jeudi 30 avril 2015

Baltimore : premières leçons

Le soulèvement de la jeunesse "noire" à Baltimore, suite au énième meurtre par un flic d'un jeune, n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. 47 ans après les émeutes de Baltimore d'avril 1968, les choses, loin de changer, n'ont fait qu'empirer. Et la présence d'un "Noir" à la Maison blanche ne change rien, au contraire même, peut-être. Les émeutes de 1968 avaient été déclenchées par l'assassinat de Martin Luther King Jr. à Memphis. Alors comme aujourd'hui, les "élites politiques noires" s'étaient bousculées au portillon pour surfer sur la vague de révolte. Alors comme aujourd'hui, sans succès. Aujourd'hui comme alors, les émeutes provoquent un débat sur la violence des émeutiers, les médias dominants s’émouvant plus face aux bris de vitrines qu'au massacre de jeunes par les flics. Aujourd'hui comme alors, il faut proclamer la différence radicale entre la "violence contre les gens" et la "violence contre les choses", que faisait Rudi Dutschke, le leader étudiant allemand mort en 1979 des suites d'un attentat commis en avril 1968 par un jeune ouvrier au cerveau lavé par les médias dominants. Nous vous proposons deux textes sur la situation aux USA, où l'été promet d'être chaud, chaud, chaud.-FG
Baltimore, avril 1968

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http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10105.jpghttp://tlaxcala-int.org/upload/gal_10106.jpg Baltimore, avril 2015
 
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Soutien à Baltimore : casser des voitures de police est une stratégie politique logique
par
Radical Faggot Pédé Radical. Traduit par  Nicolas Casaux , édité par  Héléna Delaunay
En tant que nation nous échouons à comprendre la stratégie politique noire de la même façon que nous échouons à reconnaître la valeur de la vie d’un noir.
Nous voyons des ghettos, le crime et des parents absents là où nous devrions voir des communautés luttant activement contre des crises de santé mentale et contre une exploitation économique préméditée. Et lorsque nous voyons des voitures de police cassées et des biens détruits, nous devrions y voir des réponses raisonnables à plusieurs générations de violence étatique extrême, et des décisions logiques sur le genre d' actions entrainant les résultats politiques désirés.
Je suis éberlué par la diffamation généralisée des manifestants de ce week-end à Baltimore, pour ne pas être restés pacifiques. La rhétorique de la « pomme pourrie » voudrait nous faire croire que la plupart des protestataires manifestaient de la bonne manière — selon leur droit constitutionnel — et que seuls quelques-uns venaient troubler la fête, donnant une mauvaise image du mouvement.
Cette manipulation doit être ignorée, tout d’abord en raison du black-out médiatique presque total sur toutes les actions ayant lieu sur le terrain, particulièrement  au cours de ce week-end. Mais aussi parce que ça n’a aucun sens de citer la Constitution dans une manifestation pour les droits civiques des noirs (ce document n’a pas été écrit pour nous, tu te souviens ?), et certainement pas dans une action organisée afin d’attirer l’attention sur le fait que l’État transgresse ses propres lois presque constamment vis-à-vis des opprimés.
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USA : émergence d'une nouvelle génération de radicaux noirs
par Chris Hedges.Traduit par  Nicolas Casaux, édité par  Héléna Delaunay
Les meurtres quasi quotidiens par la police de jeunes femmes et hommes noirs aux USA — crise à laquelle les manifestations de groupes comme Black Lives Matter et la rhétorique vide des élites politiques noires n’ont rien changé — ont donné naissance à un nouveau jeune militant noir.
Ce militant, émergeant des rues ensanglantées de villes comme Ferguson, dans le Missouri, comprend que le monstre n’est pas simplement le suprémacisme blanc, la pauvreté chronique et les multiples formes du racisme, mais l’énergie destructrice du capitalisme. Ce militant a abandonné la politique électorale, les tribunaux et les réformes législatives, il déteste la presse capitaliste et rejette les leaders noirs établis comme Barack Obama, Jesse Jackson, Al Sharpton et Michael Eric Dyson. Ce militant est persuadé qu’il n’y a que dans la rue et dans les actes de désobéissance civile que le changement est possible. Étant donné le refus de l’État capitaliste de s’attaquer aux souffrances croissantes des pauvres et des travailleurs pauvres, la répression étatique draconienne et le recours indiscriminé à la violence d’État létale contre les gens de couleur sans défense, je pense que le nouveau radical noir a raison. L’été s’annonce long, chaud et violent.

