mardi 25 octobre 2011

Tunisie Transit:, chroniques d'un pays en transition (5) : Connaissez-vous Slimane Rouissi, l’homme qui a lancé la révolution tunisienne ?

Rencontre avec Slimane Rouissi, par Julien Pain et Sarra Grira, France24, 25/10/2011
Les médias ont choisi de porter au pinacle les jeunes blogueurs et les « Twittos » de Tunis qui ont participé à la révolution. Pourtant, c’est par une poignée de quadragénaires de Sidi Bouzid que tout à commencé. L’un de ces militants, inconnu du grand public, revient sur ces quelques mois qui ont changé la Tunisie et le monde arabe. Pour de nombreuses raisons, il a le sentiment qu’on lui a volé sa révolution.


Slimane Rouissi dans les locaux de Reporters Sans Frontières à Tunis

Nous avions rencontré Slimane Rouissi six mois avant la révolution tunisienne. Il nous avait alertés sur la mobilisation de paysans, dans la région de Sidi Bouzid, qui protestaient contre un programme d’expropriations.
Une affaire qui à l’époque n’avait pas été relayée par les médias internationaux car son impact paraissait uniquement local. Il s’avère pourtant que c’est de cette région, et de ce mouvement de protestation, qu’est ensuite née la révolution tunisienne. Car le 17 décembre, lorsque le jeune Mohamed Bouazizi s’immole devant la préfecture de Sidi Bouzid, c’est un petit groupe de syndicalistes, les mêmes qui avaient soutenu les paysans quelques mois auparavant, qui monteront au créneau. Cette poignée d’hommes va alors sciemment utiliser l’affaire Bouazizi pour soulever le peuple dans leur ville. Ils sont toutefois loin d’imaginer que leur mouvement aboutira un mois plus tard à la chute de Ben Ali. Et que près d’un an après, l’onde de choc s’en ferait encore sentir jusqu’au portes de Damas.
Slimane Rouissi est un de ces quelques syndicalistes par qui tout à commencé. La cinquantaine bedonnante et joviale, il ne correspond pas au portrait type du révolutionnaire tunisien dressé par les médias. Avec le recul, on peut pourtant affirmer qu’il a eu une influence déterminante sur cette révolution qui a changé la face du monde.
Notre première question a porté sur l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Les médias ont toujours parlé de cet acte terrible comme de l’étincelle qui a enflammé la région, puis tout le pays. La version de l’incident qui circulait au début de la révolution voulait que Mohamed Bouazizi ait été giflé par une policière et que ce soit ce geste qui a poussé le jeune vendeur ambulant, écœuré par des brimades à répétition, à s’immoler. Pourtant, en avril dernier, la policière censée avoir giflé Bouazizi, Fadia Hamdi, a été innocentée et libérée après quatre mois de prison. J’ai donc demandé à Slimane s’il avait des remords concernant le sort de cette policière, qui n’était pas le monstre qu’on avait dépeint à l’époque.
« Certains ont affirmé que Bouazizi était un ivrogne et un voyou. C’est faux. »
 « Nous n’avons jamais eu l’intention de rendre Fadia Hamdi responsable de la mort de Mohamed Bouazizi. Après tout, elle aussi est en quelque sorte victime de ce système, elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir aux ordres. Il ne faut pas oublier que l’ancien régime harcelait même ses propres fonctionnaires. D’après les informations que j’ai pu recueillir auprès de témoins de la scène, il y a certes eu une altercation entre Mohamed Bouazizi et Fadia Hamdi, mais elle ne l’a jamais frappé. Je pense toutefois que cet épisode n’est qu’un détail et que le plus important demeure le sentiment d’oppression qui a poussé Bouazizi à commettre cet acte.
J’ai rencontré Mohamed Bouazizi le 15 juillet 2010, lors de la mobilisation des agriculteurs de Regueb [dans les environs de Sidi Bouzid].
Son oncle faisait partie des paysans qui ont été privés de leurs terres. Cette histoire est en relation directe avec l’immolation de Bouazizi car ce dernier travaillait depuis 2006 avec son oncle à Regueb et que toute sa famille a été obligée de se déplacer à Sidi Bouzid après cette spoliation. Je connais bien Mohamed, qui était un jeune homme courageux qui n’avait pas froid aux yeux. Certains ont prétendu par la suite que c’était un ivrogne et un voyou. Cela n’est pas vrai et ces rumeurs ne sont que le fait de contre-révolutionnaires ou de soutiens de Fadia Hamdi qui cherchaient à l’innocenter par tous les moyens. Certains se sont  également demandé si Mohamed Bouazizi avait toute sa tête pour commettre un tel acte désespéré. Personnellement, je pense que cette immolation n’était pas tout à fait intentionnelle : Mohamed s’était versé du dissolvant en menaçant de s’immoler si on ne le laissait pas voir le Gouverneur [Préfet]. Il proférait toujours ces menaces en allumant le briquet. Ce n’est qu’une interprétation, mais je pense que Mohamed Bouazizi menaçait de s’immoler, mais n’avait pas réellement l’intention de le faire. »
Nous avons ensuite demandé à Slimane si lui et les syndicalistes de Sidi Bouzid avaient intentionnellement monté en épingle l’affaire Bouazizi. Et comment ils étaient parvenus à faire de cet incident, somme toute mineur, le déclencheur de la révolution.
« Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région. Mais son acte a pu être utilisé car il avait une dimension symbolique »
« Les conditions d’un soulèvement étaient réunies à Sidi Bouzid depuis plus de deux ans. Durant les dernières semaines qui ont précédé le 17 décembre [date de l’immolation de Bouazizi], il y avait des mobilisations quasi hebdomadaires où j’étais présent avec mes camarades militants. Il y a eu par exemple un sit-in d’ouvriers à Meknassi [petite ville de la région de Sidi Bouzid] en juillet 2010. Des travailleurs qui avaient été licenciés sans être payés par un des membres de la famille Trabelsi [la belle-famillle de l’ancien Président Ben Ali]. Mais la mobilisation déterminante demeure sans aucun doute celle des agriculteurs de Regueb. Je considère pour ma part le 15 juillet  comme la véritable date du début de la révolution tunisienne. En tout cas, il faut bien comprendre qu’une révolution n’arrive jamais par hasard.
Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région, il y a eu d’autres cas avant lui. Mais son acte a pu être utilisé par les militants pour enclencher une révolution car il avait une dimension symbolique : il s’était immolé devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid et sa situation était intimement liée à la cause des agriculteurs de Regueb. Dès lors, il a personnifié le cumul des injustices dont beaucoup souffraient comme lui.
Cela fait des années que nous nous mobilisons et nous avons beaucoup appris des événements précédents. Nous avons par exemple retenu des leçons données par les blogueurs iraniens en 2007 et nous avons compris que la toile pouvait être un bon moyen de mobiliser les citoyens. Nous avons aussi tiré des leçons des événements du bassin minier en 2008 [des ouvriers chômeurs s’étaient mobilisés pour dénoncer la corruption et les conditions dans lesquelles ils vivaient. Une mobilisation violement réprimée]. Nous avions expérimenté les limites du régionalisme qui avait fait avorter notre mouvement. De même, les confrontations entre les habitants de Ben Guerden et Dhehiba et les forces de police en août 2010 nous ont appris à mieux faire face à la police. Nous avons compris qu’il fallait être sur le terrain, mais également sur Facebook et Twitter, sans oublier de nouer des relations avec les médias. Ayant conscience de tout cela, nous nous sommes réunis le 24 décembre 2010 à Chebba [petite ville au nord de Sidi Bouzid] au siège du PDP (le Parti Démocrate Progressiste) avec différents militants politiques et syndicalistes. C’était au lendemain de la mort de Mohamed Ammari à Menzel Bouzayane [région de Sidi Bouzid], le premier tué de la révolution. C’est ce jour là que nous avons décrété que cette mort ne passerait pas et que nous irions jusqu’au bout. »
Nous avons ensuite interrogé Slimane sur ces militants qui ont su utiliser l’affaire Bouazizi pour lancer la révolution. Qui sont-ils ? Combien étaient-ils ?
« Les leaders du mouvement se comptaient sur les doigts d’une main. J’en faisais partie. »
« Quand je parle des militants politiques et syndicalistes qui ont lancé le mouvement, je fais référence à un groupe qui ne dépasse pas 50 personnes, mais qui avait une grande capacité de mobilisation. Nous avions acquis une crédibilité auprès des habitants et nous étions écoutés quand on appelait à des actions militantes. Au sein de ce groupe d’une cinquantaine personne, il y avait bien sûr des leaders, qui se comptent sur les doigts d’une seule main. J’en faisais partie. Il y a beaucoup de choses à dire sur la véritable manière avec laquelle nous avons mené cette révolution, comme par exemple sur la façon dont nous sommes parvenus à élargir notre champ d’action et ne pas le cantonner à Sidi Bouzid. Nous avons par exemple encadré les jeunes et leur avons conseillé de se mobiliser de nuit. Mais nous ne pouvons pas encore tout révéler. Les forces contre-révolutionnaires sont encore là et il faut rester prudent. Le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas été réformé et les snipers du RCD sont toujours en liberté. Nos noms sont peut-être méconnus du grand public, mais la police politique elle nous connaît très bien.»

