vendredi 30 décembre 2011

Conte de Noël en forme de bonne année

 


Il faut croire aux contes de Noël.
C’est l’histoire d’un type qui s’endort profondément le 25 décembre de 2011 après un copieux réveillon et qui se réveille une année plus tard presque en 2013.
Et que voit-il ?
Des entreprises dirigées par ceux qui y travaillent, des collectifs de villes et de citoyens qui débattent de la production à réaliser. Les femmes et les jeunes y participent pleinement. Même les soldats se sont organisés en syndicats et même parfois en conseils.
Quelques veilles bedaines datant de la « bande à Sarko », de la « gauche molle » et du Modem errent hagard, le regard perdu dans les rétroviseurs. Ils se demandent comment ils en sont arrivés là et ne comprennent toujours pas. C’est Noël et ce sera bientôt le nouvel an. On quitte 2012 en pleine forme. Ce réveil est vraiment merveilleux.
Il faut dire que 2012 fut une année magnifique partout dans le monde.
Pourtant ça avait mal commencé : le traité des dix sept, l’étranglement de la Grèce et celui du Portugal qui n’en finissait pas son triste fado de la rigueur, l’Italie après le règne du « chevalier prédateur débauché » se convulsait sous la férule d’un père fouettard déguisé en Professeur d’économie. La France, aiguillonnée par le cavalier Sarko sur sa monture « triple A », caracolait et se préparait à la troisième rigueur AAA après sa réélection. Ailleurs les apôtres du productivisme poussaient vers la catastrophe : la mer devenait un cloaque qui menaçait les basses terres sous l’effet de serre, le ciel était irrespirable et la terre un bourbier ou le blé sentait le moisi.
Mais dans un petit pays quasi inconnu, les citoyens ulcérés de voir leurs salaires se réduire et leurs libertés se rabougrir décidèrent de s’occuper de leurs affaires. Ils déclarèrent leurs dettes « non souveraines » et imposèrent les banques responsables de ces dettes. Le monde entier en fut impressionné et on loua partout l’intelligence de ce petit pays qui avait redécouvert la bonne méthode. En fait ses habitants ne faisaient que reprendre positivement une recette connue : « quand on veut une omelette il faut casser les œufs ». Leurs ventes de plumes d’édredon qui faisait leur gloire depuis des siècles repris des belles couleurs et les volcans fournirent l’énergie nécessaire.
Cet exemple impressionna la terre entière et fut imité partout même dans les pays où il n’y avait nul besoin d’édredon. L’indignation explosa sous toutes ses formes. Les pays soumis à la « rigueur » chassèrent les professeurs « austères pour les autres » et imposèrent enfin les grosses fortunes à la bonne hauteur. Les travailleurs qui ne voyaient comme avenir que le chômage ou la délocalisation récupérèrent leurs ateliers, leurs bureaux. Les étudiants qui jusque la devaient étudier sans avenir reprirent espoir. En Afrique les indignés, les paysans, les étudiants et bien sûr les femmes chassèrent les tyrans et le continent s’ouvrit à la libre parole ce qui lui permit de reprendre très vite de la vigueur.
En Chine, à l’occasion du congrès, « la bande des neuf » se retira pour méditer et laissa les affaires aux mains des indignés qui étaient apparus d’abord à Shanghai et à Beijing et ensuite, comme cent fleurs, partout dans le vaste pays. Rapidement tout alla beaucoup mieux.
Le président des USA à la fin de son mandat, poussé par les innombrables paupérisés de la « middle class », lâcha Wall Street et se souvint de tous les espoirs qu’il avait initié quatre ans plus tôt. Il retrouva ainsi de la force pour imposer la sécurité sociale, la relance et la paix. Un impressionnant succès s’en suivi.
Il faut y croire, 2012 sera une grande année.

Pirates au service de la Tunisie nous resterons ! RV au tribunal de Bab Bnat ce 30/12 à 9h

par Takriz Vitriol, lundi 26 décembre 2011, 19:37

Le parti Pirate Tunisien a déposé dans la suite logique d’une révolution qui a puisé son énergie sur le net et a croisé son destin grâce aux réseaux sociaux  son dossier auprès du ministère de l’intérieur Tunisien .
Depuis ce ministère ne donne aucun signe favorable ou non par rapport à notre demande.
N’ayant pas pu participer aux premières élections libres tunisiennes du 23 octobre 2011, nous déplorons cet exclusion volontaire des jeunes acteurs de cette révolution par ceux qui étaient il n’y a pas un an déjà cadres de l’ancien système.
Nous portons cette affaire devant la justice Tunisienne et avons le 30 décembre 2011 un autre rendez-vous de notre histoire devant le tribunal bab bnat à 9h .
Nous affirmons haut et fort notre envie de nous battre pour une meilleure Tunisie équitable, jeune et juste et nous n’accepterons pas l’exclusion du parti pirate de la scène politique Tunisienne.
Avons besoin du soutien de tous les libres penseurs et de toutes les forces vives de notre société le 30 décembre 2011.
Pirates de notre liberté nous étions lors de la révolution, pirates de notre justice nous serons, pirates au service de la Tunisie nous resterons !

jeudi 29 décembre 2011

Egypte : Les artistes révolutionnaires de la Place Tahrir

Egypt's Revolutionary Artists' Union Revived in Tahrir Square
"We are here expressing ourselves using art, pencils and a paint brush"



Children of Tahrir Square
Egyptian children and a teacher talk about the revolution (Note: this was shot before the military's recent attacks on protesters)  December 23, 2011
Egypt's Revolutionary Artists' Union Sing Out
Activist artists sing for the revolution  December 13, 2011
Revolutionary Rap in Tahrir Square, Cairo
Reed Lindsey reports: Salman Abdul Aziz al-Balshi and Mohammad Mohammad Youssry mix music and politics in Tahrir Square, Cairo, Egypt.  Decem

Râmnicu Vâlcea : Les pirates roumains d'"Hackerville" tiennent tête aux polices du monde entier


par Mirel Bran, Le Monde, 28/12/2011

Ramnicu Valcea (Roumanie) Envoyé spécial - Ville pleine de verdure située aux pieds des Carpates, au centre de la Roumanie, Ramnicu Valcea est loin d'être l'endroit paisible qu'on imagine en sillonnant ses grands boulevards. Dans le milieu de la cybercriminalité, on l'appelle "Hackerville".

