lundi 25 janvier 2010

Les USA et les régimes arabes menacent l'avenir des chaînes satellitaires d’opposition

par عبد الباري عطوان Abdelbari  ATWAN, 19/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Source : US and Arab regimes threaten future of opposition satellite channels

Des experts des médias arabes se réunissent aujourd'hui  (19 janvier) au Caire pour discuter de la décision du  8 décembre du Congrès US  de sanctionner les satellites arabes qui autroisent la diffusion de chaînes que Washington considère comme hostiles. Les délégués arabes ne devraient toutefois pas s'opposer à la position US, car la majorité des gouvernements arabes ne sont pas en désaccord avec celle-ci, et même l'appuient, en particulier parce que les chaînes ciblées d'actions ciblées, comme «Al-Manar", "Al-Alam", "Al -Hiwar "," Al-Rafidayn »,« Al-Aqsa ", et dans une moindre mesure," Al-Jazira "sont inacceptables pour ces gouvernements.
Les experts de la Ligue arabe sont les derniers à avoir le droit de parler de la liberté de la presse arabe ou d’affronter une telle décision US injuste que musèle les libertés, car la Ligue arabe et le Conseil des ministres de l’information des pays qui y sont affiliés sont ceux-là même qui ont adopté en février 2008 le « document sur les chaînes satellitaires » connu sous le nom de « Charte d'honneur des médias arabes» [sic , NdT] dont la mise en application a conduit à la fermeture de plusieurs chaînes et en a empêché d’autres de transmettre sur les satellites  Nilesat  et ArabSat.
Les ministres arabes de l'Information a approuvé un certain nombre de mesures punitives pour les chaînes satellitaires qui critiquent les dirigeants et discutent de la corruption. Parmi ces mesures : la fermeture de leurs bureaux, leur retrait des satellites arabes et l’imposition de lourdes amendes. Seuls trois pays arabes ont exprimé des réserves sur ces mesures : ce sont le Liban, Qatar et l'Algérie.
Nous n’ exagérons peut-être pas quand nous disons que les «efforts»  des ministres arabes de l'Information  pour supprimer les libertés, clouer les becs, et imposer une politique d'exclusion et de listes noires a  encouragé le Congrès à prendre des mesures punitives contre les chaînes dont il dit qu’elles font de l’agitation anti-US.

L'administration et les institutions US et les gouvernements arabes ont un intérêt commun à "dompter" et à soumettre les médias arabes parce que la plupart des régimes arabes, en particulier les «modérés» parmi eux, sont totalement impliqué dans les guerres US en Irak et en Afghanistan et dans la soi-disant guerre contre le terrorisme.
Du point de vue usaméricain, le soutien à la résistance aux plans usaméricains d’hégémonie dans la région équivaut à une incitation à tuer et terroriser. Malheureusement, la majorité des régimes arabes sont également opposés à la culture de la résistance et aux mouvements qui l'adoptent, à commencer par les talibans en Afghanistan pour finir par le Hamas, le Jihad islamique, les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa et d'autres groupes de résistance en Palestine occupée.
Par une curieuse ironie, le Congrès US, qui s'oppose fermement à la censure chinoise et au filtrage de Google, soutient fermement le musellement des médias arabes et la confiscation des libertés d'expression en adoptant des mesures législatives qui confirment cette démarche honteuse, incompatible avec toutes les leçons faites par les Us américains et les Occidentaux des conférences sur la démocratie, des droits humains et la liberté en général.
Les gouvernements arabes amis des USA ont été engagés dans la fermeture et le blocage de milliers de sites Internet qui critiquent leur corruption et leur dictature mais nous n'avons pas entendu l'administration usaméricaine  protester contre ces mesures répressives.
Nous vivons des temps sombres pour les médias arabes et les choses pourraient même s'aggraver si les USA et Israël décidaient de régler certains dossiers en suspens - notamment au Liban (le Hezbollah) et dans la Bande de Gaza (Hamas) - par des moyens militaires. L'alliance arabe officielle avec le Congrès US contre l’ «autre opinion» est plus en plus forte et solide et se prépare à éteindre les voix qui restent pour dire encore  oui à la résistance et non aux murs d'acier, aux blocus étouffants et à  l'occupation usaméricaine et israélienne.

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La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.
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La compassion qu’Israël affiche en Haïti ne peut dissimuler la face hideuse qui est la nôtre à Gaza

par עקיבא אלדרAkiva ELDAR, Haaretz, 18/1/2010. Traduit par Anne-Marie Perrin
Qui a prétendu que nous sommes barricadés dans notre bulle de Tel Aviv ? Combien de nations entourées d’ennemis installent des hôpitaux de campagne de l’autre côté du monde ? Fournissez-nous un tremblement de terre en Haïti, un tsunami en Thaïlande ou une attaque terroriste au Kenya, et le bureau du porte-parole de l’armée va triompher. On peut toujours trouver un avion-cargo pour y transporter des journalistes militaires qui, suivant les directives du Commandement national, relateront l’action de nos valeureux jeunes gens.

Certes, chacun est en train d’accomplir un travail magnifique : les sauveteurs, qui recherchent des survivants, les médecins, qui sauvent des vies, et aussi les journalistes qui, à juste titre, font leur éloge. Après que le visage que nous montrons au monde est devenu celui du représentant du ministère des affaires étrangères, Danny Ayalon, la communauté internationale tout entière peut maintenant voir le bon côté d’Israël.
Cependant, cette identification remarquable avec les victimes de la terrible tragédie dans la lointaine Haïti ne fait que souligner l’indifférence à l’égard des souffrances persistantes des habitants de Gaza. A peine à plus d’une heure de route des bureaux des principaux journaux israéliens, un million et demi de personnes se trouvent assiégées depuis deux ans et demi sur un îlot de désert. Qui se soucie que 80% des hommes, femmes et enfants qui vivent si près de nous sont tombées sous le seuil de pauvreté ? Combien d’Israéliens savent que la moitié des Gazaouis dépendent de l’aide humanitaire ; que l’opération Plomb Durci a entraîné des centaines d’amputés ; que les eaux usées se déversent des rues dans la mer ?

Gaza, Janvier 2009


Haiti, Janvier 2010. Source : Israel Defense Force Spokesperson

Les lecteurs des journaux israéliens sont informés qu’un bébé a été retiré des décombres à Port-au-Prince. Peu d’entre eux ont entendu parler des nourrissons qui dorment dans les ruines de leur maison familiale à Gaza. L’interdiction que l’armée fait aux reporters d’entrer dans la Bande de Gaza est une excellente excuse pour que nous nous enfoncions la tête dans le sable des plages de Tel Aviv. Les jours fastes, les rapports dégrisants qu’établissent sur la situation à Gaza des associations de défense des Droits de l’Homme, telles que B’T’selem, le Centre légal pour la liberté de mouvement et Médecins pour les Droits de l’Homme, sont relégués dans les dernières pages des journaux. Pour se faire une idée de ce à quoi ressemble la vie dans la plus grande prison du monde, il faut échapper à Big Brother et basculer vers des sites étrangers.
Le désastre en Haïti est une catastrophe naturelle, celui de Gaza est l’ouvrage honteux de l’homme. Notre ouvrage. L’armée n’envoie pas à Gaza d’avions-cargos bourrés de médicaments et d’équipement médical. Les missiles lancés là-bas voilà un an par l’aviation de combat israélienne ont touché plus de 60.000 maisons et usines, réduisant en gravats 3.500 d’entre elles. Depuis lors, 10.000 personnes ont vécu sans eau courante, 40.000 sans électricité. Quatre-vingt-dix-sept pour cent des usines de Gaza sont inactives du fait des restrictions imposées par le gouvernement israélien sur l’importation de matières premières pour l’industrie. Il y aura bientôt un an que la communauté internationale s’est engagée, lors de la réunion d’urgence de Charm-el-Cheikh, à consacrer à la reconstruction de Gaza la somme de 4,5 milliards de dollars. L’interdiction d’Israël sur l’importation de matériaux de construction est cause de la perte de valeur de cet argent.
Quelques jours avant que des médecins israéliens se précipitent pour sauver les vies de Haïtiens blessés, les autorités au passage d’Erez ont empêché le passage de 17 personnes qui se rendaient vers un hôpital de Ramallah pour une chirurgie urgente de transplantation de cornée. Peut-être ces gens avaient-ils voté pour le Hamas ! Au moment même où des psychologues israéliens soignent avec dévouement des orphelins haïtiens, des inspecteurs israéliens s’assurent que personne ne tente de glisser une poupée, un cahier ou une barre de chocolat dans un container apportant à Gaza des denrées de première nécessité. A quoi rime donc le fait que la Commission Goldstone ait demandé qu’Israël lève le blocus de Gaza et mette un terme à la punition collective de ses habitants ? Il n’y a que ceux qui haïssent Israël qui pourraient exercer une justice aventureuse contre le premier pays à avoir implanté en Haïti un hôpital de campagne.
C’est vrai. Des milices haïtiennes ne lancent pas de roquettes contre Israël. Mais le siège de Gaza n’a pas fait cesser l’arrivée des Qassams. Depuis 2007, l’embargo sur l’entrée de coriandre, de vinaigre et de gingembre dans la Bande de Gaza avait pour finalité d’accélérer la libération de Gilad Shalit et de favoriser la chute du régime du Hamas. Comme chacun sait, ni l’une ni l’autre de ces entreprises n’a été particulièrement couronnée de succès, et malgré les critiques internationales, Israël maintient verrouillées les grilles de Gaza. Même les images de nos excellents docteurs en Haïti ne peuvent estomper la face hideuse qui est la nôtre à Gaza.