Slimane Rouissi et Julien Pain
Nous avons donc demandé à Slimane comment il vivait la médiatisation des « héros » de Tunis, les blogueurs et les activistes de la capitale qui ont été portés aux nues par les médias ?
« Je ne nie pas la participation de ceux que l’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant »
« Certains sont conscients de l’impact que nous avons eu : au lendemain de la fuite de Ben Ali, je recevais personnellement des messages et des coups de fil d’Egyptiens qui me demandaient conseil pour leur mobilisation contre Moubarak. Mais il y a un jeu politique. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des gens fabriquent des symboles révolutionnaires et les médiatisent. Le fait même de retenir la date du 14 janvier [le départ de Ben Ali] pour cette révolution, au lieu de celle du 17 décembre [l’immolation de Bouazizi] qui en est le point de départ, n’est que de la désinformation. Je ne nie pas la participation de ceux qu’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant. On marginalise les figures qui ont réellement été à l’origine de cette révolution. Nous autres militants de Sidi Bouzid, nous sommes donc aussi marginalisés que notre région. Les médias n’ont pas cherché à nous contacter après le 14 janvier. Pour ma part, je n’ai pas d’ambition politique ou médiatique. Tout ce qui m’importe c’est la réalisation de nos objectifs révolutionnaires.»
Slimane est loin de considérer que la révolution tunisienne a abouti. Et les résultats des élections dans sa région semblent lui donner raison. A l’heure où j’écris cet article, les résultats définitifs n’ont pas été annoncés, mais d’après les estimations, ce sont d’anciens membres du RCD, le parti de Ben Ali, qui sont arrivés largement en tête.
« Les résultats des élections à Sidi Bouzid m’ont choqué et déçu »
« Je n’ai pas voté dimanche car je constate que les forces contre-révolutionnaires sont toujours présentes. Mais je n’ai pas encouragé les gens à boycotter le scrutin. Selon les derniers résultats à Sidi Bouzid, Ennahdha aurait recueilli 25% des et La Pétition populaire 50%. Cette dernière liste est conduite par Hechmi Hamdi, patron de la chaîne privée « Al Mostakella », qui est un ancien du RCD, comme d’ailleurs bon nombre de ses partisans. Les 25% restant reviennent à une liste indépendante conduite par un certain Iléhi, lui aussi ancien membre du RCD.
Ces résultats m’ont choqué et déçu. J’ai fait le tour des villages de la région de Sidi Bouzid : Manzel Bouzayen, Regueb, Wled Haffouz ou Ben Aoun. Là-bas j’ai rencontré des personnes qui avaient voté pour la Pétition parce que son leader promettait 200 dinars [100 euros] de prime aux chômeurs, ou simplement parce qu’il était de Sidi Bouzid et qu’ils ne voulaient pas d’un président qui vienne de la région côtière du Sahel [région dont sont originaires les deux anciens présidents tunisiens]. Et puis la machine du RCD [parti dissout] s’est mise en branle et ses partisans ont encouragé les gens à voter pour cette liste. Enfin, je ne pense pas que les électeurs sachent tous que La Pétition  était une liste d’anciens membres du RCD. Ils ont juste été attirés par ses promesses.»
Alors que Slimane et ses confrères syndicalistes ont réussi à déclencher une révolution il y quelques mois, ils semblent aujourd’hui incapables d’enrayer le retour en force des acolytes de Ben Ali. Comment en si peu de temps ont-ils perdu leur capacité de mobilisation ?
« Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Les leaders ont déserté le terrain »
 « Du temps de Ben Ali, la situation était plus simple : il y avait le peuple contre le RCD et il suffisait d’appeler à manifester pour que les gens viennent. Mais depuis, les leaders de la contestation ont rejoint des partis. Et désormais ils doivent demander la permission de leur organisation pour lancer un mot d’ordre. Il est aujourd’hui impossible de rassembler tout le monde sous une même bannière.
Les leaders de Sidi Bouzid ont déserté le terrain, la rue est désormais orpheline. Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Et je me sens en danger car il y a eu une campagne contre moi. J’ai même été menacé par les milices de l’ancien régime, qui existent toujours. Aujourd’hui, ils me traitent d’agitateur et me demandent de repartir vers ma région, car je suis originaire du sud ouest. Cependant, je reste fermement décidé à ne pas céder à la contre-révolution. Il ne faut surtout pas se laisser abattre. Nous ferons pression sur l’Assemblée constituante pour garantir la réalisation des objectifs de la révolution.
J’ai encore de l’influence aujourd’hui sur les jeunes de Sidi Bouzid et je compte sur eux pour rester vigilants. Les médias ont exporté notre révolution en en faisant un modèle du printemps arabe. Il faut que ses objectifs soient atteints pour qu’on puisse vraiment parler de révolution. »

lundi 24 octobre 2011

ΑΝ ΟΧΙ ΤΩΡΑ ΠΟΤΕ; ΑΝ ΟΧΙ ΕΜΕΙΣ ΠΟΙΟΣ; Si ce n'est pas nous, qui? Si ce n'est pas maintenant, quand? If not now, then when? If not us, then who? Si no es ahora, ¿cuándo? Si no somos nosotros, ¿quién? Se non adesso, quando? Se non siamo noi, chi? Wenn nicht jetzt, wann dann? Wenn nicht wir, wer sonst? Se não é agora, será quando? Se não somos nós, será quem?

http://www.facebook.com/pages/%CE%9F%CE%A7%CE%99/263857293652026?sk=wall

Türkçe   
Eğer şimdi değilse, ne zaman? Biz değilsek, kim? “OXI” (HAYIR)  direnişi simgeliyor. Bu mesaj altında birleşiyoruz. Son bir buçuk yıl boyunca ülke olarak battık; hükümetin ve Troyka'nın icraatları yüzünden. Başka bir farazi kurtuluş daha istemiyoruz. Bu pazartesiden itibaren balkonlarımıza “HAYIR” diyen beyaz bir bez afiş asıyoruz, zirveye 28 Ekim’de ulaşacak bir eylem bu ve sonrasında gerekirse yeniden “HAYIR” demeyi sürdürüyoruz.

اگر حالا نه، پس چه وقت؟ اگر ما نه، پس کی؟  Farsi 
„OXI“ (نه) یعنی مقاومت. ما زیر این شعار متحد می شویم. از یک سال و نیم پیش کشور ما به خاطر تصمیمات دولت و هیئت سه گانه در حال سقوط است. ما با اقدامات باصطلاح نجات بخش آنها مخالفیم و بر بالکن های خود پارچه های سفید ی را آویزان می کنیم با واژه „OXI“ بر روی آن (نه). از ۲۴ اکتبر برای روز ۲۸ اکتبر یعنی روز ملی و تا زمانیکه لازم باشد دائم نه خواهیم گفت „OXI“.
 
 Esperanto  Se ne nun, do kiam? Se ne ni, do kiu?
“OXI”* (NE) signifas rezistadon. Tiumesaĝe ni unuiĝas. Dum la lasta jaro kaj duono, Grekujo sinkas pro la registaro kaj la Trojko. Ni ne plu volas tian supozatan elsavon. Ekde la lundo, ni ĉiuj pendigos ĉe niaj balkonoj blankan flagon aŭ tukon dirantan NE, kulmine je la nacia festotago de la 28a de oktobro, kaj ni plu dirados OXI! NE! tiom longe kiel necesos.
* [pr. oĥi]


"Όχι" σημαίνει αντίσταση. Ενωνόμαστε κάτω από αυτό το μήνυμα. Ενάμιση χρόνο τώρα, βουλιάζουμε ως χώρα, εξαιτίας των επιλογών κυβέρνησης και τρόικας. Δεν θέλουμε άλλη δήθεν σωτηρία. Κρεμάμε όλοι στα μπαλκόνια μας ένα λευκό πανί που να γράφει ΟΧΙ, ξεκινώντας αυτή την Δευτέρα, με κορύφωση την 28η Οκτωβρίου και για όσο χρειαστεί λέμε ένα νέο ΟΧΙ.

«Non» signifie résistance. Ensemble, nous nous unissons sous ce message. Depuis un an et demi , notre pays est en train de couler à cause des décisions du gouvernement et de la Troïka. Nous ne voulons pas d'un autre soi-disant sauvetage.
 Nous accrochons à nos balcons des banderoles qui disent NON, à partir de ce lundi 24 octobre, avec comme point culminant le jour de la fête nationale le 28 octobre et nous dirons NON aussi longtemps qu'il le faudra.
 “OXI” (NO) means resistance. We are uniting under this message. One year and a half now, Greece is sinking because of the choices of the governmental party and the troika. We do not want any more of this alleged rescue. We are all hanging from our balconies a white flag saying NO, starting this Monday, with the pick on our national holiday on the 28th October and for as long as it takes we are saying a new OXI! NO!

 “OXI” (NO) significa resistencia. Nos unimos bajo este mensaje. Durante el último año y medio nos hundimos como país, por culpa del gobierno y de la Troika. No queremos otra supuesta salvación. A partir de este lunes, colgamos en nuestros balcones una tela blanca que pone NO, acción que culmina el 28O y decimos un nuevo "NO" por el tiempo que sea necesario.

 “OXI” (NO) significa resistenza. Uniamoci sotto questo messaggio. Da un anno e mezzo affondiamo come paese, a causa delle scelte del nostro governo e della “Troika”. Non vogliamo più di questo falso salvataggio. Appendiamo tutti ai nostri balconi uno striscione bianco con la scritta “OXI” (NO), dal lunedi 24/10 fino al giorno della festa nazionale del 28 di Ottobre e finché sarà necessario  dire OXI! NO!
"OXI" (Nein) bedeutet Widerstand. Wir vereinen uns unter diesem Motto. Seit eineinhalb Jahren gehen wir als Land unter, wegen der Entscheidungen der Regierung und der Troika. Wir wollen keine weitere angebliche Rettung. Wir hängen alle an unsere Balkone ein weißes Tuch mit dem Wort "OXI" (nein). Ab Montag 24.Oktober mit Höhepunkt am Nationalfeiertag 28. Oktober und so lange es notwendig ist, sagen wir wieder und wieder "OXI" (Nein)!