Photo: Nick Waplington
"Il n'y a pas de quoi être fier,
déclare Stelian Petrescu, un professeur de géographie. Ramnicu Valcea est sans doute la ville roumaine la plus connue aux Etats-Unis. Les Américains n'avaient aucune idée de mon pays à part la région de Transylvanie et la légende de Dracula. Mais maintenant, c'est ma ville qui est devenue la star à cause de ces jeunes qui volent sur Internet. Ici, on n'est plus à Ramnicu Valcea mais à Hackerville."

Frauder sur le Net est devenu le sport local dans cette ville que la presse américaine présente comme la "Sillicon Valley du vol sur Internet". Selon la police roumaine, 80 % des fraudes effectuées en Roumanie visent des Américains. C'est la raison pour laquelle, mercredi 7 décembre, le directeur du FBI, Robert Mueller, s'est rendu à Bucarest. Après un passage éclair au palais présidentiel et quelques mots avec le président Traian Basescu, M. Mueller a rendu visite à la police, au procureur général et aux services de renseignement.
"Les menaces les plus graves auxquelles nous sommes confrontés sont transnationales, a-t-il déclaré. Aucun pays et aucune agence ne peuvent lutter seuls contre ces menaces, qu'il s'agisse de terrorisme, de trafic de drogues ou de criminalité informatique."

Dans le quartier Ostroveni, le fief des hackers situé au sud de la ville, la nouvelle de cette visite ne provoque aucune réaction. Les descentes de police, les arrestations et les visites de journalistes venus du monde entier sont monnaie courante dans ce quartier où les habitants préfèrent tout de même garder l'anonymat.
"Mais qu'est-ce qu'on peut faire !,
lance George, qui vient d'obtenir son diplôme en management. Il n'y a pas de travail ici. Le gouvernement ne parle que de crise, de diminutions de salaires et de se serrer la ceinture. J'ai 24 ans et toutes mes années à la fac, je n'ai fait que me serrer la ceinture. J'ai des amis dans le quartier qui touchent des dizaines de milliers d'euros. D'accord, ils les volent sur le Net, mais au moins, eux, ils se débrouillent. Et moi, je dois travailler toute ma vie pour rien. Que feriez-vous à ma place ?"

Arrestation musclée d'un dangereux criminel par la brigade Vlad l'Empaleur.
Photo Adevarul
Malgré les nombreuses arrestations opérées par la police ces dernières années, Ramnicu Valcea reste une plaque tournante de la criminalité informatique dont les tentacules s'étendent sur plusieurs continents. Au début des années 2000, les jeunes de "Hackerville" étaient assez naïfs pour communiquer à leurs victimes leurs numéros de compte en Roumanie, ce qui permettait à la police de les localiser rapidement. Aujourd'hui, la donne a changé. La discrétion est de mise et l'effacement des traces est devenu un art.
Les hackers ont intégré des réseaux transnationaux très bien organisés et utilisent souvent ce qu'ils appellent des "flèches". Une "flèche", c'est un intermédiaire dont la mission est d'ouvrir un compte dans le pays où il se trouve. Il reçoit sur son compte l'argent que les victimes paient sur le Net pour acheter un produit ou un service qui n'existe pas, retient pour lui un pourcentage et vire le reste sur le compte d'une autre "flèche" dans un autre pays. Et ainsi de suite jusqu'à la dernière "flèche" qui transmet la somme finale au cerveau de l'opération.
Dans le centre de Ramnicu Valcea, on peut voir plus d'une vingtaine de bureaux de la société Western Union, spécialiste du transfert d'argent. Un vent de prospérité souffle sur la ville. Les clubs et les bars où les hackers passent leurs nuits ont poussé comme des champignons. En 2010, à Budesti, petit village situé à l'entrée de la ville, Mercedes-Benz a ouvert sur 2 700 m2 un salon d'autos dernier cri. Les hackers raffolent d'Audi et de BMW.
Photo: Nick Waplington
Un des concessionnaires de bagnoles de luxe
Apparemment, les descentes régulières de la brigade spéciale "Vlad l'Empaleur" de la gendarmerie roumaine n'ont aucun effet. La dernière, qui a eu lieu le 22 novembre, concernait plusieurs villes, dont Ramnicu Valcea. "Vingt-cinq personnes, de 18 à 35 ans, ont été arrêtées pour avoir provoqué un préjudice de 120 000 euros à des citoyens américains, suisses, français, autrichiens et allemands, affirme le procureur Danusia Boicean. Ils avaient mis en place de fausses enchères sur le site eBay pour vendre des produits électroniques, des voitures et même des tracteurs."
En juillet, la police roumaine et des officiers du FBI venus en renfort ont arrêté 23 hackers qui avaient réussi à escroquer un millier d'Américains à hauteur de 20 millions de dollars (15,3 millions d'euros).
"Finalement, par ces temps de crise, ces types réussissent à faire entrer des devises fortes en Roumanie. Il faut quand même admettre qu'il y a un aspect positif dans leur démarche", note George. Encore un peu et les hackers passeraient pour des patriotes. George n'a pas encore basculé dans leur camp, mais il semble très attiré.
La réussite affichée, les hackers de Ramnicu Valcea attirent les jeunes comme un aimant. Leur influence se ressent jusqu'à Dragasani, petite ville située à une centaine de kilomètres au sud. Ici, comme dans "Hackerville", les voitures de pointe se sont multipliées, signe que de plus en plus de jeunes se "convertissent". Mais le FBI a déjà formé plus de 600 policiers roumains pour endiguer ce fléau. George en sourit et montre du doigt une citation de Sénèque collée au-dessus de son ordinateur : "Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles." Parole de futur hacker ?

