lundi 22 octobre 2012

Austere Challenge 2012 : grandes manœuvres d'automne US-israéliennes

par Antonio Mazzeo, 19/10/012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Elles débuteront entre fin octobre et début novembre, elles dureront au moins trois semaines et, selon le Pentagone, ce seront "les plus grandes manœuvres dans l'histoire de la longue relation militaire entre les USA et Israël." Alors que les puissances occidentales et leurs partenaires du Golfe piaffent d'impatience à la perspective d'intervenir militairement en Syrie et que le conflit entre l'OTAN, l'Union européenne et l'Iran s'exacerbe, la côte et le désert d'Israël sont sur le point d'être le théâtre d'un war game imposant, au cours duquel des attaques de missiles balistiques seront simulées contre des cibles terrestres et navales.
Austere Challenge 2012, c'est le nom de l'exercice conjoint, impliquera 3 500 soldats US et un millier de soldats israéliens. Seul un tiers environ du personnel US sera toutefois détaché directement en Israël. Le reste opèrera depuis des bases en Europe et quelques unités navales stationnées en Méditerranée orientale.
 
"Défi Austère 2012 sera le dernier d'une série d'exercices que le commandement US en Europe, EUCOM, a réalisé avec Israël depuis les années 90", a déclaré le général des forces armées US Craig Franklin. "Cet exercice va donner aux deux pays participants une occasion supplémentaire de développer de fortes capacités de coopération militaire et de relations stratégiques, de promouvoir la stabilité régionale et aider Israël à maintenir une défense nationale de qualité". Devant les journalistes, le général Franklin a nié que Défi Austère ait été programmé dans le cadre "d'événements qui se déroulent actuellement dans le monde", comme la "crise nucléaire en Iran" ou dans d'autres régions du Moyen-Orient, ou des "élections aux USA et en Israël. "
 
Durant ces manœuvres bilatérales les USA et Israël testeront les nouveaux systèmes de "défense anti-aérienne" acquis par leurs forces armées respectives. Parmi ceux-ci, en particulier l'Iron Dome produit par des sociétés israéliennes pour "intercepter" les fusées à courte portée et les obus d'artillerie de 155 à 180 mm  qui pourraient être lancés à partir de pays voisins, la dernière génération d' anti-missiles Patriot de fabrication US et les batteries du système anti-missiles balistiques Arrow, de fabrication US et israélienne. Les fonctions de commandement, contrôle et communication au cours de Défi Austère seront assurées par le croiseur US Aegis, équipé du plus récent système de défense anti-missiles balistiques. Les "centres opérationnels tactiques" seront en outre mis en place dans certaines régions "éloignées" du territoire israélien, chargés de la commande et du contrôle des systèmes de missiles, qui sera assigné aux hommes du 10ème Commandement de la défense aérienne et antimissiles provenant de la base de Kaiserslautern ( Allemagne).
 
Le grand exercice de missiles avait été initialement prévu pour le printemps dernier, mais à la demande du gouvernement de Tel-Aviv, le Pentagone a ensuite décidé de le reporter à l'automne. Les raisons du report n'ont pas été données, mais plusieurs commentateurs ont mis en évidence les tensions entre l'administration Obama et Israël suite aux menaces répétées d'attaques contre des "objectifs nucléaires" potentiels en Iran, proférées ces derniers mois par des commandants des forces armées israéliennes. "Après la décision de report de l'exercice - a dit le porte-parole de l'US Air Force en Europe, le capitaine John Ross - les USA ont notifié à Israël qu'en raison des opérations militaires en cours, un plus petit nombre d'hommes et de matériels sera mis à disposition pour Défi Austère que ce qui avait été convenu à l'origine". En effet, en janvier, la presse US avait annoncé l'envoi de plus de 5.000 militaires US en Israël. Malgré la réduction des effectifs participant à ces nouveaux jeux de guerre au Moyen-Orient, il est prévu que Défi Austère aura un coût final de 38 millions de dollars, dont 30 seront fournis par  Washington. Une folie en temps de crise économique mondiale.
 

jeudi 18 octobre 2012

Les "Indignés" indiens se lancent dans la "grande politique"

 
Le mouvement antI-corruption en Inde est l'un des principaux et des plus actifs mouvements indépendant de citoyens du pays. Un de ses militants de pointe, Arvind Kejriwal, est en train de créer un parti politique qui se présentera aux élections et dont le nom sera dévoilé le 26 novembre. Coup sur coup, et pour ne pas faire de jaloux, Kejriwal vient de dénoncer une nouvelle affaire de corruption impliquant le beau-fils de Sonia Gandhi, la patronne du Parti du Congrès au pouvoir, Robert Vadra, et, quelques jours plus tard, il s'en est pris à Nitin Gadkari, le patron du BJP, le parti nationaliste hindou.
Lisez les deux articles
 Robert Vadra

Inde : la famille Gandhi, à nouveau dénoncée pour corruption, se défend becs et ongles - Siddharth Srivastava सिद्धार्थ श्रीवास्तव
NEW DELHI - Un nombre déconcertant de scandales de corruption ont ébranlé le gouvernement  du Premier ministre Manmohan Singh dirigé par le Parti du Congrès. Les dernières allégations sont des broutilles ... 