OXI" (NÃO) significa resistência. Unimo-nos sob essa mensagem. Ao longo do último ano e meio, nos afundamos como país, por culpa do governo e da Troika. Não queremos outra falsa salvação. A partir dessa 2a-feira, penduramos em nossas janelas e sacadas um lençol branco com a palavra "NÃO", ação que culminará dia 28, data nacional da Grécia, e dizemos um renovado "NÃO", pelo tempo que for necessário.


samedi 22 octobre 2011

Grèce : dépression, suicides, stups et prostitution, effets de leur crise

La Grèce sous impact
par Hu Xiaoyan,  CNTV.CN, 13/10/2011
La crise de la dette en Grèce n'affecte pas seulement le secteur financier. Selon une étude réalisée par des chercheurs de Cambridge au Royaume-Uni, des problèmes sociaux, tels que la dépression, les suicides, l'usage de stupéfiants et la prostitution, doivent aussi faire l'objet d'une certaine attention.
Avec le chômage en croissance et l'économie en dégradation, certains Grecs recourent aux stupéfiants pour en faire face. Les salaires ont été réduits, ainsi que le budget pour les soins médicaux. Certains ne peuvent même pas payer leur médecin. Ce rapport, publié lundi au journal médical The Lancet, indique que les suicides ont augmenté de 17% en Grèce de 2007 à 2009. Ce taux est encore plus élevé si l'on regarde les chiffres non officiels du parlement du pays.
Alexander Kentikelenis
Etudiant-chercheur
Université de Cambridge
"Nous avons vu un rapport du ministère de la Santé, qui indique que les suicides ont augmenté de 25% en 2010 et de 40% pendant les 6 premiers mois de 2011. C'est très étonnant. Nous devons l'attribuer au changement économique très rapide, la récession. Des rapports précédents ont déjà montré que la récession aura un effet négatif sur la santé publique."
Selon M. Kentikelenis, un service téléphonique d'aide en Grèce avoue que 25% d'utilisateurs comptent se suicider en raison de la mauvaise économie. Il a d'ailleurs souligné que le taux d'infection au VIH avait augmenté de 50%. Presque la moitié des nouveaux séropositifs sont infectés à cause de l'usage de drogue. Le gouvernement grec a dû réduire le budget pour les soins médicaux, ce qui a aussi causé des inquiétudes concernant l'offre de médicaments. L'usage de l'héroïne a augmenté de 20% en 2009. Un tiers des programmes d'aide pour les toxicomanes ont été annulés en 2009 et en 2010, faute de budget. Certains vont plus loin pour rentrer dans ces programmes plus vite : ils s'infectent à dessein.
Andreas Loverdos
Ministre de la Santé
"Notre pays fait face à une grande crise financière. Mais aussi, il y a un défi pour fournir les soins médicaux. L'accès aux soins médicaux est très limité dans le système de santé du pays, ce qui ne doit pas avoir lieu."
M. Loverdos a indiqué que le ministre de la Santé avait réduit le temps nécessaire pour s'inscrire aux centres de réhabilitation, et a aussi sécurisé le financement de l'offre en médicaments dans son prochain budget, malgré la crise des dettes.
Les responsables du ministère ne veulent pas confirmer le nombre de suicides, mais ils ont annoncé que certains programmes pour aider les gens en dépression étaient déjà en préparation.
Markos Bolaris
Vice-ministre de la Santé
"Nous allons former des pharmaciens, des infirmières, des notaires, des juges, des avocats qui peuvent déterminer certains problèmes spécifiques quand on leur rend visite. Ils peuvent ensuite contacter les services sociaux ou les centres de santé, afin d'aider les gens en dépression à temps. "
Les responsables indiquent que davantage de gens ont perdu leur foyer. La municipalité d'Athènes avoue que le nombre de sans-foyers a augmenté de 25% ces 2 dernières années. Psychologue basé à Athènes, George Bouras, 38 ans, qui travaille dans la clinique de psychologie de l'hôpital d'Attikon, indique que la santé mentale des Grecs est affectée par beaucoup de problèmes en raison de la crise économique.
Géorge Bouras
Psychologue à Athènes
"En ces temps de crise, nous avons vu davantage de gens qui souffrent de problèmes psychologiques, et ils cherchent de l'aide et du soutien. Certains connaissent une aggravation des symptômes qu'ils présentent déjà et d'autres souffrent d'une grande dépression à cause des problèmes financiers."
Des mesures d'austérité ont déjà été mises en place par le gouvernement grec, le but étant d'atténuer les faillites, mais ces mesures ont aussi d'autres conséquences telles que le chômage, dont le taux s'élève déjà à 16%. Des dizaines de milliers de commerces ont dû également fermer faute de financement.

VOTER POURQUOI ? ET VOTER POUR QUI ? La révolution en Tunisie : premier bilan, premières leçons

par Aziz Krichen عزيز كريشان
21/10/2011
Nous publions volontiers cette tribune libre de notre ami Aziz Krichen, dont nous partageons pour l'essentiel l'analyse, en le laissant seul responsable de son choix électoral.
Basta ! يكفي 

Les élections du 23 octobre prochain vont-elles jeter les bases d'un régime républicain authentique ou déboucher sur une vulgaire mascarade ? Aller voter garde-t-il un sens ? Si oui, sur quelles listes porter ses suffrages ? Ces questions dérangeantes, la grande majorité de nos compatriotes se les pose. Elles sont le signe indiscutable que la "transition tunisienne vers la démocratie" se porte mal, sinon très mal.

Pour savoir comment nous en sommes arrivés là, il faut regarder en arrière, c'est-à-dire remonter au déclenchement du mouvement insurrectionnel en décembre 2010 et à la "fuite" de Ben Ali le 14 janvier 2011. Nous le savons désormais avec suffisamment de précisions : durant ces semaines de feu et de sang, deux séquences se sont déployées, et non pas une seule. Des séquences de nature différente et opposées entre elles. Nous avons assisté à un soulèvement du corps social, puis à un coup d'Etat interne au système.

Le soulèvement avait un caractère révolutionnaire évident. Il visait non pas le simple renversement de Ben Ali, mais celui du régime dans son ensemble (Ech-chaab yourid iskaat el-nidham !). C'est d'ailleurs pour éviter une telle issue, la chute du régime, que le coup d'Etat a été fomenté. Ses auteurs ? Le haut commandement de l'armée et certaines directions des forces de police, notamment la division antiterroriste, les uns et les autres agissant en coordination avec les services de sécurité US - tandis que les services français, toujours en retard d'un train, s'accrochaient obstinément à Ben Ali.

Ce ne sont donc pas nos "amis américains", ni le général Rachid Ammar, qui ont favorisé ou encouragé le soulèvement - comme le soutient une théorie du complot imbécile, mais qui a la vie dure. C'est très exactement le contraire qui s'est produit. L'armée et la division antiterroriste ne sont intervenues que pour sauver les meubles. Pour barrer la route à une révolution menaçante, dévier sa trajectoire, briser son élan et enfin la dévoyer et la récupérer.

Comment ? En concédant un changement de pure forme, le remplacement de Ben Ali par un fantoche, et en confiant à un gouvernement intérimaire - dirigé par Mohamed Ghannouchi, Premier ministre sous Ben Ali, et composé pour l'essentiel de ministres issus du RCD -, la tâche d'organiser des élections présidentielles anticipées. Cela, bien entendu, dans "le respect de la constitution en vigueur" et pour "assurer la continuité des institutions de l'Etat" ! En termes explicites, l'opération revenait à sacrifier un tyran devenu trop encombrant, tout en gardant le contrôle effectif du pouvoir et en retirant l'initiative des mains inexpertes des insurgés.

Jusqu'au 14 janvier, le mouvement populaire avait été largement spontané et inorganisé. Il souffrait, en particulier, de l'absence de toute forme de coordination nationale : quand il existait, son principal encadrement provenait des structures locales ou régionales de l'UGTT. A partir de l'élimination de Ben Ali et l'installation du gouvernement provisoire, cet état de fait devenait dangereux. La spontanéité ne suffisait plus. Il fallait passer à un stade supérieur d'organisation et de savoir-faire. L'action de masse devait pouvoir s'appuyer dorénavant sur des formations politiques et sociales disposant d'une vision globale commune concernant la marche à suivre pour atteindre l'objectif de renversement du régime. Un but en faveur duquel des centaines de citoyens avaient fait le sacrifice suprême, en offrant leurs poitrines nues aux balles des forces de répression.

Surgie en Tunisie, la tempête révolutionnaire avait commencé à se propager dans les autres pays arabes, singulièrement en Egypte et en Lybie, nos voisins immédiats. Les peuples étaient maintenant entraînés sur une courbe ascendante. L'indépendance et la liberté paraissaient de nouveau accessibles. L'ambition collective semblait s'imposer d'elle-même. Mais l'efficacité exigeait, à tout le moins, la collaboration des partis et des groupes qui s'étaient réellement battus contre le régime Ben Ali. Or ces derniers - les démocrates, les progressistes, les islamistes, les marxistes, les nationalistes arabes, etc. -, qui avaient pourtant esquissé un début de rapprochement en 2006 à travers l'Initiative du 18 Octobre, n'ont jamais été capables, après le 14 janvier, de se hisser à la hauteur de l'enjeu. On pouvait penser que la révolution les tirerait vers le haut ; ils la tirèrent vers le bas.

