weimar, qui a organisé le massacre des ouvriers et soldats organisés en conseils (soviets) à Kiel puis, en janvier 1919, à Berlin. Ses corps francs assassinèrent, entre beaucoup d’autres, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Le quintette des "commissaires du peuple" sociaux-démocrates qui proclament la République de Weimar
http://www.allmystery.de/i/t54c14f_malsovverraten12106.jpg« Wer hat uns verraten ? Sozialdemokraten. Wer hatte recht ? Liebknecht ! »(« Qui nous a trahis ? Les sociaux-démocrates. Qui avait raison ? Liebknecht ! »)  : ce refrain « rouge » des années 1920 est revenu à la mode dans les années 1960, lorsque la jeunesse radicale – les soixante-huitards avant la lettre – affrontait la social-démocratie, alliée (déjà ? eh oui !) dans une « grande coalition » avec les démocrates-chrétiens, mettant en œuvre son « aggiornamento » datant de 1959, quand, à Bad Godesberg, le SPD avait officiellement et définitivement abandonné toute référence marxiste, adoptant comme devise « Le marché autant que possible, l'intervention publique autant que nécessaire».

Entre les années 1920 et les années 1960, bien de l’eau avait coulé sous les ponts de Berlin : à la chute du régime nazi, nos bons sociaux-démocrates, revenus dans les bagages des « libérateurs » alliés, se mirent naturellement au service de ceux-ci, tandis que leurs cousins communistes se lançaient dans l'aventure d'un socialisme prussien à l'ombre du Grand Frère soviétique.

Et c’est ainsi que l’on eut deux Allemagne pour le prix d’une, pendant 40 ans. Quand des étudiants en révolte distribuaient des tracts dans les rues de Berlin, Munich, Hambourg ou Francfort, contre la guerre du Vietnam pour contre les lois d’exception instaurées par la « grande coalition » noire-rouge, l’Allemand moyen qui passait par là leur lançait : « Si vous n’êtes pas contents, allez donc en face », autrement dit : « Si notre paradis démocratique capitaliste ne vous convient pas, allez donc vivre dans l’enfer est-allemand du ‘socialisme réel’ ».  Le discours quotidien de Samaras et de l'Aube Dorée en Grèce contre les "rouges" ne fait que répéter ces vieilles litanies, longtemps après que l'URSS a disparu.

Puis vint 89 et la réunification. Ce ne sont pas seulement les territoires allemands qui ont été réunifiés, mais aussi le paysage politicien : tous les résidus de gauche communiste/stalinienne et de sociaux-démocrates critiques encore attachés au marxisme se sont eux aussi réunifiés pour constituer un parti qui s’est mis corps et âme sous la coupe des sociaux-démocrates, faisant taire ses dissidents par les méthodes habituelles en usage dans tous les partis atteints de crétinisme parlementaire. Ce parti, Die Linke, puisqu’il faut l’appeler par son nom, est aujourd’hui totalement entré dans le système de la démocratie représentative, parlementaire, corrompue et belliciste. C’est là que nous en revenons au camarade Tsipras.

Son parti, SYRIZA, est au moment où j’écris, crédité de 36% des intentions de vote. De nouvelles élections peuvent être annoncées à tout instant par le Premier ministre grec de droite, Samaras, qui est en discussion avec la patronne, j’ai nommé Angie, la chancelière Merkel, pour prendre une « décision », qui s’apparentera plus à un Diktat qu’à autre chose. Concrètement, les choses doivent se jouer en février prochain, lorsque le Parlement devra élire un nouveau président de la République. Il manque à la "grande coalition" Nouvelle démocratie-PASOK  la vingtaine de députés nécessaires pour atteindre le quota nécessaire de voix nécessaire (180) pour valider l'élection. Il ne resterait alors qu'à Samaras qu'à dissoudre le parlement et organiser de nouvelles élections.