Nitin Gadkari
Accordant un court répit au parti au pouvoir du Congrès après avoir attaqué ses leaders et leurs proches pour corruption, Arvind Kejriwal, le militant entré en politique, a pris cette fois-ci pour cible le BJP*, accusant, ... 

mercredi 17 octobre 2012

Ghazi Béji : L’errance d’un blasphémateur



Par Isabelle Mandraud, Le Temps (Suisse), 16/10/2012

Ghazi Béji à Paris. Le premier candidat au statut de réfugié politique. (Camille Millerand )

Ghazi Béji, un jeune Tunisien de 28 ans, a fui son pays après avoir diffusé sur Internet des caricatures et un pamphlet sur Mahomet. Arrivé fin septembre à Paris après un long périple, il a reçu le soutien de nombreuses personnalités et associations. Voici son récit
Sans cette image d’une vilaine blessure au torse, les quelques photos prises d’étape en étape par Ghazi Béji, posant en tee-shirt, souriant, pourraient passer pour un banal album de vacances. Mais c’est un tout autre périple que ce jeune Tunisien de 28 ans décrit: sept pays parcourus, sept mois d’épreuves, la clandestinité, les coups, la faim, le froid, l’épuisement, la peur. La longue errance d’un blasphémateur, condamné dans son pays à 7 ans et demi de prison pour avoir publié sur Internet des caricatures et un pamphlet sur le Prophète. Ghazi Béji n’avait jamais quitté la Tunisie.
Échoué depuis fin septembre à Paris, où il bénéficie de l’aide de plusieurs associations de défense des droits de l’homme, cet athée revendiqué espère y trouver refuge. Un comité de soutien international s’est constitué en sa faveur, avec des signataires de poids – parmi ­lesquels figurent le philosophe Jean-Luc Nancy, l’éditeur Antoine Gal­limard, les écrivains Patrick Cha­moiseau, Abdelwahab Meddeb et Patrick Deville, ou encore les historiens Benjamin Stora et Sophie Bessis. Ils agissent au nom «du droit inaliénable à la liberté de conscience tel que stipulé dans l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme votée à l’ONU en 1948» et de la protection d’une personne menacée de mort. Une situation qui fait aujourd’hui de Ghazi Béji le premier candidat au statut de réfugié politique de la Tunisie post-révolution. Mais comment accorder l’asile politique au ressortissant d’un pays qui vient de se libérer d’une dictature?
Sept mois plus tôt, le 8 mars, cet employé d’un atelier de pâtes alimentaires à Mahdia, sa ville natale, titulaire d’un diplôme en agro­alimentaire, a ramassé toutes ses économies, 1000 euros, et s’est enfui. Son ami et complice, Jabeur El-Mejri, venait d’être attrapé par la police et incarcéré. Aucun avocat n’a voulu le défendre. Bochra Belhadj Hmida, elle, prendra le dossier de Ghazi Béji, après sa fuite. «Par principe», dit cette avocate engagée, bien connue à Tunis.
Ce sont même deux avocats qui avaient déposé une plainte après la publication par Jabeur et Ghazi de caricatures de Mahomet dans la blogosphère. Auteur d’un texte en arabe, non traduit, L’illusion de l’islam, Ghazi Béji n’y est pas allé avec le dos de la cuillère en accusant notamment le Prophète de pédophilie. La justice tunisienne a condamné les deux compères à la même peine de prison. Les menaces de mort n’ont pas tardé à pleuvoir.
Bien sûr, Ghazi Béji ne se serait pas lancé dans une telle aventure sous Ben Ali, mais une fois le régime de l’ancien dictateur tombé, lui qui a participé avec enthousiasme aux manifestations de janvier 2011 pense que tout est permis dans la nouvelle Tunisie. «La majorité des musulmans ne connaissent rien à leur religion, justifie-t-il dans l’appartement parisien où il est hébergé. Pour moi, tous les problèmes des pays arabes sont liés à la religion, sinon, pourquoi les gens sont pauvres alors que tous ces pays sont riches?» «Le problème, s’entête-t-il, c’est l’islam.» Naïf ou inconscient, il ira même jusqu’à porter les épreuves de son brûlot au Ministère tunisien de l’intérieur, pour un visa d’impression, qu’il n’obtiendra évidemment pas.
Le 8 mars, donc, Ghazi Béji, affolé, attrape un taxi collectif et passe la frontière tuniso-libyenne, la première qui lui vient à l’esprit. Une nuit à Tripoli, en plein conflit, lui suffit pour réaliser qu’il s’est trompé de destination. Il rebrousse chemin, repasse la frontière, et se dirige de l’autre côté, vers l’Algérie, à Tébessa d’abord, puis à Alger, qu’il rejoint en bus. «Ce n’est pas la solution, ici», se dit-il en observant les hommes portant barbes et kamis dans la rue. Le 20 mars, il prend un avion, direction Istanbul, Turquie. Hésite: «Un pays musulman…»
Jusque-là, pas besoin de visa. Mais un jour, sur les conseils d’un Algérien à qui il a confié son passeport par mesure de précaution, il se décide à gagner l’Europe, via la Grèce, en traversant à la nage la rivière Evros, point de passage bien connu des clandestins. «Il était 4 h 30 du matin, il faisait froid mais la traversée n’est pas très longue», raconte Ghazi Béji dans un anglais de fortune, en bégayant un peu. Il se déshabille et place toutes ses affaires dans un sac. Au milieu, le courant est trop fort, il perd tout, ses lunettes, son sac, son appareil photo. «Arrivé de l’autre côté, j’étais nu.»
Quelques kilomètres plus loin, la police grecque lui fournit un ­vague laissez-passer provisoire. Comme on lui demande comment il a fait sans vêtements, il répond avec un doux sourire: «Beaucoup de gens meurent à cet endroit dans la rivière. J’ai pris les habits sur un mort…»