L'inconséquence et la lâcheté se manifestèrent très tôt, lorsque le PDP, Ettajdid et Ettakatol, ainsi que l'UGTT et des "personnalités indépendantes", acceptèrent avec empressement de participer au premier gouvernement provisoire de Mohamed Ghannouchi. Je répète quelle était la mission confiée à ce dernier : organiser dans un délai de deux mois des présidentielles anticipées, sans toucher à la constitution de 1959. Le régime en tant que tel n'était pas remis en cause : il s'agissait uniquement de donner les pleins pouvoirs à un autre que Ben Ali, en légitimant l'inévitable dictature à venir par des élections "sincères et transparentes" organisées par le ministère de l'Intérieur qui est, chacun le sait, orfèvre en la matière.

C'était plus que de la précipitation opportuniste, plus qu'une erreur de calcul : on était en face d'une véritable forfaiture, une véritable trahison du mouvement populaire. Néanmoins, dans les semaines qui suivirent l'exfiltration de Ben Ali, le peuple et la jeunesse restaient encore suffisamment mobilisés pour ne pas se laisser tromper par des manipulations aussi grossières. Kasbah I vint à bout du premier gouvernement Ghannouchi en moins de deux semaines (15-27 janvier 2011). Kasbah II peina un peu plus longtemps, mais se solda par le départ définitif de Ghannouchi et le renversement de son deuxième gouvernement (27 janvier-27 février 2011).

Béji Caïd-Essebsi fut alors "retiré de sa boite d'archives" et chargé de former un troisième gouvernement provisoire. Au début, il n'eut pas d'autre choix que de céder aux revendications de la rue : dissolution du RCD et de la police politique ; dissolution des deux chambres du parlement ; suspension de la constitution liberticide de 1959 ; convocation d'élections pour une assemblée nationale constituante... En théorie, les principaux obstacles qui s'opposaient au changement de régime étaient levés.

Mais après avoir annoncé ces concessions majeures - ce qui donna à beaucoup de Tunisiens et à la plupart des observateurs extérieurs l'impression que le pays se dirigeait sérieusement à présent vers sa mutation démocratique -, le nouveau Premier ministre s'employa systématiquement à vider les mesures adoptées de tout effet réel. Simultanément, il manœuvra sans relâche pour reconquérir chaque centimètre de terrain perdu. Et force est de reconnaître que l'opposition, loin de lui résister ou lui compliquer la tâche, la lui facilita au contraire, par sa pusillanimité et son manque de jugement. Je n'en donnerai ici que deux illustrations, toutefois particulièrement significatives.

1 - Début mars, lorsque Caïd-Essebsi remplace Ghannouchi, la scène politique est marquée par une sorte de dualité de pouvoir. D'un côté, il y a l'équipe gouvernementale, un mélange de "techniciens" et de seconds couteaux de l'ancien régime. Ce gouvernement, qui ne possède plus la moindre assise constitutionnelle, se définit comme une instance politiquement neutre - premier mensonge - et se prétend qualifié pour expédier les affaires courantes jusqu'aux prochaines élections - deuxième mensonge.

En face, nous trouvons le CDR (Comité pour la défense de la révolution), une structure créée à la mi-février, qui regroupe la plupart des partis d'opposition ainsi que l'UGTT et les principales organisations de la société civile : avocats, magistrats, journalistes, Ligue des droits de l'homme, etc. Le Comité se présente comme le porte-parole du pays réel et réclame un droit de regard sur l'activité du gouvernement de transition.

Sur le strict plan du rapport des forces, les partis d'opposition ne pesaient pas lourd. Sous Bourguiba d'abord, sous Ben Ali ensuite, la répression les avaient littéralement décimés. La révolution avait été déclenchée sans eux, sans qu'ils y participent de manière notable, à quelques exceptions près. Dans ces conditions, ils pouvaient difficilement se faire passer pour une représentation légitime de la population. Sur le plan symbolique, en revanche, leur rassemblement au sein du CDR, l'indépendance de leurs prises de positions, tout cela avait un caractère stratégique essentiel, qu'il fallait sauvegarder coûte que coûte. La création du CDR témoignait d'une défiance justifiée à l'égard du gouvernement provisoire ; c'était le signe qu'une alternative prenait forme, qu'une relève potentielle existait, qui pouvait se confirmer dans la durée.

J'ai parlé de dualité de pouvoir. Début mars, elle n'existait qu'à l'état virtuel. Si l'opposition parvenait à préserver son autonomie politique, la dualité deviendrait effective et la menace pour le régime substantielle. Pour Caïd-Essebsi, le danger devait être circonscrit sans plus attendre. Il refuse de reconnaître le CDR, au nom précisément de la prééminence du gouvernement "légal". En contrepartie, il se dit disposé à travailler avec tous les partis et à les considérer comme des partenaires privilégiés, dans la mesure où ils intègrent la "Haute Instance" - une véritable usine à gaz, sorte de commission d'experts chargée de préparer les textes et les procédures devant encadrer le "changement démocratique", dont le principe avait été annoncé par Ben Ali le 13 janvier 2011, quelques heures avant son élimination.

Après des jours de discussions aussi enflammées que dérisoires, les uns après les autres, l'ensemble des partis d'opposition rentre dans les rangs. Exit le CDR, vive la Haute Instance... pour la réalisation des objectifs de la révolution ! Sauf qu'au passage, l'opposition se retrouvait pratiquement paralysée. Elle était quantitativement minoritaire, étant donné le nombre d'"indépendants" que le gouvernement avait désigné pour soi-disant parachever la représentativité de l'organisme mis en place. Et elle était dépourvue de toute capacité d'initiative, puisqu'elle évoluait désormais dans un cadre purement consultatif, dont l'agenda et le staff dirigeant étaient imposés directement par le pouvoir.
L'existence politique indépendante des partis n'avait duré que quelques semaines. Ils n'étaient plus là pour indiquer un cap, offrir une alternative, mais pour servir de caution à un régime à la dérive, pour l'aider finalement à récupérer ses forces, en se satisfaisant de menus changements de façade. La démarcation basique qu'opère toute révolution pour espérer vaincre, celle entre les amis et les ennemis - cette distinction ne pouvait plus être faite dès lors que l'opposition s'était ralliée au gouvernement en rejoignant la Grande Instance. En perdant ses ennemis, le peuple tunisien perdait du même coup ses amis. En constatant leur connivence objective, contre qui aurait-il pu porter ses coups ?

2 - La deuxième illustration à pour cadre cette même Haute Institution, mais un mois plus tard, lors du débat sur le mode de scrutin à appliquer pour l'élection de l'assemblée constituante. D'emblée, l'affaire est présentée comme essentiellement technique. Deux scénarios sont retenus : le scrutin uninominal ou le scrutin par liste. Des dizaines d'experts sont invités à donner leur point de vue sur les avantages et les inconvénients de chaque formule. Rapidement, une large majorité se dégage en faveur du scrutin par liste. Une résolution est rédigée sur cette base et adopté à la quasi unanimité. Le gouvernement l'entérine. De fait, consciemment ou inconsciemment, tout le monde s'était arrangé pour passer sous silence la signification politique réelle de chaque type de scrutin.

Sur le plan empirique, la distinction entre les deux modèles est simple à saisir. Dans le cas du scrutin par liste, l'opération de vote se déroule à l'échelle d'une région relativement vaste - le gouvernorat entier -, englobant une population de plusieurs centaines de milliers d'habitants. On ne vote pas pour élire son député, mais tous les députés de la région considérée. A l'inverse, dans le cas du scrutin uninominal, la circonscription est réduite - elle correspond au territoire de la délégation - et ne compte que quelques dizaines de milliers d'habitants. On vote pour élire un seul député, son député, celui qui vous représentera directement à la constituante.

Il ne faut pas sortir de Sciences Po pour deviner que le scrutin par liste convient davantage aux partis organisés, alors que le scrutin uninominal favorise lui plutôt les candidatures individuelles disposant d'un minimum d'ancrage et de rayonnement local. Dans les pays occidentaux, où les phénomènes de corruption et de clientélisme ne sont pas rares, le modèle uninominal a généralement mauvaise presse. Il accorde une sorte de rente de situation aux notables provinciaux, dont certains finissent par établir de véritables dynasties électives héréditaires. C'est d'ailleurs beaucoup à partir de ce genre de parallèles que la Haute Instance a justifié son choix massif en faveur du scrutin de liste.

Sauf que comparer la situation politique de la Tunisie avec celle des démocraties occidentales n'a proprement aucun sens. Les données du problème sont radicalement différentes. Après le demi-siècle de dictature que nous venons de traverser, nous sommes très loin de disposer d'un système de partis digne de ce nom. Surtout après le 14 janvier, lorsque leur nombre a explosé pour ajouter de la confusion à la confusion (on compte aujourd'hui plus de 100 partis enregistrés). Par contre, le pays a été labouré de long en large par plusieurs mois de soulèvement populaire. Durant cette période d'effervescence, par centaines, des femmes et des hommes se sont révélés, qui ont joué un rôle moteur en entraînant leurs compatriotes dans le combat. Beaucoup parmi eux ont acquis de l'expérience et une véritable autorité en animant les conseils révolutionnaires locaux. Ces leaders naturels, issus des rangs mêmes de l'insurrection, sont connus et respectés. On les rencontre dans tous les milieux sociaux, y compris les plus modestes, et dans toutes les régions, y compris celles habituellement oubliées. Le scrutin uninominal n'est sans doute pas la panacée, mais c'est celui qui était le plus à leur portée, celui qui aurait eu le plus de chances de les concerner, de les attirer, de susciter des candidatures parmi eux - des candidatures crédibles et légitimes, parce que provenant des profondeurs du pays réel.