Photos de Nick Waplington, wired.com, illustrant l'article How a Remote Town in Romania Has Become Cybercrime Central

García Linera : le révolutionnaire est incorruptible, humble, travailleur et au service des pauvres



19 décembre 2011 – ABI – Le vice-président bolivien Álvaro García Linera a affirmé samedi que le révolutionnaire véritable ne tire aucun profit personnel, qu’il est incorruptible, humble, travailleur, et qu’il est toujours au service des opprimés et des pauvres.


Túpak Katari (1750 – 1781), indigène aymara qui a mené, avec son épouse Bartolina Sisa, une révolte intensive contre l'empire espagnol dans le haut Pérou.
Bartolina Sisa (1753 - 1782), héroïne indigène aymara, vice-reine et commandante
García Linera a affirmé cela lors de sa participation à la Rencontre Nationale des Groupes de Formation Politique qui a eu lieu au siège de la Vice-Présidence, avec la participation d’environ 150 représentants des Universités Techniques de Oruro, Nacional Siglo XX, Indígena Aymara Túpac Katari, Tomás Frías et de l’Ecole de Formation des Maîtres.
"Les élèves de cette école de formation politique sortent avec un esprit d'entraide envers les autres -et rien pour soi. C'est cela un révolutionnaire. Un révolutionnaire est un être incorruptible, dont on ne change pas les idées pour une charge ou un poste, dont on ne change pas les idées avec un salaire, une moto, un compte en banque ou une maison. Il est incorruptible », a-t-il souligné. Il a rappelé que le Président Evo Morales a assumé le mandat confié par le pays parce qu’il n’a jamais négocié ses idées ou son âme, parce qu’en tant que dirigeant, il n’a jamais remis en question la cause et la lutte du peuple pour de l’argent ou des charges publiques.
Le Christ jaune, Paul Gaughin
García Linera a dit que ceux qui sont disposés à protéger ceux qui sont dans le besoin des abus et l’arrogance de quelques riches doivent suivre l’exemple donné par Jésus-Christ, Ernesto “Che” Guevara, Túpac Katari, Bartolina Sisa, Zarate Willka, et d’autres qui ont donné leur vie pour que les autres en aient une meilleure.
« Aujourd’hui nous allons nous remémorer la naissance du Christ. Catholiques et non-catholiques, nous sommes tous d'accord qu’il s’agit d’un homme par qui les autres ont eu une vie meilleure. Comme nous sommes d’accord au sujet du Che, de Katari, de Willka, parce qu'aucun d’entre eux n’a lutté pour avoir des châteaux, ou n'a donné du travail à ses amies ou à sa famille. »
Il a précisé qu’au contraire toutes leurs familles ont été punies, persécutées, assassinées « parce que tous, le Christ à sa façon, puis Katari, ensuite Willka, Bartolina Sisa, Che Guevara, et beaucoup d’autres ont lutté pour que ce soient d’autres qui en bénéficent; ça c'est être un révolutionnaire», a-t-il souligné.
Dans ce contexte, il a prié les participants au forum de diffuser leur pensée d'histoire et de lutte au profit des autres, “comme le font le président Evo Morales”, et lui-même, sans rien espérer d'autre en retour qu'un profond service au peuple en tant que mandataires et d'où que ce soit.
Zarate Willka, chef indigène de Bolivie, formé comme militaire dans l'armée bolivienne, ayant atteint le grade de colonel.
« Il me revient aujourd'hui d'être vice-président, demain concierge : c’est pareil, parce que ça ne m’apportera rien d’être vice-président ou concierge -puisque la seule chose que j’ai se trouve dans ma tête, et que je le porte et le diffuse partout. La seule chose qui fasse la valeur d’une personne, c’est ce qu’il a dans la tête et dans le cœur, c’est cela être révolutionnaire. Et ce que nous avons à apprendre, ce sont des idées mais aussi des actes. », a-t-il insisté.
A son avis, le révolutionnaire et la révolutionnaire sont les premiers à se sacrifier. Il dit qu’un leader est celui qui assume les tâches les plus difficiles, celui qui, par l’exemple, montre ce qu’il y a à faire -qu’il soit président ou vice-président. Il est toujours le même « incorruptible, il se sacrifie, il est engagé, simple, travailleur et, par l'expérience de la vie, apporte ses enseignements par la parole», a-t-il souligné.
« Je rends hommage à votre effort, à votre but, à votre engagement : il n’est pas facile de se former, de lire, de se préparer, de remplir son cœur de sentiments pour aller parler aux autres en public, dans une réunion. Et encore plus difficile de continuer à se former », a-t-il conclu.
Sources: Agencia Boliviana de Información (ABI)  Le Grand Soir Tlaxcala

mercredi 28 décembre 2011

Franz Fanon en Afrique et en Asie

par Samir Amin, 24/11/2011


Franz Fanon est une figure respectée et aimée dans toute l’Afrique et l’Asie. Fanon était un individu d’envergure, de grande qualité par la finesse de ses jugements comme par son courage pour dire la vérité. Psychiatre, il ne pouvait donc être qu’un bon psychiatre. Peaux noires, masques blancs et ses autres écrits concernant les maladies mentales qui frappaient les colonisés d’Algérie qu’il soignait, en constituent le très beau témoignage. Mais au-delà il a été un révolutionnaire authentique. Son livre, Les Damnés de la Terre, explicite sa vision de la révolution nécessaire pour sortir l’humanité de la barbarie capitaliste. Et c’est à ce titre qu’il a conquis le respect de tous les Africains et Asiatiques.