L’épisode signe le début d’un incroyable parcours, qui lui fera partager les brimades et souffrances endurées par les migrants clandestins, un univers qu’il découvre, avec la peur lancinante d’un retour forcé dans son pays d’origine. De tout cela, Ghazi Béji ne montre rien, s’appliquant à retracer sur une carte son itinéraire avec une distance déroutante – sauf quand il parle des «barbus» qu’il ne nomme pas autrement que «terroristes».
«C’est quelqu’un qui a subi des traumatismes importants et a été exposé plusieurs fois à la mort. Son détachement est une sorte de défense», a constaté le psychanalyste Fethi Benslama, qui fait partie de son comité de soutien. Pour beaucoup, il est aussi représentatif d’une génération de jeunes Tunisiens contestataires et culottés, qui n’a pas hésité à déboulonner Ben Ali. Avec Ghazi Béji, s’ajoute une dimension de provocation – comme lorsqu’il clamait à Mahdia sa volonté d’immigrer en Israël.
Moyennant quelques euros – il est devenu un habitué du réseau de transfert d’argent Western Union, utilisé par sa famille et ses amis pour l’aider –, un taxi le dépose à Alexandroupoli. Il passe une nuit dans une maison inhabitée, se bat avec des «Algériens qui veulent lui voler son argent» et repart, pour Thessalonique puis Athènes. Il y rencontre un Algérien qui lui offre le gîte pour deux nuits. Le reste du temps, il dort dans un jardin public.
Il commence la tournée des ambassades occidentales… Toutes l’éconduisent, mais celle de France le met en garde: passé trente jours, il risque 6 mois de prison pour séjour irrégulier. Ghazi Béji se décide à passer, le 21 avril, la frontière avec la Macédoine à travers une forêt. Il y rencontre un groupe de huit immigrants clandestins nord-africains, qu’il suit. «La police macédonienne m’a attrapé, frappé. Je suis resté en prison pendant sept heures, puis ils m’ont relâché dans la forêt, côté grec. J’ai attendu une nuit, j’ai bu l’eau d’une source, et le lendemain, je suis repassé.»
Dénoncé par un commerçant dans le premier village où il débarque, il est à nouveau pris par la police, et rejeté dans la forêt. Il retente sa chance le lendemain, se cache sous un pont et parvient à gagner en bus la capitale, Skopje, où il ne s’attarde pas. C’est à pied qu’il s’achemine vers la frontière serbe, franchie péniblement à travers les montagnes. «C’était très dur, je me cachais à chaque patrouille», dit-il.
Dans la première localité – il en a oublié le nom, mais conserve le souvenir de photos de Milosevic placardées –, il est attrapé par la police et placé dans un camp de rétention. Un choc. «Il y avait beaucoup de monde, des Pakistanais, des Afghans, des Africains… Le matin, les policiers nous ont fait aligner contre un mur, et l’un deux s’est fait prendre en photo devant nous en montrant ses muscles. Puis ils nous ont entassés dans un bus et rejetés de l’autre côté. A notre descente, ils nous ont fait allonger par terre, les mains sur la nuque, et nous ont frappés avec des bâtons. J’étais épuisé, malade.»
Après un jour, il repasse. Prend un bus pour Belgrade, puis poursuit obstinément son chemin vers la Roumanie, la destination qu’il s’est fixée, il ne sait trop expliquer pourquoi. A la frontière, il se fait une nouvelle fois arrêter, offre 50 euros pour être relâché, et parvient enfin, le 27 avril, en terre roumaine, à Jimbolia.
De là, la police le conduira directement à Timisoara, un camp de réfugiés «divisé en deux parties, affirme-t-il, l’une mangeait, l’autre regardait. Les premiers étaient des Syriens, des Irakiens aidés par une association américaine; les autres des Africains, beaucoup d’Algériens, des Asiatiques…» Un jour, il aperçoit une humanitaire américaine et l’interpelle: «Ici les gens n’ont rien.» Le lendemain, Ghazi Béji est envoyé par les autorités roumaines par le train dans un autre camp, près de la frontière avec l’Ukraine, à Radauti, où il restera vingt-cinq jours. «On nous donnait 10 euros par mois, on ne mangeait que des pommes de terre, il faisait froid, froid…»
Tout cela, Ghazi Béji l’a déjà vécu. Mais la situation s’envenime avec la découverte, par d’autres réfugiés, de son identité et de sa situation qu’il a imprudemment évoquées par téléphone avec sa famille ou des journalistes. «Il y avait une mosquée à l’intérieur du camp et, chaque jour, des réfugiés discutaient de la meilleure façon de me tuer. Ils ne m’appelaient pas par mon prénom, ils disaient «le porc». Ils me frappaient, m’ont forcé à avaler mes chaussettes…»
Une nuit, Issam, un réfugié palestinien, le mord au torse cruellement, et la plaie saigne abondamment. Décision est alors prise par l’administration du camp de le renvoyer. Il signe des papiers – qu’il possède toujours avec des documents qui attestent de son parcours – et, moyennant 70 euros, obtient des autorités roumaines un passeport gris, un «document provisoire de voyage», «valable jusqu’en août 2014», et, pour 60 euros de plus, une carte de résident.
Pendant deux mois, Ghazi Béji va se terrer à Radauti dans un studio déniché par un prêtre… qui lui enjoint d’aller prier. A partir de là, tout un réseau d’entraide parvient à organiser sa venue via la Hongrie, Vienne, Lucerne, Zurich, jusqu’à Paris. Où il attend depuis, cloîtré, dans l’appartement d’un militant.