Au total, dans cet épisode du mode de scrutin, on avait à choisir entre laisser la population sélectionner par elle-même et au plus près ses élus ou les désigner par des états-majors de partis installés dans la capitale ; on avait à choisir entre un renouvellement substantiel de la représentation nationale ou son simple élargissement par cooptation ; on avait à choisir entre construire un nouveau système politique en partant par le bas ou rafistoler l'ancien par le haut. Pour conclure : on avait à choisir entre maintenir vivant le lien entre la révolution et les élections ou couper ce lien. Le gouvernement, la Haute Instance et, avec eux, l'écrasante majorité des partis, ont tranché. Et ils ont tranché en faveur de leurs seuls intérêts d'appareils.

Comment expliquer pareil comportement de l'opposition tunisienne ? Je crois que l'on commettrait une grave erreur en analysant le phénomène uniquement à partir de considérations morales ou psychologiques (manque de jugement, trahison, opportunisme, etc.). Le mal est plus profond et ancien. Il tient à l'espèce de fossé sociologique et culturel qui sépare cette opposition - et plus généralement les élites du pays - des masses populaires. Ce fossé a été mis en lumière au cours même des mois de décembre et de janvier, lorsque tout le monde a pu constater que le soulèvement était largement spontané et inorganisé. On se souvient de ces reportages cocasses réalisés par les télévisions européennes à ce moment. Les journalistes semblaient perdus : ils cherchaient des "barbus islamistes" à la tête des manifestations et, à leur grand désarroi, n'en trouvaient pas. Ils auraient pu tout autant chercher les champions actuels du "modernisme" et de la "laïcité" : ils ne les auraient pas rencontrés non plus.

La confrontation a débuté comme un bras de fer entre le peuple et le régime, et ce n'est que lorsque Ben Ali a été "dégagé", lorsque le chemin a été déblayé, que l'opposition a pu entrer en scène. Le jeu, qui était limité à deux acteurs, est devenu un jeu à trois. Stratégiquement, deux combinaisons étaient possibles, et seulement deux : soit l'alliance du peuple et de l'opposition contre le pouvoir ; soit l'alliance du pouvoir et de l'opposition au détriment du peuple.

Enoncé en ces termes, le constat peut paraître exagéré, voire outrancier. Mais considérons le déroulement des événements : c'est exactement ce qui s'est produit. Sous les deux premiers gouvernements provisoires (Ghannouchi I et Ghannouchi II), une partie de l'opposition a rejoint le régime, tandis que l'autre a continué à le combattre, en reprenant à son compte les revendications populaires. Depuis le troisième gouvernement intérimaire (Caïd-Essebsi), après la dissolution du CDR et l'adhésion à la Grande Instance, le ralliement n'a pas été partiel, mais général. L'ensemble de l'opposition s'est mis à jouer selon les règles définies par le régime.

Cette soumission aux conditions posées par le pouvoir a eu de lourdes conséquences négatives, non seulement pour la mobilisation populaire, mais aussi pour l'évolution des pratiques partisanes. Après avoir intégré la Haute Instance (mars) et adopté le mode de scrutin par liste (avril), les partis ne se sont plus préoccupés que de leur participation aux élections et du nombre de sièges qu'ils pouvaient en retirer. Obnubilés désormais par cet unique enjeu, ils se sont comportés comme si la campagne portait sur des législatives normales et non pas sur une échéance exceptionnelle, l'élection d'une assemblée constituante. Ils ont oublié que celle-ci avait pour objet central de définir un contrat social, commun à tous les Tunisiens et les liant pour plusieurs générations. Bref, ils ont perdu de vue que leur mission essentielle était une mission d'unité politique, de cohésion sociale et de reconnaissance mutuelle. Au lieu de quoi, ils sont littéralement partis en guerre les uns contre les autres. Ils se sont acharnés à se démarquer, à se distinguer, à se différencier, à se séparer, à se dénigrer les uns des autres, chacun ciblant une clientèle électorale particulière, chacun défendant sa petite boutique, chacun cherchant à l'agrandir, par tous les moyens, y compris les moins honorables.

Au sein de la Haute Instance, les partis d'opposition n'ont donc pas aplani leurs divergences, ils ont au contraire aggravé leurs divisions, donnant ainsi au régime la possibilité d'utiliser l'opposition contre elle-même, une technique qu'il maîtrise depuis toujours. Même l'épouvantail du danger salafiste, que Ben Ali a instrumenté pendant 20 ans et que l'on croyait disparu avec sa chute, a refait surface et repris du service. Et l'on a vu se durcir comme jamais auparavant le clivage autodestructeur entre "islamistes" et "laïques". Lorsque la tension retombait quelque peu, une quelconque provocation policière remettait le feu aux poudres et le manège repartait pour un tour. On en a eu un nombre incalculable d'exemples.

L'exacerbation des rivalités au sein de l'opposition n'a pas servi que le pouvoir, elle a aussi grandement facilité le travail de noyautage et de verrouillage des agents d'influence étrangers. Pour garantir leurs chances de réussite lors des prochaines élections, plusieurs partis se sont sentis tenus de montrer patte blanche aux "parrains" habituels de la Tunisie, notamment la France et les Etats-Unis. Jamais les contacts n'ont été aussi fréquents que ces derniers mois. Ce qui n'a pas été sans infléchir sérieusement les choix d'orientation de nombreux partis, spécialement en matière d'économie, de sécurité et de politique internationale. Alors qu'il fallait se battre pour rétablir la souveraineté du pays après l'élimination de Ben Ali, des dirigeants d'opposition n'ont pas hésité à l'aliéner davantage, dans le but d'en tirer profit pour leurs propres couleurs.

Une dérive du même genre a été observée sur le plan financier. L'argent est le nerf de la guerre. Comme ils étaient partis en guerre contre leurs concurrents, de nombreux partis, sans moyens au départ, se sont lancés dans des campagnes débridées de collecte de fonds, sans trop se soucier de leur provenance. Le total des sommes ainsi injectés dans le circuit politique est hallucinant, il s'élève à plusieurs milliards de DT. L'origine ? Les monarchies pétrolières et l'Europe pour l'extérieur, des affairistes compromis avec le clan Ben Ali pour l'intérieur - sans doute une manière d'effacer l'ardoise. Plusieurs scandales ont éclaté à ce propos, qui ont surtout éclaboussé le PDP et Ennahdha. La corruption était la marque de fabrique du RCD. Le RCD a été dissous, mais il a fait des émules.

Obnubilés par leurs querelles intestines, obsédés par les efforts que chacun devait déployer pour remplir les caisses et recruter des troupes, les partis n'avaient plus beaucoup de temps à consacrer à contrer le gouvernement. Celui-ci en a naturellement profité pour reprendre progressivement le contrôle de la situation. La récupération s'est faite par paliers, mais de manière continue et, il faut le reconnaître, sans rencontrer trop de résistances. Entre mars et juin 2011, les principaux lieux de pouvoir - les ministères de l'Intérieur et de la Justice, les médias de masse, l'UGTT, les banques, le patronat, etc. - étaient débarrassés de leurs velléités d'autonomie ou de transparence et fermement mises au pas. Pendant que les partis croyaient qu'ils cogéraient la transition de la dictature à la démocratie, Caïd Essebsi et son équipe ont travaillé sans répit à ramener les choses à l'état où elles se trouvaient avant le 14 janvier.

Parallèlement, la mobilisation populaire s'est essoufflée, avant de retomber, comme une construction dont les fondations se dérobent. Evidemment, l'agitation sociale n'a pas été stoppée - comment aurait-elle pu l'être, d'ailleurs, avec l'explosion du chômage et la flambée des prix des biens de première nécessité ? -, mais elle est restée éparpillée, ponctuelle, et n'a plus jamais revêtu une dimension nationale. Avec la démobilisation est venue la démoralisation, qui s'est traduite par une espèce de rejet, de dégoût universel à l'égard des partis et de la politique. Le retrait de la population s'est manifesté de manière frappante en juillet et en août, lors de l'ouverture des inscriptions sur les nouvelles listes d'électeurs. Il a fallu ajouter plusieurs semaines aux délais légaux pour approcher péniblement les 50% du corps électoral. Concernant spécifiquement la tranche des 18-20 ans, celle qui a été le fer de lance de la révolution, le taux d'inscription ne dépassait pas les 20% !

*     *     *

C'est dans ce contexte général que les Tunisiens sont appelés, ce dimanche 23 octobre, à élire leurs représentants à l'assemblée constituante. L'analyse dressée ici n'est pas optimiste ; elle n'est pas non plus pessimiste ; elle est simplement objective. Ben Ali a été chassé du pouvoir, mais son régime, un moment ébranlé, est toujours debout, malgré plus de neuf mois de "transition démocratique". Très vraisemblablement, le changement effectif ne sera pas non plus réalisé avec les élections de dimanche prochain. La Tunisie est - et restera - un pays surendetté et dépendant. Elle est - et restera - insérée de manière organique dans le système de domination occidental. Elle ne s'est pas écartée - et ne s'écartera pas - des choix économiques désastreux qui lui sont imposés depuis des décennies. Immanquablement, ces choix continueront à creuser des inégalités insupportables entre les groupes sociaux et les régions. Ils continueront de marginaliser la jeunesse, en particulier les jeunes diplômés. Ils augmenteront toujours plus le rôle destructeur de l'affairisme et de la corruption.