Original : Haaretz-Israel's compassion in Haiti can't hide our ugly face in Gaza
Source de cette traduction :
Europalestine

Sur l’auteur


  

Regard arabe


3 dessins du dessinateur syrien Fouad Ayache فؤاد عياش
L'État palestinien (18 juin 2009)




Les promesses américaines (25 décembre 2009)

Coopération sécuritaire (13 janvier 2010). Sur le panneau : monde arabe
فؤاد عياش ـ الفجرنيوز

dimanche 24 janvier 2010

HAITI-Pays sans filet

par Tracy KIDDER
Illustration de Daniel Stolle

Daniel Stolle


Ceux qui connaissent un peu l'histoire d'Haïti pourraient avoir regardé les informations hier soir en pensant, comme je l'ai fait pendant un moment : “Un tremblement de terre ? Quoi d’autre après ? La malheureuse Haïti est décidément maudite”.

Mais alors que les tremblements de terre sont des phénomènes naturels, l’extrême vulnérabilité aux tremblements de terre est, elle, d'origine humaine. Et l'histoire de la vulnérabilité d'Haïti aux catastrophes naturelles – aux inondations, à la famine et aux maladies ainsi, donc, qu’à ce terrible tremblement de terre - est longue et complexe, mais son origine semble suffisamment claire.

Haïti est un pays créé par d'anciens esclaves, par des captifs d’Afrique de l'Ouest, qui, en 1804, lorsque l'esclavage était toujours florissant aux États-Unis et dans le reste de la Caraïbe, se libérèrent de leurs cruels maîtres français et créèrent leur propre république. Les Haïtiens ont été punis depuis pour avoir réclamé leur liberté : par les Français qui, dans les années 1820, demandèrent et obtinrent paiement des Haïtiens pour l'ancienne colonie esclavagiste, appauvrissant le pays pour les années à venir ; par une occupation américaine, globalement brutale, de 1915 à 1934 ; par une mauvaise administration autochtone que le gouvernement américain a aidée et soutenue. (Dans les années les plus récentes, les administrations américaines sont passées d’un schéma de promotion à celui de sape de la démocratie constitutionnelle en Haïti.)

D'où l'état actuel des choses : au moins 10 000 organisations privées effectuent des missions prétendument humanitaires en Haïti, mais celle-ci reste un des pays les plus pauvres du monde. Une partie des fonds sur lesquels s’appuient les organisations caritatives privées provient directement du gouvernement des États-Unis, qui a insisté pour qu'une grande partie de cette aide retombe dans des poches américaines - pour un pourcentage plus élevé que celui de tout autre pays industrialisé.


samedi 23 janvier 2010

Les (re)conqérants de l'Andaousie à l'ombre pour de longues années


Ils étaient 15, tous de condition modeste et travaillant dans le secteur informel, âgés de 25 à 30 ans, et originaires d'Agadir, Essaouira, Casablanca et Sefrou. Leur chef Rachid Zerbani était un tailleur de 29 ans. Ils ont été arrêtés en août 2008 et accusés d'avoir préparé des attentats à Agadir et à El Ayoune. Le nom de leur groupe était tout un programme : Fath El Andalous, littéralement (Re)conquête de l'Andalousie. Leur procès n'a mobilisé aucun défenseur des droits humains. Voici la dépêche officielle de l'agence MAP du 9 janvier 2010 annonçant leurs condamnations:
Quatorze membres de la cellule terroriste Fath Al Andalous ont été condamnés à des peines allant de 4 à 15 ans de prison ferme, jeudi 7 janvier par la Chambre criminelle de premier degré chargée des affaires de terrorisme à l'annexe de la Cour d'appel à Salé. Le principal prévenu, Rachid Zerbani, a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle et à une amende de 500.000 dhs. Kamal Zaïmi, Abdelmoula Amara et Abderrahim El Aoufi ont été condamnés à 10 ans de prison ferme et à 500.000 dhs d'amende chacun, alors que Lahcen Aït Abed, Abdelaziz Herram et Mohamed Boulehfa ont écopé de 8 ans, assortis d'une amende de 500.000 dhs.
La même juridiction a également condamné Mohamed Aydoun, Khalid Aqeddar et Mustapha Aït El Houcine à 8 ans de prison ferme et à 4 ans de prison ferme Rachid Zitouni, Rachid Jemmal et Mohcine Merkado.
Pour sa part, Mohamed Afellous, poursuivi en état de liberté provisoire, a été condamné à une amende de 5.000 dhs.
Lors de son réquisitoire, mercredi, le procureur avait demandé des peines allant de 10 à 30 ans de prison à leur encontre, affirmant qu'ils avaient tissé des liens opérationnels avec des dirigeants d'organisations terroristes en Algérie, en Mauritanie, en France, en Espagne et au Proche Orient.
Selon lui, les préparatifs avaient atteint un stade avancé et les éléments de cette cellule avaient entamé le repérage des cibles, en l'occurrence des infrastructures touristiques à Agadir et une caserne militaire à Laâyoune.
La défense des accusés avait plaidé leur acquittement, arguant de l'absence de preuves matérielles et demandant le rejet des procès verbaux de la police judiciaire.
Les membres de la cellule, démantelée fin 2008, étaient poursuivis, chacun en ce qui le concerne, pour "constitution d'une bande criminelle en vue de préparer et commettre des actes terroristes dans le cadre d'une entreprise collective visant à porter gravement atteinte à l'ordre public par l'intimidation et la violence, financement du terrorisme, participation, fabrication et détention d'explosifs, atteinte aux valeurs sacrées et réunions publiques non autorisées".
Selon des sources policières, cette cellule "terroriste" était active dans plusieurs villes du royaume et disposait de matières chimiques et du matériel électronique entrant dans la fabrication d'explosifs.


La Grande Mosquée de Cordoue, dans l'Andalousie qui suscite des rêves de reconquête

Le racisme en Italie : Un programme de gouvernement


par le Pr Chems Eddine CHITOUR, Ecole Polytechnique, Alger, 22/1/2010
« Le racisme, le manque de tolérance caché sous l’arrogance, les guerres et leurs conséquences, marquent l’histoire de nos pays. »
Günter Grass, (Prix Nobel de Littérature)