FANON, LES ANTILLES ET L’ESCLAVAGE
Fanon est né Antillais. L’histoire de son peuple, de l’esclavage, de sa relation à la métropole française, a donc été par la force des choses le point de départ de sa réflexion critique. La première et seule révolution sociale que le continent américain ait connu jusqu’aux temps récents est celle des esclaves de Saint Domingue (Haiti) ayant conquis par eux-mêmes leur liberté. La révolution de Saint Domingue coïncidait avec celle du peuple français. L’aile radicale de la révolution française sympathisait donc naturellement avec celle des esclaves ayant conquis leur liberté par eux-mêmes, devenus de ce fait d’authentiques citoyens. Mais bien entendu les colons de la place ne l’entendaient pas ainsi. Le recul de la révolution française s’est traduit dans les Antilles par le rétablissement de l’esclavage, à nouveau aboli par la Seconde République en 1848, sans que pour autant soit aboli leur statut colonial jusqu’en 1945, date à partir de laquelle s’ouvre un chapitre nouveau de leur histoire.
Que voulait-on? L’indépendance – fut elle encore en apparence éloignée – ou l’assimilation, ou encore la construction d’une « Union française véritable », c’est à dire d’un Etat multinational. Les partis communistes des Antilles et de la Réunion se sont battus sur le terrain de l’assimilation et ont fini par l’emporter effectivement. Le résultat s’impose aujourd’hui : l’assimilation a créé une dépendance économique et sociale telle qu’il est difficile de concevoir que le mouvement puisse être inversé et que les Antilles et la Réunion puissent un jour devenir indépendants. Paradoxe apparent : si aujourd’hui les Antilles et la Réunion sont devenues indissociables de la France, elles le doivent aux efforts des communistes, de France et des colonies concernées, couronnés de succès. La droite, qui s’était toujours opposée à l’assimilation des droits, défenseur hier de l’esclavage et plus tard du statut colonial, n’aurait donc pas évité que le mouvement conduise, ici comme dans les Antilles anglaises et à Maurice, à la revendication indépendantiste.
Bien entendu, en dépit des transformations profondes produites par la départementalisation à partir de 1945, les effets du passé esclavagiste et colonial ne pouvaient être gommés ni de la mémoire des peuples concernés ni de leur conception vivante de leur identité dans ses rapports avec la France. « Peaux noires, masques blancs » nous propose, sur ce terrain, une analyse d’une lucidité parfaite. Le traitement des problèmes abordés dans cet ouvrage permet d’en saisir la singularité – au-delà des dénominateurs communs banals – par opposition aux défis auxquels sont confrontés les Noirs des Etats-Unis, ceux des Antilles britanniques, du Brésil, les Noirs d’Afrique en général et ceux d’Afrique du Sud en particulier. Je rapporterai ces différences à la distinction que je propose entre colonialisme externe et colonialisme interne (ref « Du capitalisme à la civilisation », 2008, pages 145-151).
FANON ET LE DEFI DU CAPITALISME RÉELLEMENT EXISTANT
L’accumulation par dépossession est permanente dans l’histoire du capitalisme réellement existant.
Fanon avait parfaitement compris que l’expansion capitaliste était fondée sur la dépossession des peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraibes, c’est-à-dire de la majorité écrasante des peuples de la planète. Que les victimes majeures de cette expansion – les « damnés de la terre »- étaient donc ces peuples, appelés par la force des choses à la révolte permanente et légitime contre l’ordre mondial impérialiste.
Le capitalisme historique, fondé sur la conquête du monde par les centres impérialistes abolit par sa nature même la possibilité pour les sociétés des périphéries de son système mondial de « rattraper » et de devenir, à l’image des centres, des sociétés capitalistes opulentes. La voie capitaliste constitue pour ces peuples une impasse. L’alternative est donc socialisme ou barbarie. La vision (hélas dominante) d’une accumulation préalable nécessaire et incontournable, qui exigerait le passage par une « phase capitaliste » avant de s’engager sur la voie socialiste, est sans fondement dès lors qu’on prend la mesure des défis objectifs que représente le capitalisme historique.
La conquête du monde par les Européens constitue une gigantesque dépossession des Indiens d’Amérique. La traite négrière qui prend la relève exerce sur une bonne partie de l’Afrique une ponction qui retarde d’un demi millénaire le progrès du continent. Des phénomènes analogues sont visibles en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Kenya, en Algérie et plus encore en Australie et en Nouvelle Zélande. Ce procédé d’accumulation par dépossession caractérise l’Etat d’Israël – une colonisation en cours. Non moins visibles sont les conséquences de l’exploitation coloniale des paysanneries soumises de l’Inde anglaise, des Indes néerlandaises, des Philippines, de l’Afrique : les famines (celle célèbre du Bengale, celles de l’Afrique contemporaine) en constituent la manifestation. La méthode avait été inaugurée par les Anglais en Irlande dont la population, jadis égale à celle de l’Angleterre, n’en représente plus encore aujourd’hui que le dixième, ponctionnée par la famine organisée dont Marx a fait le procès. La dépossession n’a pas frappé seulement les populations paysannes – la grande majorité des peuples d’autrefois. Elle a détruit les capacités de production industrielle (artisanats et manufactures) de régions naguère et longtemps plus prospères que l’Europe elle même : la Chine et l’Inde entre autre (les développements de Bagchi, dans son dernier ouvrage « Perilous passage », sont sur ce sujet indiscutables).
Le XIXe siècle a représenté l’apogée de ce système de la mondialisation capitaliste/impérialiste. Au point que, désormais, expansion du capitalisme et « occidentalisation » au sens brutal du terme rendent impossible la distinction entre la dimension économique de la conquête et sa dimension culturelle, l’eurocentrisme.
LE XXE SIECLE : LA PREMIERE VAGUE DES REVOLUTIONS SOCIALISTES ET L’EVEIL DU « SUD »
Le moment de l’apogée du système est bref : à peine un siècle. Le XXe siècle est celui de la première vague de grandes révolutions conduites au nom du socialisme (Russie, Chine, Vietnam, Cuba) et de la radicalisation des luttes de libération de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, dont les ambitions s’expriment à travers le « projet de Bandoung » (1955-1981). Cette concomitance n’est pas le fruit du hasard. Le déploiement mondialisé du capitalisme/impérialisme a constitué pour les peuples des périphéries concernées la plus grande tragédie de l’histoire humaine, illustrant ainsi le caractère destructif de l’accumulation du capital. La loi de la paupérisation formulée par Marx s’exprime à l’échelle du système avec encore plus de violence que ne l’avait imaginé le père de la pensée socialiste ! Cette page de l’histoire est tournée. Les peuples des périphéries n’acceptent plus le sort que le capitalisme leur réserve. Ce changement d’attitude fondamental est irréversible. Ce qui signifie que le capitalisme est entré dans sa phase de déclin. Ce qui n’exclut pas la persistance d’illusions diverses: celles de réformes capables de donner au capitalisme un visage humain (ce qu’il n’a jamais eu pour la majorité des peuples), celles d’un « rattrapage » possible dans le système, dont se nourrissent les classes dirigeantes des pays « émergents », grisées par les succès du moment, celles de replis passéistes (para religieux ou para ethniques) dans lesquelles sombrent beaucoup de peuples « exclus » dans le moment actuel. Ces illusions paraissent tenaces du fait que nous sommes dans le creux de la vague. La vague des révolutions du XXe siècle s’est épuisée, celle de la nouvelle radicalité du XXIe siècle ne s’est pas encore affirmée. Et dans le clair-obscur des transitions se dessinent des monstres, comme l’écrivait Gramsci.
Bandung, 1955 : Chou En Lai (Chine), Sukarno (Indonésie), Nasser (Egypte)