mardi 16 octobre 2012

C’est la guerre (à Notre-Dame-des-Landes)




par Fabrice Nicolino, 16/10/2012, via
http://www.legrandecart.net/cest-la-guerre-a-notre-dame-des-landes/#.UIR8RWdXssl
Vous êtes sans nul doute au courant. Ce matin [16 octobre 2012], des centaines de flics et de militaires, appuyés par des hélicoptères, ont délogé par la force un grand nombre d’habitants de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, où ce pauvre imbécile de Jean-Marc Ayrault, ancien maire de la ville, aujourd’hui Premier ministre, entend bâtir un second aéroport (voir iciici et ).
En agissant de la sorte, le triste gouvernement de la France vient de franchir un pas qui, pour moi, révèle l’ampleur du gouffre entre eux et nous. Cette expression, « eux et nous », a beaucoup servi dans le passé des idées, et pas toujours, loin s’en faut, d’heureuse manière. Il n’empêche qu’elle m’est venue spontanément. Car entre ceux qui défendent un avenir possible pour les hommes et tous les êtres vivants d’une part, dont je suis, et les autres, il existe un univers. Quand je dis les autres, inutile d’insister je pense, cela fait beaucoup de monde. Mais c’est ainsi que je vois les choses, qu’y puis-je ?
Foin d’illusions : le gouvernement socialiste est un adversaire. Et même un ennemi.
L’incroyable opération militaire lancée contre les habitants de Notre-Dame-des-Landes n’a rien à voir, évidemment, avec les tueries d’Alep, les massacres de la République démocratique du Congo, ni même les ignobles opérations menées au Brésil, en Argentine, au Paraguay pour chasser les petits paysans de leurs terres et y imposer le soja transgénique. Non, rien à voir.

Pour autant, il s’agit à mes yeux d’un acte de guerre, dans un sens précis : il marque une frontière, infranchissable. Il désigne deux camps irréconciliables, qui défendent assurément deux manières de voir la vie ensemble, et l’avenir qui nous attend. Pour leur part, les socialistes sont maîtres de tout le jeu politique alors que leur candidat à l’élection présidentielle n’a recueilli, au premier tour, que 25 % des électeurs inscrits. Au pouvoir, ils se montrent incapables de seulement imaginer régler les problèmes du modèle qu’ils défendent pourtant. Cette économie, cette banlieue, ce racisme fou, cette lancinante question des retraites, ce prix de l’énergie, ce nucléaire, cet effondrement de l’industrie automobile, ce chômage de masse interminable, mais c’est leur legs ! Le leur et celui de leurs jumeaux de l’UMP, car tous deux se partagent le pouvoir depuis des décennies sans que rien n’ait bougé, sans que rien n’ait jamais été résolu.

Ces derniers jours, burlesques au possible, ont vu le gouvernement chanceler sous des coups de butoir en papier mâché. Ridicules « pigeons » défendant les patrons de start-up, ridicule Peillon réclamant un débat sur le shit, ridicule Tartempion s’embourbant au sujet de la taxe télé dans les résidences secondaires, etc. C’est bien parce que Jean-Marc Ayrault est incapable, et risible à force, qu’il a cru malin de monter l’odieuse opération aéroportée contre ceux de Notre-Dame-des-Landes. Quand tout s’effondre, quand tout démontre que la politique ancienne ne peut rien et ne sait pas davantage, reste l’apanage essentiel de l’État : la coercition. Autrement dit ce monopole de l’usage prétendument légitime de la force.

Ayrault bande encore…
On peut aussi le dire autrement. Ayrault, nécessairement soutenu en la circonstance par Hollande, a voulu montrer qu’il bandait encore. C’est vulgaire ? Que oui, ce l’est. Mais personne ne saurait l’être d
De ce point de vue, Notre-Dame-des-Landes n’est pas seulement une lamentable ânerie, qui nous ramène de manière fantasmatique au temps où le climat semblait éternel. Franchement, est-il compatible de miser, avec de l’argent public, sur le développement du trafic aérien, et de prétendre diviser par cinq nos émissions de gaz ? Franchement. Mais ce foutu aéroport est aussi et surtout un symbole. Le symbole éclatant que culturellement parlant, au sens le plus profond, les socialistes ne lâcheront rien. Parce qu’ils en sont incapables. Parce qu’ils ne savent pas même ce que l’expression « crise écologique » contient d’inévitables contraintes au regard desquelles les leurs – par exemple le déficit public – perdent toute signification.avantage que Jean-Marc Ayrault, qui masque de la sorte sa si cruelle impuissance politique. Je l’accuse, en plus de tout le reste, de violer allègrement la loi du pays qu’il représente si mal. Car en effet, la France est dotée depuis juillet 2005 d’une loi sur l’énergie dont j’extrais, de l’article 2, cette phrase : « En outre, cette lutte [contre le dérèglement climatique] devant être conduite par l’ensemble des Etats, la France soutient la définition d’un objectif de division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050, ce qui nécessite, compte tenu des différences de consommation entre pays, une division par quatre ou cinq de ces émissions pour les pays développés ».
Bien entendu, mais faut-il, ici du moins, insister, les écologistes officiels EELV ne valent guère mieux. Ils ont abdiqué à propos de l’aéroport au moment où leurs petits chefs signaient un déshonorant accord électoral avec le parti socialiste. Et si j’écris déshonorant, ce n’est pas, non pas, pour me faire plaisir. C’est parce que lorsqu’on prétend que le feu est au lac, on ne se tourne pas vers le bac à sable pour y faire des pâtés. Alors que la crise infernale du climat est à nos portes, se vendre pour un ministère et demi est une insulte faite aux hommes.