mercredi 29 avril 2015

Pourquoi l'Italie ne s'intéresse pas aux Italiens assassinés par des drones US
Sigonella, capitale mondiale de la guerre robotisée

par Antonio Mazzeo, 27/4/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Perché all’Italia non interessa degli italiani assassinati dai droni
Ce sont des victimes collatérales, inconscientes et innocentes, de l'énième acte d'une guerre unilatérale. Il ne s'agit plus d'armées contre armées, mais de robots tueurs contre des hommes, des femmes, des enfants. Le coopérant sicilien Giovanni Lo Porto, honteusement ignoré par la politique avec un grand P, les institutions et l'ensemble du Parlement italien, a été brutalement assassiné au Pakistan dans l'un des innombrables bombardements déclenchés par les essaims de drones US.
 
"Il s'est agi d'une erreur tragique et fatale de nos alliés américains, reconnue par le président Obama, mais la mort de Lo Porto et d'un deuxième otage, l'Américain Warren Weinstein, est de l'entière responsabilité des terroristes, contre lesquels nous confirmons l'engagement de l'Italie" : tel a été le commentaires pour solde de tout compte du ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni. Aucune culpabilité donc des agents de la CIA qui ont ordonné l'attaque, aucune responsabilité politique de ceux qui, à Washington – en violation du droit international - ont encouragé et légitimé l'utilisation de drones, dans une escalade infernale vers la déshumanisation totale des conflits.

mardi 28 avril 2015

Grèce : L’étau se resserre

par Stathis Kouvelakis Στάθης Κουβελάκης, 24/4/2015 Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Greece: The Noose Tightens
Traductions disponibles : Português  فارسی 
 

Pour le gouvernement Syriza, il ne reste que trois options
Les événements en Grèce ont pris un tour dramatique et l'insolvabilité est aux portes. Le 20 avril 2015, le gouvernement grec a émis un décret obligeant les collectivités locales à déposer leurs réserves de liquidités à la Banque De Grèce.
Deux jours plus tard, Dimitris Mardas, le vice-ministre des Finances chargé des recettes de l’État, a déclaré qu’il manquait 400 millions d’euros pour payer les retraites et les salaires à la fin du mois. Quelques heures plus tard, il a dit que l'argent avait été trouvé et qu'il essayait maintenant de constituer des réserves de trésorerie. Mais selon certaines sources, Dimitris Mardas a informé les députés de Syriza lors d'une réunion le même jour que les réserves de l’État ne permettraient d'effectuer tous les paiements en mai.
Et cela bien que, en termes de paiement de la dette, le mois de mai soit un mois relativement « facile », avec seulement 750 millions d’euros à payer  au Fonds Monétaire International (FMI), plus 400 autres millions d’euros d'intérêts à payer.
Le mois de juin sera plus difficile, avec 1 milliard 500 millions d’euros du au FMI, 700 millions dus aux institutions européennes, et 500 millions d’euros en paiements d'intérêts. Un  fardeau sans aucun doute insoutenable.

vendredi 24 avril 2015

EuroCaravana 43: Tournée des familles des 43 disparus d'Aytozinapa en Europe

Une brigade d’Ayotzinapa, Mexique, parcourt l’Europe pour exiger la présentation en vie des 43 étudiants disparus.
RECORRE EUROPA BRIGADA DE AYOTZINAPA (MÉXICO) POR LA PRESENTACIÓN CON VIDA DE LOS 43 ESTUDIANTES DESAPARECIDOS
 

    • Les membres de cette délégation exigent que cette demande de présentation en vie soit maintenue malgré l’insistance de l’État mexicain à clore l’enquête et la recherche.
    • Ils demandent à la communauté européenne de maintenir une surveillance internationale face aux actes de répression contre le mouvement social qui exige la présentation en vie des étudiants de l'École normale rurale.
    • Ils demandent le soutien pour mettre en place des garanties réelles de non‐répétition, de respect et d’accès plein et entier aux droits de l’homme.