Les gouvernements et les peuples de l’Asie et de l’Afrique proclamaient à Bandoung, en 1955, leur volonté de reconstruire le système mondial sur la base de la reconnaissance des droits des nations jusque là dominées. Ce « droit au développement » constituait le fondement de la mondialisation de l’époque, mise en œuvre dans un cadre multipolaire négocié, imposé à l’impérialisme contraint, lui, à s’ajuster à ces exigences nouvelles. L’ère de Bandoung est celle de la Renaissance de l’Afrique. Ce n’est pas un hasard si les Etats africains s’engagent dans des projets de rénovation qui leur imposent de s’inspirer des valeurs du socialisme, puisque la libération des peuples des périphéries s’inscrit nécessairement dans une perspective anti capitaliste.
Il n’y a pas lieu de dénigrer ces tentatives nombreuses sur le continent, comme on le fait aujourd’hui: le régime odieux de Mobutu a permis en trente ans la formation d’un capital d’éducation au Congo 40 fois supérieur à celui que les Belges n’avaient pas réalisé en 80 ans. Qu’on le veuille ou non, les Etats africains sont à l’origine de la formation de véritables nations. Et les options « transethniques » de leurs classes dirigeantes ont favorisé cette cristallisation. Les dérives ethnicistes sont ultérieures, produites par l’épuisement des modèles de Bandoung, entraînant la perte de légitimité des pouvoirs et le recours de fractions de ceux ci à l’ethnicité pour la rétablir à leur profit. Je renvoie ici à mon ouvrage « L’Ethnie à l’assaut des Nations » (Harmattan, 1994).
Le long déclin du capitalisme, sera-t-il synonyme d’une longue transition positive au socialisme ? Il faudrait, pour qu’il en soit ainsi, que le XXIe siècle prolonge le XXe siècle et en radicalise les objectifs de la transformation sociale. Ce qui est tout à fait possible, mais uen possibilité dont les conditions doivent être précisées. A défaut, le long déclin du capitalisme se traduirait par la dégradation continue de la civilisation humaine. Je renverrai ici à ce que j’ai écrit à ce propos il y a plus de vingt cinq ans : « Révolution ou décadence ? » ( Classe et Nation, Minuit 1979, pp 238-245).
Le déclin n’est pas non plus un processus continu, linéaire. Il n’exclut pas des moments de « reprise », de contre offensive du capital. Le moment actuel est de cette nature. Le XXe siècle constitue un premier chapitre du long apprentissage par les peuples du dépassement du capitalisme et de l’invention de formes socialistes nouvelles de vie, pour reprendre l’expression forte de Domenico Losurdo ( Fuir l’histoire, Delga 2007). Avec lui je n’analyse pas son développement dans les termes de « l’échec » (du socialisme, de l’indépendance nationale) comme la propagande réactionnaire qui a le vent en poupe aujourd’hui tente de le faire. Au contraire ce sont les succès et non les échecs de cette première vague d’expériences socialistes et nationales populaires qui sont à l’origine des problèmes du monde contemporain. L’analyse des contradictions sociales propres à chacun de ces systèmes, des tâtonnements caractéristiques de ces premières avancées, explique leur essoufflement et finalement leur défaite et non leur échec (Samir Amin, « Au delà du capitalisme sénile », PUF 2002, pp 11-19). C’est donc cet essoufflement qui a créée les conditions favorables à la contre offensive du capital en cours : une nouvelle « transition périlleuse » des libérations du XXe siècle à celles du XXIe siècle.
L’action politique de Fanon est située toute entière dans ce moment de l’histoire, celui de l’ère de Bandoung (1955-1980) et de la première vague de luttes de libération victorieuses. Les choix qu’il a fait –se ranger aux côtés du Front de Libération Nationale de l’Algérie et des mouvements de libération du continent africain- était le seul digne d’un révolutionnaire authentique.

Égypte : le procès de Wael Aly reporté une nouvelle fois محاكمة وائل علي تتأجّل مرّة أخرى

لقد تمّ مرّة أخرى تأجيل محاكمة وائل علي أحمد علي (أبو ليل5) وجاء هذا القرار أثناء الجلسة التي أقيمت يوم 26 ديسمبر 2011. وقد كان هذا التأجيل متوقّعا لأنّ الشهود لم يحضروا الجلسة. فهل اقتصر الأمر على استدعائهم؟طالب الأستاذ سيّد فتحي من مؤسسة الهلالي، ومحامي الدفاع من القاضي عادل عبد السلام قوما أن يوفّر ما مهو هو ضروري حتى يكونوا حاضرين في الجلسة المقبلة المقررة ليوم 26 فيفري 2012. إن| الرهان كبير لأنّ ملف الدعوى ضد وائل يستند أساسا على شهادات زائفة من صفوت حجازي وعبد الحكيم البحيري وطارق زيدان وعلاقة الثلاثة بالبوليس السياسي المصري معروفةز.
Le procès de Wael Aly Ahmed Aly (Abouleil) a été une fois de plus reporté lors de l'audience qui  s'est tenue ce 26 décembre 2011. Report prévisible car les témoins de l'accusation ne sont pas venus. Ont-ils seulement été convoqués ? Maitre Sayed Fathy, de la fondation Al Hilaly, qui assure la défense de Wael, a exigé du juge Adel Abdelsalam Gomaa qu'il fasse le nécessaire pour qu’ils soient présents à la prochaine audience prévue  le 26 février 2012. L'enjeu est de taille car le dossier d'accusation de Wael repose principalement sur les faux témoignages de Safwat Higazy, Abdelhakim Al Bahiry et Tarek Zidane, tous trois connus pour leurs attaches avec la police politique égyptienne.