Mobilisation !
Pour le reste, bien sûr, MOBILISATION ! Non-violente, cela va de soi pour moi, mais MOBILISATION tout de même. Nous n’avons, nous les écologistes sincères, pas le droit de reculer. La bataille de Notre-Dame-des-Landes, qui ne fait que commencer, doit être gagnée. Perdre ici serait lâcher partout ailleurs. Ce combat est à mes yeux une cause sacrée. ¡ Sin jamás retroceder, adelante!
PS : j’attends les commentaires de tous les foutriquets écologistes enrubannés et décorés présents à la Conférence environnementale du mois dernier. Le mois dernier. Elle est bien belle, la transition écologique de cet excellent monsieur Hollande.


lundi 15 octobre 2012

Tom Sank: éternelle jeunesse

Tom, tu n'avais que 37 ans quand tu es tombé sous les balles des traîtres vendus à l'Empire. Ton éternelle jeunesse, ton sourire éclatant, ton message explosif vivent dans la jeunesse du monde, qui se bat pour la justicé, la liberté et la dignité.


Gloire à toi, Thomas Sankara, héros de l'humanité !
Lire  La patrie ou la mort - Gerd Schumann

 

Des pigeons aux rapaces en passant par les merles siffleurs


par Pedro da Nóbrega, 15/10/2012
Les volatiles de toutes sortes sont décidément très présents sur la scène politique depuis la rentrée. Tout d’abord, l’indécente danse du ventre du Premier-Ministre Ayrault à l’université d’été du MEDEF, accompagnée d’une nuée de ministres venus tous roucouler devant un parterre de patrons pour les rassurer sur le fait qu’en effet, ils n’étaient pas si « dangerous » qu’ils pouvaient en avoir l’air, augurait d’une rentrée placée sous le signe d’un changement de veste mais assurément pas d’orientation. Une sorte de « changement dans la continuité » pour reprendre une formule passée à la postérité.
D’ailleurs les patrons ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont embrayé sur une « bouleversante » campagne où, déguisés en inoffensifs « pigeons » injustement persécutés, ils poussaient dans un appel des cris d’orfraie devant la perspective apocalyptique de devoir contribuer de façon plus significative aux recettes fiscales du pays. On ne doute certes pas que nombres d’entre eux puissent se trouver un penchant migrateur vers des paradis fiscaux dès lors que se pose l’éventualité de mettre la main à la poche qu’ils gardent toutefois bien garnie mais de là à vouloir se faire passer pour des tourterelles en voie d’être plumées, il y a un abîme que mêmes leurs ailes de rapaces ne sauraient masquer. Mais cet appel aura permis à leurs nombreux serviteurs médiatiques de développer tout un discours sur l’ingratitude d’un peuple de France qui, jaloux de leur « réussite » en ces temps de crise, se remettrait à cultiver une dangereuse allergie aux riches.
Aurel
Idéal pour renchérir avec un matraquage idéologique, complaisamment relayé par leurs perroquets médiatiques, sur le supposé « coût du travail » en France qui serait la raison d’un « manque de compétitivité » justifiant l’avalanche de licenciements que subit notre pays depuis des mois. Or, n’en déplaise à ces « Diafoirus » du capital, le travail n’est pas un coût mais une ressource et la première source de création de richesse et, à ce titre, elle a, comme toute ressource, un prix. Et l’analyse des inégalités de revenus, tant en France qu’en Allemagne que ces « perruches savantes » baptisés « experts » ne cessent de citer en exemple, montre que la rémunération du travail en reste à la portion congrue eu égard à la richesse crée, comme l’atteste d’ailleurs l’évolution la part de valeur ajoutée consacrée aux salaires par rapport à celle dévolue aux dividendes.
Et même concernant les coûts horaires de la main-d'œuvre, l'institut de conjoncture COE-Rexecode indiquait pour le troisième trimestre 2010 des chiffres de 34,6 euros en France et de 33,5 en Allemagne. Si l’on pondère par les données relatives à la productivité horaire du travail, où la France se situe au-dessus de l'ensemble des pays de l'OCDE, à l'exception de la Norvège, avec une productivité horaire très nettement supérieure à celle que connaissent le Royaume-Uni, l'Espagne, les USA, le Japon et même l'Allemagne, chacun pourra mesurer combien cet argument ne tient pas la route. Mais que les politiques de rigueur salariale et de précarisation sociale aient fait exploser le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne est une donnée que passent sous silence nos « petits soldats » du CAC40 : en dix ans, le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne a augmenté de près de deux millions, selon une étude de l’Institut du travail de l’Université de Duisbourg-Essane publiée au début du mois. Plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20% des travailleurs, toucheraient ainsi moins de 10 euros brut de l'heure. Parmi eux, 2 millions d'employés gagnent même moins de 6 euros de l'heure et ils sont nombreux, dans l’ex-RDA, à vivre avec moins de 720 euros par mois pour un temps complet. L’opposition de toute évidence ne se pose donc pas entre salariés en France et salariés en Allemagne dans une compétition aveugle où l’on finirait par achever les « chevaux moins performants » mais entre travailleurs et exploiteurs tant en France qu’en Allemagne ainsi que dans toute l’Union Européenne.