Donc, Tsipras se voit déjà en chef de gouvernement à Athènes. Mais vu que les  résultats des élections démocratiques, dans la bonne vieille Europe démocratique, se décident dans les couloirs du pouvoir avant d’être sanctionnées par les urnes, il s’agite tous azimuts. Il faut qu’il obtienne le feu vert des patrons de l’Europe, qu’il trouve des alliés pour combler le gap entre les 36% dont il est crédité et les 51% (en fait moins, puisque dans le système grec, le parti venant en tête des élections reçoit un bonus de 50 sièges) dont il aurait besoin pour pouvoir « gouverner ». Il a donc adopté la voie du compromis et de la « rénovation ». D’abord, il a fait son possible pour se débarrasser de l’aile gauche de Syriza, sans y parvenir pour l'instant. Puis il a mis de l’eau dans son retsina, en cessant de tonitruer contre l’Union européenne, Bruxelles, Francfort et Berlin. Plus question de sortir de l’Euro. Plus question de refuser de payer la dette odieuse de la Grèce. Plus question d’organiser des manifestations de rue, des protestations populaires, pour répondre à l’énorme colère du peuple grec et la canaliser vers des lendemains qui chanteraient.

Le personnel de l’hôpital de Kilkis déclenche un mouvement d’occupation autogestionnaire de son hôpital menacé de fermeture. Qui s’y oppose et fait capoter le projet ? Les chefs syndicaux liés à Syriza.
Le personnel de médias condamnés à mort tente de se lancer dans des expériences autogestionnaires ? Syriza ne fait rien pour l'aider.
Les 595 femmes de ménage du ministère des Finances sont licenciées, pour tester les réactions à l'épuration des services publics exigée par la Troïka (Commission européenne-Banque centrale européenne, FMI) : elles organisent la résistance et appellent à une journée internationale de solidarité. Qui leur met des bâtons dans les roues, ordonnant à toutes ses sections d’Europe de ne pas répondre aux appels de comités locaux de solidarité avec le peuple grec ? Syriza.
Le gouvernement grec instaure de nouvelles taxes ubuesques (immobilière et sur le fuel domestique) pour pressurer la population, menacée des pires sanctions en cas de non-paiement. Qui refuse d’organiser des mouvements collectifs et solidaires de non-paiement des taxes iniques ? Syriza.

Pendant ce temps, le chef voyage. En septembre, il a été en quatre endroits, Thessalonique, Vienne (Autriche), Cernobbio (Italie) et…la Cité du Vatican. Il a sûrement fait d’autres voyages intéressants, mais, ne disposant pas d’un service de renseignement professionnel, je me contenterai d’évoquer ces quatre épisodes.
À Thessalonique, Tsipras a présenté le programme (électoral) de son parti. Commentaire de Giorgos Delastik, journaliste de gauche : « À côté des engagements de Tsipras, ceux de Caramanlis (Premier ministre de droite) en 2009 paraissent du pur gauchisme ». Rien à ajouter.

A Vienne, Tsipras, invité par le Forum Bruno Kreisky, a fait un vibrant discours tendant la main aux sociaux-démocrates allemands et autrichiens pour, ensemble « sauver l’Union européenne » des méchants néolibéraux de Berlin et Francfort : « Nous allons gagner les prochaines élections, nous aurons besoin de vous ». Bref, on l’aura compris, SYRIZA se présente tout simplement comme le nouveau PASOK et je vous fiche mon billet qu’il ne va pas tarder à être coopté dans l’Internationale socialiste. Je recommande la lecture de ce morceau d’anthologie aux lecteurs qui comprennent l’anglais, il vaut son pesant de sel marin ionien : http://yanisvaroufakis.eu/2013/09/24/alexis-tsipras-at-the-kreisky-forum-vienna-the-complete-speechaddress-to-austrian-social-democrats/.