Il ne se passe pas de jours sans que l’on apprenne le destin tragique d’Africains tentés par l’eldorado européen. Comme on le sait, l’une des « réussites » de l’Union européenne c’est de déclarer une guerre sans merci aux candidats malheureux à l’immigration dite « clandestine » dans le jargon occidental. Chacun se rappelle les centaines de morts sans sépulture et les épaves humaines échouées sur les plages de Lampedusa et les plages espagnoles après avoir déjoué les radars sophistiqués du Sive et pu passer dans des « pateras » de fortune. Les rares survivants qui arrivent à accoster rasent les murs et rentrent dans la clandestinité. Pour survivre, ils acceptent de travailler au noir, pour un salaire de misère pour les propriétaires sans état d’âme, sous l’oeil complice des autorités. Cela rappelle l’achat d’esclaves sur les places publiques, ce que faisait un certain Mora le Négrier qui venait enrôler au Maroc des travailleurs pour les mines de charbon du Nord de la France, un tampon vert était synonyme d’acceptation, un rouge de refus.
C’est donc une banalité voire on lasse à force de ressasser une détresse ordinaire, une souffrance muette. La nouveauté nous vient d’Italie, où on nous parle de la chasse à l’homme dans un petit village « tranquille ». Ecoutons Sakho Jimbira en parler : « Après nous avoir une fois de plus gratifié d’un piètre spectacle de racisme, hélas ! devenu ordinaire, à l’encontre d’ouvriers agricoles originaires d’Afrique, l’Italie de Silvio Berlusconi semble persister dans son mépris, désormais assumé, et son racisme, quasi institutionnalisé, contre les immigrés africains. A l’origine de ces nouveaux incidents, des travailleurs immigrés, qui rentraient tranquillement de leur travail, se sont faits sauvagement canarder à la carabine par de jeunes Italiens en voiture. Sérieusement commotionnés, ces ouvriers agricoles ont manifesté leur dépit en brûlant des voitures pour dénoncer les actes racistes dont ils sont régulièrement les cibles. C’est en représailles à cette réaction que la population elle-même a mené de véritables expéditions punitives dans leurs rangs, faisant de nombreux blessés graves. »(1)
L’Italie aussi
« En vérité, pour bien apprécier l’ironie de cette situation, il faut avoir à l’idée les grandes vagues d’immigration de travailleurs italiens tout au long de l’histoire du siècle dernier. Déjà en 1931 la France était l’un des premiers pays d’immigration du monde, avec 2,7 millions d’étrangers pour 42 millions d’habitants, on recensait 808.000 Italiens. La première vague d’immigrants avait quitté l’Italie entre 1871 et la fin du XXe siècle, pour fuir la pauvreté, comme beaucoup d’immigrés africains actuellement. 5 millions d’Italiens immigrèrent dans le Nord de la France et surtout à Marseille, pour y trouver du travail. Cette première vague connut des conditions de vie extrêmement difficiles et la ségrégation dans des ghettos en périphérie des grandes villes comme Paris ou Marseille, sans parler de la promiscuité dans les baraques ouvrières des villes industrielles du Nord, à l’image du sort de beaucoup d’émigrés africains d’aujourd’hui. Ces travailleurs étaient surexploités, acceptant les tâches les plus rudes et des salaires dérisoires, ce qui ne les mettait pas à l’abri de rixes parfois très violentes avec les ouvriers français. (...) Ce racisme anti-italien atteindra son point culminant avec la tragédie d’Aigues-Mortes, le 17 août 1893, qui vit des altercations entre travailleurs italiens et français dégénérer en véritable émeute, durant laquelle la foule excitée poursuivit les Italiens, armée de fourches et de pioches, provoquant un véritable massacre. Mais, ce qui est inquiétant aujourd’hui en 2010, c’est le silence assourdissant des dirigeants européens, notamment de la Cour européenne des Droits de l’homme et des institutions de l’Union, dont l’Italie fait partie. (...) Les gouvernements africains, pourtant bien au fait de la situation de leurs ressortissants en Italie, sont quant à eux restés muets face à ces incidents répétitifs. Or, l’on sait tout le tollé que susciterait ce type de traitement, infligé à des ressortissants européens en terre d’Afrique ! »(1)
« Ces incidents semblent symptomatiques d’un mal beaucoup plus profond, qui ronge l’Italie et que le régime de Berlusconi n’a cessé d’aggraver. Le pays semble véritablement renouer avec ses vieux démons, exhumant de sombres pages de son histoire et actualisant le sinistre legs du Duce. (...) Dirigeant le plus populiste que l’Italie ait connu depuis Mussolini, Berlusconi n’hésite d’ailleurs pas à recourir aux recettes jadis utilisées par son funeste maître, en faisant croire à son peuple que les immigrés sont responsables de tous leurs maux. Rien d’étonnant alors si aujourd’hui dans les rue italiennes, les propos racistes et les actes xénophobes soient entrés dans l’ordinaire du quotidien. » (1)
Qu’est-ce que le racisme qui semble justement sous-tendre toute l’action du gouvernement italien ? Le racisme justement est une idéologie consistant à classifier des groupes naturels humains, désignés souvent sous le terme de races, à partir d’attributs naturels, visibles ou non (physiques, psychiques, culturels, etc.), des caractéristiques morales ou intellectuelles s’appliquant à l’ensemble de ce groupe. Cette idéologie peut entraîner une attitude d’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes. Ces actes d’hostilité se traduisent par la discrimination, une forme de xénophobie ou d’ethnocentrisme. Gaston Méry, collaborateur à La Libre Parole, le journal d’Édouard Drumont, est la première personne connue à avoir utilisé le mot « raciste » en 1894. Toutefois, l’adjectif « raciste » et le nom « racisme » s’installent dans le vocabulaire général dans les années 1930.
La question de l’antériorité ou de la postérité du racisme au développement de l’esclavage dans les colonies européennes fait l’objet de nombreux débats. Le consensus s’établit néanmoins au sujet du rôle joué par le développement de l’esclavage sur le durcissement et la diffusion de l’attitude raciale. Le « racisme scientifique », ou « racialisme » (ou « raciologie »), classifie les êtres humains d’après leurs différences morphologiques en application d’une méthode héritée de la zoologie. Les théoriciens du racialisme comptent des personnes tel que Arthur de Gobineau, célèbre pour son traité sur « l’inégalité des races ». La position mixophobe radicale est le corollaire de la construction du mythe de la pureté de la race qui affirme la supériorité des races pures sur les races dites métissées. Les promoteurs du mythe de la race aryenne - Vacher de Lapouge, Chamberlain, et plus tard Adolf Hitler- voient dans la « race germanique » la survivance à l’état pur de la « race indo-européenne ».
La suprématie de la race blanche ou caucasienne est un postulat sur lequel s’accordent très largement les scientifiques et hommes politiques du XIXe siècle. Combiné avec la mission civilisatrice, le suprématisme blanc est un élément fondamental de l’idéologie coloniale. Une fois opérée la conquête, il constitue aussi le principe justificatif des législations opérant des distinctions de droit sur une base raciale. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle les politiciens recourent à l’autorité des scientifiques, pour légitimer leurs décisions. Selon cette conception, la lutte que se livreraient depuis l’origine les différents groupes humains doit conduire à la domination des races les plus aptes et à la disparition inexorable des races inférieures. Après la conquête de l’Algérie par la France, les médecins français, constatant la baisse de la population « indigène », n’y verront que la confirmation d’une extinction prochaine et prévisible de la race arabe, qu’ils considèrent inadaptée aux nouvelles conditions de leur temps. (...) Le succès des zoos humains constitue pour Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, l’une des modalités de transmission du « racisme scientifique » à une large partie de la population.(2).
« Franchement racistes »
Juste retour des choses ; les Italiens font subir aux immigrés ce que leurs parents ou grands-parents ont subi. S’agissant des « ratonnades » anti-Noirs, pour Alain Morice, anthropologue, « on peut se demander si la mafia locale n’est pas derrière les premières exactions, qui ont déclenché une "chasse à l’immigré" dans le sud de l’Italie, faisant soixante-sept blessés Dans certains pays d’immigration ancienne, comme la France, on se souvient, notamment des Belges recrutés pour la récolte des betteraves dans le nord de la France, ou des Italiens dans la région marseillaise pour le maraîchage, ou encore des Espagnols pour les vendanges. (....) L’idée est toujours que ces étrangers ne doivent pas s’installer durablement car, disent les exploitants, s’ils séjournent à l’année, alors ils deviendront des ´´bras cassés´´ sans ardeur à la tâche et surtout soucieux de toucher les aides sociales. Le racisme est ici un levier de l’exploitation de ces saisonniers migrants. (...) En Italie du Sud, le recrutement se fait surtout de façon informelle, sous le contrôle des mafias locales (par exemple la Ndranghetta, en Calabre), qui ont la haute main sur le système administratif, ce qui garantit une impunité aux employeurs. Recrutés sur des mensonges ou, parce que sans papiers, par peur d’être arrêtés, des Africains et des ressortissants des pays de l’Est sont surexploités et pratiquement emprisonnés, sous la surveillance de capos ("chefs"). »(3)
Dans l’atmosphère délétère des années trente, souvenons-nous des lois raciales, en italien Leggi razziali, qui précisent les mesures prises en Italie vers la fin des années 1930 pendant la période du régime fasciste contre les personnes de religion juive mais aussi d’autres. Benito Mussolini en fait la proclamation le 18 septembre 1938 : « Il est temps que les Italiens se proclament franchement racistes. » Toute l’oeuvre qui jusqu’à présent a fait le régime en Italie est au fond le racisme. Dans les discours du Chef, la référence aux concepts de la race a toujours été très fréquente. Les fondements et les prémisses sont basés sur des considérations scientifiques erronées destinées à établir l’existence de la race italienne et son appartenance au groupe des races aryennes. Le décret royal, loi du 5 septembre 1938 - qui fixe les « mesures pour la défense de la race dans les écoles fascistes »(4).
On l’aura compris, s’agissant de la politique gouvernementale actuelle par rapport à celle de l’Italie fasciste, il n’y a pas de rupture, mais une continuité : l’Italie de 2010 est dans la lignée de celle de 1930. L’Italie n’aura, aucune gêne à adopter des lois drastiques contre les immigrés avec un catalogue des délits. Alain Hubler écrit : « Alors que le Cavaliere capte l’attention des médias grâce à ses frasques tout en slalomant entre les juges et la mafia, l’Italie a connu samedi dernier l’entrée en vigueur de la loi visant à lutter contre l’immigration clandestine et qui en fait un délit. Carrément. Dans le pays des belles et des bonnes choses, le decreto sicurezza met l’Italie à la pointe du racisme européen et la rejette au niveau des Leggi razziali de la fin des années 30. Et je n’exagère pas. Jugez plutôt de son contenu synthétisé par Celestissima. L’étranger qui, violant la loi, "entre ou séjourne sur le territoire italien" sera condamné à une amende allant de 5000 à 10.000 euros (délit de clandestinité). Celui qui louera un bien immobilier à un clandestin encourra une peine de prison allant de 6 mois à 3 ans. Le séjour des clandestins dans les Centres d’identification et d’expulsion (CIE) pourra désormais durer 6 mois. L’obtention du permis de séjour sera soumis à une taxe dont le montant n’est pas encore fixé mais il sera compris entre 80 et 200 euros. L’argent obtenu sera destiné à couvrir les frais de rapatriement des migrants irréguliers. Taxe aussi, de 200 euros, pour qui voudra obtenir la citoyenneté italienne. Mais il y a bien pire : les enfants nés en Italie d’une mère clandestine ne pourront pas être déclarés sur les registres d’état civil. Ils n’auront pas d’identité. Ils seront invisibles. Si la mère n’a pas de passeport elle ne pourra même pas reconnaître son enfant qui deviendra immédiatement adoptable. Ces effroyables mesures s’accompagnent du fichage des sans-abri par la création d’un registre national et de la légalisation des rondes de citoyens destinées à assurer la sécurité des quartiers, mais surtout à traquer et à dénoncer les clandestins. Il semblerait que 60% des Italiens applaudissent ces nouvelles dispositions qui semblent pourtant parfaitement satisfaire aux caractéristiques du fascisme. »(5)

Autre trait marquant de monsieur Berlusconi, son crédo de la supériorité de la civilisation occidentale. On se souvient que le 26 septembre 2001, à Berlin, Silvio Berlusconi a à la fois exalté la « supériorité » du modèle occidental, réclamé que « l’Europe se reconstitue sur la base du christianisme ». Dans Le Figaro du 28 septembre 2001, on rapporte les propos suivants du président du Conseil italien : « On ne peut pas mettre sur le même plan toutes les civilisations. Il faut être conscient de notre supériorité, de la supériorité de la civilisation occidentale. L’Occident continuera à occidentaliser et à s’imposer aux peuples. » On croirait entendre Jules Ferry un autre chantre des races supérieures, « qui ne sont cependant pas valables dans nos colonies (sic) » « A peine, est-il rapporté dans un éditorial du Monde du 29 septembre 2001, commençait-on à oublier la malheureuse formule de George W.Bush appelant à la "croisade" contre le terrorisme qu’un autre dirigeant occidental, Silvio Berlusconi, tenait à son tour des propos inacceptables en affirmant la "supériorité" de la civilisation occidentale, qui tendent à idéaliser les valeurs de l’Occident tout en démonisant celles du reste du monde ; et qui relancent l’idée dangereuse d’un "choc des civilisations" dont le christianisme et l’Islam seraient deux des protagonistes. »
Est-ce que tous les Italiens sont racistes et aussi sûrs qu’ils appartiennent à une civilisation supérieure ? Non !! Cependant, on peut comprendre que la situation sociale se dégradant, les sociétés occidentales se sentant fragilisées, elles se tournent vers le maillon faible, l’allogène, l’étranger qui « mange le pain des Français », aurait dit Fernand Reynaud dans son fameux sketch du "douanier". De ce fait, justement, l’étranger sert de « variable d’ajustement » des politiques sociales du gouvernement pour gagner du temps, garder le pouvoir tout en flattant les pulsions les plus basses de la population. La responsabilité des gouvernants est totale.