Oui, je le crains, sur tous ces sujets, rien d'important ne changera après le 23 octobre. Que faire alors par rapport aux élections ? S'en détourner ? S'en laver les mains ? Désespérer de son pays et de ses compatriotes ? L'engagement politique exige la lucidité. Mais la lucidité n'est pas synonyme d'abandon ni de démission. Dans un processus révolutionnaire, la victoire ou l'échec sont des notions relatives. Parce que la révolution est un processus, c'est-à-dire une transformation graduelle inscrite dans la durée. Les succès ou les revers doivent être rapportés à une chaîne de moments successifs, bornée aux deux extrémités par un point de départ et un point d'arrivée. Une même chose peut être considérée comme une défaite, si on la mesure à son éloignement par rapport au but vers lequel on tend ; ou comme une victoire, si l'on estime qu'elle a modifié favorablement les données initiales d'un combat qui n'en est qu'à ses premières phases.

J'ai dit que le régime n'avait pas été transformé au niveau de ses structures fondamentales. C'est indéniable. Mais ce n'est qu'un aspect de la question. L'autre aspect, c'est que le soulèvement populaire l'a forcé à changer son mode de fonctionnement. C'est considérable. Depuis janvier dernier, nous avons arraché des espaces de liberté décisifs - libertés d'expression, d'organisation, de manifestation, de représentation - sur lesquels il sera extrêmement difficile de revenir. Parce que le peuple a payé ces avancées de son sang et qu'il ne s'agit plus pour lui, dans ces affaires, de simples droits abstraits, inscrits dans une constitution pour faire joli et que personne ne respecte. Le 14 Janvier 2011 n'a rien à voir avec le 7 Novembre 1987, ni même avec le 20 Mars 1956. Et ses conséquences, à moyen et long terme, seront incomparables.

Une autre perspective doit être rappelée, dont le poids va être déterminant à l'avenir. La révolution déclenchée chez nous n'a pas concerné la seule Tunisie ; elle s'est tout de suite propagée parmi l'ensemble des peuples arabes. Les soulèvements de masses qui ont "dégagé" Ben Ali ont aussi "dégagé" Moubarak, puis Kadhafi. Ils vont bientôt "dégager" Saleh et peut-être ensuite Assad. Dans d'autres pays - Iraq, Jordanie, Bahreïn, Arabie saoudite, Oman, Maroc -, malgré la répression, l'agitation reste présente, à l'affût, attendant l'occasion propice pour lancer de nouveaux assauts. Les résultats concrets déjà obtenus ne sont peut-être pas à la hauteur des espérances. Mais les Arabes partaient avec un gros handicap. Ils ont été étouffés par un demi-siècle de tyrannies et d'agressions extérieures. Ils commencent aujourd'hui à secouer le joug ; demain, ils le briseront.

Cela signifie que nous entrons dans une nouvelle époque, à l'échelle de la région et sans doute aussi à l'échelle mondiale. Dans les 10-15 ans qui viennent, les évolutions en cours ne vont pas se ralentir, mais s'accélérer. La vieille exhortation romantique lancée par Guevara depuis la Bolivie ( "Créer un, deux, trois Vietnam !") est en train de se réaliser. Non par des groupes armés, mais par des peuples pacifiques. Non en Amérique latine, mais dans le monde arabe, à cheval entre l'Afrique et l'Asie. Les forces de l'Empire sont confrontées à plusieurs zones de résistance populaire de façon simultanée. Rapidement, elles ne sauront plus où donner de la tête, d'autant que le système économique et financier qui les soutient n'en finit pas de s'écrouler depuis 2008. Le combat en Tunisie n'est pas isolé. Il est porté par un vaste déploiement de l'histoire, qui redistribue les cartes et multiplie les opportunités.

Mais revenons à des préoccupations plus immédiates. Si l'on essaie d'identifier la principale difficulté rencontrée par la révolution tunisienne depuis décembre 2010, on dira qu'elle se situe dans une forme de contradiction, de décalage, entre ce que l'on pourrait appeler son moteur objectif (le peuple, qui voulait renverser le régime) et ce que l'on pourrait appeler son moteur subjectif (l'élite intellectuelle et politique, les partis d'opposition, qui n'ont pas voulu ou pas su se mettre au service de cette demande de révolution). Etant donné les particularités de la pyramide démographique, on pourrait ajouter que le décalage entre l'objectif et le subjectif est aussi un décalage entre les générations. La révolution a surtout été voulue par les jeunes ; elle a été dévoyée surtout par les plus âgés.

Cette situation n'a rien d'exceptionnel. C'est même une règle constante en sociologie. Certes, les élites aiment toujours se faire passer pour le secteur le plus éclairé de la population, et donc comme son avant-garde naturelle. En vérité, elles n'en sont que l'expression moyenne, la sophistication verbale en plus. En outre, elles font le plus souvent partie des milieux économiquement privilégiés - des privilèges qui se consolident avec l'âge, avec l'avancement dans la carrière et les promotions. En général, et contrairement à l'image qu'elles veulent donner d'elles, les élites sont foncièrement conservatrices : quand bien même elles le critiqueraient sur tel ou tel aspect, elles sont viscéralement attachées au maintien de l'ordre existant.

La situation ne change à ce niveau que lorsque le corps social commence à être remué par des secousses qui annoncent l'arrivée de la tourmente révolutionnaire. Il peut alors s'opérer une sorte de scission, de polarisation des élites. A ce moment-là, selon des rythmes et des procédures variés, on peut assister à la naissance d'élites intellectuelles et politiques capables de se vouer au peuple et à la révolution. En Tunisie, pour les militants du vrai changement, pour les vrais combattants de l'indépendance et de la liberté, c'est le travail qui les attend. C'est la tâche stratégique de l'étape qui commence : avec la jeunesse qui s'est levée en décembre et janvier, aider à la cristallisation d'une nouvelle culture et d'une nouvelle élite nationale. Cela, dans tous les domaines de la vie collective - la politique et la pensée, l'art et la littérature, la vie associative et l'action syndicale -, en dépassant les clivages idéologiques de convenance, en particulier celui opposant les "modernistes" aux "islamistes", parce que leurs présupposés respectifs sont superficiels et unilatéraux et que leurs disputes ne servent qu'à diviser la population et à la retourner contre elle-même.

Pour l'heure, le problème le plus urgent est celui des élections. J'ai porté un jugement sévère à l'égard des partis qui vont solliciter nos suffrages. Le jugement est fondé dans la mesure où il est global. Si l'on passe au cas par cas, le tableau est beaucoup plus complexe. Par bien des aspects, les partis sont responsables de la crise actuelle, mais ils ne sont pas tous coupables, et quand ils le sont, ils ne le sont pas dans les mêmes proportions. (Je ne parle que des partis dont l'existence est antérieure au 14 janvier. A 90%, les autres, les nouvelles formations, on peut imaginer qu'elles vont disparaître après le scrutin, aussi bizarrement qu'elles sont apparues.) Quand on regarde les choses de près, on constate d'ailleurs que la situation d'aucun parti n'est définitivement fixée. Si les directions sont restées généralement entre les mêmes mains, les effectifs ont énormément bougé. Il y a eu une sorte de turn-over incessant à peu près partout, des arrivées massives et des départs conséquents. Dans certains cas, le ratio ancien adhérent/nouvel adhérent a dépassé les 100. Les organisations sont donc plongées depuis janvier dans un véritable maelstrom, qui modifie tout, aussi bien leur base sociale que leur orientation politique. Le travail de décomposition-recomposition auquel j'ai fait allusion est à l'œuvre dans toutes les structures et il faudra certainement attendre plusieurs mois encore pour que les choses commencent à se décanter.

Il faut pourtant se déterminer et choisir, à l'intérieur de cet environnement passablement mouvant et incertain. Des milliers de listes sont en compétition, surtout des listes partisanes, mais aussi beaucoup de listes indépendantes. Dans le tas, il y a un grand nombre de candidats intègres et dévoués. Voter pour eux en conscience - et barrer la route aux partis qui se contenteront d'un simple ravalement de façade de l'ancien système - est un devoir civique élémentaire. Même si l'on est convaincu d'avance que l'opération électorale ne sera pas aussi "sincère et transparente" qu'on nous l'annonce.

A titre personnel, j'ai décidé de voter en faveur des listes du Congrès pour la république. (Cette dernière année, je n'ai pas toujours été d'accord avec les prises de position politiques du CPR. Mais le mieux est l'ennemi du bien. Dans les circonstances actuelles, les divergences secondaires ne doivent pas entrer en ligne de compte.) Les raisons d'un tel choix sont nombreuses. Je les énumère par souci de clarté.
-       En douze ans d'existence, le CPR n'a jamais pactisé avec le régime Ben Ali, contrairement à la plupart des autres formations de l'opposition ;
-       Il ne s'est pas compromis non plus avec les gouvernements Ghannouchi I et II ;
-       Il n'a pas été impliqué dans des affaires de financement occulte ;
-       Sa ligne générale est cohérente : démocratie, souveraineté, refus du néolibéralisme, fédéralisme arabe, sécularisme, reconnaissance de l'islam comme facteur culturel constitutif de notre identité nationale.