    L’Autre Europe, 16 avril 2015- Une commission de l’École normale d’Ayotzinapa, Mexique, parcourra l’Europe entre le 16 avril et le 19 mai pour informer à la communauté européenne de la poursuite de la lutte des pères et mères de famille pour la présentation en vie des 43 étudiants normaliens disparus, malgré la persistance de l’État mexicain à considérer que ces étudiants ont été brûlés sans qu'il en apporte les preuves. 
    Helsinki eurocaravana43-5
    Omar García, Eleucadio Ortega et Román Hernández devant l'ambassade mexicaine à Helsinki, Finlande
    La brigade, composée d’un père de famille, d’un étudiant et d’un défenseur des droits humains, traversera 13 pays du continent européen pour participer à des réunions avec des organisations étudiantes, des collectifs, des organisations sociales et syndicales pour faire un appel à maintenir l’observation internationale sur le Mexique face à la grave crise que subissent les droits de l’homme dans ce pays et pour exiger l’arrêt des actes de répression commis par le gouvernement mexicain contre les étudiants, les pères et mères de famille des 43 étudiants normaliens et le mouvement social qui réclame la présentation en vie des disparus.

    Dénonçons le crime contre l’humanité commis contre les migrants

    par Claude Calame, Le Monde, 8/4/2015
    English  Exposing the crimes against humanity committed against migrants 
    Plus de 3 400 migrants morts en Méditerranée en 2014, 300 dans la seule deuxième semaine de février 2015, tel est le dramatique bilan de la politique de fermeture des frontières menée par l’Union européenne (UE), de Ceuta et Melilla en face de Gibraltar, au fleuve Evros, en Grèce du Nord. La France n’échappe pas à cette politique d’érection de murs opposés à migrantes et migrants. Non pas en Méditerranée, mais à Calais.
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    Khalid Albaih, Soudan
    Un récent rapport d’Human Rights Watch (HRW) vient de dénoncer les conditions de survie imposées aux quelque 3 000 migrants qui, à Calais et dans le Calaisis, attendent soit une opportunité de passer clandestinement en Angleterre, soit l’incertain résultat d’une demande d’asile déposée en France : au dénuement total dans une situation d’extrême précarité s’ajoutent répression et exactions policières, entre passages à tabac et attaques au gaz lacrymogène.

    mercredi 22 avril 2015

    Les dérives du Forum social mondial: vers la fin du processus ?


    par Mimoun Rahmani ميمون الرحماني
    Mimoun Rahmani est membre d'ATTAC/CADTM Maroc, du Conseil de pilotage du Forum social  maghrébin  et du groupe de coordination  du Comité pour  l'annulation de la dette du tiers-monde (CADTM). Il représente le Réseau CADTM international au Conseil international du Forum social mondial.
    Genèse du FSM
    Le Forum social mondial (FSM) est né suite à l’émergence du mouvement anti-mondialisation pendant les années 1990, notamment le soulèvement des zapatistes contre l’ALENA en 1994, la campagne contre l’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) en 1998 et la grande mobilisation en 1999 à Seattle contre le sommet de l’OMC, avec près de 50 000 participants venus du monde entier.
    C’était un contexte politique et idéologique marqué par le démantèlement du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide ayant entrainé l’hégémonie des USA et de l’idéologie libérale, mais aussi par l’émergence des mouvements sociaux en lutte contre les politiques ultralibérales dictées par les institutions économiques internationales (FMI, BM, OMC) dans le cadre du Consensus de Washington.
    Les ennemis du FSM étaient donc bien identifiés : le Forum économique mondial de Davos, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce, les multinationales, les USA en tant qu’empire…
    La charte de principes de Porto Alegre définit le FSM comme étant « un espace ouvert de réflexion, de débat d’idées démocratiques, de formulation de propositions, d’échange d’expériences et d’articulation en vue d’actions efficaces entre les mouvements sociaux et organisations de la société civile qui s’opposent au néolibéralisme et à la domination du monde par le capital et toute forme d’impérialisme… »
    Le Forum social mondial n’est donc pas un simple évènement de débat d’idées et de proposition d’alternatives au néolibéralisme. Il est aussi un processus continu qui vise la construction d’actions communes à l’échelle planétaire. En d’autres termes, le FSM devra jouer le rôle de catalyseur des luttes sociales, rendre les luttes plus visibles, dans l’objectif global de renforcer la lutte commune contre le néolibéralisme et, d’une manière générale, contre la globalisation capitaliste, afin de contribuer à inverser les rapports de force au niveau mondial.
    Cependant, le FSM connait des dérives de plus en plus graves qui l’ont « réduit à l’insignifiance »[1], faisant de cet espace une simple foire internationale des associations et ONG de développement. Commercialisation à outrance au sein de l’espace du Forum, sous-traitance de certains aspects de l’organisation à des sociétés privées, frais d’inscription élevés, présence de délégations officielles et des intégristes islamistes, financement du Forum par des gouvernements antidémocratiques et d’autres sources de financement incertaines, enregistrement d’activités en totale contradiction avec la charte de principes du FSM…
    S’ajoute à cela la crise interne que connait le Conseil international (CI) du FSM dont les commissions ne sont plus opérationnelles, ni d’ailleurs le groupe de liaison qui jouait le rôle de coordination entre les commissions et préparait les réunions dudit conseil. Les décisions sont le plus souvent préparées à l’avance par une minorité qui contrôle le CI, essentiellement des membres des grandes ONG dont la présence et l’influence sont de plus en plus importantes devant la faiblesse des mouvements sociaux et des mouvements de lutte.
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    Le massacre des migrants et les responsabilités de l'Europe