mardi 27 décembre 2011

L'étrange "piratage de Noël" d'Anonymous

LEMONDE.FR | 27.12.11 | 12h38

La page d'accueil du site avait temporairement été remplacée par un message faisant allusion au "lulz boat", "bateau de l'amusement", emblème du groupe LulzSec.
La page d'accueil du site avait temporairement été remplacée par un message faisant allusion au "lulz boat", "bateau de l'amusement", emblème du groupe LulzSec.Le Monde.fr

Cela ressemble à une opération "Robin des bois" : dimanche, un message attribué au réseau Anonymous, un collectif mouvant de hactivistes défendant la liberté d'expression, avait annoncé avoir piraté la base de données des clients de Stratfor, un think-tank de sécurité informatique américaine... et utilisé les coordonées bancaires ainsi récupérées pour faire un million de dollars de dons à des organisations caritatives.

Le groupe annonçait avoir publié une liste de plus de 4 000 clients de Stratfor, parmi lesquels se trouvent des organismes comme le Pentagone, des forces de police, des banques, des universités et de nombreuses grandes entreprises.
Le groupe affirme n'avoir publié qu'une infime partie d'une somme de documents. Selon eux, plus de 200 giga-octets ont été pris sur les serveurs de Stratfor. Parmi ces données se trouvaient notamment des coordonnées bancaires, présentées comme celles des clients du think tank, qui n'étaient pas encryptées - une précaution de sécurité élémentaire pour tout site stockant des informations de paiement.
DÉMENTIS CROISÉS
Stratfor, dont le site est toujours inaccessible ce mardi, a reconnu avoir été la cible d'une attaque. L'organisme a cependant démenti que les données publiées constituent une liste de clients ayant sollicité ses services, mais une simple base de données d'institutions ayant acheté ses publications. "Il ne s'agit pas d'une liste d'invidus ou d'entités ayant une relation avec Stratfor allant au-delà de l'achat de nos magazines", a affirmé Stratfor.
Dimanche, un deuxième communiqué, reprenant le vocabulaire et le langage du groupe Anonymous, affirmait que le piratage n'était en réalité pas assumé par le groupe Anonymous, mais par une faction dissidente. "En tant que source pour les médias, Stratfor est protégé par la liberté de la presse, un principe qu'Anonymous tient en haute estime", explique le texte.
L'OMBRE DE LULZSEC
D'après les différents textes, et la référence au bateau pirate symbole du groupe, le piratage pourrait être l'œuvre d'un sous-groupe d'Anonymous issu de la dissolution du groupe LulzSec. Le modus operandi consistant à annoncer une série d'opérations à tonalité humoristique rappelle également les méthodes utilisées par LulzSec, qui avait lancé cette année une campagne de piratages variés avant de s'auto-dissoudre et que certains de ses membres présumés soient arrêtés. D'autres membres avaient annoncé avoir lancé des opérations conjointes avec des membres d'Anonymous.
Dans un deuxième communiqué, les auteurs présumés du piratage estimaient que le démenti est un faux. Ils annonçaient également la publication de nouvelles données, et notamment d'informations provenant d'un revendeur d'équipement pour les forces de l'ordre. Mais aucune nouvelle publication ne semble pour l'instant avoir eu lieu.

Le site de Stratfor il y a quelques minutes

lundi 26 décembre 2011

Palabres africaines, Montpellier, 21 janvier 2012 : Frantz Fanon toujours vivant

Survie Languedoc-Roussillon organise à nouveau, dès janvier 2012, les Palabres africaines à Montpellier, avec la collaboration du Collectif du 10 Mai.
 

A l'occasion du cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon (6/12/1961), nous organisons, le 21 janvier 2012, à la Médiathèque Federico-Fellini (Polygone à Montpellier), de 14h à 18h30, une après-midi avec la Présidente de la Fondation Frantz-Fanon, Mireille Fanon-Mendès France.

Programme :
14h : projection du film Mémoires d'asile d’Abdenour Zahzah
Portrait du psychiatre et théoricien révolutionnaire Frantz Fanon.
Né en 1925 à la Martinique, il fut résistant au pétainisme colonial (il rallia les Forces Françaises Libres des Caraïbes), psychiatre noir chez les blancs de métropole, puis en Algérie, membre du FLN, poète, écrivain, puis ambassadeur de la République Algérienne auprès de l'Afrique Noire. Personnage emblématique des années 60 et 70, ce jeune homme noir auteur de nombreux ouvrages dénonçant avec passion le racisme et le colonialisme, fut admiré des Black Panthers, des jeunes révolutionnaires du Tiers-Monde et d'Europe.
Algérie/France, 2002, Documentaire, 52mn, Vidéo, Couleur, VOST

15h - 18h : conférence de Mireille Fanon Lire notre monde d'aujourd'hui avec Frantz Fanon, suivie d'un débat

Les livres de Fanon et ceux diffusés par Survie seront exposés

Plus d'infos

Dimanche de lutte au Maroc


Manifestation le 25 décembre à Casablanca, organisée par le Mouvement du 20 février afin de demander des réformes politiques et sociales de grande ampleur.
Manifestation le 25 décembre à Casablanca, organisée par le Mouvement du 20 février afin de demander des réformes politiques et sociales de grande  ampleur REUTERS/STRINGER

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche 25 décembre dans tout le Maroc, à l'appel des jeunes du Mouvement du 20 février, qui revendique des réformes politiques profondes. Pour la première fois, la manifestation s'est déroulée en l'absence des représentants du mouvement islamiste Justice et bienfaisance.