L'ancrage idéologique du CPR me convient et je crois qu'il est conforme aux grandes aspirations du pays. Il me laisse espérer que ce parti pourrait devenir, demain, avec d'autres, l'un des points d'appui à partir desquels il serait possible de mieux préparer les prochaines batailles. Le 14 Janvier a ouvert une porte et laissé entrevoir l'avenir. Le vrai combat commence maintenant.

vendredi 21 octobre 2011

Égypte : Wael Aly, symbole de la révolution confisquée مصر : إلى وائل علي، رمز الثورة المُصَادرة

Traductions disponibles Translations available Διαθέσιμες μεταφράσεις الترجمات المتوفرة 
English Egypt: Wael Aly, a symbol of the confiscated revolution 

Souvenez-vous ! En janvier dernier, un vent de liberté venu de Tunisie avait soufflé sur l'Egypte. Des dizaines de milliers d'Égyptiens avaient envahis la Place Tahrir au Caire, bientôt rejoints par des centaines de milliers de personnes pour former une multitude de plus d'un million de manifestants. Comme une trainée de poudre, la révolte populaire avait pris dans les principales villes du pays, d'Alexandrie à Assouan, en passant par Suez et les villes de Haute Egypte comme Assiout et Al Minia. Son mot d'ordre « chaab yourid askat el nidham » (Le peuple veut la chute du régime) était sans appel !
Très vite, l'armée avait pris position dans les rues du Caire, s'interposant entre les manifestants de la place Tahrir et les hordes de contre-révolutionnaires diligentées par le régime, notamment durant les journées d'affrontement de début février qui firent leur lot de « martyrs de la révolution » tombés au champ d'honneur. Le sang avait coulé, marquant un point de non-retour qui précipita la chute du « raïs el makhlou3 » Moubarak. Le 11 février au soir, le Conseil suprême des forces armées (SCAF) annonçait la destitution du dictateur, déclenchant une liesse populaire inimaginable.
Les Égyptiens vivaient un rêve éveillé. Tout devenait possible : l'armée était à leurs côtés et avait refusé de tirer sur la foule ; un nouveau gouvernement avait été nommé et la coalition des révolutionnaires invités à la table d'Essam Sharaf, le Premier ministre, pour bâtir les fondements de la nouvelle Égypte, une Égypte « démocratique », disaient-ils.
Mais très vite, les lendemains ont déchanté. Les pourparlers au sommet avaient accouché d'une souris : pas de nouvelle constitution mais seulement des amendements soumis dans la précipitation à un référendum populaire le 19 mars. Les dés étaient pipés car l'ouverture contrôlée du champ politique a permis en effet à la principale force politique du pays, les Frères Musulmans nouvellement constitués en Parti pour la Justice et la Liberté, de rafler la mise électorale. Et ainsi d'étouffer les aspirations du pôle révolutionnaire par le contrôle de la société qu'ils quadrillent depuis des décennies à travers différents relais culturels et caritatifs.
Mais malgré le désenchantement provoqué par le « Oui » au lifting de la constitution et au calendrier électoral proposé, la contestation populaire n'était pas pour autant retombée. Les irréductibles de la place Tahrir continuaient, vaille que vaille et chaque vendredi de ce printemps arabe, à marteler leur légitimes revendications : justice pour les familles de martyrs, une nouvelle constitution suivie d'un calendrier électoral permettant aux partis démocrates de se constituer librement. Et finalement, un gouvernement civil avec le retour des militaires dans les casernes !
Une revendication de trop, au regard du SCAF qui s'était affublé du rôle de « garant de la révolution ». Un comble, car en Égypte comme dans tous les pays tenu d'une main de maitre par des militaires, l'armée a toujours été le garant du régime en place !
Les occupants de la place Tahrir le réalisèrent très vite. D'abord, le 9 mars, quand l'armée tenta une première fois, aidée de contre-révolutionnaires trop rapidement désignés comme « baltaguiya » (voyous) de nettoyer la place. L'opération s'était soldée par des dizaines de blessés, des dizaines de militants arrêtés et déférés illico presto devant le tribunal militaire ! Ensuite, durant la nuit du 9 avril , au lendemain de la manifestation monstre du 8 avril durant laquelle plus d'un million de contestataires avaient à nouveau envahi la place Tahrir. Cette journée, durant laquelle le président déchu Moubarak avait été jugé symboliquement par un tribunal populaire, devait au regard du SCAF, marquer la fin de la contestation populaire. Mais un événement inattendu avait perturbé le plan savamment concocté avec la complicité des Frères musulmans qui avaient pris le contrôle de la place. La foule avait été rejointe par un bataillon de militaires venus de Suez, et en début d'après midi, des officiers avaient été hissés sur la tribune principale, déclenchant une véritable euphorie générale. La ligne rouge avait été franchie et la réaction ne s'est pas faite attendre. Cette fois, l'armée avait opéré brutalement.

Dans la nuit du 9 avril, peu après 3 heures du matin, la police militaire et des forces spéciales sont intervenues pour évacuer la place, encerclant les centaines de manifestants et semant la terreur à coup de salves de mitraillettes tirées en l'air et de coups portés à l'aide de matraques électriques. La place Tahrir devint soudain le théâtre de scènes de violence urbaines d'une rare intensité: tirs de sommation nourris, voitures incendiées, jets de pierres contre les militaires, et même un « gradé » agressé par la foule en colère. Objectif principal : se saisir de ce groupe d'officiers qui, grisé par la liesse populaire, s'étaient trop rapidement qualifiés de « libres ». Bilan de cette nuit bleue : 19 civils et 2 « officiers libres » tués, des dizaines de blessés... Le tout aussitôt camouflé. Au matin, la place était rendue à la circulation, totalement nettoyée !
Comme pour masquer son crime -mais aussi pour terroriser les contestataires- le SCAF a lancé un mandat d'arrêt contre Wael Aly Ahmed Aly, un activiste pacifique de la place Tahrir -plus connu sous le nom de Wael Abouleil. Présenté comme contre-révolutionnaire à la solde d'Ibrahim Kamel, un homme d'affaires lié au clan Moubarak, Wael est accusé d'avoir poussé la population à la révolte contre l'armée et d'avoir ainsi provoqué la mort des civils cette fameuse nuit du 9 avril. Une accusation forgée de toutes pièces et sans aucun fondement.

 En réalité, Wael Abouleil est le prototype du nouveau révolutionnaire du monde arabe. Issu de la classe moyenne menacée par la misère, ce self manager au niveau d'études supérieure est un indépendant, sans aucune ambition politique. Son caractère jovial et sa patience à toute épreuve avaient très vite attiré la sympathie de tous ces jeunes des classes populaires en mal de repères. En démocrate horizontaliste, il savait les écouter et répondre à leurs demandes tout en les incitant à réfléchir pour donner un sens à leurs actions. Sans oublier sa capacité d'organisation logistique due à son expérience dans le secteur touristique.
Pas étonnant donc qu'il soit devenu la cible du SCAF décidé à reprendre par tous les moyens le contrôle de la rue. Arrêté le 13 avril juste après une conférence de presse où il annonçait sa reddition, Wael a été jugé une première fois et acquitté le 11 mai par le tribunal militaire. Mais son calvaire continue : ses co-accusés ont été libérés mais lui a été maintenu en détention puis inculpé une nouvelle fois dans le cadre d'une procédure criminelle fabriquée de toutes pièces à l'aide de faux témoignages et de rapports accablants ficelés par... la police politique ! Un complot en bonne et due forme digne de l'époque stalinienne destiné à tuer dans l'œuf toute contestation du régime militaire. Le procès de Wael Abouleil commencera le 24 octobre prochain devant la chambre criminelle du Caire. Il risque une lourde peine de prison voire pire, car Adel Esam Gom'a, juge habituellement désigné pour les procès politiques, dirigera la Cour... Et sa réputation de « tueur » ne laisse rien augurer de bon quant à l'issue du procès !
Dans un tel contexte, la défense de Wael est un enjeu de taille pour tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles égyptiennes (actuellement 12 000 !). Son cas doit devenir exemplaire pour le combat des droits humains et des libertés démocratiques en Egypte, mais aussi dans tous le monde arabe où des milliers de Wael se sont soulevés pour qu'un autre monde soit possible. Seule une vague de solidarité transnationale peut conduire les geôliers à remettre Wael purement et simplement en liberté.

Signez la pétition !
Wael Abouleil, militant égyptien du mouvement démocratique indépendant de la Place Tahrir, est emprisonné depuis le 13 avril 2011 sur la base d'accusations montées de toutes pièces. Il attend d'être jugé le 24 octobre prochain. Il risque une condamnation très lourde. Ce combattant pacifique de la liberté doit être lavé de toutes les accusations portées contre lui et être purement et simplement remis en liberté.