    par Annamaria Rivera, Micromega, 21/04/2015.Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
    Au moins 1 800 morts depuis le début de l'année. Victimes du néocolonialisme occidental, de sa politique de pillage, de guerre, d'ingérence "humanitaire", de déstabilisation, qui trouve souvent des complices dans les élites locales. Victimes aussi des politiques prohibitionnistes, donc migranticides, d'une Union européenne qui a jeté aux orties jusqu'aux plus élémentaires des droits de l'homme - le droit à la vie et à l'asile – qui fondent aussi son ordonnance. Une Union qui, comme l'écrit Barbara Spinelli, avec ses 28 États et ses eurodéputés, mais aussi avec le Haut-commissariat des Nations Unies aux réfugiés, est de fait coupable "de crimes de guerre et d'extermination  en temps de paix".
    Face au pire massacre dans l'histoire des exodes en Méditerranée - immédiatement suivi d'un autre naufrage mortel, cette fois près de l'île de Rhodes - la misère morale et politique des institutions et des dirigeants politiques, européens et italiens, s'affiche de manière éclatante.
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    mardi 17 mars 2015

    Túnez, 24- 28 de marzo de 2015: 13ava (y quizás última) edición del Foro social mundial

    por Fausto Giudice, desde Túnez,
    Periferia, Medellín, No. 104, Marzo-Abril de 2015
    Traducido por María Piedad Ossaba
    Por segunda vez, el Foro Social Mundial tendrá lugar en Túnez del 24 al 28 maro de 2015. Iniciado en 2001 en Porto Alegre, capital de Rio Grande do Sul, pretendía convertirse en la Asamblea Mundial de movimientos populares. Su objetivo era reunir y coordinar todos los movimientos que se oponen  al desorden neoliberal a nivel mundial, sin excluir a nadie,  salvo a los partidos políticos como tales. Con el paso de los años, el FSM ha experimentado una evolución que sus iniciadores consideran negativa: Los partidos políticos entraron  en el FSM a todos los niveles, especialmente a través de las fundaciones de los partidos políticos  alemanes que lo financian parcialmente. Uno de los obstáculo principales para el logro del  objetivo inicial - reunir movimientos verdaderamente populares de todo el planeta - fue, como siempre el dinero, o más bien la falta de dinero, lo que volvió a los pobres más dependientes de los  ricos, que deciden  quién es digno de recibir su ayuda para poder desplazarse de un  continente a otro  y  participar en tales encuentros. Así fue como el proyecto de organizar una delegación de la Otra Colombia, realmente representativa de los movimientos de lucha de base, y no de los "representantes" acostumbrados a viajar a todos los eventos, fracasó ante el muro del (no) dinero. Ninguno de los ricos organismos de "solidaridad" a los cuales se les pidió ayuda aceptó dar un centavo para un proyecto que no hubiera costado más que lo que una señora de la oligarquía colombiana gasta en un fin de semana de ida y vuelta à Miami o a Londres.