1.Sakho Jimbira : Immigration en Italie : Agoravox 14 janvier 2010
2.Racisme : Wikipédia, l’encyclopédie libre.
3.Alain Morice : En Italie, « le racisme est un levier » interview. Claire Ané. Le Monde.fr 11.01.10
4.Lois raciales fascistes. Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
5.A. Hubler : Le gouvernement italien et le racisme http://www.paperblog.fr/2199860/
L'auteur
Chems Eddine Chitour est professeur de thermodynamique à l’Ecole Polytechnique d’Alger . Il est ingénieur en génie chimique de la même école, ingénieur de l’Institut Algérien et de l’Institut Français du pétrole. Il est titulaire d’un Doctorat-Ingénieur de l’Université d’Alger et d’un Doctorat es-Sciences de l’Université Jean Monnet de l’Académie de Lyon (France). Il a été professeur associé à l’Ecole d’Ingénieurs de génie chimique de Toulouse. Le professeur Chitour a fait soutenir plusieurs dizaines de thèses de magister et de doctorat es sciences. Il est l'auteur d’une centaine de publications et de communications scientifiques. Il a, enfin, rédigé plusieurs ouvrages dans le cadre de ses enseignements de chimie physique et de raffinage. Par ailleurs, le professeur Chitour a publié des ouvrages sur l’Energie et les enjeux géostratégiques. Enfin, en pédagogue, il tente d’expliquer l’histoire et les mutations du monde. A ce titre, il a écrit plusieurs essais sur l’histoire de l’Algérie, l’éducation et la culture, la mondialisation, les défis de l’Islam et l’émigration.
Bibliographie :
 1- Algérie, le passé revisité (Essai) - Casbah Editions, Alger, ISBN : 9961641000, 1998 || 2- L'islam et l’Occident chrétien, pour une quête de la tolérance (Histoire) - Casbah Editions, Alger, 2001 || 3- Mondialisation, l’espérance ou le chaos (Essai) - Editions ANEP, Alger, 2002 || 4- Sciences, foi et désenchantement du monde (Essai) - Editions OPU, Alger, 2003


vendredi 22 janvier 2010

Le choix de la résistance à l’occupant menace les régimes dictatoriaux arabes

par زهير أندراوس  Zuhair  ANDRAOS , 22/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Il apparaît  que les USA, dans l’ère du Président Obama, n’ont pas changé de politique étrangère, et le lobby sioniste contrôle toujours le cercle des décisionnaires de Washington. Comment comprendre sinon la décision prise par le gouvernement US de punir les satellites qui diffusent les chaînes arabes hostiles à son égard, selon lui ?

La seconde question découlant de la première est : au nom de quoi les USA édictent-ils des lois qu’ils imposent à d’autres pays ?

Il est également important de rappeler aux Usaméricains que celui qui a une maison de verre n’a pas intérêt à jeter de pierres sur celles des autres : la résistance des peuples qui subissent l’occupation est un droit inscrit dans la législation internationale et personne n’a le droit de priver tout peuple avide de liberté d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour se débarrasser de son occupant et de le renvoyer  là d’où il vient (« chez lui »).

Il n’y a en outre pas de mal à rappeler aux faucons et aux colombes de la Maison blanche qu’il existe un gouffre entre ce que  l’Occident qui se croit éclairé qualifie de terrorisme et le terrorisme structuré et organisé par des États, USA à leur tête, État qui s’est malheureusement transformé en gendarme du monde : il occupe l’Irak depuis 7 ans, et l’occupation n’est-elle pas le plus haut degré de terrorisme ?

Qu’en est-il du million d’Irakiens tués par la machine de guerre, de destruction, de famine US de 1990 à aujourd’hui ? Il est vrai que l’ancien président US George W. Bush a dit que « Dieu tout-puissant » lui a ordonné d’occuper l’Irak et, comme il est croyant, il a obéi à la lettre aux ordres de son Seigneur.

Ce même Bush a-t-il oublié les enseignements du christianisme –souillés par ce criminel – qui disent sans équivoque possible : « Tu ne tueras point » ?  Est-ce que les dix commandements auraient changé à notre insu ?

Jeff Koterba, Omaha World Herald
Une chose en rappelant une autre,  quand une fatwa délivrée par un religieux musulman passe inaperçue, aussitôt la machine médiatique occidentale lui donne une deuxième vie en l’interprétant pour accabler l’islam, les musulmans et les Arabes, évidemment, car elle se permet ce qu’elle ne permet pas autres. Et si quelqu’un a oublié ou fait semblant d ‘oublier, il faut lui rappeler  l’idiot de pasteur US Pat Robertson, qui a fait de la diabolisation de l’islam et des musulmans un objectif stratégique, crachant son venin et ses paroles infectes tous les jours à la télévision et sur les radios sans encourir aucune poursuite pénale : ce pasteur a déclaré que le tremblement de terre qui a frappé Haïti était le châtiment pour  son « pacte avec le diable » à l’époque de la domination coloniale française. Il a dit dans une émission télévision appelée « Le Club 700 », suivie par des millions de ses adeptes, que les Haïtiens avaient dit au Diable : « Nous serons tes serviteurs si tu nous débarrasses des Français » et que le Diable leur a dit : « OK. C’est un accord entre vous et moi. »



Dans une interview télévisée en 2005, le même Robertson avait appelé à assassiner le président vénézuélien Hugo Chávez, sous prétexte d’éviter que le Venezuela se transforme en bastion de l’extrémisme islamique et communiste, ajoutant qu’à son avis, un tel plan d’assassinat serait d’un faible coût financier et politique, car il permettrait au Trésor US de faire l’économie des 200 milliards de dollars que coûterait une guerre pour renverser Chávez.

Ce même Roberston a insulté l’islam et les musulmans, en dépassant les bornes, dans une émission de Fox TV du 18/9/2004, déclarant que l’islam était une immense escroquerie et que le Coran était un pillage minutieux de la tradition judaïque.

Demandez donc à ce pasteur ce que les soldats US ont commis à la prison irakienne d’Abou Ghraïb comme actes de torture et de mauvais traitements ? Et dans le camp de Guantánamo en inventant les méthodes de torture les plus perverses et en commettant les actes les plus immondes pour humilier les musulmans en souillant le Coran ?

Question à Obama : vous avez promis de fermer ce camp. Pourquoi ne l’avez-vous pas encore fait ?
Revenons à notre propos initial : les médias occidentaux ayant échoué lamentablement dans leur marketing de la vision usaméricaine à deux balles du monde, on est passé à une autre tactique, à savoir dompter et réduire au silence les médias arabes, déjà soumis. Le Congrès US a adopté la loi spéciale sur les médias arabes hostiles aux USA que les régimes arabes sont chargés d’appliquer, avant même les USA, car il est hors de doute qu’il y a des intérêts communs, au-delà des divergences, entre la tête de pont de l’impérialisme mondial, les USA, et les puissances signataires de l’Accord Sykes-Picot [France et Grande-Bretagne, NdT].

Il faut rappeler qu’en février 2008, les ministres de l’Information arabes –fonctionnaires de régimes de torture et de souffrance – ont signé la Charte sur les émissions satellitaires qui a été élaborée par la Ligue arabe et suite à cela, plusieurs chaînes arabes ont cessé leurs émissions. Ajoutons à cela que les ministres ont décidé de punir avec la plus grande sévérité toute chaîne satellitaire qui dénoncerait ou révèlerait la corruption d’un régime arabe. Le terreau arabe était donc déjà préparé à accepter la décision du Congrès, qui ferme les bouches  et fait de tout résistant arabe un terroriste.

Sans parler de la politique arabe officielle, qui a renoncé depuis des décennies à toute idée de libération par la résistance et a fait le choix de la négociation et de la discussion pour obtenir la paix. En outre, l’écrasante majorité des régimes arabes répriment toute tentative de résistance germant dans l’esprit des Arabes, car celui qui lutte contre l’occupant se retournera tôt ou tard contre ceux qui lui sont soumis,  le président, le roi, le sultan ou l’émir arabe, en d’autres termes  le choix de la résistance menace radicalement les régimes dictatoriaux et autoritaires soutenus par l’Usamérique.