On aurait donc pu croire que le nouveau pouvoir en France, élu sous la promesse du changement, aurait trouvé là matière à donner quelque réalité à cette promesse. D’autant plus avec un Président qui avait pris l’engagement pendant sa campagne de renégocier le TSCG, autrement appelé Traité « Merkozy » puisqu’il avait été contacté par les deux leaders d’alors de la droite européenne, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Ce qui suffit déjà à disqualifier l’argument opposé par Bernard Cazeneuve, ministre des Affaires européennes,  aux députés du Front de Gauche demandant un référendum sur le Traité quand il leur répond : « une grande consultation populaire a eu lieu qui a conduit les Français à se prononcer pour un Président de la République et pour une majorité au sein de l’Assemblée nationale ». C’est omettre deux points essentiels : le premier est qu’un représentant tire sa légitimité du mandat que lui ont confié les électeurs sur la base des engagements pris par le candidat élu lors de sa campagne ; dès lors qu’il renie un engagement, il ne saurait se prévaloir de cette légitimité. Le second revient à négliger un fait incontournable : sans les près de 4 millions de voix du Front de Gauche, François Hollande n’aurais jamais été élu Président.
Mais la pitoyable reculade de François Hollande lors du sommet européen de juillet dernier face auNein ferme et définitif de la chancelière allemande, repartant simplement avec un hochet croissance dénué de toute contrainte et pourvu d’une enveloppe budgétaire famélique augurait déjà bien mal de la suite et confirmait le caractère en effet guère « dangerous » pour la finance du nouveau pouvoir français. Il a trouvé une confirmation aussi navrante qu’éclatante avec la ratification parlementaire en catimini de ce Traité, resté identique à la virgule près, et le refus de consulter le peuple par référendum sur un texte qui, pourtant, consacre des abandons majeurs de souveraineté et met la politique économique des pays qui l’ont ratifié sous tutelle des marchés financiers, par le biais d’organismes dénués de toute légitimité démocratique, comme la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne. Avec pour justifier cette volte-face des couplets de rhétorique digne des plus virtuoses merles siffleurs : ainsi, Bruno le Roux, le président du groupe PS à l'Assemblée s’adressant à la droite : « Les interprétations d’un texte peuvent être multiples. La politique que vous avez menée pendant cinq ans et celle que vous vous apprêtiez à appliquer sous les auspices de ce traité sont totalement contraires à ce que nous voulons mettre en œuvre ». D’où l’urgence à ratifier ce texte, cherchez l’erreur !
C’est le député de droite Jean-Louis Borloo qui a d’ailleurs porté l’estocade lors du débat à l’Assemblée en interpellant le Premier-Ministre Jean Marc Ayrault : « Vous allez avec ardeur défendre ce traité paraphé par le président Nicolas Sarkozy. Je rappellerai tout de même ce que vous écriviez le 22 février sur votre blog, où vous dénonciez "le carcan budgétaire concocté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et qui étend l’austérité infligée à la Grèce à toute la zone euro"» ! Sans parler de l’hommage sarcastique exprimé par Christian Jacob, président du groupe UMP, lors du vote sur la règle d’or budgétaire induite par ce funeste Traité et défendue par Ayrault : «Monsieur le Premier ministre, vous pouvez, sur ce sujet, compter sur le vote du groupe UMP, favorable au traité lui-même et favorable à la règle d’or. Nous le ferons car nous assumons les choix de Nicolas Sarkozy et les choix de la majorité d’hier », rappelant à cette occasion les déclarations du Premier-Ministre le 21 février 2012, alors en qualité de président du principal groupe d’opposition à l’Assemblée, qui déclarait péremptoire : "Nous n’acceptons pas d’enfermer les peuples dans une camisole, fût-elle cousue de fil d’or."
C’est donc en toute connaissance de cause que la nouvelle majorité socialiste en France se rend complice de l’institutionnalisation d’une dictature des marchés qui grave dans le marbre des politiques d’austérité socialement dévastatrices et économiquement ineptes comme le montre la situation de récession dans laquelle elles plongent la plupart des pays de l’Union Européenne. Et pour saluer cette « réussite » si l’on ose dire, le Parlement norvégien n’a rien trouvé de mieux que d’attribuer son Prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne ! Là franchement, je trouve que le Parlement norvégien, à qui revient la responsabilité d’attribuer ce Nobel-là, s’est montré trop timoré en n’osant pas aller au bout de sa logique pour récompenser plutôt la BCE, le FMI et la Commission Européenne qui déterminent de facto, en tout déni démocratique, les orientations majeures des politiques économiques des États de l’Union. Voilà qui n’aurait déparé un palmarès qui de Théodore Roosevelt en 1906 jusqu’à Obama en 2009, en passant par le père du Plan Marshall et Henry Kissinger, peut laisser plus que perplexe. 
Il faut croire que les désastres successifs vécus par les gouvernements sociaux-démocrates ayant cautionné cette logique austéritaire tant en Amérique du Sud qu’en Europe n’auront pas suffi pour affranchir le PS français de son carcan social-libéral. Mais la bataille n’est pas achevée pour autant, il faudra qu’elle se développe aujourd’hui sur le terrain des luttes afin de pas se résigner à l’instauration d’un fascisme financier en col blanc. Car dans la mesure où la souveraineté monétaire constitue depuis l’avènement des démocraties modernes un des piliers de la souveraineté populaire et donc un des éléments constitutifs de son essence démocratique, s’opposer par tous les moyens à son abandon devient un devoir légitime et citoyen. Ce que démontrent avec éclat tous les peuples qui aujourd’hui en Europe s’insurgent contre les conséquences de cette logique totalitaire.