A Cernobbio, au bord du Lac de Côme, Tsipras était invité dans la Villa d’Este –le "plus bel hôtel du monde" - au Forum annuel de la Fondation Ambrosetti, une sorte de Club Bilderberg bis, à visage un peu plus humain, mais avec les mêmes objectifs et méthodes : rassembler les gens qui comptent dans le monde pour mettre au point les tactiques de pouvoir pour la période à venir.
Enfin, cerise sur le gâteau, notre brave Alexis s’est rendu à la Cité du Vatican pour y rencontrer Sa Sainteté en personne pendant 35 minutes, au sortir desquelles notre Premier ministre in spe a constaté, "étonné", de nombreuses convergences entre Syriza et l’Église catholique, apostolique et romaine. Notre bon jésuite de Bergoglio a eu, lui, une exquise petite phrase : « Tsipras n’est pas de gauche, c’est seulement son programme qui l’est ». Sous-entendu : les programmes, ça peut se changer. Pour son audience, Tsipras était encadré par deux drôles de personnages fleurant bon l’Empire austro-hongrois et qui n'auraient pas déparé dans une pièce de théâtre de boulevard viennois, Walter Baier et Franz Kronreif. 
Baier (à g.) et Kronreif avant l'audience
Le premier a été le fossoyeur du Parti communiste autrichien, dont il a liquidé la structure et les biens, vendant notamment à des fascistes un immeuble squatté par des artistes de gauche. Il est ensuite devenu l’athée de service du Vatican, ayant sa place attitrée aux rencontres œcuméniques annuelles d’Assise, auxquelles participent chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes et…athées, considérés comme une confession parmi  d’autres. Autrement dit, à la question : « Quelle est ta religion ? », à Assise, on peut tranquillement répondre : « Athée ». Officiellement, Baier est le coordinateur de Transform ! Europe, la danseuse, pardon, le « think tank » du Parti de gauche européen, essentiellement porté par Die Linke allemande et sa fondation Rosa-Luxembourg, dotée par l’État allemand d’un confortable matelas de millions d’euros, qui lui permettent de financer des revues que personne ne lit et de distribuer des tracts sur papier glacé dans les Forums sociaux  mondiaux, où ses « militants » sont logés dans hôtels 5 étoiles, ou à la rigueur 4.

Le second est un des responsables du mouvement des Focolari, qui est l’un des « mouvements de masse » du Vatican, complétant le travail que font Comunione e Liberazione e la Communauté de Sant’Egidio. Les Focolari sont aussi œcuméniques au sens très large, accueillant non seulement des protestants, mais même des musulmans et des athées.
Notre jésuite de pape est un sacré matou. Il a déclaré en juin dernier : «Io dico solo che i comunisti ci hanno derubato la bandiera. La bandiera dei poveri è cristiana. La povertà è al centro del Vangelo. I poveri sono al centro del Vangelo» (Je dis seulement que les  communistes nous ont volé notre drapeau. Le drapeau des pauvres est chrétien. La pauvreté est au centre de ‘l’Évangile. Les pauvres sont au centre de l’Évangile). Et les 35 minutes d’audience ont battu le record de durée jamais accordé par un pape à un quelconque dirigeant de gauche. Mais faut ce qu’il faut pour non seulement arracher aux cocos le drapeau qu’ils vous ont volé mais même les convertir à "la doctrine sociale" de l’Église catholique, apostolique et romaine.
Pour conclure : adoubé par la social-démocratie germanique, coopté par la fine fleur des décideurs politico-économiques du continent, et béni par Sa Sainteté, Alexis Tsipras est désormais en orbite, très loin du peuple martyr qui a fait de lui ce qu’il paraît être. Toute la question reste de savoir s’il saura éviter le sort d’Iridium 33 et Kosmos 2251, deux autres satellites artificiels qui se pulvérisèrent mutuellement lors d’une collision dans l’espace en 2009. Le satellite Tsipras 3.0 risque bien, lui, de s’auto-pulvériser et il n’y aura personne pour verser une larme sur son sort. Il l’aura bien cherché.
Je crois comprendre le mélange de désespoir et d'espérance du peuple grec et de ses ailes marchantes. Camarades, je n'ai qu'une chose à vous dire : faites votre le slogan de nos frères zapatistes : "Tout pour tous ! Commander en obéissant !" La seule issue réside en bas, dans auto-organisation, à partir des besoins réels des gens, pour la défense des communs, au-delà des clivages idéologiques et sectaires, meurtriers et stériles. Tout le reste n'est que simulacre.
*Socialos : sociaux-démocrates en vieil argot français
**Jèzes : jésuites en vieil argot français

mardi 16 septembre 2014

Solidarité avec les 595 femmes de ménage en lutte du Ministère des Finances grec : Événements programmés en Europe

VALENCE, Espagne
22 Septembre  2014
Rassemblement de solidarité a  11 h. devant le consulat grec de Valence.
Manifestation a 19 heures
A l’Initiative de  «Marcha de la Dignidad »

ELCHE, Espagne
Rassemblement lundi 22 septembre à 20h
Consulado de Grecia  C/ Cayetano Martínez, 16 (Altabix)
Organisé par Elx pel dret a decidir

LONDRES
20 Septembre 2014
Rassemblement et événement spectaculaire  à 9.30-11h. dans la rue en face du Centre hellénique , 16-18 Paddington Street, Marylebone
A l’initiative de  la «  Campagne de Solidarité avec la  Grèce »

TOULOUSE
20 Septembre 2014
Manifestation à 11 heures du matin SQUARE CHARLES DE GAULLE
Premiers signataires: ATTAC, FSU, MIX-CITE, NPA ...