La Résistance et les Arabes de l’Amérique
- L’Émir : J’ai peur que la victoire de la Résistance au Liban se répète à Gaza
- Moubarak : Je préfère la prédiction divine à la tienne


Enfin,  on aurait souhaité que les gouvernements arabes élèvent leur voix, non pas contre leur propre opinion et  aux côtés du Congrès US, dans cette alliance qui se consolide pour écraser ce qui reste de voix qui disent oui à la résistance et non aux murs d’acier, aux blocus qui affament, à l’occupation usaméricano-israélienne, pour dire non à la vente de sous-marins nucléaires (allemands) à Israël.

Pourquoi, ô Arabes, ne demandez-vous pas à l’Allemagne, qui a commis l’Holocauste durant la deuxième Guerre Mondiale, si elle veut vraiment retourner en arrière dans l’histoire et susciter un nouvel  Holocauste au Moyen-Orient ?

Le plus grave, c’est que ces sous-marins allemands traversent le Canal de Suez  - nationalisé par le martyr de l’arabisme Gamal Abdel Nasser en réponse à l’agression tripartite de 1956 -, par ordre officiel de Hosni Moubarak. Lequel, avec ses comparses bédouins, est complètement embabouiné par l’Oncle Sam et sa nièce, Israël.



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La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.
Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à 
contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es. 

Zuhair Andraos
Journaliste palestinien né en 1958 et vivant dans la Palestine de 1948 (Israël) depuis 2002. Il a étudié le journalisme à Rome (Italie) de 1980 à1985. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire local Maa Alhadath (Avec l’événement), correspondant du quotidien arabe de Londres Al Quds Al Arabi et collaborateur de plusieurs publications arabes et israéliennes, dont Yediot hAharonot  et Haaretz, dont il a dirigé une édition locale. Il a aussi dirigé des émissions de radio et de télévision. Il a été rédacteur en chef de Kul Al Arab, l’hedomadaire en arabe édité à Nazareth et le plus lu des périodiques arabes d’Israël.

jeudi 21 janvier 2010

Le journaliste tunisien Fahem Boukadous condamné à 4 ans de prison

19 janvier 10
Paris-Copenhague-Genève, le 18 janvier 2010 - Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) et l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), expriment leur profonde inquiétude suite à la poursuite des actes de harcèlement judiciaire à l’encontre des journalistes indépendants en Tunisie.
Le 13 janvier 2010, le Tribunal de première instance de Gafsa (sud de la Tunisie) a condamné M. Fahem Boukadous, correspondant de la télévision satellitaire Al Hiwar et du journal en ligne Al Badil, à quatre ans de prison pour « participation à une entente visant à préparer et à commettre des agressions contre des personnes et des biens ». La décision n’a pas été accompagnée d’une décision d’incarcération, dans l’attente de la décision de la Cour d’appel, fixée au 23 février 2010.
En décembre 2008, M. Fahem Boukadous avait été condamné par contumace à une peine de six ans d’emprisonnement durant la vague de procès sanctionnant les manifestations pacifiques des habitants dans la région minière de Gafsa-Redeyef, après qu’il eut publié une série d’articles et de reportages décrivant la mobilisation des habitants de cette région. La procédure intentée contre M. Boukadous visait explicitement à sanctionner son travail de journaliste. Cette décision avait été confirmée en appel le 5 février 2009. Suite à la répression du mouvement de protestation de Gafsa-Redeyef et de leurs relais, M. Boukadous était entré en clandestinité. Après la libération conditionnelle des prisonniers du bassin minier de Gafsa-Redeyef à la veille des élections présidentielles et législatives en novembre dernier, M. Boukadous s’était présenté aux autorités de police pour que sa cause soit entendue en justice, bien que les autorités n’avaient annoncé aucune mesure de clémence en sa faveur [1].
Le déroulement de l’audience du 13 janvier a été marqué par de graves violations des dispositions de droit interne tunisien et des standards internationaux relatifs au procès équitable. Le juge a ainsi omis d’énoncer les charges qui pèsent contre le journaliste, se contentant de lui adresser une question sur sa "relation avec le bassin minier" avant de lever la séance pour délibération. Les demandes de renvoi présentées par les avocats de M. Boukadous, fondées sur l’absence du bulletin des antécédents judiciaires du prévenu dans le dossier criminel ont été ignorées. Le procès aura duré au total une dizaine de minutes.
Cette décision intervient alors que nos organisations ont été informées de plusieurs nouvelles mesures de représailles à l’encontre de deux journalistes condamnés à des peines de prison ferme pour avoir dénoncé des violations des droits de l’Homme. Ainsi, M. Zouhair Makhlouf sera détenu jusqu’à l’examen de l’affaire en appel, le 20 janvier [2], soit au delà du 18 janvier, terme de la peine qui avait été prononcée le 1er décembre 2009 par le Tribunal de première instance de Grombalia. Depuis sa condamnation, les avocats de M. Makhlouf se sont vu empêchés de rendre visite à leur client en prison.
Par ailleurs, M. Taoufik Ben Brik demeure emprisonné à la prison de Siliana suite à sa condamnation le 26 novembre 2009 à une peine de six mois de prison ferme. Depuis cette date, l’administration pénitentiaire s’oppose arbitrairement à la visite de ses avocats, et restreignent abusivement les visites de la famille. Par ailleurs, l’état de santé de M. Ben Brik, qui est atteint d’une maladie rare du système immunitaire, s’est considérablement dégradé depuis son incarcération, et il ne bénéficie actuellement pas des soins médicaux adéquats dont il a un besoin vital. L’audience du procès en appel a été fixée au 23 janvier 2010.
Mme Azza Zarrad, la femme de M. Ben Brik, qui mène depuis le 6 janvier avec plusieurs membres de sa famille une grève de la faim pour protester contre la détention de son mari, participera à une délégation mandatée conjointement par le REMDH et l’Observatoire à l’occasion de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg du 18 au 21 janvier durant laquelle se tiendra un débat sur la Tunisie.
Nos organisations appellent à la cessation de toutes les procédures intentées abusivement à l’encontre de MM. Fahem Boukadous, Taoufik Ben Brik et Zouhair Makhlouf, ainsi qu’à la libération immédiate et inconditionnelle de ces deux derniers, et demandent une nouvelle fois aux autorités tunisiennes de mettre un terme au harcèlement des défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes indépendants et de se conformer à ses engagements internationaux et régionaux.
En vue du débat sur la Tunisie organisé dans le cadre de la prochaine session plénière du Parlement européen, nos organisations invitent enfin les parlementaires européens à adopter une résolution demandant :
* à ce que l’ouverture d’éventuelles négociations sur un « statut avancé » UE-Tunisie soit strictement conditionnée par une amélioration concrète de la situation des droits de l’Homme en Tunisie ; * à la Tunisie la libération immédiate des défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie emprisonnés ; * à la Tunisie de garantir l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté d’information, notamment sur Internet, et de mettre un terme aux actes de harcèlement, en particulier judiciaire, contre les défenseurs des droits de l’Homme et les journalistes indépendants, conformément aux instruments internationaux et régionaux ratifiés par la Tunisie ; * une mise en œuvre effective des lignes directrices de l’Union européenne sur les défenseurs des droits de l’Homme.
Pour plus d’information, merci de contacter :
* REMDH : Mathieu Routier +33 1 48 18 06 86
* OMCT : Delphine Reculeau : + 41 22 809 49 39
* FIDH : Gaël Grilhot / Karine Appy : + 33 1 43 55 25 18
[1] M. Mohieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), reste également sous le coup d’une condamnation par contumace à une peine de deux ans et deux mois de prison prononcée lors des procès de Gafsa Redeyef.
[2] En application du Code de procédure pénale, lorsque le ministère public fait appel d’une décision, le prévenu reste sous l’effet du mandat d’arrêt.

mercredi 20 janvier 2010

Lettre ouverte à la Chancelière Angela Merkel à propos de la réunion commune des cabinets israélien et allemand à Berlin


par la Fondation Kant, Freiburg, 16/1/2010. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Offener Brief an die Bundeskanzlerin anlässlich der gemeinsamen deutsch-israelischen Kabinettssitzung in Berlin 
Carta abierta a la Canciller Merkel sobre la sesión conjunta de los  gabinetes alemán e israelí en Berlín