    dimanche 15 mars 2015

    Tunis, 24-28 mars 2015: 13ème (et peut-être dernière) édition du Forum social mondial

    par Fausto Giudice, depuis Tunis, 15/3/2015

    Pour la deuxième fois, le Forum social mondial aura lieu à Tunis. Ce qui se voulait l'assemblée mondiale des mouvements populaires a été lancé en 2001 à Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul. Son objectif était de rassembler et de coordonner tous les mouvements opposés au désordre néolibéral à travers le monde, sans exclure personne sauf les partis politiques en tant que tels.
    Au fil des années, le FSM a connu une évolution que ses initiateurs jugent négative: les partis politiques ont fait leur entrée dans le FSM à tous les niveaux, notamment à travers les fondations des partis politiques allemands qui les financent partiellement. Un des obstacles principaux à la réalisation de l'objectif initial – rassembler des mouvements réellement populaires de toute la planète – a été, comme toujours l'argent, ou plutôt le manque d'argent, qui a rendu les pauvres dépendants des riches, lesquels décident qui est digne de recevoir leur aide pour pouvoir se déplacer d'un continent à l'autre et participer à des telles rencontres. C'est ainsi que le projet d'organiser une délégation de l'Autre Colombie, réellement représentative des mouvements de lutte de base et non des habituels "représentants" qui se rendent à toutes les rencontres, a échoué face au mur d(e non-)'argent. Aucun des riches organismes de "solidarité" auxquels une aide a été demandée n'a accepté de donner le moindre centime pour un projet qui n'aurait pas coûté plus cher que ce qu'une dame de l'oligarchie colombienne gaspille en un week-end d'aller-retour de Bogotá à Miami ou Londres.

    dimanche 1 mars 2015

    Yaşar Kemal, un souffle millénaire

    par Mustafa Can, Aftonbladet, 28/2/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

    L'extraordinaire écrivain Yaşar  Kemal vient de s'éteindre à Istanbul à l'âge de 91 ans. il nous laisse une œuvre épique inégalée, aux profondes racines populaires. Précurseur méconnu de ce qu'on appellera le "réalisme magique", Yaşar  Kemal n'aura pas eu les honneurs du Prix Nobel. Pourtant la Suède est sans doute le pays où il a été le plus lu en dehors de Turquie et c'est là qu'il trouva refuge dans les années 1970, quand la dictature militaire voulait le mettre à l'ombre pour l'éternité. Un représentant de la nouvelle génération d'écrivains suédois, lui aussi d'origine kurde, évoque l'auteur de l'épopée de Mèmed.-FG

    Mustafa Can évoque un Yaşar  Kemal triste dans un restaurant chinois à Fridhemsplan à Stockholm
       



    Yaşar  Kemal (1923 - 2015)
    En apprenant  la mort de Yaşar  Kemal, je pense à une nuit deux jours avant le réveillon du Nouvel An 2006 , à La Havane.

    Gabriel García Márquez était assis, entouré de belles femmes et d'hommes graves en costumes, aux larges épaules, sur les divans, au fond de la boîte de nuit "Le chat borgne", aux pieds du légendaire Hôtel Nacional où des mafieux, des espions, des stars de cinéma, des politiciens, des écrivains et d'autres célébrités se côtoyaient en d'autres temps.

    Encouragé par mon ami Lars Asklund , je suis allé vers l'écrivain et l'ai remercié pour de magnifiques expériences de lecture. Márquez a hoché la tête et a demandé prudemment d'où je venais.
    - Suède. Mais je suis originaire du Kurdistan turc.
    - Oh, du même pays que Yaşar  Kemal, s'est-il  exclamé, ravi et a levé son verre.  Bien que je n'ai pas mentionné que je rencontrais parfois Yaşar  Kemal, Márquez a continué :
    - C'est très bon confrère et un inspirateur. Salue-le bien de ma part quand tu le rencontres.
    Cinq mois plus tard, nous étions quelques personnes attablées avec un Yaşar  Kemal attristé dans un restaurant chinois à Fridhemsplan à Stockholm. Pour lui remonter le moral - il était venu rendre visite à son ami confrère à l'agonie Mehmet Uzun - je lui ai parlé de la rencontre avec Márquez.
    - Il a donc dit : «collègue inspirateur»?, a ri Kemal. C'est peut-être une manière pour le bon Márquez de reconnaître que j'ai précédé les Latino-Américains dans le réalisme magique.

    Non, à la différence de son collègue colombien le Kurde Yaşar  Kemal, qui écrivait en turc, n'a jamais eu le prix Nobel de littérature. Un prix dont il voulait rarement parler - même s'il y fut candidat pendant de longues années.

    - Si vous avez reçu les récits avec le lait maternel, vous ne devez pas passer votre temps à penser aux prix, vous devez simplement raconter, avait-il lancé dans un bistrot d'Istanbul après un séminaire littéraire au consulat suédois en 2004.