MARSEILLE
20 Septembre  2014,
Rassemblement à  9 h devant le consulat grec, 54 Rue Jean-Mermoz, 13008 Marseille (Prado)
COLLECTIF 13, DROITS DES FEMMES, FEMMES ET ARTISTES et Céramistes DE LILITH, EVREUX 13, Femmes Solidaires, FORUM FEMMES MÉDITERRANÉE, FSU, GAUCHE ANTI CAPITALISTE, IMAGES & PAROLES, LES FEMMES ET LA VILLE, LE MOUVEMENT DE LA PAIX, MOUVEMENT JEUNES FEMMES, PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS, RADIO GALÈRE, SOS FEMMES, SOS VIOL, SNUIPP13, Laïques, OSEZ ​​LE féminisme.

LILLE
20 Septembre 2014,
Manifestation à 14h. dans le centre-ville
A l’Initiative :  «Solidarité France Grèce pour la Santé-Lille» et le soutien: Attac Roubaix Tourcoing, ATTAC Lille, ATTAC Villeneuve d'Ascq, CADTM, Sud Santé SOCIAUX 59, PHM nord de la France, Union syndicale SOLIDAIRES 59/62, Les Gens d'Hellemmes, la voie démocratique au Maroc, l'association des amis de la 4ème Internationale.

 VIENNE, AUTRICHE
17 Septembre 2014 : Rassemblement  dans la matinée à 11 h. devant l'ambassade de Grèce, Argentinierstrasse 14
22 Septembre 2014 : Meeting à l’Amerlinghaus a 19h.
A l'initiative de la «Solidarité avec la résistance en Grèce »




jeudi 28 août 2014

Κάλεσμα Call Appel Llamamiento Appello Aufruf Crida Çağrı

Original: Ελληνικά
Traductions disponibles : English  Français  Español  Deutsch  Català  Italiano 
Κάλεσμα για μια διεθνή ημέρα αλληλεγγύης στις 595 καθαρίστριες του Υπέργειου Οικονομικών της Ελλάδας - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha
Εμείς οι 595 καθαρίστριες
 του Υπουργείου Οικ ... Lire la suite
Call to an international day of solidarity with the 595 cleaners of the Greek Ministry of Economy - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

We, the 595 cleaners of the Ministry of Finance, who had our jobs taken away from us on the 17th of September 2013, so that they can be given to private sub-contractors, have been fighting the last 11 months against the politics of austerity and against  ...
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Appel à une journée internationale de solidarité avec les 595 femmes de ménage du Ministère des Finances grec - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

Nous, femmes de ménage du Ministère des Finances, qui avons perdu nos emplois depuis le 17 septembre 2013, nous vous proposons d’unir nos forces et d’organiser une journée internationale de solidarité le samedi ... Lire la suite
Llamamiento a una jornada internacional de solidaridad con las 595 trabajadoras de limpieza del ministerio de Finanzas griego - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

  Nosotras, personal de limpieza del ministerio de Finanzas, que hemos perdido nuestros empleos después del 17 de septiembre de 2013, os proponemos unir nuestras fuerzas y organizar una jornada internacional de solidaridad el sábado ...
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Appello per una giornata internazionale di solidarietà con le 595 lavoratrici di pulizia del ministero delle Finanze greco - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

Noi, personale di pulizia del ministero delle finanza, che abbiamo perso il nostro lavoro dopo il 17 settembre 2013, proponiamo di unire le nostre forze ed organizzare una giornata internzazionale di solidarietà sabato 20 settembre 2014.   ...
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Aufruf zu einem internationalen Tag der Solidarität mit den 595 Putzfrauen des griechischen Finanzministeriums - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

  Wir Putzfrauen des Finanzministeriums wurden am 17. September 2013 hinaus geschmissen und unsere Arbeitsplätze an private Subunternehmen vergeben. Seit 11 Monaten führen wir einem Überlebenskampf, einen Kampf gegen die Sparpolitik ...
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Crida a una jornada de solidaritat amb les 595 treballadores de la neteja del ministeri de Finances grec - 595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