 الحرية لوائل علي  !
ترجمة : مختار بن حفصة
هل تتدكّرون؟! هبّت في شهر جانفي الفارط، من تونس رياح الحرية على مصر. وقد اكتسح عشرات الآلاف من المصريين ميدان التحرير بالقاهرة والتحق بهم بعد ذلك مئات الآلاف من الأشخاص ليكوّنوا حشدا هائلا تجاوز مليون متظاهر. واندلعت الثورة الشعبية كالحريق الهائل في المدن الرئيسية، من الاسكندرية إلى اسوان مرورا بالسويس ومدن مصر العليا كأسيوط والمنيا وكان شعارها المركزي "الشعب يريد إسقاط النظام".
وبسرعة تموقع الجيش في شوارع القاهرة فاصلا بين المتظاهرين وميدان التحرير وجحافل الثورة المضادة التي عجّل بإرسالها النظام وخصوصا أثناء مواجهات بداية شهر فيفري التي قدّمت "شهداء الثورة " الذين سقطوا في ميدان الشرف. لقد سالت الدماء معلنة عن اللاعودة التي عجّلت بسقوط حسني مبارك "الرئيس المخلوع" . وفي مساء 11 فيفري أعلن المجلس الأعلى للقوات المسلحة إقالة الدكتاتور وهو ما اثار ابتهاجا لا حدود له.

لقد عاش المصريون حلما من أحلام اليقظة واصبح كلّ شيء ممكن : الجيش كان إلى جانبهم ورفض إطلاق النار وتمّ تسمية حكومة جديدة كما تمّت دعوة ائتلاف الثوريين من طرف الوزير الاول عصام شرف لبناء أسس مصر الجديدة، مصر "الديموقراطية" كما يعبرون عنها.
غير أنّ الأيام الموالية كانت مخيّبة للآمال إذ تمخّض الجبل فولد فأرا، فلا دستور جديد وتمّ الاقتصار على بعض التعديلات قدّمت بشكل استعجالي إلى استفتاء شعبي يوم 19 مــارس. وكان افتتاح الحقل السياسي وجعله تحت المراقبة كان قد سمح للقوّة السياسية الرئيسية في البلاد – الإخوان المسلمون الذين كونوا حزب العدالة والحرية- الإعداد لانتزاع الانتخابات وهو وأد طموحات القطب الثوري عن طريق مراقبة المجتمع الذين يؤطرونه منذ عشرات السنين بواسطة منظمات ثقافية وخيرية مختلفة.
لكن رغم خيبة الأمل التي سببتها "نعم" الاستفتاء لتجميل الدستور وللاستحقاقات الانتخابية المقترحة، فإنّ الاحتجاج الشعبي لم يخفت رغم ذلك. فقد بقي ميدان التحرير غير قابل للاختزال بطريقة أو بأخرى وفي كل جمعة من هذا الربيع العربي جعل مطالبهم الشرعية مدوية : العدالة لفائدة عائلات الشهداء وصياغة دستور جديد مشفوعة باستحقاقات انتخابية تسمح للأحزاب الديمقراطية بالتكوّن بكلّ حرية. وأخيرا حكومة مدنية وعودة العسكر إلى ثكناته !
كان ذلك مطلبا مجحفا في نظر المجلس الأعلى للقوات المسلحة الذي تقمص دور حماية الثورة. كان هذا الذروة لأنّ مصر كسائر البلدان الخاضعة للسيطرة عن طريق الجيش، فإنّ الجيش كان دائما سندا للنظام القائم !
لقد حقق محتلو ميدان التحرير ذلك بسرعة. منذ9 مارس عندما كان الجيش يحاول لأوّل مرّة إخلاء ميدان التحرير، بمساعدة من عناصر الثورة المضادة الذين سريعا ما تم اعتبارهم بلطجية، وقد اسفرت العملية عن عشرات الجرحى وايقاف العشرات من المناضلين وبدأ العزف أمــام المحكمة العسكرية! وإثر ذلك، بعد ليلة 9 افريل وغداة مظاهرة 8 أفريل الضخمة التي اجتاح فيها أكثر من مليون متظاهر ميدان التحرير مجددا وتمّت محاكمة الرئيس المخلوع مبارك رمزيا من طرف محكمة شعبية، وهو ما جعل المجلس الاعلى للقوات المسلحة يرى ضرورة ايقاف الاحتجاجات الشعبية. غير أنّ حدثا غير منتظر شوش المخطط الذي رتّب له بعناية بتواطؤ من الإخوان المسلمين الذي كانوا قد وضعوا الميدان تحت المراقبة. وقد التحق بالجماهير فيلق عسكري قادم من السويس وبعد الظهر تم تصعيد ضباط على المنصة الرئيسية مما أطلق نشوة حقيقية عامة بين صفوف جماهير الميدان. وبذلك فقد تمّ تخطّي الخطوط الحمراء ولم يتأخّر رد الفعل على ذلك، ففي هذه المرة تدخّل الجيش بفظاظة.
وفي ليلة 9 أفريل وفي حدود الثالثة فجرا، تدخلت الوحدات الخاصة والشرطة العسكرية لإخلاء الميدان وحاصروا مئات المتظاهرين وبثوا الرعب بإطلاق الرصاص في الهواء والضرب بعصي كهربائية. وتحوّل ميدان التحرير فجأة إلى مسرح للعنف الشديد : طلقات تحذيرية متتالية و سيارات محترقة وقذف العسكريين بالحجارة وقد وصل الأمر إلى حدّ تعنيف ضابط "رفيع" من طرف المجموعة الغاضبة. وكان الهدف الرئيسي لهذا الهجوم الإمساك بهذه المجموعة من الضباط التي ثملت من الابتهاج الشعبي وسريعا ما نعتت بــ "الضباط الأحرار"وقد كانت حصيلة تلك الليلة الفظيعة موت 19 مدنيا و2 من "الضباط الأحرار" وعشرات الجرحى... وتم التعتيم على كل شيء. وفي الصباح عادت حركة التجوال في الساحة وتم تطهير الميدان كليّا. !
ولإخفاء جريمته ولكن لإرهاب المحتجين كذلك، أصدرالمجلس الأعلى للقوات المسلحة أمرا بالقبض على وائل علي، احد النشطاء السلميين في ميدان التحرير والمعروف اكثر باسم وائل أبو الليل. وقد تم تقديمه على أنّه احد عناصر الثورة المضادة يعمل لحساب ابراهيم كامل وهو رجل أعمال مرتبط بعصابة مبارك. واتّهم وائل بتحريض الناس على التمرد ضد الجيش وهو ما سبّب موت المدنيين ليلة 9 أفريل الشهيرة. وهي تهمة ملفّقة ولا اساس لها.
إنّ وائل أبو الليل، في الواقع نموذج للثوري الجديد في العالم العربي فهو ينحدر من الطبقة الوسطى التي يتهددها البؤس وإنّ هذا الإطار ذي التكوين الجامعي مستقّل وليس له أيّ طموح سياسي. إنّ طبع وائل المرح وما يتميّز به من صبر وأناة جعل كلّ أولئك الشبّان المنحدرين من الطبقات الشعبية يتعاطفون معه. لقد جعلته الديمقراطية الأفقية ينصت إليهم ويجيب عن طلباتهم مستحثّا إيّاهم على التفكير كيْ يمنحوا لتحرّكاتهم معنى. هذا، دون أن ننسى قدرات وائل على التنظيم اللوجستيكي الراجعة إلى خبرته في مجال السياحة.
 ليس مفاجئا إذن، أن يصبح هدفا للمجلس الأعلى للقوات المسلحة الذي قرّر أن يستعيد بكلّ الوسائل مراقبة الشارع. فقد تمّ ايقاف وائل يوم 13 أفريل مباشرة بعد ندوة صحفية أعلن فيها عن الاستسلام وقد حوكم في البداية يوم 11 ماي وأعلنت المحكمة العسكرية عن برائته غير أنّ محنته تواصلت فمَن حوكم معه تمّ إطلاق سراحهم في حين تمّ الاحتفاظ به رهن الايقاف ثم تمّ اتّهامه ثانية في إطار دعوى إجرامية مفبركة بكلّ تفاصيلها ومستندة إلى شهود زور وتقارير محبوكة قدّمها البوليس السياسي ! إنّها مؤامرة واضحة من النمط الستاليني تهدف إلى وأد كلّ احتجاج على النظام العسكري في المهد. ستبدأ محاكمة وائل أبو الليل يوم 24 أكتوبر القادم أمام غرفة الجنايات بالقاهرة. وهو مهدّد بحكم بالسجن لمدّة طويلة لأنّ من سيرأس جلسة المحاكمة هو عادل عصام جمعة وهو قاض يعيّن في العادة في المحاكمات السياسية... وسمعته كــ "قاتل" لا تبشّر بالخير في نهاية المحاكمة !
في إطار كهذا، يكون الدفاع عن وائل رهانا كبيرا بالنسبة إلى كلّ المساجين السياسيين القابعين بدهاليز السجون المصرية. يجب أن تصبح حالة وائل نموذجا للدفاع عن حقوق الإنسان والحريات الديمقراطية في مصر، وفي كلّ العالم العربي كذلك حيث هناك الآلاف مثل وائل هبّوا من أجل عالم آخر ممكن. إنّ حملة تضامن أممية واسعة وحدها يمكنها أن تقود السّجان إلى أن يعيد لوائل حريّته.
 
للاتصال ومعرفة سُبل مساندة وائل يرجى الكتابة إلى :
وائل أبو الليل مناضل مصري من الحركة الديمقراطية المستقلة في ميدان التحرير وقد تمّ ايداعه السجن منذ 13 أفريل 2011 على أساس تهم ملفّقة. ينتظر زائل محاكمته يوم 24 أكتوبر القادم وهو معرّض إلى السجن مدّة طويلة . يجب أن تسقط كل التهم الموجّهة إلىهذا المناضل السلمي من اجل الحرية وأن يطلق سراحه ويستعيد حريته.