Fondation Kant de Freiburg  (« Prendre en charge l’héritage européen»)
À Madame la Chancelière
Angela Merkel
Chancellerie fédérale
Wiily-Brandt-Strasse 1
10557 BERLIN
(déjà mailé et faxé au Service de presse fédéral)
Sölden près Freiburg , le 16 janvier 2010
Madame la Chancelière,
Mesdames et Messieurs les membres du Cabinet fédéral,
En ma qualité de Président de la Fondation Kant de Freiburg (« Prendre en charge l’héritage européen»), je me permets de vous faire part ainsi qu’à vos Ministres de notre étonnement , de notre stupéfaction devant votre interprétation des devoirs de votre charge et  la manière de représenter ceux qui vous ont élue et que vous vous êtes engagée par serment  en prenant vos fonctions à « servir en votre âme et conscience ».
Je veux parler de le la réunion commune des cabinets israélien et allemand prévue pour le 18 janvier à Berlin.  Comme vous-même et votre cabinet devriez être au courant du rapport Goldstone, commandé par le Conseil des droits humains de l’ONU à ce juge internationalement reconnu, aussi bien que de la ghettoïsation de Gaza et de la poursuite de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, appuyées par la supériorité militaire et fondées sur un fondamentalisme sioniste machiavélique et au mépris des conventions du droit humanitaire international, nous ne pouvons pas croire qu’un cabinet ministériel allemand (dont les partis se voient pour l’essentiel tenus de respecter aussi bien les valeurs fondamentales chrétiennes que celles de l’État de droit libéral) se rallient en toute connaissance de cause à une politique symbolique proprement perverse.
Il doit donc y avoir des dessous à cette affaire, que nous vous encourageons à révéler en vous  invitant ainsi que votre gouvernement à prendre réellement en considération, par des mesures préventives appropriées, la vérité que vous retenez par-devers vous.
Comme le Professeur Jeff Halper notamment, citoyen israélien et lauréat du Kant-Weltbürger-Preis (Prix Kant de citoyen du monde) 2009 l’a dit dans son discours de réception et répété dans de nombreuses publications, les forces au pouvoir dans l’État d’Israël travaillent - en partie ouvertement, en partie secrètement - et avec une grande efficacité, à rendre impossible la « solution à  deux États » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. D’autres experts du Moyen-Orient, comme Bettina Marx, depuis de longues années  correspondante de l’ARD au Moyen-Orient, craignent que le monde doive se préparer à penser l’impensable, face à une évolution démographique et à une politique israélienne attachée à bloquer, voire exclure, toute perspective d’évolution vers la reconnaissance de la  culture et l’autonomie palestiniennes et donc à bâtir une poudrière. Car Israël ne peut perdurer sous la forme d’un État pratiquant l’apartheid et régnant sur quelques bantoustans palestiniens.
Seul une volonté allemande de prendre la responsabilité de mesures préventives pour éviter l’autodestruction de l’État d’Israël par les sionistes pourrait conférer à  une réunion ministérielle israélo-palestinienne crédibilité et légitimité. (En outre il faudrait mettre à l’ordre du jour les conséquences du rapport Goldstone, ainsi qu’un réel arrêt  de la  colonisation et un changement de cap de la politique israélienne !).
Même si par le passé certains  démocrates-chrétiens se sont engagés en faveur de coopérations avec le régime de Pinochet  ou celui de ‘apartheid sud-africain, nous ne pouvons imaginer que 20 ans après la réunification une  Chancelière originaire d’Allemagne de l’Est ait si mal compris les leçons de l’Histoire qu’elle soit prête à sacrifier des principes politiques fondamentaux sur l’autel de la réédition d’une « fidélité des Nibelungen » (1) politique.
C’est pourquoi nous vous demandons de reconnaître publiquement que la réunion projetée abordera le problème du rapatriement de citoyens juifs israéliens d’origine allemande ou européenne en général.
Nous vous invitons  en outre, vous et votre cabinet, à vous mettre d’accord avec le gouvernement israélien pour conférer la double nationalité à tous les citoyens israéliens qui  - reconnaissant les signes des temps et condamnant la politique de colonisation israélienne- cherchent pendant qu’il en est temps une nouvelle (ancienne) patrie, parce qu’ils respectent les conventions européennes et onusiennes relatives aux droits humains et ne peuvent plus se faire entendre dans leur pays.
De même que pour l’intégration européenne, il ne peut y avoir pour Israël et l’Allemagne et leurs relations préférentielles d’avenir prospère pour nous tous  que sur la base du respect des conventions précitées.
Comme Avraham Burg, ancien porte-parole de la Knesset et Président de l’Agence juive le réclamait avec insistance dans le titre de son dernier livre au sujet des arriérés légués par  notre histoire : « Il s’agit, pour nos deux pays en particulier, de s’attaquer sur des plans bien différents à une tâche dont  jusqu’ici on s’est acquitté surtout dans le discours  et bien médiocrement  au niveau moral et politique: « En finir avec Hitler ! » 
Nous en appelons à vous-mêmes et au gouvernement allemand : Prenez cette tâche à cœur au sens où l’exigent les principes éthiques et juridiques d’Emmanuel Kant, socles de notre Loi Fondamentale (Constitution), au lieu de maintenir la déplorable hypothèque que nous a léguée cette époque par la poursuite réflexe d’une politique de refoulement et de complicité
1- Nibelungen : nains dépositaires du trésor des Princes de Bourgogne dans la saga du même nom. Après le meurtre de Siegfried, Krimhild veut que ses frères, les Princes de Bourgogne, fassent exécuter le meurtrier, Hagen. Ceux-ci refusent au nom de la fidélité du clan. La veuve enragée organisera le massacre de la totalité de son clan [NdT].

La justice espagnole enquête sur un juge qui a expulsé une avocate musulmane d’une audience à cause de son hijab


par Hussein  MAJDOUBI حسين مجدوبي
19/1/2010
Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Source :
 القضاء الاسباني يحقق مع قاض طرد محامية مسلمة من الجلسات بسبب ارتدائها الحجاب 

Madrid, Al Quds Al Arabi – Les autorités judiciaires espagnoles ont décidé d’ouvrir une enquête sur un juge éminent pour avoir expulsé une avocate espagnole d’origine marocaine au prétexte qu’elle portait un hijab dans une salle d’audience, et on s’attend  à ce que l’avocate en question gagne son procès, en l’absence de loi interdisant à le port du voile à des avocates.

   Le juge Gómez Bermúdez  avait expulsé le 29 octobre dernier Zoubeyda Barik Hedidi de la salle d’audience où elle remplaçait un collègue, sous prétexte que son hijab violait les lois réglementant les professions judiciaires.

Le juge lui avait demandé d’ôter son foulard si elle voulait continuer à participer à l’audience qu’il présidait, lui disant : « Cette salle est sous mon autorité. »

L’avocate a porté plainte contre le juge Bermúdez, qui est connu pour avoir présidé des procès liés au terrorisme, comme celui pour les attentats du 11 mars 2004 et celui contre ce qui a été appelé la « cellule d’Al Qaïda en Espagne », dont les membres avaient été arrêtés en novembre 2001.
De son côté, l’avocate estime que la justice espagnole n’interdit pas de porter le voile lors d’une audience, d’autant plus qu’exerçant à Madrid depuis un certain temps, elle n’a jamais été exposée à un semblable incident.

Dans la plainte qu’elle a déposée, Barik dit que la décision de l’expulser est une discrimination fondée sur l’appartenance religieuse et une violation de ses droits garantis par la loi et par la Constitution.

L’avocate avait d’abord saisi l’Audiencia nacional, qui n’a pas examiné sa plainte dans les 20 jours requis ; elle a donc été contrainte de recourir à la Cour suprême qui a accepté d’examiner  sa requête. Les experts des affaires judiciaires pensent que Zouebyda peut gagner son procès en l’absence d’une loi interdisant le port du foulard par des professionnelles de la justice en Espagne, qui est donc autorisé comme ailleurs en Europe – en Grande-Bretagne, une loi l’autorise explicitement.

Les forces politiques espagnoles évitent de se prononcer sur le thème du voile pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore du débat sur l’intégration des immigrés, préférant laisser le soin à la justice de régler ce problème.

Mais cela n’a pas empêché de nombreux Espagnols d’exprimer leur opinion dans les journaux et sur Internet, et comme d’habitude, la plupart des commentaires sont agressifs et islamophobes, tandis que des voix raisonnables appellent à prendre en compte les « autres » cultures et religions.

mardi 19 janvier 2010

La recolonisation post-sismique d’Haïti



par Ayman El Kayman, Coups de dent n°124, 19/1/2010
Ayiti, Haïti, île-martyre, île-flambeau de la liberté des Nègs1, première république noire de l’histoire, est en train d’expérimenter une invention qui a germé dans les cabinets du pouvoir des Maîtres du monde : la recolonisation post-sismique.
L’île, qui a été occupée par l’US Army de 1915 à 1934, est à nouveau occupée par la même armée depuis quelques jours. Les troupes yankees ont pris le contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince et d’autres points stratégiques.


Et évidemment, l’Union européenne ne veut pas être en reste dans cette opération de recolonisation. Les Bruxellocrates se tâtent donc pour savoir s’ils vont envoyer une force de police ou bien une force de gendarmerie.
Nicolas le petit ferait bien de méditer sur l’échec cuisant subi par son Grand Modèle, Napoleone Buonaparte, dont le corps expéditionnaire fut mis en déroute par les combattants de la liberté il y a 210 ans. Victoire la plus chère de l’histoire de l’émancipation des peuples esclavagisés/colonisés puisqu’elle coûta 90 millions de francs-or à la République d’Haïti, payés en guise de dommages et intérêts à l’ancienne puissance coloniale qu’était la France en échange de sa reconnaissance de l’indépendance d’Haïti.
Et c’est cette dette infâme qui fut à l’origine de la tragédie séculaire vécue par l’île. C’est là l’origine de la « malédiction » qui frappe Haïti.
Yankees e ewopeyen : sòti Ayiti !

1-      En kréyol, Nèg veut dire tout simplement être humain

Les Marines US tuèrent plusieurs milliers de « bandits » dans les années qui suivirent l’occupation

Charlemagne Peralte, ancien officier qui avait pris la tête de la résistance armée contre l’occupation yankee, fut capturé et assassiné en 1919 par un escadron de 22 Marines grimés en Nègres, et son corps exposé dans sa ville natale de Hinche. Les photos de son corps furent distribuées dans toute l’île pour semer la terreur. Le chef de l’escadron de la mort, le sergent Herman Hanneken, fut décoré de la Médaille d’Honneur. Ce haut fait d'armes de l'US Army a longtemps été enseigné comme un exemple éclatant de guerre contre-insurrectionnelle dans les écoles militaires US. Je ne suis pas sûr qu'il ne soit plus enseigné.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à la semaine prochaine !