Ce dernier s'est récemment retiré de la contestation menée depuis le début de l'année par les jeunes pour la démocratie.
PLUS DE JUSTICE SOCIALE
"Nous manifestons pour dire que la lutte va continuer malgré le retrait des organisations politiques, qu'elles soient islamistes ou autres", a déclaré à l'AFP Hamza Mahfoud, de la section de Casablanca du mouvement. Nos revendications sont légitimes et elles n'ont pas varié : une monarchie parlementaire et une plus grande justice sociale." "L'actuel gouvernement ne changera rien", "Non au cumul de la fortune et du pouvoir", ont scandé les manifestants.
Justice et bienfaisance, l'un des plus importants mouvements islamistes, toléré par les autorités marocaines, a mis un terme à son appartenance au Mouvement du 20 février "en raison des attaques" dont il a dit être l'objet de la part de certains jeunes contestataires. Ces manifestations se poursuivent malgré l'appel au dialogue lancé par le nouveau chef du gouvernement marocain, l'islamiste modéré Abdelilah Benkirane, dont le parti Justice et développement a remporté les législatives à la fin de novembre.
 Vidéos des manifs

Égypte : La déposition du frère d’Issam Atta, le mort de la prison de Tora


par Al Dostor الدستور ‎, 31/10/2011

Traduit par Mariem Eddaaliti مريم الدعليتي, édité par Tafsut Aït Baamran, Tlaxcala
Original: مصر: ننشر شهادة شقيق عصام عطا قتيل طرة

Issam Atta , 23 ans, arrêté le 25 février dernier Place Tahrir et condamné de  manière expéditive par un tribunal militaire à 2 ans de prison ferme, est mort le 27 octobre à l’hôpital Kasr El Ayni, où il avait été conduit d’urgence depuis la prison de Tora. Selon la version officielle, il avait “ingurgité un poison inconnu”. Plus prosaïquement, il a succombé aux tortures qui lui ont été infligées. Sa mort et l’exposition de sa dépouille sur la Place Tahrir le vendredi 28 octobre ont donné une nouvelle raison de manifester aux Égyptiens qui réclament le départ de la junte militaire qui a pris la suite de Moubarak. -Tlaxcala
 
Le journal Al Dostor a obtenu le procès-verbal de la déposition auprès du procureur faite par Mohamed Atta, le frère aîné d’Issam Atta, décédé à la prison de Tora le 27 octobre dernier. Il s’agit du procès verbal n° 5537-2011 du dossier de l’enquête administrative ouverte après ce décès. En voici la teneur :
 