  Nosaltres, treballadores de la neteja del ministeri de les Finances, que hem perdut les nostres feines des del 17 de setembre de 2013, us proposem d’unir les nostres forces i d’organitzar una jornada internacional de solidaritat el ... Lire la suite

Yunanistan Maliye Bakanlığı Çalışanı 595 Kadın Temizlik İşçisinden Bir Günlük Uluslararası Eylem Çağrısı
595 Aγωνιζόμενες καθαρίστριες του Υπ. Οικον. Greek women cleaners in struggle
Femmes de ménage grecques en lutte Limpiadoras griegas en lucha

  Bizler, 17 Eylül 2013 itibarıyla işlerimizi kaybetmiş Maliye Bakanlığı çalışanı temizlik işçisi kadınlar olarak, sizleri gücünüzü gücümüze katmaya ve 20 Eylül 2014 Cumartesi ...
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jeudi 7 août 2014

Samedi 9 août, Jour de rage 9 de agosto, Día de la Rabia Saturday 9 August Day of Rage

Palestinian Boycott, Divestment, Sanctions National Committee (BNC) اللجنة الوطنية الفلسطينية لمقاطعة إسرائيل وسحب الاستثمارات منها وفرض العقوبات
Gaza Calling: All out on Saturday 9 August Day of Rage
Join the BDS Movement today, Demand Sanctions on Israel Now
- As we face the full might of Israel’s military arsenal, funded and supplied by the United States and European Union, we call on civil society and people of conscience throughout the world to pressure governments to sanction Israel and implement ...Lire la suite
Appel de Gaza : Tou-tes dans la rue samedi 9 août, Jour de rage
Rejoignez aujourd’hui le mouvement pour le BDS, demandez maintenant des sanctions contre Israël
Alors que nous faisons face à la pleine puissance de l’arsenal militaire israélien, subventionné et fourni par les USA et l’Union européenne, nous appelons la société civile et les personnes de ... Lire la suite
Desde Gaza: ¡tod@s a la calle el sábado 9 de agosto, Día de la Rabia!
Únete hoy al Movimiento de BDS, exige ahora que se impongan sanciones a Israel

Mientras nos enfrentamos a toda la fuerza del arsenal militar de Israel, financiado y suministrado por Estados Unidos y la Unión Europea, perdimos a la sociedad civil y a las personas de conciencia de todo el mundo que presionen a sus gobiernos ...
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Iván Lira