"Tenez toujours divisés les méchants"

Une fable d'actualité du bon Jean de la Fontaine
Les Vautours et les Pigeons  
Mars autrefois mit tout l'air en émute.*
Certain sujet fit naître la dispute
Chez les oiseaux ; non ceux que le Printemps
Mène à sa Cour, et qui, sous la feuillée,
Par leur exemple et leurs sons éclatants
Font que Vénus est en nous réveillée ;
Ni ceux encor que la Mère d'Amour
Met à son char : mais le peuple Vautour,
Au bec retors, à la tranchante serre,
Pour un chien mort se fit, dit-on, la guerre.
Il plut du sang ; je n'exagère point.
Si je voulais conter de point en point
Tout le détail, je manquerais d'haleine.
Maint chef périt, maint héros expira ;
Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine.
C'était plaisir d'observer leurs efforts ;
C'était pitié de voir tomber les morts.
Valeur, adresse, et ruses, et surprises,
Tout s'employa. Les deux troupes éprises
D'ardent courroux n'épargnaient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres :
Tout élément remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au col changeant, au coeur tendre et fidèle.
Elle employa sa médiation
Pour accorder une telle querelle ;
Ambassadeurs par le peuple pigeon
Furent choisis, et si bien travaillèrent,
Que les Vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve, et la paix s'ensuivit :
Hélas ! ce fut aux dépens de la race
A qui la leur aurait dû rendre grâce.
La gent maudite aussitôt poursuivit
Tous les pigeons, en fit ample carnage,
En dépeupla les bourgades, les champs.
Peu de prudence eurent les pauvres gens,
D'accommoder un peuple si sauvage.
Tenez toujours divisés les méchants ;
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là : Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant ; je me tais.


*= émoi

samedi 13 octobre 2012

Tunisie - À Tataouine : "Je fais comment ? Je m'allume comme Bouazizi ?"

Dans le sud de la Tunisie, le taux de chômage atteint plus de 50 %, contre 17,6 % à l'échelle nationale.
par Julie Schneider, Le Point, 13/10/2012

Le bus s'arrête devant la délégation régionale du ministère de l'Éducation nationale à Tataouine, ville située aux portes du Sahara tunisien. Malgré les températures qui flirtent de bon matin avec les 35 degrés, une centaine de jeunes hommes et femmes se rassemblent dans la cour du bâtiment pour protester, ce 9 octobre, contre les résultats du concours de l'Éducation nationale. La mobilisation dans cette ville du sud encerclée de collines a commencé après la publication des chiffres du chômage par l'Institut national des statistiques : 51,7 % dans le gouvernorat (région) de Tataouine, contre 17,6 % à l'échelle nationale et 5,7 % à Monastir (côte). Depuis, des manifestations ont régulièrement lieu. Devant le siège du gouvernorat (sorte de préfecture), des chômeurs campent jour et nuit. Un chiffre "catastrophique", dénonce Ahmed, le coordinateur régional de l'Union des diplômés chômeurs. À 31 ans et avec une maîtrise en commerce international, il pointe au chômage depuis 8 ans.

Tataouine : Les diplômés chômeurs en sit-in devant le bureau du gouverneur

Sit-in devant le bureau du gouverneur


"Nous ne pouvons absolument rien faire. Nous ne sommes que des intermédiaires entre le ministère et ces jeunes", souffle un responsable de cette délégation, souhaitant garder l'anonymat. Dans la salle de réunion, le directeur régional reçoit ces chômeurs. Sur les 1 500 postes à pourvoir au niveau national dans l'enseignement secondaire, seuls 11, sur les quelque 3 000 dossiers déposés à Tataouine, ont été acceptés. Aucun quota régional n'est en vigueur. Et les critères de sélection - l'âge et l'année d'obtention du diplôme - favorisent les diplômés chômeurs de longue durée dans le pays. "Il y a du travail et nous on est sans emploi !" se scandalise Halima, 29 ans, une maîtrise d'anglais en poche depuis 7 ans et autant d'années au chômage. Selon ce responsable, près de 300 professeurs manquent dans le gouvernorat, alors que la rentrée a déjà eu lieu. "On lutte pour la décentralisation, seul moyen pour nous de pouvoir gérer les problèmes", ajoute-t-il.

"Priorité absolue"


Une décentralisation de l'emploi et de la formation prônée également par Ali Dhokkar, le responsable du Bureau de l'emploi - sorte de Pôle emploi dépendant directement du ministère de l'Emploi - de Tataouine, le seul de ce gouvernorat dont la superficie, largement dominée par le désert, atteint près de 25 % du territoire tunisien. Dans le hall de cet immeuble blanc aux volets bleu ciel, des jeunes consultent les quelques offres d'emploi affichées sur des panneaux. "Nous avons reçu zéro offre aujourd'hui, comme hier, ou avant-hier", énumère ce directeur régional de la formation professionnelle et de l'emploi, qui recense 7 800 chômeurs, dont près de 4 000 diplômés de l'enseignement supérieur. "Je n'arrive pas à en trouver parce qu'il n'y a pas d'entreprises", lâche-t-il. "Qui viendrait s'implanter ici ? Il n'a pas d'autoroute, pas de train, et le seul aéroport est militaire." 

Une zone industrielle de 18 hectares, avec des avantages alléchants, est en ce moment en construction, selon Mourad Achour, le gouverneur (sorte de préfet). Une petite vingtaine d'entreprises pourront s'implanter et offrir d'ici un an un millier d'emplois. "Ce n'est pas assez", avoue Mourad Achour, qui se rassure : "Tataouine est devenue une priorité absolue" pour le gouvernement. Le Premier ministre devrait s'y rendre "dans les jours qui viennent". "Cela ne va pas résoudre les problèmes, mais des projets de développement vont peut-être se créer. Cela fait non pas 23 ans, mais 50 ans que Tataouine est marginalisée. Les ministres demandent du temps, mais les gens vivent dans des situations misérables et ne peuvent plus attendre", souligne Jamila Jouini, membre du mouvement Ennahda, qui a obtenu 3 des 4 sièges en lice dans ce gouvernorat lors des élections du 23 octobre dernier. Sous Ben Ali, la région aurait souffert de la présence d'islamistes du mouvement Ennahda, alors violemment réprimé. Habib Bourguiba, lui, aurait adopté une stratégie d'isolement du Sud tunisien, selon les habitants, après la bataille qui a opposé les "youssefistes" - fidèles de Salah Ben Youssef, opposant au père de l'indépendance - aux "bourguibistes" à Jebel Egri, un mont de la région.