    Kemal racontait avec verve comment ses parents kurdes avaient fui de la région du Lac de Van pour échapper aux armées russes en 1915. Comment le fait de grandir dans la seule famille kurde d'un village turkmène pauvre, Hemite, dans la plaine entre les monts Taurus et la Méditerranée, l'avait  conduit à maîtriser mieux la langue turque que sa langue maternelle .

    Yaşar  Kemal baissait la voix quand il évoquait la perte de son père, qui lui manqua toute sa vie, qui fut abattu dans une mosquée par son frère adoptif quand il avait à peine cinq ans. Et il haussait de nouveau le ton et retrouvait sa bonne humeur quand il disait que c'était les bardes, les conteurs oraux qui, avant même qu'il eût appris à écrire, qui  l'avaient inspiré à aller de village en village pour recueillir des histoires plus ou moins vraies, les  mémoriser et les restituer sous une forme dramatisée. Des récits qui pouvaient durer des jours.  Et le travail de tri des livres dans la bibliothèque déserte d'Adana, la ville de la région, et la rencontre avec Homère, Cervantès, Stendhal, Tchekhov ...

    - La littérature occidentale m'a offert un nouveau monde. Ces auteurs m'ont fait réaliser plus tard que "ma" La littérature devait jaillir de l'histoire de ma famille et de mon peuple avec son trésor de contes, de chansons populaires et de mythes.

    Dès son premier roman Mèmed le Mince ("İnce Memed", 1955), il est devenu la figure de proue  de la littérature turque. L'inspiration pour les œuvres sur le petit orphelin maigre et rebelle Mehmed, expliquait Kemal, est venue des hommes dans la famille de sa mère. Tous étaient des hors-la-loi révolutionnaires, aucun d'eux ne mourut de vieillesse.

    Son paysage d'enfance dans la plaine fertile de Çukurova était son propre Macondo. Yaşar  Kemal dépeint dans son épopée les conditions de vie des opprimés et ce qui arrive à la fois à l'homme et à  la société dans des temps de bouleversement. Lorsque la société paysanne rencontre la modernité, que la pauvreté se confronte au capitalisme, le désir de libération rencontre encore un système politique brutal.

    Bien que l'œuvre de Kemal se déroule principalement durant le 20ème siècle,  elle est traversée par un souffle millénaire où chaque objet a son histoire secrète et diverses époques s'interpénètrent. Sur  la plaine de Çukurova les sites préhistoriques du Néolithique et de l'ancienne Cilicie ont laissé leurs traces. Avec des temples, des inscriptions lapidaires et des villages troglodytes prophétiques. Hittites et Babyloniens, Perses, Arméniens et Kurdes, Romains, Grecs, Arabes et Turcs. Une cohorte de souverains et d'esclaves, de paysans et de seigneurs féodaux qui tous se meuvent entre des paysages d'ombres nocturnes et des mondes féériques éblouissants .

    Les romans résonnent simultanément de nombreuses voix différentes. Il y a des ruptures, des exodes de masse et des colons. La haine, la vengeance, la suspicion et la violence sont toujours présentes. Mais aussi la révolte, l'amour, la beauté, l'imagination débridée et la quête irrépressible de l'homme qui,  même en des temps chaotiques, rêve de lumière et de paix.

    Pour l'athée Yaşar  Kemal, l'homme était la mesure de toute chose. Mais sans la nature, l'homme n'est qu'une coquille vide. À la question de savoir pourquoi il commence presque tous ses romans avec de longues descriptions lyriques de la nature, il répondait :
    -Je suis un athée avec une angoisse de mort  parfois paralysante. La nature ne est ni bonne ni mauvaise, elle est juste grandiose, et sa beauté est peut-être mon principal argument contre la mort.

    Enfant, il pouvait passer des heures, des journées à observer le vol d'un papillon, le vol des oiseaux, les abeilles sauvages aux reflets bleutés  montant et descendant en nuages ​​étincelants au-dessus la plaine, les formations nuageuses, les changements de nuances des monts Taurus, les têtes épineuses des chardons, les pêchers et abricotiers en fleurs, les amandiers sauvages explosant en rose et pourpre. Il respirait le parfum du thym sauvage et fermait les yeux en écoutant le vent, le chant des ruisseaux et des perdrix au plumage brun-roux.