Question du procureur : Qu’est il arrivé ?
Mohamed Atta : R : Mon frère était en prison depuis huit mois - depuis le 25 février 2011 - et il y avait trois mois qu’il n’avait pas eu de visite. Il nous a appelés sur le téléphone de l’un des prisonniers pour nous demander d’aller le voir. Effectivement, ma mère et la copine de mon frère y sont allées mardi dernier 25 octobre ; elles ont apporté de la nourritureet une carte SIM. Pendant qu’elles se trouvaient à l’intérieur de la prison, mon frère a demandé du thé à un prisonnier qui lui doit de l’argent, mais le prisonnier a refusé et il est allé dire aux policiers qu’il avait vu mon frère en train de prendre des stupéfiants. Un moment plus tard, les policiers ont emmené mon frère dans une pièce où ils l’ont battu et ont mis des tuyaux dans sa bouche, son nez et son rectum, car ils croyaient que mon frère avait pris des stupéfiants. Il n’avait pas droit aux visites. En plus ils lui ont fait boire un vomitif pour vérifier s’il avait pris les dits stupéfiants. Et puis l’officier a dit : cela fait trois mois que personne ne lui a rendu visite et il n’a pas été placé en quartier disciplinaire; si la police peut avoir le moindre soupçon que mon frère ait pris des stupéfiants, il sera placé en quartier disciplinaire.
Le lendemain, mon frère nous a appelés, il a dit que l’officier Nour  l’a engueulé au sujet de l’affaire de drogue, et qu’il veut que quelqu’un porte plainte contre l’administration, mais son copain a pris le téléphone et lui a dit de ne pas porter plainte afin de ne pas être maltraité, et remercier Dieu de ne pas avoir été mis en quartier disciplinaire.
J’ai alors pris le téléphone et j’ai parlé avec Issam, lui disant qu’on ne porterait pas plainte, et il s’est fâché contre moi.
Ma mère nous a appelé le troisième jour, c’était un jeudi. Elle a dit qu’un copain d’Issam a appelé, et qu’il lui a annoncé que mon frère avait été hospitalisé. Elle a passé son temps à chercher le nom de l’hôpital. Enfin, elle a su que mon frère était à Kasr El Ayni. J’ai appris ensuite qu’il est mort dans cet hôpital.
Arrivé à l’hôpital, je l’ai vu par terre. Il avait du sang partout et une mousse sortait de sa bouche et son nez. J’ai su que l’officier qui s’appelle Nour  l’avait torturé, et voilà ce qui est arrivé.
Q : Qui a rendu visite à ton frère ?
R : Ma mère et une copine à lui, elle s’appelle Aya
Q : Quel est le nom complet d’Aya ?
R : Je ne sais pas, ce que je sais c’est qu’elle l’aimait et elle est allée le voir avec ma mère.
Q : A-t-elle a pu le voir ?
R : Oui, mais elles ne sont pas restées jusqu’à la fin de la visite.
Q : Qu’est ce qui les en a empêchées ?
R : Un homme qui préparait le thé doit de l’argent à mon frère, et il ne voulait pas lui rendre son argent, alors il a dit à la police que mon frère avait pris des stupéfiants, pour se venger.
Q : Comment s’appelle-t-il ?
R : Je ne sais pas
Q : Que s’est-il passé ensuite?
R : Après l’avoir conduit dans la salle d’interrogatoires ils l’ont battu et torturé, et ont expulsé ma mère de la prison.
Q : Quelles agressions a-t-il subies ?  
R : Une fois au poste de police, mon frère a été torturé dans une pièce et ma mère été expulsée.  
Q : Comment a-t-il été torturé ?
R : Ma mère dit qu’ils l’ont battu et torturé, et qu’ils ont introduit des tuyaux d'eau dans sa bouche et son anus.
Q : Pour quelle raison ont-ils fait cela ?
R : Parce qu’ils ont cru le prisonnier qui disait que mon frère a pris des drogues, et cela leur permettait de savoir c’était vrai ou non.
Q : Comment as-tu pu déduire cela ?
R : Ma mère me l’a raconté.
Q : Quand vous l’a-t-elle rapporté ?
R : Le même jour, c’était un mardi
Q : Est-ce que vous avez porté plainte?
R : Non.
Q : Qu’est ce qui t’a retenu?
R : J’ai eu peur qu’ils l’apprennent et lui fassent du mal.
Q : Quelle était la teneur de l’appel téléphonique du jour suivant ?
R : Le mercredi, mon frère a appelé ma mère sur mon téléphone mobile. Il lui a dit qu’ils l’avaient battu et torturé 
Q : Comment l’as-tu appris?
R : Quand je suis rentré du travail, ma mère m’a raconté ce qui s’est passé, en pleurant. Mon frère a rappelé encore une fois vers 23:30, je me suis connecté sur Skype et il m’a raconté comment il a été torturé. Mes parents aussi étaient là.  
Q : Que vous a-t-il dit ?
R : Toujours la même chose et il a ajouté que l’officier qui le torturait s’appelle Nour et travaille dans une prison de haute sécurité.
Q : Pour quelle raison l’officier a-t-il torturé ton frère ?
R : Pour la même raison, et sur les dires de la même personne à qui mon frère a demandé du thé. On l’a torturé tout le mardi et le mercredi.
Q : Est-ce que tu as porté plainte à ce sujet?
R : Non
Q : Qu’est-ce qui t’a retenu?
R : Mon frère voulait vraiment qu’on dépose plainte, mais on a eu peur de se mettre en danger si on le faisait.
Q : Quand as-tu parlé pour la dernière fois avec le défunt ?
R : Le dernier appel, c’était le mercredi soir vers 23h30.
Q : Quand  l’avez-vous vu pour la dernière fois?
R : Moi je ne suis pas allé lui rendre visite depuis qu’il a été emprisonné, mais lui me demandait chaque fois d’aller le voir.
Q : A-t-il a dit avoir été soumis à la torture, avant cet incident ?
R : Non mon frère se conduisait bien, avait bonne réputation, mieux que personne, et le procureur a dit ici que les prisonniers, le médecin et les officiers de la prison ont tous affirmé qu’Issam était bien éloigné de faire cela et qu’il n’a pas pris de drogues ni fumé de cigarette.
Q : Est-ce que quelqu’un a pris note de ce qui s’est dit lors de l’incident ?
R : Il n’y avait que moi, ma mère et mon père.
Q : De quel numéro Issam a-t-il appelé ?
R : Du numéro 01155164916, mais je n’ai pas enregistré les lignes des prisonniers.      
Q : Comment ton défunt frère se comportait-il ?
R : Il était pauvre et gentil, il n’a jamais fumé même une cigarette.
Q : Est-ce qu’il souffrait d’une quelconque maladie physique ou mentale ?
R : Non
Q : Est-ce qu’il a essayé de se suicider auparavant ?
R : De se suicider ? Non pas du tout. Il était trop pauvre, il voulait juste des vêtements pour les mettre le jour où il sortirait de la prison, c’est pour cette raison qu’il a demandé à ma mère de lui en coudre. À ce moment-là, on était en train de faire appel pour lui [il avait été condamné à 2 ans de prison par un tribunal militaire, NdT].
Q : Est ce qu’il y avait des personnes au sein de la prison, que ce soit des prisonniers, du personnel ou des superviseurs qui ont torturé ton frère avant l'incident et le mardi susmentionné, ou est-ce qu’il y a eu un différend entre lui et des prisonniers, officiers ou toute autre personne avant cela ?
R : Non, les problèmes ont commencé le mardi, entre lui et l’officier qui s’appelle Nour. Mais les prisonniers l’aimaient bien, il n’y avait aucun problème entre eux.
Q : Quelles sont les causes de la mort de ton frère ?
R : La cause de sa mort c’est la torture.
Q : Est-ce que les méthodes de torture entraînent la mort ?
R : C’est sûr.
Q : Est-ce que l’auteur de l’incident avait l’intention de le tuer ?
R : Oui.
Q : Qui accusez-vous d’avoir tué votre frère ?
R : L’officier qui s’appelle Nour, et qui est dans une prison de haute sécurité. 
Q : Est-ce qu’il y a eu des différends entre vous deux ?
R : Je ne le connais pas, et je ne l’ai jamais vu. Mon frère a dit que c’est lui qu’il torturé 
Q : Que dites-vous des témoignages de:
1.     Ahmad Said Abderrahman
2.     Ahmad Said Ahmad Sadiq
3.     Mohamed Ahmad Othman Mohamed
4.     Said Mohamed Ibrahim Rizq
Ce sont des co-détenus du défunt, ils disent que votre frère, avant son décès, était très stressé et qu’ils ont été informés que la cause de ce stress était que votre frère a pris de stupéfiants.
R : Ce n’est pas vrai, ils ont eu peur de dire la vérité
Q : Quelle est votre lien de parenté avec le défunt ?
R : C’était mon petit frère.
Q : Quelle est la composition de votre famille ?
R : Mon père, ma mère, Inâm Hassan Raghib, quatre sœurs, deux sont mariées, Yasmine et Imane  et deux sont encore jeunes, Shaïmae  et Salma, moi et Issam.
Q : Où est votre mère maintenant ?
R : Elle est à la maison, mais elle est fatiguée après tout ce qui s’est passé.
Q : Tu es tenu d’annoncer à votre mère qu’elle doit se présenter devant le ministère public pour une audience urgente d’investigation dès qu’elle ira mieux.
R : Je m’y engage.
Q : As-tu quelque chose à ajouter ?
R : Non.
 
Les funérailles d'Issam, le vendredi 28 octobre 2011, sur la Place Tahrir
Prayer for Essam Atta صلاة الجنازة على روح الشهيد عصام عطا
Essam Atta's Funeral جنازة الشهيد عصام عطا
Essam Atta's Funeral جنازة الشهيد عصام عطا