Israël et la « Petite-Bretagne »


par Abdelbari  ATWAN     عبد الباري عطوان
18/1/2010
Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Source :  'اسرائيل وبريطانيا 'الصغرى 
Le gouvernement britannique se penche actuellement sur l’introduction d’une nouvelle législation  abrogeant la compétence universelle de la justice britannique dans le cas de dignitaires étrangers accusés de crimes de guerre qui viendraient en visite. Il est prévu que le gouvernement travailliste de Gordon Brown, qui a été complice de la guerre en Irak, sur la base de mensonges fabriqués, va saisir le parlement la semaine prochaine pour faire passer ces modifications législatives avant les élections de mai prochain.

Le ministère de la Justice britannique, dirigé par l’ancien ministre des Affaires étrangères Jack Straw, veut transférer le pouvoir de délivrer des mandats d’arrêt des juges aux procureurs, sous prétexte de mettre à l’abri les dignitaires étrangers visitant la Grande-Bretagne d’une arrestation et d ‘une traduction en justice comme criminels de guerre.

Les seuls dignitaires étrangers accusés de crimes de guerre susceptibles de visiter la Grande-Bretagne sont israéliens. Les modifications législatives envisagées sont donc  faites sur mesure pour eux et sont le résultat de la campagne de pressions organisées par le gouvernement de Benjamin Netanyahou et son défenseur, le lobby juif britannique, après qu’un groupe d’avocats respectés ont demandé à un tribunal l’arrestation de Tzipi Livni, l’ancienne Première ministre israélienne accusée d’avoir commis des crimes de guerre lors de la dernière agression de son armée contre la Bande de Gaza, au début de l’année dernière.
Le chantage israélien a réussi à atteindre les résultats souhaités : en changeant la législation britannique, adoptée pour punir les nazis sur la base des Conventions de Genève et des  droits humains et sous la pression des Juifs, qui continuent à vouloir venger les victimes de l’Holocauste commis par les criminels de guerre allemands à l’époque nazie.

Plus de 70 députés ont déposé une requête à la Chambre des Communes, critiquant sévèrement ces propositions d’amendements. Ils ont été rejoints par des dizaines de lords, acteurs, écrivains et juristes souhaitant empêcher leur adoption. Ces propositions constituent en effet une insulte à la justice et aux valeurs de la démocratie occidentale.

La pétition signée par ces députés, avocats et défenseurs de droits humains dit : « Nous avons été choqués par les propositions du ministre des Affaires étrangères Ivan Lewis et du secrétaire d’État David Miliband pour modifier la législation britannique afin d’éviter à l’avenir toute tentative de poursuivre des personnes accusées d’avoir commis des crimes de guerre, qu’elles soient israéliennes ou autres, devant des tribunaux britanniques. Nous rejetons toute tentative de porter atteinte à l’indépendance de la justice britannique et tout juge disposant de preuves de crimes de guerre devrait avoir le pouvoir d ‘ordonner l’arrestation d ‘un suspect. »

Le célèbre avocat britannique John Hardy relève que l’abrogation de cette loi permettant de poursuivre les criminels de guerre est une décision politique qui constitue une ingérence dangereuse dans les droits fondamentaux des citoyens.
Ce que Hardy n’a pas dit, c’est qu’Israël et ses criminels de guerre sont au-dessus de toute loi, et que leur protection est plus importante que les droits des citoyens britanniques et que l’indépendance du pouvoir judiciaire, source de fierté et modèle pour le monde entier.

Madame Scotland, procureur général, s’est exprimée très clairement, lors d’un discours à l’Université de Jérusalem la semaine dernière : « Notre gouvernement examine en toute urgence les moyens de changer le système judiciaire afin d’éviter l’arrestation des responsables israéliens, qui devraient avoir la possibilité de visiter la Grande-Bretagne en permanence et sans entraves. »

Si les criminels de guerre étaient arabes ou du Tiers Monde, et particulièrement hostiles aux USA ou au Royaume-Uni, ces lois ne seraient pas modifiées mais appliquées sans retard, mais il semble que les criminels de guerre israéliens sont sur le point d’obtenir un blanc-seing du Royaume-Uni et de tous les pays occidentaux pour tuer qui ils veulent et quand ils veulent, des enfants de Gaza au Liban, utiliser des civils comme boucliers humains – comme indiqué dans le Rapport Goldstone – sans être craindre d’être traduits en justice.

L’odieux chantage israélien et l’humiliante soumission britannique conduiront peut-être la Grande-Bretagne à rejoindre les États du Tiers Monde et  à lui faire perdre ses meilleurs traits distinctifs civilisationnels, car ce n’est que dans les pays qui ne connaissent pas de justice indépendante ni le principe de la séparation des pouvoirs ni les traditions démocratiques occidentales, que l’on modifie les lois suite à des pressions extérieures, sans étude idoine ni clarification minutieuse fondée sur l’intérêt du pays et des citoyens.

Les lois contre les criminels de guerre ne sont pas des lois britanniques à l’origine, mais des lois universelles élaborées par le « monde libre » après la Deuxième Guerre Mondiale. Ce monde libre a enjoint tous les États à les adopter. Le Royaume-Uni n’a donc pas le droit de les modifier tout seul, car ces amendements sont contraires aux Conventions de Genève et au droit humanitaire international.

Le monde entier a pris fait et cause pour les victimes du nazisme et il a pris les dispositions nécessaires pour châtier les criminels de guerre en les traduisant en justice, ceci afin que ne se reproduisent plus leurs crimes et un Holocauste collectif. Pourquoi donc ce monde est-il de connivence avec les criminels de guerre israéliens ? Tout simplement parce que leurs victimes sont des Arabes et des Musulmans ? Cette sélectivité odieuse révèle un effondrement de la morale et des valeurs.

La Grande-Bretagne, qui prévoit de modifier sa législation cette semaine afin de protéger les criminels de guerre israéliens, prend une responsabilité morale et juridique vis-à-vis du peuple palestinien, en permettant une effusion de son sang et en donnant le feu vert pour que le carnage continue.
Le Royaume-Uni, par ce geste,  réitère son agressivité à l’encontre du peuple palestinien et continue à la persécuter, même dans son exil, en s’alignant de manière honteuse sur ses bourreaux, que la Grande-Bretagne a aidé à installer leur État sur son dos. Le gouvernement britannique, plutôt que d’expier son grand crime contre le peuple palestinien – il est responsable de ses Nakbas depuis 60 ans -, il continue encore ce crime, en fournissant une protection légale et politique à ceux qui ont pris sa terre de force et l’ont marginalisé sur la terre entière, se faisant ainsi leur complice.

Nous joignons notre voix à celles des parlementaires, politiciens, artistes, militants des droits humains et de tous les Britanniques honorables qui s’opposent à ce changement de loi visant à maintenir l’impunité pour les criminels de guerre israéliens.

Et s’il y a vraiment un besoin urgent de modification législative, ce serait pour conserver un minimum d’indépendance à la justice.


Livni, la Belle du Mossad, par Omaya Joha

Quand j’entends parler de « liberté » et/ou de « démocratie », je sors mon rouleau à pâtisserie


par Michèle MIALANE, 19/1/2010
Selon le Petit Larousse illustré :
Démocratie : Régime politique dans lequel le peuple exerce sa       souveraineté lui-même, sans l’intermédiaire d’un organe représentatif (démocratie directe) ou par représentants interposés (démocratie représentative.)
Le « Tiers État » qui, avec l’aide de quelques nobles et curés divers, a introduit dans mon pays la « démocratie » (représentative car déjà alors il paraissait bien difficile aux millions de Français de délibérer et de trouver un consensus) l’a dotée de la fière devise qui orne le front de nos édifices publics : « Liberté, égalité, fraternité. »
Ce Tiers État qui était en fait la bourgeoisie montante- et d’aucuns en son sein souhaitaient sincèrement améliorer le sort d’un « peuple » quelque peu pressuré par une monarchie agonisante - n’avait pas été élu au suffrage universel. Il a fallu attendre 1848 pour que l’idée se fasse jour. Encore devait-on montrer patte blanche ou plutôt membre viril pour être électeur.  Et cela devait durer, dans le pays qui avait inventé le concept, jusqu’en 1944, où nous autres femmes dotées d’une intelligence inférieure et d’une affectivité surdéveloppée avons enfin eu le droit de mettre un bulletin dans les urnes de la République, ce qui à dire le vrai n’a pas été un facteur décisif de l’abolition du Code Napoléon.