    Le vieux paysan, le tractoriste, le cueilleur de coton, le gardien de nuit, l'écrivain public, l'instit intérimaire, le rebelle et socialiste, fut pendant de longues années l'une des rares consciences publiques de la nation turque. À contrecœur, comme son ami Orhan Pamuk.

    Yaşar  Kemal détestait parler de politique, mais ne pouvait nénamoins pas rester à l'écart de la politique. Surtout lorsqu'il s'agissait de la liberté d'expression et de la répression systématique des Kurdes.
    - Je suis un écrivain, pas un commentateur politique. Ma tâche est d'écrire aussi bien que possible, mais quel choix ai-je lorsque des gens assoiffés de liberté qui descendent dans la rue sont persécutés et même condamnés à plusieurs siècles de prison, sont torturés, assassinés?
    Monument à Mèmed le Mince dans le village natal de Yaşar  Kemal, Hemite, nommé aujourd'hui Gökçedam
    C'était à ses yeux immoral d'être politiquement neutre, de s'enfermer et ne s'adonner qu'à la littérature, quand le monde autour brûlait. Particulièrement dans les dictatures et les démocraties fragiles où tout le monde ne sait pas lire écrire, il était du devoir de l'intellectuel de mettre l'éthique avant l'esthétique, de mettre en lumière  l'inflation de la valeur civilisationnelle de la société et perturber l'ordre social.

    Les médias turcs ont mené pendant de longues années des campagnes de diffamation et de haine contre Kemal. Au fil des ans il a été souvent condamné ou menacé de procès et d'emprisonnement pour soutien au terrorisme et pour propagande séparatiste. Je me souviens de la mine triste de Yaşar  Kemal quand une jeune femme, au cours d'une rencontre d'écrivains dans une librairie, lui a demandé quel effet ça lui faisait d'être désormais plus connu comme militant des droits de l'homme que comme écrivain:

    - Je ne suis qu'un homme parmi les hommes. Être humain implique peut-être avant tout de se sentir responsable de tout ce qui se passe dans le monde et de se confronter à la fois au présent et au passé. Surtout maintenant dans l'hystérie marchande du pluralisme libéral.
    Chaque fois que je rencontrais Yaşar  Kemal, il me demandait toujours des nouvelles de la Suède - "ma seconde patrie" - et évoquait la rue où il a vécu durant son exil pendant quelques années à la fin des années 70. Årstavägen 29.

    Il décrivait le froid, l'obscurité, les rues désertes et la solitude. Et ce que  l'absence de langue pour communiquer  fait de l'homme, l'isolant du reste de la société, le faisant se sentir une victime impuissante. Car ce qui en fin de compte sauve l'homme est sa capacité de communiquer. Mais ...

    - Je n'ai jamais été aussi productif que durant l'exil en Suède, j'ai écrit plusieurs livres en quelques années. Le silence et le calme que j'ai rencontrés là-bas, je ne les ai jamais rencontrés avant ou après. Malgré ma nostalgie du pays, j'ai été très heureux en Suède.

    Il y a deux ans, lors d'une brève rencontre dans  une galerie à Istanbul, j'ai demandé Yaşar  Kemal s' il savait qu'il avait été dans les années 70 l'écrivain étranger le plus emprunté dans les bibliothèques suédoises.

    Son rire bruyant a résonné entre les murs:
    - En tout cas, ce n'est pas ça qui donne le prix Nobel.
     

    samedi 21 février 2015

    Malcolm X avait raison sur les USA

    par Chris Hedges, Truthdig, 1/2/2015.Traduit par  Nicolas Casaux, édité par  Fausto Giudice
    Original: Malcolm X Was Right About US-America