Dernier crime à Gaza : le crime de haute trahison

par Christophe Oberlin

Aujourd’hui est un jour de deuil supplémentaire pour les Palestiniens.
Hier 5 août 2014 M. Riad Al MALIKI,  ministre des Affaires Etrangères de Palestine a obtenu de Mme Fatou BENSOUDA procureure de la Cour Pénale Internationale l’annulation de la plainte déposée le 25 juillet 2014 par M. Saleem Al SAQQA, ministre palestinien de la Justice et M. Ismaeel JABER procureur général de Gaza pour les crimes de guerre commis à Gaza par l’armée israélienne.
Cette plainte, élaborée par les meilleurs spécialistes du Droit International, avait reçu l’appui de 130 professeurs de Droit de par le monde qui avaient affirmé sa complète recevabilité au regard des statuts de la Cour Pénale Internationale.
Dès la publication de la plainte, le président palestinien Mahmoud ABBAS,  le représentant de la Palestine à l’ONU et Mme Leila SHAHID, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union Européenne, ont développé une stratégie en vue de l’annulation de la plainte. Le représentant à l’ONU a prétendu,  à l’unisson avec la partie israélienne, que le dépôt de plainte risquait de se retourner contre la résistance palestinienne, ce qui est juridiquement faux (article 31D du statut de la Cour Pénale internationale). Mme Leila SHAHID est allée dans le même sens, provoquant le 4 août une réaction officielle du Hamas par l’intermédiaire de son porte-Parole Sami Abu ZOUHRI :
« N’écoutez aucune voix qui suggérerait que nous serions opposés à une action auprès de la Cour Pénale Internationale. Certaines personnes disent que le Hamas ou d’autres personnes résistantes pourraient être victimes d’une telle démarche, mais ce n’est pas vrai. Ce n’est que de la propagande. Rien de ce que nous faisons ne nous fait peur. Nous sommes sous occupation et c’est notre droit, selon la loi, de résister. Et c’est aussi le droit de notre population d’être défendue. »
Ces pressions sur la Cour Pénale Internationale aboutissant à l’annulation de la plainte, étaient malheureusement prévisibles. Déjà à la suite de la guerre de l’hiver 2008-2009, M. ABBAS avait dépêché M. Al MALIKI auprès du procureur de la Cour, aboutissant à l’annulation de la procédure de plainte en cours. Ce sont les mêmes acteurs aujourd’hui qui  sont à la manœuvre.
Juan Kalvellido, Tlaxcala, janvier 2009
Il faut dire que la plainte déposée le 25 juillet 2014, outre les crimes de guerre, mentionnait le crime de colonialisme, faisant ainsi peser une lourde menace sur Israël : dès la plainte transmise à la chambre intermédiaire, les entreprises étrangères travaillant dans les territoires occupés devenaient susceptibles de poursuites pour complicité. Les conséquences économiques pour Israël auraient pu être rapides, bien avant que n’advienne  le jugement des commanditaires des crimes de guerre. Avant même que la bataille des armes ne soit terminée, M. NETANYAHU a remporté grâce à M. ABBAS et Mme Leila SHAHID une victoire politique déterminante : la menace économique est éloignée.
Comme toujours en pareilles circonstances, la communication palestinienne – et en particulier Mme Leila SHAHID – prétend avoir une autre stratégie : celle d’adhésion à la Cour Pénale Internationale. Pourquoi ne  l’avoir pas fait plus tôt ? La supposée nécessité de reconnaissance  préalable de l’état palestinien à l’ONU est un mensonge juridique. M. ABBAS et Mme SHAHID auraient pu saisir la Cour depuis près de dix ans. Trois massacres à Gaza [guerre israélienne contre Gaza en 2008/2009, en 2012 et en 2014 -Ndlr] auraient peut-être pu être évités.
La décision de faire taire le Droit met à nouveau en lumière le jeu meurtrier et la nature réelle de l’Autorité Palestinienne.
Sert-elle les Palestiniens en 2006 lorsqu’après avoir perdu les élections elle tente de reprendre le pouvoir par les armes ?
Sert-elle les Palestiniens en 2006  lorsqu’elle condamne la capture d’un soldat israélien au poste de combat ?
Sert-elle les Palestiniens en 2009 quand elle contribue à enterrer le rapport GOLDSTONE sur les crimes commis à Gaza ?
Sert-elle les Palestiniens quand elle soutient officiellement le nouveau dictateur égyptien qui est à l’origine de la fermeture du seul point de passage de GAZA avec le monde ?
Sert-elle les Palestiniens lorsque son président déclare quelques jours avant l’attaque israélienne : « Les tunnels entre Gaza et  l‘Egypte sont illégaux. Nous (sic) avons essayé de les détruire, nous (sic) avons construit un mur d’acier souterrain, nous (sic) avons essayé de les noyer ».
Toutes ces attaques ont en fait pour but de détruire un parti politique à référence culturelle musulmane, le HAMAS, et quel qu’en soit le prix pour la population palestinienne.
Le droit international étant bafoué, force est d’observer à nouveau le droit national palestinien, bafoué lui aussi. Le président ABBAS, selon des lois fondamentales palestiniennes, a terminé son mandat  en janvier 2009. Des élections ne pouvant avoir lieu, c’est le président du parlement Aziz DUWAIK qui aurait dû le remplacer. M. DUWAIK est en prison.  Alors que le parlement aurait dû légalement voir son mandat prolongé, nombre de parlementaires ont été emprisonnés, parfois avec l’appui de la police palestinienne, et le parlement est empêché de fonctionner.
Ainsi, on se bouscule aujourd’hui, parmi les dictatures arabes, pour être « le meilleur ennemi d’Israël ».
Le président actuel est donc illégal autant qu’illégitime. M. ABBAS et Mme Leila SHAHID  règnent sur un champ de ruines physique, politique et moral. Ils servent l’intérêt de l’ennemi. La Palestine a son gouvernement de VICHY qui ne représente pas les Palestiniens, pas plus que VICHY ne représentait la France.
Que ceux qui le contestent osent organiser des élections libres et non faussées à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_8671.jpg
Carlos Latuff