À Versailles ! Paris, 5 octobre 1789

Le Tiers État de 1789 avait été élu par des citoyens payant l’impôt. Imagine-t-on que des pauvres absolus puissent avoir une pensée saine ? Cela explique sans doute que la propriété fut déclarée « droit inaliénable et sacré » par les Constituants alors que le droit à la nourriture n’existe encore de nos jours que dans la jurisprudence (cas de « l’état de nécessité » qui vous autorise, si vous n’avez pas un sou en poche et rien mangé depuis trois jours, à piquer un cassoulet  avec ou sans porc  dans un supermarché sans encourir les foudres de la Justice.) Notre cher Secrétaire d’État au logement l’a bien rappelé l’autre jour lorsqu’on lui a demandé (sur la Cinq) s’il était vraiment acceptable d’empêcher les gens de squatter un appartement vide depuis dix ans quand le moindre loyer à Paris excède la moitié du SMIC et qu’il fait moins dix degrés : la propriété, même laissée à l’abandon, c’est sacré, plus que le confort et même la vie d’un pauvre qui crève de froid, non mais !
La « démocratie » donc, c’est la démocratie « représentative », soit le pouvoir législatif délégué à des gens élus. Élus par qui ? Nous l’avons vu : par ceux que le système déjà en place juge bons. (Je précise que les États généraux étaient convoqués par le roi et que la noblesse et le clergé y disposaient de places réservées, la         moitié environ du total. En 1789, Louis XVI convoqua les États généraux en raison de la désastreuse situation financière du royaume). Il arrive que cela tourne au désavantage de ce système. C’est rare. Cela faillit être le cas en 1793. Mais l’on se reprit.
Alors : Qui représentent ces délégués ?
Inutile de rechercher, de nos jours, quelle est la proportion respective des professions libérales et des salariés du haut de l’échelle, bref du gratin, d’une part et des employés, ouvriers, petits paysans, bref de la piétaille, de l’autre dans l’Assemblée du peuple, et de la comparer à cette même proportion dans l’ensemble de la population. Je suis résolument contre la parité homme-femme car le système implique que de toute façon la plupart des petits, lorsqu’ils accèdent à des postes de pouvoir, ont trahi ou vont le faire. Voyez Fadela Amara. Comme dans un système patriarcal les femmes ne sauraient être que des femmes-alibis, dans un système où les riches sont maîtres les pauvres ne sauraient être que des pauvres-alibis. Pour Fadela Amara, les deux à la fois. Ça vaut une décoration !Femme du peuple
Comment voulez-vous dans de pareilles conditions que cette Assemblée prenne le parti de gens dont au mieux elle ignore tout, qu’au pire elle redoute, que presque toujours elle méprise ? La prétendue « démocratie athénienne » était moins faux-cul : elle n’était le fait que d’hommes (mâles) riches et ne prétendait pas agir dans l’intérêt des pauvres, des femmes, encore moins des esclaves. Car c’était une démocratie esclavagiste, comme plus tard la République romaine. Et bien plus tard encore les Etats-Unis d’Amérique. Du reste la France révolutionnaire n’a été qu’à peine troublée par l’esclavage dans ses colonies, et les diverses Républiques qui se sont ensuite succédées, avec quelques intermèdes, ont exalté le fait colonial ; comme chacun sait, quoi de plus démocratique que la colonisation ? Les colorés ont comme les femmes une intelligence inférieure et une affectivité surdéveloppée, c’est bien connu. Il leur faut des maîtres !
Venons-en au fait : dans ce prétendu « gouvernement du peuple », les conquêtes sociales ont été ... des conquêtes ; acquises de haute lutte par le mouvement ouvrier en général, la paysannerie n’étant devenue contestataire que très récemment dans les pays dits « démocratiques ». Je citerai en France les deux grands mouvements du Front populaire et de mai 1968. Les lois votées en faveur du peuple n’ont pas été décidées magnanimement par ses « représentants  », mais leur ont été arrachées. Les femmes, elles, ont livré au quotidien des combats longs et opiniâtres.
Mais ce cache-misère de l’absence de souci pour le peuple a volé en lambeaux depuis - je prie les anticommunistes de m’en excuser- la chute de l’Union soviétique. Car depuis longtemps cette invention antique, puis française, servait les intérêts des maîtres du monde, en particulier du monstre états-unien (et de son séide britannique), qui n’hésitait pas à qualifier de « démocratiquement  élus » ou de « démocrates » les dictateurs sanglants qu’elle soutenait un peu partout  après les avoir le plus souvent mis en place elle-même. De Suharto à Videla en passant par Trujillo, Marcos et le Chah d’Iran...le choix est vaste. Soyons juste, la France n’a pas été en reste, essentiellement en Afrique, encore que je ne puisse faire autrement, aujourd’hui précisément, que de mentionner la famille Duvalier, haïtienne comme chacun sait. C’était bien simple : quiconque était anticommuniste était démocrate, quiconque n’était pas anticommuniste était totalitaire, ou en grand danger de le devenir. (On ne savait pas au juste ce qu’était le communisme, mais c’était le Mal absolu puisqu’il était l’Ennemi de la Liberté et il était tapi dans son antre moscovite d’où il tentait d’étendre sur le monde ses malsains tentacules). Avec la disparition de la menace soviétique, le monstre a perdu toute vergogne et a invoqué la démocratie pour renverser tous les régimes qui n’étaient pas à sa botte, surtout s’ils avaient le mauvais goût de détenir trop de ressources énergétiques ou minières.
J’avais proposé il y  a quelques années les définitions suivantes :
 -Est démocratique tout régime en accord avec les Etats-Unis, y compris ceux qui se sont imposés par coup d’État militaire, pratiquent la détention et l’assassinat arbitraires, torturent , bâillonnent toute opposition et pressurent les pauvres.
 -Est totalitaire tout régime qui ne se plie pas aux diktats des USA, même s’il respecte tous les critères de la « démocratie » : liberté de conscience, d’expression, de circulation, etc., et même liberté des médias et élections « libres».
Et voilà : nous en arrivons au pire : la liberté, cette raison d’être de la « démocratie», est aussi la condition sine qua non de son établissement.
Sémantiquement c’est gênant.  Et pas seulement sémantiquement : si la démocratie ne peut s’établir sans liberté, c’est que la liberté lui a préexisté ? Et si elle lui a préexisté, elle peut exister sans elle ?

Les tricoteuses jacobines, an II, gouache, Pierre-Etienne Lesueur, 1793-1794, Paris, musée Carnavalet © RMN / Agence Bulloz
 
Revenons au Petit Larousse :
Liberté : État d’un être qui n’est pas soumis à la servitude (merci ! Comment définissez-vous la servitude ? Comme un « état où l’on est privé... d’indépendance. » Autrement dit : de liberté !) plus une petite dizaine de définitions, toutes relatives à un cas précis (liberté de conscience, de culte, d’expression, de circulation...). Bref, la liberté, dans l’absolu , c’est assez merdique à cerner.
Les Constituants mentionnés plus haut, et qui avaient promu la propriété au rang de « droit inaliénable et sacré », sans lui assigner aucune limite, avaient bien senti le problème :  la propriété, on sait bien ce que c’est. Essayez de vous installer dans le lit de votre voisin, ou seulement  de payer avec le porte-monnaie de la dame qui est devant vous, voire modestement de jouer avec le dernier Nintendo de votre petit frère, vous verrez  que vous êtes  à peu près seul contre tous. Mais la liberté ? La liberté, elle, c’est vous qui la définissez, alors elle est limitée ... par celle d’autrui. Dirent les Constituants.
Car le problème est que  dans le concret il  y a, tout au plus, la liberté de faire telle ou telle chose (Voir plus haut, le Petit Larousse). Et ça peut conduire à de sévères bagarres, quand deux libertés empiètent l’une sur l’autre, ce qui est à peu près toujours le cas. On l’a en partie résolu, ce problème, en admettant que tous les « autrui » ne se valent pas. Il y en a qui sont plus égaux que d’autres... Une autre de mes constatations c’est : notre système est parfaitement juste si on admet qu’un homme vaut deux femmes, un Blanc dix colorés (ces deux lois souffrent quelques exceptions) et un riche autant de pauvres que son compte en banque vaut celui du pauvre (Cette fois, aucune exception).
C’est ainsi que, dans notre système qui n’a que ce mot à la bouche, des actionnaires inutiles ont la liberté de mettre à la rue, pour empocher un peu plus d’argent dont déjà ils regorgent, des milliers d’êtres humains  qui aimeraient avoir la liberté de conserver leur emploi. Un propriétaire de dix immeubles a la liberté  de refuser d’en louer un, à un prix raisonnable, à dix familles en possession d’enfants qui aimeraient avoir la liberté de se  loger correctement. Un milliardaire a la liberté de priver d’eau et de nourriture cent mille êtres humains, en détournant à son profit, pour ses menus plaisirs, le cours d’eau qui les fait vivre et  au bord duquel ils aimeraient avoir la liberté de continuer à vivre. Ce que nous appelons « liberté », dans un monde marchandisé, c’est la loi de la jungle, dans une jungle où la force se nomme « l’argent ».
Alors, qu’on remplace notre devise par ces trois mots : esprit critique, égalité en droits (en droits ; j’y tiens ! l’égalité  tout court est un leurre) et solidarité. Au moins, ça voudra dire quelque chose.
Appendice :
Dans notre système français « démocratique » :
Un texte (le TCE) rejeté par 55% des votants, avec une forte participation électorale, a été imposé par le Parlement, y compris les « représentants » de deux Partis (P.S  et Verts) dont les électeurs avaient voté contre à plus de 60%.
Une loi contestée par une Chambre où l’exécutif dispose d’une très forte majorité va passer en force, si ce n’est déjà fait (Taxe professionnelle)
Une loi rejetée par le Conseil Constitutionnel, gardien d’une Constitution -adoptée (très largement) au suffrage universel - sera imposée sous peu  par l’exécutif (Taxe carbone).
Un débat qui n’intéresse absolument pas plus de  la moitié des Français, et fort modérément la majorité des autres (l’identité nationale) est lancé à grands frais, alors que le projet de statut de la Poste ne fait l’objet d’aucun référendum (il est déjà adopté) , bien qu’une consultation organisée de bric et de broc au coin des rues ait mobilisé deux millions de votants (et nombreux sont ceux qui comme moi y auraient participé s’ils en avaient eu la possibilité) qui  le rejettent à 90%.
Vous me fournirez bien d’autres exemples ?





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La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.

Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à  contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.



Michèle Mialane est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure et la source.

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