    NEW-YORK  — Malcolm X, contrairement à Martin Luther King, ne pensait pas que l’Amérique ait une conscience. Pour lui, il n’y avait pas de grande contradiction entre les nobles idéaux de la nation — une imposture à ses yeux — et l’échec à rendre justice aux noirs. Il avait compris, peut-être mieux que King, les mécanismes inhérents à l’empire. Il n’espérait pas des dirigeants de l’empire qu’ils se reconnectent à la bonté en eux afin de construire un pays débarrassé de l’injustice et de l’exploitation. Il expliquait que depuis l’arrivée du premier bateau d’esclaves jusqu’à l’apparition de notre vaste archipel de prisons et de nos sordides colonies intérieures, où les pauvres sont piégés et maltraités, l’empire US était inexorablement hostile à ceux que Frantz Fanon appelait les « damnés de la terre ». Cela, et Malcolm en était conscient, ne changerait pas tant que l’empire ne serait pas détruit.
    « Il est impossible que le capitalisme survive, premièrement parce que le système capitaliste a un besoin perpétuel de sang à sucer », disait Malcolm. « Le capitalisme était un aigle, c’est maintenant un vautour. Il était assez puissant pour sucer le sang de n’importe qui, des forts comme des faibles. Mais aujourd’hui il est devenu plus couard, comme le vautour, et il ne peut plus sucer que le sang des faibles. À mesure que les nations du monde se libèrent, le capitalisme a moins de victimes potentielles à sucer, et il s’affaiblit. Ce n’est qu’une question de temps avant l’effondrement complet. »
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    King obtint une victoire légale à travers le mouvement des droits civiques, comme le montre le nouveau film « Selma ». Mais il échoua à faire naitre la justice économique, et à détourner l’appétit vorace de la machine de guerre qu’il savait pertinemment responsable des abus de l’empire sur les opprimés à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Et 50 ans après l’assassinat de Malcolm X à l’Audubon Ballroom de Harlem par des tueurs à gages de la Nation de L’Islam, il apparait clairement que c'était lui, et pas Martin Luther King, qui avait raison. Il savait quelle nation nous sommes. Les humains peuvent se racheter. Pas les empires. Notre refus de regarder en face la vérité sur l’empire, de nous attaquer à la multitude de ses crimes et de ses atrocités, a fait naître le cauchemar que Malcolm avait prédit. Et à mesure que l’ère numérique et la société post-lettrée implantent une amnésie historique terrifiante, ces crimes sont effacés aussi vite qu’ils sont commis.
     

    jeudi 19 février 2015

    American Sniper : Tuer des Bougnoules pour Jésus

    par Chris Hedges, Truthdig, 25/1/2015
    Traduit par Nicolas Casaux, Le Partage, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

    chris_hedges Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur US. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation US, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il publie une chronique chaque lundi pour le site Truthdig.com. 
    American Sniper célèbre le plus répugnant des aspects de la société US - la culture du flingue, l'adoration aveugle de l'armée, la croyance que l'on a un droit inné en tant que nation "chrétienne" à exterminer les "races inférieures" de la Terre, une hypermasculinité grotesque qui bannit toute compassion et pitié, un déni des faits qui dérangent et des vérités historiques, et un dénigrement de la pensée critique et de l'expression artistique. Beaucoup d'Américains, surtout les blancs prisonniers d'une économie au point mort et d'un système politique dysfonctionnel, sont galvanisés par le supposé renouveau moral et le contrôle militarisé rigide que ce film célèbre. Ces passions, si elles se réalisent, feront disparaitre le peu qu'il reste de notre société ouverte désormais anémique.
    Le film s'ouvre sur un père et son fils chassant le daim. Le garçon tire sur l'animal, lâche son fusil et court vers sa proie.
    "Reviens ici", hurle son père. "On ne laisse jamais son fusil par terre".

    "C'était un sacré tir, fils", dit le père. "Tu as un don. Tu feras un excellent chasseur un jour."

    La caméra montre ensuite l'intérieur d'une église où une congrégation de chrétiens blancs — les noirs apparaissent aussi peu dans ce film que dans ceux de Woody Allen — écoutent un sermon à propos du plan de Dieu pour les chrétiens d'Amérique. Le personnage correspondant au titre du film, basé sur Chris Kyle, qui deviendra le sniper le plus meurtrier de l'histoire de l'armée US, va, c'est ce que laisse entendre le sermon, être appelé par Dieu à utiliser son "don" afin de tuer les méchants. La scène suivante nous montre la famille Kyle dans la salle à manger alors que le père entonne avec l'accent texan: "Il y a trois types de gens dans ce monde: les moutons, les loups, et les chiens de berger. Certains préfèrent penser que le mal n'existe pas dans le monde. Et si un jour ils étaient directement menacés, ils ne sauraient pas comment se protéger. Ce sont les moutons. Et puis tu as les prédateurs".
    "Ce n'est pas de la propagande quand c'est l'Amérique qui le fait". A gauche, un film de propagande nazie, "La fierté de la nation", utilisé par Quentin Tarantino dans "Inglorious Bastards"
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