Mafia




Sur la route qui mène à Tataouine, des sociétés exploitent les minerais de la région : sulfate de sodium, gypse pour le plâtre... Elles seraient une dizaine dans la région. Sans compter la centaine d'entreprises pétrolières et de sous-traitants présents dans le désert. "Elles ne participent pas au développement de la région. Tous les jours, on voit les camions passer, et zéro développement ! Elles doivent faire quelque chose pour acheter la paix sociale", poursuit Ali Dhokkar. L'une des solutions prônées est l'ouverture d'annexes de ces entreprises dans la région. Les sièges sociaux sont implantés à Tunis ou sur les côtes du pays, à plusieurs centaines de kilomètres. "Les Tataouiniens n'y travaillent pas. Ils n'ont pas tous les qualifications nécessaires, mais même les postes sans qualification ne sont pas pour eux. La mafia des grandes sociétés tunisiennes a encore ses racines. Et sur le terrain, on constate qu'il n'y a pratiquement rien de nouveau. On donne quelques postes par-ci par-là pour calmer, mais rien d'important", observe Kamel Abdellatif, responsable du bureau de l'UGTT, ancien syndicat unique du pays qui demande notamment l'ouverture d'un centre de formation aux métiers de l'industrie pétrolière mais aussi des quotas d'emplois locaux dans les administrations publiques et les entreprises semi-étatiques "pour enterrer le fossé entre les régions".
"C'est toujours le même système. Ce sont toujours ceux de Tunis ou ceux qui ont de l'argent à glisser sous la table qui obtiennent un travail", crache Mongi. Ce jeune Tunisien vit à Remada, à 80 kilomètres de Tataouine, où se trouvent de nombreuses entreprises pétrolières. Les routes y sont régulièrement bloquées depuis fin mars. À ses côtés, Mohamed se retrouve au chômage à 47 ans après y avoir été employé comme agent de sécurité pendant deux ans. "Je suis obligé d'emprunter de l'argent pour vivre. J'ai 3 000 euros de dettes et pas d'emploi. Je fais comment maintenant ? Je vole ou je m'allume [m'immole, NDLR] comme [Mohamed] Bouazizi ?" 
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mardi 9 octobre 2012

Colombie : Lettre de soutien au Professeur Renan Vega Cantor

Debut de campagne le 08/10/2012
Original: Colombia: Carta de apoyo al profesor Renán Vega Cantor
Traductions disponibles : Français  English  Deutsch  عربي  Italiano   

En Colombie, l'idéal et la réalité d'une Université indépendante sont de plus en plus attaqués. Les Universités subissent l'intervention militaire et paramilitaire; aussi bien des enseignants que des étudiants ont été assassinés et menacés.
C'est dans ce contexte que le Professeur Renan Vega, enseignant et chercheur au sein de l'Université Pédagogique Nationale, a subi, ces derniers mois, une campagne de diffamation promue au sein de l'Université et avec le silence complice de ses autorités. Il faut signaler que ces attaques et menaces surviennent à la suite d'un important cycle de luttes et de mobilisations d'enseignants et d'étudiants contre la privatisation de l'université publique, et après la constitution de l'Association Syndicale des Professeurs Universitaires (ASPU) à l'Université Pédagogique Nationale.
 
En réponse à ces pressions, les universitaires colombiens, avec le soutien d'universitaires étrangers, ont organisé une série d'événements les 9 et 10 mai derniers dans les principales universités colombiennes pour défendre la pensée critique et rendre hommage à la contribution de Renan Vega à l'histoire sociale et à la recherche colombienne. Pendant ces journées, beaucoup de voix se sont élevées pour reconnaître la précieuse contribution du Professeur Renan Vega Cantor, qui a d'ailleurs reçu le prestigieux prix Libertador, aux sciences sociales et historiques, et pour soutenir sa valeur académique, mais aussi son engagement à mettre ses connaissances au service des opprimés, en se déplaçant dans les salles de classe et les quartiers populaires.
 
Aujourd'hui nous élevons notre voix pour dénoncer le fait que le Professeur Renan Vega a du quitter l'Université, suite à la détérioration de la situation et à l'escalade de la campagne contre lui, qui inclut aussi des menaces directes contre sa vie.
 
Son exil forcé est une attaque honteuse contre la liberté académique et contre la possibilité de la pensée critique, et constitue en outre la perpétuation d'une sale guerre antisyndicale, qui dans le cas des enseignants colombiens, s'est déjà soldée par des milliers d'assassinats.
 
En Colombie, l'attentat contre la vie d'un enseignant ou d'un étudiant par des forces "obscures", qui finissent rarement par être identifiées et poursuivies, commence presque toujours par une dénonciation publique émanant d'instances "respectables".
 
Nous exprimons notre solidarité au professeur Renan Vega et nous exigeons de la part des autorités des mesures décisives pour faire en sorte que les universités colombiennes soient des centres d'étude et de libre échange des idées et cessent d'être des lieux où la pensée critique est persécutée, stigmatisée et exterminée.
 
Nous exigeons le rétablissement immédiat de conditions permettant le retour du Professeur Renan Vega à son poste de professeur à l'Université Pédagogique Nationale, avec des garanties pour son intégrité physique et pour son plein exercice de la liberté d'enseignement.
 


Lisez l'article de Renan Vega Cantor Éloge de la pensée critique